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L'art de chevalerie selon Vegece

Front matter (continued 3)

Jean de Vignay translation

Item la premiere est qu’il doit avoir regard que le lieu s’il peut estre soit hault.

C’est assavoir sur aucun mont bien assis et en bon pays. Mais se la disposicion de tel terroy qu’il y a n’y est propice advise se advironner pourra son edifice atout le moins de l’une de ses faces de mer ou d’aucun fleuve portant navire. Et s’il advient que place ait tant convenable que mer puist avoir d’une part et de l’autre le fleuve douch qui par la ville voist courant/ c’est chose moult propice et de grant secours se navire peult porter.

Item la seconde qu’il soit en bon air et saing loings de palus et de mareschages.

Item la iii. que le terroy du païs soit fertile et habondant de toutes choses necessaires a vie humaine.

Item la iiii. que montaigne ne soit si prochaine que aucun trait luy peust grever.

Item la v. que la cituation du lieu soit franc et non pas en servage/ & dist icelluy que les anciens bien advisez ne faisoient pas les enchains des murs de leurs citez ou forteresses tous droitz comme on fait maintenant/ Car ilz disoient que ainsi faitz estoient plus acre a recevoir les coups des engins plus aussy disposez a estre eschelez et pource les faisoient par courbees et saillies bien maçonnees et fort serrez le pietrez a bon bethuyn & forte chaussee et par creneaulx les compassoient affin que par plus de lieux se peussent deffendre/ ou droit par subtilité estoient assises fortes et deffensables tours a l’environ/ et ce enseigne ledit acteur comment murs se pevent doublement fortiffier contre tous engins.

C’est assavoir que entre deux paroitz de fort maçonnage soit faicte distance sicomme de xx. piez et que la terre qui sera faicte et tracte tant des fondemens lesquelz bien parfont doibvent estre faitz/ comme des fossez qui seront faitz autour/ soit mise entre ces deux paroitz/ la soit batue et entassee a bons mailletz le plus fort que on pourra et soit le mur premier avallé pardessus lequel soit moult espez tant que allees y soient faictes esquelles ait pertuis et archiens a passer pierres traictes d’engins de quennons et de tous traictz/ & en chascune face y ait propre place establie et masçonnee pour asseoir engins a traire dehors se besoing est/ manteaux de barbakenne de boys soient atachez aux creneaux pour targer du trait/ & faisoient les anciens mettre & atacher a bonnes chevilles et a cordes grandes cloyes et lees en temps de guerre par dehors les murs qui brandissoient/ et icelles rompoient les coups des pierres traictes des engins si que nuyre aux murs ne povoient/ ou ilz faisoient hourdis d’espines et de ramille bien espessement et les lintoient de terre et de fiens contre les murs/ & se povoit garantir le mur d’estre rompu des grosses pierres. Les portes qui estoient faictes de gros boys faisoient covrir de lames de fer ou clouer de cuir sans conreer par dessus en temps de guerre affin que feu n’y peust estre bouté/ & y avoit ung pertuis fait au mur ou une porte coulisse avoit pendant a chaines et a aneaux de fer/ si que se les ennemis la s’embatoient y fussent surprins & enclos par celle porte sur eulx devalant et autres pertuis y avoit par lesquelz on leur povoit lancer grosses pierres/ eaue boulant cendree/ et toutes choses de deffences. Desquelles choses de deffence au temps present on use assez.

Item fossez doibvent estre faitz de grant largesse/ & si parfons en cas que riviere n’y court que par soubz terre n’y puist estre la forteresse minee se sur roche mesmement estoit assise/ mais de cest inconvenient bien gardoient les anciens leurs forteresses/ car a bon bethuin et bon ciment si fort ferroient leurs maçonnages et par especial les fondemens de leurs forteresses que garde n’avoient d’estre percés. Si doibvent doncques estre les fossez de tel largeur et de tel parfondeur estre tellement que par les ennemis ne puissent estre rempliz/ & anciennement les faisoient maçonner ainsy que ung droit mur du costé de dehors si que personne n’y pense devaller/ & avec ce y atachoient bien drus crochez de fer/ & crampons agus que on dit chaucetrappes tout contreval qui trop font d’empeschement aux devalans/ lesquelles choses savoir je croy que assez sont comunes et semblablement plusieurs autres clostures et garnisons de deffence. Pour laquelle chose il me semble qu’il n’est pas grant besoing d’en plus reciter comme tous duitz & enseignés en soient les maistres de telz ouvrages au temps present.

Cy devise les garnisons qui appartiennent a villes chasteaulx ou forteresses en temps de guerre. xv. c.

Pou vault force de muraille a chastel tant soit bien garny de toutes choses de defence quant vivres y faillent/ s’il est assiegé si qu’il parut a la forte place de pierrememin qui sept paires de murs de marbre avoit assiz sur une roche a tout grosses tours a l’environ bien garnie de bonnes gens d’armes qui par long siege et famine fut conquise/ & pource que communement ennemys assiegez s’efforcent d’eulx garder doit estre advisé que au batissement du mur se riviere n’y court sy habondante que ne puisse estre tollue/ que bons puith d’eaue doulce si parfons que eaue y afflue y soient faitz que les ennemys tollir ne le puissent/ car sans ce tout ne vauldroit riens l’edifice & la ou l’eaue va dens par conduiz le lieu ne peult estre de grant force pource que de legier on la peut tollir/ et par ceste voye comme d’eaue on ne se puist passer les pourroit on tantost vaincre.

Item avec ce se doibvent ceulx de dedens pourveoir si tost que on murmure de guerre/ & mesmement en tous temps ceulx qui sont en frontiere/ blé/ farine/ bescuit/ vin/ vinaigre/ verjus/ sel/ huille/ beure salé/ pors sallez frommaiges angloys & d’escoce/ pois/ feves/ orge/ avoines/ oyseaulx qui se gardent sallez. bois cherbon buefz moutons/ poisson salé/ aux oingnons : poivre molins a bras et a vent/ poulaille/ espices amandes et choses bonnes a malades/ pour cuisine/ potz de terre/ et a mettre vin gobeleths de terre escuelles de bois grandes et petites a foison/ sieu chandelles/ lanternes/ faloz/ tourteaux a y mettre/ litz/ linge couvertoirs/ cuvelles seaulx a puiser eaue/ chaudieres et grandes cuves a mettre eaue a grant foison aiz grossez et menues cloies/ cordes fil/ aguille/ & toutes telles choses.

Item il est assavoir que la ou sel fauldroit et que vin seroit habundant toute chair cuicte en vin/ et mesmement sans sel se garde sans jamais corrumpre. Et se jardinages y a dedens la cloture soient diligemment cultivez avec ce si que dit est/ doibt bien estre prins garde que bien soient les provisions par juste mesure et proporcions dispensees/ car on ne peult savoir combien de temps durera le siege/ ne quelle survenue de gens pourront avoir/ ne quelle chose pourront avoir/ et pource a toutes fins doibvent en tous temps estre garnis/ car souverainement tant de leur sceureté comme de leur estat pevent ilz et doibvent bien vouloir que leurs ennemis le sachent/ voire que mesmement cuidassent qu’ilz fussent bien pourveus : posons que riens n’en fust. Car par ce seroient plus tost meus de partir de la/ sy ne doibt pas estre mis en oubly que de riens dont leurs ennemys se peussent aider soit laissé dehors Ains soit tout retrait aux forteresses avant leur venue. Et plus vous feroit de proffit dit vegece y bouter le feu se aucunement ne leur poviez tollir que laisser/ car tout ce qu’il leur pourroit aider te nuyroit.

S’il advenoit dist il que vivres eussez a trop grant chierté/ & que eussiés doubte que faillir peussent en la fin du siege ou avant/ les anciens et impotens hommes les femmes et enfans non habiles a deffence doibvent envoier en autres villes chasteaulx ou citez/ affin que les vivres puissent plus durer es deffendeurs.

Item pour garnison de la deffence convient canons et pouldre a foison et plusieurs pierres et tampons arbalestres viretons fil tors/ baudriers/ fil que on dit de ners/ arcs/ fleches/ cordes d’arcs/ pavais/ lances/ & tous harnois haches gouges & mailletz de plonc/ et pour les engins cuir blanc & tané une forge garnie fer et acier charbon souffres et bacinez a piés et a queue pour alumer le feu aux gens.

Item pour contreminer se besoing est instrumens de fer fais a maniere de piez de chievre marteaux hotes/ peles/ louches/ crocs de fer/ eschelles/ & est bon d’apprester contre les engins/ affin de les ardoir/ bethuyn/ ciment/ pos huille et estouppes a grant foison. Fer et acier pour rappareiller le harnois aux hommes d’armes et le maistre pour ce faire fut a faire anses saiestes dondaines et viretons se le trait y failloit/ & doit estre cueilly grant quantité de bons chaloux cornus pource que plus durs et plus pesans sont que les autres/ et plus propices a getter a la fonde ou a la main/ si en doibt avoir grant garnison sur les murs/ et mesmement les tresgrans vaisseaulx tous plains de toutes manieres de chailloux pour tout en ung mont lancer aval se besoing est pour trebuscher pierres de fais de dessus les tours.

Item a bref dire tous engins propices et convenables a lancer dehors bombardes et grosses pierres doivent estre appareillees/ et avec ce grosse garnison de la pouldre qu’il y convient & aussy se doit on pourveoir de tonneaux & certains vaisseaulx plains de chaulz affin que se les ennemys approchoient si pres/ que on leur jetast contreval si que au briser en eussent les yeulz & la bouche tous plains et que les plus hardis en fussent agraventez.

Item affiert a telle garnison grant quantité de cloyes/ de tables et d’aiz cloux chevilles de bois et de fer a grant foison pour faire entablemens contre les engins se besoing est qui pourroient estre a[p]liqués aux murs.

Item convient estre garny de chaulx sablon de pierres plates pour faire cloisons et contremurs se besoing est maçons et charpentiers pource faire au mieulx selon leur advis.

Item grant garnison y affiert de cordes pour arcs a main & arbalestres et de nerfs pour les faire. Et s’il advenoit que nerfz faillissent sont bons au besoing pour faire cordes gringnes de chevaulx et mesmement cheveux de femmes y pevent servir. Et de ce dit vegece se aiderent moult bien les rommains quant vint a leur grant besoing/ quant hanibal les menoit si mal que par force de eulx deffendre cordes & nefz leur furent faillis. Adonc les vaillans dames de la cité dont tousjours en seront loees qui beaulx longtz cheveux avoient eurent plus chier estre enlaidies et desnuelz de leurs blons chiefz/ et secourir a la cité que ce que parees de leurs blondz chiefz fussent prinses en chetiveté & servage de leurs ennemys/ & souffrirent leurs cheveux degaster es traieurs/ et par ce fut romme garantie.

Item doibvent aussy estre garniz de foison de cornes de bestes pour rapareiller leurs arbalestres/ pareillement de cuirs sans conreer pour couvrir leurs engins et autres edifices. Affin que le feu n’y puisse estre bouté/ & aussi convient estre garny de tresbonnes gens d’armes et de trait expers et aprins de tout ce qui y appartient en assault de deffence en telle cautelle que besoing est selon le lieu et affaire/ car ainsy que dit le proverbe la muraille ne fait pas le fort chastel/ mais la deffence des bonnes gens d’armes qui le font imprenable/ et ne fait pas a oublier que du costé ou la place est la plus feble soit mise la plus grant deffence car celle part ont les assaillans acoustumé de plus fort envaÿr.

Cy parle de ce qu’il convient en particulier a garnir forteresses tant de vivres comme d’abillemens de guerre. xvie. chapitre.

Apres se que devisé avons assez en general des choses convenables tant pour vivres comme pour deffences qui a garnison affierent contre les ennemys Nous semble expedient pour la perfection de nostre euvre dire plus en particulier la juste extimation ou environ qui pourroit suffire a pourveoir certain nombre et cantité de gens. Si est a supposer deux cens hommes d’armes avec leurs valletz/ c’est assavoir deux valletz pour ung homme d’armes/ garnir pour vi. moys/ conviendroit lx. mille de blé a la mesure de paris dont le tiers sera mis en bescuit et l’autre en farine.

Item quatre mille de feves. ii. muys de poys. vi. vingts queues de vin/ deux queues de vinaigre. une queue de verjus/ une queue d’huille/ ung muy de sel l. livres d’espices/ deux livres de saffren demy septier de seneul pour la moustarde et le molin a ce faire.

Item chairs sallees et chairs fresches. C’est assavoir cent grosses bestes sallees que en vie qui a place pour les garder et assez fourrage. cent ou six vings porcs sallés viii. vings moutons qui peut et a place pour les garder/ poullaille en garnison tant que on peut et veult.

Item poisson sallé s’il est karesme/ & es jours que on ne mengue pas chair ung millier d’angules xxv. kacques de harencs molues saumons a grant foison/ une queue de burre sallé. xl. livres d’amandes/ eaue rose/ et autres telle choses que a malades appartiennent tant en mengiers comme en oingtures et autre medicines.

Item douze douzaines de gobeletz pour boire/ dix seilles de cuir pour tirer eaue. ii. cens toises de cordes de tille/ deux douzaines de seilles de boys a puiser eaue se fleuve ou riviere y a.

Item pour cuisine en tous temps/ mais par especial se c’est en yver. ii. cens charetes de charbon. iii. milliers de petis fagotz de busche. xx. douzaines de grans potz de terre a potager et cuire chair. vi. grandes chaudieres. deux douzaines de coulbes grans moyens et petis/ iiii. ou vi. douzaines de cueilliers de boys. deux milliers d’escuelles de bois et autant de trenchoirs/ cuviers cuves kanes/ xx. ou. xxx. soufflez lanternes et autres choses necessaires dont on se peut adviser comme greilz & ramons que on dist balletz.

Or revenons a parler de la provision sur le fait de la deffence dudit lieu.

Premierement a tout le moins xii. canons gectans pierres dont les deux seront plus gros que les autres pour rompre engins manteaulx et aultres habillemens s’il est besoing.

Item deux bricoles et deux couillars chascun garny de quatre fondes/ et cordages & pierres a grant foison. deux ou trois espringales garnies du traict qui y appartient.

Item s’on ne sent que trop souvent conviengne faire gecter les canons suffist mille livres de pouldre et mille livres de plonc. a faire plommetz. vi. douzaines de lances ferrees xxiiii. arbalestres a pades. vi. autres a tour six grosses douzaines de fil d’anvers dont la grosse douzaine en vaut vii. xxiiii. arbalestres a croc xii. tellules deux tours a tendre. xviii. baudriers/ & xx. arcs a main cent douzaines de fleschez. xxiiii. douzaines de cordes d’arcs. lx. ou quatre vings pavais. xxiiii. milliers de viretons. xii. milliers de gros traict. ii. cens pierres arrondies pour les canons et d’aultres grant foison pour en faire quatre cens tampons pour en faire du bois ung charpentier/ troys maçons pour faire pierres a canons et autres choses necessaires a la garnison.

Item deux molins a chevaulx deux fours/ une forge garnie/ iii. milliers de fer : demy milier d’acier quatre milliers de charbon iiii. bacinez a pié et a queue pour alumer le feu pour les canons viii. soufflez.

Item pour contreminer. xxiiii. piez de terre. xii. piez de chievre de fer/ deux douzaines de louthetz. deux douzaines de hottes garnies/ vi. douzaines de pelles de bois/ bons cuviers & cuves.

Comment forteresses doibvent estre pourveues de doulce eaue selon vegece. xvii. c.

Vegece dit que comme ce soit grant proffit a forteresse ou a cité quant vive source de fontaines ou de puith y pevent estre Neantmoins s’il est ainsy/ que la nature du lieu n’y soit disposee/ il est besoing de y pourveoir par remede au mieulx que on peult/ c’est assavoir que se les fontaines & sourses sont hors des murs assez pres Convient que ceulz de dedens deffendent leur eaue a force de trait/ ou cas que les ennemys les voulsissent tollir ou empescher l’usage. Se la sourse sciet loings qui par conduis leur viengne/ y est affaire ung petit chastellet par lequel a force de gens d’armes et de trait soit deffendue. Et avec ce en toutes telles citez ou forteresses doibvent estre faites citernes/ lesquelles doibvent estre assises es lieux ou l’eaue de pluye qui chiet & vient des degoutz et des toitz des maisons et des nocquieres puissent cheoir dedens/ & ainsy le garder le plus que on peut plaines et garnies/ car la se garde elle moult bien en sablon a/ et est saine et mesmement les garnir aussy d’eaue de fleuve.

Semblablement dist arristote que eaue sallee de la marine ou qui vient de conduis et de sourses ameres devient doulce s’elle est passee parmy conduitz de bonne terre.

Avec ces choses peult moult proffiter vinaigre a foison avoir/ et par especial en temps d’esté/ car moult rafreschit le corps a boire avecques eaue et ce scevent ilz bien en ytalie. Et se la forteresse siet sur marine et il adviengne que sel y faille/ soit prinse de l’eaue de la mer et mise au soleil/ & puys boullir sur le feu tant que l’eaue soit toute consummee/ et par celle voye sera trouvé sel au fons.

Cy dit qu’il convient que en garnison soit de ville ou forteresse soient mis loyaux gens et donnent de ce exemple. xviii. chapitre.

Pour toutes choses ou la plus grant partie qui necessaires ou convenables sont en deffence de cité ou forteresse/ est assavoir que la garnison est souveraine de tresbonnes loyaux gens qui de ung accord et unis soient ensemble a capitaines loyaulz et preudommes/ et que amour ayent au lieu/ car la ou toutes aultres choses seroient acomplies et ceste seulle y deffaulzist tout riens ne vauldroit. Et qu’il soit vray que ainsy soit et grant mal le contraire le monstre ensuivant ce propos/ et comme exemples soient communement plus penetrans aux oreilles des escoutans que argumens premiers fais en amenrons plusieurs en tesmoingnage. Et premierement en recitant ce que les autres acteurs tesmoingnent disant que le plus grant bien qui puisse estre est/ que la soit paix ou garnison est. Car il est mal possible que ceulx entre lesquelz est soient destruis par quelconques puissances/ & ce appreuve la responce que fist le saige magissien tirisaulz a scipion l’affricquant avant que a luy se furent si longuement tenuz contre la grant concorde qui y estoit/ & avec ce est tresgrant souverain bien en pays cité ou forteresse avoir princes ou souverains de grant amour au lieu sicomme bien le demonstra le vaillant homme nommé camulus ung des souverains de romme lors que le duc Beanius d’athenes avoit par guerre destruite romme et a toutes les proies et richesses s’en alloit/ Mais le bon et vaillant homme camulus/ nonobstant ce que les rommains l’eussent exillié a tort & mis demourer hors de la cité : quant l’adventure sceut moult luy en pesa/ et tantost assembla ce qu’il peut de gens/ car de grant auctorité estoit si vint audevant de beanius qui garde ne s’en donnoit et le desconfist/ & si conquesta grant avoir dont reediffia romme/ et y ramena les fuitifz par quoy fut appellé le second romulus.

Et tout ainsy que tresgrant bien et joye et bon cueur est et unit en pays ou cité quant paix est environ soy et en soy mesmes. Aussy y est tout mal discencion desolation et peril quant discorde et discencion y est/ laquelle chose est sa destruction. Si que mesmes le dit la saincte escripture et sourt communement tel content en communité ou ville par tresmauvais mouvemens. C’est assavoir pour cause d’orgueil arogance les ungs contre les autres par envye et par convoitise/ si n’en pourroit pas bien venir. Ainsy qu’il en advint a romme de la bataille cytoienne qui tant leur fut prejudiciable que a pou s’en destruirent tous par l’orgueil de leurs princes/ c’est assavoir. Silla & Marius auquelz furent en ayde des deux parties Pompee et certorius et plusieurs autres haulz princes qui moult estoient de grant proesse et auctorité/ en laquelle guerre eut plusieurs batailles ains qu’elle cessast/ esquelles si que raconte l’istoire furent occis xxiiii. de leurs princes de leurs capitaines vi. de leurs plus souverains xl. autres barrons et de rommains. Cent et cinquante mille sans plusieurs autres estrangiers qui furent en leur aide. Si fait bien a eviter sy cruel debat.

Cy parle encore de mettre loyaulx et vaillans gens en villes et chasteaulx et en donne ung tresgrant exemple. xix. chapitre.

Au propos encore de mettre loyaux gens en chasteaulz et que bien doibt estre prins garde que convoiteux oultre mesure n’y soient/ comme par icelle voye/ ayent esté plusieurs villes et cités traÿes et vendues pilliés et robees/ comme il appert par l’exemple de la cité d’estinope grande forte riche et bien peuplee que le roy mitridates avoit baillé en garde a deux chevaliers qu’ilz reputoit feaulx/ mais malement le garderent Car ilz mesmes avecques leurs gens la robberent et pillerent/ et puys quant ilz eurent bouté le feu dedens s’en fuyrent dont merveilleuse adventure advint/ car adonc comme le duc de l’ost rommain y arrivast pour y mettre le siege/ s’esmerveilla trop que ce povoit estre et quant le cas luy eut esté compté et revelé fist appeller les cytoiens aux portes en disant qu’il leur donnoit asseurement/ mais que la porte voulzissent ouvrir/ & la porte ouverte par le consentement des cytoiens Il commanda a ses gens qu’ilz aidassent a estaindre le feu/ & ainsy fut guerroyé par ceulx qui garder le debvoient/ et secourue par ceulx qui les cuidoient destruire s’ilz eussent peu.

Item que convoiteuses gens puissent estre de grant nuysance en cité ou en chastel/ apparut par la parolle que dist le roy de jurguta/ lequel grant envye et couverte hayne portoit aux rommains celleement soubz fainte amour/ mais pour mieulx les decevoir donnoit grans dons aux principaux d’eulx. et en ce faisant se meut grant discorde et sedicion entre les cytoiens/ et ainsy les guerroit ennemy que amy reputoient sans ce qu’ilz s’en apperceussent tant que au partir de romme/ auquel lieu par faintise estoit allé ne se peut tenir de jecter telles parolles tout en passant.

Ceste cité seroit de legier prinse qui a donner auroit assez/ C’est assavoir que plusieurs foys est advenu merveilleux et grant inconvenient en cité et pays & mesmement en ost par y avoir grant quantité de gens estrangiers ainsi que a romme advint au temps de leurs tresgrandes conquestes ou ilz avoient maniere de tenir les prisonniers qu’ilz tenoient en servage et servir s’en faisoient et faire leurs labeurs/ dont une fois advint que plus de xx. mille contre eulx se rebellerent et leur porterent moult grant dommage ains que venir peussent a chief de les destruire mais apres ces choses dictes/ lesquelles pevent servir pour exemple/ retournerons a nostre premier propos.

Cy commence a parler de mettre siege et assaillir forteresse selon vegece.

Le temps est venu que l’ost se vient loger a siege devant la cité/ lequel temps communement est se le capitaine est saige en la saison d’aoust/ pource que adont luy est plus proffitable pour deux raisons. La premiere pource que plus de vivres trouvera sur les champs. L’autre que doublement grevera ses ennemys/ c’est assavoir par siege et assault/ et par leur tollir et destourner a faire leur cueillotte de blez de vins et de tous vivres. Si se logera ledit ost au plus pres qu’il pourra/ et aura avant bien advisé la situation et que mieulx a son advantaige soit mis le siege/ assis les engins et adviser de donner l’assault. Si fera faire se c’est son mieulz environ bons fossez & le lieu fortiffiera de fort palais comme se c’estoit une forteresse/ affin de povoir contester a ceulz qui venir pourroient pour lever le siege/ ou mesmement a ceulz du chastel se contre eulx sailloient/ & se c’est chose que de toutes pars soit assiegé tant vault mieulx/ mais s’il y a montaigne ou autre empeschement que on garde neantmoins de tous les costés qui seront y soit mis s’il peut estre/ et fait palis et trenchis de l’un siege a l’autre en maniere que ceulx de dedens ne les puissent surprendre/ et de toutes pars aussi ordonnera sceureté deffence et bon gait a toute heure.

Apres advisera par quelle maniere le lieu est mieulz prenable se c’est par eschielles il en aura fait ordonner a doublez rencz tant que besoing sera et oster les empeschements d’autour de la muraille par force d’engins seront dresciés eschelles contremont et roulees a bons et tresgrans roulez lesquelz tresfort au chief du mur d’en hault tiendront/ pour moins glisser les fera ferrer par dessoubz se besoing est/ affin que d’en hault on ne les puist abatre. Adoncques de toutes pars sera encommencé l’assault/ & se pas ne luy semble proffitable/ ouvriers ad ce establis seront mis en besoigne.

Pour la terre fouyr sera encommencé si loings que ceulx de dedens par nulle maniere veoir ne le pourront/ ne les hommes qui porteront hors la terre. Et faite sera si bas que la parfondeur des fossez passera apuyee de bon fort mairien tant que on viengne aux fondemens des murs au plus bas : & par illec trouveront maniere d’entrer dedens se contredit n’y est mys. Tandis que se mur se fait le sage capitaine ne se tiendra pas a tant duis affin que ceulx de dedens ne puissent par escoutes lesditz mineurs sentir les occupera de tant d’autres assaulx que la noise le bruit et la peine qu’ilz feront donneront assez d’entente a leurs corps. Car corps d’arbalestres plus durs voulans que mouches bombardes canons/ l’orrible ton des grosses pierres contre les murs/ les crus des assaillans/ le son des trompettes/ la paour des eschiellans leur donneront assés a faire.

Item et s’il advient que lesditz mineurs puissent percer les murs sans estre sentuz et parvenir jusques aux maisons du chastel. Par la entreront les gens d’armes/ & bouteront le feu/ & ainsy sera prins/ et mesmement auront apuyé ung mur de boys secq/ auquel sera bouté le feu dedens tout a flac/ et par ce y aura grant entree. mais se ceste voye n’y peut valoir/ & que le lieu soit de grant force/ & en toutes choses bien garnis/ par autre voye le saige capitaine desireux de l’avoir y remediera.

Cy commence une ordonnance de mettre siege/ et ce qu’il luy convient pour assaillir forte place selon le temps present. xxi. chapitre.

Quoy que vegece sur lequel sien livre de chevalerie avons fondé ou la plus grant partie/ ceste presente euvre ait parlé en termes generaulx selon les usages du temps des preux conquereurs passez/ assez suffise aux bons entendeurs des choses d’armes/ tant en ce qu’il touche ou en quelle maniere peut toucher fait de batailles en champs et ses despendences comme de ce qu’il appartient a combatre. villes et chasteaux par mer & par terre si que dit sera. Neantmoins pour plus particulierement donner enseignement non pas a ceux qui le scevent comme besoing ne leur en soit/ mais a ceulz qui au temps advenir le pourront bien lire ou oyr par desir de savoir comme escripture soit chose au monde sicomme perpetuelle nous semble bon de adjouster a nostre dicte euvre plus particulierement des choses bonnes et propices en fait de combatre/ cité chasteaulz et villes selon les usages du temps present pour plus ordonner entendible exemple. Tout ainsy semblablement que es choses dictes & a dire/ nous sommes aidés des ditz du livre vegece & autres acteurs nous aiderons en se du conseil des nobles chevaliers expers esdites choses et quoy que grans los de ce leur deust appartenir comme bien affiert a leur honneur et reverence tant pour ceste occasion comme pour les autres bontés sens et valeur chevalereuses et nobles vertus qui en eulx sont ne plaist a leur humilité y estre alleguiez. Par quoy s’il est ainsy que par aucun qui lire pourra ou le oyr ait aucunefois ceste belle ordonnance qui s’ensuyt veue par escript/ ou oyr dire de bouche ne vueille pourtant l’avoir en despris Ains en estre content pensant que dommaige seroit que la feblesse de ung peu de papier qui se pourroit en pou de temps perdre eust la memoire aneantie de si notable ordonnance/ qui bien est digne que registree soit/ affin que estre puist secourable mesmement en ce royaume se le cas escheoit en temps advenir.

Or supposons doncques une tresforte place assise sur mer d’une part ou sur tresgrosse riviere grande et tresdifficile a prendre comme de telles en soit a laquelle on vueille mettre siege par grant appareil quoy qu’il y doibve donner/ ce qu’il y conviendroit regarder.

Premierement devise les engins et canons/ c’est assavoir deux grans engins et autres deux moyens volans garnis et prestz de toutes choses pour jecter.

Item quatre couillars tous neufz bien fournis et habillez de toutes choses qu’ilz leurs appartient et chascun de deux tables et troys fondés pour changer quant besoing en sera.

Item quatre grans canons/ l’un appelle garite/ l’autre rose/ l’autre maye et l’autre seneque. Le premier de iiii. ou cinq cens livres pesant. Le second c’est assavoir seneque de environ iii. cens livres ou plus et les autres deux/ gectant deux cens livres ou plus.

Item ung autre canon appelle monfort gectant troys cens livres pesant/ & selon les maistres est cestuy le meilleur de tous.

Item ung canon de cuivre appellé artique gectant cent livres pesant.

Item xx. autres communs canons gectans pierres Item autres petis canons gectant pierres plommetz et autres pierres communes de cent a six vings livres.

Item deux aultres grans et six plus petis.

Item encore deux autres gros canons gectant de trois a iiii. cens livres et quatre petis/ Autres troys canons ung grant et deux petis canons gectans selon leur povoir.

Item autres xxv. canons grans a pierre gectans de deux a troys cens et quatre cens livres pesant. & xl. autres petis/ & tous doibvent estre estoffez de pierres de bois et de ce qui y appartient/ lesquelz canons sont en somme. ii. cens xlviii. qui diviseement sont nommez pource que diversement sont assiz selon l’assiete de la forteresse.

Cy devise quelz choses affierent en particulier aux canons et bombardes. xxii. c.

Premierement a xxx. mille livres de pouldres/ a canon ou environ/ dont la moitié soit mise en estoffes.

Item de charbon de faulx deux mille fais/ ii. mille sacs de charbon de chesne et d’ommel. xx. bacinez a trois piés & une queue/ chascun pour le feu alumer pour lesditz canons xx. souffles.

Item pour lesditz grans canons mener d’une place a l’autre chascun ung chariot renforcié pour mener lesditez pouldres et autres habillemens. xxv. charettes a ii. chevaulz chascune garnie de ce qu’il y appartient. Quatre ou cinq tampons de bois pour lesditz canons.

L’espesseur du bois desditz engins. xxiiie. cha.

Premierement vi. grans manteaux. pour les dessusditz. vi. grans canons fais sur assil a potentes chascun de x. a xii. piez de lez et de iiii. doiz d’espez et de xxx. piés de hault.

Encore deux grans manteaux a plate chascun de xxiiii. piés de long et de xvi. de hault et de cinq dois d’espez et chascun vi. sonnes d’ormeau et faulses es costés.

Item ung autre grant manteau a pointe pareil des autres deux manteaulz & fera on seule des trois quant on vouldra.

Encore dix autres petis manteaux chascun de xii. piés de long et de viii. a x. piés de hault et seront de la façon des autres grans manteaulx dessusditz et a chascun ung huicet ouvrant pour traire du canon quant besoing sera/ l’un sera largement d’espez. iiii. dois et sera chascun sur deux rouelles.

Item quatre autres manteaux qui tous seront sur roes en maniere de charroy fais de legiers aisselin de ung panch d’espez sans plus ou environ qui serviront pour garder du trait tandis que on assera les autres : & deux autres manteaulx a pointe chascun sur quatre rouelles.

Item derechief autres viii. grans manteaux pour lesditz grans engins et couillars qui seront faitz de bois quarré chascun de demy pié de quarrure/ chascun manteau de xxxvi. piez de long et de xviii. de hault. deux engins a bras pour lever les engins dessusditz.

Cy devise en quelle forest doibvent estre prins lesditz bois. xxiiii. chapitre.

Ja avons supposé que devant la forteresse pour laquelle mettre siege seroit faite ceste dite ordonnance seroit d’une part sur mer ou sur grosse riviere. Et pource pourrons encor supposer que lesditz habillemens de boys fussent faitz en aucune forest prochaine et que en bateaux & autres vaisseaux d’eaue se peussent arriver aux champs la pres. Si dirons des autres engins convenables a traire de leurs mairiens fustaille pierres & autres choses hors des basteaux et le charroy qu’il conviendroit et autres habillemens.

Premierement ung engin pour traire les engins des bateaulx et les pierres et charger sur le charroy pour mener les boys des engins et manteaulz des bateaulz en la place ou drescez seroient. ii. cheriotz ferrez renforcez pour mener les verges des bateaulz en la place.

Cy devise les habillemens pour les engins. xxv. cha.

En la dite forrest plus prochaine seront ordonnez a faire v. cens et xl. pennaulz de palis checun pennau de xxiiii. piés de long et xii. de large et montent les v. cens et xl. pennaulz iiii. cens toises et a en chascun pennau deux creteaulz dont l’un des boutz soit a mortaise dedens le pennau et l’autre bout a deux piés & seront pour faire les allees garnies de cloyes. Item v. cens et lvi. pennaulz de petis palis de x. piés de haulteur et xx. de lez et font les v. cens et lvi. pennaulz xi. cens toises faiz et achenez les dessusdiz pennaulx aux autrez.

Icy sera advisé par ceulz qui mieulz s’i congnoissent en quel part vouldra pour le mieulz les asseoir & en faire la bastille par lequel des maistres et ouvriers & que iiii. portes y ait et sur chascune porte ait fait en maniere de tours fermans et aux garites tout autour pour deffendre celle part du trait des canons.

Item avec ce v. cens tresteaulz chascun de x. piez de long et de viii. de hault qui serviront de faire allees aux manteaulz dessusditz au convert et au chat et beffroy que on fera se besoing est.

Item deulx milliers de cloyes pour couvrir lesditz manteaulz et tresteaulz et faire bouleirs et autres choses necessaires se besoing est.

De chevilles de bois pour couldre et actacher les palis environ viii. tonneaulz plains. Avec ces choses sera une granche faicte en la dite forrest qui aura de long xxiiii. toises et viii. de lé pour mectre les molins et autres choses necessaires pour servir ceulz de l’ost & de la dite bastille.

S’ensuit les habillemens du trait. xxvi. chapitre

Premierement ii. cens arbalestres. xxx. autres arbalestres a tour et cent aultres a croc.

Avec ce deux cens milliers de viretons. l. milliers de dondaines & gros trait. xii. tours tous neufz a tendre arbalestres. xiii. fortes tioles a tendre arbalestres. l. baudriers.

Item encore quatre cens livres de fil d’anvers pour faire cordes a arcs. l. thioles a tendre arbalestres.

Item quatre cens arcs a main chascun garny de troys cordes/ pardessus de provision viii. cens cordes.

Item xii. milliers de fleches Et x. mille de cloux de trepes.

S’ensuyt autres habillemens. xxvii. c.

Premierement xiii. pavais ii. cens falos/ et xxxi. autres grans falos de xvi. piez de hault ferrés de grans bendes de fer pour ficher en terre.

Item quatre cens haches de guerre tant a bec de faucon comme autres. pour miner quatre cens louches a pointes se les leur rompoient. mil peles de bois quatre cens esquipars pour vuider eaue. xii. grans crocs de fer a chascun deux grans. Avec mil cinq cens hotes toutes estoffees ii. cens lanternes. vii. mil de grans chevilles de fer de ung piet et demy de long et d’autres plus petites xii. cens Encore quatre cacques de cloux. l’un demy pié seroit L’autre de deux et l’autre de troys piés.

Trois forges garnies. ii. cordiers. deux bourreliers. deux charetiers. deux tourneurs a faire tampons. troys milliers de fer. lx. garbes d’achier. lx. rasieres de charbon de fer dont les troys rasieres font ii. stiers de charbon. deux cens sacs de bois pour lesditz ouvriers. deux mille de fil tout filé pour les cordes des engins.

Pour les goreliers. xl. cuirs de vache tanez a faire les fondes des engins xxxv. cuirs blancs pour faire couroies a couldre lesdites fondes.

Item pour les charetiers se prendra boys quant besoing sera de celluy qui sera mené sur les dessusditz chariotz. Pour mettre les cordages des engins/ le fil cuirs chevilles de fer & autres menuez choses necessaires seront aprestees xxii. queues fermans a clef/ xxiiii. cuviers faictes a maniere de bayart pour mettre les pierres des canons dedens les fondes et xii. brouettes.

S’ensuivent les pierres des canons. xxviiie. chapitre.

Premierement C. l. pierres toutes prestes pour le canon de montfort vixx. pierres prestes pour les autres grans canons. iii c. autres pierres pour lesditz canons petis vi. C. autres pierres pour lesditz canons qui ne seront pas arondies.

Item pour les engins iiii. cens pierres toutes prestes a jecter. & vi. cens qui ne seront qu’esbrouchees. Item v. mille livres de plonc pour faire plommetz.

S’ensuyt les menus habillemens pour assaillir par miner qui sont necessaires. chapitre. xxix.

Premierement pour cent piés. l. piés de chievre xvi joues de porc. xxiiii. grandes & fortes eschielles doubles a iiii. rencs pour soustenir quatre hommes d’armes de front. de xxxvi. a xl. piés de long et a chascune eschielle iii. polietes au bout d’en hault. Encore de vii. a viii. vings eschelles autres de xxiiii. a xxvi. piés de hault & autres moindres.

S’ensuyt le boys quarré qui seroit ordonné pour faire ce qui s’ensuyt. xxx. cha.

Pour faire ung chat a barbe et ung belfroy lequel aura de viii. a x. toises de long et ii. de large sera ordonné de bois quarré environ quatre cens toises/ ung millier d’aisselin. xxiiii. rouelles & d’autres menus bois grant quantité/ les cloyes assez necessaires sont escriptes cy dessus.

Item vi. mas de lx. a iiii. vings piés de long qui serviront audit belfoy et chat en la maniere que ordonné sera.

Item iiii. molins a chevaulz fais en maniere que deux roues & chascune roue fera mouldre deux molins. Et seront en la granche dessusdite.

Item quatre quaques de suif pour oindre manteaulx engins molins et ce qu’il conviendra.

Item troys douzaines de polies de bois & xii. autres polies de cuivre.

S’ensuivent les ouvriers necessaires pour lesditz habilemens. xxxi.

Premierement pour les engins a chascun engin deux personnes l’un parmy l’autre sans le maistre et les maçons qui necessaires y sont/ c’est assavoir deux.

Item vi. charpentiers qui seront ordonnés a lever la bastille chatz et belfrois et autres habillemens qui seront ordonnez par dixaines. Et y aura pardessus eux cinquanteniers et trenteniers pour mieulx les tenir en ordre par connestablies et seront departis aux chevaliers et escuiers pour faire lever lesditz palis chascun en son droit par la maniere cy apres declairee : vi. cens autres hommes qui seront aide aux charpentiers mys aussy par ordre de nombre ii. mille pionniers mys semblablement par ordre pour faire les fossez des palis & autres choses necessaires.

Item seront ordonnés cent chevaliers et escuiers telz que on y vouldra eslire et sera chascun tenu de faire drescer les penneaulz des palis & faire fossoyer la endroit/ & aura chascun pource faire ung dixenier des aides et troys dixeniers de pionniers et vi. chariotz avec les charetiers pour mener lesditz palis des bateaulz dont ilz seront deschargés en la place/ & aura chascun d’iceulx chevaliers les noms de leurs compaignons par escript/ & chascun dixenier aura ung falot pour la nuyt garny de l. tourteaulx/ & y aura gens commis dont ilz auront les noms pour leur livrer peles louchetz et esquipars.

Item seront ordonnez aux canonniers l. charpentiers et xx. pionniers pour drescer leurs manteaulx faire fosses a assegier leurs canons/ dont ilz auront leurs noms/ & y aura gens qui les gouverneront/ & auront iceulz leurs propres chariotz pour mener leurs canons et habillemens des bateaulx en la place.

Item auront ceulx qui gouverneront les couillars xx. pionniers pour faire leurs fosses a les planter & aussy a planter les manteaulx & aussy auront leurs gens et charoitz/ & ainsy sera ordonné de celluy qui aura le gouvernement des grans engins qui aura xvi. cheriotz.

Item a ceulx qui seront ordonnés pour gouverner les pouldres et autres habillemens seront ordonés pour les mener viii. chariotz/ et l’autre nombre des charettes servira de mener et arriver les vivres des bateaulz en l’ost & autres choses necessaires.

Item celluy qui aura le gouvernement des manteaulx et bois des bateaulx aura vi. chariotz & l. ouvriers par l’ordre dessusdite.

Cy devise comment les vivres et habillemens seront conduitz/ et gardés les passaiges. xxxii. chapitre.

Avec ces choses y aura ordonnances certains chevaliers et escuiers notables gens tant pour garder lesdites choses et conduire Comme pour garder les portz & passages/ a l’un desquelz sera ordonné a garder le passage de la riviere avec cent hommes d’armes cent hommes de trait et ii. cens picquenaires et leur seront baillés cent pavais. x. canons et la pouldre qu’il y convient.

Ung autre chevalier sera ordonné a conduire environ vi. vings bateaulx d’artillerie chargés de vivres canons/ pavais/ et autres habillemens/ & aura deux cens hommes d’armes arbalestriers et deux cens charpentiers qui soient tous archiers qui pourra.

Item ung autre chevalier ou escuier expert y aura ordonné/ a conduire les grans bateaulz ou seront les engins couillars et autres grans canons vivres et tous habillemens Et aura cent hommes d’armes & cent hommes de trait.

Item a mener les vivres et habillemens necessaires y aura ung autre notable chevalier ou escuier/ & icelluy gardera les marchans qu’ilz ne soient robés ne pillés Et aura deux cens hommes d’armes cent archiers et cent arbalestriers/ & d’une aultre partie sur terre en y aura ung autre qui semblablement conduira aucunes choses necessaires/ & aura avec luy hommes d’armes et trait selon qu’il semblera que bon soit.

Cy devise d’autres establissemens. xxxiiie. cha.

Autres chevaliers ou escuiers vi. ou viii. sages & expers d’armes seront ordonnez a adviser et choisir la place ou sera mis le siege/ la bastille assize engins canons et autres habillemens.

Item seront ordonnez les mareschaulz a partir le logis/ le mieulx que faire se pourra a ordonner Aussy que les marchans soient bien logez et ordonnez/ et les gens des mestiers/ affin que l’ost puist estre mieulz ordonné et servy.

Item sera fait crier par toutes les bonnes villes a l’environ que on amaine vivres de toutes pars et les bonnes gens seront bien payez & gardez et que ainsy soit fait.

Item derechief sera fait semblablement crier sur peine cappital que a iceulz marchans on ne mesface ne mesdie ne preigne riens sans paier et aussy que nulz ne soient sy hardis de vendre ses denrees plus que a juste pris ne de les vendre ailleurs que audit ost.

De empescher le port des ennemys. xxxiiii. chapitre.

Pource que nous avons dit cy devant que ladicte forteresse grant forte et puissante/ pour laquelle assaillir en esperance de prendre seroit expedient le dessusdit appareil/ et se elle avoit ung de ses costés sur mer ou sur grosse riviere convient aussy adviser que de l’aide et secours qui luy pourroit venir soit empesché/ sy est assavoir qu’il conviendroit avoir x. ou xii. grans bateaulz de mer esquelz on mectroit et atacheroit en fors trefz pointus et bien aguisez ferrez & ascerez aux boutz mis en croix en assez cantité qui seront menez dedens le port dudit chastel/ & la seroient esfondrez tous de renc tant que toute la place en fust entreprinse si que nulle autre navire ne peust le chastel approcher pour l’empeschement dudit mairien par flotte de maree ne autre croissance d’eaue/ & pour yceulz conduire affin que a ce faire empeschement ne peust estre mys conviendroit bon capitaine a tout iii. mille hommes d’armes et v. cens hommes de trait/ et seroient en autre navire qui traineroient lesdictes nefz chargees & se chaussee y avoit pont ne autre grosse riviere qui voulzist emplir les fossez. Icelle compaignie la pourroient tandis rompre et donner voye a l’eaue de aller autrepart. Et sur lesditz bateaulz effrondrés des deux pars dudit port se pourroient faire deux bastilles faictes en manieres de boulvers/ c’est assavoir ung hault ediffice que on fait de gros trefz si hault que on veult et tost se peut faire qui assés a/ ayde/ et a l’environ sicomme une tour soient clouees de cloyes & puis fait de terre par dessus bien maçonné/ et peut estre assis sus roes qui veult/ et ne craint cest ediffice feu ne cop de canon pource que en la boe qui est molle s’enfossent les pierres ne feu aussy prendre ne s’y pourroit/ et se doibt commencer la bastille de palis telz que sy devant ont esté devisez.

A ceste dite bastille de terre et ainsy aller tout autour advironnant le lieu qui peult jusques a l’autre bastille de terre/ et ainsy par oster la riviere et faire selon ceste ordre se le lieu y est disposé/ les fossez demoureront a secq/ & avec ce pourra l’en faire autour de la ville une levee en maniere de boulvers si que dit est/ affin que canons ne autre trait ne puissent grever l’ost : & par ainsy l’en pourra miner la ville et le chasteau veu que l’eaue sera ostee/ & quant le chat et les belfrois seront levez et les canons auront besoigné en la muraille l’en pourra apres sceurement assaillir.

Cy devise les engins convenables que vegece devise en fait d’assault. xxxve. cha.

Cy est assavoir que pour assaillir toutes fortes places si que dit vegece/ sont cinq principaulx engins par lesquelz on les peut prendre. L’un est celluy duquel par force de pouldre faicte de charbon de souffre de salepetre et telz mixtions qu’il y convient sont lancees par grant force si grosses pierres qu’elles rompent et abatent tours/ murs et tout ce qu’elles encontrent/ & de ceulx en est de merveilleuse force/ l’un plus l’autre moins.

Item on fait ung autre engin qui selon l’ancien usage comme dit vegece est appelle mosselle ou moitelle si est couverte comme une maison plate et large/ & y a fiens par dessus affin que pierres ne le puissent rompre ne feu ne s’y puisse prendre et a roues se maine en tel engin sont dedens mussez hommes qui mainent et trainent avec eulz branches d’arbres et toutes choses bonnes a remplir fossez/ & par celle voye en peut on user en tel cas qui veult par quoy sera donnee voye aux autres engins de povoir estre menez jusques aux murs.

Item le iiie. engin est appellé mouton lequel est fait de mairien en guise de une maison couverte dessus/ en laquelle couverture sont clouez tout a l’environ cuirs crus et tous frecs qui peut/ affin que feu ne s’y puisse prendre. Au front de celle maison a ung tref/ qui a le bout tout couvert de fer gros et mascis Celluy tref on tire a chaines et est fait en la maniere que on le peut bouter et tirer tellement que ceulx qui sont dedens l’engin pevent par ce tref ferir grans coups contre le mur si que tout l’estonnent Si donne ses cops tout en la maniere que ung mouton recule pour heurter : & pour ceste cause est appellé mouton.

Item le quart est appellé bigue et destuy l’on n’a acoustumé soy aider si non au grant effort/ il est fait de gros mairien a viii. piez de lé & xvi. de long. couvert de cloyes et de fiens/ affin que pierres ne luy nuyssent/ & de cuirs gras advironnés pour le feu dessoubz en cest engin sont les hommes d’armes qui percent le mur et dessus ponts levis qu’on dit ponts volans/ que embatre pevent jusques aux murs assient leur estage eschielles en divers estages.

Item le ve. engin est encore de plus grant force & le moins en usage pource qu’il n’affiert si non en assaulz de grant et notable cité ou fortes places fort desirees ou sieges sont tenus a bon loisir/ et cestuy est appellé tour/ et est fait de gros mairien et d’entablemens a plusieurs estages. Et pour ce dit vegece que si grant edifice doibt bien estre gardé. Il affiert affin que feu n’y soit bouté qu’il soit couvert qui peut de lames de fer ou de cuirs crus et tous frecs/ Ausquelz selon ce qu’ilz sont haulz on leur donne de clarté. Car aucuns sont de trente piez : autres de l. & autres de lx. Et mesmement telz en y a si hault que non pas seulement surmontent les murs/ mais mesmement les plus haultes tours Si est celluy engin assis sur roes mouvables qui a force d’ommes et de chevaulz est mené au plus pres des murs qu’il est possible/ et pons volans y a que on peult embatre jusques dessus les murs/ & s’il advient que celle tour puist estre approchee des murs fort seroit ce en pou d’eure la ville n’estoit prinse/ car la dedens sont foison de gens d’armes en tous les estages. Dont ceulz d’en hault se combatent a bon trait & main a main a ceulx de dessus les murs et tost vaincre les pevent/ ceulx des autres estages percent le mur et ainsy de toutes pars envaÿe la cité ou forteresse par tel effort que ceulx de dedens ne scevent auquelles entendre/ si sont de legier prins et c’est ce que vegece enseigne quant il dit/ de plus de pars & de plus d’engins et de force/ assauldras tout a ung coup la forteresse et plus se esbahiront les deffendeurs & plus tost se rendront/ & pource que ad ce faire servent les eschielles et semblablement tous engins qui pevent estre faitz a monter hault est besoing premiers telz montees que on sache la haulteur des murs/ et a ceste cause l’enseigne vegece par deux voyes. L’une est telle qu’il dist que une saiette soit traicte jusques au hault du mur/ a laquelle ait ataché ung filet fort long qui soit tenu et pour ce pourra estre sceue la haulteur du mur. L’autre voie est que quant le soleil est tourné & il jecte l’ombre du mur & des tours a terre/ adont peult on mesurer l’ombre l’espace d’icellui/ deux bastons fichez aux deux boutz/ & par advis le bon et saige peut on extimer la haulteur que aux engins & autres habillemens convient avoir.

Cy commence a parler de deffendre chasteaux et villes selon vegece et sa doctrine. xxxvi. chapitre.

Chose est certaine que assez de legier se pourroit prendre & vaincre toute forte place s’il n’y avoit qui la deffendist. Et pour ce tout ainsy que vegece mist en son livre pour doctrines d’armes les manieres d’assaillir citez & chasteaulz. Semblablement fist il de les deffendre/ sy dit que contre les dessusditz engins et perilz et autres assés dont sachans qui en eux aient vertu de chevalerie y a mout de remedes/ car il n’est maladie ou il n’y ait secours/ & mieulz vault subtilité d’armes que force/ souvent advient et mesmement en cas de prendre chasteaulx et citez/ ainsy que par subtil art prindrent les rommains la forte cité de capasa que au roy tygrayn estoit d’armenie/ qui les guerroioit/ car ainsy que les ambaxadeurs d’icelle cité pour cuider traictier paix alloient & venoient les rommains s’embuscherent empres les murs Et quant lesditz ambassadeurs cuiderent entrer es portes les rommains saillirent sus si appertement qu’ilz prindrent la porte et tant le tindrent par leur vaillans et nobles couraiges que tout l’ost y entra Et par ceste maniere fut gorgiasement prinse celle cité tant forte et bien garnie qui par assault ne le peut estre. Et derechief dit vegece que plus est le commun avantaige aux deffendeurs que pour les assailleurs pour plusieurs raisons et mesmement en fait de combatre/ car ce que on gecte de hault soient lances pierres ou autrement de tant viennent de plus hault/ de tant plus blescent/ ausquelles choses se grant vertu y est adjoustee nulle garentise ne peut deffendre les combateurs de ce attains que fouldre ne les craventent. Premierement pevent ceulz de dedens estre secourus par leur seigneur s’il n’est en la place/ lequel a tresgrant force de gens d’armes pourra venir lever le siege & leur venir donner secours/ ou par aide d’aucuns de leurs amys ausquelz mandé et requis l’auront.

Quant le duc Lantalus capitaine d’ost rommaine estoit a ost contre le roy mitridates/ il manda a ses gens lesquelz estoient en la cité de Miteme qui si forte estoit que la mer y battoit d’une part et deux paires de murs l’advironnoient/ qu’ilz ne se esmayassent pour la grant aliance & puissance du roy mitridates/ & que tost secours auroient/ & fut grant chose au message passer par tant de gens et y aller/ mais ce fut par nuyt a nager ou il mist deux grosses bouteilles soubz ses aisselles/ & naga vi. mille pas de mer/ & par celle voye entra en la cité/ & tantost apres fut le roy mitridates contresiegé/ ou a tresgrant meschief fut son ost par faulte de vivres qui [ve]nir ne luy povoient. Eulz mesmes ou partie d’eulz se assez fors se sentent pevent assaillir les aultres despourveuz se leur point voient/ & ainsy les assaillir comme ilz sont assailliz/ car par celle maniere et voye a esté plusieurs foys assailli et vaincu. Et est chose tresfort necessaire que toutes gens qui en bataille vont pour la deffence du païs et cité/ aient bonne esperance envers dieu d’avoir la victoire pour le bon droit qu’ilz ont autrement ilz ne pourroient hardiement ne vaillamment combatre/ et que ceste esperance doibvent avoir est apparu trop de foys par l’effect qui en advenoit que dieu est favourable a telz combateurs/ si comme mesmement sembla qu’il fust a la cité de romme/ lors que entre les aultres foys ung nommé hanibal venu avecque merveilleux & grant ost devant la cité pour la destruire/ mais comme les rommains feussent yssus contre luy par grant et merveilleux hardement posé qu’ilz feussent le tiers moins de gens. Nostreseigneur qui ne voulut la ville ou il vouloit le temps advenir ediffier son eglise estre destruite/ envoya une si tresgrosse et merveilleuse pluye droit a l’eure que assembler vouloient que tant furent chargez leurs harnoys d’eaue que aider ne se peurent & a force les convint retraire/ et par troys foys ensuivant ainsy leur en advint comme se droit miracle fust. Hanibal dist que pas ne vouloit prendre guerre aux dieux/ car bien veoit qu’ilz estoient favourables a romme.

Item par paix et convenances qui se pevent faire et que on fait souvent advient aucunesfois que c’est plus le proffit de ceulz de dedens que de ceulz de dehors/ mais se a toutes fins les convient la dedens deffendre par vertu de leurs corps sans autre remede/ bon couraige leur est besoing. A l’exemple des cartaginois lesquelz ains que rendre voulsissent leur cité aux rommains pour destruire mieulz aimerent mourir/ lors que en parolles les tindrent lesditz cartaginois que forgé eussent armeures d’or/ d’argent/ de cuivre/ & de plusieurs autres metaulz pource que fer et acier leurs estoient faillis/ & avecques icelles se deffendirent jusques a la mort.

Sy convient que telz gens s’aident d’engins feu et pierres par tresgrant force/ Il est de necessité que ilz aient appareillé pos huille et souffre estouppes a grans touppilons que souvent traient aux engins de leurs adversaires et ennemys tant que en quelque maniere ou façon le feu y boutent/ & peut on bien trouver la maniere et habillité de faire bastons de sec boys cavez dedens et plains de feu convient et avoir estouppes & tirer ausditz engins le mieulz qu’on peult. Et semblablement les peut on bien destruire par ung engin duquel on gecte une fonde laquelle fonde est de fer a aneaulz/ et empres se dessusdit engin soit une forge laquelle ait ung grant fer bien rouge et bien embrasé si soit incontinent ce fer jecté en l’engin de dehors quel qu’il soit/ et contre ce fer ne peut avoir deffence cuir cru ne mesmement platines de fer.

Item on peut par nuyt avaller certains hommes en corbeilles a tout bon feu tout alumant si le fichent en engins.

Item on a veu plusieurs fois saillir hors ceulz de dedens et destruire par fer et par feu leurs ennemis. Avec ces choses dit que ceulz de dedens doivent adviser que de la partie ou cest engin appellé tour est assiz/ et soit de nuyt suhaussé le maçonnaige affin qu’il soit plus hault que l’engin et par en hault bastir d’aiz et d’entablemens pour mieulz surhausser/ Car ce le mur n’est plus hault l’engin est de petit proffit/ mais les assiegans ont communement une cautelle qu’ilz batissent ladite tour affin qu’elle semble plus basse que les murs/ apres font secretement une autre tourelle d’entablemens/ laquelle quant le grant engin est joinct au mur soudainement a cordes & tresgrans crocs la mectent hors/ et l’assient sur l’autre et tout acoup par celle voye les gens d’armes assaillent si soudainement les murs que grant deffence y convient s’ilz n’y montent/ mais a cestuy impediment doibvent estre pourveuz ceulz de dedens de bons gros trefz ferrez bien longz par lesquelz avec grant force le boutent arriere.

Item il dit que quant jadiz la cité de rodes fut assiegee par une semblable tour mouvable de tresmerveilleuse haulteur et trop plus que les murs n’estoient/ ceulx de dedens voyans venir vers eulz le grant edifice Si s’adviserent la nuyt devant de grant cautelle. Ilz percerent leurs murs par subtilz moyens et caulz/ c’est assavoir les fondemens dessoubz les murs & fouyrent la terre ou lieu & a l’endroit qu’il leur sembloit que l’engin devoit estre mené/ et grans fossez firent pour laquelle chose l’engin arrivé a tout ses roes grant & merveilleusement pesant fondit la terre en maniere que estre ne peut relevé/ & par celle voye fut la cité garantie. Et est assavoir que propres noms avoient au temps ancien les joinctures mouvables de ces engins si que dit sera sy apres Par quoy lesditez tours jointes aux murs/ les archiers les fondeurs et tous les hommes de trait & aussy les gens d’armes chascun endroit soy efforçoient a tollir les murs a ceulx de dedens qui a leur povoir les leur callengoient. Si estoient les murs pourprins d’eschelles de toutes pars ou s’abandonnoient a plusieurs perilz ceulz de dehors pour y monter/ lequel usage d’escheller en tel cas trouverons premierement ceulx de la cité de capue contre ceulz de dehors lesquelz eulz et leurs eschelles furent tresbuchiez/ et a force de trait les mettoient par terre mors & occis/ sy y avoit engins qui se nommoient Sambuche/ Exostre/ et Thelenon.

Sambusch est ung engin fait en maniere de une harpe habille a percer le mur et est a cordes ataché a ladicte tour.

Exostre estoit nommé le pont par dessus que on jectoit soudainement de la tour sur le mur/ par lequel les gens d’armes alloient jusques dedens les murs.

Telenon estoit ung engin qui avoit ung tref fiché par le millieu si que une lance ung autre tref plus loing/ duquel chascun des boutz on pourroit avaller a chaines et a cordes tout ainsy que on voulloit. Et quant l’un estoit avalé/ l’autre se haulçoit/ ainsy que fait une lance sur le bout/ devers la forteresse estoit fait ainsy que ung petit chastellet de cloyes et d’aiz bien joinct/ et le bout de celle part avallé se chargoit de gens d’armes et l’autre bout de celle part avallé on les mettoit contremont jusques dessus les murs. La deffence contre iceulz engins estoient bons magonneaux lombardes et grosses pierres et arbalestres a tour bien tenduz/ a bonnes cordes de nerfs.

Cy devise les remedes contre lesditz engins. xxxvii. chapitre.

Contre l’engin qui est nommé mouton enseigne vegece plusieurs remedes. C’est assavoir que quieutes matelas ou sacs plains de fiens soient avallez contre le mur au droit ou le tref doibt venir ferir/ et par la moleté d’iceulz seront les coups rompus.

Item on fait ung autre engin appellé loup auquel est ung fer courve/ qui a tresfors dens agus Si est assis par telle maniere sur le mur qui vient engouler le tref du mouton/ & sy fort le tient que estre ne peult avant ne arriere/ & aucunesfois le tirent en hault a force de cordes si que plus ne les peut nuyre. Et s’il advient que par force soit le mur percé ou prins ceulz de dedens garnis de toutes estoffes tantost facent ung autre mur de celle part et enclouent leurs ennemys se ilz pevent entre deux murs/ ou s’ilz s’y viennent embatre si les occient.

Remedes convenables contre la mine. xxxviii. cha.

Contre l’autre maniere de combatre forteresses c’est assavoir par mine qui se fait soubz terre sont les remedes telz.

Premierement se estre peult on doibt tellement a parfondir que nulle mine ne puisse par dessoubz passer.

Item ceulz de dedens doibvent aussy monter au plus hault de leurs tours/ & prendre garde s’ilz verront de quelque part hommes portans terres/ et avec ce doibvent souvent escouter joingnans les murs par embas se aucunement orront marteller/ & s’il advient qu’ilz s’en apperçoivent doibvent tantost continuer et tant faire qu’ilz viennent jusques a la myne de leurs ennemys/ et celle part a tout hommes et bonnes lances leur calenger par grant vigueur l’aler plus avant. Sy aient mys des a l’entree de leur mine cuves plaines d’eaues et d’orine puys faignent qu’ilz s’en fuyent et s’en saillent hors s’ilz pevent et tout acoup jectent celle eaue contreval Et se par l’aide des femmes elle povoit estre boullant mieulz vauldroit/ & ainsy dit il ont esté plusieurs mineurs occis.

Or posons que ceulx de l’ost eussent les murs les tours et les portes de la cité/ se doibvent pourtant ceulx de la cité occir comme bestes & par paour on les puisse prendre Nenny/ Ains comme vassaulz eulz deffendans jusques a la mort/ tousjours aiant bonne esperance doibvent monter aux fenestrages des maisons et sur les toitz et a bonnes pierres et tuilles eaue boullant et chaulz s’ilz pevent occir leurs ennemys ainsy qu’ilz vont traçant par tropeaulx pour fourrager la ville/ & s’ilz pretendoient bouter le feu les servent de sy grosses pierres que tous les escervellent/ car trop a de lancer greigneur advantaige si que dit est le hault que le bas/ & par ainsy si chier se vendent que ilz ne laissent pas d’avantaige/ car par celle voye en hardy couraige n’en doubte nulz/ se sont plusieurs villes surprinses par celle voye eschappees et delivrees a grant victoire/ car trop est grant chose a gens d’armes s’embatre en autruy ville/ en cas que bien garnie soit et bon couraige aient les habitans d’eulz deffendre.

O merveilleux couraige contre leurs ennemys eurent ceulz de la cité de moyance quant ilz veirent que plus ne se povoient nullement tenir contre les rommains qui moult longuement y avoient tenu le siege. Adonc comme ceulx qui mieulx aymoient mourir et destruire eulz mesmes leur cité & tous leurs biens que ce que leurs ennemys en feussent maistres/ ne joissans de leurs grans tresors/ car mout riche estoit sy bouterent le feu par tout qui grant hydeur estoit a veoir si grant cité toute en une flambe ou estoient perilz femmes et enfans et puys issirent hors sy vendirent chier leur grant ire aux rommains qui moult y perdirent des leurs Ains que affin les meissent et riens n’y gaignerent.

Une chose apprent vegece/ c’est que les habitans se ad ce sont venus bien se gardent de tenir chose a eulz musable/ comme tenir leurs portes closes/ car dist il on dit donner congié en tel cas a son ennemy de soy aller se bon luy semble/ car le tenir enclos luy pourroit doubler force/ puis que espoir n’auroit de povoir fouyr.

Advient aucunesfoys que ceulz de l’ost faingnent par cautelle qu’ilz se departent/ et vont assez loingz ainsi que firent jadis ceulz de gresse devant troyes apres la paix faicte/ mais lors qu’ilz pensoient que ceulz de dedens se tenissent asseurez. Doncques tout quoyement par nuyt retournerent sy eschellerent les murs et monterent dessus/ ou les guettes trouverent endormys et acoup les surprennent/ si les occirent incontinent. Et par celle cautelle ont esté plusieurs villes prinses/ & aussy eust esté la bonne ville de romme au temps que ung nommé Hanibal estoit devant/ quant le cry des oyes d’aventure esveilla les gardes/ & pource que telles choses communement et souvent se font y affiert a toute heure grant garde. Et doibvent estre faictes chambrettes ou petites logettes sur les murs pour garder ceulx qui feront le guet de froit en yver & de la chaleur du soleil en esté/ & avoient en usaige anciennement de nourrir tressaiges et aspres chiens en icelles maisons et es tours/ affin que par eulz peust estre sentue ou congneue la venue des ennemys.

Avec toutes ces manieres de deffendre enseigne vegece aux enclos que soingneux soient d’enquerre et savoir par aucunes espies l’affaire de leurs ennemys/ ne chose n’est nullement sy utile Car par ce pevent mieulz appointer de leurs necessités et affaires/ par quoy s’ilz ont tresvaillant et noble couraige et ilz puissent bonnement savoir l’eure que leurs adversaires ne soient sur leur garde ou soient assiz a leur menger/ ou se voient esbatant ça et la/ et qu’ilz ne se donnent garde que ceulz de dedens doivent saillir/ adont tout acoup doivent aller sur eulz/ & mesmement s’ilz pevent saillir hors par quelque faulse posterne par derriere est leur meilleur/ et que bien se gardent que leur convine ne soit accusé : par quoy aucune embusche y puist estre mise pour les occir/ mais se par la voye dessusdite les povoient surprendre/ ilz s’en pourroient despecher. Et a propos de hardy couraige en deffence de cité fut grant merveilles de la cité de munance en espaigne au temps que les rommains les avoient tellement menez que yssir n’osoient de la forte closture Neantmoins delibererent mieulz mourir que estre serfz/ mais ainçoys se voulurent chier vendre a leurs ennemys. Et pource de telle quantité qu’ilz avoient de blez qui pou estoit brasserent ung tel beuvrage que quant beu l’eurent furent tous yvres si yssirent adont & tant firent d’armes que ains que estre peussent du tout desconfitz/ ilz destruirent presque tous les ennemys/ & se en quantité egalle eussent esté ja rommains n’en fussent venus achief. Mais au premier propos dit vegece/ s’il advient que en celle empainte fortune ne soit pour eulz ains soient reboutez/ doibvent bien avoir ordonné que incontinent et prestement la porte soit ouverte/ & se les autres les suyvent jusques sur le pont ou dedens la porte ilz soingnent que dedens soient enclos/ et que sur les murs ait assez bonne garnison de pierres et grant force de trait pour les convoier de toutes manieres d’engins/ & par telle maniere et façon que tous ou la plus part ne s’en retournent pas Si ne soit le gaing tout pour eulz Neantmoins est tresmerveilleux et grant peril soy combatre sur pont/ A l’exemple de ung roy de gaule Lutuitus avecques son grant ost contre les rommains que tellement eut chargé le pont de bois que sur la riviere du rosne eut fait faire qu’il rompit et y perirent et furent nayés tous les siens de quoy ce fut trespiteuse besoigne. Et s’il advient aucunement que par maniere d’aucun accord ou traictié soit parlé d’avoir la fortresse de ce on soit advisé que la tresgrande desloyauté d’aucun mauvais ne peut nullement decevoir l’ignorance des simples/ car aucunesfoys et souvent ont plus nuyt paix faintes soubz umbre d’accord que force d’armes.

Cy commence a parler des batailles qui se font par mer. xxxix. chapitre.

En ensuivant les choses dessusdictes en la fin de son livre touche vegece assés en bref aucunes choses convenables a batailles qui se font par mer. Et premierement de la façon des nefz faire & gallees/ dit que en mars ne en avril que arbres habondent de humeurs ne doivent pas estre les arbres coppez pour faire les nefz Ains le doivent estre en juillet et en aoust lors que l’umeur des arbres se prent a secher/ & que mesmement les ais syez doibvent estre laissiez secher tant que lors soit la verdeur. Avec ce dit que a claulber les ais des nefz vallent mieulx cloux d’errain que de fer quoy que fer soit plus fort/ mais l’arrain pource que plus a en soy de moisteur mieulz se tient en l’eaue et plus longuement sans pourrir.

Item dit que ceulz qui par mer veullent aller soit en armee ou autre affaire doibvent bien eulz pourveoir de bons nautonniers maistres en cest office/ et que bien se congnoissent es vens et quelz choses leur pevent nuyre des perilz de mer/ sachent les destours et aussy les adresces de tous les portz/ et que tresbien ilz se congnoissent en la carte et es signes du ciel/ ou mariniers prendent leur regard/ congnoissent aussy les signes qui demonstrent fortune de mer advenir prochaine qui apperent tant au soleil comme en la lune es vens es oyseaulx et mesmement aux poissons soient tous maistres et gouverneurs de leurs voilles tirer cordes a point et laisser ancrer et desancrer et que plusieurs foys se soient trouvez en batailles de mer en divers perilz et autres adventures.

Item les pourveances faictes si qu’il appartient a tresbien armer nefz ou telz vaisseaux de bonnes gens d’armes et de trait dit que ceulz qui vont pour eulx combatre appartient estre plusfort armez que ceulz qui sur terre se combatent/ car ilz ne se pevent pas tant mouvoir/ si doibvent mener petis vaisseaulz coursaires avant eulz Esquelz doivent envoier espies pour savoir du convine des ennemis & quant de pres les viennent requerre adont les doibt on saluer de bonnes bombardes et pierres jectees de divers engins/ et fors arbalestres/ & les nefz joinctes/ les vaillans hommes d’armes avallent les pontz et saillent es nefz des adversaires/ & la se combatent main a main. Et es greigneurs vaisseaulx fait on tours et arbalestres/ affin que ainsy que on fait des haulz murs puissent jecter feu contreval/ eaue & huille boullant si est cruelle chose ou les hommes non pas seulement par armes perissent/ mais aussy par feu et eaue sans povoir fuyr ne guenchir. ilz sont souvent tous vifz livrés a estre pasture aux poisons/ la sont traictes saietes ardans envelopees d’estouppes de poy et de huille par quoy les ais des vaisseaux qui sont de boys sec et oinctes de poy se allument de legier/ & ainsy les ungs perissent par fer/ autres sont ars/ et autres nayés. Sy est peril de soy combatre par mer.

Cy devise que combateurs par mer/ doibvent avoir garnisons lesquelles garnisons leur affierent et par especial a gens allans en armee sur mer. xle. chapitre.

Cy dit que combateurs en mer doibvent estre garnis de vaisseaulz plains de poy noire de soulfre/ & d’uille tout ce confit ensemble enveloppé en estouppes/ & ses vaisseaulz alumez doit on jecter et traire fort et assaillir leurs ennemys tant que loisir n’aient d’estaindre le feu. Et est assavoir qu’il est une maniere de composer feu lequel aucuns appellent feu grigoys/ pour cause que ce feu fut trové par les grecz estans au siege devant troye/ Ainsy que dient aucuns celluy feu art mesmement en eaue pierres fer/ et toutes choses bruit ne estre ne peut estaint fors par certaines mixtions que on fait a l’estaindre/ mais par eaue non/ aussi se font aucunes poisons si fortes & tant mortelles que fer qui en seroit atouchez/ et puys entrast au corps de l’omme sans plus jusques au sang la ploye seroit mortelle/ mais comme telles choses a faire ne enseigner les maulx qui s’en pourroient ensuyvir sont cause de leur excommunication pource n’est pas bon d’en plus reciter/ pource que a cristien ne loist user de telz inhumanitez/ qui sont contre tout droit de guerre.

Item ceulz qui se doibvent combatre doibvent adviser de mettre leurs ennemys vers terre/ et eulz au parfont.

Item au matz de la nef doibt avoir ataché ung tref/ lequel soit ferré d’une part et d’autre et tellement que on le puisse haulcer & abaisser et en ferir tresgrans coups contre la navire ainsy que le mouton de dessus.

Item aient saiettes a large fer qui trairont ou voille et le troueront tellement qu’il ne pourra vent tenir.

Item doibvent estre garnis de certains hommes duis de plonger en l’eaue/ & a bonnes tarelles trouent la nef. si que l’eaue y entre de toutes pars.

Item grosses pierres a foison fers trenchans y doibvent venir lancer/ et toutes choses par quoy on puist derompre la nef/ le plus que on peult Apres lesquelles choses dictes puis user des propres motz vegece en la fin de son livre ainsy disant. Je croy que desormais puis traire de la discipline d’armes/ car en ces choses/ la coustume de usage d’armes treuve souvent plus d’art et de nouvelles choses que l’ancienne doctrine n’en a demonstré.

Cy fine la seconde partie de ce present livre.

Et en apres commence la tierce partie ou il parle de la discipline d’armes et des droiz d’armes selon les loix et droit escript.

Illustration from L'art de chevalerie selon Vegece

Cy apres s’ensuyt la tierce partie de ce present traictié Laquelle parle des drois d’armes selon les loix et droit escript. Et devise le premier chappitre par quel moyen l’acteur adjousta a ce livre ce qui est dit en droit des faitz d’armes. Premier chappitre.

Ainsi que je pretendoye a entrer en ceste iiie. partie de ce present livre mon entendement assez travaillé de la pesanteur de la matiere ou labeur des precedentes parties Adonc surprins de somme en mon lit couché : me apparut en dormant par semblance une creature tressolennel/ d’abit de chiere et de maintien ancien sage et auctorisé juge qui me dist ainsy.

Chier amy duquel en fait ou en pensee labeur en nulle heure ne cesse d’excercite d’estude que tu as aux choses que lettres pevent demonstrer par especial en exortation de toutes bonnes euvres & meurs vertueux je suis icy venu pour estre en ton aide en la presente euvre de cestuy livre de chevalerie & fais d’armes/ ou par grant diligence meu par bon vouloir tant tu occuppes/ et pour ce en confortant le bon desir que tu as de donner matiere aux chevaliers et nobles qui le pourront oyr/ d’eux employer es faitz que noblesse requiert C’est assavoir audit excercite d’armes tant en labeur de corps comme es droitz qui leur conviennent selon les loix/ est bon que tu cueille sur l’arbre de bataille/ qui est en mon jardin aucuns fruitz et que d’iceulx tu uses Si t’en croistra vigueur et force a mieulz povoir parachever la pesanteur de ton euvre/ & pour bastir ediffice parti[n]ent aux ditz de vegece et des autres acteurs dont jusques icy tes aydes te convient retrencher des branches d’icellui arbre & prendre le meilleur et sur celluy mairien fonder partie de ton edifice/ Auquel parfaire je comme maistre et toy disciple y seray en ton aide. ces choses oyes me sembloit que lors luy disoie ainsy.

O digne maistre je congnois que tu es cellui estude que j’aime tant & ay aimé tant que plus de riens ne me souvient/ & par laquelle vertu et frequentation aydes a grace a dieu plusieurs belles emprinses achevees/ certes de ta compaignie suis tresjoieulz mais comment ne doibt desplaire au maistre se le disciple desireux d’apprendre luy meut questions/ te prie que tu me dies se reprouché pourra estre a mon euvre ce que tu m’as conseillé user dudit fruit.

Amy chier a ce je te respons que de tant comme une euvre est tesmoignie par plus de gens/ tant est elle plus autentique. Et pource ce aucuns en murmurent selon l’usage des mesdisans/ disans que autre part mendiet. Je leur respons que c’est commun usage entre mes disciples d’eulz entredonner et departir des fleurs qu’ilz prendront en mon jardin diversement/ & tous ceulz qui s’en aident ne les ont pas cueillies. Comment jehan de meum ne s’ayde il pas en son livre de la rose des dictz de lauris/ et semblablement d’autres Si n’est pas cas de reproche/ ains est louenge quant bien et proprement sont apliquez & la gist la maistrise & est signe d’avoir foison veu & visité plusieurs livres/ mais la ou mal a propos on feroit servir choses ailleurs prinse la seroit le vice Si fais doncques hardiement et ne te doubte/ car ton euvre est bonne/ et si te certiffie que de plusieurs saiges seras encore loé sans avoir doubte aucunement.

L’acteur demande et le maistre respond se l’empereur peut mouvoir guerre au pape. ii. c.

Adont me fut advis que je disoie/ puis que ainsy en tressolennel juge qu’il te plaist que je adjouste en mon livre d’armes et de chevalerie encore des fruitz cueilliz en ton jardin par ton commandement en usant d’iceulx te feray aucunes questions pertinentes a la dicte matiere d’armes/ c’est assavoir es droitz qui y conviennent selon les loix et droit escript.

Et tout premierement je te demande en entrant en ladicte matiere puys qu’il est vray ainsy que au premier de cest livre je dis et toy mesmes/ bien sçay que le nyeras que guerres et batailles selon droit n’affierent a estre menees ne jugees fors par les princes terriens qui de personne ne tiennent leurs terres fors seulement de dieu/ sicomme empereurs roys ducs & autres qui soient mesmement seigneurs. Se l’empereur de romme qui a jurisdition temporelle est le principal du monde peut selon droit emprendre et maintenir guerre contre le pape. Et s’ainsy est qu’il l’empreigne se ses subgectz et hommes sont tenus pour celle cause de venir a son mandement. Il sembleroit que sy pource que jurisdiction et seigneurie luy est deue plus que a seigneur du monde. Autres raisons y a se ses subgectz luy sont obeissans ou qu’ilz se fourfacent et parjurent de ce que promis luy ont/ bon ou mauvais quel qu’il soit et fust stimatique.

Amy chier a ceste question je te respons que mouvoir guerre selon droit ne peut et voy icy les raisons que le droit y assigne.

Premierement car il est procureur de l’eglise si seroit grant oultraige que le procureur fust contre le maistre/ lequel le doibt deffendre et il l’offendroit.

Item l’empereur est subgect au pape/ ce ne peut il pas nyer/ car il appert par ce que son election gist tant en luy qui lui appartient enquerir s’il est homme ydoine a ce. Et se l’election luy est deue et de le couronner ou non en est en luy. donc le subject feroit contre le souverain Encore te dis je plus que se l’empereur ne se gouverne a loy de bon [em]pereur le pape par droit luy peut oster l’imperial dignité & y establir ung autre. Si ne pevent ne doibvent les subgectz obeyr au mandement de telle guerre se ilz ne veullent desobeir a dieu en persecutant son eglise.

Cy fait mencion se le pape peut mouvoir guerre a l’empereur. iii. chapitre.

Puys que ainsy est maistre que l’empereur ne doibt au pape mouvoir guerre Je te demande se le pape le peut mouvoir a lui Car il sembleroit que non/ veu qu’il est lieutenant de jesucrist en terre si doibt ensuivir ses traces qui toutes furent paisibles ne oncques de guerre ne s’y aida. Et avecque ce dist a ses appostres qu’ilz ne se usassent pas de seigneurie comme les princes.

Item avec ce dist saint pol que gens d’eglise ne se doibvent revenger/ mais vaincre en souffrant.

Je te respons en mettant ces raisons arriere et toutes autres telles que sans faulte le pape peut mouvoir bataille et guerre a l’empereur en aucuns cas C’est assavoir s’il est erege ou stimatique.

Item s’il vouloit usurper le droit de l’eglise et tollir ou empescher son patrimoine et ses heritaiges et jurisdictions/ & que en ses cas ne luy pevent pas faire guerre Ains seroient tenus tous christiens princes et autres mesmement de l’empire aider au pape/ ainsy qu’il advint du pape alixandre le tiers de ce nom/ lequel persecuté de l’empereur s’en alla a refuge au roy de france qui en son lieu le remist. Et seroit pourneant se aucun vouloit dire/ dieu ne dist pas qu’il le jectast jus mais dist qu’il le remeist/ c’estoit a dire qu’il le regardast pour le temps advenir/ car pour celle heure ne vouloit user de voye de fait.

Cy fait mencion de la puissance & auctorité du capitaine de la chevalerie du prince selon droit Et pour quelz cas les gens d’armes pevent encourir crisme capital. iiii. c.

Maistre assez me suffist quant en ce cas mais plaise toy dire se j’ay cy devant assez suffisamment parlé de l’office du capitaine de l’ost du prince quoy que autresfois ait esté informé de moult de choses pertinentes a son dit office/ desire encor de toy en oyr.

Chier amy a ce je te respons que quoy que bien et bel en ayes dit/ tu y peus encoires adjouster autres auctorités que les loix luy donnent avec les chargez qui luy appartiennent. C’est assavoir donner licence a ses gens d’armes de aller ou il est besoing/ tant pour leurs besoingnes en temps convenable comme pour le fait de la guerre/ sans laquelle licence ne doivent riens emprendre ne nulle chose faire/ puis appartient a luy les commettre par ordonnance selon le proffit de la bataille & selon son bon advis et le conseil qu’il a. Sy luy appartient de donner garde que du pays ne partent gens d’armes pour aller autre part sans congé du seigneur/ doibt aussy garder les clefz des chasteaulx et villes ou en allant en armes s’il y est logé.

Item a luy appartient de commettre le gait en l’ost et prendre diligemment garde sur tous les siens que les mesures de blé d’avoine et de vin/ & aussy les pois soient justes et que ceulz qui mal en usent soient pugnis.

Item a luy appartient a congnoistre les debatz et questions de ceulz de l’ost et en juger faire droit a ung chascun soit gentil homme marchant ou aultre qui se viengne a luy complaindre des siens/ et longs seroient a dire les offices qui appartiennent audit capitaine/ mais avec ce pour mieulx toy apprendre veulles dire cas selon noz loix dont les hommes d’armes pevent encourir criesme capital s’ilz faillent.

La loy dist que celluy qui frappe le capitaine par maltalent doibt perdre le chief/ et semblablement le doibt perdre celluy qui est rebelle et contredisant en ordonnance de bataille.

Item celluy qui fuit de la bataille se les autres y demeurent.

Item celluy qui est envoyé en ambaxade aux adversaires ou pour les espier et il revele et descuevre le secret de sa partie.

Item cellui qui s’excuse par fainte excusation menteresse de povoir estre en la bataille avecque son seigneur.

Item celluy qui ne deffent a son povoir son capitaine s’il le voit assaillir.

Item qui se part de l’ost sans congié pour faire autres armes/ encourt aussy criesme capital quelque aultre bien ou beau fait qu’il face ailleurs.

Item qui empesche que paix soit faite.

Item qui procure qu’il y ait en l’ost discention ou rihote mortelle.

Item qui desrobe les provisions de l’ost.

Item se le vassal est tenu selon droit d’aller querir armes & aller en la guerre de son seigneur a ses despens et il n’y va.

Cy fait mencion se le vassal est tenu selon droit d’aller en la guerre de son seigneur a ses despens. ve. cha.

Pource qu’il est de coustume que tous roys princes ou seigneur somme son vassal de luy estre en aide en fait de guerre. Je te demande maistre se ledit vassal est tenu selon mandement de droit et selon les loix de aller au mandement de son seigneur. Et s’il est ainsy que tenus y soient se ce doit estre a leurs propres coustz et despens ou a ceulz du prince ou seigneur.

Chier amy pour mieulz respondre a ta demande convient adviser quelles choses contient le jurement de fidelité que fait celluy qui entre en foy d’aucune terre ou possession mené en chief d’aucun seigneur. Si sont vi. les principales convenances selon le decret & droit mis.

La premiere est que par son serment jure que jour qu’il vive ne pourchassera le dommaige de son seigneur. ne sera en lieu a son sceu ou pourchassié soit.

La seconde que jamais son secret ne revelera de chose qui luy puisse porter prejudice.

La tierce qu’il sera pour luy en tous cas juste et raisonnable contre tout homme en exposant son corps et sa puissance a ses besoingnes en fait guerre bien et loyaument toutes fois que requis en sera.

La quarte que jamais ne sera au dommaige de ses biens possessions ne heritaiges ne de tout son bien.

La quinte que s’il advient que son seigneur ait affaire de luy ou de chose qu’il puisse bonnement qu’il ne s’excusera en disant que trop forte chose seroit & trop difficille a faire pour le povoir de sa personne.

La sixte qu’il ne querra voye de s’excuser ne d’empescher d’aller au mandement de son seigneur.

Telz sont et doibvent estre selon le decret/ les promesses et serment du vassal au seigneur. Par lesquelles promesses appert assez que donc les vassaulx sont tenus d’estre avecques leur seigneur pour le servir en ses guerres a tout bien et loyaument soubz l’obligation de perdre les fiefz que d’eulz tiennent et d’estre confisqué/ et ainsy que dit dieu en l’evangile/ qui n’est aveques moy soit contre moy/ & doibvent estre reputez contre leur seigneur s’ilz en deffaillent/ pource deservent d’estre deboutez de la terre qu’ilz tiennent a celle cause/ mais neantmoins ne les oblige nulle loy de servir a leurs despens/ mais aux propres gaiges du seigneur/ se ce n’est par tel cy que la terre y fust d’ancienneté obligee. Sicomme il est certaines villes qui a leurs propres despens sont tenues de servir le prince par certain temps de aucune quantité de gens en ses guerres/ et est bonne la raison pour quoy ilz ne doibvent pas servir a leurs despens. Neantmoins s’il estoit ainsy que le seigneur n’eust plus de quoy les maintenir et que son demaine ne souffist pas par especial pour garder et deffendre son païs ses subgetz et son droit ilz sont tenus d’eulz tailler et mettre sur certaine ayde pour luy aider & pevent par droit estre contrains s’ilz ne le vouloient faire/ & par especial en cas que les ennemys seroient venus sur sa terre luy courre sus/ car selon droit moult est privilegiee la guerre a deffensive trop plus que l’offensive.

Vray est que selon droit se le roy prince ou seigneur a besoing de prendre telle aide doit bien garder que ce soit sans outrage/ car ce seroit sur sa charge & bien se garde le conseillier que autrement ne le conseille/ car ce seroit grandement a sa damnation. Et ne deveroit le bon roy ou prince escouter tel conseillier/ mais le debouter comme ennemy de son ame. de son corps et de son honneur/ car il luy conseilleroit son damnement & le mettroit en voye de perdre l’amour et la bienveullance de ses subgetz.

Cy fait mencion se les feaulx sont plus tenus de aider au prince souverain que a leur seigneur naturel. vi. c.

Doulz maistre manifie moy & soubz ceste question Je dy puys qu’il est ainsy que le vassal est tenu de aider a son seigneur de qui il tient en fief contre tout homme. Doncques semble il que se le roy ou prince avoit guerre contre aucuns de ses barons que les subgectz des barons qui d’eulz tendroient feussent tenuz de aider a leurs seigneurs contre le roy ou prince/ car au roy n’ont ilz pas promis feaulté/ mais aux seigneurs dont leur fief meuvent sans nulle exception.

Chier amy sans faulte te respondray en bref a ceste question quoy que par assez de raisons me puisse arguer/ disant que aussy bien se peult aider selon droit le petit homme de ses choses que fait le grant/ & doncques pourquoy ne se aidera le baron de ses choses et de ses hommes qui luy ont promis feaulté et non pas au roy/ & autres plusieurs choses que pourrois a ton propos alleguer. Neantmoins te dy que toutes raisons ou contraires sont selon noz loix sont nulles Car seurement nul subgect n’est tenu de aider a celluy de qui il tient en fief contre son souverain seigneur. Ains se meffait soubz criesme capital s’il le fait sicomme de offencer leze magesté car quoy que le baron soit naturel seigneur le roy ou prince est le naturel seigneur soubz qui y sont.

Se tu me ditz dont se parjurerent ilz/ car nul serment ne peut obliger a faire mal/ laquelle chose ilz feroient de soustenir en mauvaistie leur seigneur qui seroit contre son souverain.

Chier maistre autre question plus forte & qui de celle assez deppent faire te vueil. Je suppose que deux barons au royaume de france ou d’autre part aient guerre l’un contre l’autre/ pour laquelle guerre mandent leurs hommes. Advient tantost que le roy ou prince pour ses guerres et pour la deffence de son païs ait a faire de gens si fait son mandement/ auquel sont comprins les hommes des deux barons dessusditz/ sy te mande s’ilz sont tenuz de venir au mandement du roy ou de aller a leur seigneur.

A ceste question en confermant la precedente te respons que selon droit sont tenus de venir au roy et laisser leur seigneur et y assignent les drois troys raisons. La premiere est que le roy ou souverain prince regarde la commune utilité du royaume ou pays laquelle doibt estre plus privilegiee que la singuliere utilité de une baronnie.

La seconde qu’ilz sont tenus au roy de generale juridicion qui est de plus grant auctorité et sy a haulte juridicion sur la petite baronnye.

La tierce raison est qu’il n’appartient que ledit petit officier ait puissance d’estre obey pardevant le seigneur et pert sa puissance sy tost que le souverain ou l’auctorité du seigneur vient avant/ ainsy comme la lueur ou clerté de la chandeille est petite si tost que le ray du soleil y survient.

Chier maistre encore te fais telle question. Je suppose que ung conte ou baron tiengne une terre du roy d’arragon/ & il demeure au royaume de france advient que le bon roy de france luy demande qu’il viengne a son ayde en ses guerres/ & semblablement tout en ung mesmes temps le mande le roy d’arragon Auquel doncques doibt il obeyr/ car il est impossible d’estre en deux lieux : & sembleroit qu’il peust estre excusé de non aller a l’un ne a l’autre.

Je te respons que excuser ne se peut ne de l’un ne de l’autre s’il ne veult perdre droit de fief. C’est assavoir qu’il voise a l’un lequel que il luy plaira et de qui il tient le plus et a l’autre envoye de ses gens.

Plus forte question je te demande s’il advient que les dessusditz roys aient guerre ensemble/ je ne sçay entendre auquel il doit aider qu’il ne perde l’une de ses terres.

Je te dis que la precedente responce peut encore servir a ceste question selon aucunes oppinions/ c’est assavoir aller a l’un et envoyer a l’autre/ mais ceste chose ne se pourra pas bien en droit soustenir/ car se ainsy estoit qu’il le feist dont conviendroit il que ses propres fussent contre luy mesmes puys que les deux roys seroient adversaires/ et il auroit a l’un envoyé de ses gens/ et il seroit pour l’autre/ & pour ce ne sçay meilleur remede ne conseil que ce que je t’ay dit/ & scez tu que a tel vassal appartient a faire ou nom de dieu/ de soy mettre en peine de toute sa puissance d’y mettre paix en tous temps s’il peut.

Cy fait mencion se ung gentil homme tient deux fiefz de deux seigneurs lesquelz guerroient l’un l’autre auquel il doit aider. Item se en toutes guerres selon droit pevent aller tous sauldoyers/ et devise cy endroit le peril en quoy l’omme d’armes se met d’aller en guerre injuste/ & de faire en armes autrement que droit de guerre requiert. vii. c.

Ainsy que de toy entens me semble maistre que les subgectz sont tenus d’aller en la guerre pour ayder et secourir leur seigneur se advertiz ou sommez en sont voire non pas a leurs despens mais aux gaiges de leur seigneur Si me soulz s’il te plaist autre question. Je te demande quoy que la coustume soit assez generale entre gens d’armes que qui veult prendre sauldees de tous seigneurs villes ou pays pour servir en toutes guerres soient les hommes d’armes d’un mesmes lieu ou quelques estrangiers qu’ilz soient d’un mesmes pays ne subgect ne le pevent faire. car il sembleroit que non/ veu qu’il convient fait de guerre executer par occisions et autres bien divers maulx/ lesquelles choses entre cristiens sont deffendues par la loy de dieu.

A ceste question amy je te respons/ et toy mesmes l’as assez touchié au commencement de ce livre que en toute juste guerre peut aller qui qui veult et prendre gaiges & sauldees pour servir a icelles. Car juste guerre a droit menee et que les droites mettes de ce qui est de droit ne soient passees/ c’est assavoir pillaiges sur terre d’amis ne autres plusieurs griefz desquelz usent mauvaisement et communement gens d’armes dont ilz meffont durement/ et n’est pas telle coustume de droit de guerre/ mais guerre ou ne soient faitz n’est pas injuste ne deffendue en droit/ ains est permise/ car c’est droite execution de justice que dieu seuffre & consent affin de ramener le tort en bon droit quoy que dieu seuffre faire guerres aucunesfoys diversement contre droit et raison/ laquelle chose est sicomme flayel de dieu et pugnission pour le pesché des gens mais au premier propos revenir je dis que tout homme qui droiturierement se veult exposer/ se doit ains que en guerre se mette tresbien informer de la querelle et savoir se la calenge est juste. Et de ce tu me demandes comme savoir le pourras/ car de toutes parties que gens font guerres chascun sy dit avoir juste cause. Enquiers se celle guerre a esté premierement jugee par bons juristes ou se elle est a cause de deffence. Toute guerre est bonne/ c’est assavoir de tresbien deffendre son païs s’il est assailly. Et de ce se doibvent tresbien informer tous hommes d’armes ains qu’ilz s’y mettent.

Je vueil bien que tu saches que se injuste est la querelle/ celluy qui la meut damne son ame/ et s’il meurt en tel estat va en voye de perdition se grant repentance par grace divine n’a en la parfin/ mais assez en y a qui de ce font pou de compte en quelque façon/ et a qui ne chault quelle soit la querelle mais qu’ilz aient bonne paye et qu’ilz puissent bien rober.

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