← Table of contents
Fables de La Fontaine

LES FABLES (continued 5)

Reading edition

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XIX

LE SINGE.

Il est un singe dans Paris A qui l’on avoit donné femme; Singe en effet d’aucuns maris, Il la battoit. La pauvre dame En a tant soupiré, qu’enfin elle n’est plus. Leur fils se plaint d’étrange sorte, Il éclate en cris superflus: Le père en rit, sa femme est morte; Il a déjà d’autres amours, Que l’on croit qu’il battra toujours; Il hante la taverne, et souvent il s’enivre. N’attendez rien de bon du peuple imitateur, Qu’il soit singe ou qu’il fasse un livre: La pire espèce, c’est l’auteur.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XX

LE PHILOSOPHE SCYTHE.

Un philosophe austère, et né dans la Scythie, Se proposant de suivre une plus douce vie, Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile, Homme égalant les rois, homme approchant des dieux, Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille. Son bonheur consistoit aux beautés d’un jardin. Le Scythe l’y trouva qui, la serpe à la main, De ses arbres à fruit retranchoit l’inutile, Ébranchoit, émondoit, ôtoit ceci, cela, Corrigeant partout la nature, Excessive à payer ses soins avec usure. Le Scythe alors lui demanda Pourquoi cette ruine: étoit-il d’homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants? Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage; Laissez agir la faux du temps: Ils iront assez tôt border le noir rivage. J’ôte le superflu, dit l’autre, et l’abattant, Le reste en profite d’autant. Le Scythe, retourné dans sa triste demeure, Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure; Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis Un universel abatis. Il ôte de chez lui les branches les plus belles, Il tronque son verger contre toute raison, Sans observer temps ni saison, Lunes ni vieilles ni nouvelles. Tout languit et tout meurt. Ce Scythe exprime bien Un indiscret stoïcien: Celui-ci retranche de l’âme Désirs et passions, le bon et le mauvais, Jusqu’aux plus innocents souhaits. Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort; Ils font cesser de vivre avant que l’on soit mort.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXI

L’ÉLÉPHANT ET LE SINGE DE JUPITER.

Autrefois l’éléphant et le rhinocéros, En dispute du pas et des droits de l’empire, Voulurent terminer la querelle en champ clos. Le jour en étoit pris, quand quelqu’un vint leur dire Que le singe de Jupiter, Portant un caducée, avoit paru dans l’air. Ce singe avoit nom Gille, à ce que dit l’histoire. Aussitôt l’éléphant de croire Qu’en qualité d’ambassadeur Il venoit trouver sa grandeur. Tout fier de ce sujet de gloire, Il attend maître Gille, et le trouve un peu lent A lui présenter sa créance. Maître Gille enfin, en passant, Va saluer son excellence. L’autre étoit préparé sur la légation; Mais pas un mot. L’attention Qu’il croyoit que les dieux eussent à sa querelle N’agitoit pas encor chez eux cette nouvelle. Qu’importe à ceux du firmament Qu’on soit mouche ou bien éléphant? Il se vit donc réduit à commencer lui-même. Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu Un assez beau combat, de son trône suprême; Toute sa cour verra beau jeu. Quel combat? dit le singe avec un front sévère. L’éléphant repartit: Quoi! vous ne savez pas Que le rhinocéros me dispute le pas; Qu’Éléphantide a guerre avecque Rhinocère? Vous connoissez ces lieux, ils ont quelque renom. Vraiment je suis ravi d’en apprendre le nom, Repartit maître Gille: on ne s’entretient guère De semblables sujets dans nos vastes lambris. L’éléphant, honteux et surpris, Lui dit: Eh! parmi nous que venez-vous donc faire?— Partager un brin d’herbe entre quelques fourmis: Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire, On n’en dit rien encor dans le conseil des dieux: Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXII

UN FOU ET UN SAGE.

Certain fou poursuivoit à coups de pierre un sage. Le sage se retourne, et lui dit: Mon ami, C’est fort bien fait à toi, reçois cet écu-ci. Tu fatigues assez pour gagner davantage; Toute peine, dit-on, est digne de loyer: Vois cet homme qui passe, il a de quoi payer; Adresse-lui tes dons, ils auront leur salaire. Amorcé par le gain, notre fou s’en va faire Même insulte à l’autre bourgeois. On ne le paya pas en argent cette fois. Maint estafier accourt: on vous happe notre homme, On vous l’échine, on vous l’assomme. Auprès des rois il est de pareils fous; A vos dépens ils font rire le maître. Pour réprimer leur babil, irez-vous Les maltraiter? Vous n’êtes pas peut-être Assez puissant. Il faut les engager A s’adresser à qui peut se venger.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXIII

LE RENARD ANGLOIS.

A MADAME HARVEY.

Le bon cœur est chez vous compagnon du bon sens; Avec cent qualités trop longues à déduire, Une noblesse d’âme, un talent pour conduire Et les affaires et les gens, Une humeur franche et libre, et le don d’être amie Malgré Jupiter même et les temps orageux, Tout cela méritoit un éloge pompeux: Il en eût été moins selon votre génie; La pompe vous déplaît, l’éloge vous ennuie. J’ai donc fait celui-ci court et simple. Je veux Y coudre encore un mot ou deux En faveur de votre patrie: Vous l’aimez. Les Anglois pensent profondément; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament; Creusant dans les sujets, et forts d’expériences, Ils étendent partout l’empire des sciences. Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour: Vos gens, à pénétrer, l’emportent sur les autres: Même les chiens de leur séjour Ont meilleur nez que n’ont les nôtres. Vos renards sont plus fins; je m’en vais le prouver Par un d’eux, qui, pour se sauver, Mit en usage un stratagème Non encor pratiqué, des mieux imaginés. Le scélérat, réduit en un péril extrême, Et presque mis à bout par ces chiens au bon nez, Passa près d’un patibulaire. Là, des animaux ravissants, Blaireaux, renards, hiboux, race encline à mal faire, Pour l’exemple pendus, instruisoient les passants. Leur confrère, aux abois, entre ces morts s’arrange. Je crois voir Annibal, qui, pressé des Romains, Met leur chef en défaut, ou leur donne le change, Et sait, en vieux renard, s’échapper de leurs mains. Les clefs de meute[78], parvenues A l’endroit où pour mort le traître se pendit, Remplirent l’air de cris: leur maître les rompit, Bien que de leurs abois ils perçassent les nues. Il ne put soupçonner ce tour assez plaisant. Quelque terrier, dit-il, a sauvé mon galant; Mes chiens n’appellent point au delà des colonnes Où sont tant d’honnêtes personnes. Il y viendra, le drôle! Il y vint, à son dam. Voilà maint basset clabaudant; Voilà notre renard au charnier se guindant. Maître pendu croyoit qu’il en iroit de même Que le jour qu’il tendit de semblables panneaux; Mais le pauvret, ce coup, y laissa ses houseaux[79], Tant il est vrai qu’il faut changer de stratagème! Le chasseur, pour trouver sa propre sûreté, N’auroit pas cependant un tel tour inventé; Non point par peu d’esprit: est-il quelqu’un qui nie Que tout Anglois n’en ait bonne provision? Mais le peu d’amour pour la vie Leur nuit en mainte occasion. Je reviens à vous, non pour dire D’autres traits sur votre sujet; Tout long éloge est un projet Peu favorable pour ma lyre: Peu de nos chants, peu de nos vers, Par un encens flatteur amusent l’univers Et se font écouter des nations étranges[80]. Votre prince[81] vous dit un jour Qu’il aimoit mieux un trait d’amour Que quatre pages de louanges. Agréez seulement le don que je vous fais Des derniers efforts de ma muse. C’est peu de chose; elle est confuse De ces ouvrages imparfaits. Cependant ne pourriez-vous faire Que le même hommage pût plaire A celle qui remplit vos climats d’habitants Tirés de l’île de Cythère? Vous voyez par là que j’entends Mazarin[82], des Amours déesse tutélaire.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXIV

LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES.

Les filles du limon tiroient du roi des astres Assistance et protection: Guerre ni pauvreté, ni semblables désastres, Ne pouvoient approcher de cette nation; Elle faisoit valoir en cent lieux son empire. Les reines des étangs, grenouilles, veux-je dire (Car que coûte-t-il d’appeler Les choses par noms honorables?), Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler, Et devinrent insupportables. L’imprudence, l’orgueil et, l’oubli des bienfaits, Enfants de la bonne fortune, Firent bientôt crier cette troupe importune: On ne pouvoit dormir en paix. Si l’on eût cru leur murmure, Elles auroient, par leurs cris, Soulevé grands et petits Contre l’œil de la nature. Le soleil, à leur dire, alloit tout consumer; Il falloit promptement s’armer, Et lever des troupes puissantes. Aussitôt qu’il faisoit un pas, Ambassades coassantes Alloient dans tous les États: A les ouïr, tout le monde, Toute la machine ronde Rouloit sur les intérêts De quatre méchants marais. Cette plainte téméraire Dure toujours, et pourtant Grenouilles doivent se taire, Et ne murmurer pas tant: Car, si le soleil se pique, Il le leur fera sentir; La république aquatique Pourroit bien s’en repentir.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXV

LA LIGUE DES RATS.

Une souris craignoit un chat Qui dès longtemps la guettoit au passage. Que faire en cet état? Elle, prudente et sage, Consulte son voisin: c’étoit un maître rat, Dont la rateuse seigneurie S’étoit logée en bonne hôtellerie, Et qui cent fois s’étoit vanté, dit-on, De ne craindre ni chat, ni chatte, Ni coup de dent, ni coup de patte. Dame souris, lui dit ce fanfaron, Ma foi, quoi que je fasse, Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace: Mais assemblons tous les rats d’alentour, Je lui pourrai jouer d’un mauvais tour. La souris fait une humble révérence, Et le rat court en diligence A l’office, qu’on nomme autrement la dépense, Où maints rats assemblés Faisoient, aux frais de l’hôte, une entière bombance. Il arrive, les sens troublés, Et tous les poumons essoufflés. Qu’avez-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez. En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage, C’est qu’il faut promptement secourir la souris; Car Rominagrobis Fait en tous lieux un étrange carnage. Ce chat, le plus diable des chats, S’il manque de souris, voudra manger des rats. Chacun dit: Il est vrai. Sus! sus! courons aux armes! Quelques rates[83], dit-on, répandirent des larmes. N’importe, rien n’arrête un si noble projet: Chacun se met en équipage; Chacun met dans son sac un morceau de fromage; Chacun promet enfin de risquer le paquet. Ils alloient tous comme à la fête, L’esprit content, le cœur joyeux. Cependant le chat, plus fin qu’eux, Tenoit déjà la souris par la tête. Ils s’avancèrent à grands pas, Pour secourir leur bonne amie: Mais le chat, qui n’en démord pas, Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie. A ce bruit, nos très-prudents rats, Craignant mauvaise destinée, Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas, Une retraite fortunée. Chaque rat rentre dans son trou; Et si quelqu’un en sort, gare encor le matou.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXVI

DAPHNIS ET ALCIMADURE.

Imitation de Théocrite

A MADAME DE LA MÉSANGÈRE.

Aimable fille d’une mère A qui seule aujourd’hui mille cœurs font la cour, Sans ceux que l’amitié rend soigneux de vous plaire, Et quelques-uns encor que vous garde l’amour, Je ne puis qu’en cette préface Je ne partage entre elle et vous Un peu de cet encens qu’on recueille au Parnasse, Et que j’ai le secret de rendre exquis et doux. Je vous dirai donc... Mais tout dire, Ce seroit trop; il faut choisir, Ménageant ma voix et ma lyre, Qui bientôt vont manquer de force et de loisir. Je louerai seulement un cœur plein de tendresse, Ces nobles sentiments, ces grâces, cet esprit: Vous n’auriez en cela ni maître ni maîtresse, Sans celle dont sur vous l’éloge rejaillit. Gardez d’environner ces roses De trop d’épines, si jamais L’Amour vous dit les mêmes choses. Il les dit mieux que je ne fais; Aussi sait-il punir ceux qui ferment l’oreille A ses conseils. Vous l’allez voir. Jadis une jeune merveille Méprisoit de ce dieu le souverain pouvoir. On l’appeloit Alcimadure: Fier et farouche objet, toujours courant aux bois, Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure, Et ne connoissant autres lois Que son caprice; au reste, égalant les plus belles, Et surpassant les plus cruelles; N’ayant trait qui ne plût, pas même en ses rigueurs: Quelle l’eût-on trouvée au fort de ses faveurs! Le jeune et beau Daphnis, berger de noble race, L’aima pour son malheur: jamais la moindre grâce Ni le moindre regard, le moindre mot enfin, Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain. Las de continuer une poursuite vaine, Il ne songea plus qu’à mourir. Le désespoir le fit courir A la porte de l’inhumaine. Hélas! ce fut aux vents qu’il raconta sa peine; On ne daigna lui faire ouvrir Cette maison fatale, où, parmi ses compagnes, L’ingrate, pour le jour de sa nativité, Joignoit aux fleurs de sa beauté Les trésors des jardins et des vertes campagnes. J’espérois, cria-t-il, expirer à vos yeux; Mais je vous suis trop odieux, Et ne m’étonne pas qu’ainsi que tout le reste Vous me refusiez même un plaisir si funeste; Mon père, après ma mort, et je l’en ai chargé, Doit mettre à vos pieds l’héritage Que votre cœur a négligé. Je veux que l’on y joigne aussi le pâturage, Tous mes troupeaux, avec mon chien; Et que du reste de mon bien Mes compagnons fondent un temple Où votre image se contemple, Renouvelant de fleurs l’autel à tout moment; J’aurai près de ce temple un simple monument; On gravera sur la bordure: «Daphnis mourut d’amour. Passant, arrête-toi, «Pleure, et dis: Celui-ci succomba sous la loi «De la cruelle Alcimadure.» A ces mots, par la Parque il se sentit atteint: Il auroit poursuivi; la douleur le prévint. Son ingrate sortit triomphante et parée. On voulut, mais en vain, l’arrêter un moment Pour donner quelques pleurs au sort de son amant: Elle insulta toujours au fils de Cythérée, Menant dès ce soir même, au mépris de ses lois, Ses compagnes danser autour de sa statue. Le dieu tomba sur elle, et l’accabla du poids: Une voix sortit de la nue, Écho redit ces mots dans les airs épandus: «Que tout aime à présent: l’insensible n’est plus.» Cependant de Daphnis l’ombre au Styx descendue Frémit et s’étonna, la voyant accourir. Tout l’Érèbe entendit cette belle homicide S’excuser au berger, qui ne daigna l’ouïr Non plus qu’Ajax Ulysse, et Didon son perfide.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

XXVII

LE JUGE ARBITRE, L’HOSPITALIER ET LE SOLITAIRE.

Trois saints, également jaloux de leur salut, Portés d’un même esprit, tendoient à même but. Ils s’y prirent tous trois par des routes diverses: Tous chemins vont à Rome; ainsi nos concurrents Crurent pouvoir choisir des sentiers différents. L’un, touché des soucis, des longueurs, des traverses, Qu’en apanage on voit aux procès attachés, S’offrit de les juger sans récompense aucune, Peu soigneux d’établir ici-bas sa fortune. Depuis qu’il est des lois, l’homme, pour ses péchés, Se condamne à plaider la moitié de sa vie: La moitié! les trois quarts, et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu’il viendroit à bout De guérir cette folle et détestable envie. Le second de nos saints choisit les hôpitaux. Je le loue; et le soin de soulager les maux Est une charité que je préfère aux autres. Les malades d’alors, étant tels que les nôtres, Donnoient de l’exercice au pauvre hospitalier; Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse: «Il a pour tels et tels un soin particulier, «Ce sont ses amis; il nous laisse.» Ces plaintes n’étoient rien au prix de l’embarras Où se trouva réduit l’appointeur de débats: Aucun n’étoit content, la sentence arbitrale A nul des deux ne convenoit: Jamais le juge ne tenoit A leur gré la balance égale: De semblables discours rebutoient l’appointeur: Il court aux hôpitaux, va voir leur directeur. Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure, Affligés, et contraints de quitter ces emplois, Vont confier leur peine au silence des bois. Là sous d’âpres rochers, près d’une source pure, Lieu respecté des vents, ignoré du soleil, Ils trouvent l’autre saint, lui demandent conseil. Il faut, dit leur ami, le prendre de soi-même. Qui mieux que vous sait vos besoins? Apprendre à se connoître est le premier des soins Qu’impose à tout mortel la Majesté suprême. Vous êtes-vous connus dans le monde habité? L’on ne le peut qu’aux lieux pleins de tranquillité: Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême. Troublez l’eau: vous y voyez-vous? Agitez celle-ci.—Comment nous verrions-nous? La vase est un épais nuage Qu’aux effets du cristal nous venons d’opposer.— Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer, Vous verrez alors votre image. Pour vous mieux contempler, demeurez au désert. Ainsi parla le solitaire. Il fut cru; l’on suivit ce conseil salutaire. Ce n’est pas qu’un emploi ne doive être souffert. Puisqu’on plaide et qu’on meurt, et qu’on devient malade, Il faut des médecins, il faut des avocats; Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas: Les honneurs et le gain, tout me le persuade. Cependant on s’oublie en ces communs besoins. O vous, dont le public emporte tous les soins, Magistrats, princes et ministres, Vous que doivent troubler mille accidents sinistres, Que le malheur abat, que le bonheur corrompt, Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne. Si quelque bon moment à ces pensers vous donne, Quelque flatteur vous interrompt. Cette leçon sera la fin de ces ouvrages: Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir! Je la présente aux rois, je la propose aux sages: Par où saurois-je mieux finir?

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

ÉPITAPHE DE LA FONTAINE

COMPOSÉE PAR LUI-MÊME.

Jean s’en alla comme il étoit venu, Mangea le fonds avec le revenu, Tint les trésors chose peu nécessaire. Quant à son temps, bien sut le dispenser: Deux parts en fit, dont il souloit passer L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

Illustration from Fables de La Fontaine
Illustration from Fables de La Fontaine

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings