CHAPITRE VII (continued 2)
Reading edition
D’après El-Békri, la ville de Djenné fut fondée au commencement du deuxième tiers du Ve siècle de l’hégire (435 ; ère chrétienne 1043-44). Elle était au début païenne. A la fin du VIe siècle de l’hégire (vers l’an 1200), les habitants commencèrent à se convertir. A cette époque le sultan de Djenné, كنبر (probablement Kanbara), embrassa l’islamisme, et les habitants de Djenné suivirent son exemple.
La ville s’enrichit par la suite avec le commerce du sel (de Teghasa) et de l’or (de Bitou).
Ahmed Baba (Zeitschrift der Deutschen Morgenländ.-Gesellsch., Bd IX, S. 528) s’exprime clairement sur l’emplacement de Djenné ; aucun doute ne peut subsister.
Voici son texte :
« Quand le fleuve monte, Djenné se trouve pour ainsi dire dans une île du fleuve ; mais dès que le fleuve baisse, les eaux se retirent de la ville. Du commencement d’août, l’eau du fleuve entoure la ville, et à partir de février l’eau reste éloignée de la ville. »
Il est très curieux de remarquer qu’Ahmed Baba, quoique étant né et ayant vécu à Tombouctou, connaisse les noms des mois du calendrier Julien.
« Dans le temps, Djenné était situé en un lieu nommé زخرُ (peut-être Zakhorou). Plus tard les habitants abandonnèrent ce lieu et vinrent se fixer à l’endroit où s’élève la ville aujourd’hui. »
Voici les routes principales venant du sud, en les énumérant de l’ouest vers l’est :
1o La route du Mianka et Djitamana, aboutissant à San, où elle se bifurque pour se diriger d’une part sur Sâro, de l’autre sur Djenné par Koroni, où elle rejoint l’itinéraire Caillié.
2o La route suivie par Caillié, qui de Koroni se dirige sur Médina, Koninian, etc., et suit le fleuve. Caillié en atteignant Somou a traversé un débordement du Baoulé, et à partir de Koro il a suivi, sans s’en douter, les bords de cette rivière à 10 kilomètres environ et même quelquefois moins.
3o La route Kong-Dioulasou, qui de Foromandougou passe à Bankoumani, Papourou et Baramandougou.
4o La route de Bouna et du Lobi, qui passe soit à Kotédougou, soit à Dioulasou, pour de là traverser la Volta Noire à Bossola et passer à Aléarasou. Elle se bifurque à Bénéna, se dirige à l’ouest par Fiou sur Bankoumani, et à l’est par Yéréni sur Koninian.
5o La route venant de Ouaranko par le territoire de Wouidi et Tori, où elle quitte la route de Bandiagara pour passer à Tou et Tomina.
Le point de passage du Baoulé pour toutes ces routes est Touara ; on débarque un peu en aval, à Diombala.
Les trois centres les plus peuplés après Djenné sont : 1o Hamdallahi, à 4 kil. 500 du Baoulé. 2o Sojouroula, marché très important pour le sel ; il alimente tout le Yatenga, le Gourounsi, Oua et la partie ouest du Mossi ; le sel de Waghadougou provient de Sofouroula. 3o Bandiagara, capitale du Tombo ou Tombokho, à la fois résidence du souverain du Macina et de Domo, chef le plus influent du Tombokho.
Dans le Sâro, qui n’appartient ni au Ségou ni aux États toucouleur du Macina, se trouvent des Sonninké ou Marka, qui forment la classe gouvernante et dirigeante, et une population nommée Pondouri[82]. Ce peuple habite quelques villages, et ne parle ni le sonninké, ni le songhay.
De Bobo-Dioulasou à Djenné, ou plutôt de la branche nord de la Volta Noire (à deux jours de marche dans le nord de Dioulasou) jusqu’au Baoulé de Djenné, se trouve une région très étendue, soumise à l’autorité du chef de Kong, mais divisée en nombreuses petites confédérations comprenant des peuples qui diffèrent essentiellement entre eux.
Elle n’est désignée par les gens qui voyagent que par deux noms : le territoire des Bobo-Oulé, qui s’étend jusqu’à Djenné, et le Tagouara, qui comprend toute la partie sud-ouest voisine du Kénédougou et du Mianka. La population du Tagouara semble offrir quelques liens de parenté avec les Siène-ré des États de Tiéba.
S’il est vrai que les deux peuples qui habitent cette région appartiennent en majeure partie aux Tagouara et aux Bobo-Oulé, il faut aussi citer de nombreuses petites enclaves d’autres peuples qui, semées comme au hasard sur ce vaste territoire, empêchent d’en déterminer exactement les limites linguistiques et ethnologiques.
L’élément dominant de cette région est le Bobo-Oulé, parmi lequel on distingue encore le Bobo-Dioula (partie civilisée, commerçante et industrielle de cette vaste famille) ; viennent ensuite :
Les Dafing ou Dafina ;
Les Niéniégué ;
Les Foulbé, dont nous venons d’entretenir le lecteur ;
Les Mandé, disséminés un peu partout ;
Les Léna ou Léla, peuplade peu considérable envahie par l’élément peul (centre principal Tabanincoro) ;
Les Bobofing ;
Les Tagouara ;
Les Bobo-Tombo, fraction des Bobo, habitant sur les confins du Yatenga.
C’est cette région, avec le Gourounsi, le Lobi et la partie est des États de Tiéba, qui renferme la plus grande quantité de peuples d’origine et de famille ethnographiques diverses. Ils offriront un vaste champ d’étude aux voyageurs qui auront plus tard la bonne fortune de les décrire.
La région dont nous venons d’énumérer les divers peuples est arrosée par les affluents de la branche nord de la Volta Noire, et probablement aussi par le fleuve coupé par Caillié à Kouoro (Kouara-ba).
Les marchands circulant souvent sur le chemin Bobo-Dioulasou-Djenné m’ont affirmé cependant qu’on ne traversait aucune rivière de Samandini au Baoulé de Djenné, ce qui prouverait que si l’on coupe le Kouara, c’est qu’il n’est encore qu’une rivière insignifiante.
Il existe une certaine confusion dans l’ouvrage de Caillié à ce sujet (voir tome II, page 130). « Cette rivière, dit-il, vient du sud et coule rapidement du nord-est à l’est. » Dans ce cas, elle ne se dirigerait pas sur Kaya et le Ségou, comme Caillié le dit lui-même plus haut ; il y a certainement erreur d’impression.
Enfin, une troisième rivière, le Bendougou, sépare cette région du Mianka et du Bendougou. Vers le nord, quelques débordements du Baoulé s’avancent très loin dans les terres et constituent des marais aux environs de Fienso, San et Somou.
Les routes principales qui coupent cette région ont toutes une direction générale nord-sud ; elles relient les entrepôts de sel aux entrepôts de kola (voir pour le mouvement commercial les chapitres Kong et Bobo-Dioulasou).
Le Touagara est traversé par le chemin Dioulasou, Djitamana, Yankasou, Bla et le Ségou. Ce chemin coupe l’itinéraire Caillié à Ouattara et rejoint la grande route Sikasso-Djenné à Djitamana même.
Un chemin direct relie les États de Kong à Djenné ; il part de Bobo-Dioulasou, passe à Bama et à Samandini et aboutit à Baramandougou et à Touara au Baoulé. Enfin, le chemin direct de Bouna, par le Lobi, Kotédougou, Bossola, Aléarasou, Douki et Bénéna, où il se bifurque en deux : la branche ouest passe à Fiou [résidence d’un fils de Balobo (Ahmadou Labbo), ex-chef du Macina], pour aboutir également à Baramandougou, tandis que la branche est passe à Yéréni, pour aboutir à Koninian.
Un seul chemin important traverse cette région de l’ouest à l’est. Il met en communication Bla et le Bendougou, San, Ouonincoro et le Yatenga.
★ ★ ★
La description d’une autre région non moins intéressante, dont je n’ai traversé que quelques districts, doit également trouver place ici. Je veux parler du vaste rectangle compris entre le Gottogo ou Bondoukou au sud, les États Foulbé au nord, les territoires de Kong et de Bobo-Oulé à l’ouest et le Mossi à l’est. Le Dafina y occupe à peu près une position centrale.
Le Dafina est borné au nord : par le territoire des Bobo-Oulé et le Tombo, qui fait partie des États toucouleur du Macina ; à l’est, par le Yatenga, le territoire des Sommo, le Kipirsi et le Gourounsi ; au sud, par le territoire des Lama ou Nokhodossi, le pays des Bougouri et les Bobofing ; enfin, à l’ouest, par le territoire des Niéniégué, des Léla et des Bobo-Oulé.
La partie nord du Dafina se nomme Douroula ; elle est, comme la partie méridionale, subdivisée en petites confédérations, dont les principales sont celles de Tori, Konna, Kon, Yéré, Soin, Safané (chef Ousman), Ouri, Tounou (chef Yéritié) et Ouahabou (chef Karamokho Mouktar).
Dans le Dafina même se trouve une enclave de Foulbé qui comprend une vingtaine de villages, dont les plus importants sont Férobé, Ouonincoro (chef Saloundaba), Kolonka et Baréni, résidence de Wouidi, chef peul très influent, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler lors de mon voyage à Kotédougou.
Ce territoire peul n’est séparé du Macina que par une petite confédération dafina, qui comprend Soukoura et Tori. Au sud de l’État peul de Wouidi se trouvent, répartis comme en avant-gardes, des groupes de Foulbé variant, suivant les villages, de quatre à quatorze familles ; ils sont établis à Kotédougou, Koroma, Satéré, Bondoukoï, Ouakara et Yaho. Plus à l’ouest il y a aussi quelques groupements, dont le plus important se trouve à Douki, qui, tout en étant habité en majorité par des Bobofing, a un chef peul.
Si ces avant-gardes ne semblent avoir fait aucun progrès depuis soixante ans qu’elles sont venues dans le pays, c’est que leur mouvement vers le sud s’est subitement arrêté, en se heurtant à l’élément mandé-dioula de Kong.
Les Foulbé se trouvent en effet ici en présence d’une puissante race envahissante qui procède à peu près comme eux. Les Mandé viennent se fixer d’abord dans les pays nouveaux par petites agglomérations, puis, tout en se développant plus rapidement qu’eux par l’acquisition d’esclaves qu’ils affranchissent et groupent autour d’eux, ils ne cessent de renforcer leurs avant-gardes par de nouvelles colonies qu’ils envoient s’établir dans le pays.
L’immigrant mandé a un avantage considérable sur son concurrent peul. Il est d’abord noir, ce qui le rend moins suspect ; puis, par sa connaissance de beaucoup de pays et sa réputation justifiée de commerçant, il est neuf fois sur dix favorablement accueilli par les chefs du pays. Ne sont-ce pas les Dioula-Mandé qui procurent armes, poudre et chevaux aux chefs ? N’est-ce pas par leur intermédiaire seulement que ces derniers écoulent les captifs qu’ils font à la guerre ? Tout le monde sait que les peuples primitifs, mal armés, ne peuvent s’aventurer en dehors de leur pays sans être faits captifs ; le Mandé-Dioula seul passe partout. L’arrivée de quelques familles mandé-dioula dans un pays peut donc être considérée par un chef comme un nouvel élément de puissance.
Les relations des Mandé-Dioula avec les pays voisins les appellent aussi bien vite à s’immiscer dans les affaires extérieures du pays : ils deviennent médiateurs et conseillers intimes des chefs.
Ils sont, en outre, assez politiques pour adopter les tatouages de leurs nouveaux compatriotes, comme l’ont fait les Mandé du Follona et du Ouorodougou en adoptant le tatouage siène-ré, les Dioula de Kong en s’entaillant les joues et le ventre comme les Komono, les Dokhosié et les Tiéfo, et ceux du Mossi en prenant les marques caractéristiques des autochtones.
Puis, tout en s’occupant activement de culture, les Mandé font élever leur bétail par des captifs peuls métissés, se procurent à l’aide du tissage et de la teinture des ressources qu’ils font prospérer.
Pendant la saison qui suit la récolte et précède l’époque des semis (novembre à juin), leurs enfants et leurs wolossou (captifs de case) vont commercer par tous les chemins. Le Mandé est donc, dans un sens, beaucoup plus actif que le Peul, son concurrent envahisseur, puisqu’il sait utiliser toutes ses forces vives pour augmenter le nombre de ses esclaves, ce qui dans ces régions équivaut à richesse ou au moins à aisance relative, car il ne faut par oublier que le plus ou moins grand nombre d’esclaves fixe la richesse individuelle. Cette activité commerciale place rapidement le Mandé dans une situation bien supérieure à celle du Peul, qui ne s’occupe que de culture et de l’élevage du bétail.
Dans le Macina seulement, les Foulbé travaillent la laine et confectionnent les couvertures dites kassa ; rarement ils sont marchands. Arrive une épidémie, une razzia ou un revers de fortune quelconque, le Peul est forcé de se faire domestique, de garder et de s’occuper des troupeaux pour le compte de gens auxquels il est souvent intellectuellement supérieur. Dans beaucoup de régions, le Peul arrive aussi en trop petit nombre, les agglomérations sont forcées de se disséminer dans le pays à cause des précautions qu’ils doivent apporter dans le choix des pâturages. Ils ne peuvent pas se fixer dans les contrées très coupées, peu défrichées, où les pâturages sont rares, et les nombreux insectes nuisibles aux animaux. Il leur faut des plaines élevées et non des pays à demi sauvages, couverts d’arbustes et coupés par des bas-fonds marécageux.
Le plus souvent aux premiers groupes n’en succèdent pas d’autres ; ils finissent ainsi par se noyer dans la population noire à un tel point qu’il est à peine possible de les distinguer. Nous en avons des exemples frappants : je ne citerai que les Kassonké, pour la plupart Sidibé, les Malinké du Fouladougou et du Gangaran, pour la plupart Diallo, Diakhité, Sankaré, puis la population peule, absolument noire, du Ouassoulou, portant les mêmes noms de famille et chez laquelle les traits du Peul ont subsisté.
La population peule noire du Ba-ni-mono-tié, du Ganadougou, les Toucouleur du Fouta sénégalais, la population du Bondou, les colonies de Foulbé noirs de Fourou, de Ouahabou et de Boromo sont autant de groupes foulbé qui, n’ayant pas été renforcés, ont été noyés dans la population noire. Ceux-là, tout en conservant leurs noms de famille et le type de leur race, se sont absolument assimilés aux peuples chez lesquels ils vivent. Ils ont oublié leur propre langue et pratiquent la même religion que les fétichistes. Même quand ils sont très nombreux, ils n’ont pas de chef et ne s’organisent pas en États, comme les Foulbé qui sont restés blancs.
Ces Foulbé blancs sont ceux que nous ont fait connaître les voyageurs dans le Haoussa, le Djilgodi, Tombouctou, le Macina, le Baghéna, le Fouta-Djallo, et que j’ai moi-même vus dans le Ferlo et la forêt de Bounoun, ou encore dans le Firdou et chez les Houbbou, aux sources du Niger.
Ils se caractérisent par un teint plus clair, souvent aussi par leur fanatisme religieux et toujours par les dispositions qu’ils ont pour l’élevage du bétail.
Quand ils n’ont pas de souverain, on trouve au moins un chef à la tête de leur parti, et nulle part ils n’ont oublié leur propre langue.
Il n’est pas de peuple dont l’origine ait donné lieu à plus de recherches que le peuple peul. Sans discuter avec les auteurs qui se sont occupés de ce grand exode, si les Foulbé viennent de l’Inde ou de la Malaisie, nous pouvons au moins, d’après ce que nous apprend Ahmed Baba, affirmer ceci : c’est que dès le IVe siècle les Foulbé sont signalés dans le Baghéna. « Le royaume de Ghanata, dit cet auteur, fut fondé environ trois siècles avant l’hégire par Wakayama Mangha[83]. La famille régnante était blanche. »
Puis s’écoule une période de huit siècles sans qu’il en soit fait mention. Ce n’est qu’en 1260 que le même historien, en parlant de Djenné, dit que le marché de cette ville est fréquenté par des Foulbé.
Enfin, en 1492, Sonni Ali se noie en revenant d’une expédition contre les Foulbé dans le Gourma.
Puis, en 1499, Askia s’empare du Baghéna et bat le roi des Foullani, Demba Doumbi.
Il existait donc deux régions dans lesquelles les historiens signalent la présence des Foulbé, à l’ouest et à l’est de la grande boucle du Niger. A l’ouest ils occupaient le Ghana, à l’est le nord du Haoussa.
En étudiant leur marche et les progrès qu’ils ont faits dans la boucle du Niger, on peut inférer ceci : c’est que si les Foulbé sont venus de l’est, ils se sont arrêtés, dans leur marche vers l’ouest, vers la région des Garamantes (peut-être les Foulbé sont-ils même des Garamantes). Là le courant s’est divisé en deux : l’un s’est dirigé vers le sud, a fondé des colonies dans le Zaberma, le Haoussa, le Bornou, et même dans l’Adamaoua, le Gourma et le Boussangsi. C’est cette fraction des Foulbé qui a fondé, avec Othman, l’empire peul de Sokoto ; c’est elle qui a essaimé des tribus vers le Libtako et le Djilgodi, pour donner la main à leurs autres frères de l’ouest déjà établis dans le Gharnata, à Douentsa et le Djimbala.
Cette fraction des Foulbé a dû venir dans l’ouest bien avant le groupe oriental et a dû vivre assez longtemps en contact avec les Touareg, et même se mélanger assez intimement avec eux, car, encore aujourd’hui, on trouve de nombreux yeux bleus chez les Foulbé du Fouta-Djallo et du Macina.
Le royaume de Ghana ne s’est disloqué qu’en 1499, à la suite des victoires d’Askia. C’est alors que les Foulbé ont dû l’évacuer en partie et se disperser un peu à l’aventure dans la vallée du Niger. C’est vers cette époque que se sont formés : le Fouta sénégalais, les colonies du Ferlo et de la forêt de Bounoun, du Firdou, et que se sont produites les infiltrations du Peul chez le Ouolof et le Sérère, qui ont encore des mots poular dans leur langue. En même temps que ces migrations, il s’en produisait d’autres non moins importantes vers le Fouladougou, le Khasso, le Bondou, le Bambouk, le Fouta-Djallo et les Houbbou.
D’autres Foulbé, en quittant le Ghanata, ont traversé le Ségou, sont venus dans le Ganadougou, le Ouassoulou, ont formé les colonies du Ba-ni-mono-tié, de Fourou et de Boromo.
Nous trouvons toujours le radical de ghana dans leurs nouveaux pays d’occupation : Ghana, Ghana-ta, Baghéna, Gana-dougou, Gouana, Gouane-diakha, etc.
Enfin d’autres Foulbé n’ont pas été si loin, et se sont contentés, à la destruction du Ghanata, de se fixer vers Djenné, le Macina et Tombouctou. Ce qu’il y a de certain, c’est que le Macina ne s’est pas alimenté de Foulbé par l’est, c’est-à-dire par le Haoussa, mais bien par l’ouest. C’est sur la rive gauche du Niger, vers Ténenkou, qu’il s’est formé, et les anciens chefs du Macina sont originaires de l’ouest du Baghéna ; ils sont mélangés à des familles arabes de l’Adrar et de Tichit (voir Barth, édition allemande).
D’après ce que nous venons d’exposer, on peut admettre : ou bien deux invasions foulbé à des dates différentes, et venant s’établir des deux côtés du Niger en des théâtres bien différents, ou bien un seul grand courant qui, en se heurtant au coude de Bourroum, se serait fendu en deux et se serait écoulé, l’un vers Tombouctou et le Baghéna, l’autre vers le Zaberma et le Haoussa.
Les Foulbé entre eux disent, du reste, être de deux familles distinctes, les Kairouan-bé et les Bissina-bé.
En jetant un coup d’œil sur une carte des migrations et des emplacements actuels des Foulbé, on est particulièrement frappé de voir qu’en général l’élément peul a su lutter avec avantage contre l’élément noir fétichiste, et se créer des royaumes et des empires assez importants, et que, au contraire, partout où l’élément peul s’est trouvé en contact avec l’élément mandé, il a été noyé et absorbé par ce dernier. Aujourd’hui encore, il lui est particulièrement difficile de s’implanter dans les pays où est fixé le Mandé. Bien plus, chaque fois que le Peul s’est métissé au Mandé, c’est ce dernier qui a pris le pouvoir, et les derniers États foulbé qui sont debout ont maintenant à leur tête, non pas des Foulbé blancs, mais bien des Foulbé métissés de Mandé, — des Toucouleur, comme nous les appelons.