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Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 1 (de 2)

CHAPITRE IX (continued 2)

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On peut dire que le soumbala ou kalgou est la base de toutes les préparations de sauces, il est connu par tout le Soudan. L’Européen ne s’y habitue pas facilement. A la fin de mon séjour, je mangeais cependant ces sauces avec plaisir.

★ ★ ★

De temps à autre, un marchand de captifs vient y conduire ses deux ou trois captifs.

Il ne s’y vend pas un seul article d’Europe, même pas un foulard ou une pierre à fusil.

Les marchés de Saponé, Tiéfakhé et Sakhaboutenga sont semblables. Il y vient un peu moins de monde ; on y débite également du dolo.

En dehors du marché, il existe un faible trafic permanent entre le sel, les ânes, les chevaux et surtout les captifs, qui sont la base de toute transaction dans le Mossi. C’est son seul produit ; c’est avec lui qu’il achète les chevaux, le sel, les kola. Les ânes sont échangés aux Haoussa pour des étoffes, ou à Salaga pour des kola avec quelques petits objets de provenance européenne, ou encore des étoffes de Kano.

Les kola valent ici de 25 à 50 cauries, suivant la grosseur. Le sel (la barre) coûte, suivant son poids (30 à 35 kilos), 30 à 35000 cauries.

Le captif adulte, de 50 à 65000 cauries ; le cheval, 2, 3 ou 4 captifs.

Il n’est pas possible de faire l’acquisition d’un cheval sans captifs, les cauries étant excessivement rares ici : il faudrait vendre pendant plus de six mois pour réunir les 250000 cauries nécessaires à l’achat d’un cheval.

Il n’y a peut-être pas dans tout Waghadougou un homme pouvant compter séance tenante 20000 cauries. Dès les premiers jours de mon arrivée je m’en suis rendu compte : je comptais beaucoup plus rapidement les cauries que les Mossi, tandis que les gens de Kong et les Mandé Dioula en général comptent avec une dextérité que je n’ai jamais pu atteindre. Un peu plus tard, l’imam et deux autres musulmans auxquels je croyais quelque aisance sont venus me supplier de leur acheter leur bague en or de la grosseur d’une petite ficelle ; ils en ont accepté chacun 1500 cauries. Je les ai payées au taux de Kong. C’est presque une preuve de misère, puisque l’or est excessivement rare dans le Mossi et qu’on ne s’en défait qu’à la dernière extrémité.

A partir de Kong et jusque dans le Mossi, on voit, en fait d’argent, le thaler à l’effigie de Marie-Thérèse, frappé au millésime de 1780, et quelques piastres mexicaines. Ces pièces d’argent ne sont jamais utilisées comme monnaie : les noirs s’en servent comme bijoux et en font faire des bracelets. Leur prix varie selon qu’elles sont plus ou moins neuves ; un thaler bien propre et neuf (valeur 5 fr. 50 d’argent) peut s’échanger contre 3500 à 4000 cauries. En chiffres ronds, 1 franc vaudrait 800 cauries. Quant à la valeur de la piastre mexicaine, elle varie de 2000 à 2500 cauries. Il faudrait bien se garder de croire qu’il est possible de faire n’importe quel achat avec de l’argent. On pourrait au besoin arriver à se défaire de quelques pièces à ce prix, mais alors que rapporterait-on en échange ? des ânes ou des chevaux, du sel ou des captifs ? Le noir n’acceptera pas en payement rien que de l’argent : il en prendra bien huit ou dix pièces pour en faire des bijoux, mais pas davantage, car il craindrait de ne pouvoir s’en défaire sans perte et ne l’accepterait pas.

A Kong et à Djenné on compte par sira (200 cauries) et par ba (800 cauries). Dans le Dafina, quand on achète ou vend, on spécifie si c’est le ba et le kémé des Dioula ou bien le ba et le kémé du Mossi, car les Mossi ont le système décimal. Leur première grande unité est 100 (kouapakha ou kobchi) ; vient ensuite 1000 (toucéri).

Les étoffes de provenance haoussa n’arrivent pas toutes par le Libtako, mais surtout par Salaga. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’elles se vendent moins cher ici qu’à Salaga. Ceci s’explique facilement : il suffit de se poser cette simple question : « Que vendent les Mossi à Salaga ? — R. Des captifs et des ânes », le sel gemme en barres revenant plus cher rendu à Salaga que le sel marin. Or, si les Mossi vendent leurs captifs et leurs ânes, ils se privent de leurs moyens de transport, ils sont donc forcés de ne prendre des kola qu’autant que les autres moyens de transport le leur permettent. Le reste des cauries qu’ils ont obtenues de leurs ânes ou captifs[140] étant trop lourd, ils le convertissent en étoffe, qu’ils revendent le même prix et souvent à meilleur marché dans le Mossi, sans pour cela éprouver de perte, puisqu’on leur a payé leur âne ou captif trois fois la valeur de ce qu’il vaut dans le Mossi et le Yatenga.

Voici la nomenclature et la description des tissus de Kano et de Sokoto qui arrivent par ces deux voies dans le Mossi :

1o Le karfo qui est une coussabe (boubou) teinte à l’indigo et brodée en lomas de même teinte. Il entre dans cette teinture une grande quantité de gomme, de sorte que le vêtement une fois battu et repassé[141] est très bien lustré. Une fois lavé, le lustrage disparaît peu à peu. Il vaut, suivant qu’il est plus ou moins luisant, de 10000 à 25000 cauries. Pour 15000 cauries, le boubou est déjà fort beau.

Cet article ferait une concurrence très sérieuse à notre guinée de Pondichéry s’il arrivait jusqu’au Ségou et au Niger, car si les noirs savaient compter et comparer les cauries à l’argent, il arriverait ceci : un karfo de 15000 cauries représente à Waghadougou 15 francs en argent, au taux habituel, mais comme le possesseur recherche ce métal, j’admets qu’il n’en obtienne que 12 francs. Porté à Nyamina, Ségou ou Bammako, il pourrait céder ce vêtement au même prix qu’un boubou en guinée et même le vendre plus cher, puisqu’il est plus solide, plus joli, brodé et tout terminé.

Or, à Ségou, un boubou en guinée revient à :

Une demi-pièce de guinée 12 fr. »

Confection du vêtement 2 fr. 50 (ba kili)

Broderies (au moins) 5 fr. »

Total 19 fr. 50 (en chiffres ronds 20 francs).

2o Après le karfo, je citerai une autre coussabe, qu’on nomme noufa, également de provenance de Kano. Ce vêtement est confectionné en tissu teint à l’indigo, rayé de blanc ; de loin le dessin paraît gris, il est richement orné, sur le devant et dans le dos, de lomas brodés en soie blanche indigène. Le prix de ce vêtement varie entre 35000 et 50000 cauries, suivant la qualité de l’étoffe, les broderies étant toujours les mêmes.

3o Vient ensuite le pantalon ou culotte longue en noufa brodé et soutaché en soie verte ou rouge. Il vaut ici de 20000 à 30000 cauries.

4o Une jolie couverture rayée de bleu de diverses nuances, bien confectionnée, avec de très belles teintes ; elle se fabrique en deux ou trois largeurs de 60 centimètres chacune, et vaut 12000 cauries en deux largeurs et 15 à 18000 en trois.

Les Haoussa sont des gens très adroits et industrieux. Ces tissus sont relativement à bon marché, quand on songe au temps que met un noir à la confection de semblables effets. Ce qui m’a paru intéressant, c’est de voir que les Haoussa savent produire des tissus de 60 centimètres de largeur, tandis qu’à Kong même et à Djenné les largeurs maxima sont de 20 centimètres seulement. Toutes ces étoffes sont pliées avec goût et très uniformément, elles sont en outre emballées dans du papier et ficelées.

J’ai réussi, avec beaucoup de peine et à force de patience, à me procurer des échantillons de ces divers tissus et vêtements, ne sachant pas si j’irais ou non à Salaga.

Il n’y a pas beaucoup de ces étoffes dans le Mossi ; les mouvements vers Salaga sont momentanément suspendus à cause des cultures, et, d’autre part, il m’est très difficile de me procurer des cauries. Je comptais beaucoup sur mes étoffes rouges de Kong, mais je n’ai pu m’en défaire que d’une partie, avec un bénéfice de 2 à 3000 cauries seulement par pièce. J’ai réussi aussi à me procurer des cauries avec du cuivre en barres, du bleu en sachets, un peu de corail à bon marché, de l’étoffe rouge pour bonnets et servant à recouvrir des gris-gris, quelques turbans à bon marché, du velours pour bonnets, un peu de coutellerie et des glaces. Comme je l’ai dit plus haut, la femme, qui ailleurs achète tant d’objets d’Europe pour se parer, ne peut s’en procurer que rarement dans le Mossi, de sorte que ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés qu’on arrive à vendre quelques articles pour femmes.

Les Mossi ont la réputation d’être d’excellents tireurs d’arc ; leur arme est certainement la mieux conditionnée que j’aie vue jusqu’à présent. Encore actuellement ils ont fort peu de fusils. L’entourage des naba seul possède des armes à feu. La plupart d’entre elles sont de fabrication française (arme réglementaire à silex), modèle 1822, marquées Pellekerin, B... et Cie (maison de Saint-Louis).

Le Mossi est maintenant un pays engourdi, qui s’est laissé dépasser en civilisation par tous les peuples voisins qui l’environnent. Le Djenné, le Yatenga, le Macina, le Djilgodi, le Haoussa, le Dagomba, le Kong sont tous beaucoup plus avancés et plus prospères que le Mossi. Favorisés par la nature, qui leur offre un territoire presque en entier propre à la culture, les Mossi se reposent, cultivent ce qui leur est nécessaire pour vivre, mais pas plus, de sorte que, s’il n’y a pas de malheureux dans ce pays, on peut dire qu’il n’y a pas non plus de gens riches. Tout le monde vivote, pour me servir d’une expression vulgaire, mais qui peint bien la situation.

Ce pays pourrait être riche, sa population est très dense (environ 20 habitants par kilomètre carré). On peut dire qu’à part l’élevage des ânes et du bétail, le Mossi ne produit pas grand’chose. Il est tributaire de ses voisins pour tout, le commerce y est à peu près nul, ses habitants sont apathiques au dernier degré.

Ils n’ont presque pas de relations avec le Djilgodi et le Libtako, et Salaga est bien négligé.

Les produits du sol ne suffisent pas à donner la prospérité à un pays, il faut le commerce et l’industrie, chez les noirs comme chez nous. Partout où à côté de l’agriculture l’homme s’occupe aussi de commerce et d’industrie, le pays est prospère et se développe. Nous en avons deux exemples frappants dans le Soudan : le Mandé Dioula y prospère et le Peul y périclite.

Naba Sanom crie si souvent par-dessus tous les toits qu’il commande à 333 naba et à plus de 10000 chevaux, qu’il finit par en être persuadé lui-même. La réalité est que Waghadougou est la plus grande agglomération du Mossi (5000 habitants au maximum, et les autres centres, Mani, Yako, Boussomo, Sakhaboutenga, Pisséla, Koupéla, Ganzourgou, ont au maximum 3000 habitants). Dans la majeure partie des autres villages, le chiffre de la population varie entre 50 et 500 habitants, ce qui est déjà fort beau pour un pays nègre. D’après mes calculs, cela donne en moyenne une densité de population de 15 à 20 habitants par kilomètre carré. Ses 333 naba, à part ceux des grands centres que je cite, sont de simples chefs de village, dont beaucoup n’ont même pas un cheval à monter. Quant aux 2000 chevaux par-ci et 2000 chevaux par-là, j’ai dit plus haut ce que j’en pensais. Comme situation extérieure, le Mossi a été longtemps à l’abri des incursions de ses puissants voisins, grâce à une ceinture de peuples inférieurs et en retard qui constituaient autour de lui une sorte de rempart. Cette situation ne peut se prolonger longtemps : Naba Sanom est un homme de trop peu d’esprit, trop faible et trop mal conseillé pour perpétuer une série d’années de paix qui, mises à profit, auraient pu apporter quelque aisance à son pays.

A son avènement, Naba Sanom a été forcé de gouverner le Mossi avec un despotisme sans bornes. De crainte de perdre le pouvoir il s’est laissé entraîner à prendre des mesures trop excessives, qu’il a été forcé de réduire. Quand ses grands vassaux ont vu cela, ils ont pris ces concessions pour de la crainte et ont commencé à travailler sourdement contre lui. Aujourd’hui les naba de Mani, de Boussomo, de Yako et de Koupéla sont des forces avec lesquelles Naba Sanom devra compter.

Avant peu, l’empire du Mossi se désagrégera, le pays s’organisera en confédérations à l’instar du Bélédougou et du Yatenga.

C’est du reste un événement que nous, Européens, ne pouvons voir que d’un bon œil. L’expérience nous a montré que dès qu’un chef nègre commande à plus de 20000 âmes, il rêve un empire, ses besoins augmentent, il cherche l’extension. Comme il n’a point de budget, tout est déficit, et pour le combler il lui faut faire la chasse à l’esclave. En confédération, les chefs arrivent moins rapidement. Dès qu’il y en a un qui s’élève, les autres confédérations peuvent s’allier et étouffer son ambition dans le germe. C’est le seul moyen de faire régner la prospérité.

Une des grandes fautes que Naba Sanom vient de commettre, c’est d’avoir fermé les yeux sur les agissements de Gandiari, qui lui créera plus tard de sérieux embarras.

Ce Songhay a quitté il y a six ans le Zamberma pour passer le Niger à Say et recruter d’autres Songhay sur la rive gauche du fleuve, dans les régions désignées sur les cartes « Songhay indépendants ». Il se promettait d’expéditionner chez les Bimba, dans le Boussangsi ou chez tout autre peuple, suivant que l’occasion s’en présenterait.

Pour ne pas éveiller les soupçons et éviter de se faire fermer le pays, il ne prit que quelques compagnons de route et marcha pendant quelque temps à l’aventure, lorsque, sachant que le Mampourga Naba se préparait à châtier des villages du Gourounsi, entre autres Pou ou Poukha, Gandiari se dirigea à cheval sur Gambakha.

Il voyageait avec un ami nommé Alfa Hainou et n’était suivi qu’à plusieurs jours de marche par ses compagnons dévoués.

Mais en arrivant il apprit que le parti musulman, craignant sans doute que la guerre ne fît naître des difficultés encore plus grandes dans les transactions futures avec le Gourounsi, faisait tout son possible pour éviter une prise d’armes. Le Mampourga Naba s’était laissé d’autant plus persuader, que sans l’appui des musulmans de Gambakha et de Oual-Oualé il ne pouvait rien faire, ses forces n’étant pas assez nombreuses. Et enfin, raison majeure, cette guerre ne lui disait plus grand’chose, les musulmans, et par conséquent Dieu, ne lui prêtant plus d’appui.

Gandiari, après avoir sondé les musulmans de Gambakha et de Oual-Oualé, acquit la certitude qu’il n’y avait rien à faire de ce côté. On lui donna le conseil de partir pour Karaga, le naba de ce village, assez puissant, ayant formé, avec Daboya et Kompongou, le projet de détruire deux ou trois villages du Gourounsi, frontières du Dagomba. Gandiari et Alfa Hainou se rendirent donc à Karaga. Possédant chacun un cheval, ils furent agréés avec enthousiasme par le naba, et l’expédition fut organisée avec le concours des gens de Daboya.

Les Gourounga ne possèdent ni chevaux ni fusils, aussi furent-ils promptement réduits et la razzia de captifs fut considérable.

Une fois les quelques villages hostiles détruits, Daboya et Karaga considérèrent le but comme atteint et se retirèrent.

Sur ces entrefaites, plusieurs autres villages du Gourounsi firent des ouvertures aux chefs de colonne pour leur demander de les aider contre des villages voisins. Gandiari n’eut pas de peine à retenir quelques gens armés de Daboya et de Karaga, qui formèrent avec des Songhay Zaberma le noyau de sa future armée.

Un ou deux succès faciles et la quantité de captifs qu’il razziait lui valurent bientôt une réputation telle, que de toute part il lui arriva des forces, constituées naturellement par des aventuriers d’origines mossi, dagomba, gondja, gottogo, puis des Mandé de tous les pays et des gens venant du Yorouba, mais principalement des habitants de Oua et de Bouna. Au fur et à mesure que les succès de Gandiari grandissaient, il lui arrivait des Songhay ; actuellement ils sont les plus nombreux.

A la mort d’Alfa Hainou, Gandiari prit un nommé Babotou comme lieutenant, et quand Gandiari lui-même mourut[142], il y a trois ans, Babotou lui succéda en prenant pour auxiliaire un nommé Isaka, dont je ne connais pas la nationalité.

Le souvenir que Gandiari a laissé est tellement vivace encore, que partout on désigne ses troupes par son nom : jamais personne ne se douterait qu’il est mort depuis si longtemps ; je crois même qu’il y a beaucoup de noirs qui l’ignorent.

A l’heure actuelle, Babotou est maître de tous les pays qui limitent le Mossi au sud et au sud-ouest. Le dernier centre de résistance du Gourounsi était le gros village de Sati, situé à trois étapes au sud de Ladio. Ce village pris, Moussa, son chef, fut décapité, et Sati est pour ainsi dire la capitale des pays conquis et le centre de rayonnement des colonnes qui vont piller. Sati est appelé par les Haoussa Camp de Gandiari, « Sansanné Gandiari ».

Babotou se lassera évidemment d’envoyer des cadeaux en captifs à Naba Sanom, et sous peu il deviendra pour lui un ami gênant.

Cependant ce dernier ne voit pas la situation, c’est un revenu en captifs que lui sert momentanément l’autre. Bien mieux que cela, il est assez aveugle pour convier Babotou à venir s’emparer de Lalé, gros village situé sur la frontière du Kipirsi (à une journée de marche de Waghadougou), devant lequel une attaque des Mossi, mal dirigée, a échoué.

Quoique Naba Sanom fasse administrer son pays par 333 naba, comme il le dit avec emphase, ses revenus ne sont nullement réglés. Il vit d’aumônes et d’offrandes qui lui sont portées en vue d’obtenir justice ou de lui faire quelque réclamation.

Il hérite dans certains cas, à défaut de postérité par exemple. Il envoie aussi quelquefois une bande de ses gens prendre quelques captifs dans le Kipirsi, ou bien il prête la main à des entreprises de Wouidi, des chefs du Djilgodi et de Babotou. Mais ces revenus ne sont pas suffisants, comme ceux de tous les chefs noirs, chez lesquels il règne un gaspillage qui va toujours en croissant. De sorte que ces souverains sont toujours forcés d’user d’expédients pour se procurer des chevaux et d’autres ressources.

Si encore Naba Sanom groupait ses captifs dans les villages de culture, et qu’il les fît se livrer à un peu d’élevage, à l’instar de Tiéba, de Pégué et des gens de Kong, mais il s’en soucie peu. S’il ne reçoit pas assez de mil comme cadeaux, il fait vendre ses captifs pour s’en procurer.

En résumé, la situation du Mossi n’est pas prospère, mais sous une sage administration et avec un chef énergique elle pourrait le devenir.

Les terrains de culture sont nombreux et produiraient en abondance, outre les céréales : le coton, l’indigo, le tabac, les piments, la graisse de cé, tous produits plus rémunérateurs que le mil et le riz.

Le tissage et la teinture devraient prendre également de l’extension, sans compter l’élevage des chevaux et des ânes.

Ils pourraient également trouver quelques ressources en créant l’industrie mulassière, mais les Mossi sont trop apathiques, trop engourdis et surtout trop mal gouvernés, pour que leur situation s’améliore. Je crains pour eux, dans un temps plus ou moins éloigné, leur anéantissement par les Songhay, qui commencent de nouveau à se réveiller après une somnolence de près de trois siècles. Babotou fera la guerre au Mossi.

★ ★ ★

Quelques mots sur le Yatenga.

Contrairement à ce que Barth avait compris, il ne s’agit pas d’une ville : le Yatenga est une vaste contrée qui sépare le Macina du Mossi ; elle est limitée au nord et à l’ouest par les États foulbé du Macina et le territoire des Tombo : au nord par le Djilgodi à l’est par le Mossi, au sud par le Kipirsi, et à l’ouest par les Bobo-Oulé.

Ce pays est organisé en confédérations, à la tête desquelles sont des naba puissants, qui semblent reconnaître l’autorité de celui de Ouadiougué, le centre le plus important. Les autres résidences de naba sont : Toukhé, Kindi, Alasko, Kalanka et Kalsaka.

Le Yatenga est peuplé de races diverses. Le fond de la population est d’origine mossi, mais il y a de nombreux villages songhay, tombo, peul et bobo-oulé.

Quelques-uns de ces peuples ont des cases en pierre, m’a-t-on dit, mais les habitations sont aussi misérables que si elles étaient en briques séchées au soleil.

Le pays est peu arrosé, on ne trouve l’eau que dans des puits ; il y a peu ou point de marécages.

C’est un pays d’élevage ; il fournit des chevaux au Mossi et au Dafina. Dans toute cette partie du Soudan, les chevaux du Yatenga sont renommés.

Le pays produit du tabac en grande quantité. Les habitants sont des fumeurs extraordinaires. Hommes, femmes, enfants ont toujours la pipe à la bouche.

Le Yatenga est en communication avec le Macina et le Mossi, par une route qui passe à Ouadiougué et se rend de Waghadougou à Bandiagara ; il est en relations avec le Dafina par un chemin se dirigeant sur la colonie foulbé de Baréni, résidence de Wouidi.

Il n’est pas rare de voir le Yatenga s’allier à Wouidi et aux contingents kipirsi pour faire des razzias d’esclaves dans les régions avoisinantes.

FIN DU TOME PREMIER

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