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Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième

CCCXIXe DÉPESCHE

Reading edition

—du XXVIIIe jour de may 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Motifs qui ont déterminé la réponse d'Élisabeth au sujet de l'entrevue demandée.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.

Sire, quand la Royne d'Angleterre vous a deu rendre la responce, que je vous ay mandée par le Sr de Vassal, ceux de son conseil, qui ont esté appellés pour en dellibérer avec elle, luy ont trop curieusement interprété les circonstances de l'offre de l'entrevue, car luy ont donné entendre qu'elles monstroient plus d'artiffice pour contenir l'Angleterre pendant les troubles de vostre royaulme, qu'il n'aparoissoit en Voz Majestez, de volonté par après, de l'effectuer. De quoy ne les ayant le Sr de Walsingam, à son retour, peu assez bien esclarcyr, ou ne l'ayant ozé fère, ilz ont, à ce que j'entendz, induict la dicte Dame de respondre assez artificieusement aulx petites lettres de la Royne, vostre mère, et de Monseigneur le Duc; de quoy les siennes vous auront faict foy de ce qui en est, car je vous ay seulement représanté les propos qu'elle m'en a tenus. Tant y a, Sire, qu'il se voyt clèrement que la matière est si affectée en ceste court que, ny ceulx, qui la desirent, veulent qu'on la délaysse, ny ceulx, qui la creignent, permettent qu'elle soit conclue; et m'a l'on assuré qu'on l'entretiendra toujours en cest incertein, jusques à ce que, par ung langage cler et non condicionné de vostre part, Voz Majestez Très Chrestiennes auront contreinct la dicte Dame de vous y respondre de mesmes. Tant y a que puisque ceste princesse monstre quelque modération procédante d'elle mesmes, il semble, Sire, qu'il sera expédiant, en ce temps, que la supportiez ung peu sur l'impétuosité de ses subjectz; et que néantmoins renforciez si bien vostre armée de mer et pourvoyez en si bonne sorte à vostre frontière, ainsy comme avez faict jusques icy, que ceulx, qui y voudront entreprendre, n'en puissent rapporter que beaucoup de honte et beaucoup de dommage.

J'entendz que l'artillerye n'a encores faict grand effort contre le chasteau de Lillebourg, et que le comte de Morthon a commancé d'avoyr suspectz aulcuns des principaulx qui avoient suivy le party de la Royne d'Escoce, nonobstant l'accord qu'ilz ont faict avecques luy, dont demande davantage de forces de ce costé; et je creins assez qu'on luy en baillera. L'on m'a dict qu'il menoit un traicté de livrer le petit Prince d'Escoce aulx Angloys, et que ce qui est allé d'hommes, d'artillerye et de monitions, par dellà, et les ostages qu'on a prins de ce costé, a esté plus à ces fins qu'en intention d'espugner le chasteau; et que cella a esté aulcunement découvert, ou aulmoins l'on en a eu tant de souspeçon qu'il y a esté remédyé; et je sçay que la grand mère a dict icy que le petit Prince, son petit filz, estoit en très grand danger, dont prioit Dieu qu'elle le voulût préserver. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour de may 1573.

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