CCCLIIe DÉPESCHE
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—du XXIIIe jour de novembre 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Suspension de la négociation du mariage jusqu'au retour de Me Randolf.—Affaires d'Écosse.—Délibérations sur le parti qu'il y aurait à prendre, en cas de mort du prince d'Écosse.—Nécessité d'envoyer de France un ambassadeur dans ce pays.—Sollicitations faites auprès de l'ambassadeur par l'agent de la Rochelle.
Au Roy.
Sire, par les deux dernières responces, que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de ce conseil m'ont faictes, desquelles j'ay faict ample mencion à Vostre Majesté, le XVIIIe de ce moys, ilz m'ont bien faict cognoistre que leur résolution estoit de ne passer nullement oultre, en chose qui fût du propos du mariage, que Me Randolphe ne fût de retour; dont j'ay toujours esté, depuis, et seray encores, jusques à ce qu'il viegne, sans leur en toucher rien davantage. Et vous diray, icy, Sire, que, sur la nouvelle qui courut, il y a quinze jours, que le Prince d'Escoce estoit mort, ceulx icy prévoyantz que, d'ung tel accidant, se renouvelleroient de plus grandz troubles que jamays au dict pays, à cause de la compétence que les Amelthons et les Stuardz se font, les ungs aulx autres, sur la succession de la couronne, ilz s'assemblèrent en conseil pour ouvrir à leur mestresse des moyens et expédientz comme elle se pourroit entremettre bien avant en ce faict, sellon que, par quelque example, qu'ilz allèguent du passé, ilz veulent bien inférer que les roys d'Angleterre sont, encores aujourdhuy, au droict et possession de le pouvoir fère. Et y a danger, Sire, si le cas advenoit, qu'ilz se voulussent efforcer de fère tomber cest estat au jeune comte de Lenoz, oncle du dict petit Prince, au préjudice de la mère, qui est la vraye et naturelle princesse du pays. En quoy, pour l'importance que ce seroit à l'honneur et réputation de vostre couronne, qu'ung tel acte se passât, sans l'intervention du nom et de l'authorité de Vostre Majesté, j'estime, Sire, qu'il sera bon que faciez, de bonne heure, regarder en vostre conseil comme, en tout évènement, il auroit à y estre procédé de vostre part. Et tousjours semble il, Sire, qu'il est expédient qu'envoyez résider ung agent, ou ung ambassadeur, sur le lieu, sellon que je viens d'estre adverty que le Sr de Quillegreu s'appreste pour y aller, avec sa femme et toute sa famille, résider ambassadeur de la Royne d'Angleterre. Et croy qu'entre les occasions, pour lesquelles l'on haste sa dépesche, ceste cy, dont je viens de parler, est bien la principalle; mais aussy estimè je que son partement est aulcunement pressé pour aller pourvoyr au secours que le prince d'Orenge attend encores du dict pays, et pour y apporter de l'argent pour lever des gens de guerre, sellon que ung cappitayne escouçoys, qui se nomme Montgommery, lequel est, depuis huict jours, repassé icy de Ollande, de la part du dict prince, faict beaucoup de sollicitation et de dilligences pour luy en ceste court.
L'agent de la Rochelle se trouve maintenant fort empesché de satisfère à ce qu'il avoit emprunté, icy, pour ceulx de sa ville, et pour les frays qu'à sa requeste aulcuns angloys disent avoyr faictz pour les secourir, durant le siège, de sorte qu'il en a esté plusieurs jours en arrest; et, enfin, ayant remis l'affère en arbitrage, le vidame de Chartres et le Sr de Languillier ont faict quelque difficulté d'en vouloir estre arbitres, si je ne le consentoys, creignant que je le fisse trouver maulvais à Vostre Majesté. Dont le dict agent m'est venu prier de le trouver bon, comme chose qui estoit conforme à vostre édict de paciffication, et qu'il ne pensoit estre tenu, envers les Angloys, pour toutes choses, que à quatorze ou quinze mille escus, mais que, s'ilz en demeuroient seulz les juges, il sçavoit bien qu'ilz feroient monter les frays à des sommes fort excessives et extraordinayres. Je luy ay respondu que je desiroys, de bon cueur, que ceulx de sa ville n'eussent jamays occasion d'emprunter ainsy de l'argent des Angloys, et que les Angloys ne leur en voulussent jamays plus prester, et que j'avoys faict tout ce que javoys peu pour empescher qu'il ne trouvât ceste somme, ny encores de beaucoup plus grandes que je sçavoys bien qu'il s'estoit efforcé d'emprunter; mais que, depuis l'édict de paciffication, Vostre Majesté ne m'avoit rien commandé de tout cella; dont je n'y adjouxteroys aussy ny mon consentement ny ma contradiction, si Vostre Majesté ne le me commandoit de nouveau. Et ainsy, je ne m'en suys pas plus avant entremis, et il pourvoit maintenant à son affère, comme il peut. Ceulx cy ont eu opinyon que Vostre Majesté n'avoit faict venir les compagnies de gens de pied, en Picardye, que pour quelque grand effect. Ils ont eu, depuis peu de jours, nouvelles d'Irlande comme le comte d'Essex y a receu une estrette, et que les naturelz du pays l'ont mis en beaucoup de nécessités. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de novembre 1573.