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Clavecin

ÉPIGRAMMES ET MADRIGAUX

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GLOIRE

A Madame Dussane, Comédienne.

C’est la corvette.

Auber-Scribe (Haydée)

— Entends, poète, Ce soir est ta fête, Ta muse est prête Et le ciel a dit oui : Un vol t’élance Par l’éther immense, Sous le silence Des astres éblouis ; Puis tout retombe Neige, fleurs, colombes, Nourrir les tombes De tes frères ici. C’est moi, filleule, C’est l’étoile seule, C’est ton aïeule, Qui là-haut resplendit, Quand sur ta tombe, Neige de colombes, Mon baiser tombe Et ta muse a dit oui : Une plume tombe.

Ci-gît Maurice du Plessys-Flandre-Noblesse, Gentilhomme authentique, et poète : ô grands dieux Vous le savez, dieux purs ! en nos soirs de bassesse, Il aura su rester poète, et noble, et gueux, C’est-à-dire noble trois fois. Que son exemple Soit précepte à nous tous qui naissons flamme au poing : N’oublions donc jamais que l’Art demeure un temple Où la canaille ou pauvre ou riche n’entre point.

Cimetière Montparnasse : 20 Janvier 1924

A JEAN MORÉAS

— Amphion de Dircé sur l’actique Aracynthe A vu sa lèvre close et son pipeau brisé, Et de tes grands roseaux et de tes lauriers roses, Eurotas, Eurotas, les plaintes ont cessé, Mais sur ta lyre, ô Moréas, vient et se pose, Le frémissant essaim de l’Hymette exilé.

POUR L’ANTHOLOGIE DES ÉCRIVAINS MORTS A LA GUERRE

Nos pauvres morts çà et là qui sommeillent, Nos pauvres morts qui saura les entendre ? O Thierry Sandre, oh réveille, réveille, O Thierry Sandre, oh réveille les morts ! Pauvres morts qui tendent l’oreille, L’heure revient : Debout les morts : Chantre de Héro et Léandre, L’heure remonte, affreusement pareille. O Thierry Sandre, oh réveille, réveille, O Thierry Sandre, oh réveille les morts.

POUR CLAUDE DEBUSSY, DÉCORÉ

Janvier 1900

— De Saint Janvier la dolente légende Pour Debussy vient rajeunir : Une goutte du sang martyr de Mélisande Saigne à nouveau, descendant te fleurir.

POUR GENEVIÈVE LONGNON

10 Mai 1913

— Elle est née en Pentecôte, Jeanne d’Arc est son abri : Les vertus seront son hôte, Et les dons du Saint-Esprit.

A M. RENÉ PHILIPON

— La flèche traversant deux cœurs Va jusqu’au ciel et puis retombe, Et les plus fraîches de nos fleurs S’épanouissent sur des tombes, Puis Dieu fait sur toutes douleurs Descendre un fleuve de colombes.

A VINCENT MUSELLI

— O Vincent Muselli voici l’heure des lampes ; L’argent cerne l’ébène à l’entour de tes tempes, Mais lui-même le temps, honteux de son affront, Épaissit aussitôt le laurier sur ton front.

A ALPHONSE MÉTÉRIÉ

Vos vers sont les souples osiers Où font étoiles les corymbes Secrets et purs des alisiers : Métérié, archange des limbes, Que seriez-vous si vous osiez !

A THÉRIVE

— Le roi Henri m’a donné Paris et sa rive, Mais s’il me fallait quitter Ton bedon, Thérive, Je dirais au roi Henri : Reprenez votre Paris, J’aime mieux Thérive, ô gué, J’aime mieux Thérive !

AUX FRÈRES LE CARDONNEL

— Menton aigu, nez qui fend l’air, Moustache de chat en colère, Georges a tout du mousquetaire ; Séraphique psaltérion, Louis avec magnificence Vibre sous l’aile des Puissances : Et la voilà donc, l’alliance Du sabre-z-et du goupillon !

— Dis-nous, Fagus, sous quel prétexte Tu refuses d’entendre un seul petit morceau De Valéry ? — Du Valéry ? moi ? quelque sot ! Tant qu’à subir J.-B. Rousseau, Je l’aime encore mieux dans le texte !

— Quand j’étais petit Je n’étais pas grand, J’ trouvais du talent Même à Valéry ; Maint’nant je suis grand, C’est encor plus beau : Je trouv’ du génie Même à Jean Cocteau !

SUR MAURICE BOISSARD

— Cet animal n’est pas méchant : Quand on l’attaque il se défend. Par malheur il commence avant.

A M. JOUHANNAUD

Doux rond-de-cuir, chaque aube que fait Dieu lever, Je fuis l’obscur logis où Lutèce m’héberge, Priant saint Antoine de Padoue et la Vierge D’autrement qu’en décombre au soir le retrouver. Je double l’Institut, où je songe à cuver L’eau d’immortalité, longe l’auguste berge Où le Louvre me fait à nos Valois rêver, Tandis que sur l’eau se dandine un chien crevé. Par-dessus cinq cents toits l’Hôtel de Ville émerge, Guêpier des guêpes de vingt révolutions, Hérissé d’hommes d’armes d’or plantés en cierges, Et sur son dada de bronze, l’huissier à verge Étienne Marcel m’arrête de sa flamberge Et me brandit ma feuille de contributions !

IMPRÉCATIONS A UN LACHE TRANSFUGE

Déplorable Ponchon, qu’as-tu fait de ta gloire ? Tu vas à des croquants qui ne savent point boire Et chez qui tous pinards prennent goût de bouchon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Le moins moche, Daudet, dessous sa vantardise, Ne boit les soirs d’hiver, faut-il qu’on te le dise ? Que de l’eau de Janos, et, l’été, de Luchon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Geffroy l’Armoricain n’admet que la tisane : “Cidre” dit-il, et moi : pur jus de pissat d’âne ; Hennique du Viandox, tout froid, à plein cruchon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Bourges pompe l’orgeat, qu’il dénomme ambroisie, Et l’Arverne Ajalbert, sa mixture choisie, C’est bière de Beauvais, puant l’impur torchon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Hument les deux Rosny d’affreux bols funéraires Recueillis en vos creux, cavernes quaternaires Qu’arrosa le mammouth, ancêtre folichon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Descaves s’insinue en façon de rogomme Du lait chaud, très sucré, voire un sirop de gomme, Où trempe une angélique au vert de cornichon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Tout ça c’est prosateurs : des indignes de vivre. Si ton Latin Pays tu le fuis pour les suivre, Tu n’es qu’un renégat, un traître, un noir cochon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Ton estomac sera tout grouillant de grenouilles, Ton fondement fuira tel les vieilles gargouilles, Et ton zizi sera pis qu’un tire-bouchon, Ponchon, Ponchon, Ponchon, déplorable Ponchon ! Que dis-je ? pour les joindre il faut passer un fleuve ! Plein d’eau ! si que pourtant telle horreur ne t’émeuve, Songe à ta rive gauche, enfant, qui t’y cherchons, Ponchon, Ponchon, Ponchon d’entre tous les Ponchons !

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