BALLADES
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PRIÈRE A LA TRÈS SAINTE-VIERGE
Pour M. l’abbé Mollière, curé de Pringé.
— Reine des cieux, régente terrienne, Empérière aux infernaux palus, Je meurs de soif au bord de la fontaine D’où pleut le sang de mon Seigneur Jésus. Que fus-je ici que ce trouble Fagus Qui peu valut mais souffert a ses peines ? Accordez-lui de joindre vos élus : Je meurs de soif au bord de la fontaine. François Villon et son frère Verlaine Ont péché certe autant que moi ou plus, Vous les sauviez, ô Vierge souveraine : Veuillez sauver le serviteur Fagus. Mon fils aimé, ma femme ne sont plus, Mais je sais bien qu’aux cieux ils interviennent, Vierge, de Vous soient leurs voix entendues : Je meurs de soif au bord de la fontaine. Par devant Vous j’invoque dans ma peine Sœur Mélanie à qui parla Jésus, Et Bernadette à qui sous la fontaine Par dix-huit fois Vous êtes apparue, Et vous, Thérèse-de-l’Enfant-Jésus Qui de mon fils au ciel êtes marraine : Je vous en prie, rendez-nous absolus : Je meurs de soif au bord de la fontaine. Reine des cieux, régente terrienne, Ai-je tout dit ? Je ne vois rien de plus, Que vous prier de redire à Jésus, Qui fut si bon à la Samaritaine : Je meurs de soif au bord de la fontaine.
BALLADE VOTIVE A JEAN-MARC BERNARD
— Au matin d’or qu’éveille à peine un vent, Les clairs rideaux de peupliers s’appellent ; Le Rhône énorme emporte en tournoyant Les premiers feux et les premiers bruits d’ailes, Et vers la rive où bleuit l’asphodèle, Un jeune dieu levé sur l’horizon Retient là-haut une étoile nouvelle : Jean-Marc Bernard, de Saint-Rambert d’Albon. — Sous la tonnelle aux grappes d’or mouvant, Villon, Ronsard et Platon s’interpellent En travestis d’inlassés bons vivants, Quand, dispersant la joyeuse querelle, Sa voix à lui s’élève comme une aile : L’ode a jailli ! tous rediront ce nom Saisi vivant par Minerve éternelle : Jean-Marc Bernard, de Saint-Rambert d’Albon. — Heure ni jour, l’enfer se soulevant, L’horreur, le sang, et des spectres s’appellent, Une prière à Dieu, puis, dans l’instant, Un coup affreux : la boue et la cervelle, Les os noircis, on ramasse à la pelle, De croix pas même : où la mettre, à quoi bon ? La mort du brave a pris sous sa tutelle Jean-Marc Bernard, de Saint-Rambert d’Albon. Épitaphe en Envoi — Seigneur Jésus, Jean-Marc fut doux et bon ; A sa patrie, à son prince fidèle, Chantant pour eux il vint mourir pour elle : Veuille accueillir au Paradis profond Jean-Marc Bernard, de Saint-Rambert d’Albon !
BALLADE DU PAUVRE BOUGRE
Ici sui com l’osière franche Ou com l’oisiau sur la branche : En été chante, En hyver plore et me gaimante Et me défeuil aussi com l’ente Au premier gel.
Rutebœuf.
Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans, Dans son taudis qu’on est triste à quarante ! Contre mon poële au cœur agonisant Je viens blottir ma chair lasse et dolente : Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans ! Dehors il neige à grand foison et vente, Et bat mon cœur à l’unisson du temps ; Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans, Dans son taudis qu’on est triste à quarante ! Mon fils aîné sous la neige sifflante Trotte en soufflant dans ses doigts et toussant ; Mon plus jeunet que la fièvre tourmente Dans son lit froid délire et se lamente : Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans ! Et toi ma femme, oh si douce et vaillante, Malade aussi, tu vas nous consolant : Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans, Dans son taudis qu’on est triste à quarante ! O Toi de qui sont les gueux en attente, Seigneur Jésus, Seigneur des pauvres gens, De Toi jadis était notre âme absente, Jeunesse est vaine et de tout ignorante : Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans ! Mais l’âge arrive, on pleure et se lamente, On Te recherche, hélas ! il n’est plus temps ; Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans, Dans son taudis qu’on est triste à quarante ! Envoi — Seigneur Jésus, dans la nue foudroyante Quand Tu viendras au renouveau des temps, Qu’à nos erreurs soit Ta bonté clémente, Tant avons-nous souffert en Ton attente : Prends en pitié tous Tes pauvres enfants !