HENRI DÉ RÉGNIER.
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Henri de Régnier naquit à Honfleur en 1864. Il se rallia d'abord au groupe des poètes symbolistes et publia Les Lendemains, Poèmes anciens et romanesques, Tel qu'en songe, tout en collaborant à diverses revues.
Dans un genre plus classique, il écrivit ensuite Les Jeux rustiques et divins et Les Médailles d'argile, et il se rapproche des "poètes de la Vie" dans ses deux derniers recueils, La Cité des Eaux et La Sandale ailée.
M. Henri de Régnier est également un romancier renommé.
VILLE DE FRANCE.
Le matin, je me lève, et je sors de la ville. Le trottoir de la rue est sonore à mon pas, Et le jeune soleil chauffe les vieilles tuiles, Et les jardins étroits sont fleuris de lilas.
Le long du mur moussu que dépassent les branches, Un écho que l'on suit vous précède en marchant, Et le pavé pointu mène à la route blanche. Qui commence au faubourg et s'en va vers les champs.
Et me voici bientôt sur la côte gravie D'où l'on voit, au a'oleil et couchée à ses pieds, Calme, petite, pauvre, isolée, engourdie, La ville maternelle aux doux toits familiers.
Elle est là, étendue et longue: Sa rivière Par deux fois, en dormant, passe sous ses deux ponts; Les arbres de son mail sont vieux comme les pierres De son clocher qui pointe au-dessus des maisons.
Dans l'air limpide, gai, transparent et sans brume Elle fait un long bruit qui monte jusqu'à nous: Le battoir bat le linge et le marteau l'enclume, Et l'on entend des cris d'enfants, aigres et doux. . .
Elle est sans souvenirs de sa vie immobile, Elle n'a ni grandeur, ni gloire, ni beauté; Elle n'est à jamais qu'une petite ville; Elle sera pareille à ce qu'elle a été.
Elle est semblable à ses autres soeurs de la plaine, A ses soeurs des plateaux, des landes et des prés; La mémoire, en passant, ne retient qu'avec peine, Parmi tant d'autres noms son humble nom français;
Et, pourtant, lorsque, après un de ces longs jours graves Passés de l'aube au soir à marcher devant soi, Le soleil disparu derrière les emblaves Assombrit le chemin qui traverse les bois;
Lorsque la nuit qui vient rend les choses confuses Et que sonne la route dure au pas égal, Et qu'on écoute au loin le gros bruit de l'écluse, Et que le vent murmure aux arbres du canal;
Quand l'heure peu à peu ramène vers la ville, Ma course fatiguée et qui va voir bientôt La première fenêtre où brûle l'or de l'huile Dans la lampe, à travers la vitre sans rideau,
Il me semble, tandis que mon retour s'empresse Et tâte du bâton les bornes du chemin, Sentir, dans l'ombre, près de moi, avec tendresse, La patrie aux doux yeux qui me prend par la main.
(La Sandale ailée.).