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A Selection from the Comedies of Marivaux

BIBLIOGRAPHICAL NOTE.

Reading edition

[Footnote: The first biographical and literary study upon Marivaux is that of the Abbe de la Porte, published four years before the former's death in the Observateur litteraire of 1759, vol. 1, p. 73, etc., reprinted with additional details in the edition of the Oeuvres diverses de Marivaux, published in 1765 by Duchesne, and again in the edition of the Oeuvres completes, published in 1781 by the widow Duchesne. It is to this last- named text that I refer in the introduction. This essay by De la Porte is quite fair and trustworthy. It is particularly interesting as being the first. It is followed by an Eloge, or, rather, a contemptuous sketch, for it is anything but a eulogy, published by Palissot (and de Sivry) in the Necrologe des hommes celebres of 1764. In 1769 Lesbros de la Versane published l'Esprit de Marivaux ou Analectes de ses ouvrages, preceded by an Eloge historique de cet auteur, "a panegyric without reservation upon the man and the writer." It is to a reprint of this Eloge, published by Gogue et Nee de la Rochelle, Paris, 1782, that I make my references. These are the sources from which d'Alembert drew most of the matter for his Eloge, which is characterized by a kindly criticism, that, though sometimes too severe, does not offend. These four are the principal early sources from which Marivaux's biographers have drawn, and, if we add Desfontaines' Dictionnaire neologique, published in 1726 (and several times reprinted), Grimm's Correspondance litteraire (1753-1790), Colle's Journal et memoires (1748-1772), Marmontel's Memoires, published in 1804, those of the President Henault, published by the Baron de Vigan, Paris, 1854, those of the Abbe de Trublet, published in Amsterdam, 1759, and La Harpe's Cours de litterature ancienne et moderne (see edition by Buchon, Paris, 1825-1826), we shall have almost covered the ground of early sources. Much of the first part of this note is taken from Larroumet's Marivaux, p. 14, note 2.]

COLLECTIVE EDITIONS.

MARIVAUX: Les Comedies de Monsieur de Marivaux, jouees sur le Theatre de l'Hotel de Bourgogne, par les Comediens Italiens ordinaires du Roy. Paris, Briasson, 2 vol. in-12, 1732.

MARIVAUX: Oeuvres de theatre de M. de Marivaux. A Paris, chez Prault pere, 4 vol. in-12, 1740.

MARIVAUX: Oeuvres de theatre de M. de Marivaux, de l'Academie francoise. Nouvelle edition. A Paris, chez N.B. Duchesne, rue S. Jacques, au-dessous de la Fontaine S. Benoit, au Temple du Gout; 5 vol. in-12, avec portrait grave par Chenu d'apres Garand, 1758.

MARIVAUX: Oeuvres completes. Paris, chez Gogue et Nee de la Rochelle, 12 vol. in-8, 1781-1782.

MARIVAUX: Oeuvres completes de Marivaux de l'Academie Francaise (Duviquet). Paris, Haut-Coeur et Gayet jeune, P.J. Gayet et Dauthereau, 10 vol. in-8, 1825-1830.

WORKS CONSULTED OR REFERRED TO IN THE INTRODUCTION.

BIBLIOTHEQUE FRANCAISE, ou Histoire litteraire de la France. Tome XXII, derniere partie. Amsterdam, H. du Sauzet, 1736.

FERDINAND BRUNETIERE: Nouvelles critiques sur l'histoire de la litterature francaise. Paris, Hachette et Cie., 1882.

CHARLES COLLE: Journal et memoires sur les hommes de lettres, les ouvrages dramatiques et les evenements les plus memorables du regne de Louis XV (1748-1772), (edition Honore Bonhomme). Tome II. Paris, Firmin-Didot Freres, Fils et Cie., 1868.

D'ALEMBERT (Jean Le Rond, dit): Eloge de Marivaux. Contained in his Oeuvres philosophiques, historiques et litteraires. Tome X. Paris, Jean-Francois Bastien, An XIII (1805).

GASTON DESCHAMPS: Marivaux (in les Grands ecrivains de la France). Paris, Hachette et Cie., 1897.

L'ABBE PIERRE-FRANCOIS GUYOT DESFONTAINES: Dictionnaire neologique a l'usage des beaux esprits du siecle. Amsterdam, Michel-Charles le Cene, 1731.

JEAN FLEURY: Marivaux et le marivaudage. Paris, E. Pion et Cie., 1881.

LEON FONTAINE: Le Theatre et la philosophie au XVIIIe siecle. Versailles, Cerf et Fils, 1879.

BERNARD LE BOVIER DE FONTANELLE: Eloge de Mme. de Lambert. Contained in his Oeuvres. Tome VII. Paris, J.F. Bastien et J. Serviere, 1792.

EDOUARD FOURNIER: Etude sur la vie et les oeuvres de l'auteur. Preceding the Theatre complet de Marivaux. Laplace et Sanchez, 1878.

EMILE GOSSOT: Marivaux moraliste. Paris, Didier et Cie., 1881.

FREDERIC-MELCHIOR GRIMM ET DENIS DIDEROT: Correspondance litteraire, philosophique et critique … depuis 1753 jusqu'en 1790. Tomes I (1753-1756), III (1761-1764), and IV (1764-1765). Paris, Furne et Ladrange, 1829.

LE PRESIDENT CHARLES-J.-F. HENAULT: Memoires (edition Le Baron de Vigan). Paris, 1854.

ARSENE HOUSSAYE: Galerie du XVIIIe siecle. Premiere serie. Paris, Hachette et Cie., 1858.

JEAN-FRANCOIS DE LA HARPE: Cours de litterature ancienne et moderne. Tomes XIII, XIV, XVI. Paris, P. Dupont et Ledentu, 1825.

L'ABBE JOSEPH DE LA PORTE: Essai sur la vie et sur les ouvrages de M. de Marivaux. Contained in the Oeuvres completes de M. de Marivaux. Tome I. Paris, la Veuve Duchesne, 1781. [References in the introduction are to this edition of De la Porte, unless otherwise stated.]

L'ABBE JOSEPH DE LA PORTE: Lettre IV, concerning the Nouvelle edition du Theatre de M. de Marivaux. In the Observateur litteraire for 1759. Tome I. Amsterdam, 1759.

GUSTAVE LARROUMET: Marivaux, sa vie et ses oeuvres d'apres de nouveaux documents. Paris, Hachette et Cie. The editions of 1882 and 1894. [References in the introduction are to the former, unless otherwise stated.]

LESBROS DE LA VERSANE: Eloge historique. In the Esprit de Marivaux. Paris, Gogue et Nee de la Rochelle, 1782.

RENE LAVOLLEE: Marivaux inconnu (extrait de la Revue de France). Paris, Imprimerie de la societe anonyme de publication, periodiques, 1880.

JULES LEMAITRE: Impressions de theatre. Deuxieme et quatrieme series. Paris, H. Lecene et H. Oudin, 1888 and 1890.

CHARLES LENIENT: La Comedie en France au XVIIIe siecle. Tome I. Paris, Hachette et Cie., 1888.

M. DE LESCURE: Eloge de Marivaux. In the Theatre choisi de Marivaux. Paris, Firmin-Didot et Cie., 1894.

HENRI LION: La comedie "metaphysique" de Marivaux. In the Histoire de la langue et de la litterature francaise, under the direction of Petit de Julleville. Tome VI. Paris, Armand Colin et Cie., 1900.

JEAN-FRANCOIS MARMONTEL: Memoires (edition Maurice Tourneux). Tomes I and II. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1891.

CHARLES PALISSOT: Eloge de Marivaux. In le Necrologe des hommes celebres de France, par une societe de gens de lettres. Paris, Moreau, 1767.

PAUL-E.-A. POULET-MALASSIS: Theatre de Marivaux. Bibliographie des editions originales et des editions collectives donnees par l'auteur. Paris, P. Rouquette, 1876.

WILHELM PRINTZEN: Marivaux, sein Leben, seine Werke und seine litterarische Bedeutung. Muenster, 1885.

CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE: Causeries du lundi. Tome IX. Paris, Garnier Freres, 1854.

FRANCISQUE SARCEY: Quarante ans de theatre. Tome II. Bibliotheque des annales politiques et litteraires, Paris, 1900.

FRANCISQUE SARCEY: Preface to vol. 1 of the Theatre choisi de Marivaux. Paris, Librairie des Bibliophiles, E. Flammarion successeur. 1892.

L'ABBE NICOLAS-CHARLES-JOSEPH DE TRUBLET: Memoires. Amsterdam, 1739.

* * * * *

LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD

COMEDIE EN TROIS ACTES

Representee pour la premiere fois par les Comediens Italiens ordinaires du Roi, le 23 janvier 1730.

ACTEURS.

M. ORGON. MARIO. SILVIA.[1] DORANTE. LISETTE, femme de chambre de Silvia. ARLEQUIN,[2] valet de Dorante. UN LAQUAIS.

* * * * *

La scene est a Paris.

ACTE I

SCENE PREMIERE.

SILVIA, LISETTE.

SILVIA.

Mais, encore une fois, de quoi vous melez-vous? Pourquoi repondre de mes sentiments?

LISETTE.

C'est que j'ai cru que, dans cette occasion-ci, vos sentiments ressembleroient a ceux de tout le monde. Monsieur votre pere me demande si vous etes bien aise qu'il vous marie, si vous en avez quelque joie. Moi, je lui reponds qu'oui[3]; cela va tout de suite;[4] et il n'y a peut-etre que vous de fille[5] au monde pour qui ce oui-la ne soit pas vrai. Le non n'est pas naturel.

SILVIA.

Le non n'est pas naturel? Quelle sotte naivete! Le mariage auroit donc de grands charmes pour vous?

LISETTE.

Eh bien! c'est encore oui, par exemple.

SILVIA.

Taisez-vous; allez repondre vos impertinences ailleurs,[6] et sachez que ce n'est pas a vous a juger[7] de mon coeur par le votre.

LISETTE.

Mon coeur est fait comme celui de tout le monde. De quoi le votre s'avise- t-il de n'etre fait comme celui de personne?

SILVIA.

Je vous dis que, si elle osoit, elle m'appellerait une originale.[8]

LISETTE.

Si j'etois votre egale, nous verrions.

SILVIA.

Vous travaillez a me facher. Lisette.

LISETTE.

Ce n'est pas mon dessein. Mais, dans le fond, voyons, quel mal ai-je fait de dire a monsieur Orgon que vous etiez bien aise d'etre mariee?

SILVIA.

Premierement, c'est que tu n'as pas dit vrai: je ne m'ennuie pas d'etre fille.

LISETTE.

Cela est encore tout neuf.[9]

SILVIA.

C'est qu'il n'est pas necessaire que mon pere croie me faire tant de plaisir en me mariant, parce que cela le fait agir avec une confiance qui ne servira peut-etre de rien.

LISETTE.

Quoi! vous n'epouserez pas celui qu'il vous destine?

SILVIA.

Que sais-je? Peut-etre ne me conviendra-t-il point, et cela m'inquiete.

LISETTE.

On dit que votre futur est un des plus honnetes hommes du monde; qu'il est bien fait, aimable,[10] de bonne mine; qu'on ne peut pas avoir plus d'esprit; qu'on ne sauroit etre d'un meilleur caractere. Que voulez-vous de plus? Peut-on se figurer de mariage plus doux, d'union[11] plus delicieuse?[12]

SILVIA.

Delicieuse? Que tu es folle, avec tes expressions!

LISETTE.

Ma foi! Madame, c'est qu'il est heureux qu'un amant de cette espece-la veuille se marier dans les formes;[13] il n'y a presque point de fille, s'il lui faisoit la cour, qui ne fut en danger de l'epouser sans ceremonie. Aimable, bien fait, voila de quoi vivre[14] pour l'amour; sociable et spirituel, voila pour l'entretien de la societe. Pardi![15] tout en sera bon[16] dans cet homme-la; l'utile et l'agreable, tout s'y trouve.[17]

SILVIA.

Oui, dans le portrait que tu en fais, et on dit qu'il y ressemble; mais c'est un on dit, et je pourrais bien n'etre pas de ce sentiment-la, moi. Il est bel homme, dit-on, et c'est presque tant pis.

LISETTE.

Tant pis! tant pis! mais voila une pensee bien heteroclite![18]

SILVIA.

C'est une pensee de tres bon sens.[19] Volontiers un bel homme est fat; je l'ai remarque.

LISETTE.

Oh! il a tort d'etre fat, mais il a raison d'etre beau.

SILVIA.

On ajoute qu'il est bien fait; passe.[20]

LISETTE.

Oui-da,[21] cela est pardonnable.

SILVIA.

De beaute[22] et de bonne mine, je l'en dispense; ce sont la des agrements superflus.

LISETTE.

Vertuchoux![23] si je me marie jamais, ce superflu-la sera mon necessaire.[24]

SILVIA.

Tu ne sais ce que tu dis. Dans le mariage, on a plus souvent affaire a l'homme raisonnable qu'a l'aimable homme: en un mot, je ne lui demande qu'un bon caractere, et cela est plus difficile a trouver qu'on ne pense. On loue beaucoup le sien; mais qui est-ce qui a vecu avec lui? Les hommes ne se contrefont-ils[25] pas, surtout quand ils ont de l'esprit? N'en ai- je pas vu, moi, qui paroissoient, avec leurs amis, les meilleures gens du monde? C'est la douceur, la raison, l'enjouement meme; il n'y a pas jusqu'a leur physionomie qui ne soit garante de toutes les bonnes qualites qu'on leur trouve. Monsieur un tel a l'air d'un galant homme, d'un homme bien raisonnable, disoit-on tous les jours d'Ergaste. Aussi l'est-il[26] repondoit-on; je l'ai repondu moi-meme. Sa physionomie ne vous ment pas d'un mot.[27] Oui, fiez-vous y a cette physionomie si douce, si prevenante, qui disparoit un quart d'heure apres, pour faire place a un visage sombre, brutal, farouche, qui devient l'effroi de toute une maison. Ergaste s'est marie; sa femme, ses enfants, son domestique, ne lui connoissent encore que ce visage-la, pendant qu'il promene partout ailleurs cette physionomie si aimable que nous lui voyons, et qui n'est qu'un masque qu'il prend au sortir de chez lui.

LISETTE.

Quel fantasque avec ses deux visages!

SILVIA.

N'est-on pas content de Leandre, quand on le voit? Eh bien! chez lui, c'est un homme qui ne dit mot, qui ne rit ni qui ne gronde:[28] c'est une ame[29] glacee, solitaire, inaccessible. Sa femme ne la connoit point, n'a point de commerce avec elle; elle n'est mariee qu'avec une figure qui sort d'un cabinet, qui vient a table, et qui fait expirer de langueur, de froid et d'ennui tout ce qui l'environne. N'est-ce pas la un mari bien amusant?

LISETTE.

Je gele au recit que vous m'en faites. Mais Tersandre, par exemple?

SILVIA.

Oui, Tersandre! il venoit l'autre jour de s'emporter contre sa femme. J'arrive, on m'annonce: je vois un homme qui vient a moi les bras ouverts, d'un air serein, degage; vous auriez dit qu'il sortait de la conversation la plus badine; sa bouche et ses yeux rioient encore. Le fourbe! Voila ce que c'est que les hommes. Qui est-ce qui croit que sa femme est a plaindre avec lui? Je la trouvai toute abattue, le teint plombe, avec des yeux qui venoient de pleurer; je la trouvai comme je serai peut-etre: voila mon portrait a venir; je vais du moins risquer d'en etre une copie. Elle me fit pitie, Lisette; si j'allois te faire pitie aussi? Cela est terrible! qu'en dis-tu? Songe a ce que c'est qu'un mari.

LISETTE.

Un mari? c'est un mari. Vous ne deviez pas finir par ce mot-la; il me raccommode avec tout le reste.[30]

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