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Voyage des souverains

CÉRÉMONIE RELIGIEUSE SUR LA PLAGE DE PORT-SAÏD

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Illustration from Voyage des souverains: Inauguration du Canal de Suez
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Une cérémonie religieuse devait précéder l’inauguration du canal.

D’après les plans de M. Laroche, ingénieur de la Compagnie à Port-Saïd, trois estrades avaient été dressées sur la plage, devant le quai Eugénie; l’une prêtant face à la mer, et destinée aux souverains, et les deux autres vis-à-vis, à gauche pour le service musulman, à droite pour l’office chrétien.

Dans la nuit du 15 au 16, les flots poussés par un fort vent de nord-ouest ayant envahi les abords des tribunes, il avait fallu élever à la hâte une chaussée assez solide et assez large pour le défilé du cortége.

C’est ce qui explique pourquoi, aperçu de loin, le lieu de la fête ressemblait à un îlot dont plusieurs points ne sont accessibles que par une sorte de gué.

Le temps d’ailleurs était superbe, et lorsque, vers deux heures, les salves d’artillerie annoncèrent que les hôtes du khédive avaient pris place et que la cérémonie commençait, le spectacle qui se déroulait aux regards était de ceux que l’on n’oublie point.

Au fond, le ciel d’un bleu clair, vivement découpé par les mâtures pavoisées des frégates à l’ancre, le long de la jetée ouest; à droite, sur un terre-plein rapproché, le nouveau phare, qui se dresse comme un monolithe; enfin au premier plan, au milieu des bannières, des oriflammes et des pavillons, les estrades, dont les hautes et flottantes draperies ornées d’écussons et de feuillage forment dais au-dessus de l’auguste assemblée.

Une foule composée de tous les échantillons de la race humaine complète ce tableau, qu’elle étreint comme une ceinture multicolore.

Au centre et au premier rang de l’estrade principale, se tiennent l’impératrice Eugénie, l’empereur d’Autriche, le khédive, le prince de Prusse, le prince et la princesse des Pays-Bas.

A gauche du prince des Pays-Bas sont placés Mme Elliot, femme de l’ambassadeur d’Angleterre, sir Elliot, ambassadeur d’Angleterre, et le prince Murat.

A droite de la princesse des Pays-Bas se tiennent Méhémet Tewfick-Pacha, prince héritier d’Égypte, le prince Hohenlohe, Mme Ignatieff, femme de l’ambassadeur de Russie, le général Ignatieff, ambassadeur de Russie.

Le prince Toussoum-Pacha, Leurs Excellences Chérif-Pacha, Nubar-Pacha, Chahim-Pacha, Riaz-Pacha, M. Ferdinand de Lesseps, Abd-el-Kader, MM. de Beust et Andrassy, le baron Protectsch, le prince d’Albe, occupent le second rang avec Mmes de la Poëze, de Nadaillac, de Sancy, de Parabère, Mlles d’Albe, Lermina, Mary Stuart, etc.

Enfin, dans la foule brillante qui remplit la tribune, on remarque encore le prince Georges de Hanovre, les amiraux Tegetoff, Pâris, l’amiral espagnol, le colonel Doring, le général Douay, le duc de Huescar, de hauts fonctionnaires égyptiens, tels que Zeki-Bey, Burguière-Bey, Eram-Bey, Kaïri-Bey, Rizza-Bey, gouverneur de Port-Saïd, et MM. Béhic Dupuy de Lôme, Russell, du Times, Calemard de la Fayette, Lavalley, Léon Donnat, etc., etc.

Cependant les salves d’artillerie continuent.

Entouré du grand cadi, du grand mufti et des ulémas, le cheik-el-sakka se lève, et, après avoir psalmodié quelques versets du Coran, appelle sur l’œuvre accomplie les bénédictions d’Allah.

Associant à la majesté sévère du culte musulman les pompes de la religion catholique, Mgr Curcia, évêque d’Alexandrie, célèbre l’office.

Est-il besoin de faire remarquer ce qu’a de touchant et d’instructif ce spectacle de deux croyances, jadis ennemies, venant en ce jour unir leurs rites et leurs prières?

Le canon se tait; Mgr Bauer, protonotaire apostolique, descend trois marches de l’autel et commence un discours. Sa voix vibrante et sa prononciation distincte permettent de ne rien perdre de ses paroles.

Paroles éloquentes qui redisent les difficultés et qui célèbrent la gloire de l’entreprise enfin achevée, grâce à la protection éclairée et généreuse du khédive Ismaïl Ier, grâce au bienveillant concours du gouvernement français, ici représenté par une souveraine auguste, grâce à l’initiative et aux persévérants efforts de M. Ferdinand de Lesseps, dont l’orateur «est fier de pouvoir, en ce beau jour, jeter le nom aux échos d’un ciel immense.»

L’empereur d’Autriche est aussi remercié d’être venu apporter par sa présence un nouveau et précieux témoignage à l’œuvre d’union entre deux mondes, entre tous les peuples.

Chaque nation enfin trouve sa part d’éloges dans cette harangue sacrée dont quelques lignes ne sauraient rendre ni l’éclat ni l’ampleur.

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