AVANT-PROPOS.
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Un subside du Gouvernement belge m’a permis de séjourner dans le Sahara algérien, pendant le printemps de l’année 1898, avec mon excellent ami M. A. Lameere, professeur de zoologie à l’Université de Bruxelles.
Nous nous proposions d’étudier la faune et la flore. Le mois d’avril fut consacré en entier à l’exploration de Biskra et de ses environs. Un séjour préparatoire à Biskra devrait être recommandé à tous ceux qui désirent entreprendre un voyage scientifique dans le Sahara. Le désert y est très varié : rivières taries, sables amoncelés en hautes dunes, rochers fendus par la chaleur, grandes plaines couvertes d’une croûte de sel, alluvions caillouteuses ou limoneuses.... aucun terrain n’y fait défaut. L’oasis elle-même, exploitée par les indigènes, est moins monotone qu’ailleurs : les dattiers plantés au hasard en un désordre pittoresque, abritent une nombreuse flore adventice. Enfin, avantage inappréciable, Biskra est en communication facile avec le monde civilisé. Combien de fois ne nous sommes-nous pas trouvés devant des plantes que nous ne parvenions pas à déterminer ! Heureusement, M. Battandier, le savant botaniste d’Alger, avait bien voulu nous engager à lui soumettre toutes les espèces douteuses, et grâce à son inépuisable obligeance, les déterminations nous parvenaient en quatre ou cinq jours.
Un mois suffit à peine pour nous familiariser avec le désert qui entoure Biskra. Une petite caravane est équipée, et nous voilà en route à travers le désert. D’abord, par le chott Melrhir et le lit desséché de l’oued Rirh, jusqu’à Tougourt. D’ici nous faisons un grand détour vers l’Est à travers les sables du Souf. Rentrés à Tougourt, nous reprenons notre marche vers le Sud pour atteindre Ouargla. A partir de cette dernière ville, nous passons sur le désert pierreux dont nous ne sortons qu’à Laghouat, après avoir traversé une curieuse région rocheuse, presque plane, parsemée de larges fonds argileux, les daya.
C’est à Laghouat que devait se terminer, dans notre projet primitif, le voyage dans le désert. Mais la vie un peu aventureuse que nous menons depuis quelques semaines présente à nos yeux tant de charmes, qu’au lieu de revenir directement vers Alger nous préférons gravir un chaînon latéral du Grand-Atlas, pour descendre de nouveau dans le désert à Bou-Saada. Enfin, après 46 jours de voyage, nous retrouvons à Bordj-bou-Arreridj le chemin de fer qui nous ramène à Alger.
De nombreux naturalistes ont fait connaître dans tous ses détails la flore de Biskra. Aussi me contenterai-je, dans les pages qui suivent, de décrire en botaniste l’itinéraire que nous avons suivi dans le désert.
Coxyde, le 21 août 1898.