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Un voyage botanique au Sahara

4. — Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna.

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En cette saison, il fait déjà trop chaud pour se mettre en voyage. Tous les chameaux de Laghouat sont aux champs, et ce n’est qu’au bout de trois jours que nous parvenons à nous procurer les bêtes de somme qui nous sont nécessaires. Les mulets sont encore plus introuvables. Nous remplacerions volontiers ceux qui nous ont accompagnés depuis Biskra ; voici un mois que les malheureux nous portent à travers le Sahara, sans jamais manger à leur faim. Malgré toutes ses démarches, Abdallah ne trouve qu’un seul mulet frais ; les deux autres traîneront la patte avec nous pendant encore une douzaine de jours.

Nous employons le repos forcé à battre le pays aux environs de la ville. Ainsi qu’il a été dit, les sables et les alluvions ont une flore extrêmement pauvre. Il n’en est pas de même de la colline rocheuse où se trouve le poste optique, au Sud de la ville. Elle est trop escarpée pour que les chameaux puissent la gravir. Les plantes sabulicoles et les chasmophytes (voir la note, p. 312) y vivent en mélange.

Citons parmi ces dernières, le Rhus Oxyacantha, arbrisseau épineux qui a tout à fait le port et le feuillage d’une Aubépine, l’Olea europaea sauvage, et le Zollikofferia spinosa. Celui-ci est très curieux ; il n’a qu’un petit nombre de feuilles basilaires qui sont déjà flétries au moment de la floraison ; de même que chez le Statice pruinosa (voir p. 259), ce sont les pédoncules verts qui sont chargés de l’assimilation. L’inflorescence est ramifiée en fausses dichotomies. Les rameaux sont très nombreux ; la plupart sont stériles : au lieu de porter un capitule, ils se terminent en épine. La plante toute entière a l’aspect d’une grosse pelote, ayant jusque quarante centimètres de diamètre ; elle est constituée en majeure partie par les branches desséchées des années précédentes, entre lesquelles se faufilent les rameaux récents ; quelques capitules sont piqués sur la pelote.

Sur les éboulis à la base de l’escarpement, croît une plante qui est particulière à ces stations : l’Echiochilon fruticosum, une Boraginacée ligneuse à fleurs bleues.

Laghouat est trop élevé (alt. 746 m.) et trop septentrional, pour que les bonnes dattes puissent y mûrir. L’oasis, arrosée par l’oued Mzi, ne contient que 15,000 Dattiers, appartenant à des variétés peu estimées. La végétation arborescente est formée, pour une grande part, de Figuiers, de Grenadiers, et surtout d’Abricotiers. On plante aussi beaucoup de légumes. L’abondance de l’eau a permis de cultiver de l’orge sur un millier d’hectares, dans une grande plaine limoneuse. Sans doute pour protéger l’oasis contre le vent, on a mis à la bordure un rideau de Populus pyramidalis, qui font un piteux effet par-dessus les Palmiers.

Nous visitons l’oasis avec un agent de police arabe, qui nous fait ouvrir toutes les portes. La flore adventive est peu importante. En somme, ce qui nous intéresse le plus, c’est la variété des vieux pots et des crânes de chevaux qui sont fichés sur des pieux à l’entrée de chaque jardin, « pour écarter le mauvais œil », prétend notre guide.

Nous avons de nouveau enfourché nos mulets. Les deux premières journées sont employées à franchir l’espace qui nous sépare de Messaad, près de l’extrémité occidentale du djebel Bou Kaïl, un rameau du Grand Atlas. Nous sommes sur un plateau légèrement ondulé, portant quelques bouquets de Betoum et de Jujubiers. La végétation est la même que dans la région des daya : Alfa, Chih, Remts, Anabasis. Le voisinage des montagnes, amenant des pluies plus fréquentes, se manifeste par les nombreux ruisseaux. Les rochers sont moins nus. Leur surface porte quelques lichens, mais pas encore de Bryophytes ni de Phanérogames. Dans les crevasses, la flore est également plus abondante qu’en plein désert ; il y a, par exemple, de volumineuses touffes de Zollikofferia spinosa.

Ce pays n’est plus à proprement parler le Sahara. Nous sommes à la limite entre le Grand Désert et les steppes des hauts-plateaux de l’Atlas. Au bord des oued, il y a des buissons d’Arundo Donax et de Laurier-rose (Nerium Oleander). Le Dattier y trouve des conditions favorables à son existence. Mais on remarque tout de suite que ces Phoenix dactylifera, croissant le long des ruisselets, ne sont pas des exemplaires spontanés, ni même naturalisés, mais simplement des individus issus de graines accidentelles : ils restent petits, sans tronc, avec une foule de pousses qui naissent du pied. Ils vivent, mais ne fleurissent jamais.

Un autre fait montre d’une façon encore plus évidente que nous sommes à la lisière du Sahara : quand on se lève le matin, on constate qu’une infinité de fruits de plantes annuelles se sont accrochés à la couverture : ce sont des Ægilops ; de nombreux Medicago ; l’Emex spinosa[9] ; le Daucus pubescens et d’autres Ombellacées ; des Compositacées indéterminables ; enfin, le Sclerocephalus arabicus, Caryophyllacée dont les capsules indéhiscentes sont entourées de fortes bractées qui portent les crochets.

Dans le Sahara, les fruits accrochants ne seraient d’aucune utilité : les Mammifères, dans les poils desquels les fruits sont destinés à s’attacher, sont beaucoup trop rares, et les plantes ne peuvent pas compter sur leur aide pour effectuer la dissémination. Nous n’avons vu dans le désert que deux plantes dont les fruits fussent pourvus de crochets : Limoniastrum Feei et Neurada procumbens. Ajoutons-y le Forskahlea tenacissima, une Urticacée ligneuse ; ses rameaux se désarticulent facilement, et comme ils sont garnis de poils raides, crochus, ils se fixent dans les poils des animaux ; les fragments s’enracinent quand ils tombent par terre.

D’autre part, il n’y a pas dans le désert d’oiseaux frugivores en quantité appréciable, et l’on n’y rencontre pas non plus de plantes à fruits charnus. Il ne reste donc, pour opérer la dissémination, que le vent et — quelque invraisemblable que cela paraisse — la pluie. Outre la Rose de Jéricho (Asteriscus pygmaeus) et la Main de Fatma (Anastatica hierochuntica) (voir p. 215), il y a encore d’autres plantes chez lesquelles les graines ne sont mises en liberté que par la pluie : telles sont les capsules des Fagonia et des Zygophyllum, qui ne s’ouvrent que par l’humidité.

Le vent est incontestablement le principal agent de dissémination. Signalons quelques types chez lesquels les organes de transport sont particulièrement développés : l’Ephedra alata, dont les graines sont entourées de bractées scarieuses ; — les Aristida dont le fruit est surmonté d’une longue arête trifide et plumeuse, dépendant de la glumelle inférieure ; — les Salsola, le Haloxylon articulatum, le Noaea spinosissima, dont le calice ailé fait un parachute au fruit ; — le Calligonum comosum, avec un fruit pourvu de longues émergences rousses, rameuses ; — les Farsetia et le Henophyton deserti dont les graines plates sont entourées d’une large aile blanche ; — le Zilla macroptera qui a des silicules indéhiscentes pourvues de quatre ailes longitudinales ; — le Cleome arabica à graines globuleuses, longuement velues ; — les Erodium et le Monsonia nivea avec leur longue arête soyeuse ; — les Tamarix et le Daemia cordata aux graines plumeuses ; — l’Anthyllis sericea dont la gousse est contenue dans le calice ballonné ; — citons, enfin, pour terminer cette énumération, le Marrubium deserti : son calice, au lieu d’avoir les crochets ou les pointes qui existent chez la plupart des espèces, a le limbe largement étalé en forme de parachute.

Depuis Messaad jusqu’au-delà d’Aïn-Soltan, nous longeons pendant deux jours le versant méridional du djebel Bou Kaïl, à l’altitude d’environ 1200 m. Dans les oasis, les Abricotiers et les Figuiers ont complètement supplanté les Dattiers. Au lieu d’Orge, on cultive ici un Froment à longues barbes. La brièveté de sa période de végétation fait de l’Orge la céréale qui convient, par excellence, aux pays tels que la Sahara, où la sécheresse vient bientôt mettre un terme à la végétation, et le nord de la Norvège, où l’été est fort court. Mais ici, près des montagnes, on a de l’eau, même en été, et le Froment est cultivé avec succès.

Le pays est tout aussi monotone qu’El Erg ou la Chebka. A gauche et à droite, des montagnes ; devant nous, derrière nous, la steppe d’Alfa à perte de vue, glauque et triste (Voir phot. 16). Dans les fonds, du Chih, du Zeita, de gros buissons de Retama sphaerocarpa, portant une multitude de fleurs jaunes sur leurs rameaux minces. C’est seulement dans les crevasses des rochers qu’on aperçoit une plante réellement verte : le Periploca angustifolia, une Asclépiadacée ligneuse, formant des buissons irréguliers, d’un vert foncé. Vu aussi un Olivier qui a été planté sur la tombe d’un saint marabout. L’arbre est sacré ; tous les passants accrochent à ses branches soit un lambeau de leur vêtement, soit une tresse d’alfa.

A la source d’El Bordj, non loin de Messaad, nous récoltons deux plantes qui en elles-mêmes n’offrent aucun intérêt, mais dont la présence indique d’une façon formelle que nous allons sortir du Grand Désert : Adiantum Capillus-Veneris et une Orchidacée fructifiée, probablement un Ophrys. Il n’y a pas, dans tout le Sahara, une seule Fougère, ni une seule Orchidacée. L’absence des Fougères, ainsi que des Ptéridophytes en général, et des Bryophytes, s’explique par le fait que ces plantes ont trop peu de chances de se reproduire. En effet, la fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de la pluie : quel autre agent serait capable d’amener les spermatozoïdes dans le voisinage de l’archégone et de leur fournir la gouttelette liquide nécessaire à la natation ?

Il est probable pourtant qu’à une époque géologique toute récente, ces végétaux habitaient le territoire occupé maintenant par le désert. Les vestiges si frappants de l’érosion par les cours d’eau (oued Rirh, oued Mya, oued Mzab) témoignent de l’humidité de l’ancien climat. Mais à la suite de nous ne savons quelle perturbation, le climat s’est transformé, et une aridité croissante s’est substituée aux pluies de jadis. A mesure que la sécheresse faisait des progrès, la flore perdit les éléments qui avaient le plus grand besoin d’humidité, c’est-à-dire les plantes aquatiques, ainsi que les arbres forestiers et les plantes qui vivaient à leur ombre : Bryophytes, Ptéridophytes, Aracées, Scitaminées, Orchidacées, Amentinées, Mélastomacées, Gesnéracées, Acanthacées. Les lianes, les épiphytes et les épiphylles furent également détruites.

On voit qu’aucun des groupes qui comptent le plus de représentants dans la flore équatoriale n’a subsisté dans le désert. Or celui-ci touche, d’une part à la région forestière équatoriale, d’autre part à la région méditerranéenne. Ce ne sont certes pas les espèces forestières, adaptées à l’humidité et à l’ombre, qui n’ont pu se contenter du climat ardent et aride du Sahara. Les seules plantes qui furent en état de se maintenir sont celles de la région méditerranéenne, habituées à subir la sécheresse pendant une partie de l’année.

A ce résidu, peu important, de la flore primitive, s’ajoutèrent plus tard des espèces qui immigrèrent des pays limitrophes. Sont-elles venues de la forêt ? Evidemment non. Faisons seulement remarquer que tous les grands arbustes du Sahara ont une origine méditerranéenne : Ephedra alata, Salsola tetragona, Calligonum comosum, Rhus Oxyacantha, Capparis spinosa, Zizyphus Lotus, Tamarix. Parmi les petits arbrisseaux et les plantes herbacées, l’immense majorité des genres sont septentrionaux. Les formes endémiques sont presque toutes voisines de celles qui habitent les bords de la Méditerranée. Le Betoum, le seul arbre du Sahara algérien, est proche parent des Pistacia méditerranéens, et il faut aller bien loin vers le Sud ou vers l’Est, pour rencontrer des Acacia qui viennent du Sud.

En somme, au point de vue de la composition de sa flore, le Sahara est actuellement une dépendance de la région méditerranéenne.

Vers le soir du quatrième jour après Laghouat, nous nous engageons dans un défilé ouvert dans le djebel Bou Kaïl. Aussitôt la flore change. En fait de plantes désertiques il n’y a plus guère que l’Alfa et le Chih. La physionomie du paysage est donnée par les hauts buissons tortus de Juniperus Oxycedrus et par le Genista capitellata, formant à terre des touffes arrondies qui ont l’air de porcs-épics.

A mesure que nous nous élevons, nous constatons que le djebel Bou Kaïl n’est pas du tout une chaîne de montagnes, mais simplement un seuil gigantesque, haut de quatre cents mètres, qui fait communiquer le plateau inférieur, sur lequel nous venons de cheminer, avec un plateau supérieur, situé à l’altitude d’environ 1600 m. Ce haut-plateau a une largeur de soixante-dix kilomètres. Vers le Nord, du côté de Bou-Saada, il est limité par une marche, plus haute encore que celle que nous gravissons, et on tombe brusquement dans la grande plaine du Hodna, qui est à l’altitude de 450 m. et possède une flore saharienne typique.

Quant au haut-plateau lui-même, quoiqu’il touche presque de toutes parts au désert, sa flore est nettement différente de celle du Sahara. Les deux espèces qui dominent sont l’Alfa (Stipa tenacissima) et le Chih (Artemisia Herba-alba). La première, mêlée de quelques Lygeum Spartum, occupe toutes les parties sèches de la steppe. « ..... l’alfa est pour le voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse ; et, malheureusement, quand il s’empare de la plaine, c’est alors pour des lieues et des lieues. Imagine-toi toujours la même touffe poussant au hasard sur un terrain tout bosselé, avec l’aspect et la couleur d’un petit jonc, s’agitant, ondoyant comme une chevelure au moindre souffle, si bien qu’il y a presque toujours du vent dans l’Alfa. De loin, on dirait une immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se flétrit sans se dorer. De près, c’est un dédale, ce sont des méandres sans fin où l’on va en zig-zag, et où l’on bute à chaque pas. Ajoute à cette fatigue de marcher en trébuchant, la fatigue aussi grande d’avoir un jour entier devant les yeux ce steppe décourageant, vert comme un marais, et qu’on est obligé de jalonner de gros tas de pierres pour indiquer les routes » (Fromentin, 1896, p. 52). Dans les petites dépressions, la végétation est composée de Chih, auquel se joignent des touffes sombres d’Artemisia campestris. D’innombrables troupeaux de chèvres et de moutons paissent dans l’Alfa. Les Nomades qui les gardent ont établi leurs douar (agglomérations de tentes) dans le voisinage des points d’eau. Près des campements, l’Alfa et même le Chih ont été éliminés, et l’on ne voit que le Harmel et le Thapsia garganica, une haute Ombellacée refusée par les herbivores.

Après deux longs jours de marche sur le plateau, monotone et ennuyeux, nous sommes à Aïn-Smara. Malgré son nom de « fontaine », c’est à proprement parler une fosse à purin : dans une dépression du sol on a creusé un trou où se collectent les eaux de ruissellement, après qu’elles ont lavé les déjections des troupeaux de la steppe. De tous les points de l’horizon, des femmes accompagnées de bourriquets, viennent s’approvisionner à la fosse ; religieusement elles remplissent leurs outres de cette eau bourbeuse. En attendant le moment de repartir vers le douar, chacun avec ses deux peaux de bouc, les ânes prennent un bain dans la fontaine et jettent le trouble parmi les légions de têtards qui s’y ébattent. Nous carressons du regard nos propres outres, qui sont encore suffisamment rebondies pour nous mener à Bou-Saada.

L’odeur de cette fontaine est insupportable. Faisons une petite promenade dans la steppe. Un jeune Arabe nous assure d’ailleurs qu’il connaît des Terfez ici. Effectivement, il les découvre. Il tapote du doigt aux endroits où la terre est un peu soulevée et craquelée en étoile ; si la percussion donne un bruit sonore, il creuse un peu, et presque chaque fois, à quelques centimètres sous la surface, on aperçoit une petite masse bosselée, grisâtre, qui est l’Ascomycète cherché. Les Terfez (Terfezia et Tirmania) ont une légère odeur de Truffe, et ils sont employés dans le Sahara aux mêmes usages que cette dernière.

A présent nous descendons sur le versant qui limite le haut-plateau vers le Nord. La pente est très rapide : en quelques heures nous passons de l’altitude de 1600 m. à celle de 600 m. Les vents humides qui soufflent de la Méditerranée viennent se heurter à la muraille presque verticale. Ils se refroidissent à mesure qu’ils s’élèvent, et il arrive un moment où leurs vapeurs se condensent sous forme de pluie et de rosée.

Spectacle depuis longtemps espéré, il y a des Mousses sur le sol, et les feuilles sont couvertes de rosée ! La végétation est essentiellement méditerranéenne. Voici les espèces les plus répandues et les plus caractéristiques : Pinus halepensis, Quercus Ballota, des Cistus et des Labiacées ligneuses (Rosmarinus, Lavandula), Olea europaea qui a été brouté à tel point qu’il devient dur comme un rocher, Pistacia Lentiscus, Juniperus Oxycedrus et J. communis, Catananche caespitosa, Centaurea Parlatorei, Rhamnus lycioides, Ephedra graeca, Retama sphaerocarpa, Genista capitellata, Anthyllis sericea, Stipa tenacissima.

Plus bas, nous rencontrons une zone intermédiaire d’où les Mousses, les arbres (Pins et Chênes), les broussailles (Cistes, Labiacées, Olivier, Lentisque, Genévrier et Rhamnus lycioides) et les Compositacées ont disparu pour ne laisser que l’Oxycèdre, les Papilionacées et l’Alfa.

Descendons encore de quelques centaines de mètres : ces dernières plantes s’effacent à leur tour devant la flore saharienne typique.

Près de Bou-Saada, la lutte contre les herbivores est de nouveau en jeu, et la flore ne se compose plus guère que de Thymelaea microphylla.

Nous venons de traverser un îlot méditerranéen, serré entre le haut-plateau et le désert. On s’explique sans peine pourquoi cette flore méditerranéenne fait défaut, à la même altitude, sur le versant méridional du plateau, que nous avons gravi il y a trois jours. Les deux versants ont en somme des climats très différents. Le long de celui qui est tourné vers le Nord, les courants atmosphériques doivent grimper et laisser condenser leur humidité. De l’autre côté, au contraire, le vent déjà appauvri en vapeur descend la pente ; il se réchauffe, par conséquent, et il enlève de l’humidité plutôt qu’il n’en dépose. Aussi n’y avons-nous rencontré que les végétaux de la zone intermédiaire d’ici, c’est-à-dire celle où la condensation ne s’opère pas encore.

A partir de Bou-Saada, nous sommes dans la plaine du Hodna, une dépendance septentrionale du Sahara. Elle est entourée de toutes parts par des montagnes, excepté en un point où elle communique avec le Grand Désert. Le centre de la plaine est occupé par le chott El Hodna, dans lequel passe la route de Bou-Saada à Msila.

La flore est celle des alluvions et des sables salés, entre Biskra et Tougourt : Salsolacées gorgées d’eau, Plombaginacées, Frankenia thymifolia et autres plantes garnies d’un revêtement salin. Dans le chott, que nous traversons sur une largeur d’une trentaine de kilomètres, la végétation se compose d’abord d’Echinopsilon muricatus et de Tamarix, puis uniquement de Salsola tetragona, auquel s’ajoutent plus tard l’Arthrocnemon macrostachyum et l’Atriplex Halimus.

Nous sommes à Msila. Deux journées de voyage à travers un pays cultivé nous mèneront à Bordj-bou-Arreridj, où nous prendrons le train pour Alger.

Supposons qu’un botaniste me demande quelques renseignements sur l’utilité d’un voyage dans le Sahara. Je lui dirais à peu près ceci : Si vous désirez voir un pays exotique avec une flore variée, n’allez pas au désert ; dirigez-vous plutôt vers une région équatoriale. — Voulez-vous étudier la flore désertique ? Vous pouvez vous contenter de Biskra : la plupart des espèces du Sahara algérien croissent dans les environs de la ville. — Dans le cas où vous voudriez voir les divers aspects caractéristiques du paysage saharien, mettez-vous à la tête d’une caravane ; vous marcherez pendant des journées entières sans vous baisser une seule fois pour cueillir une plante, et vous reviendrez finalement avec un butin presque nul : en tout un mois, vous aurez vu moins d’espèces végétales que si vous vous aviez herborisé un quart d’heure aux environs de Bruxelles. Et dites-vous bien qu’une telle expédition n’est possible que si vous ne craignez pas les longues marches exténuantes, les journées atrocement chaudes, les midis éblouissants, si vous n’avez pas peur de subir la soif, si vous aimez à coucher à la belle étoile, enfin, si vous ne vous laissez pas décourager par la nudité du pays.

Pour finir, regrettons qu’il n’y ait pas de jardin botanique dans le Sahara. Pendant les premiers temps, le botaniste est complètement dépaysé au milieu de ces plantes grasses ou de ces plantes sans feuilles, toutes semblables lorsqu’elles sont défleuries. Quant à des expériences physiologiques, il n’y faut pas songer. Pourtant il y aurait pas mal de sujets intéressants à étudier : l’absorption de la vapeur atmosphérique et de la rosée par les sels déliquescents et par les poils ; l’absorption de l’eau du sol par les poils radicaux persistants ; l’occlusion des stomates ; l’élimination des matières minérales qui encombrent l’économie de la plante ; la faculté de supporter la dessiccation, etc. Un tel établissement rendrait aussi de grands services au point de vue pratique, pour l’étude des maladies du Dattier, pour la sélection des races d’Orge, pour l’introduction de plantes fourragères, etc.

Rien ne serait plus facile que de faire cette station botanique à Biskra. La dépense serait faible ; les avantages pour la science et pour l’agriculture saharienne seraient inappréciables. Ce jardin aurait autant d’utilité que ’s Lands Plantentuin de Buitenzorg (Java). Et l’on aurait ainsi un centre d’études botaniques, permettant de comparer la riche végétation équatoriale à la végétation, si intéressante dans sa maigreur, qui croît au Sahara.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. I.

1. Deverra chlorantha (voir p. 283), sur des rochers qui ont éclaté par l’action de la chaleur et qui ont été ultérieurement sculptés par le sable. (Voir p. 279.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

2. Anabasis articulata. Sous la plante, rameaux morts tombés par terre. (Voir p. 222.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. II.

3. Une rue dans l’oasis de Biskra. Maisons en boue. (Voir p. 209.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

4. Plantations dans l’oasis de Biskra : Oliviers et Dattiers. (Voir p. 209.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. III.

5. Efflorescences salines sur le reg, à Biskra. Au milieu, un petit oued avec Salsolacées. (Voir p. 216.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

6. Limoniastrum Guyonianum (Zeita), presque entièrement ensevelis sous le sable. Devant, Nitraria tridentata. (Voir p. 212.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

7. Halocnemon strobilaceum, dans le chott Melrhir. (Voir p. 224.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.

8. Mirage dans un sebkha, entre Ayata et Tougourt. (Voir p. 234.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

9. Oasis enfoncées, près d’El Oued. (Voir p. 245.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

10. Maisons d’El Oued. Au milieu, un puits à balancier. (Voir p. 246 et 247.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. V.

11. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

12. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

13. Retama Raetam, dans le désert sableux au Sud de Tougourt. (Voir p. 239 et 263.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.

14. Aristida pungens (Drîn), dans le désert sableux au Sud de Tougourt. (Voir p. 237 et 257.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

15. La ville et l’oasis de Ouargla. (Voir p. 276.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

16. Stipa tenacissima (Alfa), sur le plateau à la base du djebel Bou Kaïl. (Voir p. 323.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VII.

17. Salsola tetragona, dans le désert salé au Sud de Tougourt. (Voir p. 267.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

18. Désert pierreux (hamâda) près de Settafa. Au milieu, un gara. (Voir p. 308.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

19. Pistacia atlantica (Betoum) dans le daya de Tilremt. Devant, Zizyphus Lotus (Jujubier). (Voir p. 311 et 313.)

Illustration from Un voyage botanique au Sahara

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

Notes in this chapter

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