IV.—THE DOCUMENTS. (continued 3)
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sont elles? Sont ce serpens, loups, lyons, dragons, guieures,
ou bestes rauissables deuourans et anemies a nature humaine
765qu’il conuiengne faire art a les decepuoir et prendre? Lisez
donc l’Art. Apprenez donc a faire engins, prenez les fort,
deceuez lez, vituperez les, assailliez ce chastel, gardez que
nulle n’eschappe entre vous hommes et que tout soit liuré a
honte! Et, par dieu! si sont elles voz meres, vos suers, voz
770filles, voz femmes et voz amies, elles sont vous mesmes et
vous mesmes elles; or les deceuez assez, car il vault trop
mieulx, beau maistre, deceuoir, etc.
Je me ris de ce que tu dis que tu as presté ton liure de la
Rose a un homme fol amoureux pour soy oster de fole amour,
775lequel lui a ia tant prouffité que tu lui as ouy iurer sa foy que
c’est la chose qui plus lui a aidié a s’en oster, et tu dis que ce
as tu dit pour ce que ie dis a la fin de mon epistre, quans en
sont deuenus hermites? Response. Et ie te promet, [fol. 100
vo. b] se tu eusses appresté a ton ami .i. liure des
780deuocions Saint Bernart ou aucune bone legende introduisant a
sauuement et a demonstrer, qu’il n’est que une seule amour
bonne en laquelle on doit fichier son cuer et son affection en la
maniere que philosophie le demonstre, a Bouece, ou a aultre
chose semblable, tu lui eusses mieulx fait son profit. Mais
oster de la chaleur du soleil et soy gitter en une fournaise toute
enbrasee. Et je te diray un aultre exemple sans mentir,
puis que nous sommes es miracles du Romant de la Rose.
J’ay ouy dire, n’a pas moult, a un de tes compaignons de
790l’office dont tu es et que tu bien cognois et homme d’auctorité,
que il cognoist un homme marié, lequel adioste foy au Romans
de la Rose comme a l’euuangile. Cellui est souuerainement
jaloux, et quant sa passion le tient plus aigrement, il va
querre son liure et lit deuant sa femme, et puis fiert et frappe
795sus et dit orde telle comme quelle. Il dit: “Voir que tu me
fais tel tour, ce bon sage homme maistre Jehan de Meun
sauoit bien que femmes sauoient faire.” Et a chascun mot
qu’il treuue a son propos il fiert un cop ou .ii. du pié ou de la
paume. Si m’est auis que quiconques s’en loue, celle poure
800femme le compare chier.
Il m’anuye moult si grant prolixité de langage. Car
comme anuy est a moy mesmes, suppose que pourra estre aux
lisans. Mais pour ce que il me conuient repliquier les choses
proposees, [fol. 101 a] aultrement ne seroit entendable, m’en
805estuet esloingnier ma matiere, si me soit pardonné de qui le
tendra a anuy.
Encore ne te peux taire de la Vieille, et dis que quant elle
parle a Bel Accueil, elle lui dit auant le cop: “ne vous vueil
pas en amours mettre, mais se vous en voulez entremettre je
lui presche afin qu’il ne soit deceuz.[125] Response. Vray dieux!
comment est ce malicieuse maniere de deceuoir—demonstrer
que ce que on fait et dit, quelque mal que ce soit, que c’est
a bonne fin, et a cause bonne! Car il n’est si simple, se il
couurir par cautelle, et le droit tour du malicieux deceueur
est commencier langaige par bonne introite pour mieulx parfurnir
son malice. Si n’est point de excusance en ceste partie
ce que tu as mis auant. Tu dis s’il y a riens mal dit et a
820diffame du sexe femmenin que il n’en est que reciteur des
aultres aucteurs. Response. Je sçay bien que il n’est mie
le premier qui ait mal dit, mais il l’acroist, quant il le recite.
Tu dis que ce estoit pour plus enseigner les parties a garder
le chastel. Response. Le mal amonnesté et loué a faire
825n’est mie a supposer que ce soit affin que on s’en gard. Tu
dis que il le fist aussi pour suiure la matiere maistre Guillaume
de Lorris. Response. Cellui qui suit le fouruoyé ne fait mie
a excuser si se foruoye. Tu dis que en ce faisant parle de
toutes choses en leur estat au proffit de creature humaine, tant
830[fol. 101 b] a l’ame comme au corps. Response. On ne
l’oit point parler en comun de toutes choses en leur estat, et
aussi il parle de pluseurs autrement que leur estat et au dommage
de l’ame et du corps, comme il est ia prouué. Tu dis
que pour ce parla il de paradis et des vertus pour les suiuir, et
835les vices pour les fuir. Response. Voire mais il dit que
vices sont vertus, quant par ces parsonnages il loue mal faire
comme il est dit. Et de vertus fait vice, quant il dit tant de
vitupere et doloreux mal de l’ordre de mariage, lequel est saint
et aprouué, et d’aultres bons estas semblablement que il
840diffame generaument. Et mal parle de paradis, quant il
dit (combien que ce soit par moz un pou enuelopez, mais
autant vault a dire) que les luxurieux yront en paradis.[126] Et
ce fait il dire a Genius lequel escomenie de sa puissance, qui
est nulle, ceulx qui ne excercitent l’oeuure de nature. Et les
845vices enseigne plus proprement que il ne fait les vertus. Tu
dis que, de tant comme il parle de vices et de vertus d’enfer et
de paradis pres a prés l’un de l’autre, monstre il plus la beatitude
des uns et la laidure des aultres. Response. La
beatitude de paradis ne monstre il mie, quant il dist que les
850malfaicteurs yront. Et pour ce mesle il paradis auec les
ordures dont il parle pour donner plusgrant foy a son liure.
Mais se mieulx veulx ouir descripre paradis et enfer et par
plus soubtilz termes et plus haultement parlé de theologie
plus proffitablement, plus poetiquement, et de plusgrant
855efficace, lis le liure que on appelle le Dant, ou le te fais exposer,
pour ce que il est en langue florentine souuerainement dicte.
La orras aultre [fol. 101 vo. a] propos mieulx fondé, plus soubtilment,
(ne te desplaise) et ou plus tu porras profiter que en
ton Romant de la Rose, et cent fois mieulx composé, ne il n’y
860comparoison (ne t’en courouces ia). Tu dis que Genius ne
permet mie paradis aux folz amoreux. Response. Dyables
tu dis que dame Eloquence lui met sus. Et il parle, ce dis tu,
de ceulx qui excerciteront bonnement les oeuures de nature.
865Response. Or viens tu a mon propos (dieux mercis!)
Vraiement il n’y met ne bonnement ne mauuaisement mais simplement
ceulz qui excerciteront les susdictes oeuures. Et dis
que ce n’est mie tout un ce faire bonnement, et estre fol
amoreux. Response. De ce [faire] bonnement ne parla il
870oncques en ce pas. Mais ie te dis que ce est pis estre luxurieux
en plusieurs lieux, comme il veult enseigner, que estre fort
amoreux en un seul lieu. Tu dis que Nature et Genius n’enortent
pas estre fol amoureux, mais ilz enortent suiure les
œuures susdictes, lesquelles sont licites aux fins amoureux.
875Response. Doncques veulx tu dire, puis que nature ne
l’enorte, que estre fort amoureux est contre nature, laquelle
chose n’est mie (sauue ta grace). Mais puis que il dit que ilz
sont licites aux fins, il conuendroit sauoir en quel maniere les
conuient affiner. Tu dis que ce est pour continuer l’espece
880humaine, et pour laissier le mauuais pechié que on ne doit
nommer. Response. Sans cause se debat tant de ce, car
foie d’amonnester l’iaue que elle voise son cours. Ne l’autre
pechié qu’il veult dire n’est point renommé en France, dieux
885soit louez! Il n’en conuient ia mettre tel [fol. 101 vo. b] [m]oz
en bouche de nullui. Tu dis que combien que tu n’oses, ne
vueilles dire que excerciter la dicte oeuure hors mariage ne soit
pechés. Responses, sans passer oultre. Voire mais dieux
scet que toy et d’aultres disciples comme toy (qui l’ossast
890dire) en pensses. Mais il s’en fault taire et pour cause.
Toutefois ce dis tu: “Est il permis en mariage?” Response.
Dieux en soit louez, ce sauons nous bien. Touteffois
ne l’exprime point le liure de la Rose en nul endroit en telle
maniere. Mais tu veulz dire que ainsi l’entendi maistre Jehan
895de Meun, quant il dist ou chappitre de la Vieille cestui mot:
pour ce sont fais les mariages par le conseil des plus sages pour
oster dissolucion.[127] Response. Tu le me vas querre biens
loings et meines a propos ce qui est dit bien hors propos. La
Vieille ne preschoit mie a Bel Acueil de mariage. Elle s’en
900gardoit moult bien, ne chose que elle die ne tourne a bonne
fin. Et si croy que maistre Jehan de Meun ne fist point dire a
elle ce mot pour louer mariage, car ce n’estoit mie son office.
Et te souuiengne que tu as dit aultre part que ce n’estoit pas
Meun qui parloit, ce faisoient les parçonnages chascun en son
905office. Mais c’estoit il qui dist ce bon mot, et ce n’estoit il mie
qui parloit ou chapistre du Jaloux. Et ainsi as ton dit et ton
desdit, et est bien loings du propos de Genius dont nous parlons,
lequel ne pensa oncques a mariage, le bon homme. Et
aussi n’est ce mie ton oppinion, se dieux m’aïst, quoy que tu
910dies. Et encore pour ce que tant t’efforces de excuser Meun,
et veulx gloser que ce vouloit il [fol. 102 a] entendre que on
peust excerciter la dicte oeuure licitement au moins en mariage,
vient trop mal a propos que en cel estat on doie tant excerciter
l’euure et si diligentment; et il tant et si excessiuement
915blasme la vie que il dist estre en mariage quant il dist, que tant
y a de contencion que il n’est nul tant y eust grant voulonté
qui ne s’en deust tirer arriere qui le croiroit. Et ainsi seroient
mal continuez ces oeuures. Il deust auoir loué l’estat ou l’en
les doit faire, pour donner appetis a chascun que il si meist,
n’appert que il l’entende en celle guise. Et toy mesmes, pour
mieulx amender la besoingne, dis ensuiuant bien a propos de
louer mariage, pour confermer que pour ce le dist il que Saint
Augustin dist: “Qui est sans femme espousee, il pense aux
925choses de dieu pour lui plaire, mais cellui qui y est ioint par
mariage pensse les choses qui sont du monde pour plaire a sa
femme,” dont tu dis aprés que ce as tu dit pour ceulx qui
veullent reprendre par leur langage sans raison aucteur,
quelqu’il soit notable et non repris par auant. Si as tresbien
930prouué que maistre Jehan de Meun, quant il tant parloit de
excerciter l’oeuure de nature, que il l’entendoit en mariage.
Dieux! comment est ce bien prouué? Voire ainsi comme dit
le prouerbe commun des gloses d’Orliens qui destruisent le
935Encore ne te peux tu taire et fais une aultre grant narracion
pour tousiours excuser ton bon maistre. Mais ie ne
pense [fol. 102 a] mie a tout relater mot a mot. Car trop
m’anuieroit et ia anuye de tant parler de cestui propos; et
aussi tout vient assez a une fin. Tu dis que pour ce que
940chascun n’a pas leu le liure de la Rose, tu reciteras les propres
moz de Genius comme ilz sont ou liure. Si en recites
voirement pluseurs de ceulx propres que il dit, mais tu en
trespasses assés et vas cueillant ça et la ceulz qui mieulx te
plaisent, et n’as talent de mettre arriere le bien que il dit
945parmi le mal. Tu n’oblies mie que il dit que on rende l’autruy
qui l’a, et que on soit piteux et misericors et telz choses.
Voire, et que on face les oeuures dieu, de par dieu, et on yra
en paradis! Je croy que il vouloit suiure l’ordre et la secte
des turlupins et ainsi mesloit venin auec miel et doulce liqueur
950auec fiel, ve la le bien qui y est.
Je ne sçay a quoy tant nous debatons ces questions, car
ie croy que toy ne moy n’auons taillent de mouuoir noz
oppinions. Tu dis qu’il est bon; je dis qu’il est mauuais. Or
me solz qui soit bon; et quant toy auec tes autres complices
955arez assez debatu par voz soubtilz raisons et tant poures faire
que mal soit bien, je croiray que le Romant de la Rose soit bon.
Mais je sçay bien que il est propre a ceulx qui veulent
malicieusement viure et mieulx eulx garder d’aultrui que ilz ne
veulent que aultrui se gart de eulx, mais a ceulx qui veulent
960bien et simplement viure sans trop enuelopper es voluptés du
monde ne aultrui deceuoir, ne que aultre les deçoiue, ce liure
n’a mestier; et vrayement je aimeroie mieulx estre du part
des opposites que de ses complices, car ie ay oppinion que
mendre part en ait le loup. Et comme dit le bon preudomme[128]
965qui composa la plaidoierie dessusdicte: “Pleust a dieu que
telle rose n’eust oncques esté plantee ou jardin de chretienté,”
combien que tu te dies estre de ses disciples; et puis que le
veulx estre, si le soies. Quant a moy je renonce a sa discipline.
Car ie temps a autre que ie cuide estre plus proffitable,
970et qui mieulx m’est agreable; et si ne suis mie seule en
celle oppinion, ne sçay pourquoy plus que aux aultres vous en
prenez a moy entre vous ses disciples. Ce n’est mie honneur
soy prendre a la plus foible partie; il y a si grant foison de
sages docteurs, dignes de foy et pleins de science, et vraiement
975si y a il des grans princes de ce royaume et cheualiers, et
nobles, et pluseurs aultres qui sont de la mesme opinion que
ie suis, et tienent que ce est lecture inutile et non honorable.
Pourquoy entre vous n’alez vous desrompre la grosse tige de
980dont puet venir et sourdre la ceue et liqueur, soit toute amortie,
non mie vous prendre aux petites branches par dessure,
qui n’ont force ne vertu; pour cuidier tout estirper (qui) vous
en prenez a moy, qui ne suis fors comme la vois d’un petit
grisillon qui toute iour bat ses eletes et fait grant noise et tout
985est noyant enuers le hault chant delictable des gracieux
oisiaulx.
Mais tu dis que tu ne te peux assez merueillier comment
personne ose blasmer non pas seulement lui, mais ceulx qui
prisent et aiment son liure de la Rose. Response. Je ne me
990puis assez merueillier comment personne ose entreprendre a
louer cellui liure, ouquel sont comprises maintes materes
souffisentez a mettre cuer humain ou dampnable herreur.
Tu dis que quant a toy, plus desires estre [fol. 102 vo. b]
repris pour prisier et amer son liure que estre des trop soubtilz
995blasmeurs. Tu ressembles en ceste partie celle qui dist que
mieulx ameroit estre meretrix appellee de cellui que elle
aimeroit par amours que estre royne couronnee.[129] Si appert
bien que les voulentez qui mieulx plaisent ne sont mie toutes
1000Tu dis que sachent tuit que il reste encore .vii. mille, qui
sont tous prestz de le deffendre. Response. C’est rigle
general que mauuaise secte acroist volentiers aussi comme la
mauuaise herbe, mais la plus grant quantité ne fait mie
pourtant a presumer estre meilleur. Et se dieux plaist a ja si
1005grant assemblee n’en sera faicte. Ce n’est mie article de foy;
tiengne chascun ce qu’il vouldra. Tu dis que, s’il eust esté
du temps de entre nous qui le blasmons, tu deisses que nous
eussions haine particuliere a sa personne. Mais nous ne le
veismes oncques, dont tu ne peux ymaginer dont ce vient.
1010Response. Pour ce que oncques ne le veismes, ne oncques
ne nous meffist, as tu mieulx cause de penser que droicte
vraye pure verité nous meut, car le haineux ne doit estre creu.
Se non, ce dis tu, qu’il viengne de la haultece du liure plus
habile a receuoir les vens des soufflez enuieux, car ignorance
1015n’en est point cause de tel y a. Ce dis tu ce n’est pour cause
de pou lire le dit liure. Response. Tu pues estre certain
que le bon preudomme qui le blasme, dont tu veulx dire que
n’est mie par ignorance, il n’a mie enuie sur cellui liure, car ie
croy que la haultece de sa tres esleue[e] vie ne lui lairoit [fol.
1020103 a] auoir enuie de plus digne chose. Quant est de moy,
nonobstant mon ignorance, je te promet n’y ay aucune enuie.
Et pourquoy aroye? Il ne me fait ne froit, ne chault, ne mal,
ne bien, ne toult, ne donne, ne il ne parle de l’estat dont ie
1025ne espoir estre, ne religieuse, aussi n[ul]e chose qu’il die ne me
touche. Je ne suis Bel Acueil, ne ie n’ay paour de la Vieille,
ne boutons n’ay a garder. Et si te prometz que i’aime beaulx
liures et soubtilz et bien traictiez, et les quiers et cerche, et les
lis voulentiers, si rudement comme les sache entendre, et si
1030n’aime point cellui de la Rose, la cause si est simplement et
absoluement pour ce que il est de tres mauuaise exortacion et
deshonneste lecture, et qui plus penetre en corage mal que
bien. Et puet estre, selon mon iugement, cause de dampnacion
et dampnement de vie a ceulx qui l’oient, et qui s’i delictent,
1035et de traire a deshonnestes meurs. Si te iure sur mon
ame et par ma creance que autre cause ne me meut. Et ce
que tu dis aprés que puet estre que le blasmons pour donner
plus grant appetit de le veoir, et ainsi seroit nostre opinion
bonne. Tu pueux estre certain que ce n’est pas nostre motif.
1040Apres tout ce, tu me appelles de plus grant valeur que ie
ne suis, tienne mercy; et dis que tu me pries que ie garde
l’onneur que i’ay a garder; et que, se on m’a louee pour ce
que i’ay tiré d’un voulet pardessus les tours de Nostre Dame,
que ie ne tasche pas a ferir la lune d’un bouchon pesant; et
1045que me garde de ressembler le courbel, que pour ce que on
[fol. 103 b] loua son chant, commença chanter plus hault et
laissa cheoir la buschete. Response. Vraiement je ne
pourroie d’aucune chose respondre si proprement comme de mon
propre fait. Si puis en ceste partie tesmoingnier verité de
1050certaine science. Tu m’adioins ou accuses comme de presompcion
de moy mesmes. Si te iure sur ma foy que oncques ne
Dame. Ne sçay comment plus hault tascheroie ne pour
cuidier hault chanter, ne me cherra ia buschete; car ie repute
1055mon fait et mon sauoir chose de nulle grandeur. Aultre
chose n’y a quelconques, fors tant je le puis bien dire veritablement
excerciter ycellui puet bien estre que g’i ay cueilli des basses
flouretes du jardin delicieux, non pas monté sur les haulx arbres
1060pour cueillir de ce beau fruit odorant et sauoureux, non mie
que l’appetit et la voulenté n’y soit grant, mais foiblece
d’entendement ne le me sueffre, et mesmes pour l’odeur des
flourettes, dont j’ay fait graisles chappellez. Ceulx qui les ont
voulus auoir, a qui ne les osasse ne pensse veer, se sont
1065esmerueillez de mon labour, non pour la grandeur qui y soit,
mais pour le cas nouuel qui n’est acoustumé. Si ne s’en sont
mie teus non obstant ait esté long temps celé. Et te promet
que a ma requeste n’est manifestez. Et se veulz dire que
aucunes choses aye faictes ou nom de singulieres personnes,
1070ce a esté despuis que ia en estoit commune renommee. Ce ne
dis ie mie pour nulle excusance, car il n’en est besoing, mais
pour oster toute oppinion qui pourroit estre que en mon fait
presumasse aucune auctorité. Et supplie toy et tes consors
en oppinion, ne me sachiez mal gré pour cause [fol. 103 vo. a]
1075de mes escriptures, et du present debat sus le liure de la Rose.
Car d’auenture auint le commencement et non mie de volenté
proposee, quelque oppinion que g’y eusse, ainsi comme tu le
pueux veoir en un petit traictié, ou ie deuisay le premier
motif et le derrenier terme de nostre debat. Et trop me seroit
1080grief estre subgiette a tel seruitude que n’osasse respondre
a autrui verité selon ma conscience de la chose, qui ne puet
tourner a preiudice, ains puet auiser plus sage de plus auant
penser que il n’a consideré par long temps, car comme dit un
commun prouerbe, a la fois auise un fol un sage. Et c’est neant
1085que tu dis que l’eglise saincte, ou tant a eu de vaillans hommes
depuis qu’il fu fait, l’a souffert par long temps sans reprendre,
attendoit que moy et les autres le venissions reprochier; car
tu sces que toutes choses sont meues a certain temps, ne riens
n’est long enuers l’espace des ans. Et souuent auient que
1090par une pointellete est curee une grant enfleure. Comment a
souffert l’eglise saincte demourer si long temps l’oppinion de
la concepcion de Nostre Dame, qui plus est chose notable sans
esté debatu est venu auant par si grant esmeute, et si n’est ce
1095pas article de foy, aussi n’est cecy. Si en croye chascun ce
faire escripture, qui que m’en escrise, car ie n’ay pas empris
toute Saine a boire. Ce que i’ay escript est escript. Non mie
tairé pour doubte de mesprendre quant a oppinion, combien
1100que faulte d’engin et de sauoir me toult beau stile, mais mieulx
Si pry tous ceulz qui mes petiz dictiez verront, que ilz vueillent
supploier le deffault de mon sauoir par [fol. 103 vo. b] consideracion
de la personne, et prendre tout a bonne fin et entencion
1105pure, sanz laquelle ne vouldroie aucune chose mettre
auant. Si feray fin a mon dictié du debat non hayneux,
commencié, continué, et finé par maniere de soulas sans indignacion
a personne. Si pry la benoite Trinité Parfaicte et
Enterine Sapience, qu’il vueille toy et tous ceulx par especial
1110qui aiment science et noblece de bonnes meurs enluminer de si
vraye clarté que estre puissent conduis a la ioye celestiele.
Amen.
Escript et complet par moy Christine de Pizan le iie jour
d’octobre l’an mil c.c.c.c. et deux.
1115Ta bien vueillant
amie de science, Christine.
NOTES
(a cause de) puis (sus?) F.
(tes) mes B.
(i’en) ie B.
(a ceste) aincois que B.
(Rommant) wanting A F.
(mie) ia B.
[l. 185] (et plus) ou pour plus F.
[l. 224-5] (on en doye) ou s’en doye A.
[l. 285-6] (par dieu) wanting F.
[l. 286-7] (que honte ne t’en garde) wanting F.
(il) followed by a, F.
(son) soy F.
(conuenir) wanting F.
(bien t’en scara respondre) bien t’en sara conuenir B, bien se sera respondre et deffendra F.
(esté) estre F.
(C’est assauoir) followed by de F.
[l. 413-14] (Tu trouueras) followed by les histoires B.
(cuide) cuiday B.
(ainsi) aussy F].
(corps) followed by scens F.
(titres) fais F.
[l. 497] (dis) wanting F.
[l. 498] (Si te) se je F.
[l. 499] (acoustré) acoultre F.
(est) wanting F.
(grigneur) greigneur B F.
(volontaire) volomptaire F.
(femmelette) followed by qui F.
(en voye de periller) en peril de perillier F.
(conseilles) conseiller B.
(les) le A.
(il les) il F.
(oncques) aucques A, auques B.
(t’en) fais B.
(sobzrie) souscie F.
(ia) ie A.
(enseignemens) enseignement B.
(plairont) plairoit F.
(2. bien) mal F.
(parolles) nouuelles B.
(faite) faire A.
(la) le B.
(auisé,) followed by tu F.
(baillié) bailler B.
(dit) dist F.
(s’en) se F.
[l. 834-5] (et les vices pour les fuir) wanting B.
(l’un) l’oing F.
(liurer) donner F.
(et est) c’est F.
(quant il dist, que) wanting F.
(1. and 2. dist) dit B.
(y a ... voulonté qui) conte quonque il neust nul quelque grant y eust voulenté quil ne B.
(grant) wanting F.
(tout) wanting A.
(ne il n’appert) que il appert A.
(estirpé) escripte A.
(ne) wanting F.
(tout estirper) tout esciper A, wanting F.
(ou) en B.
(herreur) erreur B.
(cellui) celle A.
(ameroit) amoit B.
(de l’estat) d’estat B.
(suis) followed by ne B.
(et les quiers et cerche) et les quiers et les cerche B.
[l. 1043] (pardessus) par sus B.
(d’un bouchon) du ciel d’ung bouion F, d’un bougion B.
(sur) sus B.
(de) la B.
(oncques) after n’auoit B.
(pense) followed by a A.
(mieulx) wanting B.
(celestiele) celle stille(?) F.
“Je vous di bien avant le cop, Ne vous voil mie en amour metre, Mès s’ous en volés entremetre, Je vous monsterrai volentiers Et les chemins et les sentiers Par où ge déusse estre alée Ains que ma biauté fust alée.”
XIV. PIERRE COL’S REJOINDER TO THE FOREGOING.
(Fragment)
A FAME DE HAULT ENTENDEMENT DAMOISELLE CHRISTINE DE PIZAN
Combien que tu aies proposé de n’esc(r)ire plus reprehension
ou blasme contre la compilacion du Romant de la
Rose, comme sage et rauisee qui ses et appersois que humaine
chose est de pechier mais perseuerence est euure de deable,
5pourtant ne retarderas tu ma plume qu’elle ne te refrene;
car apres tant de reprehencions et duplicacions par toy proposees
et escriptes contre si notable escripuain, raison de droit
et bonne coustume ensemble m’ottroient replique, qui comme
disciple dudit escripuain ay fait une seule responce, combien
10qu’il n’en fust besoing pour ce que selonc que mon petit
entendement le peut concepuoir la seule lecture de tes euasions
est assés solucion, et n’ofusque ne [noirçoie] en riens la verité
que je soustiens, ne tasche aucune empraingnent a la treschere
renommee maistre Jehan de Meung tes palliacions extrauagans
15et ornemens de langaige, et croy que point ceste cause t’a
laissié a respondre le preuost de Lisle. Je mesme en fu esmeus
par aucun espace de temps de ne te respondre point, et pour
ce aussy que j’auoye bien ailleurs ou entendre. Toutesuoyes
par maint desbat pour aprendre et moy excerciter je respondray
20a aucuns fais particuliers et euasions mises en ton
epistre responsiue a moy presentee le xxxe jour d’octobre
et te prie que tu tiengnes pour repetees mes excusacions
mises en mon aultre responce.
JA SOIT CE QUE TU DIS ung pou deuant la fin de ta
25darreniere response que ce N’EST MIE HONNEUR DE SOT PENDRE
A TOY QUE ES LE PLUS FOYBLE PARTIE ET QU’ON DEUST
DEROMPE LA GROSSE TIGE NON PAS SOY ARESTER AUX PETITES
BRANCHES, VEU QUE DE TON OPPINION SONS PLUSSEURS SAGES
DOCTEURS, GRANS PRINCES DE CE ROYAUME, ET CHEUALIERS.
30Si n’ay je sceu personne qui l’ait blasmé par auant toy ne
par aprés, se non celuy qui a composee la plaidoierie dame
Eloquance et touteuoyes me reprens tu de ce que j’ay ozé
reprendre a euure de si notable clerc, qui sonne contradicion
et (ne te desplaise) ci et ailleurs tu trebuches en la fosse que tu
35m’auoyes appareillié. C’est assés de dit et de desdit quant tu
dis c’on se deust prendre aux autres, et tu me reprans de ce que
je n’y suis prouins (prins?) QUANT IE PANSE a celle petite
branchette il me souuient du prouerbe commun que l’en dit:
ce blasme te vault ung grant los. O DONLE DIEU tresglorieux!
40quantes gens sont qui jamais n’appetissent leur los,
ou se blasment aucunement se n’est pour eulx magnifier.
Vescy que tu t’appelles petite branchette et touteuoyes.......
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