APPENDICE PASSAGES SUPPRIMÉS[96]
Abel Bergaigne translation
APPENDICE PASSAGES SUPPRIMÉS[96]
ACTE PREMIER
— Page 15.
« Révèlent un chemin qui conduit au lavoir. »
Et de plus,
Des bassins sont creusés au pied des arbres, et les racines trempent dans l’eau agitée par le vent ; la fumée des offrandes de beurre ternit l’éclat des jeunes pousses ; les petits des gazelles sont sans défiance, et s’avancent doucement à notre rencontre sur le sol de ce bosquet dont ils ont tondu le gazon[97].
ACTE II
— Page 50.
« Ne seras-tu pas à mes côtés ? »
MADHAVYA.
Alors me voilà devenu ton garde des roues[98] !
ACTE III
— Page 54.
« Ni mon cœur de l’aimer ! »
O Amour ! tes flèches sont des fleurs : pourquoi donc font-elles tant de mal ? (Après réflexion.) Ah ! je le sais !
C’est le feu de la colère de Siva qui, aujourd’hui encore, couve en toi comme le feu sous-marin au fond des flots[99] : autrement, ô Amour, pourrais-tu brûler ainsi mes pareils, toi que le dieu a réduit en cendres[100] ?
Toi et la lune, avec votre apparente douceur, vous trompez bien les amants !
On dit que tes flèches sont des fleurs, et que la lune a de froids rayons. L’aventure de mes pareils est la preuve du contraire : les froids rayons de la lune versent des flammes, et de tes flèches de fleurs tu fais autant de foudres.
Et cependant,
Quoique l’Amour m’inflige des tortures sans trêve, je ne puis le maudire quand il me fait brûler pour elle, la belle aux grands yeux qui enivrent[101] !
O Amour, tu n’entends donc pas mes plaintes ? Quoi ! pas de pitié pour moi ?
Je t’ai nourri[102] de mes pensées incessantes, et voilà comme tu me récompenses ! Est-ce contre moi que tu devrais tendre jusqu’à ton oreille la corde de ton arc ? Est-ce sur moi que tu devrais décocher tes flèches ?
— Page 57.
« Tu souffres trop ! »
LE ROI.
C’est la vérité !
Ses bracelets, faits de racines de lotus, étaient blancs comme les rayons de la lune ; ils sont noircis[103] maintenant, et trahissent la fièvre qui la brûle.
— Page 61.
« Qu’a-t-elle à craindre ? »
Et encore :
Celui dont tu crains, bien à tort, les mépris, ô belle ! est là qui brûle de s’unir à toi. Ce n’est pas d’ordinaire la perle qui cherche le pêcheur, mais le pêcheur qui cherche la perle[104].
— Page 67.
« Et me fait désirer ce que je ne dois pas. »
LE ROI, à part.
Les jeunes filles, même quand elles aiment, résistent ainsi aux prières de leurs bien-aimés. Elles brûlent de s’unir à eux ; mais elles n’osent se donner. Ce n’est plus l’Amour qui les torture : il a levé pour elles tous les obstacles. Ce sont elles qui, par leurs retards, torturent l’Amour même[105].
(Sacountalâ s’éloigne.)
— Page 68.
« On peut nous voir ici. »
(Il laisse aller Sacountalâ et revient sur ses pas.)
SACOUNTALA. (Elle fait un pas et se retourne. Avec abattement.)
Fils de Pourou ! j’ai résisté à ton désir ; j’ai seulement consenti à t’entendre : ne m’oublie pas, pourtant !
LE ROI.
O belle !
C’est en vain que tu pars ; tu ne sors pas de mon cœur. Telle, à la fin du jour, l’ombre s’éloigne de l’arbre sans en quitter le pied.
SACOUNTALA, après avoir fait de nouveau quelques pas, à part.
Hélas ! quand je l’entends, mes pieds refusent de me porter. Eh bien ! je vais me cacher derrière cette touffe d’amarantes, et je verrai s’il m’aime vraiment. (Elle se cache.)
LE ROI.
O ma bien-aimée ! mon cœur est plein de toi seule : comment peux-tu mépriser mon amour et m’abandonner ?
Avec un corps si délicat qu’il faudrait lui épargner les caresses, tu as donc un cœur dur comme la tige du Sirîcha ?
SACOUNTALA.
Après avoir entendu cela, je n’ai pas la force de m’éloigner.
LE ROI.
Je n’ai plus rien à faire en ce lieu quand ma bien-aimée l’a quitté. (Regardant devant lui.) Mais je me sens brusquement arrêté.
Voici devant moi son bracelet de racines de lotus ; il est tombé de son bras, et il est encore tout parfumé de l’onguent d’Ousîra qui couvrait son sein : c’est une chaîne qui retient non cœur prisonnier.
(Il le ramasse avec précaution.)
SACOUNTALA, regardant son bras.
Ah ! mon bras ne peut plus retenir un bracelet : je n’ai pas senti tomber celui que je portais.
LE ROI, plaçant sur son cœur le bracelet de racines de lotus.
Frisson délicieux !
Cette gracieuse parure, ô ma bien-aimée, a quitté ton bras charmant ; elle est là, et c’est elle, tout insensible qu’elle est, qui me console dans ma douleur, lorsque toi, tu m’abandonnes !
SACOUNTALA.
Non ! je ne puis résister plus longtemps ! Voilà justement une occasion de me montrer. (Elle s’approche.)
LE ROI, en la voyant, avec joie.
Ah ! voici la maîtresse de ma vie ! A peine ai-je achevé ma plainte que le destin me témoigne sa pitié.
De sa gorge desséchée par la soif, l’oiseau[106] arrache un cri de détresse : il demandait de l’eau, et l’eau du nuage vient tomber dans son bec ouvert[107].
SACOUNTALA, arrivant devant le roi.
Seigneur, je me suis aperçue en chemin, etc.
— Page 69.
« Frisson délicieux ! »
L’Amour est un arbre : le feu de la colère de Siva l’avait brûlé[108] ; mais le destin fait pleuvoir la liqueur d’immortalité, et voilà que l’arbre consumé pousse de nouvelles branches.
ACTE IV
— Page 80.
« Se recueille et pense à l’absent. »
Les premiers rayons du matin colorent la rosée qui baigne les jujubiers ; le paon se réveille et s’envole du toit de chaume de la hutte ; l’antilope se lève brusquement du bord de l’autel où s’est imprimé son pied fourchu : elle s’étire, baisse le cou et dresse le dos[109].
La lune avait foulé le sommet du mont Mérou, le roi des monts ; elle avait traversé, en illuminant les ténèbres, le second séjour de Vichnou : voilà qu’elle tombe du ciel ; ses rayons s’effacent ; même pour les plus nobles des êtres, la chute est près du triomphe[110].
— Page 90.
« La forêt tout entière est en deuil. »
Vois plutôt
La gazelle laisse tomber sa bouchée de gazon ; le paon renonce à la danse[111] ; les lianes s’affaissent et laissent pendre leurs feuilles pâlies.
— Page 90.
« Vous l’aimerez comme vous m’avez aimée. »
CANNVA.
Ma chère enfant,
Je rêvais de te donner un époux digne de toi : tu as su le trouver toi-même. C’est son tour maintenant : libre de souci pour ton bonheur, je la marierai à ce manguier qui croît près d’elle.
Maintenant reprends ta route.
— Page 91.
« (Ils se remettent tous en route.) »
SACOUNTALA.
Mon père, je pense aussi à cette antilope qui ne quitte pas les environs de la hutte : elle est pleine ; quand elle aura mis bas, faites-moi savoir l’heureuse nouvelle. Surtout, ne l’oubliez pas[112].
CANNVA.
Compte sur moi, mon enfant.
— Page 91.
« Du courage ! »
Fais attention à tes pas.
Sois ferme ; retiens les larmes qui baignent tes longs cils ; elles t’empêchent de voir ; et tes pieds heurtent les aspérités du chemin.
— Page 92.
« (Il réfléchit.) »
ANOUSOUYA.
Chère amie, il n’y a pas dans notre ermitage un seul être vivant que ton départ ne plonge dans la tristesse. Vois !
La femelle du Tchacravâca l’appelle sous la feuille de nymphéa qui la cache ; mais l’oiseau ne lui répond pas : c’est toi qu’il regarde, en laissant tomber sa becquée de racines de lotus.
ACTE VI
— Page 132.
« Sous les fleurs du manguier charmant. »
C’est quand l’anneau m’a rendu la mémoire, c’est quand je pleure, en proie au remords d’avoir indignement repoussé ma bien-aimée, que je vois arriver le mois des fêtes et des parfums enivrants[113].
— Page 142.
« Elle s’attaque au lotus de son visage. »
LE ROI.
Chasse donc cet audacieux insecte !
MADHAVYA.
Mais c’est ton métier, à toi, d’apprendre à vivre aux coquins.
LE ROI.
Tu as raison. Allons ! hôte bienvenu des lianes fleuries, pourquoi te fatigues-tu à voltiger autour d’elle ?
Vois ! ton amante est là, posée sur une fleur, elle est altérée de ses sucs ; mais elle t’aime, elle t’attend et ne veut pas faire son miel sans toi.
MISRAKÉSI.
Il s’y prend poliment !
MADHAVYA.
C’est une race bien entêtée !
LE ROI, en colère.
Ah ! tu ne veux pas m’obéir ! Eh bien ! écoute !
J’ai connu sa lèvre rose, etc.
MADHAVYA.
Tes châtiments sont pourtant terribles ! Et elle n’a pas peur ! (A part, en riant.) Il est complètement fou, et je le deviens moi-même dans sa société.
LE ROI.
Comment ! j’ai beau la renvoyer ! Elle est toujours là !
MISRAKÉSI.
Voilà donc ce que l’amour peut faire, même d’un sage !
MADHAVYA, haut.
Dis-moi, tu sais que c’est une peinture que tu as devant les yeux ?
LE ROI.
Comment ! une peinture ?
MISRAKÉSI.
Moi-même, je m’y étais trompée un instant. N’est-il pas naturel qu’il ne voie, lui, que son rêve ?
LE ROI.
Pourquoi es-tu si cruel envers moi ?
Je la voyais… J’étais heureux, etc.[114]
ACTE VII
— Page 170.
« Vois le bel oiseau ! »
L’ENFANT, regardant autour de lui.
Où est-elle maman[115] ? (Toutes les deux se mettent à rire.)
PREMIÈRE RELIGIEUSE.
C’est la ressemblance des sons qui l’a trompé. Sa mère le gâte tant !
DEUXIÈME RELIGIEUSE.
« Vois le joli paon ! » C’est là ce qu’on te disait.
LE ROI, à part.
Comment ! Sa mère s’appelle Sacountalâ ! Mais bien des femmes portent le même nom. Oh ! si j’étais trompé par un mirage ! Si tout cela devait finir en me laissant à mon désespoir !
L’ENFANT.
Ma bonne sœur, votre paon est bien joli, etc.
IMPRIMÉ PAR JOUAUST ET SIGAUX POUR LA NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE CLASSIQUE Paris, 1884
NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE CLASSIQUE A 3 francs le volume
Outre le tirage ordinaire à 3 fr. le volume, nous avons fait un tirage numéroté de 500 exemplaires sur papier de Hollande (à 5 fr.), et de 30 sur pap. de Chine et 30 sur pap. Whatman (à 10 fr.).
Aux amateurs du GRAND PAPIER nous offrons un tirage spécial format in-8o, de 170 exemplaires sur pap. de Hollande (à 20 fr.), 15 sur pap. de Chine et 15 sur pap. Whatman (à 35 fr.), avec couvertures repliées. Ce tirage est orné des PORTRAITS des auteurs publiés, que contiennent seuls les exemplaires en grand papier.
Nota. — Nous n’avions admis jusqu’à présent dans notre collection que des œuvres d’écrivains français. Nous abordons aujourd’hui la littérature étrangère en publiant le drame de Sacountalâ, traduit par MM. Abel Bergaigne et Paul Lehugeur.
EN VENTE
Régnier, Satires, publ. par Louis Lacour. — 1 vol.
Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains, publ. par G. Franceschi. — 1 vol.
Boileau, publ. par P. Chéron. — 2 vol.
Hamilton, Mémoires de Grammont, publ. par M. de Lescure. — 1 vol.
Regnard, Théâtre, publ. par G. d’Heylli. — 3 vol.
Satyre Ménippée, publ. par Ch. Read. — 1 vol.
P. L. Courier, Œuvres, avec préface par F. Sarcey. — 3 vol.
Malherbe, Poésies, publ. par P. Blanchemain. — 1 vol.
Corneille, Théâtre, avec préface par V. Fournel. — 5 vol.
Diderot, Œuvres choisies, préface par Paul Albert. — 6 vol.
Chamfort, Œuvres choisies, publ. par M. de Lescure. — 2 vol.
Rivarol, Œuvres choisies, publ. par M. de Lescure. — 2 vol.
Racine, Théâtre, préface de V. Fournel. — 3 vol.
La Rochefoucauld, Maximes, publ. par J. Thénard. — 1 vol.
La Bruyère, Caractères, avec préface de L. Lacour. — 2 vol.
Molière, Théâtre, publ. par D. Jouaust et G. Monval. — 8 vol.
Bossuet, Oraisons funèbres, publ. par Arm. Gasté. — 1 vol.
Sous presse : Poésies d’André Chénier, — Rabelais, — Montaigne.
Avril 1884.