CHRONOLOGIE DES ÉGYPTIENS. (continued 2)
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Or Ninus ayant régné en 1230, les 15 générations, si on les évaluait à la manière égyptienne, nous porteraient au-delà de 1700 ans avant J.-C. Mais de plus, il est constant que dans cette antiquité, et même assez généralement dans des temps moins reculés, les Arabes omettent ou suppriment des degrés de filiation; que par le nom de fils ils entendent très-souvent un simple descendant, en sorte qu’il n’est pas du tout prouvé que Homeir ait été le fils immédiat de Saba: d’autre part, l’historien Nouéïri ajoute que Homeir fut contemporain d’Ismael, fils d’Abraham: ce qui veut dire que Nouéïri comparant les calculs arabes aux calculs juifs, a trouvé l’analogie citée. Or dans les calculs des Juifs, Abraham se place entre 1900 et 2000, et cela cadre singulièrement avec nos données. Ce n’est donc pas sans quelque vraisemblance que nous regardons les pasteurs de Manéthon comme étant les anciens Arabes chassés par Saba et Homeir, et que nous plaçons l’époque de cet événement vers les années 1800 à 1810.
Nous trouvons d’autres probabilités dans le caractère hardi et féroce de ces expulsés, aigris par leurs malheurs, dans les idées militaires qu’ils montrent et que leur avaient enseignées des guerres longues et sanglantes; enfin même dans la persécution religieuse qu’ils exercent, attendu qu’étant élevés dans le culte simple du soleil et des astres, ils durent prendre en haine les idoles bizarres des Égyptiens dont ils ne conçurent point le sens allégorique. Ces pasteurs étant de la branche des Arabes noirs, ils furent, en style oriental, des enfants de Kush, en style grec, des Éthiopiens; à ce titre ils étaient parents des Phéniciens, dont Africanus leur applique le nom. Ce nom de Kush serait-il la base de celui d’Y-ks-os que leur donnèrent les Égyptiens? Cela n’est pas impossible; mais ce qui est presque certain, c’est que sous le nom d’Éthiopiens, leurs rois sont du nombre des 18 de ce sang, qu’Hérodote dit avoir régné en Égypte. Il serait étonnant que les prêtres eussent omis cette dynastie qui posséda la Basse-Égypte pendant plus de 200 ans; elle dut même y laisser quelques traces de son langage: malheureusement nous n’avons presque rien de l’ancien égyptien[261]. Peut-être la pratique de l’Arabe en cette contrée fut-elle un des moyens qui en ouvrit aux Phéniciens le commerce, et leur procura la connaissance des idées théologiques et scientifiques de l’Égypte, qu’ils répandirent dans la Grèce plus de 1600 ans avant notre ère; enfin les pasteurs chassés se perdirent dans le désert sans laisser de trace sensible, et il semble qu’il n’y a que des Arabes qui puissent paraître, vivre, et disparaître ainsi.
Un dernier moyen de nous éclairer pourra se trouver dans les monuments pittoresques apportés d’Égypte par les savants français: nous y voyons des scènes de combats qui représentent, d’une part, des Égyptiens reconnaissables à leur physionomie et à leurs costumes; d’autre part, des étrangers dont la tête est ornée de couronnes de plumes en forme de diadèmes. Il s’agit de savoir si ces physionomies, très-bien exprimées, trouvent leur ressemblance sur quelques médailles ou autres monuments phéniciens ou arabes. Le vainqueur ayant été roi de Thèbes, il serait naturel que le tableau de son triomphe eût été gravé sur les murs de son palais en cette ville. Les savants descripteurs de ces tableaux ont voulu y voir des Indiens; cela ne réfuterait pas notre conjecture, puisque les habitants de l’Arabie, et surtout de l’Iémen, ont été, comme ceux de l’Éthiopie, désignés en plusieurs occasions par les Grecs et par les Latins, sous le nom d’Indi; voilà tout ce que nous pouvons dire sur ce sujet. Il nous reste un mot à joindre sur les Juifs, d’après les idées de Manéthon et de quelques autres anciens historiens.
§ III. Époque de l’entrée et de la sortie des Juifs, selon Manéthon.
Nous avons prouvé dans le tome Ier de cet ouvrage, ch. 2, 3 et 4, que les livres juifs ne nous donnent aucune idée claire et précise du temps où se fit la sortie d’Égypte, et cela parce que la période anarchique des Juges présente un vide absolu d’archives et d’annales régulières. Il semble que l’historien Josèphe, muni de celles des Phéniciens et des Égyptiens, publiées par Ménandre l’Éphésien, par Manéthon, Lysimaque, Cheremon et d’autres auteurs, eût pu éclaircir cette difficulté; mais ce prêtre juif, fortement imbu de ses préjugés religieux, s’est plutôt occupé de disputer que d’instruire, et ce sont moins des résultats qu’on obtient de lui, que des matériaux. Voyons quel parti l’on peut tirer de ce qu’il nous dit être l’opinion de Manéthon dans la question dont il s’agit. [262] Selon Manéthon, «les ancêtres du peuple juif furent un mélange d’hommes de diverses castes, même de celles des prêtres égyptiens qui, pour cause d’impuretés, de souillures canoniques, et spécialement pour la lèpre, furent, sur l’ordre d’un oracle, expulsés d’Égypte par un roi nommé Aménoph.....» Les livres juifs ne s’éloignent pas de ce récit, lorsqu’ils disent (dans l’Exode) que beaucoup de menu peuple et d’étrangers suivirent la maison d’Israël[263]; les ordonnances répétées du Lévitique contre la lèpre prouvent que toutes ces maladies furent dominantes. Un autre reproche d’impureté de la part d’un Égyptien, est la vie pastorale; et les juifs conviennent qu’ils furent pasteurs. Manéthon évalue leur nombre à 80,000, lesquels des environs de Peluse se rendirent en Judée à Hiérusalem. Nous avons démontré[264] l’impossibilité physique des 600,000 hommes armés de l’Exode, lesquels supposeraient une masse totale de 2,400,000 âmes; et nous avons tiré des livres juifs eux-mêmes des indices qui se rapprochent beaucoup de Manéthon: il n’a point été aussi ignorant en tout ceci que veut le dire Josèphe..... Celui-ci lui reproche d’introduire un faux Aménoph sans date connue; mais puisque cet Aménoph est dit père de Séthos, qui (lors de la guerre de 13 ans occasionée par les lépreux) était âgé de 5 ans, Manéthon a suffisamment désigné l’homme et le temps: il y ajoute un nouvel indice, lorsqu’il nomme en sa liste un roi Ramessés, père d’Aménoph; car ce Ramessés qui effectivement précède Aménoph dans la 18e dynastie, correspond très-bien à celui par l’ordre duquel les Juifs bâtirent la ville de Ramessés. En tout ceci Josèphe est le plus répréhensible de ne nous avoir pas donné la date du règne de Séthos-Sésostris, prise sur l’échelle chronologique des Juifs..... Ce règne est, comme nous l’avons dit plus haut, le point de départ d’où tout dépend: selon l’ancienne chronique il aurait commencé en l’an 1400 avec la dynastie 19e, dont Séthos fait l’ouverture: selon Africanus c’eût été en 1394: ces deux dates se ressemblent, et elles justifieraient nos calculs dans l’article des Juifs[265], lorsque nous y avons dit que la sortie d’Égypte sous Moïse dut arriver avant l’an 1420: cela cadre singulièrement avec le récit de Manéthon, qui nous représente Séthos âgé de 13 ans à l’époque de la guerre pour l’expulsion des lépreux.
D’autre part, selon l’Eusèbe du Syncelle, le règne de Séthos ne daterait que de l’an 1376, et selon l’Eusèbe de Scaliger, il se retarderait jusqu’à l’an 1356. La 1re de ces dates, en raisonnant toujours d’après Manéthon, placerait la sortie vers 1390; ce qui s’accorde avec notre calcul généalogique des grands-prêtres cités par Josèphe..... La 2e réclame en sa faveur l’autorité d’Hérodote; mais elle nous laisse contre elle le soupçon d’avoir été dressée par Eusèbe dans cette expresse intention: en résultat, il paraît certain que la sortie d’Égypte n’a pu précéder les années 1410 à 1420, ni se retarder au-dessous de 1390 avant J.-C. Posons pour terme moyen 1400, et disons que si Séthos-Sésostris, dans le début de sa grande expédition, n’attaqua point les Hébreux, ce fut par suite de l’aversion et du mépris que lui inspirait leur récente origine.
Maintenant combien dura réellement le séjour des Juifs en Égypte? Leurs livres ne sont pas d’accord..... Le texte samaritain dit 215 ans; l’hébreu et le grec disent 430.
Si nous appliquons ces 215 au calcul d’Hérodote et d’Eusèbe (1355), l’entrée aura eu lieu vers 1570.[266] Si nous les appliquons au calcul d’Africanus et de la Chronique, elle aura eu lieu vers 1610. Dans l’un et l’autre cas, elle tombe dans la période de nos pasteurs, expulsés en 1556.
Si au contraire nous employons les 430 ans du texte hébreu, l’entrée remontera vers les années 1790 ou 1820, et ici elle coïncide presque à l’entrée des rois pasteurs.
Pourquoi cette différence si forte d’un texte à l’autre? Ne pourrait-on pas dire que l’un représente l’opinion du rédacteur du Pentateuque, le grand-prêtre Helqiah, tandis que l’autre serait l’opinion des docteurs d’Alexandrie, qui, au temps de la traduction, ayant eu connaissance des livres égyptiens, auraient voulu, comme le fit Josèphe, que les pasteurs rois fussent les pasteurs hébreux. L’autre hypothèse ne laisse pas que d’avoir plusieurs convenances. Par exemple, la Genèse parle des relations orales de la famille d’Abraham et de Jacob avec les Égyptiens, comme d’une chose simple et naturelle; cependant nous savons que la langue de ce peuple différait essentiellement de l’hébreu; et dans ces siècles barbares une langue n’était pas connue hors de son territoire: si donc nous supposons que ces relations aient eu lieu avec les rois pasteurs, il n’y a plus de difficulté, parce que leur langue fut un dialecte arabique comme l’est l’hébreu.
D’autre part, les Égyptiens haïssaient les pâtres comme gens impurs devant la loi: et les rois et prêtres d’Égypte n’eussent pas dû accueillir si bien les Hébreux; les rois pasteurs l’ont pu; leur prêtre Putiphar a pu même recevoir Joseph en sa maison, et une femme de cette race recueillir Moïse flottant sur les eaux.
Selon les livres chaldéens cités par Bérose, et selon les livres égyptiens cités par le Persan Artapanus,[267] Abraham enseigna l’astrologie ou astronomie aux Égyptiens; comment croire que les Égyptiens, inventeurs du zodiaque, et de tout temps célèbres par leur science astronomique, aient reçu des leçons d’un étranger vagabond; mais cela peut se croire des pasteurs arabes d’Égypte qui arrivèrent et purent rester ignorants en cette science. Artapanus ajoute que Joseph établit le mesurage des terres et autres institutions utiles, lesquelles n’ont pu être ignorées que des pasteurs qui avaient tout bouleversé.—Quant à l’accaparement de toutes les terres dont parle la Genèse, comme conseillé par Joseph en temps de famine, cela convient encore à l’esprit des rois pasteurs, spoliateurs et tyrans: ce livre d’Artapanus, qui sous quelque rapport diffère des récits de la Genèse et de Manéthon, a, sous d’autres rapports, des analogies marquées... Il fait élever Moïse par la fille du roi de Memphis, en disant qu’il y avait en ce temps-là un autre roi dans le pays au-dessus et divers rois en Égypte. Il fait de Moïse un ministre et un général du roi qui l’aime d’abord, puis qui redoute son grand crédit et veut le faire périr dans une guerre d’Éthiopie. Moïse part pour ce pays, s’arrête en chemin pendant 10 ans, et avec les seuls bras de sa famille ou de ses nationaux, il bâtit une ville appelée Hermopolis... Tout cela pêche par invraisemblance; mais si l’on se rappelle que l’Éthiopie des Grecs est le pays de Kush des Orientaux; que le pays de Madian, où se retira Moïse, était une dépendance, une terre de Kush, comme nous l’avons prouvé,[268] et que près de ce pays, sur la frontière d’Égypte, est la ville d’Héroopolis, tout près de celle de Phitom (Patumos d’Hérodote), bâtie par les Hébreux, on sera porté à croire qu’Artapanus ou ses copistes ont commis l’altération d’Héroopolis en Hermopolis. Du reste, Artapanus parle des miracles opérés par Moïse et de la sortie de son peuple, presque comme l’Exode, excepté qu’il les répartit sur une durée de temps plus ou moins longue, pendant laquelle Moïse se serait prévalu des accidents et phénomènes naturels. On veut aujourd’hui traiter Artapanus de romancier; mais Josephe et Alexandre Polyhistor l’ont regardé comme un homme savant, nourri de la lecture des livres égyptiens. De tout ce mélange de variantes[269], d’analogies, d’invraisemblances, que conclure, sinon qu’il a réellement existé des faits qui ont été la base de l’histoire, mais qui, vu leur antiquité, vu la négligence des écrivains à les recueillir près de leur source, ont été altérés par les récits populaires d’une génération à l’autre, et se sont présentés sous cette forme aux historiens tardifs? Il est probable que la nation juive doit son origine à un premier noyau de peuple d’origine chaldéenne, puisque l’idiome chaldéen est resté sa langue. Il est probable encore qu’il y a quelque chose de vrai dans ce que Manéthon dit de sa sortie, puisque les livres hébreux, et Artapanus, et Tacite même[270], citent des circonstances très-ressemblantes.
Quant aux dates fixes, puisque les Juifs même n’ont pu nous les donner, qu’ils se montrent au contraire tout-à-fait ignorants sur la période entière du séjour et sur l’état de l’Égypte lors de la sortie, il faut nous contenter de celles qu’indique le raisonnement; mais n’omettons pas de remarquer, en finissant cet article, qu’il sera toujours étrange de voir l’auteur quelconque de la Genèse se prétendre si bien instruit de tant de détails minutieux sur Abraham, Jacob et Joseph, quand il l’est si peu de tout ce qui concerne le séjour en Égypte, et la sortie sous Moïse, et la vie errante du désert jusqu’au moment de passer le Jourdain. Cela est contre tout état probable de monuments; et cela nous confirme dans l’opinion émise ailleurs, savoir que les matériaux de la Genèse sont totalement étrangers aux Juifs, et qu’ils sont un composé artificiel de légendes chaldéennes dans lesquelles l’esprit allégorique des Arabes a représenté l’histoire des personnages astronomiques du calendrier sous les formes anthropomorphiques. Mais rentrons dans notre domaine chronologique, et voyons quels secours ajoute Diodore de Sicile aux cadres tronqués de Manéthon et d’Hérodote.
CHAPITRE IV. Récit de Diodore.
D’après tout ce que nous avons vu du désordre et des contradictions de la liste d’Africanus, copiste apparent de Manéthon, nous avons droit de croire que la dynastie des pasteurs a été la borne historique des savants de Memphis, et cela par la double raison que ces étrangers auront détruit les archives nationales, et que l’école de Memphis, ne trouvant au-delà de leur époque que des rois thébains, les aura négligés par esprit de parti pour sa métropole. Si nous avions la liste complète de ces rois, trouvée par Ératosthènes, et copiée par Apollodore, peut-être y trouverions-nous le moyen de renouer le fil de succession par l’entremise de la 18e dynastie: à son défaut, il faut nous adresser à Diodore.
Cet auteur, qui lût et compulsa un grand nombre de livres sur ces matières, dans la bibliothèque d’Alexandrie, eut de grands moyens de s’instruire et de nous instruire avec lui: malheureusement il s’est moins appliqué à la précision qu’à l’étendue.—Cet historien nous donne comme résultat de ses recherches, et comme un fait non contesté de son temps, «que le royaume de Thèbes fut le premier civilisé et le plus célèbre de toute l’Égypte. La ville de Thèbes, dit-il[271], fut fondée, selon quelques-uns, par le dieu Osiris même, qui lui donna le nom de sa mère; mais ni les auteurs ni les prêtres ne sont d’accord à ce sujet, plusieurs assurant que cette ville a été bâtie bien plus tard, par un roi nommé Busiris.»
Nous laissons à part ce que Diodore dit avec Hérodote, Manéthon et la vielle chronique, du règne des dieux, qui dura des milliers d’années, 10,000, selon les uns, 18,000 et même 23,000 selon d’autres, depuis Osiris ou le soleil, jusqu’à Alexandre... Ce sont là des allégories astrologiques, de même que l’invention prétendue de toutes les sciences, par un dieu ou homme nommé Hermès.—Mais Diodore parle historiquement, lorsqu’il peint l’état primitif des anciens habitants de l’Égypte, et leur vie sauvage entièrement semblable à celle des nègres et des Caraïbes des temps modernes[272]. «Alors, dit-il, ceux-là étaient rois qui inventaient les choses et les moyens utiles aux besoins de la vie: le sceptre ne passait pas au fils du régnant, mais à celui qui avait rendu le plus de services (comme dans l’ancienne Chine).
«Parmi les rois d’Égypte, la plupart ont été indigènes, quelques-uns furent étrangers: on compte, entre autres, quatre Éthiopiens qui ont régné 36 ans, non pas de suite, mais par intervalles.»
Nous avons vu Hérodote en compter 18: il semble que Diodore n’aurait connu que ceux postérieurs à Sabako.
«Les rois, avant Kambyses, ont été au nombre de 470, et 5 reines.»
Voici une grave différence, puisque ce serait au-delà de cent plus qu’Hérodote. Diodore suit Manéthon ou s’en rapproche.
«Après les dieux, le premier roi fut Menas», que Diodore fait régner à Thèbes et non à Memphis (qui en effet ne dut pas exister). Il est singulier que ce Menas ou Menès se retrouve premier homme-roi à Memphis, à Thèbes, en Crète, sous le nom de Minos, dans l’Inde sous celui de Ménou. Il est singulier encore que Manéthon, dans Africanus, ait noté qu’il fut tué par un cheval de rivière (hippopotamos) nomme Isp. Comment une bête sauvage a-t-elle eu un nom propre? Il y a ici de l’allégorie: l’hippopotame fut l’emblème de Typhon, ce génie du mal, qui tua Osiris, génie du bien; Menès doit être un nom d’Osiris, peut-être même le nom le plus ancien. Osiris fut, comme Bacchus, le dieu de l’abondance et de la joie; «Menès, comme Osiris, enseigna aux hommes toutes les commodités, tout le luxe de la vie, la bonne chère, les beaux meubles, les bonnes étoffes, etc.:» l’identité est sensible. Quant au nom du cheval, Isp, comment se fait-il qu’il soit le mot persan asp, un cheval? Manéthon aurait-il copié un auteur perse, qui, après Kambyses, aurait traduit un livre égyptien?
Le nom de Menas fut aboli, nous dit Diodore, par un roi d’Égypte qui, pendant une guerre qu’il fit aux Arabes du désert, trouva de si grands inconvénients dans le luxe et l’épicurisme inventé par Menas, qu’il maudit son nom, et fit inscrire cette malédiction en lettres sacrées dans le temple de Ioupiter à Thèbes. Ne serait-ce pas à dater de cette époque que le nom d’Osiris aurait prévalu? Mais pourquoi man en langue sanscrite signifie-t-il homme, et en chaldæo-hébreu, intelligence?
«Après Ménas, d’autres rois, dit Diodore, se succédèrent pendant 1,400 ans, sans rien faire de remarquable; puis régna Busiris, premier du nom; puis son 8e successeur, nommé aussi Busiris, bâtit la grande ville de Thèbes avec cette magnificence qui l’a rendue la plus célèbre des temps anciens.»
Faire bâtir Thèbes quand on dit qu’elle existait depuis 1,400 ans, est une contradiction manifeste; mais aujourd’hui que les savants français de l’expédition d’Égypte nous ont fait connaître géométriquement le local de Thèbes; qu’ils nous y font distinguer 4 et même 5 enceintes différentes, où la nature et l’emploi des matériaux, les uns de briques, les autres de pierre, le style et l’art des constructions, les unes petites et simples, les autres grandes et compliquées, attestent des époques diverses, nous concevons que là, plus qu’ailleurs, il a existé une gradation d’industrie et de puissance qui, selon les besoins ou les fantaisies du temps, a plusieurs fois déplacé l’habitation des rois et de leur cour, et qui, par l’agglomération qui se fait toujours autour de ces foyers d’activité, a formé plusieurs cités que leur voisinage réciproque a fait comprendre sous le même nom... D’après ce que Diodore dit de la grandeur des temples, des palais et autres ouvrages de Bousiris, l’on pourrait lui attribuer l’enceinte dite Karnâq[273], mais ne quittons pas notre fil chronologique.
Après Busiris II, plusieurs de ses successeurs embellirent la ville de Thèbes. Ici Diodore place d’intéressants détails sur un roi Osymandua, dont il ne détermine point l’époque.
Le huitième successeur d’Osymandua porta le nom d’Uchoreus comme son père: ce fut lui qui bâtit Memphis.
Diodore entre dans des détails qui diffèrent peu de ceux d’Hérodote... «Uchoreus rendit le séjour de cette nouvelle ville si commode, si délicieux, que presque tous ses successeurs le préférèrent à celui de Thèbes, dont la splendeur baissa de jour en jour, tandis que celle de Memphis ne cessa de croître jusqu’à la fondation d’Alexandrie.
«Douze générations après Uchoreus, régna Moïris qui construisit le lac célèbre dont parle Hérodote; 7 générations après Moïris, régna Sésoosis (le Sésostris d’Hérodote), devenu si célébre par ses conquêtes.»
Nous voici arrivés à un point à peu près connu, et nous pourrions nous en servir pour calculer et mettre en ordre les faits cités par Diodore; mais parce qu’il nous importe de savoir quel degré de confiance mérite ce compilateur souvent négligent et superficiel, nous préférons de descendre à une époque plus tardive et plus sûre qui nous fournisse des moyens positifs d’apprécier son degré d’instruction et d’exactitude.
Diodore parlant de la conquête de l’Égypte par Kambyse, fils de Kyrus, assigne cet événement à l’an 3 de la 63e olympiade, ce qui répond à l’an 526 avant J.-C. Il y a ici erreur apparente d’une année, puisque tous les critiques modernes sont d’accord que Kambyse n’entra qu’en l’an 525; mais parce que l’année olympique s’ouvrait au solstice d’été, et que Kambyses put n’entrer que dans le mois de février subséquent, c’est-à-dire après le commencement de l’année romaine et de l’année chaldéenne qui nous servent de guide, l’erreur n’est ni réelle, ni grave: admettons l’an 526, et voyons comment Diodore dispose les faits antérieurs.
SELON DIODORE,
Il y a eu 470 rois en Égypte, depuis Menas jusqu’à Kambyses. Quatre de ces rois furent Éthiopiens, et régnèrent, non de suite, mais par intervalles.
1 Menas, premier roi homme et non dieu, régna à Thèbes (et non à Memphis).
2 Après Menas, des rois obscurs se succédèrent pendant 1400 ans............................... ci 1400 ans;
3 Busiris I succède.
4 Busiris II, son 8e successeur, bâtit Thèbes et y élève les grands monuments qui subsistent encore.
5 Après Busiris II, règne une série de rois non définie.
6 Puis Osymandua.
7 Le 8e successeur, nommé Uchoreus, fonde Memphis à l’ouest du Nil.
12 générations après Uchoreus, règne Moïris, qui construit le lac.
7 générations après Moïris règne Sésoosis [Sésostris][274], qui conquiert l’Asie............................. 33 ans.
Son fils Sésoosis II.
Nombre indéfini de successeurs obscurs.
Après eux vient Amosis, tyran.
Amosis, tyran, chassé par
Actisanes, éthiopien.
Mendès ou Marrus bâtit le labyrinthe.
Interrègne de 5 générations.
Protée ou Ketés est élu roi.
Remphis, le riche en or.
7 générations.
Nileus fait de très-grands ouvrages au fleuve qui prend son nom.
8 générations.
Chembès bâtit la grande pyramide.
Chephren, son frère.
Mykerinus, fils de Chembès.
Bocchoris le sage.
Plusieurs générations.
Sabako, éthiopien.
Interrègne.......................................... 2 ans
12 rois, dont Psammétik est un.
Ils font un grand ouvrage, et régnent............... 15
1 Psammétik (règne omis).
2
3
4 génération. Apriès.......... 22 Amasis.......... 55 av. J.-C.
Kambyses, perse, l’an......... 526
«Avant Kambyses, dit-il[275], avait régné Amasis pendant 55 ans.»
Il y a ici omission totale du fils d’Amasis, Psamménit, qui lui succéda, régna 6 mois et périt, avec des détails intéressants mentionnés par Hérodote.
Ensuite pourquoi Diodore porte-t-il à 55 ans le règne d’Amasis qui, selon Hérodote, ne fut que de 44? Notez que Diodore paraît n’être que le copiste d’Hérodote depuis le règne de Protée: Amasis aurait donc commencé en 581.
Avant Amasis avait régné Apriès pendant 22 ans (il aurait commencé en l’an 603).
«Quatre générations avant Apriès avait régné Psammitichus[276].»
Pourquoi Diodore omet-il encore ici la durée de ce règne important? et de plus, pourquoi cette expression vague quatre générations? Ne dirait-on pas qu’il y eut 4 règnes entre les 2 rois nommés, et qu’à raison de 30 ans par génération, selon le système de Diodore, on dut compter 120 ans? En ce cas Psammitichus serait rejeté à l’an 723; mais cette année sera-t-elle le commencement ou la fin de son règne? Notre embarras serait grand si Hérodote ne nous eût décrit les règnes d’Apriès, fils de Psammis; de Psammis, fils de Nékos; de Nékos, fils de Psammétik, avec toutes leurs circonstances d’action et de durée: on voit bien ici quatre générations, mais qui eût deviné que Diodore y comprenait les deux termes qu’il donne pour limites? Cette négligence rompt déjà le fil chronologique que nous attendions de lui; mais supposons que pour ses quatre générations, il ait compté 120 ans, selon sa méthode, le règne de Psammitichus aura commencé l’an 701.
«Avant lui, avait eu lieu pendant 15 ans[277], une oligarchie de 12 régents ou rois dont il avait été l’un.»
Cette oligarchie avait donc commencé en l’an 716, et elle avait succédé à une anarchie de 2 ans, qui elle-même succéda au règne de l’Éthiopien Sabako. Ce règne aurait donc fini en l’an 718. Nous avons contre cette date les témoignages des Juifs et des listes copiées de Manéthon: encore si Diodore nous donnait la durée du règne de Sabako; mais il l’omet nettement, et se contente de dire qu’il était venu régner en Égypte plusieurs temps après Bocchoris (le sage). Voilà notre fil de dates encore interrompu.
«Or Bocchoris avait succédé[278] à Mykerin, dit aussi Mecherin (règne omis), lequel avait succédé à son oncle Chephren, qui régna 56 ans et bâtit l’une des grandes pyramides; et Chephren avait succédé à son frère Chembès, lequel régna 50 ans, et bâtit la plus grande de toutes les pyramides connues.»
Nous avons ici les rois Mykerin, Chephren et Cheops d’Hérodote, et dans les détails que récite Diodore, il se montre purement l’écho de cet auteur; mais il ne nous donne aucun moyen de rétablir la série chronologique rompue depuis Psammitichus: seulement il observe que depuis l’érection de la grande pyramide (de Chembès ou Cheops), jusqu’à l’année où il écrivait, plusieurs savants égyptiens comptaient une durée de 1,000 ans, ce qui correspond à l’année 1056 avant J.-C.; et cependant, dit-il, d’autres prétendent qu’il s’est écoulé 3,400 ans.
Nous pensons que cette seconde opinion doit s’entendre de quelque pyramide bien plus ancienne, et dont l’érection eut un but réellement astronomique, ainsi que la pyramide de Bel, érigée à Babyl-on vers cette époque.
Antérieurement à Chembès, Diodore place le roi Remphis, «lequel n’eut d’autres soins que d’amasser d’immenses trésors. On prétend qu’il entassa jusqu’à 400,000 talents, tant en or qu’en argent (à 3,000 fr. le talent, c’est 1,200,000,000 francs).»
Ce Remphis est évidemment le Rampsinit d’Hérodote. «Après Remphis, pendant 7 générations, régnèrent des rois fainéants, livrés aux voluptés... Il faut cependant en excepter Nileus, qui, selon les annales sacerdotales, fit creuser des canaux, élever des digues, et exécuter une foule d’autres ouvrages tellement utiles à la navigation, qu’alors le fleuve reçut le nom de Nil, au lieu du nom d’Ægyptus qu’il portait auparavant.»
«Le huitième roi fut Chembès....»
(Il nous semble qu’ici Chembès est le huitième depuis Remphis et non depuis Nileus, comme le veulent quelques traducteurs: ce terme 8 est une suite, un complément des 7 générations mentionnées auparavant.
«Or Remphis avait été le successeur et le fils d’un roi que les Égyptiens nomment Ketès, et les grecs Protée, qui fut contemporain de la guerre de Troie» (dont l’époque est fixée par Diodore à l’an 1188 avant notre ère, c’est-à-dire 1138 ans avant lui-même). Diodore est encore ici copiste d’Hérodote. Il semblerait, d’après cela, que peu de règnes avant Protée devrait venir Sésostris; point du tout: Diodore recourant à quelque autre historien, soit Manéthon, soit Hécatée, introduit une série de rois, dont il ne cite que 4 ou 5, avec des détails qui éveillent contre lui nos soupçons.
«Le fils de Sésoosis (il nomme ainsi Sésostris), en lui succédant, prit le nom de son père..... Il devint aveugle, etc. Il eut pour successeurs une immense série de rois qui ne firent rien de remarquable. Enfin, après plusieurs siècles, le pouvoir passa aux mains d’Amasis qui en usa tyranniquement: il fit mourir les uns, confisqua le bien des autres, traita tout le monde avec insolence..... Le peuple supporta l’oppression qu’il ne pouvait empêcher; mais un roi des Éthiopiens, nommé Actisanes, étant venu attaquer Amasis, les Égyptiens saisirent l’occasion de lui montrer leur haine, et se soumirent sans combat à l’étranger. Actisanes usa de la victoire avec douceur et bonté. Il ne voulut pas même que l’on punît de mort les criminels (en justice); et cependant, comme il ne voulut pas les laisser impunis, il fit couper le nez à ceux qui furent légalement convaincus, et il les envoya habiter et coloniser un lieu désert, que pour cette raison l’on a nommé rhinocolure (narines coupées).
«Après la mort d’Actisanes, les Égyptiens, devenus libres, se nommèrent un roi, appelé Mendès par les uns, et Marras par les autres. Ce prince ne s’illustra point par la guerre, mais il fit construire un ouvrage aussi admirable pour l’art que pour la masse: cet ouvrage fut le labyrinthe devenu si célèbre, même parmi les Grecs.
«Après la mort de Mendès, 5 générations s’étant écoulées dans l’anarchie, un homme des basses classes du peuple fut élu roi. Les Égypttiens le nomment Ketès, et les Grecs Protée, qui fut contemporain de la guerre de Troie, etc.» (comme nous l’avons dit plus haut).
Remarquez que Diodore place la guerre de Troie vers l’an 1188. Comment compte-t-il une immense série de rois entre cette guerre et le règne de Sésostris, quand Hérodote, Porphyre, Strabon et plusieurs autres anciens nous indiquent ces deux époques comme assez rapprochées? En examinant son récit, nous pensons découvrir la source de son erreur dans un défaut de jugement et dans la négligence habituelle de cet auteur qui, empruntant ses récits de diverses mains, en a fait de vicieuses combinaisons, et qui, dans le cas présent, ne s’est pas aperçu qu’il employait deux fois des temps et des rois qui sont en partie les mêmes.
En effet, si l’on compare les deux parties de sa liste, qui sont, l’une entre Bocchoris et Psammétik, l’autre entre Amasis et Mendès, on verra que les personnages et les faits sont absolument les mêmes, quoique sous des noms différents. Le tableau ci-après rend cette identité sensible.
RÉCIT Ier. RÉCIT IIe.
Amasis(ou Amosis), tyran détesté; ses sujets se livrent de plein gré à Acyisanes, roi des Éthiopiens, lequel gouverne avec douceur: il abolit la peine de mort, et se contente d’envoyer les criminels habiter un lieu désert. Après Actisanes, le peuple égyptien devenu libre, élit un roi appelé Mendès, qui construisit le labyrinthe. Après Mendès, anarchie ou interrègne. DIODORE Bocchoris (selon les listes) fut brûlé vif au bout de 6 ans de règne (sans doute pour cause de tyrannie), Par Sabako, roi d’Éthiopie que sa douceur et sa piété distinguent d’ailleurs des rois précédents; il abolit la peine de mort, même pour les criminels, et il la commua en travaux publics de canaux, de chaussées, etc., utiles au pays. Il se retira, sur un avis qu’il reçut en songe. Après Sabako, anarchie de 2 ans. Douze grands se lignent et se font rois: ils construisent ensemble le labyrinthe. Puis la guerre éclate entre eux: Psammitichus reste seul. HÉRODOTE Anusis (prononcé Anousis par les Grecs lequel se rapproche beaucoup d’Amasis), après un court règne est détrôné par Sabako, roi d’Éthiopie, qui régna avec douceur pendant 50 ans; il ne fait mourir personne; mais, selon la qualité du crime, il condamnait le coupable à travailler aux canaux et aux chaussées. Il se retira sur un avis qu’il reçut en songe. (Diodore a copié le reste). Après Sabako revient Anusis, puis Séthon, prêtre de Phtha. Puis les Égyptiens devenus libres, et ne pouvant vivre sans roi, en élisent douze, etc.
Il est sensible dans ce tableau, qu’Actisanes et Sabako sont un seul et même personnage, cité par des auteurs divers, sous deux noms différents. Sabako peut être son nom éthiopien, et l’autre, un nom égyptien ou composé grec: non-seulement ses actions caractéristiques sont les mêmes, les faits antécédents et les subséquents sont encore identiques. «Il règne avec douceur et justice; il «abolit la peine de mort; il se retire volontairement; les Égyptiens restent libres; ils se font un roi ou un gouvernement spontané sous lequel est bâti le labyrinthe, etc.....» Avant l’invasion de l’Éthiopien régnait un tyran. Hérodote ne le dit pas positivement d’Anusis, mais il ne dit rien de contraire; et entre ce nom d’Anousis, et celui d’Amosis ou Amasis, il y a tant d’analogie, que l’on a droit de supposer l’altération d’une lettre par les copistes: il est vrai que Diodore représente Bocchoris comme un sage[279] et un législateur, antérieur de plusieurs temps à Sabako; tandis que les listes font brûler vif Bocchoris, sans doute pour cause de tyrannie; mais, outre que ce nom a pu être commun à plusieurs princes, les dissonances des auteurs sur cette circonstance prouvent seulement leur peu de soin et d’instruction. C’est un reproche dont ne peut se laver le compilateur Diodore; il est clair qu’il a composé son récit de morceaux tirés de divers historiens, l’un évidemment Hérodote, et l’autre Manéthon, comme nous allons le voir, et peut-être Hécatée, ou quelque Grec du temps des Ptolomées; malheureusement pour lui et pour nous, n’ayant pas pris le temps, ou n’ayant pas eu l’art d’analyser et de comparer, il a commis ici les mêmes fautes que dans sa Chronologie des Mèdes et des Assyriens, en doublant des faits et des personnages qui essentiellement sont les mêmes: il faut donc supprimer de sa liste tout ce qu’il dit des successeurs du fils de Sésostris ou Sésoosis, jusqu’à Protée, et alors on voit qu’il reste purement copiste d’Hérodote en cette période.....
Mais où a-t-il pris cette immense série de rois entre Sésostris et l’Amosis ou Anousis de Sabako? Nous trouvons la solution de cette énigme dans la liste qu’Africanus nous présente comme copiée de Manéthon.
En effet, après y avoir supposé que Sésostris fut le 3e prince de la 12e dynastie, cet auteur lui donne pour successeurs, d’abord 50 rois diospolites ou thébains (dynastie 13e), puis un nombre indéfini de rois xoithes (dynastie 14e), plus les 6 rois pasteurs arabes qui envahirent l’Égypte (dynastie 15e), plus les pasteurs grecs au nombre de 32 (dynastie 16e), et encore d’autres rois pasteurs et thébains, au nombre de 43 (dynastie 17e); enfin les 16 rois connus de la dynastie 18e, laquelle précéda le vrai Sésostris, Séthos de Manéthon, etc.
Ainsi voilà bien plus de 157 règnes cités, sans compter les inconnus de la dynastie 14e, et tous ceux qui se placent entre Sésostris-Séthos et Sabako: nous ne pouvons douter que ce ne soit ici la source où a puisé Diodore, et alors il est démontré, 1° qu’il a partagé l’erreur dont nous avons convaincu Africanus par le propre texte de Manéthon en Josèphe, au sujet de l’époque de Sésostris, rejetée par-delà l’an 2600 avant J.-C.; 2° que Manéthon lui-même est atteint et convaincu de cette erreur, puisque Diodore qui a écrit 280 ans avant Africanus, nous retrace le même système que ce prêtre. Nous devons donc regarder Manéthon, non pas comme l’auteur premier, comme l’inventeur prémédité de tout ce système de confusion, mais comme le compilateur malhabile et ignorant qui ayant eu en sa possession des archives de diverses villes, des chroniques de diverses mains, rédigées peut-être en idiomes divers, n’a pas eu le tact d’y reconnaître des faits foncièrement les mêmes, présentés sous des formes un peu différentes. De telles méprises sont grossières, sans doute; mais si l’on considère que les manuscrits anciens furent souvent écrits énigmatiquement, par suite de l’esprit mystérieux et jaloux des prêtres et des gouvernants; que, bornés à très-peu de copies, ils n’étaient soumis à aucun contrôle; que plus tard les copistes les altérèrent habituellement et impunément; que tout travail de collation et de correction devint d’une grande difficulté; qu’à des époques tardives, des compilateurs, tels que Ktésias et Manéthon, se prévalant des notions presque exclusives qu’ils eurent chacun en leur genre, s’en firent un moyen de faveur et de fortune près des princes, on concevra, comment et jusqu’à quel point de tels abus ont été faciles. Maintenant que celui de notre sujet est signalé et reconnu, revenons au point d’où nous sommes partis, au règne de Sésostris, considéré comme moyen de calculer et de mettre en ordre les règnes antérieurs mentionnés par Diodore.
Cet auteur nous a dit (ci-devant, pag. 378) que le roi Moïris, qui creusa le célèbre lac de son nom, avait vécu 7 générations avant Sésostris; c’est-à-dire, selon sa méthode, qu’il y aurait eu cinq règnes entre ces deux princes: s’il était exact en ce récit, Moïris serait le 12e roi de la dynastie 18e, nommé Acherrès; la différence de nom ne serait pas une difficulté, puisqu’il est constant que la plupart des rois eurent plusieurs noms, ou surnoms épithétiques provenants de leurs actions ou de leur caractère; mais parce que Diodore ajoute que 12 générations avant Moïris le roi Uchoreus avait bâti de fond en comble Memphis la neuve, en détournant le Nil, en comblant son lit, etc., nous avons le droit de lui opposer un de ses propres guides, Manéthon, qui, dans le passage très-détaillé que cite Josèphe, et dans toutes les listes de ses copistes, établit toujours la dynastie 18e comme ayant précédé immédiatement le règne de Séthos bien indiqué par Josèphe et par Manéthon, pour être Sésostris, chef de la dynastie 19e..... Or, s’il est prouvé, comme nous le croyons, qu’avant le sixième roi de la dynastie 18e, c’est-à-dire avant Tethmos, les rois de Thèbes ne régnèrent point sur l’ancienne Memphis; que cette capitale et toute la Basse-Égypte furent alors sous la domination des pasteurs, et précédemment sous celle des rois indigènes: s’il est prouvé que c’est Tethmos, qui, le premier des rois de Thèbes, régna sur l’ancienne Memphis, et cela, douze générations avant Sésostris (en style de Diodore); il s’ensuit que Memphis-la-Neuve n’a pu être bâtie que par l’un des successeurs de Tethmos; que par conséquent Uchoreus et Moïris doivent se trouver dans les dix princes qui séparent Tethmos de Sésostris, et que les dix-sept générations entre ce dernier et Uchoreus, rentrent dans la classe de celles dont nous avons vu Diodore être si prodigue dans tout son récit. Nous répéterons donc ce que nous avons dit plus haut, «que Uchoreus a dû être Achoris, 10e roi de la dynastie 18e, et que Moïris doit avoir été Acherrès, et peut-être encore mieux Ramessès, aïeul de Sésostris[280], lequel, par la longueur de son règne, offre le temps nécessaire à de grands ouvrages, tandis que par son rapprochement de Sésostris, il remplit l’indication d’Hérodote sur la contiguïté de ce dernier prince et de Moïris.»
Maintenant si nous partons de cette hypothèse, et que nous disions avec Diodore, que «huit générations avant Uchoreus-Achoris, avait régné à Thèbes un prince nommé par les Thébains Osymandua,» ce roi se trouvera être ou Chebron ou Amenoph I (2e ou 3e rois de la dynastie 18e), lesquels régnèrent à Thèbes, tandis que les pasteurs régnaient dans l’ancienne Memphis.
Cet Osymandua dut être un prince riche, puissant et ami des arts, puisqu’il fit construire à Thèbes un zodiaque de 360 coudées de circonférence sur une coudée de largeur ou hauteur, tout en or massif, et qu’il eut une bibliothèque nombreuse, à laquelle il fit mettre pour inscription: Médecine ou Pharmacie de l’âme. Il fit aussi bâtir un palais dont les ruines viennent d’être splendidement ressuscitées par les savants français de l’expédition d’Égypte. Sur les murs de ce palais «les prêtres thébains, au temps de Ptolomée Lagus[281]; montraient aux voyageurs grecs des sculptures d’un travail exquis, qui, entre autres scènes, représentaient une guerre mémorable que fit (ou soutint) Osymandua contre des étrangers révoltés. Sur un premier mur on voyait ce roi attaquant une muraille baignée par un fleuve, et combattant à la tête de ses troupes, escorté d’un lion terrible qui le défend: les uns disent que ce fut réellement un lion privé que posséda le prince; d’autres soutiennent que ce n’est qu’un emblème par lequel Osymandua, qui fut aussi vaniteux que brave, a voulu figurer son propre caractère. Sur un second mur, on lui présente des prisonniers qui n’ont ni mains ni parties génitales, pour signifier, dit-on, que dans le danger, ces hommes n’ont eu que des cœurs de femmes et des mains faibles et incapables.—Les prêtres disaient encore que l’armée d’Osymandua, dans cette expédition, avait été composée de 400,000 piétons et de 20,000 cavaliers; qu’il l’avait divisée en quatre corps, commandés par ses fils; enfin ils ajoutaient que ces étrangers révoltés furent les Bactriens.»
Si ce dernier mot ne résout pas l’énigme, il va la compliquer beaucoup... En effet, d’après l’autorité d’Hérodote et des prêtres de son temps, il était de foi historique en Égypte, qu’aucun roi du pays ne s’était illustré par des guerres étrangères avant Sésostris, et cependant ici Diodore nous présente un roi qui, dans son système généalogique, aurait précédé Sésostris de 27 générations, et ce roi aurait fait contre un pays aussi lointain que la Bactriane, deux expéditions, deux guerres! Car dès-lors que les Bactriens sont des révoltés, il faut admettre qu’antécédemment il a fallu les attaquer, les soumettre: comment un fait si marquant eût-il été totalement oublié? et à quelle époque, en quel temps avant Sésostris a-t-il pu arriver? Aurait-il précédé l’invasion des pasteurs? cela choque toute vraisemblance. Aurait-il été subséquent? il tombe dans une période connue qui ne saurait l’admettre. D’après ces préliminaires, méditant notre texte, voici ce qui nous a paru être, sinon la vérité, du moins la vraisemblance.
D’abord nous remarquons ces mots: un roi que les habitants de Thèbes nomment Osymandua. Les Thébains ou Hauts-Égyptiens, en beaucoup de choses, et notamment en dialecte, différèrent des Memphites ou Bas-Égyptiens[282]. Ils auront pu donner un nom différent à un roi qui leur aurait été commun, et qui serait foncièrement le même. Voyons si les circonstances citées ne nous le feraient pas reconnaître.
«Osymandua fait la guerre aux Bactriens.»
Sésostris la fit aux Mèdes et aux Perses, qui furent leurs voisins.
«L’armée d’Osymandua est de 400,000 piétons et de 20,000 cavaliers.»
L’armée de Sésostris fut de 600,000.
«Les prisonniers sont présentés à Osymandua, privés de leurs mains et de l’organe viril, pour désigner leur faiblesse, leur incapacité.»
Sur les monuments de Sésostris on voyait l’image sculptée de l’organe viril, pour désigner les peuples qui s’étaient bravement défendus, et celui du sexe féminin, pour désigner ceux qui s’étaient d’abord soumis.
«L’un des traits caractéristiques d’Osymandua fut l’orgueil, la vanité.»
Pline a dit de Sésostris, tanta superbia elatus, roi bouffi de tant d’orgueil.
«Osymandua avait fait faire sa statue dans l’attitude d’un homme assis, et cela d’une seule pierre si grande, que le pied avait sept coudées de longueur. C’était la plus grande de toutes celles d’Égypte..... Les statues de sa mère et de sa fille, aussi d’un seul morceau, mais moins grandes, étaient appuyées contre ses genoux, l’une à droite, l’autre à gauche.»
Sésostris fit placer à Memphis, dans le temple de Phtha, sa statue et celle de sa femme, l’une et l’autre de 30 coudées de hauteur, et d’un seul bloc de pierre; il y joignit celles de ses fils, hautes de 20 coudées.
Sur la statue d’Osymandua était cette inscription:
«Je suis Osymandua, roi des rois: si quelqu’un veut connaître ma puissance et où je repose, qu’il démolisse quelqu’un de mes ouvrages!»
Sur les monuments militaires de Sésostris on lisait:
«Sésostris, roi des rois, seigneur des seigneurs, a subjugué ce pays par la force de ses armes.»
Pourquoi tant d’analogie d’actions et de caractère? N’indiquent-elles pas un seul et même personnage? La différence de nom n’y fait rien: nous avons vu nombre de ces rois anciens en avoir plusieurs: nous savons que Sésostris lui-même en porte cinq, et entre autres celui de Ramessés ou Ramsis, qui diffère de celui-là autant qu’Osymandua? Ce nom de Ramessés, nous devient même la preuve positive que Sésostris régna dans Thèbes, y habita temporairement, et y fit construire de ces grands ouvrages destinés à immortaliser son nom. Écoutons Tacite[283] lorsque, parlant du voyage que Germanicus fit dans la Haute-Égypte, il décrit l’étonnement de ce prince à la vue «des prodigieux monuments de Thèbes, et entre autres, des immenses obélisques, chargés d’inscriptions qui exprimaient son ancienne puissance. Le plus ancien des prêtres, interrogé par Germanicus sur le sens littéral des mots égyptiens, interpréta que, jadis le pays eut 700,000 hommes portant les armes; qu’avec cette armée Rhamsés subjugua la Libye, l’Éthiopie, les Mèdes, les Perses, les Bactriens et les Scythes; qu’il conquit également la Syrie, l’Arménie, la Cappàdoce, la Bithynie et la Lycie jusqu’à la mer[284]. Le prêtre lut ensuite quels tributs (annuels) avaient été imposés aux peuples vaincus, tant en or qu’en argent; le nombre des armes, des chevaux et des offrandes faites aux dieux, en ivoire et en aromates; enfin les quantités de blé et de denrées fournies, qui égalaient tout ce que lèvent les Romains et les Parthes au faîte de leur puissance.»
Voilà trait pour trait le conquérant Sésostris, tel que nous le peignent tous les historiens: ainsi nous avons la certitude que, dans la répartition de ses monuments, il n’oublia pas Thèbes, qui, à raison de son antique suprématie et de la beauté des carrières voisines, dut avoir un attrait particulier pour lui. Dans cette inscription nous avons une mention spéciale des Bactriens cités dans l’histoire d’Osymandua: l’armée de celui-ci n’est que de 400,000 hommes; mais il peut avoir existé ce cas où les Bactriens s’étant révoltés, Sésostris, irrité, aura porté sur eux 400,000 hommes, avec une rapidité qui n’aura exigé que quelques mois de campagne. D’ailleurs, comment imaginer qu’un homme du caractère de Sésostris eût souffert sous ses yeux une statue, la plus finie, la plus grande de toutes celles de l’Égypte, si elle n’eût été la sienne? Nous sommes donc portés à penser que tout ce palais, vu par les voyageurs grecs du temps de Ptolémée Lagus, et restauré en ce moment sous nos yeux par les savants voyageurs français, a été un ouvrage spécial de Sésostris, qui lui a donné cette forme singulière dont ils font la remarque, et que l’on ne trouve dans aucune autre construction. Ce prince régnant à la fois sur Memphis et Thèbes, aura partagé ses faveurs entre ces deux métropoles, et nous avons tout droit d’attribuer à sa magnificence les 100 écuries royales distribuées par relais égaux entre ces deux cités, et fournies chacune de 200 chevaux toujours prêts à partir, et formant ensemble le nombre des 20,000 chevaux de l’expédition d’Osymandua: notez que Memphis n’étant pas encore bâtie, selon Diodore, au temps de ce dernier, il n’a pu établir ces relais, qui eussent été sans objet. Concluons qu’Osymandua n’a dû être qu’un nom épithétique donné à Sésostris par les Thébains, à raison de quelque qualité ou action de ce prince, qui les aura plus frappés. En pareil cas les Arabes l’eussent appelé le père du cercle d’or; et puisque le mot mand, mund et mandala a signifié dans beaucoup de langues anciennes le cercle céleste et zodiacal, peut-être en langage thébain Osymandua a-t-il signifié quelque chose de semblable à roi du monde.
Maintenant, si Diodore a commis, à l’égard de ce prince, une de ces confusions dont il nous a fourni plusieurs exemples, quelle confiance lui accorderons-nous pour les temps qu’il dit avoir précédé, surtout lorsqu’il ne nous dit rien de précis sur le nombre et la durée des règnes remontant d’Osymandua à Busiris II? Tout ce que nous pouvons inférer de son récit, c’est que réellement ce dernier prince ajouta des embellissements considérables à la ville de Thèbes, et cela à une époque reculée, que les anciens n’ont pu fixer. Aujourd’hui que les savants français, dans leur description pittoresque de cette cité, nous fournissent de nouveaux moyens de raisonnement, nous remarquerons, dans la totalité des monuments, une circonstance qui donne quelque lumière..... Cette circonstance est que l’image du taureau ou bœuf Apis ne se montre presque nulle part, tandis que partout on trouve prodiguée celle du belier, emblème du soleil, parcourant le signe de ce nom, sous le nom et la forme de Jupiter Ammon: c’est évidemment en l’honneur de cette constellation qu’a été dressée la ligne étonnante des beliers colossaux de Karnak, laquelle se prolonge sur deux rangs, pendant une demi-lieue. Or, puisque le soleil ne commença de quitter le signe du taureau que dans le 26e siècle avant notre ère, pour entrer en celui du belier; et puisque sa présence en ce dernier signe ne devint bien sensible que vers l’an 2450, ou 2400, n’est-il pas naturel d’en inférer que ce fut seulement à cette époque et après cette date, que fut bâtie cette portion de Thèbes qui porte le nom de Karnak, et qui, par les soins de Busiris et de ses successeurs, atteignit ce degré de magnificence dont la renommée remplit l’ancien monde, et dont les ruines restaurées étonnent notre imagination?... Dans cette hypothèse nous dirons que Thèbes, dès-lors ancienne, dès-lors puissante, prit un nouveau degré d’activité par suite, soit d’accroissement de territoire, soit d’exploitation d’une nouvelle branche de commerce qui aurait procuré plus de richesses et plus de bras. Six siècles se seraient écoulés dans une paix industrieuse, jusqu’à ce que les pasteurs arabes eussent envahi la Basse-Égypte (vers l’an 1800). Le voisinage de ces étrangers aurait occasioné d’abord un régime défensif, puis un système d’agression et d’habitudes militaires, qui, en délivrant l’Égypte de ses oppresseurs, y opéra le double changement très-important de réunir toutes ses parties en une monarchie unique, et de constituer cette monarchie sous des auspices militaires... Les rois de Thèbes, devenus libérateurs et possesseurs de Memphis, dans le 16e siècle, furent obligés de se rapprocher souvent du Delta, où se trouvait la plus grande masse de population et le plus pressant besoin d’administration, à raison des mouvements du fleuve. L’un d’eux bâtit une ville neuve qui devint rivale de l’antique métropole; mais cette dernière, toujours riche de son territoire, de son commerce, de ses carrières, de ses monuments, et de la présence des anciennes familles opulentes, perdit peu de son activité et rien de sa magnificence. Sésostris trouva Thèbes en cette situation à l’époque de 1370 à 1360. Loin d’y rien soustraire, il y ajouta: aussi voyons-nous que cinq siècles après lui, l’Asie occidentale et la Grèce parlaient de Thèbes avec cette admiration dont Homère nous a transmis le témoignage, et avec cette circonstance remarquable, que de ses 100 portes il fait sortir précisément le même nombre de 20,000[285] cavaliers mentionnés dans l’armée d’Osymandua, et dans les 100 écuries royales de Memphis à Thèbes. Après cette époque, il paraît qu’un premier et grave revers fut essuyé par cette métropole, selon le témoignage d’Ammien Marcellin, lorsqu’il nous dit[286]: «que vers le temps où les Carthaginois commencèrent d’étendre au loin leur puissance, une armée conduite par leurs généraux fondit à l’improviste sur Thèbes et la saccagea.»
Selon Josèphe, Carthage fut fondée par Didon, l’an 889 av. J.-C., selon Solin (chap. 30), ce fut l’an 894; mais la plupart des historiens assurent que Didon n’y conduisit qu’un nouveau supplément de colons. Quoi qu’il en soit, nous avons un moyen de préciser le temps indiqué par Ammien Marcellin, et ce moyen nous est fourni par des écrivains juifs, contemporains de l’événement.
Le docte Bochard a démontré que dans les livres juifs le nom de No-amon est celui de la ville appelée Thèbes par les Grecs: or, vers la fin du règne de Jéroboam II sur les dix tribus, c’est-à-dire un peu avant l’an 780, nous trouvons un prophète qui, menaçant Ninive d’une grande catastrophe, lui cite l’exemple récent d’une cité qui l’aurait égalée en splendeur et en puissance.
(Ville superbe) dit Nahum,[287] «es-tu meilleure que No-ammon, assise entre les fleuves (ou canaux), entourée d’eau de tous côtés, qui pour rempart a les eaux des eaux, qui pour ses défenseurs a l’Éthiopien (Kush), et les Égyptiens, et le sans-bornes[288] Phut, et les Lybiens;... et cependant elle a été déportée et emmenée captive.... Ses enfants ont été brisés dans ses places publiques, et ses riches ont été tirés au sort (par le vainqueur), et liés de chaînes de fer.»
Quelques savants critiques ont prétendu voir dans l’expression du texte, les eaux des eaux, une mention expresse de la mer, et par cette raison ils ont prétendu que No-ammon devait se trouver dans la Basse-Égypte; mais dans l’idiome hébreu, la mer n’a pas d’autre nom que les eaux des eaux, c’est-à-dire une grande étendue d’eau: or, cette circonstance avait lieu pour Thèbes pendant les deux mois de l’inondation, qui donnait au pays l’apparence d’une mer... Une seule expression eût pu constater le voisinage réel de la vraie mer, c’eût été de dire l’eau salée.... On peut donc assurer que le prophète a eu en vue Thèbes, demeure du dieu Amon (na amoun), et qu’il a fait allusion à son pillage par les Carthaginois. Or, comme Ninive n’offre aucun indice de secousse et de danger depuis Phul, qui paraît avoir commencé de régner vers 770; comme l’époque de cette secousse ou danger paraît avoir précédé et même préparé le règne de ce prince; et comme le règne de Jéroboam II se trouve finir à l’an 780, nous pensons que le sac de Thèbes eut lieu entre les années 700 à 790, environ 30 ou 40 ans avant la fondation de Rome, et à une époque où réellement Carthage commença de développer sa puissance en Afrique.
Un second revers dut avoir lieu du temps de Sabako, lorsque, vers l’an 750, ce roi éthiopien vint s’emparer de l’Égypte; il est de toute vraisemblance que Thèbes fut encore pillée ou rançonnée: d’après ces atteintes portées à sa sécurité et à sa richesse, cette ville dut décliner de jour en jour; le fanatisme insensé de Kambyses lui porta un dernier coup lorsque ce tyran la fit incendier et saccager pendant plusieurs jours, en 525. Enfin la création d’Alexandrie, en attirant au bord de la mer tout le commerce et toute l’industrie du pays, acheva d’éteindre la vie et la splendeur de cette cité.
Voilà en peu de mots l’histoire du royaume de Thèbes, depuis le XXVe siècle avant notre ère: dans cette période de 2,000 ans vaguement décrite par Diodore, ce compilateur mérite deux nouveaux reproches; l’un d’avoir omis l’invasion et le régne des pasteurs arabes qui eurent une influence si marquée sur le sort et la direction des affaires de toute l’Égypte; l’autre de n’avoir fait aucune mention de la liste des rois thébains, découverte par Ératosthènes[289]. S’il eût lié cette liste à quelque époque connue, nous eussions pu tirer parti de la série des règnes qu’elle présente, quoique le Syncelle qui nous l’a transmise, l’ait beaucoup altérée: tout ce que nous y pouvons voir, c’est que ces rois régnèrent uniquement sur la Haute-Égypte, et non sur Memphis et sur le Delta, mais en quel siècle, c’est ce que rien n’indique, aucun d’eux n’ayant de ressemblance avec ceux des listes. Il est bien vrai qu’entre Menès et Busiris I Diodore compte 1,400 ans répartis sur 52 règnes successifs (27 ans par règne); puis entre Busiris I et Busiris II, 7 règnes complets, c’est-à-dire près de 200 ans: comptons pour le tout, 1,600 ans: d’où les ferons-nous partir? La date de Busiris II n’est pas connue: seulement nous voyons que ce roi n’a pu précéder le XXVe siècle avant notre ère, puisque tous ses monuments sont marqués du signe d’Aries: si nous partons de ce XXVe siècle, les 1,600 ans nous mènent au siècle XLe; mais alors Menés sera postérieur de 600 ans au zodiaque d’Esneh, qui date de 4600: et Diodore lui-même (page 186) dit que les lois des Égyptiens florissaient selon eux depuis 4,700 ans.... Il faut donc convenir que l’antiquité de Thèbes remonte par-delà tout ce qui nous est connu, et que les savants égyptiens avaient de bonnes raisons pour parler de 9,000 ans à Solon, et de 13,000 à Pomponius Mela. Nous autres modernes nous sommes devenus si habiles, que nous avons trouvé le secret de bâillonner la nature et les monuments.
Ici se présente une objection contre l’antiquité du royaume de Thèbes, admise comme plus grande que celle du royaume de Memphis. Pourquoi, dira-t-on, le culte du Taureau se trouve-t-il conservé presque exclusivement en cette dernière ville, quand le culte plus récent du Belier se montre presque exclusivement dans les ruines de Thèbes? Nous trouvons à cette singularité une réponse qui nous semble naturelle. Les Égyptiens de Memphis ayant été subjugués au XIXe siècle avant notre ère, par les pasteurs arabes, le cours des observations astronomiques et du culte religieux fut arrêté; la doctrine et les usages restèrent où ils étaient; et si l’on observe que les Grecs et les Latins parlaient encore du Taureau comme constellation dominante au printemps, quand le Belier était déja très-avancé, l’on sera porté à croire que les Égyptiens de Memphis n’avaient pas encore, au XIXe siècle avant notre ère, changé leurs habitudes à cet égard: les Thébains, au contraire, n’ayant subi aucune interruption, ni de gouvernement civil, ni d’observations astronomiques, ont suivi le cours du ciel, la marche du zodiaque, et lorsqu’ils ont vu le soleil entré d’un degré dans le signe du Belier, ils ont délaissé le Taureau que délaissait l’astre dominateur et régulateur.
En terminant ici nos recherches, nous voulons présenter quelques idées que nous croyons justes, sur le foyer originel d’un système mythologique devenu célèbre dans l’ancien occident. Quelques auteurs, Diodore entre autres, nous parlant des usages singuliers que les Égyptiens, encore au temps de César, pratiquaient pour la sépulture des morts, nous avertissent que l’invention de ces usages, comme de la plupart de ceux de ce peuple, remontait à une antiquité très-reculée. «Aussitôt qu’un homme meurt, nous disent-ils, les préposé à l’ensevelissement se présentent;[290] un marché volontaire se conclut; on leur livre le corps; ils l’emportent, le vident de ses parties molles, le salent, l’embaument, le sèchent, et au bout de 30 jours ils le rendent dans un état de momie si parfait, qu’il semble encore vivre. Il s’agit de le porter au tombeau: on ne le peut sans prévenir les juges et la famille, du jour fixé pour cet acte: le corps doit traverser le lac; une barque est construite; un pilote, nommé Karon en langue égyptienne, la dirige..... Avant d’y poser le corps, la loi permet à tout citoyen de venir porter sa plainte contre le mort. Les juges réunis au nombre de 40, écoutent l’accusation. Si le mort est convaincu d’avoir été vicieux, injuste, ils portent une sentence qui le prive de la sépulture..... Si l’accusateur est dans son tort, il subit lui-même une peine grave. Si le mort est absous, et demeure pur, ses parens quittent leurs habits de deuil, font son éloge..... et il est porté au tombeau avec tous les honneurs, au milieu des félicitations qui lui sont adressées sur l’éternité de bonheur où il entre, etc.»
Nos auteurs conviennent que ce sont ces usages qui, portés en Grèce, y répandirent les idées du Tartare, de l’Élysée et de toute la fable de Karon et de l’Achéron; mais leur récit nous conduit à d’autres notions plus instructives.
1° Nous remarquons que la circonstance de passer un lac, ne convient qu’à très-peu de localités en Égypte, et que primitivement ce fut le fleuve qu’on traversa.
2° Traverser le fleuve ne peut s’appliquer à Memphis la neuve, attendu que tous les tombeaux se trouvent à l’ouest du Nil, où elle-même fut située, et qu’il n’existe aucun cimetière à son est, dans le mont Moqattam, ou dans la plaine contiguë.
3° Traverser le Nil convient mieux à l’ancienne Memphis bâtie à l’est du fleuve; mais la plaine à l’ouest offre trop peu de tombeaux, vu la proportion que dut exiger cette capitale; et de plus, l’usage dut être aboli par les 200 ans de tyrannie des Pasteurs-Arabes: cette localité n’offre donc point le concours de circonstances requis. Pour le trouver, il nous faut remonter à Thèbes. Là, sur la rive orientale du Nil, nous avons une cité antique et immense; sur la rive occidentale nous trouvons d’abord une plaine cultivable, jadis traversée de canaux d’arrosement, qui furent les neuf branches du Styx; puis des bois de palmiers, dont l’ombrage, en ce climat brûlant, procurait le bien-être des Champs Élysées; puis enfin un escarpement de montagne calcaire qui, sur une hauteur de quatre ou cinq cents pieds et plus d’une lieue de longueur, est percé d’une innombrable quantité de trous semblables à des fenêtres de maisons ou à des sabords de vaisseau; chacun de ces trous formant l’ouverture d’un long boyau ou galerie, ramifié dans l’intérieur de la montagne, et rempli jadis d’une si prodigieuse quantité de momies, qu’aujourd’hui, après plusieurs siècles de spoliations, les voyageurs français en portent le nombre à plusieurs millions. Ce furent là les tombeaux des habitants de Thèbes, qui ne pouvaient y arriver qu’en traversant le Nil dans la barque de Karon, et qui, devenus les libérateurs de Memphis et de la Basse-Égypte par l’expulsion des pasteurs Arabes, vers l’an 1550, y introduisirent ces usages, peut-être inconnus: peut-être encore fut-ce à raison de ce voisinage que les Grecs en eurent connaissance, soit par leurs propres navigateurs, soit par les Phéniciens: toujours paraît-il vrai que c’est vers cette époque qu’on aperçoit l’aurore de ces idées dans l’Occident. Il faut savoir gré aux législateurs de la Grèce d’avoir voulu les employer à épurer des mœurs de leurs peuples féroces; mais faute de les avoir mises en action positive, ils manquèrent une partie de leur but, et n’atteignirent que les esprits timorés. Quelle admirable institution que cette coutume égyptienne! quelle haute idée elle donne de leurs moralistes!
L’aspect des momies nous suggère une conjecture sur l’intention de leurs physiciens: quand on examine attentivement ces poupées, on est frappé de leur ressemblance avec la chrysalide qui fait passer le ver rampant à l’état d’être volatile. Nous savons que très-anciennement les prêtres Thébains se livrèrent à l’étude des choses naturelles; qu’ils connurent l’organisation, les mœurs, les caractères spéciaux des plantes, des animaux, ainsi que l’influence exercée par la chaleur solaire sur le mouvement et la vie des êtres terrestres. Alors qu’ils eurent posé en principe que le mouvement vital (animus) venait d’un fluide igné, incorruptible en lui-même et indestructible; que cette portion de fluide igné, lorsqu’elle abandonnait un corps, retournait au grand réservoir d’où elle venait, et pouvait revenir encore, ils n’eurent plus qu’un pas à faire pour établir la métempsycose, l’immortalité de l’animus et la revivification du corps ci-devant animé: or comme d’autre part, dans leur système astronomique ou astrologique, au bout de certaines révolutions ou périodes, il se faisait une restitution ou rétablissement de toutes choses dans l’état antérieur, il devint facile et comme naturel d’en inférer que l’homme si avide de la vie, participerait à cette faveur: de ce moment ce fut un soin de la plus haute importance de conserver dans le meilleur état possible, l’ancienne habitation de l’âme, ce corps qu’elle devait revenir animer: enfin, parce que dans une certaine classe d’êtres, dans celle des vers à papillon, la nature présente un exemple et un procédé vraiment singulier de changement et de métempsycose, l’homme imitateur y crut voir l’avis et le modèle de ce qui lui restait à faire, et il tâcha de se faire chrysalide pour devenir papillon.
C’est encore par une conséquence de ces idées que les anciens Égyptiens attachèrent à la constitution de leurs tombeaux cette haute importance dont parle Diodore. «Ils ne regardent,» dit-il, «les maisons qu’ils habitent que comme des auberges, des lieux de passage, et ils mettent peu d’intérêt à les entretenir; mais leurs tombeaux, qui sont leurs demeures éternelles, ils portent le plus grand soin à les bâtir; ils y emploient une partie de leur vie et de leur fortune, et c’est de cette idée qu’a procédé la magnificence déployée par les rois de Thèbes en ces sortes de monuments.»
Ainsi donc il ne faut plus s’étonner de voir que des tyrans, tels que Cheops et Chephren, aient tourmenté pendant 20 ans toute une nation pour construire à leur squelette l’énorme tombeau des pyramides; et lorsque des esprits bénins objectent que cela ne se peut croire, parce que cela est barbare et absurde, on est obligé de leur répondre que malheureusement dans le cours des choses politiques cela doit se croire par ce motif-là-même. Au reste, tous les monuments gigantesques de Thèbes, en prouvant une population nombreuse et industrieuse, prouvent aussi l’existence d’un gouvernement despotique, soit royal, soit sacerdotal, qui eut en mains les moyens coactifs de soumettre toute une nation à de telles corvées; et cela devient une nouvelle preuve d’antiquité pour la nation même, en ce qu’elle a dû parcourir les diverses périodes d’anarchie et de civilisation qui précèdent cet état avant-coureur de la décadence et de la ruine.
En considérant le fardeau habituel de ces accablantes corvées, nous sommes conduits à cette autre idée, que si jamais il a existé un pays où il fût nécessaire d’accorder au peuple un repos légal, celui de chaque septième jour, ce fut l’Égypte; et puisque notre conjecture est appuyée du témoignage positif d’Hérodote et de la pratique de Moïse, élève des prêtres égyptiens, nous posons en fait que le cycle hebdomadaire est une invention des Thébains, laquelle se lia à tout leur système astrologique et civil.
Résumons-nous, et disons, 1° que ce fut seulement vers le milieu du 16e siècle avant notre ère (1556.), que les habitants de la grande et longue vallée de l’Égypte furent réunis en un seul corps de monarchie et sous un même sceptre;
2° Que ce fut de cette concentration de puissance et de moyens que dérivèrent ensuite, dans un ordre progressif de besoins ou de convenances, les conceptions et opérations gigantesques que l’histoire nous montre dans la Basse-Égypte.
D’abord la création de Memphis la neuve, bâtie sur le lit du Nil, comblé de main d’homme, et recreusé à l’est pour servir de fossé.
Ensuite la construction du lac Mœris, laquelle consista, non pas à creuser un pays entier, comme l’a cru Hérodote, mais à percer un isthme ou langue de terre, pour jeter tout le surplus du Nil dans le bassin concave du Faïoum, ainsi que l’a démontré un savant distingué de l’expédition française en Égypte, (Voyez le mémoire de M. Jomart.)
Puis l’établissement et le perfectionnement de l’immense état militaire dont Sësostris profita pour exécuter ses conquêtes.
Puis la masse prodigieuse de richesses de tous genres, attirées sur les bords du Nil, à titre de dépouilles et tribut de l’Asie occidentale subjuguée. (Diodore évalue à 1,200,000,000 le trésor de Rhamsinit, second successeur de Sésostris.)
Puis le changement matériel opéré sur la contexture du pays, à raison de la quantité de digues que fit élever, et de canaux que fit creuser Sésostris.
Enfin l’érection des deux montagnes-pyramides de Cheops et de Chephren, qui furent l’effort suprême d’un despotisme ignorant et grossier embarrassé, de ses richesses.
3e Avant cette concentration monarchique, nous trouvons l’Égypte divisée en deux royaumes distincts, dont les traces ne se sont jamais entièrement effacées. L’un, le royaume de Thèbes, comprenant la Haute-Égypte ou Said; l’autre, le royaume du Delta, Égypte-Inférieure, ayant pour capitale l’ancienne Memphis, située à l’orient du Nil.
Deux siècles et demi avant cette réunion, c’est-à-dire vers l’an 1800 avant notre ère, une irruption de barbares nomades, telle qu’en a éprouvé la Chine, avait subjugué ce royaume de Memphis, qui à cette époque semblerait avoir été sous-divisé en d’autres états soit tributaires, soit indépendants: tout indique que ces barbares furent des hordes arabes, et spécialement les débris des anciennes tribus Kushites, Aâd Tamoud, auxquelles il faut joindre les Madianites et les Amalékites, que les auteurs musulmans nous signalent comme leurs branches et leur parenté, et que l’on retrouve ensuite fixés aux portes de l’Égypte. Le royaume de Thèbes ayant résisté à cette invasion, il s’ensuivit un état habituel de guerre dont l’effet fut de réunir tous les nationaux sous un même étendard, et d’expulser finalement les étrangers. La formation du peuple juif appartient à cette période.
Avant cette invasion des Arabes, c’est-à-dire avant l’an 1800, une profonde obscurité règne sur l’histoire de Memphis et de la Basse-Égypte, sans doute parce que la longue et violente tyrannie des Arabes fit disparaître les monuments, et aussi parce que la constitution géographique du pays, divisé en îles, est favorable au désordre et à l’anarchie. Le royaume de Thèbes, au contraire, homogène en son territoire, et favorisé de ses granits impérissables, nous a transmis, en ses temples, en ses palais, en ses tombeaux, d’innombrables monuments d’une civilisation dont l’origine remonte à une antiquité indéfinie. Malheureusement les secrets en sont exprimés par des figures hiéroglyphiques que l’on sait rarement expliquer. Leur sens, néanmoins, en quelques tableaux astronomiques, s’est montré assez clair pour en déduire des résultats peu contestables... Ainsi, dans le zodiaque du temple de Dendéra (jadis Tentyr) la disposition des signes et constellations est tellement combinée, que l’on s’accorde à y voir l’état du ciel au moment de la fondation du temple ou de la peinture; et parce que le mouvement annuel de précession que les astres observent relativement au soleil, semble être un cadran séculaire inventé par la Providence pour révéler ses mystères à l’homme studieux, d’habiles astronomes ont regardé comme certain que la position du soleil dans le signe du Bélier, telle que la donne le zodiaque de Dendéra, exprimait l’an 2056 avant notre ère, de même qu’une autre disposition des signes dans le zodiaque du temple d’Esneh (Latopolis) exprime l’an 4600. Sans doute beaucoup de lecteurs verront avec plaisir les preuves de ces assertions détaillées par l’un des témoins des monumens et l’un des maîtres de l’art; à cet effet nous joignons ici un Mémoire de feu M. Nouet, astronome de l’expédition d’Égypte, dont la copie nous est venue d’une main amie. Ce Mémoire suppose la connaissance de celui publié par Dupuis (dans la Revue philosophique, mai 1806), lequel n’est pas l’un des moindres produits de la sagacité et de l’érudition de cet homme, dont le plus grand tort est de n’être pas entendu par les beaux esprits qui le censurent.
RECHERCHES Sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après la construction du zodiaque au plafond de son péristyle. PAR M. NOUET.
LE plafond du péristyle du temple de Dendéra est soutenu par vingt-quatre colonnes sur six rangs qui divisent le plafond en sept plates-bandes parallèles à l’axe du temple; la plate-bande du milieu, beaucoup plus large, comprend dans sa longueur des globes ailés qui en occupent toute la largeur; les six autres plates-bandes, dont trois de chaque côté, contiennent chacune deux rangs de figures sculptées en relief et peintes; elles ont environ trois pieds de hauteur[291].
Les constellations du zodiaque se trouvent dans une moitié de chaque plate-bande extrême à droite et à gauche du péristyle: les espaces entre chaque constellation, sont occupés par des personnages dont plusieurs, avec les attributs des divinités, doivent avoir avec les constellations des relations qui ne peuvent être données que par l’auteur de l’Origine des Cultes, lorsqu’il aura sous les yeux le dessin exact et plus en grand de ce péristyle, que la Commission des sciences et arts d’Égypte doit mettre au jour.
La plate-bande extrême à gauche, en entrant sous le péristyle, comprend dans sa demi-largeur, qui se trouve du côté du milieu de ce péristyle, les constellations ascendantes dans l’ordre suivant, à partir du mur du temple: le Verseau, les Poissons, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer. La seconde partie de cette plate-bande est occupée par dix-huit bateaux conduits par des figures emblématiques qui représentent les dix-huit décans, et doivent avoir des relations directes avec chaque constellation. Ce sont ces bateaux qui ont servi de comparaison aux dessinateurs pour placer fidèlement chaque constellation au lieu correspondant sur le plafond.
La dernière plate-bande à droite en entrant sous le péristyle, comprend dans sa demi-largeur, du côté du milieu de ce péristyle, les six constellations descendantes dans l’ordre suivant, à partir du côté de la cour au mur du temple: le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne. L’autre demi-plate-bande renferme dix-huit bateaux qui représentent dix-huit décans.
J’ai remarqué une disposition particulière dans la manière de distribuer les constellations ascendantes et descendantes: le Lion, première constellation descendante, se trouve plus avancé qu’il ne devrait être s’il occupait le milieu de l’espace d’un signe; le Capricorne, dernière constellation descendante, se trouve contiguë au mur du temple; l’espace qui devrait être entre cette constellation et le temple se trouve transposé dans la plate-bande des constellations ascendantes; où le Verseau est trop distant du mur du temple. L’espace de la constellation du Cancer est plus petit que celui de l’espace d’un signe. La constellation du Cancer est transposée à l’extrémité de la plate-bande et dans le milieu de sa largeur. Un buste d’Isis, placé au-dessus d’un portique, se trouve occuper la place du Cancer; au bas de ce portique s’élève une fleur de lotus, du milieu de laquelle sort un serpent. Un soleil placé au solstice, sur le prolongement de la ligne des bateaux, envoie un faisceau de rayons divergens sur le buste d’Isis: emblème du lever héliaque de Sirius, gardien d’Isis, et placé à la porte du jour.
Ce langage astronomique indique clairement que le soleil, parvenu au solstice, fait, par la force de ses rayons, disparaître Sirius à son lever héliaque; la fleur de lotus annonce le débordement du Nil qui arrive toujours au solstice.
Dans une chambre supérieure du temple on trouve sculpté au plafond un petit planisphère tracé sur le plan de l’écliptique; les douze constellations y forment une ligne circulaire rentrante, de manière que la dernière constellation se trouve, après sa révolution, passer en partie au-dessus de la première. Ce zodiaque commence par le Lion; chaque constellation semble aller dans le même sens, et, la constellation du Cancer empiète au-dessus du Lion, par l’effet de la courbe en portion de spirale.
Cette disposition, d’après les données du zodiaque du péristyle, indique le mouvement d’une période qui a commencé au Lion, et qui doit se terminer dans le Cancer.
On peut conclure de cet exposé et du déplacement sensible et assez reconnaissable aux extrémités des constellations ascendantes et descendantes du zodiaque du péristyle, l’époque approchée de la construction de ce zodiaque. J’exposerai les résultats des calculs qui conduisent à cette époque, après avoir donné les éclaircissements suivants.
Les Égyptiens avaient leur année civile de 365 jours, sans aucune intercalation, en sorte que le lever héliaque de Sirius qui répondait à une époque donnée de leur calendrier, ne pouvait revenir à la même époque qu’après une période de 1461 de leurs années civiles (ces 1461 années égyptiennes répondaient à 1460 années cyniques ou sothiaques. C’est la grande année caniculaire, ainsi nommée, parce qu’elle commence au lever héliaque de Sirius ou du grand Chien, gardien des portes du jour et de la nuit.
De Lalande nous dit, en son Astronomie, que l’an 138 de l’ère vulgaire correspondait à la fin d’une période sothiaque, qui, d’après cette donnée, a dû commencer 3122 ans avant l’an 1800 de notre ère (1322 av. J.-C.), et la précédente, 4582 ans avant l’an 1800 (2782 av. J.-C.). Pour trouver les différences entre le solstice et le lever héliaque de Sirius pour le commencement de chacune de ces périodes, j’ai fait les calculs suivants pour la latitude du temple de Dendéra, 26° 9´.
On a pour la période qui a commencé l’an 1322 avant J.-C., les données suivantes:
Ascension droite de Syrius 57° 44´ 53´´
Déclinaison australe18 34 18
Obliquité de l’écliptique23 52 24
On trouve pour longitude du soleil, le jour du lever héliaque de Sirius, 90° 28´ 0´´: c’est-à-dire que le lever héliaque de Sirius a eu lieu 10 jours après le solstice.
En remontant à la période précédente qui a commencé l’an 2782 avant J.-C., on a pour la coïncidence du lever héliaque de Sirius avec le solstice, les données suivantes:
Ascension droite48°15´40´´
Déclinaison australe23220
Obliquité de l’écliptique 24150
Les résultats des calculs donnent pour longitude du soleil, 90° 0′ 0″: c’est-à-dire que le lever héliaque de Syrius se fit au solstice, l’an 2782 av. J.-C., à’ l’époque de la grande année caniculaire des Égyptiens.
Ces résultats qui établissent la correspondance entre le solstice et le lever héliaque de Sirius, supposent une dépression du soleil de 12° 9′ sous l’horizon, pour faire disparaître Sirius à son lever; cette supposition est d’autant plus admissible, que le tour de l’horizon en Égypte est tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits, si communes en ce pays fait pour l’astronomie, on ne voit jamais d’étoiles à quelques degrés au-dessus de l’horizon dans les secondes et troisièmes grandeurs; le soleil même à son lever et à son coucher se trouve entièrement déformé.
Les Égyptiens, peuple religieux et reconnaissant envers les dieux, des faveurs de leur fleuve, ont, sur ses bords, élevé des temples couverts intérieurement de tableaux, d’offrandes à Osiris et à Isis, pour obtenir l’ouverture des riches réservoirs des eaux qui à des époques fixes viennent fertiliser leurs terres.
Or c’est l’époque célèbre de la période sothiaque dont le commencement a concouru avec le solstice que les Égyptiens ont consacré dans leur zodiaque du temple de Dendéra, pour la date de l’inondation du Nil qui arrive au solstice.
D’après la longitude de γ du Belier en 1800 et le mouvement rétrograde des points solsticiaux, on trouve que, l’an 1322 avant J.-C., commencement de la dernière période, le solstice a eu lieu dans 13° 23′ de la constellation du Cancer, et l’an 2782 avant J.-C.; le solstice a eu lieu dans 3° 48′ de la constellation du Lion; le mouvement du solstice a été d’une période à l’autre, de 20° 23′, dont la moitié 10° 11′, étant ajoutée à 13° 23′ du Cancer, où finit la première période, on aura le milieu de la période précédente représenté par le zodiaque de Dendéra; le Cancer transposé et mis en évidence au delà des constellations ascendantes indique que cette période doit s’écouler dans cette constellation. Le buste d’Isis mis en place de la constellation du Cancer à 12° du soleil, représente Sirius lorsqu’à son lever il disparaît dans les rayons de cet astre. Ce zodiaque a donc été construit pour représenter le milieu de cette période (état du ciel lors de sa construction), quand le solstice arrivait vers 24° du Cancer, c’est-à-dire 3852 ans avant l’an 1800 de notre ère (2052 avant J.-C.)
On peut déterminer, d’une manière conforme à celle qui vient d’être exposée, l’époque du zodiaque du temple de Dendéra, en faisant usage d’un symbole hiéroglyphique de ce zodiaque, dont nous connaissons la signification.
Entre la constellation de la Balance et du Scorpion, nous trouvons dans ce zodiaque une figure assise qui a une tête de chien; cette figure est incontestablement celle du Cynocéphale des Égyptiens. Mais le Cynocéphale assis signifie les équinoxes, selon les Égyptiens, ainsi que nous l’apprend Horapollo (Hiéroglyph., liv. I, ch. 16, pag. 31 et 32 de l’édition de Paw). Donc dans le zodiaque de Dendéra l’équinoxe d’automne (c’est celui qu’il faut prendre ici, de l’aveu de ceux qui ont écrit sur ce zodiaque) est placé entre la Balance et le Scorpion: le Cynocéphale étant assez éloigné de la constellation de la Balance, et assez rapproché de la constellation du Scorpion, il faut, pour fixer les idées, prendre pour le point équinoxial la longitude d’une étoile zodiacale qui soit assez éloignée des étoiles principales de la Balance, et assez rapprochée des étoiles du front du Scorpion: cette étoile est celle de χ de la Balance, de quatrième grandeur, qui, dans le Catalogue de Mayer pour 1756, avait en longitude 7s 24° 21′ 12″ (Connaissance des temps, 1788). L’excès de sa longitude sur 6s est de 1s 24° 21′ 12″, ou 195672″. Par la précession annuelle des équinoxes de 50″ 1, admise assez généralement par les astronomes, on trouve que cette étoile était à l’équinoxe d’automne 3905 ans avant le commencement de 1756 de notre ère (2149 avant J.-C.) En fixant le point équinoxial à une bien petite distance de la longitude de cette étoile, on trouve facilement les 2052 ans avant J.-C., ou les 3852 ans avant 1800 établis précédemment.
Il s’agit maintenant de répondre à une difficulté qui se présente: c’est qu’en plaçant le point équinoxial d’automne aux environs de l’étoile κ de la Balance, il arrive que la constellation du Lion se trouve en grande partie dans celle du Cancer avant le point solsticial d’été, tandis que dans le zodiaque de Dendérah, partagé en deux par les solstices, le Lion est placé tout entier dans le commencement des constellations descendantes.
Cette difficulté disparaît si on remonte aux plus anciens zodiaques des Grecs qu’on sait devoir leurs connaissances astronomiques aux Égyptiens. Ptolémée, au commencement de son Catalogue d’étoiles, dit qu’il a fait des changements aux constellations qui avaient été en usage avant lui. Il faut donc recourir à des zodiaques plus anciens: nous en trouvons un qui l’est incontestablement, c’est celui de l’Atlas de Farnèse (ainsi appelé de son possesseur), dont Passeri a donné la figure et l’explication dans le troisième volume de ses Gemmœ astriferœ, et dont Bentley a inséré la figure dans son Manilius. Le zodiaque de cet Atlas appartient à des temps antérieurs à Ptolémée, puisque le colure des équinoxes du printemps passe par la corne précédente du Bélier. Dans ce zodiaque le Lion n’est point figuré la tête avancée sur le Cancer, comme dans le zodiaque moderne; au contraire, elle est retirée très en arrière de ses pattes de devant; de sorte qu’une ligne droite, menée de l’extrémité d’une des serres du Cancer à l’autre, passe par les pattes antérieures du Lion et que la tête du Lion suit d’assez loin cette ligne.
Il résulte de là que les étoiles qui forment la tête du Lion dans le zodiaque de Ptolémée suivi par les modernes, appartiennent au Cancer dans cet ancien zodiaque de l’Atlas de Farnèse, et que la tête du Lion de cet ancien zodiaque est toute entière dans cette partie du Lion que nous appelons sa crinière.
Dans la position que le zodiaque de Dendéra donne à l’équinoxe d’automne, le colure du solstice passe par les étoiles les moins avancées en longitude de la crinière du Lion. C’est tout ce qu’il faut ici pour faire voir que le colure du solstice ne coupe pas le Lion dans le zodiaque de Dendéra, et laisse le Lion tout entier dans les constellations descendantes.
De même, dans la position que le zodiaque de Dendéra assigne à l’équinoxe d’automne, la constellation du Capricorne se trouve toute entière dans les constellations descendantes. On pourrait dire qu’une partie du Verseau, son bras précédent, se trouve dans les constellations descendantes, tandis que la figure entière du Verseau est dans les constellations ascendantes du zodiaque de Dendéra; mais on peut répondre ici que dans l’ancien Atlas de Farnèse, le bras du Verseau n’est point avancé par-dessus le Capricorne, et qu’il est ramené vers la poitrine même du Verseau.
Les Égyptiens, avant cette époque, connaissaient le mouvement rétrograde des solstices, comme on peut s’en convaincre en consultant le zodiaque du temple d’Esneh (latitude 25° 18). Ce zodiaque est placé aux deux extrémités du plafond du péristyle, comme celui de Dendéra. Les constellations ascendantes sont à gauche en entrant, et les constellations descendantes sont à droite. Ces constellations paraissent espacées également dans leurs plates-bandes respectives et se correspondre exactement. Les constellations ascendantes sont, à partir du mur du temple, les Poissons, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion; les constellations descendantes sont, à partir de l’entrée du péristyle au mur du temple, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, Le Capricorne, le Verseau.
D’après cette disposition, le solstice se trouve exactement entre les constellations du Lion et de la Vierge. Le mouvement rétrograde des solstices depuis cette époque jusqu’en 1800 de notre ère, correspond à 6400 ans (4600 avant J.-C.), époque de la construction de ce temple, qui se trouve entièrement sous la ville, par l’amas successif des débris des maisons qui se sont succédées pendant une longue suite de siècles; il ne reste plus qu’une ouverture en avant du péristyle par laquelle on descend les décombres des environs; et dans quelques siècles on perdra le souvenir de l’existence d’un temple entièrement conservé, enseveli sous terre.
Au reste, avant nous, et avant nos raisonnements actuels, Edouard Bernard avait déjà découvert et prononcé d’après d’anciens monuments, que les prêtres égyptiens faisaient, comme nous, le mouvement de précession de 50″ 9‴ ¾ par an[292]; par conséquent qu’ils le connaissaient avec autant de précision que nous prétendons le faire aujourd’hui. Il serait singulier que nous prissions notre ignorance de leurs mystères pour un argument de la leur.
NOUET.
D’après ces principes, qui sont ceux de tous les astronomes, nous voyons que la précession annuelle étant de 50″ et d’une fraction d’environ ¼ ou ⅓, il en résulte qu’un degré entier est déplacé en 71 ans 8 ou 9 mois, et un signe entier en 2152 ou 53 ans.
Or si, comme il est de fait en astronomie, le point équinoxial du printemps se trouvait au premier degré du Bélier en l’an 388 avant J.-C.[293], il en résulte qu’il était au premier degré du Taureau environ 2152 ans auparavant, c’est-à-dire vers l’an 2540 avant J.-C.; et ainsi remontant de signe en signe, le premier degré du Bélier se trouva être le point équinoxial d’automne, environ 12,921 ans avant l’an 388, c’est-à-dire 13,300 ans avant notre ère: ne serait-ce pas ce qu’a voulu dire Pomponius Mela, lorsqu’il rapporte que, selon les Égyptiens, l’origine du monde (c’est-à-dire du grand cercle céleste), remonte à 13,000 ans? notre surplus de 300 ans ne serait pas une difficulté, parce que Pomponius a pu citer un calcul savant fait vers le temps de Ptolémée ou d’Alexandre[294].
Il est d’ailleurs digne de remarque que jamais les Égyptiens n’ont admis ou reconnu dans leur chronologie le déluge des Chaldéens dans le sens où nous le prenons; et cela, sans doute, parce que chez les Chaldéens eux-mêmes il n’était qu’une manière allégorique d’exprimer la présence du Verseau au point solsticial d’hiver, laquelle présence eut réellement lieu à l’époque où le point équinoxial du printemps se trouvait dans le Taureau, ce qui nous reporte vers le 31 ou 32e siècle avant notre ère, c’est-à-dire précisément aux dates établies par les Indiens et par les Juifs copistes des Chaldéens. Une belle carrière est ouverte en ce genre de recherches, aux savants qui y porteront le désir impartial de la vérité uni aux connaissances scientifiques de l’astronomie. Sans ces deux conditions il n’est plus possible de pénétrer dans l’antiquité. Notre tâche est finie...
Époques et dates principales de la chronologie d’Égypte, éclaircies et appuyées par des dates parallèles, étrangères.
1° Règnes des Dieux, c’est-à-dire des astres et des constellations personnifiés par suite de l’emploi des figures hiéroglyphiques qui servirent à exprimer leurs attributs, leurs influences, leurs rapports avec les êtres terrestres.
Leurs prétendus âges ne sont que des périodes vraies ou fictives, simples ou composées.
2° Première époque historique où l’Égypte fut habitée par des peuplades diverses à la manière des sauvages. Durée indéfinie. Le Delta put alors être dans l’état de golfe dont parle Hérodote.
3° Deuxième époque, où commencèrent de se former de petits états ou royaumes dont il put y avoir 30, 40 ou davantage. L’astronomie fit des progrès par l’établissement des colléges de prêtres: l’invention du zodiaque a pu avoir lieu dans cette époque, conformément à l’indication de Pomponius Mela13,300 ans av. J.-C.
4° Troisième époque, où les petits états furent peu à peu fondus en trois grands; savoir, la Haute-Égypte ou Thébaïde, la Basse-Égypte ou Delta, et l’Égypte moyenne ou Heptanomis.
A cette époque appartiennent le temple d’Esneh, dont le zodiaque date de l’an 4600 avant notre ère, ci4600 ans. avant J.-C.
et l’établissement du culte du Taureau ou Bœuf Apis, symbole du Taureau céleste, où le soleil commença de marquer l’équinoxe du printemps.
Le zodiaque Indien se rapporte aussi aux dates de 4700 à4600
Observation de l’étoile Aldébaram, par Hermès, citée à la date de3362
En Chaldée, fondation de la pyramide de Bélus3191
Déluge, selon le texte grec3195
Époque indienne de l’âge actuel3101
État du ciel, indiqué dans le livre perse intitulé Ioub, vers l’an.......(Voyez Bailly.)3000
Départ d’un cycle sothiaque, et du cycle callipique de 76 ans, à la date de2782
Fondation du temple d’Hercule à Tyr.27
Calendrier de Hoang-ti, en Chine2686
Monuments de Mithra, et travaux d’Hercule selon les Grecs............(Voyez Dupuis.)2550
Entrée du soleil au Belier2428
Commencement du culte, du Belier.........
Fondation du temple d’Ammon dans l’Oasis; construction des monuments de Karnak et de l’avenue des Beliers, vers2400 à 2300
Déluge selon Varron et Censorin2376
Déluge selon le texte hébreu, calcul de Petau2329
Le cycle chinois prend son départ à l’an2277
Le calendrier d’Hésiode y correspond.
Observation chaldéennes de Kallisthènes2234
Observations des Pléiades en Égypte, citée par Ptolomée2200
Observation des colures, citée dans le Sourya Sidhanta2068
Date du zodiaque de Dendéra2056
Invasion du royaume de Memphis par les pasteurs arabes, présumés être les tribus de Tamoud Aâd, Madian, Amalek, etc....... vers1810
Par suite de cet événement l’on présume à cette époque plusieurs migrations et colonies des Égyptiens en Grèce, en Étrurie, en Asie.
Fondation d’Héliopolis par les pasteurs arabes1800
Expulsion des Arabes par Tethmos... vers1556
Réunion de toute l’Égypte en une seule monarchie.
Fondation de Memphis la neuve, vers l’an1500
Lac de Mœris, vers l’an1430
Construction des villes de Heroopolis ou Phitom et de Ramessés par les Juifs, vers1420
Les Égyptiens, sous le roi Amenoph, chassent d’Égypte les Juifs et une quantité de menu peuple que Moïse organise en corps de nation et partage en 12 tribus, selon les 12 signes célestes1410
Règne et conquêtes de Sésostris entre les années1350 et 1390
Rhampsinit le Riche, indiqué par Pline sous le nom de Rhamsès, comme auteur du grand obélisque d’Héliopolis, et contemporain de Troie, a dû régner vers1080
parce que son successeur Chéops a élevé la grande pyramide vers1050
Sesach, roi d’Égypte, rançonne Jérusalem en 974
(Il est possible que ce roi soit l’Asuchis d’Hérodote).
Des rois obscurs, tels qu’ils sont mentionnés par les listes, se succèdent plus ou moins régulièrement, et affaiblissent l’Égypte par leur mauvaise administration.
Les Carthaginois, profitant de cet état de choses, dirigent sur l’opulente ville de Thèbes une armée qui la prend par surprise, la saccage, et emporte un immense butin, vers l’an 790
Bouchoris, dit le Sage, arrive au trône, et s’efforce de rétablir l’ordre par des lois qui l’ont fait placer au rang des législateurs du pays ...... vers 781
Un aveugle de la ville d’Anysis, appelé par Diodore, Amasis, ou Amosis, règne tyranniquement pendant 6 ans ... vers 755
Seva le Kusithe ou l’Éthiopien, dit aussi Sevechus, Sabakos et Actisanes, envahit l’Égypte et règne avec justice et sagesse environ 25 ans depuis 750
Séthon, prêtre de Vulcain, gouverne l’Égypte, tombée dans l’anarchie, à l’époque où Sennachérib vient en Palestine, vers 722
(Pour la suite, voyez le tableau d’Hérodote, à la fin de ce volume.)
Note sur le système des générations.
DANS[295] sa Chronologie (tome VII), chapitre des Héraclides, page 474, M. Larcher nous dit:
«La règle des générations n’est pas la même chez les Lacédémoniens que chez les autres nations. Ce peuple, comme je l’ai observé dans le chapitre XIV de la prise de Troie, avait défendu de se marier avant l’âge de 36 ans ou même 37... Les générations étaient donc de 37 ans à Lacédémone, tandis qu’elles n’étaient que de 33 ans dans le reste de la Grèce.»
On croirait, d’après ce texte, que réellement Larcher a prouvé ce fait étrange, qu’un peuple entier ne se mariait qu’à 36 ou 37 ans: nous avions lu une première fois le ch. XIV, sans apercevoir cette démonstration; nous l’avons relu une seconde fois avec une scrupuleuse attention, et voici les seuls raisonnements que nous y trouvons (pag. 398 et suiv.): «C’était une maxime universellement reçue dans les premiers temps de la Grèce, qu’on ne se mariait qu’à 33 ans, et ensuite à 30.»
(Nous nions à L*** cette prétendue maxime, ou plutôt ce fait bizarre, incroyable: qu’il nous le prouve d’abord et par des témoignages et par des exemples.)
«De là les générations étaient évaluées à 33 ans et quelque chose, et dans la suite elles le furent a 30 ans.»
Nous disons qu’elles furent évaluées systématiquement par les Égyptiens, puis par les Grecs, pour avoir un moyen quelconque d’estimer des temps incertains. Mais nous nions qu’elles fussent civilement évaluées par les peuples, même dans les temps dont il s’agit.
«Les Lacédémoniens faisaient une exception à la règle générale: Lycurgue, dont toutes les institutions tendaient à former des soldats vigoureux,—voulant empêcher ses concitoyens de prendre femme quand ils le jugeraient à propos, ordonna qu’ils ne se marieraient que lorsque le corps aurait acquis toute sa vigueur, regardant ce réglement comme très-utile pour se procurer des enfants robustes.» (Xénophon, de Republicâ Lacedæm., cap. I § VI.)
Raisonnons sur ce passage de Xénophon:—Si Lycurgue fit une telle loi, ce ne put être que parce que l’on avait senti l’abus de se marier trop jeune: l’abus existait, il le réprima; et cet abus devait d’autant mieux exister dans toute l’ancienne Grèce, qu’on le trouve chez tous les peuples anciens et modernes, en raison de ce que leurs mœurs domestiques sont plus simples, sont moins contraintes par des réglements de police et de civilisation. Larcher a senti cette objection, car il reprend (page 400):
«On peut m’objecter que ce réglement n’étant pas antérieur à Lycurgue, les générations qui ont précédé ce législateur ne doivent être évaluées qu’à 33 ans, comme dans le reste de la Grèce... Cette objection aurait quelque force, si l’on pouvait prouver qu’avant la législation de Lycurgue les usages reçus à Sparte fussent absolument contraires à ceux adoptés par ce législateur... Si tel eût été le cas, comment se persuader qu’il eût réussi à réformer l’État.... On connaît l’attachement des peuples à leurs usages... Il eût certainement révolté toutes les classes de citoyens... Il y avait sans doute alors à Lacédémone des coutumes que l’on suivait ou que l’on négligeait impunément, parce que la loi n’avait point prononcé: Lycurgue choisit parmi ces usages ceux qui lui parurent les plus raisonnables.... Il est donc vraisemblable que Lycurgue trouva établie avant lui la coutume de ne se marier qu’à 36 ans.»
N’est-ce pas là une logique vraiment curieuse? Larcher a d’abord posé en fait que «c’était une maxime des anciens Grecs de ne se marier qu’à 33 ans, et même à 37...» Il dit avoir prouvé ce fait relativement aux Lacédémoniens, dans son chapitre XIV. Ses preuves consistent dans une loi de Lycurgue qui défend de se marier avant que le corps ait atteint toute sa vigueur: il s’aperçoit que cette défense indique comme existant, l’abus de se marier trop jeune. Pour esquiver la conséquence, il a recours à des suppositions, à des vraisemblances; Lycurgue n’eût ôsé faire cette loi, si l’usage n’eût déjà existé: le peuple se fût certainement révolté... C’est-à-dire que, selon Larcher, toutes les lois de Lycurgue existaient déjà avant d’être mises en vigueur par ce prince; car le raisonnement de notre logicien peut s’appliquer à toutes. On peut dire de chacune: le peuple se fût révolté... il est attaché à ses usages... il y avait sans doute une coutume..... il est vraisemblable que Lycurgue... etc.; certainement, sans doute, vraisemblable; telle est la gradation de Larcher. «Il faudrait prouver, dit-il, qu’avant Lycurgue, les usages de Sparte fussent contraires à ses lois.»—Mais c’est à vous, Monsieur, de prouver qu’ils furent les mêmes; et vous avez d’abord contre vous le cri de toute l’antiquité, qui atteste que la législation de Lycurgue fut un phénomène d’innovation contre les usages reçus; un système spéculatif et philosophique qui heurta tellement les esprits que le peuple de Sparte s’ameuta; que dans cette émeute Lycurgue perdit un œil[296]; et que pour arriver à son but, cet homme sévère et opiniâtre fut obligé d’user de supercherie en faisant espérer qu’il modifierait ses lois après un voyage entrepris pour consulter les oracles, et en faisant promettre au peuple, par serment, de les exécuter provisoirement jusqu’à son retour, qui n’eut point lieu, puisqu’il préféra de mourir...
Vous avez ensuite contre vous cet axiome, «que toute loi prohibitive prouve par son fait l’existence de l’acte qu’elle change ou supprime...»—Lycurgue voulut empêcher que l’on prit femme à volonté.—Donc l’on en usait ainsi.—Il ordonna de ne se marier (expression impropre); il défendit de se marier avant d’avoir acquis toute la vigueur;—donc l’on se mariait ainsi; donc l’usage dominant était de marier les enfants trop jeunes; et cet usage devait exister, parce qu’il avait pour cause deux puissants motifs, l’un physique, l’autre politique, que nous retrouvons dans tous les temps et dans tous les pays.