LE CADRE
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CHAPITRE PREMIER LE LOGIS ET L’AMEUBLEMENT
Ici, madame, commence l’examen minutieux de la stratégie que je crois propre à vous assurer, sinon une supériorité réelle qui vous importe peu, au moins l’apparence de cette même supériorité.
Ah ! l’apparence ! Tout est là, n’est-il pas vrai ? Aristide, cet Athénien démodé qui voulait être juste, non le paraître, avait les idées de son temps et si je vous révèle que ce temps était encore antérieur à celui d’Hérode, il ne vous sera pas difficile de comprendre que de telles opinions aient un impérieux besoin d’être rajeunies.
Écoutez donc et faites votre profit.
Il me paraît d’abord opportun, avant de donner la comédie, d’installer le théâtre, de dresser la scène et de machiner les décors, c’est-à-dire de ne rien donner au hasard dans le choix et l’ornementation de votre logis.
C’est là, en effet, que vous livrerez bataille à l’indifférence et à la jalousie ; c’est là qu’aboutiront, ou je me trompe fort, les hommages et les justes tributs que vous vaudra votre nouvel état. C’est là que sera le sanctuaire, au fond duquel trônera votre souveraine divinité.
Or, que cherche-t-on dans un tel lieu ? Quelle impression ont désiré produire les édificateurs de tous les sanctuaires, aussi bien des temples doriques que des pagodes chinoises ou de nos cathédrales couronnées d’ogives ? Est-ce la tristesse ? Non pas, car un abord maussade écarte les fidèles et fait le vide, bien loin à la ronde. Est-ce la gaîté ? Pas davantage, car les privautés de l’abandon qu’elle provoque ne sont guère compatibles avec le respect et l’admiration.
C’est en réalité un composé de majesté aimable et de grâce imposante, qui réussit le mieux, en vue d’un pareil but. Il faut de la richesse et de l’agrément pour plaire au passant, mais aussi de la grandeur et quelque peu de mystère pour maintenir les distances.
Aussi, je redoute pour vous les quartiers neufs, les maisons à peine issues de terre, avec leur folâtre floraison de balcons, de corniches, de campaniles, de vérandas.
Je ne conteste pas l’avantage d’habiter une de ces cages somptueuses étalées le long d’une avenue verdoyante, mais c’est trop frais. Vos habitudes, toutes de traditions, vos goûts vieillots, — des goûts de famille comme les portraits et les bijoux, s’accommodent mal des pierres taillées de la veille et des plâtres imparfaitement séchés. Il y a dans ces façades, à la blancheur insolente, quelque chose qui sent la fortune soudaine provenant d’une boutique liquidée d’hier ou d’un coup de bourse inexpliqué.
Par contre, quelle poésie dans les anciennes bâtisses de la rive gauche ! Quelle ampleur dans ces escaliers de pierre dure bordés de fer forgé, où le bruit de vos pas semble un écho mourant des talons rouges de l’autre siècle ! Quelle ombre charmante, pleine de visions soyeuses et poudrées, dans ces jardins encaissés, dans ces cours aux larges pavés quadrillés d’herbe fine !
Et puis, ce quartier que je vous prône a pour lui l’inégalable prestige de son nom : faubourg Saint-Germain !
N’avez-vous jamais entendu quelque provincial enrichi proclamer avec emphase : « Je viens de faire une visite au faubourg Saint-Germain ! »
Il semble, à ces mots magiques, qu’un potentat soit proche et qu’éclatent, pour lui faire honneur, les cent et un coups de canon traditionnels.
Habiter le faubourg Saint-Germain, y avoir un ami, y dîner seulement, y passer même, c’est recevoir l’investiture d’un peu d’aristocratie, c’est s’allier dans une certaine mesure aux familles chevaleresques qui le hantent, c’est presque prouver qu’on a eu des grands-oncles prisonniers de Saladin.
Vous saurez plus tard de quelle importance est un tel élément de supériorité.
Contentez-vous d’apprendre, pour le moment, que la rue de l’Université, la rue Saint-Dominique, la rue de Grenelle et la rue de Varennes, sont les premières désignées pour l’établissement de vos pénates.
A la vérité, les rues transversales, de Monsieur, de Bourgogne, de Bellechasse, ont leur valeur, mais ce n’est déjà plus la même qualité. Il ne les faut envisager que comme pis aller.
Voilà qui est entendu : vous avez trouvé un hôtel séculaire au fond d’une cour, ayant deux étages tout au plus, mais fort élevés. Les portes du rez-de-chaussée sont en forme d’arcades, bordées de guirlandes ; deux petites ailes contiennent les écuries et les remises qui, hélas ! resteront vides — n’oublions pas que vous n’avez que 40.000 livres de rente — une autre aile sépare la cour de la rue et présente une haute porte cochère, vermoulue et délabrée si vous voulez, je n’y vois pas d’inconvénient.
Entrons — en voiture, cela va de soi — et descendons sous la marquise dont il vous suffira de faire remplacer les vitres ébréchées.
Voici le vestibule du bas. A moins qu’il ne soit dans un état de dégradation inacceptable, gardez-vous d’y faire donner un coup de pinceau. Les boiseries jadis blanches, un peu salies par le temps, sont le meilleur ornement, le plus sûr témoignage de l’authenticité du style ; de même pour la rampe, qui restera ce qu’elle était sans qu’on se risque à la travestir d’une couleur sacrilège…
On n’admet plus un escalier sans tapis. La pierre polie du vôtre sera donc recouverte d’une moquette à grands ramages, aux tons morts, à la laine épaisse.
Je passe sous silence l’indispensable lanterne suspendue à une chaîne, les palmiers trop classiques des encoignures et, par la grande porte à deux battants du premier étage, je marche en votre compagnie, vers l’appartement lui-même.
Dans l’antichambre, j’aimerais à voir des tables massives, des armoires pesantes, des coffres en chêne et des porte-parapluies monumentaux, mais je n’accorde pas à ces détails plus d’importance qu’il ne faut. Que ce soit décoratif, meublé, pratique, et l’arrivant qui traverse n’en demandera pas davantage.
J’ai hâte, au surplus, d’aborder votre salon. « Votre salon » est le terme général. Dans la pratique, il convient d’en avoir au moins deux, le grand et le petit.
Le grand, c’est le forum, où se donneront les fêtes, où se traiteront les affaires importantes, où l’on entendra de la musique élevée, où se rencontreront les personnages trop éminents pour s’accommoder du petit.
Je le conçois comme un mélange de cabinet ministériel et d’élégant boudoir, avec des tentures sombres, des rideaux et des tapis épais, des meubles de style Louis XIV, recouverts de Beauvais discret et passé. Quelques fauteuils Empire ne feraient pas mauvaise figure, surtout à cause de leur largeur et de leur solidité.
Il est en effet nécessaire de prévoir l’ampleur et le poids de vos futurs familiers. Or, à ne considérer que les économistes, presque tous gras et bien nourris, il est à craindre, qu’au mépris de leur grand principe, ils n’offrent aux sièges plus que ceux-ci ne demandent. Voyez-vous alors le scandale si quelque mignonne bergère Louis XVI, vaincue par la surproduction du visiteur, manque des quatre pieds et s’abîme en grand fracas !
Avec l’Empire et le Louis XIV, rien à craindre ; c’est massif, solide et résistant à supporter un chapitre de chanoines.
Mais, pour le contraste, je souhaite de fines chaises aux barreaux fluets, au bord desquelles se poseront, les effleurant à peine, les jeunes filles, les poètes et les romanciers féministes.
J’exige une queue à votre piano, dans vos lampes massives, de l’huile et non du pétrole ; un lustre modeste, mais copié de Caffieri, sans cristaux ni pendeloques ; et aussi des poufs de brocart mauve, des coussins enrubannés, des abat-jour gigantesques, n’excluant pas les globes des temps sérieux ; des tables chargées de miniatures ; des tabourets dorés pour donner du ton et tout juste ce qu’il faut de bibelots pour prouver qu’on en a.
La cheminée sera sobre, sans baldaquin, à moins qu’il ne soit d’une étoffe très vieille et très précieuse.
Si votre buste n’est pas encore achevé, placez au centre une réduction du Laocoon ou de la Victoire de Samothrace, en bronze évidemment. Enfin des fleurs, des fleurs partout, même de ces fleurs au parfum enivrant et capiteux qui embaument surtout les feuilletons. La femme et la fleur se tiennent de si près !
Il y a la question des portraits d’ancêtres qui est assez délicate.
Étant donné ce que vous êtes et surtout ce que vous aspirez à être, vous ne sauriez vous passer d’un ou deux hommes à perruques et d’autant de femmes à la mode de 1700, avec, bien entendu, des intermédiaires jusqu’à nos jours, de façon à figurer la lignée de votre mari ou la vôtre, au moins depuis le XVIIe siècle, et à prouver ainsi que votre origine a quelque décence.
Si vous possédez les toiles obligatoires, c’est à merveille. Encore faut-il que le costume des ascendants portraiturés dénote un rang social avouable. Dans le cas, par exemple, où votre trisaïeul mort en 1787, serait vêtu d’une souquenille, faites gratter ce qui n’est pas le visage et rétablir, à la place du fâcheux accoutrement, un coquet habit brodé, orné d’une croix de Saint-Louis. N’allez pas jusqu’au cordon bleu du Saint-Esprit, car les chevaliers étant catalogués depuis l’origine de l’ordre, quelque sot héraldiste pourrait vous chicaner.
Si, par contre, vous manquez absolument de ce genre de tableaux, procurez-vous-en dans le plus bref délai, mais pas à Paris, ni même en France, afin d’éviter, plus tard, d’humiliantes reconnaissances.
Explorez des pays perdus, Salamanque, je suppose, dont
Les étudiants joyeux Pauvres mais tous gentilhommes Ayant moins d’or que d’aïeux,
se feront une fête de vous céder, à bon compte, de respectables effigies.
Plus vous en aurez, mieux cela vaudra. On se trouve bien d’en pendre jusque dans les corridors et sachez qu’une tête hirsute, voire patibulaire, datant d’Henri IV, servira plus à votre gloire qu’un pur chef-d’œuvre de l’école italienne qui ne serait pas un portrait.
Combien de gens d’une noblesse indiscutable se livrent pourtant à la chasse aux ancêtres ! Je pourrais vous citer une femme de haut mérite, dont le grand-père joua, sous Louis XV, un rôle politique important, et qui s’est fait, à beaux deniers comptants, une famille rétrospective.
Mais le petit salon nous sollicite.
Là vous êtes libre : c’est un temple menu à côté du grand, une chapelle à côté de la basilique, où votre fantaisie se donnera carrière.
Des sièges larges et bas, des divans moelleux, des tentures guillerettes, des fanfreluches, des bagatelles, des lampes minuscules, des statuettes, des livres joyeux, des gravures égayantes, telle en est la composition préférable. Meublez-le selon le premier caprice venu, car en ce lieu destiné aux confidences, aux bavardages intimes et aux propos aiguisés, vous affecterez de laisser conspirer vos amis, sans y entrer jamais vous-même ostensiblement.
Si parfois vos vapeurs ou votre lassitude vous induisent à une langoureuse intimité, recevez de préférence dans votre chambre à coucher dont l’atmosphère sera plus familière et plus engageante que celle du grand salon, mais moins légère et moins compromettante que celle du petit.
Je la vois, cette chambre, d’une couleur chaude et uniforme avec ses tentures, ses rideaux droits et lourdement plissés, sa chaise longue, ses meubles entièrement recouverts de soie bleu de roi. Tout y est bleu de roi jusqu’au tapis où les pas s’étouffent. Les glaces même n’y réfléchissent que du bleu de roi, à peine rayé çà et là par le blanc laqué des bois Louis XVI.
Aux fenêtres, des stores festonnés, bleus aussi, laissent filtrer une lueur de rêve. C’est comme un peu de ciel enfermé dans les vieilles murailles et tout ce qu’on y dit ou fait doit être céleste. Ne vous effrayez pas : les objets les plus terrestres sont susceptibles d’être, au besoin, présentés sous cet aspect ; il ne faut qu’un peu d’art et d’imagination pour en parfaire le mirage et, à la condition de mettre des formes aux choses, l’on ne sera pas plus malheureux dans votre chambre que partout ailleurs.
A coup sûr, l’ameublement, les couleurs et la disposition de votre chambre à coucher sont articles de conséquence, mais qui ne sauraient primer en intérêt la question des images pieuses, car vous avez de la religion, madame, ou tout au moins les dehors d’une conviction très précise à l’endroit des dogmes catholiques romains.
D’où, nécessité d’afficher quelque part vos croyances, sous forme d’emblèmes éloquents qui soient comme une profession de foi permanente, fixée au mur. Or quel endroit plus propice que la chambre à coucher ?
Les bourgeoises mesquines, les femmes de rien s’estiment heureuses de placarder à leur chevet une mauvaise copie de la Vierge à la chaise ou quelque autre insipide Raphaël reproduit par un pinceau mercenaire, si ce n’est par la chromolithographie.
Il n’en va pas de même de vous à qui vos raffinements artistiques imposent un autre goût que celui qu’on affiche pour les bonnes grosses luronnes qu’une indulgente postérité s’obstine à décorer du nom de Vierges.
C’est du préraphaélite qu’il vous faut, des vierges morbides et verdâtres, contournées et maigrichonnes devant lesquelles, avec un peu d’auto-suggestion, vous arriverez comme tant d’autres à goûter des sensations intenses, non encore éprouvées.
On en trouve aisément par le temps qui court et Montmartre possède une phalange de troublants primitifs qui vous peindront, pour un morceau de pain, tous les saints du paradis, au degré de décomposition que votre dilettantisme leur indiquera.
Avec cela, un christ janséniste aux bras verticaux, un rosaire en noyaux d’olives du Golgotha compléteront avec avantage votre exhibition dévote, ce qui revient à dire que vous devez en cela, comme en tout, tâcher à n’être pas banale, sans pourtant faire étalage d’une originalité suspecte.
Ai-je besoin de mentionner que votre chambre vous est strictement personnelle et que celle de votre mari est à une distance suffisante pour vous éviter les surprises ?
Enfin je ne saurais m’éloigner sans jeter un coup d’œil à votre cabinet de toilette, à cet arrière-refuge où personne jamais ne pénétrera, même et surtout votre mari, en dépit de ses tentatives pour y être autorisé.
Personne, ai-je dit, et je ne souffre nulle exception, du moins lorsque vous y êtes, mais l’on doit avoir une vague notion de ce qui s’y trouve et de ce qui s’y passe. Ne prenez pas la peine de renseigner là-dessus âme qui vive ; les domestiques s’en chargeront avec d’autant plus de profit qu’ils joindront à leurs rapports ce je ne sais quoi d’exorbitant et de merveilleux qui donne aux propos de valets une saveur si singulièrement pimentée.
Vous me comprendrez mieux tout à l’heure.
Ce cabinet, vous allez l’installer dans une grande pièce, prenant jour par un plafond en verre dépoli et munie d’une alcove où sera la baignoire.
Les murs seront tapissés de nattes et le sol recouvert de carreaux de vieille faïence formant mosaïque, tandis que deux rideaux s’ouvrant ou se fermant à volonté, isoleront ou dégageront la suggestive alcove.
Il est à désirer que la toilette de marbre rose, où l’eau arrive directement, soit immense et à deux cuvettes. Pourquoi deux ? Je l’ignore, mais il est bien certain qu’il est plus confortable d’avoir deux cuvettes qu’une seule.
C’est un des rares endroits où tous les raffinements modernes seront admis : électricité, chauffoir, calorifère, etc.
Sur les tablettes de marbre, disposez à profusion les brosses à dos d’ivoire chiffré de vermeil, les peignes d’écaille blonde, les limes d’argent, les pierres ponces, les éponges grandes et petites, les pots, les flacons, les ongliers et, en général, toutes les pièces composant l’arsenal usuel d’une femme supérieure, très méticuleuse par conséquent dans le soin de sa personne.
De plus vous aurez… ici je ne serais pas fâché d’utiliser une périphrase. Le mot « arsenal » échappé tout à l’heure à ma plume va me la fournir.
Votre cabinet de toilette n’est pas seulement un arsenal mais une place forte pourvue d’une garnison où toutes les armes sont représentées.
Dans les peignes et les brosses qui cheminent à travers les broussailles de la chevelure je reconnais l’infanterie ; les ciseaux, les limes et les pinces personnifient assez bien le génie rasant les futaies, creusant des parallèles ; l’artillerie, c’est les boîtes et les houppes chargées de poudre, mais par bonheur toujours à blanc… Il nous reste à découvrir la cavalerie… Ah ! madame, vous l’avez déjà nommé ce gracieux instrument quadrupède, m’évitant ainsi de démêler, dans un trivial examen, de quoi il tient le plus, du cheval ou du violon.
Eh bien ! efforcez-vous d’en dénicher un qui soit historique, doré, garni de petits amours polissons.
M. Victorien Sardou possède, dit-on, celui de Mme du Barry. (Comme ce n’est pas le talent qu’on y baigne d’ordinaire, j’imagine que le pauvre ustensile doit regretter amèrement, par comparaison, son amazone de jadis.)
Vous auriez celui de Voltaire ou de Mme du Deffant qu’un peu de leur gloire vous arriverait par lui…
Mais, dites-vous, suffisamment édifiée, et la baignoire ?
J’y viens, madame. Pour le côté historique, vous serez ici plus embarrassée : la baignoire de Marie-Antoinette et celle de Napoléon sont toujours dissimulées sous leur sopha, l’une à Versailles, l’autre au Grand Trianon ; le sabot de Marat est au Musée Grévin, la vasque du duc de Morny au Palais-Bourbon. Aucune n’est à vendre.
Contentez-vous alors d’un engin moderne bien conditionné.
Au reste l’intérêt n’est pas dans la baignoire mais dans l’alcove où elle sera enchâssée. A part naturellement, le côté qui s’ouvre sur le cabinet de toilette, que l’alcove entière soit tapissée de grandes glaces ; à droite, à gauche, au fond, au-dessus. Je veux des miroirs horizontaux, verticaux, transversaux, de façon que votre joli corps s’insinuant dans l’eau tiède et parfumée, vous soit visible de tous côtés, avec ses plus ravissants raccourcis, ses courbes les plus enchanteresses.
Et ne m’accusez pas, s’il vous plaît, d’excitations suspectes, d’arrière-pensées libidineuses. Je n’invente rien ; je décris tout uniment la cabine de bain que j’ai vue et dont se servait, au château de Compiègne, il n’y a pas encore trente ans, l’Impératrice elle-même.
L’avantage de tout cela sera, non seulement de vous procurer journellement la contemplation délicieuse de vos propres appas, mais de faire répandre par votre femme de chambre qui vous reçoit le peignoir ouvert, au sortir de l’eau, des détails affriolants sur vos secrètes beautés, sans qu’il en coûte rien à votre pudeur.
On saura, parmi vos admirateurs, ce qu’il est bon que l’on sache et les médisants n’y trouveront rien à dire.
CHAPITRE II LA TABLE
Il m’a paru bon de réserver, pour en parler à loisir, la pièce la plus utile de l’appartement et le plus indispensable de tous les meubles.
C’est de la salle à manger qu’il s’agit d’abord, de cet autre sanctuaire où l’on rencontre l’autel vénéré par excellence et dont les fidèles pratiquent assidûment le culte, j’ai nommé la TABLE.
Ne vous y trompez pas, madame, si le velours de vos yeux, l’attrait de votre sourire, le charme de votre causerie, la grâce de vos gestes établissent votre empire sur une multitude de cœurs, il est infiniment plus sûr et plus profitable à votre supériorité de vous attacher les intestins de vos admirateurs.
L’amitié s’use, la reconnaissance s’aigrit, l’amour s’envole, seule la faim est vraiment stable.
Il ne faut pas au moins prendre le change sur le mot et lui attribuer le sens vulgaire que lui donnent les misérables. Il est clair que nul représentant de votre élégante clientèle n’arrivera chez vous, les dents longues, le ventre vide, prêt à se ruer sur le potage. Les gens du monde n’ont jamais faim — combien s’en plaignent ! — et ils laissent à la canaille la grossièreté d’une telle sensation, se réservant, comme une volupté de bonne compagnie, le plaisir délicat de goûter à mille riens exquis, de savourer les chefs-d’œuvre culinaires qui sont la gloire de notre époque.
Or, je le répète, si le désir de régner exclusivement sur les cœurs et les esprits dénote une louable ambition, la vôtre, il trahit également un sens incomplet de la domination.
César, en présence de l’armée de bellâtres que commandait Pompée, criait à ses vétérans : « Frappez au visage, » estimant avec raison que ses jolis adversaires, dans la crainte d’être défigurés, ne résisteraient pas à une semblable manœuvre. Ce fut en effet ce qui arriva et la victoire récompensa la clairvoyance du fameux dictateur.
Eh bien ! je vous le déclare, si vous souhaitez un triomphe rapide et sûr, frappez à l’estomac.
Chez tout le monde, c’est le point vulnérable. Il n’est pas d’homme qui ne soit sensible à la perspective d’un fin repas et tel, qu’un bal ou même un rendez-vous galant laisse indifférent ou… désarmé, retrouve ses vingt ans pour aller dîner en ville.
Mais procédons par ordre.
En un temps où la plupart des salles à manger affectent une somptuosité lourde de brasseries allemandes, avec leurs tentures sombres, leurs meubles massifs, leurs chaises rembourrées, leurs tables pataudes, il importe d’introduire dans la décoration de la vôtre un goût plus riant et plus français.
La comparaison sera faite, on trouvera que, chez vous, la bonne humeur attend les convives dès le seuil ; on aimera à se rendre à vos invitations, non seulement pour la bonne chère qu’elles sous-entendent, mais aussi pour le plaisir que se promettent les yeux accoutumés aux richesses un peu funèbres des autres maisons.
Pour cela, le frivole Louis XV s’impose.
Les murs seront en boiseries réséda, ainsi que les portes, avec de petites arabesques de même couleur et des boutons de serrure en bronze éteint. Le tapis recouvrant le parquet sera, lui aussi, réséda uni, sans fleurs, sans ornements d’aucune sorte. Les rideaux des fenêtres seront de toile peinte, où l’on verra, par transparence, d’agréables dessins de l’autre siècle.
Bannissez les chaises incommodes et banales pour les remplacer par de mignons fauteuils cannés, de pur Louis XV, recouverts d’une fraîche peinture réséda.
Dédaignez de même ces dressoirs monstrueux bourrés de vaisselle hétéroclite, d’objets en toutes sortes de métaux, disposés en étalage avec la plus bourgeoise prétention.
Au lieu de ces magasins encombrés et encombrants, placez de menues consoles du style et de la teinte du reste, sur lesquelles des fleurs mettront leurs notes plus vives, ou bien encore de petits buffets aux lignes gracieuses, dans les vitrines desquels vous pourrez installer sans inconvénient quelques tasses minuscules de vieux Saxe, avec des bleus de Sèvres pour servir de fond. Mais, encore un coup, pas de ces amoncellements d’or et de vermeil, éblouissants comme la guimbarde d’un marchand de vulnéraire.
Au milieu de tout cela, il faut une table aux pieds courbes, fort grande et recouverte d’une nappe blanche, à moins cependant que vous ne préfériez le dessus entièrement en glace, ce qui se voit dans quelques maisons et serait, chez vous, d’un effet ravissant.
En matière d’éclairage, vous pensez bien que je réprouve avec horreur, la hideuse suspension ainsi que ses poulies grinçantes, ses chaînes et son inénarrable contre-poids.
Pour illuminer ce cadre aux couleurs aimables et douces, pour emplir la salle entière d’un éclat à la fois puissant et modéré, capable de faire valoir le service mais non d’éblouir, il n’y a de possible qu’un lustre.
Encore est-il indispensable qu’il soit de taille à remplir son office. Quarante lumières y suffiront, aidées par deux candélabres Louis XV comme lui, si l’assistance est nombreuse et la salle très longue.
Quant au couvert, la sobriété des alentours vous autorise à y déployer toute la profusion qu’il vous plaira.
C’est l’occasion de montrer que vous possédez de la vaisselle plate et surtout que vous vous en servez, bien loin de l’immobiliser dans le calme pompeux d’un étalage.
Des fleurs, beaucoup de fleurs, des flacons au col d’or, des verres à l’insaisissable filigrane, des fourchettes, des couteaux guillochés, couverts de toutes les armoiries qu’il vous sera loisible de rassembler.
Si les soupières précieuses, les aiguières et les plats d’argent sont un peu dépolis et bossués, tant mieux. C’est moins éclatant mais il semble ainsi que votre vaisselle ait affronté les siècles et vous vienne de ces lointains aïeux qui sont pendus au grand salon.
Au cas où vous auriez acheté en bloc, un lot d’argenterie, veillez à ce qu’on n’y trouve pas les armes de l’Empereur ou de la Ville de Paris ; la splendeur des alliances a ses limites et le vraisemblable exige la plus prudente considération.
Mais tout cela n’est que mise en scène et, si délicieux que soit le régal offert aux regards de vos invités, une assiette d’or vide ne vaut pas une écuelle garnie.
Oh ! je sais bien : on entend tous les jours des gens déclarer, après le dessert, que la jouissance du repas est bien moins dans le repas lui-même que dans la façon dont il est servi. Propos de gavé, madame, que nul n’oserait tenir avant les hors-d’œuvre et dont vous ne bénéficieriez pas, si, comme Mme de Maintenon, vous remplaciez le rôt par un conte.
Que cette remarque ne vous rejette pas dans l’excès contraire et ne vous induise, en aucune manière, à présenter, sur votre table, des morceaux énormes, des viandes formidables, dégouttantes de sang, des monceaux de légumes à six sous la livre ou des tartes copieuses, d’une digestion difficile.
Non, vous vous tiendrez à ce qu’on nomme communément un dîner très parisien, c’est-à-dire composé de petits plats, en grand nombre, tous accommodés selon des formules impénétrables.
En principe, un mets « nature » ne doit pas paraître à vos dîners. Mettrait-on tant de hâte à y venir s’il ne s’agissait que de manger des œufs à la coque ou des poulets rôtis ?
Vous ne le supposez pas. Et puis on aime à se croire le palais blasé, à se dire qu’on a dégusté dans sa vie tant et de si bonnes choses, qu’une sensation neuve est désormais bien improbable. Quel triomphe, alors, si vos mystérieuses mixtures dissipent pour un instant le scepticisme des tubes digestifs qui vous honorent de leur préférence !
Mais il faut boire aussi. Ah ! s’il existait des vins Louis XV, du Vougeot des moines 1760 ! Quelle harmonie dans le style ! Quelle poussière d’ancien régime sur la bouteille !
Je crains, hélas ! que les générations passées, aussi gourmandes que nous, n’aient point eu la préoccupation de vous réserver de ce nectar rarissime.
Cherchez donc dans l’espace ce qui fait défaut dans le temps et si les dates extravagantes demeurent inabordables, que les pays lointains fournissent à l’envi de quoi remplir les bataillons de petits verres.
Des vins de Tokay, de Chypre-Larnaka, de Perse, du Thibet, de Bornéo, de Vancouver, que sais-je encore ! Voilà de quoi donner des sensations neuves et vous faire une belle renommée !
Car cela se saura. Lorsque votre cour de gourmets sera dispersée, chacun s’en ira de son côté dire, d’un air important, soit au cercle, soit au Bois, soit ailleurs : « Il n’y a plus que chez Mme X*** qu’on dîne ! »
Or, le jour où pareil propos sera colporté sur vous et vos menus, vous serez bien près d’atteindre au prestige rêvé, par la bonne raison qu’il en sera de vous comme d’Amphitryon, et que c’est une vérité reconnue que la véritable femme supérieure est la femme supérieure où l’on dîne.
CHAPITRE III LA CHAISE LONGUE
On ne se rend pas suffisamment compte, en général, de la puissance extraordinaire que représente une chaise longue. Aussi voyons-nous la plupart des femmes négliger ce meuble incomparable, le laisser à l’état de capital endormi, sans se douter que dans cet assemblage de bois, d’étoffe et de ressorts, il y a l’arme la plus sûre, la plus irrésistible, qui se puisse imaginer, en même temps qu’un trésor d’où, par une exploitation éclairée, pourraient sortir des profits incalculables.
Même, assure-t-on, il y a des femmes qui n’en ont pas. Cela revient à s’avouer vaincue d’avance dans toutes les batailles de la vie, à renoncer, je ne dirai pas seulement à régner, mais à tenir sa place dans le monde.
Certes, toute femme ne saurait être supérieure. Encore est-il parfois indispensable qu’elle exerce une influence, manifeste une initiative, existe enfin. Or, rien n’est plus aisé avec une chaise longue, et nous allons voir que si elle est d’un si grand secours dans la vie usuelle, elle n’est pas moins utile dans les hauteurs auxquelles vous tendez.
Si la chambre à coucher est le temple, la chaise longue est le piédestal. Cela n’a pas l’excessive intimité du lit, non plus que la correction cérémonieuse du fauteuil ; c’est le meuble universel servant à tout, une sorte de terrain neutre où vous pouvez, sans gêne, si vous le jugez bon, accueillir quelques prévenances de votre mari, écouter d’amusantes médisances, recevoir d’excellents amis, morigéner les domestiques. On y peut tout faire, vous dis-je, et bien d’autres choses encore.
Mais, objectez-vous, ne ferait-on pas aussi bien tout cela dans une bergère ?
Que non pas ! En dehors de la facilité d’être assise ou étendue sur une chaise longue, selon la conjoncture, comptez-vous pour rien les ondulations, les courbures de taille, les détours de torse auxquels elle oblige ? Y a-t-il un meuble au monde capable de mettre aussi parfaitement en valeur votre personne ?
Une bergère ! Le premier venu est capable de s’asseoir dans une bergère ! Une créature du commun saura s’y installer sans se couvrir de ridicule ! Votre propre femme de chambre y ferait une figure avouable ! Tandis qu’il faut être douée pour se laisser tomber décemment sur une chaise longue. Il y a presque du génie et, en tout cas, un art superlatif dans ce coup de hanche imperceptible qui rejette la robe du côté où elle doit se déployer sur la partie du siège inoccupée, pendant que le corps, rejeté à l’opposé, s’abandonne et se pose.
Admettez-vous un instant comme possible que le hasard seul préside à un mouvement d’autant plus compliqué que l’apparence en doit être plus naturelle ?…
Ce n’est rien encore.
La chaise longue est intéressante et précieuse, surtout en ce qu’elle évoque, par une association nécessaire, la question des vapeurs.
Bien souvent je me suis lamenté sur ce que les femmes d’aujourd’hui n’ont plus de vapeurs. Que dis-je ? Sait-on même ce que cela peut être, dans ce siècle de la vapeur, ignorant ou dédaigneux de la grâce des pluriels !
C’est un fait. Les vapeurs ont disparu de notre ciel intime, sans, hélas ! qu’il en ait moins de nuages, et c’est précisément à cause de leur caractère délicat et léger qu’on leur a fait la guerre.
Jadis — je parle de nos arrière-grand’mères — lorsqu’un souffle passait, dérangeant la poudre d’une coiffure, que le bengali dans sa cage semblait triste et congestionné, que le carlin n’avait pas mis dans sa digestion la réserve habituelle, qu’une amie d’enfance venait de rendre l’âme, qu’une porte, soudain, battait avec violence, lorsque l’azur du ciel se pommelait de gris, que le livre attachant arrivait à sa dernière page, ou que, seulement, le seigneur et maître rentrait plus tôt qu’il n’avait annoncé, la dame se renversait sans hâte au dossier de la chaise longue, prenait encore le loisir d’étendre ses pieds mignons, puis, les yeux clos, les lèvres entr’ouvertes, les joues pâlies et les bras morts, elle attendait qu’on lui rendît le sentiment avec des sels et des cordiaux appropriés.
Rien n’était charmant comme la compagnie empressée autour de la jolie malade, mêlant, dans chaque mouvement, le murmure des mots échangés à voix basse avec le bruissement des habits de soie.
On délaçait la pauvrette, qui maintes fois, s’attardait volontairement dans la syncope, afin de ne point priver d’un aimable spectacle ceux qui l’allaient quérir dans son corsage. Mais bientôt la vie revenait, sous forme de sourire, avec un peu de rougeur du désarroi, et l’on se complimentait sur le dénouement toujours prévu, toujours heureux.
Un peu de tristesse dolente persistait tout le jour, dont les familiers n’éprouvaient que la langueur, sans la moindre âpreté, jusqu’à ce que, le tour de carrosse, le souper et le bal étant venus, les papillons noirs prissent leur vol, ne laissant pas même après eux le sillage du souvenir.
Quelques belles, en proie à ces menus soucis, guerroyaient contre eux et, d’une attaque, les mettaient en déroute ; d’autres les portaient au lit et, doucement vaincues, s’endormaient avant eux, mais toutes en souffraient de si bonne grâce et perdaient si peu, dans l’aventure, leur désir et leur science de plaire, qu’on s’empressait plutôt à les soigner qu’à les plaindre, parce que la plainte se peut envoyer de loin, tandis que le premier soin à donner était de dénouer le cordon du corset…
Voilà, ou à peu près, ce qu’étaient les vapeurs.
En regard de ce gracieux tableau, quel équivalent contemporain possédons-nous ?
Ah ! madame, c’est à frémir. Non seulement la chose a perdu son attrait, mais le nom même est victime de la désuétude. Une femme, à l’heure actuelle, je le répète, n’a plus de vapeurs, elle boude, elle rognonne, elle bougonne, et l’on dit qu’elle le fait à la pose, lorsque, par miracle, ce n’est point à l’oseille !
Sans vouloir épiloguer sur le caractère amèrement expressif de cette allusion potagère, je vous supplie, au nom de votre intérêt, d’être la restauratrice des vapeurs.
Et ce serait juger superficiellement ma pensée que de la croire en tout motivée par l’agrément des afféteries innocentes ou le plaisir d’assister à votre évanouissement.
La portée des vapeurs est autrement considérable, autrement pratique.
Un exemple : Vous attendez la visite d’un concurrent, d’un adversaire, d’un mécontent, d’un créancier, d’un homme, par conséquent, dont l’esprit n’est pas à la patience, ni au marivaudage. Il ne vous est pas permis de l’évincer : les circonstances vous obligent à le recevoir en personne.
Au coup de sonnette, vous vous jetez sur votre chaise longue, où le visiteur vous trouve demi assise, demi couchée, entourée d’une armée de coussins dont le duvet se creuse sous la molle pression de vos membres.
Le tableau, à coup sûr, n’est pas pour rebuter ni pour faire naître la fureur : du reste, il serait sans précédent qu’un homme irrité ne se calmât pas à l’instant devant une femme armée d’une chaise longue. C’est magique !
« Monsieur, dites-vous d’une voix à peine distincte, bien que très souffrante, j’ai tenu à vous recevoir moi-même… »
Et vous allongez vos jambes, avec une fugitive grimace de souffrance, tandis que votre interlocuteur, hypnotisé par la chaise longue, balbutie : « Oh ! Madame… Mille pardons… C’est moi… Comment donc… »
Or, n’est-il pas vrai, quand un homme en est là, il est bien superflu de perdre le temps à discuter. Vous expédiez donc votre visiteur en trois mots et lui dites pour préciser le congé : « Pardonnez-moi de ne pas vous reconduire. Je suis si faible que… »
Vous le verrez se lever, se confondre en excuses et sortir à reculons.
Si pourtant, contre toute prévision, le faquin osait parler haut, maintenir ses revendications ou ses doléances, jugez quel rôle odieux il est en votre pouvoir de lui donner. Un homme qui abuse de l’impuissance et de la maladie d’une femme pour la tourmenter, l’injurier presque ! Fi, quel goujat !… Tel est le thème ; les variations sont infinies.
J’en ai dit assez, je crois, pour vous faire apprécier l’immense parti à tirer des vapeurs ; c’est l’art d’obtenir sûrement par la faiblesse ce que la force ni l’autorité n’eussent peut-être jamais obtenu.
En tout cas, et c’est là ce que je tenais à vous démontrer, souvenez-vous, madame, qu’il n’est pas de vapeurs sérieuses sans chaise longue !
CHAPITRE IV LA TOILETTE
Il ne s’est jamais rencontré de femme indifférente à la toilette. De la plus riche à la plus pauvre, de la plus belle à la plus disgraciée, de la plus jeune à la plus vieille, toutes, mais toutes, madame, entendez-vous, toutes, sans l’ombre d’une exception, tournent leurs pensées ravies vers cet idéal sans pareil : la toilette.
La toilette ! Le mot seul renferme tout un monde. La toilette, ce n’est pas les vêtements, ce n’est pas le luxe des étoffes, le prix des bijoux, l’éclat des parures ; ce n’est pas la multiplicité ni le changement continuel des atours ; c’est quelque chose de plus haut et de plus abstrait, de plus général et de plus accessible qu’on pourrait préciser en définissant la toilette : l’art d’accorder chaque objet avec l’effet qu’il doit produire et de lui faire produire son maximum d’effet.
Vous voyez qu’il n’est pas question de fortunes fabuleuses, de couturiers exorbitants. L’argent ne fait rien à la chose ou plutôt ne sert qu’à son côté matériel. Mais ce goût exquis, ce tact délié qui, dans la cervelle de toute femme, préside à la toilette, se rencontre, à des degrés divers, aussi bien chez le trottin que chez la femme du banquier. Cela vous vient avec la vie et vous coule dans le sang jusqu’à votre dernier jour, inconsciemment peut-être, mais avec quelle persistance et quelle force !
Les temps, les lieux, les circonstances, rien n’y fait. Il en va ainsi depuis que le monde est monde et je ne suis pas sûr que la toilette ne trouvera point le moyen de lui survivre.
Tenez, pour appuyer mon dire, je vous veux mettre sous les yeux l’exemple de notre mère commune, Ève, la première qui s’aperçut des inconvénients de la nudité, la première qui eut ou à qui l’on imposa l’idée de couvrir son corps, l’inventeur de la toilette par conséquent.
Certes, son premier accoutrement ne faisait guère prévoir les merveilles de la rue de la Paix, mais encore un coup, c’est la permanence d’un état d’esprit que je veux démontrer, non la nécessité d’être millionnaire pour aimer à s’habiller.
Donc, voici Ève confuse, fort décontenancée d’être nue et dans l’obligation de se vêtir à bref délai.
Vous imaginez sans doute que, pressée par le temps et les menaces de l’Éternel, notre aïeule va s’emparer d’un bananier pour s’y tailler un jupon, se couper un corsage ample et discret dans une feuille de rhubarbe ou tout au moins s’improviser un peignoir en réunissant des feuilles de nénuphar et de catalpa qui sont larges, rondes et faciles à travailler.
Que c’est mal connaître la femme !
Elle se dit, dans le temps d’un éclair, que tout cela sera massif, raide, disgracieux, que, sous prétexte de cacher des nudités, tout risque de disparaître, que si le rôle des vêtements est en effet de dissimuler, celui de la « toilette » est sinon de laisser voir, au moins de fournir des indications qui permettent de deviner. Aussi, sans hésiter, elle se tresse une ceinture en feuilles de figuier ! Or, vous connaissez ce genre de feuilles, formées de grandes dents, profondément évidées, dans les intervalles desquelles nombre d’aperçus étaient encore possibles.
Adam ne s’en plaignit pas, car, une fois la pudeur imaginée, le contraire commençait à prendre du prix et la ceinture en figuier constituait bien une toilette au sens coquet du mot, puisqu’elle faisait valoir précisément ce qu’elle avait la prétention de masquer.
D’ailleurs, Adam, assez détaché jusque-là des attraits de sa femme, y trouva tout à coup des charmes inconnus et j’y vois la preuve que la toilette sert à quelque chose puisqu’en fin de compte, c’est peut-être à cette ceinture de figuier que nous devons indirectement le jour. Et notez que la poitrine n’était pas encore cataloguée parmi les objets honteux, indignes de la lumière : nous serions sans doute, aujourd’hui, trois fois plus nombreux dans le monde si Ève eût eu l’occasion d’affoler Adam par un décolleté canaille en feuilles de mimosa.
Passons. Il n’est plus discuté que toute femme aime la toilette et nul ne conteste que ce soit à bon droit.
Il est temps, malgré tout, de faire intervenir une mince restriction en déclarant que si ce goût est en effet universel, il n’est point toujours également judicieux. Et c’est là, sans parler de la beauté variable ou des fortunes inégales, qu’est le véritable terrain où se peut affirmer la supériorité d’une femme. Idolâtrer la toilette, s’attarder devant son miroir n’est rien s’il n’en résulte quelque heureuse trouvaille, quelque innovation qui s’impose.
De plus, il y a la mode qui est pour beaucoup un chemin tracé, d’où le respect humain, le manque d’invention ou la confiance en de plus avisées les empêchent de s’écarter.
Or, madame, souvenez-vous de ce que je vous ai dit des préjugés mondains dont la mode est peut-être le plus despotique et le plus conventionnel. Vous pouvez la railler, la maudire même, à la condition de lui obéir, au moins dans ses grandes lignes.
Ainsi, n’avoir pas, en ce moment, des manches bouffantes et aplatir vos coutures d’épaule, équivaudrait à une affectation ridicule, bonne tout au plus à faire croire que vous voulez économiser l’étoffe.
Mais, comme il ne faut pas que cette obéissance tourne à la soumission servile, courez en avant de la mode ; inventez quelque arrangement ingénieux. Que diable, vous avez bien autant de génie créateur que les petites couturières qui promènent d’atelier en atelier leurs modèles en mousseline.
Et quelle gloire que d’attacher son nom à un détail de la toilette féminine ! Gloire durable, madame, ne vous déplaise, dont vous auriez mille fois tort de faire fi. Combien de femmes ne connaissent Rembrandt que comme parrain d’un grand chapeau ! Tout le monde sait que Mme de Pompadour a baptisé les étoffes à fleurettes, tandis que l’on soupçonne à peine, l’existence de M. d’Étioles, son mari honoraire. Le mot Médicis évoque à la pensée une série de larges cols, bien avant les hauts faits de Laurent le Magnifique, et les bonnes grâces de Louis XIV eussent été impuissantes à sauver de l’oubli Mme de Fontange, sans le nœud de ruban qui nous en a gardé le nom.
Évertuez-vous donc à corriger et à pousser la mode, tout en lui empruntant ce qu’elle peut avoir de profitable pour vous.
Il est, en matière de mode, comme du reste en tout, deux camps bien tranchés. L’un, à peu près uniquement composé de jeunes gens, assure que jamais les femmes ne furent si gracieuses et si bien attifées. L’autre, celui des vieux, trouve tout excessif et ridicule, soutenant qu’en 1850, les femmes avaient autrement d’aisance pour porter la toilette.
Souriez à tous les deux, ne désobligez ni l’un ni l’autre. Dans ce but habillez-vous selon le goût du premier camp et faites chorus, en paroles, avec les récriminations du second ; c’est, énoncé sous une autre forme, le principe que je vous rappelais tout à l’heure.
Si, maintenant, nous passons à un examen plus détaillé de la question, il vous semblera naturel d’envisager la toilette au triple point de vue de l’intérieur, de la ville et des réceptions ou, plus logiquement encore, du matin, du jour et du soir.
Au saut du lit, vers onze heures, — une femme supérieure doit se lever tard, la vie intelligente ayant toute son intensité la nuit — au saut du lit, dis-je, votre chemise de batiste très claire mais très montante tombe et vous passez au bain.
Puis, une fois frictionnée par votre femme de chambre, vous endossez une chemise de jour également très fine, mais très ouverte cette fois et bordée de dentelles. A ce premier vêtement, s’ajoute une légère matinée, recouverte elle-même d’un épais et long peignoir de laine. Les pieds dans vos mules, installée dans un fauteuil en face de votre miroir, vous allez être coiffée.
C’est là l’une des plus graves opérations de la journée dont vous ne chargerez qu’un professionnel ou une camériste très experte.
Vous comprendrez en effet l’importance inhérente au choix et à l’exécution d’une coiffure si vous prenez la peine de remarquer que la chevelure est l’ornement naturel par excellence et aussi celui qui encadre directement le visage, qui peut le mettre en valeur ou le déprécier, d’où peut dépendre le succès d’un sourire, la portée d’une expression.
En ce moment, il n’y a pas, régissant la matière, de mode impérieuse, ce qui implique la nécessité de se fonder, pour choisir, sur des considérations esthétiques supérieures à la vogue du moment.
Sans doute, vous allez me citer la coiffure ondulée à la grecque, avec l’obligatoire blond vénitien. De grâce, madame, n’insistez pas. La teinture est indigne de vous et cette façon de s’accommoder est si répandue dans le demi-monde que je croirais manquer au respect que je vous dois en essayant seulement de vous en écarter.
Les cheveux dans le dos, à l’Ophélie, donnent l’air bébête ; la torsade en casque, rappelle trop Nana et la coiffure relevée, à la chinoise ou même à la Lamballe, manque de caractère.
Ce qui fera merveille, dans votre cas, c’est la coiffure à grands bandeaux, dits à la vierge, avec le petit chignon sur le haut de la tête, afin de la distinguer des vieilleries datant de Louis-Philippe. Que les bandeaux soient un peu bouffants et ondulés, je ne m’y oppose pas, mais qu’ils soient étoffés et relevés par une belle courbe, voilà l’essentiel.
Vous devinez bien qu’ici encore c’est la fureur du préraphaélite qui nous guide. Et même, si vous consentiez à entrer tout de bon dans votre personnage de femme supérieure, il serait opportun que votre teint arrivât, de pâleur en pâleur, à cet indescriptible ton olivâtre, où les jaunes indistincts se fondent dans d’insaisissables verts et qui est comme le sceau de la morbidesse intellectuelle. Mais contentez-vous des bandeaux sans vous astreindre à effeuiller les roses de vos joues que vous serez bien aise de retrouver, le jour où le goût des jolies choses saines sera revenu.
Au surplus, les bandeaux suffisent pour conférer un aspect troublant et vous savez qu’une femme déclarée troublante a le droit de ne plus mettre de bornes à ses ambitions.
Qu’est-ce au juste qu’une femme troublante ? Mon Dieu, c’est une femme qui porte des bandeaux et qui donne à dîner. Tous les pions maladifs et les pique-assiette artistiques qui se presseront à votre suite, si vous remplissez seulement ces deux conditions, vous prouveront que mon cercle n’est pas si vicieux qu’il en a l’air et qu’une femme supérieure n’est pas, le plus souvent, ce qu’un vain peuple pense.
Mais revenons à nos moutons.
Vous êtes coiffée, pomponnée, poudrée, c’est l’instant de la robe de chambre, de cette robe que revendique la chaise longue et sous laquelle s’abriteront vos vapeurs et vos lassitudes.
Gardez-vous des oripeaux, des crépons vert d’eau, des satins aurore, des rubans, des fouillis de dentelle qui tombent flasques, s’effondrent en plis mesquins et battent les talons.
Le mieux est un velours cossu d’une couleur noble, soit bleu de roi qui est la teinte de votre chambre, soit jaune capucine qui en est la complémentaire. Encore une fois, pas de fanfreluches, mais une longue queue destinée à faire sur le sol une traîne chatoyante et, sur la chaise longue, un éventail princier.
Que cette robe, du col aux pieds, tombe droite, à peine ajustée, simplement fermée par des brandebourgs et flanquée de manches énormes serrées à partir du coude, jusqu’au poignet.
Alors, quand, installée sur l’éternelle chaise longue, vous jugerez de l’effet d’un accoutrement à la simplicité si somptueuse, vous comprendrez que la robe à elle seule impose et que l’interlocuteur soit subjugué avant même que votre bouche se soit ouverte.
Car les étoffes ont leur éloquence et leurs facultés propres.
Le foulard, les soies de Chine, c’est le sans-gêne, le laisser-aller, l’inertie ; cela s’affale, cela se déchire, cela se viole avec la dernière aisance et il semble qu’un vêtement ainsi composé invite au manque de respect et à la familiarité malséante.
Dans le taffetas et le satin luisant se distinguent l’orgueil de paraître, le désir d’étonner à peu de frais. Il n’est pas jusqu’au bruit de l’étoffe qui ne semble, à tout propos, réclamer l’attention. Ce sont des tissus accapareurs qui importunent et dont on est vite las.
Au contraire, du damas opaque, de la faille rigide, du velours épais se dégagent des sensations hautes, des pensées graves et imposantes qui remplissent l’âme de leur grandeur. Il est bien rare qu’on insulte une femme en robe de velours. Avec le foulard ou le taffetas, je ne réponds de rien !…
Mais le temps a marché, vous allez sortir pour les visites.
Laissez-moi, puisque nous voici venus à la toilette de ville, vous prémunir contre une tendance désastreuse à laquelle, peut-être, les circonstances vous porteraient à vous abandonner.
C’est la tendance au genre artiste que je veux dire.
Ce genre vous le connaissez comme moi : il est aussi classique que peu varié, car il consiste, à peu près uniformément, à s’affubler de chapeaux monstrueux et de vêtements rouges.
Pourquoi pas vert-chou, évêque ou jonquille, si c’est le voyant qu’on cherche ? Je l’ignore et n’essaie pas de pénétrer le mystère. Je constate seulement que le rouge est la couleur artiste.
Malheureusement, la plupart de celles qui promènent ainsi leur silhouette incendiaire, non contentes d’arborer avec indépendance une couleur peu goûtée par le commun, se sont avisées que le corset, les agrafes, les gants étaient préjugés de crasses bourgeois. De là, des tailles à peine équarries, des poitrines ballottantes, des mains noires et des corsages entre-bâillés sur des dessous où l’ombre ne met pas seule du gris.
Cela peut faire le compte d’une femme qui n’est qu’artiste (?) mais non celui d’une femme du monde comme vous.
Laissez aux grisettes d’atelier les guenilles éclatantes ou exotiques, les dessous douteux et les panaches exorbitants.
En dehors du linge quotidiennement renouvelé, du corset de la bonne faiseuse, des escarpins vernis, des gants blancs portés une fois, des corsages sobres, habilement ajustés, des chapeaux sérieux et des robes toujours fraîches, il n’y a point pour vous de salut.
En d’autres termes soyez d’une élégance raffinée mais ennemie du tapage et que le passant vous prenne pour la première venue s’il n’est connaisseur ami de l’observation.
D’ailleurs, les journaux de mode et vos amies vous offriront assez de modèles pour qu’avec ces quelques généralités vous ayez en permanence la tenue irréprochable qui est la pierre angulaire de toute supériorité.
Rendez-vous compte aussi que je ne saurais passer en revue, objet par objet, votre garde-robe. Outre qu’il la faut modifier souvent, l’inventaire en serait si long que l’ennui nous gagnerait l’un et l’autre à cause de sa sécheresse et de son inutilité.
Il faut cependant que je vous fasse encore, relativement à la toilette du soir, un petit nombre de recommandations capitales.
Cette dernière toilette a pour but, n’est-il pas vrai, de montrer un peu plus de vous qu’on n’en voit le reste de la journée. Il est donc facile d’en déduire qu’une telle exhibition doit être raisonnée.
Si vous avez le cou de proportions agréables, montrez-le ; si vos épaules sont d’une courbe heureuse et constellées de fossettes, montrez de confiance ; si vos bras sont blancs, potelés et lisses, montrez encore ; si votre gorge est ferme et ronde, montrez toujours ; si votre… au fait, je crois qu’il serait prudent de s’en tenir à ce que j’ai dit.
A ce propos, je vous renvoie bien vite au début de ce chapitre pour vous rappeler qu’en matière de toilette, « montrer » ne signifie pas tout à fait mettre insolemment en lumière et offrir en spectacle, à la ronde, un objet sans le moindre voile. J’en prendrai tout naturellement prétexte pour vous décrire ce que je crois être la meilleure façon de se décolleter.
Je déclare d’abord, en toute impartialité, que les femmes d’aujourd’hui ont, sous ce rapport, le goût bien moins sûr, bien moins aiguisé que leurs mères, et cela par le souci constant qu’elles affichent de se produire aussi nues que possible.
Vous savez ce que nos jeunes filles appellent la « grande peau ». C’est le décolletage extrême pour les bals de cérémonie, qui s’obtient au moyen d’un corsage échancré dans le dos, presque jusqu’à la taille, ouvert devant à peu près dans les mêmes conditions, de manière à éviter tout au plus que le bout des seins n’apparaisse et maintenu sur l’épaule par un étroit ruban.
Un tel calcul est d’une niaiserie insigne.
Le modèle qui pose le nu entier ne produit absolument aucune impression, sans quoi les peintres seraient ataxiques avant trente-cinq ans.
Ce qui fait le charme d’un nu, c’est précisément qu’il soit limité, c’est la conviction où se trouve le spectateur que le peu qu’il voit suppose des merveilles toutes voisines, si adorables, si excitantes, qu’on n’ose les présenter à ses yeux éblouis. Jamais l’attrait d’une gorge cyniquement exhibée ne vaudra l’idéal qu’on se forge avec celle dont on ne perçoit que la naissance.
Un torse nu n’a pour lui que sa propre valeur qui doit être inestimable pour maintenir l’admiration, tandis que le buste dont quelques parties seulement, et bien choisies, sont livrées aux indiscrets a, en plus, l’imagination généreuse du désir auquel on oppose une barrière.
Tout cela n’est pas niable et les « grandes peaux » actuelles ne sont que de malpropres déshabillages, d’autant plus condamnables qu’ils sont plus maladroits.
Adoptez donc, cette fois, la mode de jadis et le décolletage à la Vierge, comme vos bandeaux.
Outre que cette association forme une harmonie de style, on doit reconnaître que la courbe de ce décolletage qui passe comme une caresse le long de la poitrine et des reliefs grassouillets du dos, dessine à ravir toutes les éminences qu’elle longe. A peine distingue-t-on l’origine de la gorge, et pourtant, on la devine, on la sent blottie, craintive, palpitante ; on sait qu’elle est là. Les premiers contreforts de la rose colline, visibles à l’œil, sont prolongés par la pensée qui dessine, à sa fantaisie, des sommets triomphants. Or, qui vous dit que la réalité atteindrait à ces altitudes de rêve ?
Et savez-vous rien de plus joli que ces coins d’épaule entièrement dégagés, émergeant de la vaporeuse berthe de dentelle ? Dans ces deux mamelons satinés, pareils à des seins où n’auraient pas encore germé les boutons d’incarnat, il y a le plus perfide et le plus excitant des nus. Pourquoi ? Parce qu’immédiatement au-dessous, une manche s’interpose ; non pas, vous entendez bien, un ruban, une bretelle, mais une manche qui s’en vient presque jusqu’au coude. L’avant-bras, ce cône allongé, à la forme changeante qui est peut-être le chef-d’œuvre de la femme, ressort à son tour de cette manche où se dissimulent prudemment les parties épaisses et ballottantes du haut.
Vous imaginez-vous que les femmes du temps de Louis XV dont le costume avait des sous-entendus si joyeusement égrillards aient jamais eu l’idée de supprimer leurs manches et d’échancrer démesurément leurs corsages ? En aucune façon. Elles savaient trop bien la valeur d’une réticence pour n’en pas mettre à leurs atours. Et leur conduite en cela n’avait pas, selon toute apparence, pour mobile, une recrudescence de chasteté.
D’ailleurs une mode heureuse tend à imposer maintenant la manche ballon soulignant, comme je viens de dire, l’épaule et l’avant-bras. Une telle manche en velours bleu de roi ou même noir, vous fera des chairs incomparables et donnera à vos formes une étonnante souplesse de contour. Mais où cette même mode devient inepte, c’est lorsqu’elle maintient la pointe en avant, ouverte jusqu’à l’estomac. Encore une fois, et pour me résumer, le décolletage est comme l’héritier d’un oncle bien portant, il doit vivre d’espérances…
Voilà, madame, dans ses grands traits, le cadre que j’ai rêvé pour vous. Il vous appartiendra d’en parfaire la ciselure. C’est à vous maintenant que je vais avoir la présomption de m’attaquer en examinant quelle conduite il convient que vous y teniez.
Autrement dit, le théâtre est construit ; je frappe les trois coups traditionnels et la pièce commence…