LE PASSE-PORT. Versailles.
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Le passe-port étoit adressé à tous les gouverneurs, lieutenans-commandans, officiers-généraux et autres officiers de justice; et M. Yorick, le bouffon du roi, et son bagage pouvoient voyager tranquillement. On avoit ordre de les laisser passer sans les inquiéter… J'avoue cependant que le triomphe d'avoir obtenu ce passe-port me paroissoit un peu terni par la figure que j'y faisois… Mais quels biens dans ce monde sont sans mélange? Je connois de graves théologiens qui vont jusqu'à soutenir que la jouissance même est accompagnée d'un soupir, et que la plus délicieuse qu'ils connoissent, se termine ordinairement par quelque chose approchant de la convulsion.
Je me souviens que le grave et le savant Bevoriskius, dans son commentaire sur les générations d'Adam, étant au milieu d'une note, l'interrompit tout naturellement pour parler de deux moineaux qui étoient sur les bords de sa fenêtre, et qui l'avoient tellement incommodé pendant qu'il écrivoit, qu'ils lui avoient enfin fait perdre le fil de sa généalogie.
«Cela est étrange! s'écrie-t-il, mais le fait n'en est pas moins vrai. Ils me troubloient par leurs caresses… J'eus la curiosité de les marquer une à une avec ma plume; et le moineau mâle, dans le peu de temps qu'il m'auroit fallu pour finir ma note, reitéra les siennes vingt-trois fois et demie.
»Que le ciel répand de bienfaits sur ses créatures! ajoute Bevoriskius.»
Et c'est le plus grave de tes frères, ô malheureux Yorick, qui publie ce que tu ne peux copier ici sans rougir!
Mais cette anecdote n'a rien de commun avec mes voyages… Je demande deux fois… trois fois excuse de cette disgression.