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Oeuvres complètes, tome 5

LE MOINE. Calais.

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Il est bien vrai, lui dis-je, pour répondre à une élévation de ses yeux, qui avoit terminé son discours; il est bien vrai… Je souhaite que le ciel soit propice à ceux qui n'ont d'autre ressource que la charité du public; mais je crains qu'elle ne soit pas assez zélée pour satisfaire à toutes les demandes qu'on lui fait à chaque instant.

A ce mot de demandes, il jeta un coup-d'œil léger sur une des manches de sa robe… Je sentis toute l'éloquence de ce langage. Je l'avoue, dis-je, un habit grossier qu'il ne faut user qu'en trois ans, et un ordinaire apparemment fort mince… je l'avoue, tout cela n'est pas grand chose; mais encore est-ce dommage qu'on puisse les acquérir dans ce monde avec aussi peu d'industrie que votre ordre en emploie pour se les procurer. Il ne les obtient qu'aux dépens des fonds destinés aux aveugles, aux infirmes, aux estropiés et aux personnes âgées… Le captif qui, le soir en se couchant, compte les heures de ses afflictions, languit après une partie de cette aumône… Que n'êtes-vous de l'ordre de la Merci, au lieu d'être de celui de Saint-François. Pauvre comme je suis, vous voyez mon porte-manteau, il est léger; mais il vous seroit ouvert avec plaisir pour contribuer à la rançon des malheureux… Le moine me salua… Mais surtout, ajoutai-je, les infortunés de notre propre pays ont des droits à la préférence, et j'en ai laissé des milliers sur les rivages de ma patrie. Il fit un mouvement de tête plein de cordialité, qui sembloit me dire que la misère règne dans tous les coins du monde aussi bien que dans son couvent… Mais nous distinguons, lui dis-je, en posant la main sur la manche de sa robe, dans l'intention de répondre à son signe de tête, nous distinguons, mon bon père, ceux qui ne desirent avoir du pain que par leur propre travail, d'avec ceux qui au contraire ne veulent vivre qu'aux dépens du travail des autres, et qui n'ont d'autre plan de vie que de la passer dans l'oisiveté et dans l'ignorance, pour l'amour de Dieu.

Le pauvre Franciscain ne répliqua pas… Un rayon de rougeur traversa ses joues, et se dissipa dans un clin-d'œil; il sembloit que la nature épuisée ne lui fournissoit point de ressentiment… du moins il n'en fit pas voir… Mais laissant tomber son bâton entre ses bras, il se baissa avec résignation, ses deux mains contre sa poitrine, et se retira.

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