CHAPITRE XXII. Procédé généreux.
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En fabriquant son artillerie, le caporal s'étoit bien gardé de confier son secret à personne; ainsi il lui étoit facile de se tirer d'affaire sans se compromettre, et de laisser supporter à Suzanne, comme elle pourroit, tout le poids de la chûte de ce maudit châssis. Mais le vrai courage est trop au-dessus de cette lâche politique.—Le caporal, soit comme général, soit comme contrôleur d'artillerie, étoit la véritable origine du mal; il pensoit que, sans lui, jamais l'accident ne seroit arrivé, du moins de la façon de Suzanne.—Comment vous seriez-vous conduit, monsieur l'abbé?—Le caporal se décida sur-le-champ, non pas à se mettre à l'abri derrière Suzanne, mais à lui en servir lui-même; et avec résolution dans l'ame, il marcha droit au sallon, pour exposer toute cette manœuvre devant mon oncle Tobie.
Mon oncle Tobie venoit précisément de raconter à Yorick les détails de la bataille de Steinkerque, et de l'étrange conduite du comte de Solme, qui fit faire halte à l'infanterie, et fit marcher la cavalerie dans un terrein où elle ne pouvoit agir; ce qui étoit directement contraire à l'ordre du roi, et fut cause de la perte de cette journée.
Il y a quelques familles où tous les incidens se trouvent liés entr'eux si naturellement, que leur enchaînement va presque au-delà de l'invention d'un écrivain dramatique.—Je ne parle pas des dramatiques modernes.
Trim posa son premier doigt à plat sur la table, puis en le frappant à angle droit avec le tranchant de son autre main, il trouva moyen de raconter mon histoire, de manière que les prêtres et les vierges auroient pu l'écouter sans rougir.—Après quoi le dialogue continua comme il suit.