Act 4 — Troisieme Acte.
Charles Alfred Byrne translation
(A Venise. Galerie en fête dans un palais donnant sur le grand canal. Les hôtes de Giuletta sont groupés sur des coussins.)
Barcarole
Giuletta et Nicklausse (dans la coulisse.)
Belle nuit, o nuit d’amour,
Souris a nos ivresses,
Nuit plus donce que le jour,
O belle nuit d’amour!
Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses!
Loin de cet heureux sejour,
Le temps fuit sans retour
Zephyrs embrasés
Versez nous vos caresses;
Zephyrs embrasés
Donnez nous vos baisers.
Belle nuit, o nuit d’amour,
Souris à nos ivresses
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d’amour.
(Giuletta et Nicklausse entrent en scène.)
Hoffman.
Et moi, ce n’est pas là, pardieu, ce qui m’enchante!
Aux pieds de la beauté qui nous vient enivrer
Le plaisir doit il soupirer?
Non! Le rire à la bouche écoutez comme il chante!
Chant Bacchique.
Amis! l’amour tendre et rêveur,
Erreur!
L’amour dans le bruit et le vin!
Divin!
Que d’un brûlant désir
Votre coeur s’enflamme
Aux fièvres du plaisir
Consumez votre âme
Transports d’amour,
Durez un jour!
Au diable celui qui pleure
Pour deux beaux yeux
A nous l’ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!
Le Choeur.
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux!
A nous l’ivresse meilleure
Des chants joyeaux
Vivons une heure
Dans les cieux!
Hoffman.
Le ciel te prête sa clarté,
Beauté.
Mais vous chachez ô coeurs de fer,
L’enfer!
Bonheur du paradis
Où l’amour convie,
Serments, espoirs mandits,
Rêves de la vie!
O chastetés,
O puretés,
Mentez!
Le Choeur.
Au diable celui qui pleure,
etc., etc.
Schlemil (entrant en scène).
Je vois qu’en est en fête. A merveille, madame.
Giulietta.
Comment! Mais je vous ai pleuré trois grands jours.
Pitichinaccio.
Dame.
Schlemil (a Pitichinaccio).
Avorton!
Pitichinaccio.
Hola!
Giulietta.
Calmez vous!
Nous avous un poèté étranger parmi
Nous.
(Présentant Hoffman.)
Hoffman!
Schlemil (de mauvaise grace.)
Monsieur!
Hoffman (ironique).
Monsieur!
Giulietta (a Schlemil).
Souriez nous, de grâce,
Et venez prendre place
Au pharaon!
Le Choeur.
Vivat! au pharaon!
(Giulietta après avoir invité tout le monde a la suivre se dirige vers la porte. Hoffman offre sa main à Giulietta. Schlemil intervient vivement.)
Schlemil (prenant la main de Giulietta).
Morbleu!
Giulietta.
Au jeu, messieurs, au jeu.
Le Choeur.
Au jeu, au jeu.
(Tout le monde sort moins Nicklausse et Hoffman.)
Nicklausse.
Un mot! J’ai deux chevaux sellés; au premier rêve
Dont se laisse affoler mon Hoffman, je l’enlève.
Hoffman.
Et quelles rêves, jamais, pourraient être enfantés
Par de telles realités?
Aime-t-on une courtisane?
Nicklausse.
Ce Schlemil, cependant...
Hoffman.
Je ne suis pas Schlemil.
Nicklausse.
Prends y garde, le diable est malin.
(Dapertutto parait au fond.)
Hoffman.
Le fut-il,
S’il me la fait aimer, je consens qu’il me damne
Allons!
Nicklausse.
Allons!
(Ils sortent.)
Dapertutto (seul).
Allez... pour te livrer combat
Les yeux de Giulietta sont une arme certaine.
Il a fallu que Schlemil succombat!
Foi de diable et de capitaine!
Tu feras comme lui.
Je veux que Giulietta t’ensorcelle au jourd’hui.
(Tirant de son doigt une bague ou brille un gros diamant.)
Tourne, tourne, miroir où se prend l’alouette,
Scintille, diamant, fascine, attire la...
L’alouette ou la femme
A cet appât vainqueur
Vont de l’aile ou du coeur;
L’une y laisse sa vie l’autre y perd son âme,
Tourne tourne miroir ou se prend l’alouette.
Scintille diamant, fascine, attire-la.
(Giulietta parait et s’avance, fascinée vers le diamant que Dapertutto tend vers elle.)
Dapertutto (passant la bagne au doit Giulietta.)
Cher ange.
Giulietta.
Q’attendez-vous de votre servante?
Dapertutto.
Bien, tu m’as deviné,
A séduire les coeurs entre toutes savante,
Tu m’as déjà donné
L’ombre de Schlemil! Je varie
Mes plaisirs et te prie
De m’avoir aujourd hui
Le reflet d’Hoffman!
Giuletta.
Quoi! son reflet!
Dapertutto.
Oui!
Son reflet... tu doutes
De la puissance de tes yeux?
Giuletta.
Non.
Dapertutto.
Qui sait? Ton Hoffman rêve peut être mieux.
(avec dureté).
Oui, j’étais la, tout a l’heure, aux écoutes,
Il te défie...
Giuletta.
Hoffman?... c’est bien!... dés aujourd’hui
J’en ferai mon jouet.
(Hoffman entre.)
Dapertutto.
C’est lui!
(Dapertutto sort. Hoffman fait mine de s’eloigner.)
Giulietta (à Hoffman).
Vous me quittez?
Hoffman (railleur).
J’ai tout perdu.
Giulietta.
Quoi... vous aussi!...
Ah! vous me faites injure
Sans pitié, ni merci
Partez... partez!...
Hoffman.
Tes larmes t’ont trahie.
Ah je t’aime... fut-ce au prix de ma vie.
Giulietta.
Ah malheureux, mais tu ne sais donc pas
Qu’une heure, qu’un moment, peuvent t’être funestes?
Que mon amour te perd a jamais si tu restes?
Ne repousse pas ma prière
Ma vie est à toi toute entière.
Partont je te promets d’accompagner tes pas.
Hoffman.
O Dieu de quelle ivresses embrases tu mon âme?
Comme un concert divin ta voix me pénêtre;
D’un feu doux et brulant mon être est dévoré;
Tes regards dans les miens ont épanché leur flamme
Comme des astres radieux
Et je seus, ô mon bien aimée,
Passer ton haleine embaumée
Sur mes lèvres et sur mes yeux.
Giulietta.
Aujourd’hui cependant affermis mon courage.
En me laissant quelque chose de toi!
Hoffman.
Que veux tu dire?
Giulietta.
Ecoute et ne ris pas de moi.
(Elle enlace Hoffman et prend un miroir.)
Ce que je veux c’est ta fidèle image
Qui reproduit tes traits ton regard ton visage,
Le reflet que tu vois sur le mien se pencher.
Hoffman.
Quoi! mon reflet? quelle folie!
Giulietta.
Non! car il peut se détacher,
Le la glace polie.
Pour venir tout entier dans mon coeur se cacher.
Hoffman.
Dans ton coeur?
Giulietta.
Dans mon coeur. C’est moi qui t’en supplies,
Hoffman, comble mes voeux!
Hoffman.
Mon reflet?
Giulietta.
Ton reflet. Oui sagesse on folie,
Je l’attends, je le veux!
Hoffman.
Extase, ivresse, inassouvie,
Mon reflet, mon âme et ma vie à toi, toujours à toi!
Giulietta.
Si ta présence m’est ravie,
Je veux garder de toi
Ton reflet, ton âme et ta vie
Ami, donne les moi!
Giulietta (vivement).
Schlemil!
(Schlemil entre suivi de Nicklausse. Dappertutto, Pittichinaccio et autres.)
Schlemil.
J’en étais sûr! Ensemble!
Venez, messieurs, venez,
C’est pour Hoffman à ce qu’il semble,
Que nous sommes abandonnés.
(Rires ironiques.)
Hoffman (presque parlé).
Monsieur!
Giulietta (à Hoffman).
Silence!
(bas) Je t’aime, il a ma clef.
Pittichinaccio (a Schlemil).
Tuons le.
Schlemil.
Patience!
Dappertutto (à Hoffman).
Comme vous êtes pâle.
Hoffman.
Moi!
Dapertutto (lui présentant le miroir.)
Voyez plutôt!
Hoffman (stupéfait, se regardant).
Ciel!
Giulietta.
Ecoutez, messieurs,
Voici les gondoles,
L’heure des barcarolles
Et celle des adieux!
(Schlemil reconduit les invités. Giulietta sort, jetant un regard à Hoffman. Dapertutto reste au fond de la scène. Nicklausse revient à Hoffman.)
Nicklausse.
Viens tu?
Hoffman.
Pas encore.
Nicklausse.
Pourquoi? Bien, je comprends, adieu!
(a part.) Mais je veille sur toi.
(Il sort.)
Schlemil.
Qu’attendez vous, monsieur?
Hoffman.
Que vous me donniez certaine clef que j’ai juré d’avoir.
Schlemil.
Vous n’aurez cette clef monsieur qu’avec ma vie.
Hoffman.
J’aurai donc l’une ou l’autre.
Schlemil.
C’est ce qu’il faut voir! En garde!
Dapertutto.
Vous n’avez pas d’épée (lui présentant le sien).
Prenez la mienne!
Hoffman.
Merci!
Choeur (dans la coulisse).
Belle nuit, o nuit d’amour!
Souris a nos ivresses
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d’amour!
(Hoffman et Schlemil se battent. Schlemil est blessé à mort et tombe. Hoffman se penche et lui prend la clef pendue à son cou et s’élance dans l’appartment de Giulietta qui parait dans une gondole.)
Hoffman.
Personne!
Giulietta (riant).
Ha, ha, ha!
(Hoffman regarde Giulietta avec stupeur.)
Dapertutto (a Giulietta).
Qu’en fais tu maintenant?
Giulietta.
Je te l’abandonne.
Pitichinaccio (entre dans la gondole).
Cher ange.
(Giulietta le prend lans ses bras.)
Hoffman (comprenant l’infamie de Giulietta).
Misérable!
Nicklausse.
Hoffman! Hoffman! les sbires!
(Nicklausse entraine Hoffman. Giulietta et Dapertutto rient.)