Avis pour la seconde édition (continued 2)
Théophile Leclaire translation
Cubiculum, v. Conclave.
Cubile. Lectus.
Cubile, couche naturelle pour les hommes et les animaux, gîte, ϰοίτη, εὐνή ; lectus, couche artificielle, exclusivement à l’usage de l’homme, le lit, λέϰτρον.
Cubitus, v. Ulna.
Cudere, v. Verberare.
Cudo, v. Cassis.
Culcita. Pulvinus. Pulvinar.
Culcita, coussin dur ; pulvinus et pulvinar, coussins moelleux et élastiques : pulvinus, pour l’usage ordinaire ; pulvinar, pour un usage solennel et religieux.
Culmen. Fastigium.
Culmen, la ligne faîtière du toit ; fastigium, l’extrémité de cette ligne, le point où les solives du toit forment un angle par leur inclinaison et leur rencontre. Fastigium est une partie du culmen dans Virg. Æn. II, 458. Evado ad summi fastigia culminis. Je m’élance aux angles de la dernière terrasse. Au figuré culmen désigne simplement le sommet comme le point supérieur, le plus élevé, à peu près comme ϰολοφὸν, ce n’est qu’un rapport de lieu ; fastigium contient une idée de prééminence, c’est le plus haut degré, le degré suprême, à peu près comme ϰορυφή. Culmen tecti, la dernière partie de la construction ; fastigium, la couronne de l’édifice. Fastigium désignera le trône, tandis que culmina montium est bien plus usité que fastigia.
Culmus. Calamus. Stipula. Spica. Arista. Arundo. Canna.
1. Culmus, tige mince et élancée, en particulier celle du blé ; calamus, même tige considérée comme un tuyau, en particulier celle du roseau.
2. Culmus, la tige du blé qui supporte l’épi de même que le corps supporte la tête, partie intégrante du tout ; stipula, la tige considérée comme la partie inutile, sans valeur en comparaison de l’épi, le chaume.
3. Spica, l’épi plein, le fruit du blé, sans égard à la forme ; arista, l’épi barbu, la pointe ou partie supérieure de la tige, sans égard au contenu, parfois les barbes seules. Quintil. I, 3, 5. Imitatæ spicas herbulæ inanibus aristis ante messem flavescunt. Mauvaises herbes qui imitent l’épi plein, mais dont la tête barbue est vide et qui jaunissent avant la moisson.
4. Calamus, dans le sens de roseau, est le terme général ; arundo, roseau long et fort ; canna, roseau petit et mince. Colum. IV, 32. Ea est arundineti senectus, cum ita densatum est, ut gracilis et cannæ similis arundo prodeat. Une plantation de roseaux est vieille lorsqu’elle s’est épaissie au point de ne plus fournir que des roseaux grêles, semblables à ceux de la petite espèce.
Culpa. Noxia. Noxius. Nocens. Sons.
1. Culpa, cas de celui qui doit répondre d’un dommage (peccatum, delictum, maleficium, flagitium ou nefas) ; ce mot suppose une responsabilité, et par suite un être raisonnable, il est opposé à casus ou à necessitas ; noxia, cas de celui qui a causé un dommage, il peut être imputé à tout être capable d’agir, par opposition à innocentia. Liv. III, 42, 2. Illa modo in ducibus culpa, quod ut odio essent civibus fecerant ; alia omnis penes milites noxia erat. Les chefs n’avaient qu’un tort, qui était de s’être rendus odieux à leurs concitoyens ; tout le mal venait d’ailleurs des soldats. Cic. Marc. 13. Etsi aliqua culpa tenemur erroris humani, a scelere certe liberati sumus. Et s’il nous reste un tort, c’est d’être tombés dans une erreur familière à l’homme ; quant au crime, nous en sommes certainement débarrassés. Et Ovid. Trist. IV, 1, 23. Et culpam in facto, non scelus esse meo. Et s’il y a faute dans mon fait, il n’y a point de crime. Dans ces exemples le terme le plus général pour toute espèce de faute, culpa, se prend particulièrement pour la plus petite de toutes, pour le delictum.
2. Culpa et noxia supposent une action dommageable ; vitium, une action ou une qualité blâmable, et même un défaut naturel dont personne ne peut nous faire un crime.
3. Nocens, innocens désignent la culpabilité ou l’innocence dans un cas déterminé, à propos d’une action isolée ; mais noxius et innoxius ainsi que les adjectifs poétiques nocuus et innocuus se rapportent à l’être et au caractère en général. Plaut. Capt. III, 5, 7. Decet innocentem servum atque innoxium confidentem esse ; c’est-à-dire un esclave qui se sait innocent dans le cas particulier dont il s’agit, et qui en général ne fait rien de mal.
4. Noxius, le coupable au sens matériel, comme auteur et cause d’un dommage, ϐλαϐερός ; sons, au sens moral et judiciaire, comme condamné ou méritant d’être condamné, θῶος.
Culpare, v. Arguere.
Cultus, v. Vestis.
Cumulus, v. Acervus.
Cunæ. Cunabula.
Cunæ, le berceau même ; incunabula, la literie et les autres accessoires du berceau. Plaut. Truc. V, 13[1]. Fasciis opus est, pulvinis, cunis, incunabulis. Il faut des bandes, des coussins, un berceau, de la literie et du linge.
1 Ce qui reste du cinquième acte n’est pas divisé en scènes.
Cunctari. Hæsitare. Cessare.
Cunctari, hésiter par réflexion, μέλλειν ; hæsitare, par défaut de résolution ; cessare, par manque de force et d’énergie, ὀϰνεῖν. Le cunctans remet à commencer ; le cessans, à poursuivre.
Cuncti, v. Quisque.
Capere, v. Velle.
Cupido. Cupiditas. Libido. Voluptas.
1. Cupido, le désir qui nous porte vers quelque chose conçu comme un principe d’activité par opposition à la répugnance ; cupiditas, la passion conçue comme un état par opposition au calme de l’âme. Il faut que cupido soit joint, et cupiditas peut être joint à un génitif exprimé ou sous-entendu ; cupido se rapporte alors par préférence aux biens ordinaires et à l’argent ; cupiditas, à des biens de toute sorte. Vell. P. II, 33. Pecuniæ cupidine, par un vif amour de l’argent. Et tout à la suite : interminatam imperii cupiditatem. Une passion démesurée d’autorité.
2. Cupido et cupiditas sont opposés au désir modéré ; mais libido, c’est la fantaisie et le caprice par opposition à la volonté raisonnable, ratio ou voluntas. Libidines, les caprices par rapport au défaut d’empire sur soi-même ; voluptates, les plaisirs par opposition aux goûts sérieux ou au chagrin. Tac. H. II, 31. Minus Vitellii ignaræ voluptates quam Othonis flagrantissimæ libidines timebantur. Les plaisirs paresseux de Vitellius paraissaient moins redoutables que les caprices ardents d’Othon.
Cur. Quare.
Cur sert aussi bien pour de véritables questions que pour des exclamations sous forme de questions ; quare ne s’emploie que pour des questions qui exigent une réponse.
Cura. Sollicitudo. Angor. Dolor. Ægritudo.
Cura, sollicitudo et angor, impression pénible causée par l’idée d’un mal, d’un danger à venir : cura, sous forme de pensée, le souci, la sollicitude, φροντὶς, par opposition à incuria ; sollicitudo, sous forme de sentiment, l’inquiétude, l’agitation, μέριμνα, par opposition à securitas ; angor, sous forme de passion, l’angoisse, l’anxiété, par opposition à solutus animus. Dolor et ægritudo se rapportent à un mal présent : dolor exprime un désagrément, la douleur, par opposition à gaudium, ἄλγος ; ægritudo, une maladie, la tristesse noire, ἀνία, par opposition à alacritas. Cic. Finn. I, 22. Nec præterea res ulla est, quæ sua natura aut sollicitare possit aut angere. Et il n’y a rien hors de là qui soit de nature à causer de l’inquiétude ou de l’anxiété. Accius dans Nonius. Ubi cura, ibi anxitudo. Les soucis ne vont point sans humeur. Plin. Ep. II, 11. Cæsar mihi tantum studium, tantam etiam curam (nimium est dicere sollicitudinem) præstitit ut... César s’est montré si zélé pour moi, si soucieux même (car, de dire inquiet, ce serait trop) que... Quintil. VIII, pr. 20. Curam ego verborum, rerum volo esse sollicitudinem. J’entends que les mots donnent du souci, les choses de l’inquiétude.
Curvus. Uncus. Pandus. Incurvus. Recurvus. Reduncus. Repandus. Aduncus.
1. Curvus ou en prose curvatus, terme général pour tout ce qui est courbé, depuis la courbe la plus faible jusqu’à la circonférence parfaite ; uncus suppose une forte courbure qui se rapproche du demi-cercle, comme un crochet ; pandus, une courbure faible qui s’éloigne peu de la ligne droite, comme une échancrure.
2. Les curva forment une courbe continue ; les incurva supposent une ligne droite dont l’extrémité seule dégénère et se termine en courbe, comme ἐπιϰαμπὴς, par exemple, le bâton augural ou le corps d’un homme qui se baisse, etc.
3. Recurvus, reduncus et repandus désignent des courbes tournées en dehors ; aduncus, une courbe tournée en dedans. Plin. H. N. XI, 37. Cornua aliis adunca, aliis redunca. Chez les uns les cornes sont tournées en dedans, chez les autres en dehors.
Cuspis, v. Acies.
Custodia. Carcer. Ergastulum.
Custodia, lieu quel qu’il soit où sont retenus des prisonniers, fourrière ; carcer, prison bâtie exprès surtout pour les citoyens ; ergastulum, maison de correction pour des esclaves.
Cutis, v. Tergus.
Cyathus, v. Poculum.
Cymba, v. Navigium.
D
Damnum. Detrimentum. Jactura.
Damnum, perte qu’on fait par sa faute par opposition à lucrum ; detrimentum, perte qu’on éprouve par opposition à emolumentum ; enfin jactura, perte volontaire par laquelle on prétend échapper à une perte ou à un mal plus considérable. Damnum se dit seul d’une amende, tandis que dans la formule : Videant consules ne quid respublica detrimenti capiat, on ne rencontre jamais damnum.
Dapes, v. Epulæ.
Deamare, v. Diligere.
Deambulare, v. Ambulare.
Debere, v. Necesse est.
Decernere, v. Destinare.
Declarare, v. Ostendere.
Desidia, v. Ignavia.
Decipere, v. Fallere.
Decorare, v. Comere.
Dedecus, v. Ignominia.
Dedicare, v. Sacrare.
Deesse, v. Abesse.
Deducere, v. Comitari.
Deformis, v. Teter.
Deficere, v. Abesse et Turbæ.
Deflere, v. Lacrimare.
Degere, v. Agere.
Delectatio, v. Oblectatio.
Defendere, v. Tueri.
De integro, v. Iterum.
Delere, v. Abolere.
Delibutus. Unctus. Oblitus.
Delibutus, mouillé avec un corps gras ; c’est le terme générique par rapport à unctus, oint d’une matière agréable, et à oblitus, enduit d’une matière malpropre.
Delictum. Peccatum. Malefactum. Maleficium. Facinus. Flagitium. Scelus. Nefas. Impietas.
1. Delictum et peccatum, transgression légère : delictum, des lois positives, par légèreté ; peccatum, des lois de la nature et de la raison, par sottise.
2. Malefactum est un synonyme et une sorte de périphrase des deux mots précédents. Maleficium et facinus engagent directement la morale dans la question. Maleficium, tout méfait qui mérite un châtiment, parce qu’il procède d’une mauvaise intention. Facinus, quand on le prend en mauvaise part, c’est, comme δεινόν τι, un forfait qui excite de l’étonnement ou de l’épouvante, à cause du degré extraordinaire d’audace qu’il exigeait.
3. Il y a autant de sortes de mauvaises actions que de sortes de devoirs, envers soi-même, envers les autres, envers les dieux. Flagitium est un manquement contre soi-même, contre son propre honneur, par débauche, inconduite, lâcheté, bref, par des actions qui proviennent de faiblesse morale plutôt que d’une force déréglée, par des manifestations de l’ignavia ; c’est une turpitude. Scelus est un manquement contre les autres, contre les droits des particuliers ou la paix de la société, par brigandage, meurtre et surtout par sédition, bref, par des manifestations de la malitia, un crime. Nefas est un manquement contre les dieux ou la nature, par blasphème, pillage d’un temple, meurtre de parents, trahison envers la patrie, bref, par des manifestations de l’impietas, un sacrilége.
Deligere. Eligere.
Deligere, faire son choix, ne pas laisser plus longtemps le choix en suspens ; eligere, choisir et ne pas prendre le premier venu.
Delirium, v. Amens.
Demens, v. Amens.
Delubrum, v. Templum.
Demere. Adimere. Eximere. Auferre. Eripere. Surripere. Furari.
1. Demere, adimere et eximere, enlever sans violence et sans ruse. Demere, séparer une partie d’un tout qui se trouve diminué par là ; il a pour opposé addere et adjicere ; adimere, prendre un bien à un propriétaire qui en devient plus pauvre ; il a pour opposés dare et reddere ; enfin, eximere, ôter un mal à une personne qui se sent alors comme allégée d’un fardeau.
2. Auferre, eripere, surripere et furari impliquent une idée d’arbitraire et d’injustice. Auferre est le terme général ; c’est à peu près prendre. Eripere, prendre par violence, comme arracher ; surripere et furari, secrètement et par ruse ; mais surripere, par un détournement qui peut avoir pour motif une nécessité de légitime défense et de prudence ; furari, en pratiquant le méprisable métier de voleur. Sen. Prov. 5. Quid opus fuit auferre ? accipere potuistis ; sed ne nunc quidem auferetis, quia nihil eripitur nisi retinenti. Où était la nécessité de prendre ? vous n’aviez qu’à ouvrir la main pour recevoir. Et il ne vous sera pas donné de prendre, même à présent, car on n’arrache rien qu’à celui qui veut garder. Cic. Verr. I, 4, 60. Si quis clam surripiat aut eripiat palam atque auferat. Qu’on dérobe secrètement ou qu’on arrache ouvertement et qu’on prenne. Et II, 1, 13. Non furem sed ereptorem. Ce n’est pas un voleur, mais un ravisseur.
Demoliri, v. Destruere.
Denegare, v. Negare.
Denuo, v. Iterum.
Demori, v. Mors.
Densus, v. Angustus.
Deplorare, v. Lacrimare.
Depravare. Corrumpere.
Depravare, terme relatif, gâter, mais de manière qu’on puisse encore réparer le mal ; il se dira de ce qui a pris un mauvais pli ; corrumpere, terme absolu, abîmer, mettre hors d’usage, en sorte qu’il n’y ait plus de remède ; il se dira de ce qui est brisé.
Deridere, v. Ridere.
Desciscere, v. Turbæ.
Desertum, v. Solitudo.
Deserere, v. Relinquere.
Desiderare, v. Requirere.
Desinere. Desistere.
Desinere marque un fait et se dit des personnes, des choses et des actions, comme cesser ; desistere marque un acte de volonté dont les personnes seules sont capables, comme renoncer.
Desolatus, v. Relinquere.
Despicere, v. Spernere.
Desperare, v. Exspes.
Destinare. Obstinare. Decernere. Statuere. Constituere.
1. Destinare et obstinare présentent une résolution à laquelle on s’arrête, comme un acte psychologique ; decernere et statuere, comme un acte politique.
2. Destinare, prendre un parti décisif dont les conséquences sont prévues ; obstinare, prendre une résolution irrévocable dans laquelle on persiste avec opiniâtreté ou entêtement.
3. Decernere désigne comme conclure le résultat définitif d’une délibération en forme ou pour le moins d’un examen conduit avec la gravité qui préside à une discussion entre collègues ; statuere marque comme résoudre le terme d’une situation incertaine, et on emploie dans le même cas constituere, quand le sujet ou le régime de l’action est au pluriel. Cic. Fr. Tull.[1] Hoc judicium sic exspectatur, ut non unæ rei statui, sed omnibus constitui putetur. Ce qu’on attend de ce jugement, ce n’est pas tant une décision sur un intérêt particulier qu’un règlement sur un intérêt général.
1 Tome XXXVI, p. 269, §9 dans le Cicéron de la collection Panckoucke.
Destinatio, v. Pervicacia.
Destituere, v. Relinquere.
Destruere. Demoliri.
Destruere, abattre une œuvre d’art ; demoliri, une construction solide.
Deterior. Pejor.
Deterior se dit, comme χείρων, de celui qui est inférieur aux autres, qui est moins estimable ; pejor, comme ϰαϰίων et pire, de celui qui est plus corrompu, plus dangereux. On trouve dans Sall. Or. Phil. 3. Æmilius omnium flagitiorum postremus, qui pejor an ignavior sit deliberari non potest. Æmilius, le dernier de tous les misérables. Est-il plus méchant que lâche ou plus lâche que méchant ? c’est ce qu’il est impossible de décider. Et dans ce passage deterior ne formerait pas un contraste avec ignavior. Catulle emploie, en badinant, le superlatif pessimi, qui contient l’idée d’une certaine énergie ; deterrimus, pitoyable ou chétif, ne se dit jamais par plaisanterie.
Detestari, v. Abominari.
Detrectatio, v. Invidia.
Deus, v. Numen.
Detinere, v. Manere.
Detrimentum, v. Damnum.
Deversorium. Hospitium. Caupona. Taberna. Popina. Ganeum.
Deversorium, tout quartier où l’on descend tant que dure un voyage, dans une propriété à soi, chez des amis, chez des hôteliers ; hospitium, l’asile qu’on trouve chez un ami avec lequel on est en relation d’hospitalité ; caupona, l’auberge ; tous ces lieux fournissent le logement comme des hôtelleries. Les tabernæ, popinæ, ganea ne fournissent que la pension, comme les restaurants : les tabernæ, pour les gens du commun, comme les cabarets ; les popinæ, pour les gens du grand monde et les gastronomes, comme certaines maisons de traiteurs ; les ganea, pour ces deux sortes de gens et en outre pour les voluptueux.
Devincire, v. Ligare.
Dicare, v. Sacrare.
Dicacitas, v. Lepidus.
Dicere. Aio. Inquam. Asseverare. Affirmare. Contendere. Fari. Fabulari.
1. Dicere, parler pour instruire ; il se rapporte à celui qui écoute, par opposition à tacere, comme le neutre loqui et λέγειν ; aio, parler pour affirmer ; il se rapporte à celui qui parle, par opposition à nego, comme φημί.
2. Ait se joint au discours indirect et régit un infinitif ; inquit, au discours direct ; il amène un indicatif, un impératif ou un subjonctif.
3. Aio marque la simple affirmation d’une proposition qu’on se borne à énoncer ; asseverare, affirmare, contendere, marquent une affirmation énergique ; asseverare, c’est affirmer sérieusement, par opposition à une affirmation plaisante ou légère, à jocari ; affirmare, affirmer en garantissant la certitude, par opposition au doute et aux rumeurs, à dubitare ; contendere, affirmer en dépit des contradicteurs et soutenir son opinion envers et contre tous, par opposition à céder et à renoncer.
4. Dicere, dire, sans idée accessoire ; loqui, pris comme verbe actif, contient une idée accessoire de mépris : ce qu’on dit n’est que vains propos. Cic. Att. XIV, 4. Horribile est quæ loquantur, quæ minitentur. Leurs propos, leurs menaces font horreur.
5. Loqui, pris comme verbe intransitif, parler en général ; fabulari, parler sans façon ou du moins sans gêne, pour passer le temps, sans donner une grande attention au fond ou à la gravité du discours, causer, λαλεῖν ; enfin, dicere, pris comme verbe neutre, parler avec art, en s’étudiant, particulièrement à la tribune, λέγειν. Liv. XLV, 39. Tu, centurio, miles, quid de imperatore Paulo senatus decreverit potius quam quid Sergio Galba fabuletur, audi, et hoc dicere me potius quam illum audi ; ille nihil præterquam loqui, et id ipsum maledice et maligne didicit. Centurions et soldats, prêtez l’oreille au décret du sénat sur la victoire de votre général plutôt qu’aux déclamations mensongères de Galba. Prêtez l’oreille à mon langage plutôt qu’au sien. C’est un homme qui n’a rien étudié, hors l’art de parler, et encore pour insulter et pour nuire. Cic. Brut. 58. Scipio sane mihi bene et loqui videtur et dicere. Il me semble que Scipion brille également dans le langage ordinaire et dans le langage étudié. Orat. III, 10. Neque enim conamur docere eum dicere qui loqui nesciat. Nous n’entreprenons point d’enseigner l’art de la parole à celui qui ne sait pas ce que c’est que parler. Suet. Claud. 4. Qui tam ἀσαῶς loquatur, quî possit quum declamat σαφῶς dicere quæ dicenda sunt, non video. Comment, avec une parole aussi confuse, on pourrait, parlant en public, dire clairement ce qu’il faut dire, c’est ce que je ne vois pas.
6. Fari présente la parole comme le simple usage mécanique des organes de la voix pour former des sons et des mots articulés, par opposition à infantem esse ; loqui, comme le moyen d’exprimer ses pensées, par opposition à tacere. Et comme fari peut se réduire à prononcer des paroles isolées, on y rattache aisément l’idée d’un laconisme extraordinaire, imposant, digne d’un oracle, comme dans les arrêts du destin, fati, tandis que loqui fait songer aux discours ordinaires des hommes qui dégénèrent souvent en loquacité, loquacitas.
Dicterium, v. Verbum.
Dicto audientem esse, v. Parere.
Dies. Tempus. Tempestas. Die. Interdiu.
1. Dies, le temps envisagé dans sa nature purement abstraite, comme simple extension et simple progression ; tempus et tempestas, le temps de la météorologie et de l’astronomie, la température, les rapports de la durée. Tempus marque plutôt un simple point, un moment, une époque ; tempestas, tout un espace, une période. Dies docebit a trait à un long espace de temps qui doit s’écouler avant que nous soyons instruits, comme χρόνος ; tempus docebit, au moment favorable qui nous instruira, comme ϰαιρός.
2. Die, par jour, chaque jour, par opposition à l’heure et à l’année ; interdiu et diu, de jour, par opposition à noctu ; mais interdiu se prend dans toute sorte de circonstances ; diu est toujours joint à noctuque. Cic. Att. XIII, 28. Credibile non est quantum scribam die. Vous auriez peine à croire combien j’écris chaque jour. Cels. Med. I, 3. Qui semel et qui bis die cibum... assumit. Celui qui mange une fois et celui qui mange deux fois par jour. Tac. H. II., 5. Noctu diuque. Nuit et jour.
Dies festi, v. Solemnia.
Differre. Proferre. Procrastinare. Prorogare.
1. Differre marque le renvoi à un autre temps considéré par son côté négatif : loin de faire la chose présentement, on la laisse là ; proferre et procrastinare marquent le délai pris par le côté positif : la chose aura lieu dans un temps à venir ; une autre fois, sans dire quand, si l’on se sert de proferre ; dans un avenir très-rapproché, si l’on se sert de procrastinare.
2. Differre, etc., se disent d’une action qu’on tarde å commencer ; prorogare, d’un état auquel on tarde à mettre fin, comme prolonger.
Difficilis, v. Arduus et Austerus.
Digladiari, v. Pugnare.
Diligentia, v. Opera.
Dignum esse, v. Merere.
Diligere. Amare. Deamare. Adamare. Caritas. Amor. pietas.
1. Diligere, c’est l’amour qui naît de l’estime, le résultat de nos réflexions sur le mérite de l’objet aimé, comme φιλεῖν ; amare, c’est l’amour par inclination, celui qui a son origine dans le sentiment, qui est involontaire ou même irrésistible, comme ἐρᾷν, ἔρασθαι. Diligere désigne l’amour pur, dégagé du joug des sens et de l’égoïsme, calme et paisible : amare, l’amour ardent qui confine à la passion, qu’il soit d’ailleurs sensuel ou platonique. Cic. Att. XIV, 17. Tantum accessit ut mihi nunc denique amare videar, ante dilexisse. Il me semble, tant mon amour a grandi, qu’il ne mérite ce nom que d’aujourd’hui et que je n’avais auparavant que de l’affection.
2. Amare, aimer en général ; deamare, verbe augmentatif, aimer à en mourir, comme amore deperire ; et adamare, verbe inchoatif, commencer à aimer.
3. Caritas, entendu de l’effet qu’on produit, c’est l’affection que les autres ont pour nous. C’est une sorte de substantif à sens neutre par rapport au substantif à sens actif, amor, le penchant que nous éprouvons pour un autre ; d’où viennent ces constructions : caritas apud aliquem ; mais amor erga aliquem.
4. Caritas, entendu de l’effet qu’on ressent, tout amour qui tourne à la tendresse, particulièrement celui des parents pour les enfants, sans aucun mélange de sensualité, il ne se dit que des personnes, comme ἀγάπη ou στοργή ; amor, l’amour ardent et passionné pour des personnes ou des choses, comme ἔρως ; enfin, pietas, c’est l’amour instinctif pour des personnes et des choses que les liens sacrés de la nature nous obligent à aimer, dieux, parents, patrie, bienfaiteurs. La caritas se complaît dans l’objet aimé, se réjouit de le posséder et se manifeste par des prévenances et des sacrifices ; l’amor vise à réduire toujours davantage le même objet en son pouvoir ; il est difficile à satisfaire ; la pietas se laisse aller à un penchant naturel et à un sentiment religieux.
Diluculum, v. Mane.
Dimicare, v. Pugnare.
Dirimere, v. Dividere.
Dimetari, dimetiri, v. Metiri.
Dimittere, v. Mittere.
Diripere, v. Vastare.
Dirus, v. Atrox.
Disceptatio. Litigatio. Controversia. Contentio. Altercatio. Jurgium. Rixa.
1. Disceptatio, litigatio et controversia, différends susceptibles d’être terminés à l’amiable et par des voies régulières ; contentio, altercatio et jurgium, différends entachés de passion et de violence, mais qui se passent néanmoins en paroles ; rixæ, différends qui se traduisent ou menacent de se traduire en voies de fait, comme les querelles et les batteries, et qui tiennent le milieu entre jurgium et pugna. Liv. XXXV, 17. Ex disceptatione altercationem fecerunt. La dispute dégénéra en altercation. Tac. H. I, 64. Jurgia primum, mox rixæ inter Batavos et legionarios. Il y eut d’abord de gros mots, puis des rixes entre les Bataves et les légionnaires. Dial. 26. Cassius Severus non pugnat, sed rixatur. Cassius Sévérus cherche des rixes, sinon des batailles.
2. Il y a lutte, controversia, entre deux partis dès qu’ils sont opposés l’un à l’autre ; débat, disceptatio, dès qu’ils s’engagent dans une dispute sous prétexte de rechercher la vérité ou de démêler le droit sans avoir dans le principe des intentions hostiles ; contestation, litigatio, dès qu’ils s’inspirent d’un esprit d’hostilité et d’intérêt personnel.
3. La contentio veut absolument avoir raison et atteindre son but en mettant toutes ses forces en jeu dans quelque intention que ce soit ; l’altercatio ou échange de paroles ne veut pas demeurer en reste de propos avec son adversaire, elle veut avoir le dernier mot ; le jurgium n’écoute rien et décharge sa mauvaise humeur par des paroles dures. La contentio offre une image sérieuse, celle d’un effort vigoureux ; l’altercatio, l’image comique de personnes qui s’échauffent à la manière des femmes ; le jurgium, l’image repoussante de la colère brutale.
Discernere. Distinguere.
Discernere, discerner, diviser conformément à des notions acquises ; distinguere, distinguer par des signes et des marques.
Disciplinæ, v. Litteræ.
Discrimen, v. Tentare.
Disertus. Facundus. Eloquens.
Disertus et facundus désignent un talent oratoire donné par la nature ; eloquens un art de la parole acquis et perfectionné. Celui qui parle avec clarté et précision s’appelle disertus, celui qui parle avec élégance et agrément, facundus, celui qui réunit les deux, savoir la netteté et la beauté du discours, eloquens. Le disertus fera un bon maître, mais il se peut qu’il n’ait pas également cultivé toutes les facultés de son esprit ; le facundus brille en société, mais tout son savoir-faire peut n’être qu’une facilité superficielle dans le maniement de la parole, sans profondeur et sans solidité ; l’eloquens, avant de prendre la parole comme homme d’état ou comme écrivain, doit s’être rendu parfaitement maître de la langue et de l’art à force de talent et d’études variées. Cic. Orat. 5, 19. Antonius... disertos ait se vidisse multos, eloquentem omnino neminem. J’ai souvent rencontré une parole nette, dit Antoine ; je n’ai jamais entendu une voix parfaitement éloquente. Quintil, VIII, pr. 13. Diserto satis dicere quæ oporteat ; ornate autem dicere proprium est eloquentissimi. On est disert quand on sait dire ce qu’il faut ; mais de parer la parole, c’est le fait de la plus haute éloquence. Suet. Cal. 53. Eloquentiæ quam plurimum adtendit, quamvis facundus et promptus. Il s’applique fort à l’éloquence, quoiqu’il ait naturellement la parole agréable et facile.
Dispar, v. Æquus.
Dispertire, v. Dividere.
Disputare, v. Disserere.
Disserere. Disputare.
Disserere, soutenir son opinion en style didactique, en développant ses raisons ; disputare en style polémique en tenant compte des raisons contraires, en opposant à un adversaire imaginaire ou réel raison pour raison, afin de constater par une sorte de bilan de quel côté est la plus grosse somme de vérité. Le disserens vise simplement à exprimer ses vues personnelles ; le disputans veut faire prévaloir les siennes en qualité de vérités indépendantes de toute personnalité. En outre disserere marque une manière plus libre ; disputare, une manière plus méthodique de traiter le sujet.
Distinguere, v. Discernere.
Diu, diuturnus, diutinus, v. Pridem.
Distribuere, v. Dividere.
Divellere, v. Frangere.
Diversus, v. Varius.
Dividere. Partiri. Dirimere. Dispertire. Distribuere.
1. Dividere et dirimere, diviser sans autre but que de détruire l’unité de l’ensemble et de réduire en parties ; partiri, dans le but d’obtenir par voie de séparation des parties dont il soit possible de disposer. De là divide et impera et dividere sententias, mais partiri prædam.
2. Divisio marque dans les traités de rhétorique la décomposition de l’espèce en variétés ; partitio, celle du tout en ses parties.
3. Dividere ne se rapporte qu’à une réunion matérielle dans l’espace et ne détruit qu’une relation extérieure ; mais dirimere se rapporte à l’union organique d’un tout et supprime des rapports intimes. Liv. XXII, 15. Casilinum urbs... Volturno flumine diremta Falernum ac Campanum agrum dividit. C’est qu’aux yeux de l’auteur une rivière qui coupe une ville en deux constitue une séparation contre nature, tandis que la séparation de deux territoires contigus par une ville est toute naturelle.
4. Dividere signifie encore distribuer sans idée accessoire ; dispertire, c’est répartir entre futurs propriétaires ; distribuere, entre propriétaires légitimes, ou encore mettre chaque partie à une place convenable et appropriée.
Divinare. Præsagire. Præsentire. Prævidere. Vaticinari. Prædicere.
1. Divinare se dit d’un pressentiment qui provient d’une inspiration divine et d’un secours surnaturel, comme μαντεύεσθαι ; præsagire, d’un pressentiment par voie naturelle, par suite d’un tour d’esprit particulier qui confine au surnaturel ; præsentire et prævidere, par un développement extraordinaire des dons naturels de l’esprit, à savoir præsentire par une vision immédiate, prævidere, par de profondes et heureuses combinaisons, par prévoyance.
2. Divinare, etc., simples actes de l’entendement ; vaticinatio et prædictio, expression et communication de ce qu’on pressent : vaticinatio, par le fait du divinans et du præsagiens, c’est la prophétie, προφητεία ; prædictio, par le fait du præsentiens et du prævidens, c’est la prédiction.
Divitiæ. Opes. Gazæ. Locuples. Opulentus. Copiosus.
1. Divitiæ et gazæ, la richesse en général, comme propriété, comme moyen de satisfaire ses désirs de toute sorte ; opes, comme le moyen de réaliser un but élevé, de se faire valoir, d’acquérir ou de conserver de l’influence. Divitiæ, la richesse du simple particulier, πλοῦτος ; opes, la fortune mise au service de l’homme d’État ou de l’ambitieux politique ; gazæ, le trésor d’un roi ou d’un prince, θησαυροί.
2. Dives, riche par opposition à pauper, πλούσιος ; locuples, qui est dans l’aisance, par opposition à egens, egenus, ἀφνειός ; opulentus et copiosus, quia de grandes ressources par opposition à inops, comme εὔπορος.
Divortium, v. Repudium.
Divus, v. Numen.
Doctor. Præceptor. Magister.
Doctor, le maître qui expose la théorie considéré par rapport à la science ou à l’art qu’il enseigne, il s’oppose à l’auditeur ; præceptor, le maître qui initie à la pratique par rapport au pupille qu’il façonne, il s’oppose à l’écolier ; magister, le maître en général par rapport à sa supériorité et à son ascendant et par opposition aux profanes. Cic. Orat. III, 15. Vetus illa doctrina eadem videtur et recte faciendi et bene dicendi magistra, neque disjuncti doctores, sed iidem erant vivendi præceptores atque dicendi. On voit cette ancienne méthode gouverner à la fois la conduite et la parole ; point de maîtres distincts ; ceux qui forment à la parole forment en même temps à la vie.
Doctrina. Eruditio.
Doctrina, le savoir considéré comme un des moyens divers par lesquels l’esprit se développe ; eruditio, la science qui transforme l’esprit et l’amène à la dernière perfection. Le savoir, doctrina, ne donne qu’une supériorité de connaissances, il se rattache et s’oppose à l’idée qu’exprime le mot exercitatio, lequel implique une supériorité de savoir-faire ; réduit même à la théorie sèche et mis en regard de la pratique plus visiblement utile, il est exposé à être mal vu et ridiculisé. La science parfaite, eruditio, se rapproche beaucoup plus de la pratique, elle implique une certaine influence, des connaissances acquises et des études sur le perfectionnement de l’homme entier, elle représente la vraie humanité dans l’ordre intellectuel, comme humanitas dans l’ordre moral.
Doctrina, v. Litteræ.
Dolor. Tristitia. Mœstitia. Luctus.
1. Dolor, le sentiment des douleurs, le déplaisir intérieur, par opposition à gaudium ; tristitia, mœror, luctus, l’expression de ce sentiment. Tristitia et mæstitia, manifestation naturelle qui perce involontairement dans l’attitude et dans la physionomie ; luctus, manifestation artificielle, faite à dessein, au grand jour, à l’aide de signes conventionnels, comme de se couper les cheveux, de mettre des habits de deuil, etc., πένθος. Mœror sert en même temps d’augmentatif à dolor, et luctus à mœror et tristitia, en ce sens que la manifestation extérieure vient se joindre au sentiment au lieu de lui être opposée. Cic. Att. XII, 28. Mœrorem, minui, dolorem, nec potui, nec si possem vellem. J’ai retranché quelque chose des marques de ma douleur ; mais pour ma douleur même je n’ai rien pris sur elle, et je le pourrais que je ne le voudrais pas. Phil. XI, 1. Magno in dolore sum, vel in mœrore potius, quem ex miserabili morte C. Trebonii accepimus. Je suis dans la grande douleur, ou plutôt dans les effusions de douleur où nous jette la mort déplorable de C. Trébonius. Plin. Ep. V, 9. Illud non triste solum, verum etiam luctuosum quod J. Avitus decessit. La perte de J. Avitus ne cause pas seulement un chagrin visible, c’est un deuil. Tac. Agr. 43. Finis vitæ ejus nobis luctuosus, amicis tristis. Sa fin nous plonge dans le deuil, et ses amis dans la tristesse (la parenté seule prend le deuil). Tac. Ann. II, 82. Quanquam nec insignibus lugentium abstinebant, altius animis mœrebant. Les marques de deuil ne faisaient pas défaut, mais c’étaient surtout les cœurs qui étaient contristés. Cic. Sext. 29, 39. Luctum nos hausimus majorem, dolorem ille animi non minorem. Ce fut pour nous la source d’une douleur plus expansive, pour lui celle d’une douleur concentrée tout aussi vive.
2. Tristitia présente la manifestation du chagrin par son côté repoussant, celui des idées noires, de l’ennui, de la mauvaise humeur, par opposition à hilaritas ; mœstitia, par son côté pitoyable, celui de la désolation, d’une douleur ordinairement justifiée qui nous plonge dans la mélancolie, par opposition à lætus. Tristitia est le fait de la réflexion, mæstitia, du sentiment. On reconnaît le tristis comme le truculentus à son regard farouche, à son front plissé, à ses sourcils contractés ; le mœstus comme l’afflictus à ses yeux mornes et à son regard baissé. Tac. Hist. I, 82. Rarus per vias populus, mœsta plebs ; dejecti in terram militum vultus ac plus tristitiæ quam pœnitentiæ. Très-peu de monde dans les rues, la population consternée ; des soldats qui baissaient les yeux, mais d’un air sombre plutôt que d’un air de regret. Cic. Mur. 24, 49. Tristem ipsum, mœstos amicos. Vous-même soucieux, vos amis désolés.
Dolor, v. Cura.
Donum. Munus. Largitio. Donarium. Donativum. Liberalitas.
1. Donum, cadeau désintéressé, le donateur n’ayant pas d’autre vue que de faire plaisir, δῶρον ; munus, présent qui engage la reconnaissance, qui est une marque d’amour ou de faveur de la part du donateur, γέρας ; enfin largitio, présent intéressé destiné à gagner et à corrompre les gens sous couleur de bienfaisance, la plupart du temps dans un but politique. Suet. Cæs. 28. Aliis captivorum millia dono afferens, c’est-à-dire en pur don et non point seulement par manière de prêt. Comparez avec Ner. 46. Auspicanti Sporus annulum muneri obtulit, c’est-à-dire par honnêteté. Tac. Hist. I, 52. Id comitatem bonitatemque faventes vocabant quod sine modo donaret sua, largiretur aliena. Les partisans de Vitellius vantaient son caractère facile et bienveillant lorsqu’ils lui voyaient dissiper ses propres biens en cadeaux, ceux des autres en largesses.
2. Donarium, terme particulier pour une offrande qu’on fait à un temple ; donativum, pour un don militaire que le nouvel empereur accordait aux soldats à son avénement ; liberalitas, pour une munificence de l’empereur destinée à soutenir un noble tombé dans la pauvreté.
Dorsum. Tergum.
Dorsum, le dos au sens horizontal, celui de l’animal, par opposition au ventre, νῶτον ; tergum, le dos au sens vertical, celui de l’homme par opposition à la poitrine, μετάφρενον. Dorsum montis, la crête ; tergum, le revers d’une montagne.
Dubius. Ambiguus. Anceps.
Dubius et ambiguus, douteux quand il ne s’agit que d’un bon ou d’un mauvais succès, d’un bonheur ou d’un malheur ; anceps, quand il y va de l’existence entière, d’être ou de ne pas être. Vell. P. II, 79. Ea patrando bello mora fuit, quod postea dubia et interdum ancipiti fortuna gestum est. Tels sont les retards que souffrit l’ouverture de cette guerre où la fortune intervint dans la suite avec des chances douteuses et quelquefois critiques.
Dudum, v. Pridem.
Dulcis, v. Suavis.
Dumi. Sentes. Vepres.
Dumi, fourrés de broussailles qui offrent un aspect sauvage ; sentes, buissons épineux où l’on se blesse ; vepres réunit les deux idées : broussailles épineuses qui font du sol un lieu sauvage.
Duplex. Duplum. Geminus. Dupliciter. Bifariam.
1. Duplex, double en parlant de quantités déterminées qu’il suffit de compter ; duplum, en parlant de quantités indéterminées qu’il faut peser ou mesurer. Duplex s’emploie adjectivement, duplum substantivement. Quintil. VIII, 6, 42. In quo et numerus est duplex, nec duplum virium. Armée deux fois plus nombreuse, mais sans offrir le double de forces.
2. Étant donnés des objets semblables et pareils au nombre de deux, c’est l’idée du nombre deux qui domine dans duplex comme dans διπλοῦς ; c’est l’idée de ressemblance et de parité qui domine dans geminus comme dans δίδυμος. Dans ce passage de Cic. Part. 6. Verba geminata et duplicata, vel etiam sæpius iterata, geminata se rapporte à la répétition d’une idée par le moyen de termes synonymes, duplicata à la répétition d’un même mot.
3. Dupliciter est toujours adverbe de manière : de deux manières, à un double point de vue ; bifariam est adverbe de lieu : en deux endroits ou en deux parties. Cic. Fam. IX, 20. Dupliciter delectatus sum litteris tuis. Ta lettre me charme de deux manières. Comparez avec Tusc. III, 11. Bifariam quatuor perturbationes æqualiter distributæ sunt. Les quatre passions fondamentales ont été également réparties en deux catégories.
E
Ebrius. Vinolentus. Temulentus. Crapula. Ebriosus.
1. Ebrietas présente par leur beau côté les suites d’un excès de vin, c’est l’exaltation, l’animation, qui touchent à l’inspiration, μέθη ; vinolentia et le terme archaïque de temulentia les font envisager par leur vilain côté, celui d’un homme qui se soûle et tombe dans l’abrutissement, οἶνωσις ; enfin, crapula exprime la cause matérielle de cet état, les fumées du vin, comme ϰραιπάλη.
2. Ebrius et le mot d’origine étrangère madulsa désignent l’état passager d’un homme qui est ivre ; ebriosus l’habitude d’un homme qui s’enivre.
Ecce, v. En.
Editus, v. Altus.
Edulia, v. Alimenta.
Egestas, v. Paupertas.
Egere, v. Carere.
Egregius, v. Eminens.
Ejulare, v. Lacrimare.
Elaborare, v. Labor.
Eligere, v. Deligere.
Elonginquo, v. Procul.
Eloquens, v. Disertus.
Eloqui. Enunciare. Proloqui. Pronunciare. Recitare.
1. Eloqui et enunciare marquent un acte de l’intelligence par lequel on exprime une idée qui était dans l’esprit : l’eloquens tient autant de compte de la forme que du fond ; il veut donner à la pensée le tour le plus parfait ; l’enuncians ne s’attache qu’au fond ; son but est rempli dès qu’il a fait passer ses idées dans le domaine public, qu’il les a communiquées. Le style, elocutio, appartient à la rhétorique ; la proposition et le jugement, enunciatio, appartiennent à la grammaire et à la logique.
2. Proloqui marque un acte moral par lequel on se résout à exprimer une pensée qu’on tenait secrète, par opposition à reticere, comme profiteri ; enfin, pronunciare marque un acte physique par lequel on exprime mécaniquement et intelligiblement ce qu’on a pensé ou écrit, comme recitare.
3. Pronunciare est un simple usage des organes de la parole et ne suppose pas d’autre but que de se faire pleinement entendre ; recitare est le fait de l’art : on vise à produire une impression agréable par une juste modulation de la voix conforme aux règles de la déclamation. La pronunciatio ne s’applique qu’aux lettres, aux syllabes et aux mots considérés comme les éléments et le corps du discours ; la recitatio se rapporte, en outre, aux termes et au sens considérés comme l’âme du discours.
Elucet, v. Constat.
Emendare, v. Corrigere.
Emere. Mercari. Redimere.
1. Emere, faire une emplette ; c’est l’acquisition de l’objet qui est le point capital, et le prix à payer n’est qu’une idée accessoire, πρέασθαι ; mercari, acheter, il s’agit de la conclusion d’un marché fait dans toutes les règles, généralement entre commerçants, ἐμπολᾷν.
2. Emere s’applique à des objets de commerce proprement dits ; redimere, à des objets qui ne constituent point aux yeux de la loi et de la morale de vrais articles de commerce, que l’acquéreur pourrait réclamer comme un dû ou qu’il devrait obtenir par faveur sans bourse délier, par exemple, la paix, la justice, l’affection. Cic. Sext. 30, 66. Quis autem rex qui illo anno non aut emendum sibi quod non habebat, aut redimendum quod habebat arbitrabatur ? Quel est le roi qui ne se soit cru réduit cette année ou à acheter ce qu’il n’avait point ou à racheter ce qu’il avait ?
Eminens. Excellens. Præclarus. Præstans. Insignis. Singularis. Unicus.
1. Eminens, excellens, præclarus et præstans servent à constater de sang-froid une supériorité ; egregius, à la proclamer avec enthousiasme ; eximius, avec admiration.
2. Eximius, etc., se rapportent tous à des qualités louables et ne peuvent se joindre que par ironie à des vices ou à des fautes ; insignis, singularis et unicus sont des termes indifférents qui expriment également la louange ou le blâme à un haut degré.
Eminet, v. Apparet.
Eminus, v. Procul.
Emissarius, v. Explorator.
Emolumentum, v. Lucrum.
Emori, v. Mors.
En. Ecce.
En, vois ici ce qui était resté jusqu’à présent caché à tes yeux, comme ἤν, ἠνί, ἠνίδε ; ecce, vois là ce que tu n’aurais jamais soupçonné, comme ἰδού.
Ensis, v. Gladius.
Enunciare, v. Eloqui.
Epistola, v. Litteræ.
Epulæ. Convivium. Dapes. Epulum. Comissatio.
Epulæ est le terme général, le repas, le manger, frugal ou recherché, en famille ou avec des convives, au logis ou en public ; convivium, repas de société, en compagnie ; dapes, banquet religieux à la suite d’un sacrifice ; epulum, banquet solennel, ordinairement politique, en l’honneur d’un personnage ou d’un succès ; comissatio, débauche de table, orgie.
Equus. Caballus. Mannus. Canterius.
Equus, terme général pour le cheval, c’est le nom de l’espèce ; caballus, cheval commun ; mannus, cheval de petite taille et de luxe, poney ; canterius, cheval coupé, hongre. Sen. Ep. 85. Cato censorius canterio vehebatur et hippoperis quidem impositis. Oh ! quantum decus sæculi, Catonem uno caballo esse contentum et ne toto quidem ! Ita non obesis omnibus mannis et asturconibus et tolutariis præferres unum illum equum ab ipso Catone defrictum ? Caton le censeur voyageait sur un hongre qui portait ses bagages. Oh ! quelle gloire pour un siècle que ce Caton qui se contentait d’un cheval commun ou plutôt d’une place sur ce cheval ! Est-ce que vous ne préférez pas à tous les poneys potelés, aux coursiers d’Asturie, aux trotteurs, cet unique cheval que Caton pansait lui-même ?
Ergastulum, v. Custodia.
Eripere, v. Demere.
Errare. Vagari. Palari.
Errare, s’égarer, πλανᾶσθαι, aller çà et là malgré soi, faute de connaître le bon chemin ; vagari et palari, errer de propos délibéré : vagari, ἀλᾶσθαι, par ennui d’un séjour fixe ou du droit chemin, en changeant souvent de direction ; palari, en s’éloignant de la société dans laquelle on se trouve pour courir seul. Erramus ignari ; vagamur soluti ; palamur dispersi. On s’égare par ignorance ; on mène une vie errante lorsqu’on ne tient à rien ; on s’écarte pour se disperser. Tac. H. I, 68. Undique populatio et cædes ; ipsi in medio vagi ; abjectis armis magna pars, saucii aut palantes in montem Vocetium perfugiunt. Partout des ravages et des massacres ; errant entre les deux corps ennemis, jetant leurs armes, blessés ou dispersés pour la plupart, les Helvétiens cherchent un refuge sur le mont Vocétius.
Erudire. Formare. Instituere.
Erudire et formare présentent l’éducation par son côté idéal, comme un des éléments de la perfection humaine : erudire, en général, l’éducation délivre de l’ignorance ; formare, dans un sens particulier ; elle transporte l’homme dans une sphère spéciale ; elle le façonne pour un but déterminé vers lequel elle dirige l’âme ; instituere présente la même éducation par son côté positif ; elle rend propre à un métier.
Eruditio, v. Doctrina.
Escendere, v. Scandere.
Esca, v. Alimenta.
Esuries, v. Fames.
Et. Que. Ac. Atque.
Et est la conjonction dont l’usage est le plus général ; que et et-et servent à unir des termes opposés : que, dès qu’il y a opposition, par exemple terra marique ; et-et, pour marquer expressément l’opposition, par exemple et terra et mari ; ac et atque unissent des synonymes : atque se place devant les voyelles et les consonnes gutturales ; ac, devant le reste des consonnes, par exemple, vir fortis ac strenuus.
Evenire, v. Accidere.
E vestigio, v. Repente.
Evertere, v. Perdere.
Evocare, v. Arcessere.
Excellens, v. Eminens.
Excelsus, v. Altus.
Excipere, v. Sumere.
Excors, v. Amens.
Excubiæ. Stationes. Vigiliæ.
Excubiæ, sentinelles devant un palais, garde d’honneur et sauve-garde ; stationes, garde placée à une porte, poste avancé ; vigiliæ, garde de nuit, patrouille.
Excusatio, v. Purgatio.
Exemplum. Exemplar.
Exemplum, exemple pris entre beaucoup d’autres à cause de sa convenance relative ; il s’applique à un cas déterminé ; exemplar, exemple choisi de préférence à d’autres à cause de sa perfection ou de sa convenance absolue ; il représente une idée générale, modèle. Vell. P. II, 100. Antonius singulare exemplum clementiæ Cæsaris. Antoine, exemple frappant de la clémence de César. Comparez avec Tac. Ann. XII, 37. Si incolumem servaveris, æternum exemplar clementiæ ero (clementiæ, et non pas clementiæ tuæ). Si tu me sauves, au lieu de me frapper, ta conduite envers moi restera éternellement un modèle de clémence.
Exercitus. Copiæ.
Exercitus, armée composée de plusieurs légions ; copiæ, troupes composées de plusieurs cohortes.
Exhibere, v. Præbere.
Exiguus, v. Parvus.
Exigere, v. Petere.
Exilis. Macer. Gracilis. Tenuis.
Exilis et macer se disent de l’exténuation considérée comme un vice interne et y rattachent directement une idée de blâme. C’est un rétrécissement causé par le défaut de sucs nourriciers. Exilis est un terme général qui se dit de toute espèce de corps et qui marque un appauvrissement et un manque de forces, par opposition à uber, misérable ; macer, maigre, se dit particulièrement du corps des animaux ; il désigne une certaine sécheresse, un certain épuisement, par opposition à pinguis. Gracilis et tenuis se rapportent à la forme, à l’apparence et sont des termes indifférents ou des termes d’éloge : tenuis, mince, délicat, se dit en général de toute sorte de corps, par opposition à crassus ; gracilis a un air de ressemblance avec procerus et se dit en particulier du corps des animaux, élancé, par opposition à opimus, à obesus.
Eximere, v. Demere.
Existimare, v. Censere.
Experiri, v. Tentare.
Expilare, v. Vastare.
Eximius, v. Eminens.
Exitium, exitus, v. Lues.
Expetere, v. Velle.
Explorator. Speculator. Emissarius.
Exploratores, éclaireurs chargés ouvertement de reconnaître le terrain ou l’ennemi ; speculatores, espions envoyés secrètement pour découvrir par ruse la situation et les plans de l’ennemi ; emissarii, agents secrets chargés au besoin de mesures et de missions extraordinaires.
Exprobrare, v. Objicere.
Exsequiæ, v. Funus.
Exspectare, v. Manere.
Exsecrari, v. Abominari.
Exsomnis, v. Vigil.
Exspes. Desperans.
Exspes marque en général l’état d’une personne qui a cessé d’espérer ; desperans présente le désespoir sous l’aspect d’un sentiment douloureux.
Exstructus, v. Præditus.
Exta, v. Caro.
Extemplo, v. Repente.
Exsul, v. Perfuga.
Exsultare, v. Gaudere.
Exterus. Externus. Peregrinus. Alienigena. Extrarius. Extraneus. Advena. Hospes.
1. Exterus et externus, l’étranger dans son pays ; peregrinus, alienigena, advena et hospes, l’étranger qui réside temporairement dans notre pays.
2. Externus ne marque qu’un rapport de lieu et se dit également des choses et des personnes ; exterus marque un rapport interne et ne se dit que des personnes. Externæ nationes est une expression purement géographique ; ce sont les peuples du dehors ; exteræ nationes est un terme politique ; ce sont les peuples étrangers.
3. Extraneus se dit du monde extérieur, par opposition à la parenté, à la famille, à la patrie ; extrarius, par opposition au moi. Cic. ap. Colum. XII. Comparata est opera mulieris ad domesticam diligentiam ; viri autem ad exercitationem forensem et extraneam. La femme est destinée à donner ses soins aux travaux du ménage ; l’homme, aux affaires du Forum et aux occupations extérieures. Comparez avec Inv. II, 56. Utilitas aut in corpore posita est aut in extrariis rebus. L’utilité est en nous ou hors de nous.
4. Peregrinus, celui qui n’est pas citoyen, par opposition à civis ; alienigena, celui qui est né à l’étranger, par opposition à indigena ; advena, l’émigrant établi dans un pays, par opposition à αὐτόχθων, à aborigines ou encore à indigena ; hospes, le nouveau-venu, par opposition à popularis.
5. Peregrinus, l’étranger au titre politique, privé du droit de cité et de séjour, avec une idée de mépris ; hospes, l’étranger à titre d’homme et d’égal, en jouissance du droit d’hospitalité. Cic. Rull. II, 34. Nos autem qui hinc Roma veneramus, jam non hospites sed peregrini atque advenæ nominabamur. Mais nous qui n’arrivions que de Rome, on ne se bornait pas à nous traiter de nouveau-venus ; nous étions des étrangers sans droit de cité, des émigrants en quête d’un établissement.
Extorris, v. Perfuga.
Extraneus, extrarius, v. Exterus.
Extremus. Ultimus. Postremus. Novissimus.
Extremus et ultimus, le dernier, quand il s’agit d’une quantité indivise, d’un espace continu : extremus se dit de la partie extrême d’un espace ou d’une surface, par opposition à intimus et medius, comme ἔσχατος ; ultimus, du point extrême d’une ligne, par opposition à citimus et proximus, comme λοῖσθος. Postremus et novissimus, le dernier quand il s’agit d’une quantité qui offre des subdivisions, d’une série numérique : postremus, ὕστατος, celui qui vient après les autres dans une série toute faite où il occupe la dernière place, par opposition à ceux qui tiennent la tête ; novissimus, le dernier dans une série en formation où il vient s’ajouter à tous les autres, le tout dernier, par opposition au néant qui vient ensuite, comme νέατος.
Exuviæ, v. Præda.
F
Faber. Opifex. Artifex.
Fabri, ouvriers dont le travail consiste en une dépense de forces physiques, charpentiers et forgerons, χειρώναϰτες ; opifices, artisans qui ne sauraient se passer d’adresse mécanique et d’application, ϐάναυσοι ; artifices, artistes qui font preuve d’esprit et d’invention même dans des travaux mécaniques.
Fabulari, v. Dicere et Garrire.
Facere, v. Agere.
Facetiæ, v. Lepidus.
Facies. Os. Vultus. Oculi.
Facies et oculi, le visage et les yeux, au sens physique, comme traits naturels et comme organe de la vue ; os et vultus expriment en outre un rapport moral : l’état temporaire et même habituel de l’âme se révèle par les airs et les yeux. Os se dit du regard et de l’expression correspondante de la bouche ; vultus se dit des mouvements de l’œil et de l’aspect simultané des traits qui l’avoisinent, du front serein ou sombre. Tac. Agr. 44. Nihil metus in vultu, gratia oris supererat. Son regard ne trahissait pas la moindre crainte et la grâce était le trait dominant de sa physionomie. Cic. Orat. 18, 60. Ut imago animi est vultus, sic indices oculi. Le front et les yeux sont le miroir de l’âme ; les yeux sont même des délateurs.
Facilitas, v. Humanitas.
Factio, v. Partes.
Facultas, v. Occasio.
Fallaciter, v. Perperam.
Facinus, v. Delictum.
Factum, v. Agere.
Facundus, v. Disertus.
Fallere. Frustrari. Decipere. Circumvenire. Fraudare. Imponere.
Fallere, frustrari et imponere, induire en erreur et causer une confusion du vrai avec le faux, σφάλλειν : le fallens trompe parce qu’il voit les choses sous un jour faux ; le frustrans, parce qu’il a de fausses espérances ; l’imponens met à profit la crédulité d’autrui. Decipere et circumvenire, surprendre par ruse et gagner un avantage déshonnête, ἀπατᾷν : le decipiens, par une ruse instantanée ; le circumveniens, par une machination, comme circonvenir. Fraudare, duper, nuire, dépouiller quelqu’un par abus de confiance.
False, falso, v. Perperam.
Fama, v. Rumor.
Fames. Esuries. Inedia.
Fames, la faim, comme conséquence du défaut de nourriture, λιμὸς, par opposition à satietas ; esuries, l’envie de manger, comme conséquence du vide et de l’irritation de l’estomac, par opposition à sitis ; enfin, inedia, l’abstinence en général, sans assignation de cause, mais de préférence, par acte volontaire, comme ἀσιτία. Fame et esurie perire signifient périr de faim ; inedia perire, se laisser mourir de faim.
Familia, v. Ædificium.
Famulus, v. Servus.
Fas est, v. Concessum est.
Fastigium, v. Culmen.
Familiaris, v. Socius.
Fanum, v. Templum.
Fastidium, v. Spernere.
Fastus, v. Superbia.
Fateri. Profiteri. Confiteri.
Fateri, avouer, sans idée accessoire, par opposition à celare ; profiteri, reconnaître librement ou ouvertement, sans crainte et sans réticence, qu’on soit interrogé ou non ; confiteri, confesser par suite de questions, de menaces, de contrainte. La professio a sa raison d’être dans un noble effort sur soi-même ; c’est le fait d’une personne qui dédaigne les déguisements et n’a pas à rougir de ce qu’elle tenait caché ; mais la confessio a pour cause un effort honteux qui fait qu’on renonce au secret quoiqu’on ait à rougir de l’aveu. Cic. Cæc. IX, 24. Ita libenter confitetur, ut non solum fateri, sed etiam profiteri videatur. C’est une confession si franche qu’elle ressemble moins à un aveu qu’à une déclaration.
Fatigatus. Fessus. Lassus.
Fatigatus et fessus expriment l’état d’une personne qui soupire après le repos à la suite d’un effort dont elle se ressent désagréablement : fatigatus, au sens passif ; il se dit de celui que la fatigue a gagné ; fessus, au sens neutre ; il se dit de celui que la fatigue accable. Lassus et lassatus expriment, comme las et lassé, un état dans lequel on a besoin de repos, parce qu’on est affaibli par le travail ou le mouvement. Cels. I, 2, 15. Exercitationis finis esse debet sudor aut certe lassitudo, quæ citra fatigationem sit. Il faut suspendre l’exercice à la première sueur, ou du moins à l’arrivée de la lassitude qui précède le sentiment de la fatigue. Sall. Jug. 57[1]. Opere castrorum et præliorum fessi lassique erant. Les campements et les combats les avaient fatigués et lassés.
1 Chap. LIII de la collection Lemaire et de la collection Panckoucke.
Factum, v. Casus.
Fatuus, v. Stupidus.
Faustus, v. Felix.
Faux. Glutus. Ingluvies. Guttur. Gurgulio. Gula.
Faux, glutus et ingluvies, l’intérieur du conduit alimentaire, le gosier : glutus, chez l’homme ; ingluvies, chez les animaux ; faux, la partie supérieure, l’entrée du conduit. Guttur, gurgulio et gula, la gorge ou partie du corps qui sert d’enveloppe au conduit : gurgulio, chez les animaux ; gula, chez l’homme ; guttur, chez les animaux et chez l’homme.
Fax. Tæda. Funale.
Fax, terme général pour toute espèce de flambeaux ; tæda, flambeau naturel en bois résineux ; funale, flambeau de cire qui est un produit de l’art.
Fel. Bilis.
Fel, le fiel des animaux, et au figuré le symbole de l’amertume dans le goût ; bilis, le fiel du corps humain, et au figuré le symbole de l’amertume dans les sentiments.
Felix. Prosper. Faustus. Fortunatus. Beatus.
Felix, fœlix, terme général en parlant du bonheur ; il a le sens actif et le sens neutre qui rend heureux et qui est heureux ; prosper et faustus n’ont que le sens actif : qui donne, qui apporte le bonheur ; prosperum se dit de ce qui vient remplir les espérances et les vœux de l’homme, de ce qui arrive comme à souhait ; faustum, de ce qui est un effet de la faveur, de la grâce des dieux, une sorte de bénédiction. Fortunatus et beatus ont, par préférence ou même exclusivement la signification intransitive ou passive, fortuné, comblé par le bonheur : le fortunatus est un favori de la fortune, comme εὐτυχής ; le beatus se sent heureux et content, comme les θεοὶ ῥεῖα ζάωντες, μαϰάριος.
Femina. Mulier. Uxor. Conjux. Marita.
1. Femina, la femme considérée dans sa nature physique, par opposition à mas ; mulier, la femme sous son aspect moral, comme un être faible et tendre, par opposition à vir. Femina seul sert à désigner la femelle de l’animal.
2. Mulier signifie encore la femme mariée, par opposition à virgo ; uxor et conjux, la femme, par opposition au mari : uxor, dans le simple rapport de la femme à l’homme auquel elle est confiée, par opposition à maritus ; conjux, dans ses rapports mutuels avec le mari, comme une des moitiés du couple et par opposition à liberi. Et en tant que l’uxor appartient à l’homme, tandis que la conjux est son égale, uxor se dit d’un mariage du commun, comme femme ; conjux, d’un mariage dans un rang élevé, comme épouse.
3. Uxor appartient à la langue courante ; marita est un mot poétique.
Femur, v. Coxa.
Ferax, v. Disertus.
Feriæ, v. Solemnia.
Ferire, v. Verberare.
Fera, v. Animal.
Fere, v. Pæne.
Feriari, v. Vacare.
Ferme, v. Pæne.
Ferocia. Ferocitas. Virtus. Fortitudo.
Ferocia et ferocitas, le courage naturel et sauvage que peuvent posséder le barbare et la bête ; ferocia dans l’application, ferocitas comme instinct. Virtus et fortitudo, le courage moral dont l’homme ne devient capable qu’à un haut degré de civilisation : virtus, lorsqu’il se manifeste par l’action et par l’offensive, comme l’industria ; fortitudo, lorsqu’il se manifeste par la résistance et la défensive, comme la constantia. Tac. Ann. XI, 19. Nos virtutem auximus, barbari ferociam infregere. Cela rehaussa le courage discipliné des Romains en rabaissant le courage brutal des barbares.
Ferre. Portare. Bajulare. Gerere.
1. Ferre, φέρειν, porter, en général ; portare et bajulare, ϐαστάζειν, transporter un fardeau : portare, pour soi ou pour les autres ; bajulare, en qualité de portefaix. Dans Cæs. B. G. I, 16. Ædui frumentum... conferri, comportari, adesse dicere, conferre se rapporte à la livraison que chaque sujet vient faire de sa contribution partielle entre les mains des autorités locales ; comportare, à la remise à César de toutes les réquisitions réunies.
2. Ferre, portare et bajulare n’expriment qu’un rapport éventuel, celui du porteur à son fardeau ; gerere, gestare expriment, comme φορεῖν, un rapport plus particulier, celui du propriétaire à son bien.
Bellum ferre ne signifie guère que inferre ou tolerare bellum. Bellum gerere se rapproche de bellum habere et ne s’applique qu’au peuple entier ou au souverain, à celui qui a pris la résolution de faire la guerre et qui est en état de guerre, mais nullement à l’armée qui combat, ni au général chargé de diriger les opérations. Gerit bellum populus Romanus, administrat consul, capessit miles. Le peuple romain a la charge de la guerre, le consul la conduit, le soldat la fait.
Ferre. Tolerare. Perferre. Perpeti. Sustinere. Sinere. Sustentare.
1. Ferre ne fait voir dans la souffrance qu’un fardeau à porter : c’est un terme impersonnel, comme φέρειν ; tolerare, perferre et pati, perpeti peignent la situation d’esprit de la personne qui porte et qui souffre : le tolerans et le perferens, τολμῶν, supportent la souffrance sans y succomber, avec force et fermeté ; ce sont des synonymes de sustinens ; le patiens et le perpetiens souffrent sans lutter, de bonne grâce ou avec résignation, avec patience ; ce sont des synonymes de sinens. Ferre et tolerare ne peuvent avoir pour régime qu’un nom ; pati peut avoir un nom ou un infinitif.
2. Perferre, et en vieux latin ecferre, est un augmentatif de tolerare, comme perpeti de pati, supporter et souffrir héroïquement. Poet. ap. Cic Tusc. IV, 29. Nec est malum, quod non natura humana patiendo ecferat. Et il n’y a point de mal dont la nature humaine ne triomphe à l’aide de la résignation. Comparez Sen. Thyest. 307. Leve est miserias ferre, perferre est grave. Il est aisé d’être malheureux, il est difficile de l’être avec constance. Plin. H. N. XXXVI, 21. Qui perpeti medicinam non toleraverant. Ceux qui n’avaient pas eu la force d’endurer le remède. Tac. Ann. III, 3. Magnitudinem mali perferre visu non toleravit. Elle n’eut point la force de braver la vue de ce grand malheur.
3. Tolerare, continuer à se tenir droit et ne pas succomber sous un fardeau ; sustinere, soutenir le fardeau même et ne point le laisser tomber.
4. Pati, laisser faire sans objection, se dit d’un assentiment d’esprit ; sinere, ne pas retenir, n’empêcher en aucune façon, d’un consentement en forme, comme permettre. Pati a régulièrement pour régime l’action même et se construit avec l’infinitif ; sinere, la personne, et il se construit avec ut.
5. Sustinere signifie en général soutenir ; sustentare, soutenir à force de mal et de peine. Cic. Muren. 2. Quis mihi in republica... debet esse conjunctior quam is cui respublica a me uno traditur sustinenda, magnis meis laboribus ac periculis sustentata ? Quel est l’homme d’État sur l’attachement duquel je dois compter ? N’est-ce pas celui que j’appelle moi-même, et moi seul, à devenir l’appui de l’État que j’ai péniblement étayé au prix de grandes fatigues et de grands dangers ? Curt. VIII, 4, 15. Forte Macedo gregarius miles seque et arma sustentans in castra venit. Le hasard amena enfin dans le camp un simple soldat macédonien qui se traînait avec ses armes. Comparez avec V, 1, 11. Tandem Laconum acies languescere, lubrica arma sudore vix sustinens. La ligne des Spartiates faiblit enfin, leurs armes leur échappaient de fatigue, ils en soutenaient à peine le poids.
Fertilis, v. Disertus.
Fervere, v. Calere.
Festa, v. Solemnia.
Festivus, v. Lepidus.
Fidelitas, v. Fides.
Ferula, v. Fustis.
Fessus, v. Fatigatus.
Festinus, v. Citus.
Fidelis, v. Fidus.
Fidere. Confidere. Fidem habere. Credere. Committere. Permittere.
1. Fidere, se fier ; confidere, se confier à une force et à un secours ; fidem habere, croire sur parole à une bonne intention, et credere, y croire de soi-même. Liv. II, 45. Consules magis non confidere quam non credere suis militibus. Les consuls, sans se défier de leurs soldats, ne comptaient plus sur eux. Le premier verbe, confidere, se rapporte à leur courage ; le second, credere, à leur fidélité.
2. Fidere, etc., présente la confiance à l’état de sentiment ; committere, permittere, se disent de la confiance en action : le committens agit par pleine conviction de la capacité et de la bonne volonté de son mandataire, ce qui impose à celui-ci une responsabilité morale ; le permittens ne songe qu’à se débarrasser du fardeau d’une affaire, en sorte que le mandataire n’a qu’une responsabilité politique ou légale. Cic. Font. 14. Ita ut commissus sit fidei, permissus potestati. On le confie à votre honneur, on le remet en votre pouvoir.
Fides. Fidelitas. Fiducia. Confidentia. Audacia. Audentia.
1. Fides et fidelitas, la fidélité que l’on garde soi-même aux autres : fides, dans un sens général, comme πίστις, l’habitude de tenir parole, la réputation d’homme sûr qu’on doit à une honnêteté scrupuleuse, la confiance qu’on inspire par là aux autres, l’honneur ; fidelitas, dans un sens particulier, comme πιστότης, la fidélité dans l’attachement à des personnes auxquelles on s’est une fois donné. Fiducia et confidentia, la confiance qu’on a dans les autres : fiducia, la bonne et louable confiance en des choses auxquelles il est réellement permis de se fier, l’assurance qui est parente du courage, par opposition à timor, comme θάρσος ; confidentia, la confiance aveugle et blâmable, particulièrement en sa propre force, par opposition à la prévoyance et à la modestie, la suffisance, parente de l’orgueil, θράσος.
2. Fiducia et confidentia ont leur raison d’être dans la confiance du succès ; audacia et audentia, dans le mépris du danger : l’audacia est tantôt une hardiesse louable et comme un augmentatif de fiducia, tantôt une effronterie blâmable, et il se dit alors par euphémisme pour temeritas, comme τόλμα ; l’audentia est toujours un esprit d’entreprise louable. Juven. XIII, 108. Quum magna malæ superest audacia causæ, creditur a multis fiducia. Qu’on paye d’audace dans une méchante cause, la foule croit à une noble confiance. Sen. Ep. 87. Quæ bona sunt fiduciam faciunt, divitiæ audaciam. Les vrais biens inspirent une louable confiance, les richesses de l’audace.
Fides, v. Religio.
Fides, v. Chorda.
Fiducia, v. Fides.
Fidus. Fidelis. Infidus. Infidelis. Perfidus. Perfidiosus.
1. Fidus marque une qualité native ; c’est quelquefois un éloge ; fidelis marque une vertu morale, un trait de caractère ; c’est toujours un éloge. Liv. XXII, 22. Eo vinculo Hispaniam vir unus solerti magis quam fideli consilio exsolvit. Abellex erat Sagunti, nobilis Hispanus, fidus ante Pœnis. L’Espagne fut dégagée de ce lien par un seul homme à l’aide d’une combinaison qui marquait plus de génie que de fidélité. Il y avait à Sagonte un certain Abellex, noble Espagnol, auparavant attaché à la cause punique.
2. Infidus, qui n’est pas sûr ; infidelis, infidèle ; perfidus et perfidiosus, sans foi : perfidus, perfide à l’occasion ; perfidiosus, plein de perfidie, traître dans l’âme.
Figura. Forma. Species.
Figura, forme quelconque au sens mathématique, pourvu qu’elle ait des contours déterminés, comme σχῆμα, la figure ; forma, la forme au sens esthétique, comme expression visible et comme empreinte de l’être intérieur, en correspondance avec cet être, comme μορφή ; enfin, species, l’apparence physique opposée à l’être intérieur et invisible auquel elle sert simplement de couverture, comme εἶδος. Figurare, donner une forme arrêtée à une matière entièrement informe ; formare, façonner, c’est-à-dire donner à une masse grossière la forme qu’elle doit avoir ; et enfin, speciem addere, parer, c’est-à-dire donner à une matière déjà façonnée un caractère extérieur qui plaise à l’œil. Figura se rapporterait donc exclusivement aux contours ou linéaments, tandis que forma ou du moins species comprendrait la couleur, la grandeur et autres détails.
Fimus, v. Lutum.
Findere. Scindere.
Findere, diviser un corps dans le sens de ses joints naturels, le décomposer pour ainsi dire en ses parties élémentaires, comme fendre et cliver ; scindere, le diviser par force sans aucun égard aux joints et le mettre en pièces, comme couper et déchirer. Findere lignum veut dire fendre une bûche de bois en s’aidant de la nature même du bois, dans le sens de la longueur ; mais scindere, casser par pure force, en largeur. Le findens æquor nave considère la mer comme un assemblage de parties liquides ; le scindens, comme n’ayant fait qu’un tout dès l’origine.
Finire. Terminare. Consummare. Absolvere. Perficere.
Finire et terminare marquent la fin d’une action sans égard au progrès qu’on a pu faire vers le but : finire, finir, par opposition à incipere ; mais terminare, mettre un terme, une limite, par opposition à continuare. Consummare, absolvere et perficere marquent l’achèvement d’un ouvrage : consummare (qui ne paraît qu’après le siècle d’Auguste), comme terme général ; il s’oppose à une demi-besogne ; absolvere, par allusion à un devoir accompli, à un travail pénible qui vient d’être terminé et qui rend l’ouvrier à la liberté ; il s’oppose à inchoare ; perficere, par allusion à un but qu’on a atteint, à une tâche qu’on s’était soi-même imposée, laquelle est terminée et parfaite ; il s’oppose à conari. Absolutus ne suppose d’ailleurs que l’exécution complète de l’ouvrage, comme ἐντελής, tandis que perfectus marque la perfection de l’œuvre, comme τέλειος.
Finis. Terminus. Limes.
Finis, limite considérée comme une ligne mathématique, τέλος ; terminus et limes, démarcation matérielle : terminus, borne qui indique un point extrême, τέρμα ; limes, bande qui trace une ligne de séparation, ὄρος. Cic. Læl. 16. Constituendi sunt qui sint in amicitia fines et quasi termini diligendi. Il faut établir quelles doivent être entre amis les limites et, pour ainsi dire, les bornes de l’affection. Hor. Carm. II, 18, 24. Revellis agri terminos et ultra limites clientium salis avarus. Tu arraches les bornes du champ et tu sautes dans ton avarice par-dessus les limites de tes clients.
Finitimus, v. Vicinus.
Fiscus, v. Ærarium.
Flagitium, v. Delictum.
Flavus, v. Luteus.
Fluctus, v. Aqua.
Firmus, v. Validus.
Flagitare, v. Petere.
Flagrare, v. Ardere.
Flere, v. Lacrimare.
Fluere. Manare. Liquere.
Fluere se dit d’une eau qui court, d’un liquide en mouvement ; manare, d’une eau qui jaillit et déborde, d’un liquide qui se répand ; liquere, d’une eau ou d’un liquide qui se disperse en vertu de sa nature physique. La cause de l’effet que marque fluere est dans l’absence de digue qui permet au corps liquide de couler en descendant par la loi de la pesanteur ; celle de l’effet que marque manare est dans le trop-plein de la source ; enfin, liquere, être à l’état liquide, marque l’absence de cohésion, la condition négative indispensable pour donner lieu aux effets que désignent fluere et manare. Fluere se rapproche de labi et a pour opposés hærere, stare ; manare, d’effundi, et il a pour opposés contineri, claudi ; enfin, liquere, de dissolvi, et il a pour opposés concrevisse, rigere. Gell. XVII, 11. Plato potum dixit defluere ad pulmonem, eoque satis humectato demanare per eum quia sit rimosior et confluere inde in vesicam. D’après une opinion attribuée à Platon, l’eau que nous buvons coule de haut en bas jusqu’au poumon, puis, quand elle l’a suffisamment humecté, elle en ressort par une multitude de pores et va se réunir dans la vessie.
Fluvius. Flumen. Amnis.
Fluvius, flumen, marquent, comme ῥόος, ῥεῦμα, un cours d’eau ordinaire, par opposition à un étang ou à un lac ; amnis, un grand fleuve, ποταμὸς, par opposition à la mer. Cic. Divin. I, 35, 78. Ut flumina in contrarias partes fluxerint atque in amnes mare influxerit. Les rivières remontèrent leur propre cours et la mer se jeta dans les fleuves. Sen. N. Q. III, 19. Habet ergo non tantum venas aquarum terra, ex quibus corrivatis flumina effici possunt, sed et amnes magnitudinis vastæ. La terre ne contient pas seulement des filets d’eau qui peuvent former des rivières en se réunissant, mais encore des fleuves d’un volume immense. Et un peu plus loin : Hanc magnis amnibus æternam esse materiam, cujus non tangantur extrema sicut fluminum et fontium. Tel est le réservoir qui alimente éternellement les grands fleuves, mais dont l’origine n’est pas accessible comme celle des rivières et des sources. Tac. Hist. V, 13. Quo Mosæ fluminis os amnem Rhenum Oceano affundit. Dans les parages où la Meuse, qui est une rivière, prête son embouchure à un fleuve, au Rhin, pour le verser dans l’Océan.
Fœcundus. Fertilis. Ferax. Uber. Frugifer. Fructuosus.
1. Fœcundus marque, comme εὔτοχος, la fécondité chez les êtres vivants qui font des petits ; il est opposé à effœtus ; fertilis et ferax marquent, comme εὔφορος, la fécondité de la nature et des éléments inanimés qui produisent ; ils ont pour opposé sterilis. Tac. Ann. XII, 63. Byzantium fertili solo fœcundoque mari quia vis piscium hos ad portus adfertur. Byzance possède un sol fertile et une mer féconde, car des circonstances locales poussent une multitude de poissons vers les ports de cette côte. Le trope employé ici par Tacite consiste à personnifier la mer, ce qui était bien plus aisé que de personnifier le sol. C’est la terre, non le sol, qui, après avoir d’abord paru comme élément, figure ensuite comme personne dans les passages suivants. Tac. Germ. 5. Terra satis ferax, frugiferarum arborum impatiens, pecorum fœcunda, sed plerumque improcera. La terre, qui paraît assez fertile, repousse les arbres fruitiers ; elle est féconde en bestiaux, mais la plupart de petite taille. Mela. I, 9, 1. Terra mire fertilis et animalium perfœcunda genetrix. C’est une terre d’une fertilité étonnante et d’une fécondité extrême à engendrer pour ainsi dire des animaux.
2. Fertilis marque la fertilité réelle subordonnée à la culture ; ferax, la fertilité possible fondée sur la nature du sol. Cicéron emploie fertilis dans le sens propre, ferax dans le sens figuré.
3. Fertilis et ferax associent à l’idée de la fécondité celle d’une force créatrice et productive, l’image du père et de la mère ; uber, une idée de nourriture et d’entretien, l’image de la nourrice, comme εὐθηνής ; frugifer, l’image de la campagne qui porte des moissons ; fructuosus, celle de l’arbre chargé de fruits, comme ἔγϰαρπος.
Fœdus. Societas.
Fœdus, association de sûreté mutuelle sur le pied d’un contrat consacré par la religion ; societas, association de simple convenance pour des entreprises communes. Liv. XXIV, 6. Hieronymus legatos Carthaginem mittit ad fœdus ex societate faciendum. Hiéronyme envoie des ambassadeurs à Carthage pour transformer l’engagement en alliance. Cic. Phil. II, 35. Neque ullam societatem... fœdere ullo confirmari posse credidi. Je crus que tous les traités du monde ne parviendraient pas à cimenter un engagement.
Fœdus, v. Teter.
Fœmina, v. Femina.
Fœnus. Usura.
Fœnus présente les intérêts comme le revenu du capital, τόϰος ; usura, comme le prix de louage payé par le débiteur qui utilise le capital, δάνος.
Fores, v. Ostium.
Forma, v. Figura.
Formido, v. Vereri.
Formare, v. Erudire.
Formosus. Pulcher. Venustus.
1. Formosus se dit du beau qui contente, attire et fait plaisir par sa régularité ; pulchrum, de celui qui se fait admirer, qui impose et satisfait par sa perfection ; venustum, de celui qui charme, éveille et fait naître le désir d’une jouissance. La formositas agit sur le sentiment naturel du beau, la pulchritudo, sur le sens cultivé de l’art, la venustas, sur les ressorts les plus délicats de la sensualité. Suet. Ner. 51. Fuit vultu pulchro magis quam venusto, c’est-à-dire qu’il avait dans les traits plus de perfection et de beauté régulière que d’agrément, que c’était une beauté froide et impassible vers laquelle personne ne se sentait entraîné.
2. Venustas, le charme, est un augmentatif de gratia, la grâce ; celui-là entraîne, celle-ci attire.
Fors, v. Casus.
Fortitudo, v. Ferocia.
Fortunatus, v. Felix.
Fovere, v. Calere.
Forte, fortuito, v. Casu.
Fortuna, v. Casus.
Fovea, v. Specus.
Fragor. Strepitus. Crepitus. Sonitus.
Fragor, son creux, sourd, craquement, δοῦπος ; strepitus, son retentissant, bruyant, mugissement, bruissement, cri, ϰτύπος ; crepitus, son isolé ou souvent répété, claquement, cliquetis, ϰροῦσις, ϰρότος ; sonitus, son qui provient des vibrations de corps élastiques, tintement, résonnance, ἠχή. Cic. Top. 12. Quæruntur pedum crepitus, strepitus hominum. Il y a lieu de chercher si l’on n’a pas entendu quelque bruit de pas ou de cris.
Fragrare, v. Olere.
Frangere. Rumpere. Divellere.
1. Frangere, briser un corps dur en morceaux ; rumpere, déchirer un corps flexible. Cato. ap. PRISC. Si quis membrum rupit aut os fregit, parce que dans le membre rompu ce n’est point l’os invisible, mais les chairs visibles qui paraissent séparées. Catenæ franguntur, vincula rumpuntur. On brise des chaînes, on déchire des liens. Quand rumpere s’applique à quelque corps dur, il implique l’idée d’un effort et d’un danger : le frangens met en pièces ce qui est entier, le rumpens ce qui le gêne.
2. Disrumpere et diffringere, mettre en pièces, en morceaux ce qui formait dans l’origine un tout ; divellere, séparer ce qui n’était qu’assemblé.
Fraudare, v. Fallere.
Frenum. Habena. Oreæ.
1. Frenum, le frein à l’aide duquel le cavalier maîtrise le cheval sauvage, χαλινός ; habena, la bride avec laquelle il dirige le cheval docile, ἠνίον. Hor. Ep. I, 15, 13. Læva stomachosus habena dicet eques ; sed equi frenato est auris in ore, c’est-à-dire il n’obéit pas à la bride et il faut qu’il sente le frein. Cic. Orat. I, 53. Senatum servire populo, cui populus ipse moderandi et regendi sui quasi quasdam habenas tradidisset. Le sénat devenir l’esclave du peuple, quand le peuple même lui avait donné tout pouvoir de le conduire et de le gouverner et mis pour ainsi dire les rênes en main ! Comparez avec Tac. Dial. 38. Pompeius adstrinxit imposuitque quasi frenos eloquentiæ. Pompée rétrécit la carrière et mit pour ainsi dire un frein à l’éloquence.
2. Oreæ, aureæ, qui n’est plus usité que dans le composé auriga, était peut-être le terme générique de frenum et d’habena à peu près comme harnais.
Frequenter, v. Sæpe.
Fricare, v. Lævis.
Fretus, v. Confisus.
Frigere. Algere. Algidus. Alsus. Gelidus. Frigus. Gelu. Glacies.
1. Frigere, être froid par opposition à calere ; algere, avoir froid par opposition à æstuare.
2. Algidus se dit du froid qui fait une impression désagréable ; alsus, de la fraîcheur qui apporte du soulagement.
3. Frigidus se dit d’un degré de froid modéré par opposition à calidus ; gelidus, du degré de froid qui amène la congélation par opposition à fervidus.
4. Frigus, le froid en lui-même, celui qui arrive et s’en va ; frigedo, l’état d’un homme saisi par le froid, état qui commence et qui cesse ; c’est une forme archaïque tombée en désuétude par l’emploi général de frigus.
5. Gelu, gelus, gelum marquent, comme ϰρύος, le froid capable de produire la glace ; gelicidium, une manifestation isolée de ce froid, une nuit où il gèle, comme ϰρυμός ; et glacies, comme ϰρύσταλλος, l’effet de ce froid, la glace.
Fructuosus, v. Fœcundus.
Frugifer, v. Fœcundus.
Frugi, v. Bonus.
Frui, frunisci, v. Uti.
Frustra. Nequidquam. Incassum. Irritus.
1. Frustra, en vain, par rapport au sujet qui se voit trompé dans son attente et ses calculs ; nequidquam, inutilement, pour rien, pour moins que rien, par rapport à la chose qui ne s’est point faite.
2. Même différence entre frustra employé adjectivement qui se rapporte à la personne, et le véritable adjectif irritus, qui se rapporte à la chose.
3. Frustra et nequidquam marquent simplement le manque de succès, comme μάτην, sans allusion à une faute ; incassum renferme l’idée accessoire d’un défaut de réflexion, de cette réflexion qui aurait pu calculer et prévoir l’échec, comme dans bâtir en l’air, bâtir des châteaux en Espagne, εἰς ϰενόν.
Frustrari, v. Fallere.
Fruticetum, v. Rami.
Fugitivus, v. Perfuga.
Fulciri. Niti.
Fulciri, fultus, se soutenir, soutenu pour se garantir d’une chute, en s’appuyant par exemple contre un pilier ; niti, nisus, pour s’élancer en l’air ou avancer en prenant un point d’appui sur une base.
Fulgur. Fulguratio. Fulmen.
Fulgur, fulgetrum et fulguratio désignent, comme ἀστραπή, les apparitions de l’éclair à l’horizon : fulgur présente le phénomène comme momentané et isolé ; fulguratio, comme durable et répété. Fulmen, c’est, comme ϰεραυνός, l’effet de l’éclair qui tombe à terre, la foudre. Liv. XL, 59. Fulguribus præstringentibus aciem oculorum, sed fulmina etiam sic undique micabant ut peti viderentur corpora. Au milieu des éclairs qui éblouissaient les yeux, la foudre même étincelait de toute part au point de faire craindre pour les hommes. Plin. H. N. II, 43. Si in nube erumpat ardens, fulmina ; si longiore tractu nitatur, fulgetra ; his findi nubem, illis perrumpi. Quand le feu du ciel éclate dans un nuage, c’est la foudre ; quand l’effet se produit en longueur, c’est l’éclair : l’éclair sillonne la nue que la foudre déchire.
Funale, v. Fax.
Fundus, v. Villa.
Fundamentum, fundus, v. Solum.
Funis, v. Laqueus.
Funus. Exsequiæ. Pompa.
Funus, le transport du cadavre comme ἐϰφορά ; exsequiæ et pompa, le cortége solennel qui accompagne le corps : exsequiæ, le cortége vivant composé de parents et d’amis ; pompa, la pompe inanimée composée des statues des ancêtres et autres ornements. Cic. Quint. 15. Funus quo amici conveniunt ad exsequias cohonestandas. Le convoi où les amis se pressent pour embellir le cortége. Nep. Att. 22. Elatus est in lecticula, sine ulla funeris pompa, comitantibus omnibus bonis, maxima vulgi frequentia. On l’emporta dans une petite litière ; nulle pompe au convoi, mais un cortége de tous les gens de bien et un très-grand concours de peuple.
Furari, v. Demere.
Furor, v. Amens.
Fustis. Ferula. Sudes. Trudis. Rudis. Scipio. Baculus.
1. Fustis et ferula, bâton qui sert à frapper ; sudes, trudis et rudis, à porter un coup de pointe ; scipio et baculus, à marcher.
2. Fustis, gourdin, bâton noueux assez gros pour donner la mort ; ferula, baguette ou verge pour corriger la jeunesse des écoles ; sudes et trudis, armes de guerre ; rudis, bâton servant de fleuret dans les salles d’armes ; scipio, bâton d’apparat et de dignité, symbole du pouvoir ou d’un âge vénérable ; baculus, bacillum, bâton utile et commode sur lequel on s’appuie, mais qui sert d’arme au besoin.
G
Galea, v. Cassis.
Gannire, v. Latrare.
Ganeum, v. Deversorium.
Garrire. Fabulari. Blatire. Blaterare. Loquax. Verbosus.
1. Garrire se dit du bavardage par allusion à la démangeaison de parler ; fabulari par allusion à la nullité, blatire et l’augmentatif blaterare à la folie de ce qu’on dit.
2. Le garrulus assomme par la nature, le loquax par le nombre de ses propos. En effet, garrulitas exprime le bavardage enfantin ou frivole né du plaisir de parler ou de s’entendre parler, sans égard à la valeur et au sens des paroles, ayant sa source dans un excès de vivacité juvénile ou même dans l’abus d’un talent distingué, λαλία ; loquacitas est le flux de paroles propre aux vieilles gens qui se croient sages, venant d’une incapacité d’être bref, qui a pour cause l’affaiblissement de l’âge, ἀδολεσχία. Le garrulus lasse et agace aisément par envie de plaire et de distraire ; le loquax ennuie souvent par envie d’instruire et d’être clair.
3. Garrulus et loquax se disent des personnes, des orateurs ; verbosus, des choses, des discours, des écrits.
Gaudere. Lætari. Hilaris. Alacer. Gestire. Exsultare.
1. Gaudere présente la joie comme un état de l’âme, par opposition à dolor, ἥδεσθαι ; lætari et hilarem esse, comme une manifestation de cet état. Tac. H. II, 29. Ut Valens processit, gaudium, miseratio, favor ; versi in lætitiam... laudantes gratantesque. L’apparition de Valens dispose les soldats à la joie, à l’attendrissement, à l’amour ; leur joie se montre, ils le louent, le félicitent.
2. Le lætus manifeste sa joie par une sérénité qui révèle un parfait contentement des circonstances présentes, par opposition à mœstus ; l’hilaris, par une surexcitation et une gaieté qui porte à la plaisanterie et au rire, par opposition à tristis ; l’alacer enfin par une vivacité qui dénote un excès de courage et d’ardeur, par opposition à territus. Le gaudens, lætus, hilaris a de la joie à propos d’un bonheur, l’alacer a en outre du plaisir à ce qu’il fait. Cic. Divin. I, 33, 73. Equum alacrem lætus adspexit. Il regarda avec une joie visible ce généreux coursier. La lætitia s’annonce de préférence par un front déridé et par une bouche qui sourit ; l’hilaritas par le mouvement des yeux qui brillent et rayonnent de joie ; l’alacritas, par des regards animés, pleins de feu et de courage. Sen. Ep. 116. Quantam serenitatem lætitia dat ! Quel air de sérénité donne l’expression de la joie ! Tac. Agr. 39. Fronte latus, pectore anxius. Le front riant, le cœur troublé. Cic. Pis. 5. Te hilarioribus oculis quam solitus es intuente. Tu avais dans les yeux et les regards plus de gaieté que de coutume.
3. Gaudere et lætari marquent une joie modérée ; exsultare, gestire et peut-être encore le verbe archaïque vitulari, une joie passionnée, excessive, comme jubiler ou triompher : le gestiens trahit la sienne par une surexcitation involontaire de tout son être, par des yeux étincelants, par l’impossibilité de se tenir tranquille ; l’exsultans, en s’abandonnant de plein gré et sans réserve à la joie, et sinon par des sauts et des bonds, au moins par des explosions de joie que rien n’arrête et qui frisent l’extravagance.
4. Jucundus marque comme juvat me un mouvement de joie, lætus un état plus durable ; aussi lætus sert-il à Pline, Ep. V, 12, à exprimer l’idée avec plus de force. Quam mihi a quocumque excoli jucundum, a te vero lætissimum est. Venant de quelqu’un d’autre, les embellissements de notre ville natale me procurent une émotion de plaisir, venant de toi un plaisir infini.
Gazæ, v. Divitiæ.
Gelicidium, gelidus, gelu, v. Frigere.
Geminus, v. Duplex.
Generare, v. Creare.
Gena, v. Mala.
Gens. Natio. Populus. Civitas.
1. Gens et natio, peuple au sens physique et ethnographique, comme une société fondée sur une origine et une parenté commune qui peut exister en dehors de tout progrès dans la civilisation ; populus et civitas, peuple au sens politique, comme société perfectionnée, civilisée et dotée d’une constitution. Sall. Cat. 10, 1. Nationes feræ et populi ingentes subacti. Des tribus sauvages et de grands peuples soumis par la force.
2. Gens, race entière qui peut contenir plusieurs peuples ou peuplades, φύλον ; natio, tribu, peuplade, peuple issu et détaché de cette race, ἔθνος. Vell. Pat. II, 98. Omnibus ejus gentis nationibus in arma accensis. Ayant allumé le feu de la guerre chez toutes les tribus de cette race. Mais de même que gens dans ce sens physique d’un ensemble de peuplades est un terme plus étendu que natio, de même dans son sens politique et accessoire d’un groupe de familles qui se rattachent à une souche commune, γένος, c’est un terme moins étendu que populus ; d’où vient qu’on voit tantôt le populus former en qualité de peuple civilisé une branche, natio, de la race ou gentis naturelle. Liv. IV, 49. Bolanis suæ gentis populo. Les Èques refusèrent leur appui aux Bolans, quoique peuple de leur race : tantôt la gens former en qualité de société politique une partie du populi. Just. VII, 1. Adunatis gentibus variorum populorum. Par la fusion des grandes familles de plusieurs peuples.
3. Civitas, la cité, πόλις, envisagée dans ses rapports intérieurs, la réunion des habitants qui jouissent de la plénitude des droits de cité et qui sont les vrais maîtres du pays ; populus, le peuple, δῆμος, dans une acception plus générale, au point de vue des relations sociales tant au dedans qu’au dehors ; il comprend tous ceux qui appartiennent à l’État. Un peuple peut se décider à la guerre en qualité de civitas, mais il ne peut la faire que comme populus. La civitas est de toute nécessité sédentaire, le populus peut être une population nomade.
Gens, genus, v. Stirps.
Gestire, v. Velle et Gaudere.
Gilvus, v. Luteus.
Gerere, v. Ferre et Agere.
Gignere, v. Creare.
Glaber, v. Lævis.
Glacies, v. Frigere.
Gladius. Ensis. Pugio. Sica.
1. Gladius, terme ordinaire ; ensis, terme noble et poétique pour désigner l’épée.
2. Pugio, le poignard comme arme licite et apparente du soldat outre l’épée ; sica, comme arme déshonnête et cachée du bandit, venant en aide au poison.
Globus. Sphæra.
Globus, terme populaire pour toute espèce de corps sphérique ; sphæra, terme scientifique emprunté au grec pour la sphère mathématique.
Globus, v. Caterva.
Gloria. Claritas.
Gloria, la gloire qui fait parler des gens, ϰλέος ; claritas, la gloire éclatante qui attire les regards, δόξα.
Gloriatio, v. Jactatio.
Gnavitas, v. Opera.
Gradatim, v. Paulatim.
Glutus, v. Faux.
Gracilis, v. Exilis.
Gradiri, v. Ire.
Gradus. Gressus. Passus.
1. Gressus, le pas rapporté à la personne qui marche ; gradus, le pas même. Le gressus a lieu par le fait et l’action de la personne, le gradus est une distance à franchir.
2. Gressus ne se dit que de la marche ; passus se dit en outre de la station, pourvu que les pieds soient écartés comme pour marcher. Gressus désigne toute espèce d’allure trop courte ou trop longue, trop lente ou trop rapide pour mériter de s’appeler un pas ; passus ne désigne qu’un pas régulier et réglé qui pourrait servir au besoin de mesure de longueur. Virg. En. I, 414410. Tendere gressus ad mœnia. Diriger sa marche vers les murs. Comparez avec II, 723. Julus... sequitur patrem non passibus æquis, Jule suit son père d’un pas inégal.
Græci. Graii. Græculi. Græcanicus.
1. Græci, nom ethnographique et historique des Grecs, sans idée accessoire ; Graii, terme d’éloge pour désigner le peuple classique et héroïque de l’antiquité ; Græculi, terme de blâme pour le peuple dégénéré sans foi ni loi du temps des écrivains romains.
2. Græcum, ce qui est authentiquement grec, ce qui existe en Grèce ou qui en vient ; græcanicum, ce qui n’est grec que par imitation et plagiat.
Grandævus, v. Vetus.
Grandis, v. Magnus.
Gratia, v. Studium.
Gratias agere, Habere, Referre. Grates. Gratari. Gratulari.
1. Gratiam ou gratias habere, savoir gré du fond du cœur, χάριν εἰδέναι ; gratias agere, remercier en paroles, εὐχαριστεῖν ; enfin, gratiam referre, prouver sa reconnaissance par des actes, χάριν φέρειν, ἀντιχαρίζεσθαι. Cic. Магс. 11, 33. Maximas tibi omnes gratias agimus, majores etiam habemus. Nous t’offrons tous les plus vives actions de grâces, et notre reconnaissance va encore au delà. Off. II, 20. Inops etiamsi referre gratiam non potest, habere tamen potest. L’indigence, impuissante à payer de retour, peut néanmoins être reconnaissante.
2. Gratias agere est la formule du langage ordinaire ; grates agere, celle du style noble et choisi. Cic. Somn. Grates tibi ago, summe sol, vobisque, reliqui cœlites. Souverain soleil, dieux du ciel, ma voix vous rend grâces.
3. De même gratulari désigne des remercîments faits par occasion, sans accompagnement de sacrifice et des félicitations familières ; gratari, des prières de remercîment ou des félicitations solennelles. Liv. VII, 3. Jovis templum gratantes ovantesque adire. Porter en triomphe au temple de Jupiter des remercîments solennels. Comparez avec Ter. Heaut. V, 1, 6. Desine deos gratulando obtundere. Cesse d’assourdir les dieux de tes remercîments.
Gratus. Jucundus. Acceptus. Gratiosus.
1. Gratum, ce qui nous agrée, parce que nous y attachons du prix, ce qui nous paraît précieux, intéressant, ce qui vaut des remercîments ; jucundum, ce qui nous agrée, parce que nous y prenons du plaisir. Gratus peut se dire d’une nouvelle fâcheuse qui nous met à même de prendre nos mesures en temps utile ; la nouvelle n’en sera pas moins injucunda. Cic. Att. III, 24. Ista veritas etiamsi jucunda non est, mihi tamen grata est. Quoique cette vérité ne me fasse point plaisir, elle ne laisse pas de m’être précieuse. Famm. V, 18. Cujus officia jucundiora scilicet sæpe mihi fuerunt, nunquam gratiora. Ses bons offices m’ont souvent paru plus agréables, ils ne m’ont jamais été plus chers.
2. Gratus s’entend d’un sentiment ; il s’agit de ce qu’on souhaite ; acceptus, de l’expression de ce sentiment, lorsqu’on avoue que les choses viennent à propos.
3. Le gratus alicui ne rencontre point de défaveur, on l’aime ; le gratiosus apud aliquem est l’objet d’une faveur marquée et d’un attachement passionné, c’est le favori.
Gravitas, v. Moles et Severitas.
Gremium. Sinus.
Gremium, le giron, entre la ceinture et les genoux d’une personne assise, et au figuré le symbole de la sollicitude maternelle ; sinus, le sein, et au figuré le symbole de l’obscurité qui abrite et protége. Cic. Pis. 37. Ætolia procul a barbaris disjuncta gentibus in sinu pacis posita medio fere Græciæ gremio continetur. Séparée des races barbares par son éloignement, située au sein de la paix, l’Étolie ne s’étend pas hors du giron de la Grèce.
Gressus, v. Gradus.
Grumus, v. Collis.
Grex, v. Caterva et Pecus.
Gula, v. Faux.
Gurgulio, v. Faux.
Gurges, v. Vorago.
Gustus, gustare, v. Sapor.
Gutta. Stilla. Stiria.
Gutta, goutte naturelle ; stilla, goutte mesurée artificiellement. C’est d’ailleurs l’idée de petitesse qui domine dans gutta, d’où guttatim, goutte à goutte ; dans stilla, c’est l’idée d’humidité, d’où stillatim, en dégouttant. Stilla, goutte liquide ; stiria, goutte gelée.
Guttur, v. Faux.
Gyrus, v. Orbis.
H
Habena, v. Frenum.
Habitare, v. Incolere.
Hactenus, v. Adhuc.
Habere, v. Tenere.
Habitus, v. Vestis.
Hædus, v. Caper.
Hærere. Pendere.
Hærere, rester empêché sans qu’on puisse se détacher ou avancer ; pendere, être suspendu et ne pouvoir tomber à terre. Cic. Acadd. II, 39. Ut videamus terra penitusne defixa sit et radicibus suis hæreat, an media pendeat. Pour voir si la terre est fixée par sa base et retenue par ses racines ou suspendue dans l’espace.
Hæsitare, v. Cunctari.
Hamus, v. Uncus.
Hariolari. Vaticinari.
Hariolari, prédire, avec une idée accessoire de charlatanisme, χρησμολογεῖν ; vaticinari, avec une idée accessoire d’inspiration, prophétiser, μαντεύεσθαι. Dans ce passage de Cicéron, Divin. I, 2. Hariolorum et vatum furibundæ prædictiones ; harioli, ce sont ceux qui passent d’avance aux yeux du public pour des charlatans de profession ; vates, ceux que Cicéron, du haut de sa philosophie, regarde comme autant d’autres charlatans.
Hasta, v. Missile.
Helluo, v. Prodigus.
Heros, v. Numen.
Hircus, v. Caper.
Hirsutus, hirtus, hispidus, v. Horridus.
Historiæ, v. Annales.
Hœdus, v. Caper.
Haud scio an, v. Casu.
Helvus, v. Luteus.
Hilaris, v. Gaudere.
Histrio, v. Actor.
Homicida. Interfector. Peremptor. Interemptor. Percussor. Sicarius. Carnifex.
1. Homicida, meurtrier, en général, coupable du crime de meurtre, ἀνδροφόνος ; interfector, peremptor et interemptor, celui qui porte le coup mortel à une personne donnée, que cette action soit un crime ou non, φονεύς ; percussor et sicarius, instruments d’autrui et simples exécuteurs d’une volonté étrangère : le percussor exécute une condamnation officielle ; le sicaire ou sicarius loue et prête son bras pour un assassinat. Cic. Rosc. Am. 33, 93. Erat tum multitudo sicariorum... et homines impune occidebantur... Si eos putas... quos qui leviore nomine appellant, percussores vocant, quæro in cujus fide sint et tutela. Il y avait alors de nombreux sicaires et on tuait avec impunité. Si vous entendez parler des assassins que les gens qui leur veulent donner le nom le plus léger appellent exécuteurs, cherchez quel est leur protecteur et leur appui.
2. Le percussor est aux ordres de la puissance politique ; il frappe des citoyens, des proscrits ; le carnifex, aux ordres de la justice ; il sévit contre des coupables.
Homo. Mas. Vir. Homunculus. Homuncio. Homullus.
1. Homo, l’être humain, homme ou femme, par opposition à deus et bellua, ἄνθρωπος ; mas et vir, l’homme seul : mas, au sens physique, par opposition à femina, comme ἄρσην ; vir, au sens moral, par opposition à mulier, comme ἀνήρ. Sen. Polyb. 36. Non sentire mala sua non est hominis, at non ferre non est viri. Il faut n’avoir rien d’humain pour ne pas sentir ses maux, rien de viril pour ne pas les supporter.
2. Homunculus sert à marquer la faiblesse et l’impuissance de l’homme comme étant le lot de l’espèce entière, du genre humain, par opposition à la toute-puissance de la Divinité, à la grandeur de la nature et de l’univers ; homuncio et homullus désignent l’homme faible et sans conséquence en sa qualité d’individu, par opposition à d’autres hommes : homuncio, avec un sentiment de compassion ; homullus, avec un sentiment de mépris.
Honestus, v. Virtus et Bonus.
Honorare. Honestare.
Honorare, honorer quelqu’un par une distinction qu’on lui accorde en passant, lui faire honneur ; honestare, couvrir quelqu’un d’honneur en attachant à sa personne un éclat durable.
Hornus. Hornotinus.
Hornus, terme poétique ; hornotinus, forme prosaïque du même mot pour désigner ce qui a lieu pendant l’année.
Horridus. Hirtus. Hirsutus. Hispidus. Asper.
Horridus, terme général pour tout ce qui est grossier et rude par défaut de culture ; hirtus et hirsutus ont un rapport particulier à la rudesse du poil ou autre couverture, par opposition à moelleux ; hispidus et asper se rapportent à de fortes inégalités de surface, par opposition à lisse : hispidus marque que ces aspérités nuisent à la beauté ; c’est une question de coup d’œil ; asper, qu’elles blessent ; c’est une question de toucher. Vell. P. II, 4, caractérise d’abord par l’emploi d’hirtus, l’extérieur négligé de Marius, puis la rudesse de sa nature par l’emploi d’horridus.
Horror, v. Vereri.
Hortari. Monere.
L’exhortation, hortatio, s’adresse directement à la volonté pour l’obliger à prendre un parti, tandis que l’avertissement, monitio, s’adresse à la conscience et au jugement. L’hortatio a pour but l’action même ; la monitio, une représentation qui sert de voie pour conduire à l’action. Sall. Jug. 60. Monere alii, alii hortari. Ils avertissaient, exhortaient. Cat. 60[1]. Sed ego vos quo pauca monerem, convocavi. Je vous ai réunis pour vous donner quelques avertissements. Sen. Ep. 13. Nimium diu te cohortor quum tibi admonitione magis quam exhortatione opus sit. Je perds mon temps à vous exhorter ; vous avez plus besoin d’avis que de conseils. Cic. Fam. X, 40. Si aut aliter sentirem, certe admonitio tua me reprimere, aut si dubitarem, hortatio impellere posset. Si j’étais d’un autre sentiment, un avis de vous m’arrêterait ; si j’hésitais, un conseil de vous m’entraînerait.
1 Chap. LVIII, dans la collection Lemaire et la collection Panckoucke.
Hospes. Adventor.
Hospes, celui qui va loger chez un ami ; adventor, chez un aubergiste. Sen. Benef. I, 14. Nemo se stabularii aut cauponis hospitem judicat. Personne ne se croit en relation d’hospitalité avec un logeur ou un aubergiste.
Hospes, v. Exterus.
Hospitium, v. Deversorium.
Hosticus, hostis, v. Adversarius.
Hucusque, v. Adhuc.
Humanitas. Comitas. Facilitas. Civilitas.
Humanitas, vertu qui tient à l’éducation, qui part de l’intelligence pour ennoblir l’homme entier, esprit et cœur, qui change son être en douceur et en philanthropie, par opposition à feritas ; comitas, vertu morale, comme l’affabilité, qui traite le premier venu en homme sans s’arrêter au rang ; facilitas, vertu de société, comme l’obligeance indulgente et prévenante, qui rend aisé et agréable le commerce de la vie ; civilitas, vertu politique, comme l’humeur républicaine d’un prince qui ne fait point sentir la différence relative du maître au peuple et qui traite ses sujets en concitoyens. Nep. Milt. 8. In Miltiade erat quum summa humanitas, tum mira comitas, ut nemo tam humilis esset cui non ad eum aditus pateret. Miltiade joignait à une humanité exquise une affabilité étonnante ; les plus humbles avaient un libre accès auprès de lui.
Humanitus. Humane. Humaniter.
Humanitus fait allusion aux rapports extérieurs de l’homme avec les dieux ou la nature, et particulièrement à sa faiblesse et à sa fragilité, comme ἀνθρωπείως et ἀνθρωπίνως ; humane et humaniter s’entendent de l’homme pris en lui-même, des facultés et de la vocation qui en font un être perfectible, et alors humane facere est l’expression du développement moral, de la noblesse dans les sentiments, comme φιλανθρώπως ; humaniter facere, celle du progrès dans l’usage du monde, de la politesse, de l’aménité, comme ἐπιειϰῶς. Cic. Phil. I, 4. Si quid mihi humanitus accidisset. S’il m’arrivait un de ces accidents auxquels la pauvre humanité est sujette. Comparez avec Tusc. II, 27, 65. Græci morbos tolerantes et humane ferunt. Contre des maladies à supporter les Grecs sont forts, ils sont hommes, et Qu. Fr. II, 1. Fecit humaniter Licinius, quod ad me misso senatu vesperi venit. C’est un aimable homme que Licinius ; il est venu chez moi le soir après la clôture du sénat.