HYMNES, ROMANCES ET CHANSONNETTES
Reading edition
LA CRÈCHE DE NOËL [7]
Musique de M. N. Crépault
I
L'âpre saison déroule sur la terre Son lourd manteau de neige et de frimas; Le vent du soir soupire avec mystère Dans la ramure où brille le verglas. Il est minuit. Le carillon du temple Jette aux échos un hymne triomphant, Et le chrétien, à deux genoux, contemple (bis) Avec amour un adorable enfant (bis).
[Note 7: Dédié au révérend M.F.-H. Bélanger, curé de St-Roch, Québec.]
II
Il est plus grand que tous les rois du monde, Plus radieux que l'astre universel, Plus éloquent que la foudre qui gronde, Plus pur et saint que les anges du ciel! Et cependant, il est né sur la paille; Son divin corps éprouve des douleurs... Que l'univers d'allégresse tressaille, (bis) Car cet enfant rachète nos malheurs! (bis)
III
Au front du ciel une étoile rayonne, Guidant les pas des rois les plus puissants Qui vont offrir--en guise de couronne-- Au nouveau-né l'or, la myrrhe et l'encens! Allons chrétiens, à l'exemple des Mages, Nous prosterner devant le Rédempteur! Adressons-lui nos vertueux hommages (bis) Et redisons: Gloire au Libérateur! (bis) Décembre 1887
LA CANADIENNE
Sur l'air de: «La Huronne»
I
Ravissante est la Canadienne Avec ses yeux pleins de douceur, Son teint rosé, son port de reine, Qu'admire le fin connaisseur. En robe de soie ou d'indienne, Elle plaît toujours au galant! Chantons l'aimable Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
II
Jadis, sur le champ de bataille, Elle cueillit plus d'un laurier, Et de nos jours elle travaille A maintenir l'ordre au foyer; De notre foi c'est la gardienne, Le champion ferme et vaillant. Chantons l'aimable Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
III
Regardez-là dans une fête Rire et parler avec chaleur, Puis souvent faire la conquête De celui qu'elle a pour causeur! On la proclame magicienne, Certes, c'est bien l'équivalent... Chantons l'aimable Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
IV
Charitable autant que gentille, Elle visite le réduit Où le feu rarement pétille, Où le bonheur jamais ne luit! Et l'or de cette humble chrétienne Sèche les pleurs de l'artisan... Ah! oui, Chantons la Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis) Janvier 1881.
AUX RAQUETTEURS DE SHERBROOKE
Air: «Hiouppe! Hiouppe! sur la rivière, etc.»
I
Sherbrooke, c'est la ville Où la franche gaîté Sur tous les fronts scintille, L'hiver comme l'été.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
II
L'on vante sa largesse, Son hospitalité, Sa grande politesse Et son urbanité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
III
Ses habitants s'amusent Avec moralité, Mais jamais ne refusent De boire une santé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
IV
Ils aiment la raquette Puis savent la porter; Leur gentille toilette Fait plus d'un coeur sauter.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
V
Ils sont déjà quarante, A part le comité, Et compteront soixante Avant la Trinité!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
VI
Car toute la jeunesse Désire raquetter; Elle comprend l'ivresse Qu'on éprouve à trotter.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
VII
Et, bravant la tempête, Le froid, l'humidité, Elle dit et répète: Courir, c'est la santé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
VIII
Honneur à la raquette A son ancienneté, A sa forme coquette, A son utilité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
IX
Ce soulier poétique Fut jadis inventé, Sur le sol d'Amérique Par un homme futé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
X
Il légua son ouvrage A la postérité, Qui, depuis d'âge en âge, L'a toujours imité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XI
O raquette, nos pères Aiment à te porter; Ils ne te laissent guères Qu'un instant pour lutter!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XII
Et nos bons missionnaires, Prêchant la vérité, Sur raquettes légères Ont mainte fois monté.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XIII
Nous sommes de leur race: C'est là notre fierté! Comme eux, fendons l'espace Avec agilité!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XIV
Que le vieux et le jeune Exempts d'infirmité, Se présentent sans gêne Devant le comité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XV
Nous leur disons d'avance: Vous serez acceptés. Car les fils de la France Par nous sont bien traités!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
CHANT D'ADIEU
Musique de M. N. Crépault.
Entendez vous ce glas, sombre harmonie Qui cause à l'âme un douloureux transport? C'est le sanglot d'un frère à l'agonie Qui lutte en vain contre l'avide mort!
Naguère au banquet de la vie Il renaît place avec honneur, Et sa figure épanouie Semblait refléter le bonheur.
Ivre d'amour et d'allégresse, Il savourait mille désirs, Quand soudain la mort vengeresse Vint mettre un terme à ses plaisirs!
En lui dérobant la lumière La mort lui dit en triomphant: «Ton corps deviendra la poussière Que foule le pied du passant!
«Avant que tes lèvres soient closes Fais entendre ce dernier cri: Adieu, plaisirs et rêves roses! Adieu, monde que j'ai chéri!»
Mais une voix enchanteresse Lui glisse à l'oreille ces mots: «Je suis la grâce et la tendresse, Je soulage et guéris les maux.
«Regrette et confesse tes crimes; Combats Satan avec fierté; Je donne aux âmes magnanimes La bienheureuse éternité!»
Ah! chrétiens, prions pour ce frère Qui nous a dit un triste adieu, Et croyons que notre prière Attendrira le coeur de Dieu!
Entendez-vous les sons mélancoliques Que l'orgue mêle au glas mystérieux Joignant nos voix à ces voix angéliques, Pour notre frère intercédons les cieux! Novembre 1882.
BLANCHE, TE SOUVIENT-IL
Musique de M. Édouard Vincelette.
I
Te souvient-il de ces jours éphémères Où le bonheur dorait notre chemin, Où nous causions sous les yeux de nos mères, Coeur près du coeur, et la main dans la main? En souriant, tu m'appelais ton frères; Je te nommais avec plaisir ma soeur. Puis un matin--réminiscence amère-- Tu me laissas en proie à la douleur... Blanche te souvient-il? Blanche te souvient-il?
II
Tu t'envolas vers la rive de France, En me disant: «Je ne t'oublierai pas; J'adoucirai ta brûlante souffrance En t'écrivant quand je serai là-bas!» Et je suivis des yeux la blanche voile Qui t'emportait dans le lointain brumeux; Je priai Dieu d'allumer cette étoile Qui mène au port le voyageur heureux. Blanche te souvient-il? Blanche te souvient-il?
III
Tu m'avais dit qu'avec les hirondelles Tu reviendrais pour ne plus me quitter... Le printemps brille, et les oiseaux fidèles Sont revenus sous mon toit s'abriter. Toi seule, hélas! ô ma tendre colombe, Ne voles pas à mon parterre en fleur; Le ciel a-t-il ouvert pour toi la tombe, Ou bien le temps a-t-il fermé ton coeur?... Blanche te souvient-il? Blanche te souvient-il? Juin 1883.
CHANT DU CLUB DE RAQUETTE «LE FRONTENAC» de Québec
Musique de M. Joseph Vézina.
I
Nous subissons comme nos pères, Sans murmurer, le poids du jour; Mais nous aimons, joyeux compères, Sur la raquette à faire un tour! Alors nos coeurs pleins d'allégresse Vibrent toujours à l'unisson; Et, sous le froid qui nous caresse, Nous redisons notre chanson!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
II
Lorsque le ciel couvre la terre D'un manteau blanc aux plis moelleux, Et que la lune, avec mystère, Dore les champs de mille feux, Il faut nous voir, quatre par quatre, Raquette aux pieds, fendre le vent! Comme les preux qui vont combattre Nous répétons: En avant!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
III
Loin de la ville, assis à table Et près d'un poêle aux flancs rougis. Nous buvons un vin délectable Qui nous met gais, mais jamais gris... Puis, suivant la vieille coutume, Un amateur sort le violon; Et nous dansons, en grand costume, Lancier, quadrille et cotillon!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
IV
Parfois l'aurore aux teints de rose Vient nous surprendre à sautiller! Et notre front se fait morose, Puisqu'il nous faut capituler... Mais la gaîté--douce compagne-- Renaît soudain quand nous partons, Car la raquette et le champagne Nous font chanter sur tous les tons!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
V
Nous descendons d'un peuple sage A l'âme fière, aux bras vaillants, Qui s'illustra par le courage Et les exploits les plus brillants Nous conservons son caractère, --Même en étant sujets loyaux-- Et recueillons sur cette terre Les nobles fruits de ses travaux!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
VI
Nous saluons tous nos confrères Des autres clubs de ce pays, Et leur disons ces mots sincères: O raquetteurs, soyons unis! Soyons unis, aux jours de fête, Dans nos transports et nos désirs! Marchons ensemble à la conquête Du vrai bonheur et des plaisirs!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette! 15 février 1889.
HYMNE A SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE
COMPOSÉ POUR LE TIERS-ORDRE DE SAINT-SAUVEUR
Air: «Faibles mortels».
I
O noble saint François d'Assise, Prêtez l'oreille à nos accents: Nous célébrons avec l'Église Vos bienfaits toujours renaissants! Presque au seuil de votre existence, Vous charmiez le pauvre pécheur Par votre amour pour le sauveur, Vos suaves conseils et votre pénitence!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
II
A l'âge serein de la vie Où l'homme se livre aux plaisirs, Vous renonciez, l'âme ravie, Au monde avec ses vains désirs. La charité, divine étoile, Dans notre âme attisait ses feux; Et Jésus montait à vos yeux Sur la mer de douleurs votre esquif à la voile!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
III
Il vous disait: «Va par le monde Prêcher à tous ma sainte loi; Va combattre le vice immonde, Fais naître dans les coeurs la foi!» Nouveau soldat plein de courage, Vous obéîtes à sa voix, Prenant pour seule arme sa croix, Pour unique drapeau sa radieuse image!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
IV
Vos sermons remplis d'éloquence Électrisaient les plus méchants; Vos vertus et votre indulgence Avaient des charmes séduisants. Maints sceptiques suivaient vos traces, Sans songer à se convertir. Lorsque soudain le repentir Pénétrait dans leur âme avec des flots de grâces!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
V
Puis quand sonna l'heure dernière, Dieu vous trouva mûr pour le ciel: Vous aviez bu l'absinthe amère, Et vous alliez boire le miel... O saint François, ami de l'ordre, Mettez la paix en notre coeur Afin qu'il devienne meilleur, Et propagez partout votre oeuvre: le Tiers-Ordre!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
FRANCE ET CANADA
Air: «Elle ne savait pas.» Musique de A. Thomas.
I
Elle ignora longtemps l'heureuse et fière France Que nous l'aimions toujours malgré son abandon, Et que nous conservions--symbole d'espérance-- Son drapeau rayonnant de gloire à Carillon!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête, Guida nos pas vers le succès. O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête! O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
II
La France à notre égard n'est plus indifférente: Elle sait notre histoire et la conte en pleurant! Souvent le pavillon de sa nef élégante Flotte comme autrefois sur le beau Saint-Laurent!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête, Guida nos pas vers le succès. O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête! O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
III
Oui, la France revient visiter notre plage Où coula tant de fois le sang de ses héros; Elle retrouve ici ses moeurs et son langage, Et voit que ses neveux lui sont restés loyaux!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête, Guida nos pas vers le succès. O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête! O saint Jean, protégez (bis) le Canada français! 24 juin 1880.
CHANT DE L'OUVRIER
Musique de M. R. Lyonnais.
1er COUPLET
Quel est ce Canadien Qui passe dans la vie En prêchant l'harmonie Et pratiquant le bien? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
2ème COUPLET
Qui donc, à dix-huit ans, Sans crainte entre en ménage, N'ayant pour tout partage Que ses deux bras vaillants? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
3ème COUPLET
Au temple du Seigneur, Quel est celui qui prie Pour sa chère patrie Avec plus de ferveur? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
4ème COUPLET
Qui marche au premier rang, La tête haute et fière, Et porte la bannière Le jour de la Saint-Jean? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
5ème COUPLET
Qui supporte toujours Avec joie et courage L'humble et pénible ouvrage Et le fardeau des jours? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
6ème COUPLET
Qui a fait le Canada Si riche et si prospère? Ce n'est point l'Angleterre A qui l'on nous céda-- C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
7ème COUPLET
Où donc est la vigueur, L'espoir et l'allégresse, L'amour et la tendresse Et surtout le bonheur? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons! Septembre 1891.
CHANSON DES NOCES D'OR
DÉDIÉE AU VIEUX PATRIOTE, M. J. SAUVIAT.
1er COUPLET
Nous accourons ici, bien-aimés père et mère, Avec nos fiers enfants pour fêter ce beau jour Où le ciel, exauçant notre ardente prière, Bénit vos cinquante ans de bonheur et d'amour.
REFRAIN:
Nos coeurs reconnaissants Débordent d'allégresse, De voeux et de tendresse Pour vous, noble parents! (Bis)
2ème COUPLET
Vous auriez pu peut-être acquérir la richesse Et même les honneurs que rêve l'orgueilleux, Mais vous avez compris, dans votre humble sagesse, Que l'honnête labeur rend l'homme plus heureux.
REFRAIN:
Ah! vive le labeur! Car l'ouvrier modèle Est la brebis fidèle Du céleste Pasteur! (Bis)
3ème COUPLET
Que dire en terminant cette pâle romance Écrite en votre honneur, vénérables parents! Puisse, dans sa bonté, la sainte Providence Vous accorder des jours nombreux et consolants!
REFRAIN:
Votre lune de miel Qui désormais scintille Aux yeux de la famille, Reluira dans le ciel! (Bis)
LA CAPRICIEUSE
Musique de M. Édouard Vincelette.
I
Quand je vous vois, petite, Sur moi fixer les yeux, Alors mon coeur palpite, Et je me sens heureux. Mais si j'ose, méchante, Vous dire un mot d'amour Vous prenez l'épouvante (bis) En me criant: bon jour! (bis)
II
Quand je cause et ricane Avec un beau minois, Vous m'engendrez chicane Et m'appelez: sournois! Mais si j'entre en colère, Un instant, contre vous, Votre bouche profère (bis) Aussitôt des mots doux! (bis)
III
Quand je pleure et soupire, Vous riez aux éclats; Et quand je ris, c'est pire: Vous pleurez comme un glas! Quand je dis: «Je désire Vous entendre chanter,» Vous vous mettez à lire (bis) Ou bien à méditer! (bis).
IV
Je subis ces caprices Depuis longtemps, hélas! Mais de vos artifices Aujourd'hui je suis las. Moi, je veux une amante Au coeur noble et pieux: Vous êtes trop changeante (bis) Pour rendre un homme heureux! (bis). 20 août 1886.
LA CHANSON DU PETIT PORTEUR
Air:«Dis-moi soldat, t'en souviens-tu?»
I
Vous qui coulez une douce existence Dans cette ville où tant de malheureux Mangent le pain amer de l'indigence, En ce beau jour, ah! soyez généreux! Entendez-vous frapper à votre porte? Allez ouvrir à l'enfant matinal Qui, plein d'espoir, fidèlement vous porte, Avec ses voeux, la chanson du journal.
II
Il n'est pas grand, néanmoins il est homme Par le courage et surtout par l'honneur. En le voyant, l'abonné le surnomme Le messager de joie et de bonheur. Mais il est pauvre, et s'en fait une gloire, Voulant sans doute imiter le Sauveur! En quelques mots il conte son histoire Dont le récit émeut tout noble coeur!
III
Regardez-le: son petit corps frissonne Sous les baisers de la neige et du vent; Hélas! il n'a, pour l'hiver et l'automne, Qu'un mince habit raccommodé souvent! Malgré le froid, il marche sans relâche Pour obéir à la voix du devoir; Et rien ne peut le ravir à sa tâche Tant qu'il lui reste un souscripteur à voir!
IV
Ah! n'est-il pas (douloureuse pensée) Le seul appui d'un infirme vieillard, Qui, sous le toit de sa hutte glacée, Souffre en levant vers le ciel son regard?... Et ce vieillard--sublime prolétaire-- Jadis peut-être a vaillamment lutté Contre les fils de la fière Angleterre Pour notre langue et notre liberté...
V
O Canadiens, en ce jour d'allégresse, Prêtez l'oreille aux soupirs du porteur! De ses parents soulagez la détresse, Il vous supplie au nom du Créateur! Donnez-lui donc cette part du bien-être Qui sert parfois à votre vanité; Et dans vos coeurs alors Dieu fera naître Les purs rayons de sa félicité. 1er de l'an 1887.
ROSE, ÉCOUTE-MOI
Musique de M. N. Crépault
I
Pourquoi, ma mignonne, Ne souris-tu pas Quand ma main couronne Ton front de lilas? Tu fais la pleureuse, C'est folie à toi; Sois jonc plus joyeuse (bis) Rose, écoute-moi! (bis)
II
Lorsque la nature Se pare de fleurs, Toute créature Doit cacher ses pleurs. Ah! ta bouche chante, C'est gentil à toi! Ne sois plus méchante: (bis) Rose, écoute-moi! (bis).
III
Depuis deux mois, Rose, Mon coeur est en feu; Je t'adore et j'ose T'en faire l'aveu Quoi! cela t'offense? Tu ris de ma foi? C'est trop d'insolence: (bis) Rose, écoute-moi! (bis).
IV
Un jour, ma coquette, Tu désireras L'amoureux poète Et ses doux lilas; Mais d'une autre reine Il sera le roi, Et dira sans peine: (bis) Rose, éloigne-toi! (bis). 12 février 1882.
RAYONS ET OMBRES
Musique de M. N. Crépault
I
J'avais cru que la vie, Dans ma simple candeur, N'était qu'une série De jours pleins de bonheur; Que les mortels, sur cette terre, Buvaient le miel de l'amitié, Et que le riche au prolétaire Prodiguait l'or et la pitié.
REFRAIN:
Hélas! hélas! ces rêves roses, Sous la faux du destin, Comme les belles roses, Tombèrent un matin!...
II
Depuis ce jour, mon âme pleure Et ne croit plus à la gaîté. Et le dirais-je? à certaine heure, Je doute de la vérité!
REFRAIN:
Sans cesse en proie à la souffrance, Rien ne me semble beau. Et la désespérance Me conduit au tombeau!
III
Oh! qu'ai-je dit? mon Dieu, pardonne A ma faiblesse, et ma douleur! En me plaignant, je déraisonne, Car n'es-tu pas mon protecteur?
REFRAIN:
Du ciel écoute ma prière Qui s'élève vers toi; Sois toujours ma lumière, Mon esprit et ma foi! 1er avril 1880.
LES CANADIENS
Musique de M. Joseph Vézina.
I
Les Canadiens ont pour les fêtes Un goût qu'ils tiennent des aïeux; Les charmes des plaisirs honnêtes Séduisent leurs coeurs généreux. Ils ont bravé tous les orages Sans jamais perdre leur fierté, Et cultivé sur nos rivages La fleur de l'hospitalité.
II
Ils fêtent Dieu, reine, patrie, Par les concert mélodieux, Pratiquent la galanterie Envers le sexe gracieux. Ils chôment les anniversaires Des jours où leurs braves soldats, A de terrible adversaires, Livraient de glorieux combats!
III
La chicanière politique Les divise presque au berceau, Mais le souffle patriotique Les rassemble sous le drapeau. Contre l'outrage ou l'injustice, Ensemble ils s'élèvent la voix Et s'imposent tout sacrifice Pour le triomphe de leurs droits.
IV
Ils sont les vrais fils de la France Par le caractère et le coeur, Car ou milieu de la souffrance Ils conservent leur belle humeur! Oui, toujours gais comme leurs pères, Mais plus heureux en vérité, Ils vivent désormais, prospères, Dans la paix et la liberté! Septembre 1891.