Les Pardaillan (continued 9)
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—Monseigneur, j'oserai vous prier d'attendre jusqu'à ce soir pour quitter Paris, dit le chevalier, pour le moment, je vous prie de m'accompagner seul, à pied...
—Pardaillan, vous savez quelque chose!
—Venez, monseigneur, dit le chevalier avec un accent où il y avait à dose égale de l'ironie et du désespoir.
—Allons!... Mais songez que le temps est précieux.
L'instant d'après, ils étaient en route et bientôt ils arrivaient à la ruelle des Fossoyeurs sans avoir fait la moindre rencontre qui pût les arrêter. Ils frappèrent. Ramus ouvrit. Ils entrèrent dans la maison et, arrivés dans cette belle salle à manger où Ramus avait introduit les deux Pardaillan, le chevalier dit simplement:
—Monsieur Ramus, voulez-vous pousser votre générosité jusqu'à nous laisser seuls pour une heure dans cette salle?
—Cette maison est à vous, mon enfant, dit le vieux savant, qui se retira dans une pièce du rez-de-chaussée.
—Où sommes-nous? fit le maréchal étonné.
—Monseigneur, dit le chevalier, je vous demande de m'attendre ici quelques minutes...
Le chevalier sortit et François de Montmorency demeura seul. Le jeune homme regagna rapidement le grenier où il avait dormi. Il y retrouva le vieux Pardaillan qui s'écria aussitôt:
—Elles t'attendent; elles s'inquiètent de toi...
Le chevalier s'assit, ou plutôt se laissa tomber sur une botte de foin.
—Mon père, dit-il, ayez la bonté de prévenir Mme de Piennes et Mlle de Montmorency que le maréchal est là.
—Diable! fit simplement le vieux routier qui, s'approchant de son fils et lui mettant la main sur l'épaule, murmura: Chevalier!...
—Mon père?
—Tu souffres, hein?... raconte-moi un peu cela...
—Vous faites erreur, mon père, dit le chevalier de cette voix qui était terrible dans sa tranquillité: j'ai été chercher le maréchal de Montmorency pour qu'il emmène sa fille. Il est là. Voilà tout...
—Bon, bon! grogna en lui-même le vieux routier Tu veux garder pour toi ta douleur. Garde-la; tout à l'heure, nous pleurerons ensemble...
En même temps, il descendit à l'étage où se trouvaient Jeanne de Piennes et Loïse... Quant au chevalier, il chercha un coin obscur du grenier afin quelles ne le vissent point lorsqu'elles traverseraient pour entrer dans la maison de Ramus.
François de Montmorency était demeuré immobile les yeux tournés vers la porte par où avait disparu le chevalier. Cette porte s'ouvrit lentement, Jeanne de Piennes apparut. Elle était toujours habillée de ces vêtements noirs qui rehaussaient la tragique beauté de son visage pâle, illuminé par ses grands yeux profonds. Elle vit François et s'arrêta comme pétrifiée, les mains jointes.
Pourtant, le vieux Pardaillan l'avait prévenue!... Et il semblait qu'il y eût surtout dans ce regard un étonnement infini.
François, en la voyant, fut secoué comme par une furieuse décharge électrique.
Il marcha vers elle...
Comme elle, il avait joint ses mains...
Quand il fut près d'elle, il se mit à genoux, son front se courba jusqu'aux pieds de la statue du Deuil, et alors les sanglots firent explosion dans sa gorge et sur ses lèvres.
—Pardon... pardon... pardon!...
Ses mains saisissaient les mains glacées de Jeanne
Puis, de ce même mouvement insensible, comme s'il se fût haussé vers le ciel, il se mettait debout, l'enlaçait de ses bras, son visage était près du visage de Jeanne...
Et, comme il allait parler, Jeanne, d'un mouvement très doux, mit ses deux bras autour de son cou, laissa tomber sa tête sur l'épaule de François...
Ah! pourquoi François, à cet instant, fut-il saisi d'une terreur étrange?
Ce mouvement des bras de Jeanne, il le reconnaissait! Ce sourire, cette attitude de la tête chérie qui se penche sur son épaule, il les reconnaissait!...
—Jeanne! Jeanne! bégaya François avec angoisse.
Et Jeanne murmurait:
—O mon bien-aimé, tu vas le savoir enfin, le cher secret quoi je n'ose t'avouer depuis trois mois... Il faut que tu le saches... puis nous irons ensemble le dire à mon père.
—Jeanne! Jeanne! cria le maréchal, pantelant.
—Ecoute, mon François... écoute-moi bien... cette minute est solennelle... Mon bien-aimé, je suis ta femme, et notre union est bénie...
—Jeanne! Jeanne! hurla le maréchal.
—Ecoute... voici le cher secret, si doux et si redoutable... François, je vais être mère...
Une clameur de désespoir, une imprécation terrible, un mot s'exhalèrent ensemble des lèvres du maréchal:
—Folle!... Elle est folle!
Et il tomba à la renverse, foudroyé, sans connaissance.
Le maréchal de Montmorency venait de retrouver celle qu'il avait tant aimée.
Qu'allait-il advenir de la réunion de ces deux êtres qui se chérissaient, du jeune amour du chevalier de Pardaillan, de la lutte engagée entre huguenots et catholiques?
C'est ce que nos lecteurs connaîtront en lisant:
L'ÉPOPÉE D'AMOUR
TABLE
I. Les deux frères II. Minuit! III. La gloire du nom IV. Le serment fraternel V. Loïse VI. Pardaillan VII. La route de Paris VIII. L'immolation IX. La dame en noir X. Pardaillan, Galaor, Pipeau et Giboulée XI. Vox populi, vox Dei XII. Les trois ambassadeur XIII. Une cérémonie païenne XIV. Le tigre à l'affût XV. Catherine de Médicis XVI. Le maréchal de Damville XVII. L'espionne XVIII. Pipeau XIX. La Bastille XX. La lettre de Jeanne de Piennes XXI. Le confesseur XXII. Une rencontre XXIII. Monsieur de Pardaillan père XXIV. Les prisonnières XXV. Le père et le fils XXVI. Au Louvre XXVII. Le premier amant XXVIII. Le siège du—Marteau-qui-cogne XXIX. Comment M. de Pardaillan fils désobéit une fois encore à M. de Pardaillan père XXX. Le gîte XXXI. La reine mère XXXII. A quoi s'amusait le petit Jacques XXXIII. Les caves de l'hôtel de Mesmes XXXIV. Jeanne d'Albret XXXV. Étonnement de Gilles et Gillot XXXVI. Un épisode homérique XXXVII. Le diamant