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Le portier des Chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même

PREMIÈRE PARTIE (continued 2)

Reading edition

Voilà mon histoire, ma chère Suzon, poursuivit la sœur Monique; je ne te recommande pas le secret; tu es intéressée à le garder; te voilà associée à mes plaisirs! Hélas! je n'ai presque pas joui depuis que j'ai perdu mon amant. Que n'est-il ici, continuait-elle en me baisant, je le mangerais de caresses!

Le souvenir de Martin l'animait: ses discours avaient produit sur moi le même effet. Nous nous trouvâmes, sans y penser, disposées à ne pas attendre au lendemain pour célébrer la perte de ce cher amant. Je rappelais à Monique les plaisirs qu'elle avait autrefois goûtés avec lui. Trompée par mes caresses, elle oubliait que je n'étais qu'une fille, me prodiguait les mêmes noms qu'elle lui prodiguait dans ses transports. J'étais son ange, son dieu! Je n'avais pas encore l'idée d'un bien plus grand plaisir que celui dont je jouissais: Monique, dans mes bras, comblait tous mes désirs. L'imagination va toujours plus loin que ce que l'on possède. Monique songeant au plaisir que lui avait causé le frottement du poil de Martin, quand elle le sentit contre ses fesses la nuit de l'aventure du prie-Dieu, m'en promit autant si je voulais le lui procurer encore. J'y consentis. Elle se coucha sur le ventre, j'agissais: nous nous animâmes de façon qu'à force de nous chatouiller nous nous trouvâmes, l'une la tête au chevet du lit, et l'autre la tête au pied. Dans cette situation, nous nous rapprochâmes; l'une de mes cuisses était sur le ventre de Monique, l'autre sous ses fesses: mon ventre et mes fesses étaient de même entre ses cuisses; étroitement collées l'une contre l'autre, nous nous pressions en soupirant, nous nous frottions réciproquement, nous répandions à chaque instant. Les sources de notre plaisir, gonflées par un jaillissement continuel, qui n'avait d'autre issue que de passer de l'une dans l'autre, étaient comme deux réservoirs de délices où nous mourrions plongées sans sentiment, où nous ne ressuscitions que par l'excès du ravissement. L'épuisement seul mit fin à nos transports. Enchantées l'une de l'autre, nous nous promîmes de recoucher ensemble le lendemain. Elle y revint et me rendit encore plus savante à cette seconde entrevue. Ces nuits charmantes n'ont été interrompues que par ma sortie du couvent pour venir ici.

Ce que Suzon venait de me raconter avait si fort agi sur mon imagination, que je n'avais pu refuser à l'énergie de ses discours des marques de sensibilité relative au sujet. Quoique j'eusse affecté de lui dérober les larmes qu'elle m'arrachait, le plaisir de les répandre, les regards passionnés que je jetais sur elle en les répandant, m'avaient trahi; elle s'était aperçue de mes mouvements; mais, charmée d'avoir fait sur moi l'impression qu'elle désirait, elle me dissimulait adroitement sa satisfaction, et, par une politique mal entendue, combattait encore en elle-même le doux penchant qui devait couronner l'ardeur qu'elle m'inspirait. Autant ses discours m'avaient étonné, autant ils me donnèrent d'espoir. Ces peintures si vives et si animées des situations et des sentiments de la sœur Monique, dans une circonstance à peu près semblable à celle où nous nous trouvions, ne pouvaient partir que d'un cœur pénétré. Elle ne m'avait rien caché de ses actions, pas même sa sensibilité pour les plaisirs de l'amour. Elle avait dit tous les mots; rien n'avait été fardé. Si nous eussions été dans l'allée, elle n'aurait pas dit un mot que je n'en eusse profité, et n'aurait pas fait une peinture que je n'y eusse joint la représentation au naturel. Son dessein n'avait pas été d'y venir. Que devais-je penser de cette résistance? Comment l'accorder avec ce que je venais d'entendre? Ah! si j'avais pu lire dans son cœur, que je me serais épargné d'inquiétudes! Résolu à suivre mon dessein, mais en garde contre une précipitation qui aurait pu effaroucher Suzon, je pris autrement mes mesures. Je cherchai dans le récit même qu'elle venait de me faire des armes pour la combattre. Je lui demandai d'abord indifféremment si la sœur Monique était jolie.—Comme un ange, me répondit-elle, et une fille qui possède ces charmes est toujours sûre de plaire. Sa taille est fine et bien prise: sa peau est d'une blancheur, d'une douceur parfaites; elle a la plus belle gorge du monde, le visage un peu pâle, mais joli et formé de façon que les plus belles couleurs lui conviendraient moins que cette pâleur; ses yeux sont noirs et bien fendus; mais, contre l'ordinaire des brunes, elle les a languissants; il n'y reste qu'assez de feu pour faire juger qu'ils seraient brillants si elle n'était pas si amoureuse.—Tu me rends compatissant pour elle, dis-je à Suzon. Sa passion pour les hommes la rendra malheureuse.—Désabuse-toi, répondit Suzon, ce n'est que depuis peu, comme je te l'ai dit, qu'elle a pris le voile par complaisance pour sa mère. Le temps de prononcer ses vœux n'est pas encore venu; son bonheur dépend de la mort d'un frère, l'idole de sa mère. Il court grand risque de ne pas vivre plus longtemps que sa sœur ne le souhaite. On l'a déjà blessé à Paris dans un bordel…—Un bordel! eh! qu'est-ce que cet endroit? demandai-je à Suzon, par pressentiment sans doute de ce qui devait m'y arriver un jour.—Je vais te dire, me répondit-elle, ce que j'en sais de la sœur Monique qui connaît tout ce qui a rapport à ses inclinations. C'est un lieu où s'assemblent des filles tendres et faciles, qui reçoivent avec complaisance les hommages des libertins, et se prêtent à leurs désirs, sous l'espoir de la récompense. Leur penchant les y mène, le plaisir les y fixe.—Ah! m'écriai-je en l'interrompant, que je voudrais être dans une ville où il y eût de ces endroits-là! Et toi, Suzon? Elle ne dit mot, mais je compris par son silence qu'elle ne serait pas plus cruelle qu'une autre pour son tempérament, et que ce plaisir aurait autant d'empire sur son cœur que sur celui de ces filles tendres que l'empressement des hommes érige en idoles publiques. Je crois, ajoutai-je, que la sœur Monique irait là aussi volontiers que son frère.—Assurément, me dit-elle; cette pauvre fille aime les hommes à la fureur; l'idée seule l'en enchante.—Et toi, petite friponne, tu ne les aimes donc pas?—Je les aimerais, me répondit-elle, si ce que l'on fait avec eux n'était pas si dangereux.—Tu le crois! lui dis-je; il ne l'est pas tant que tu le penses. Pour faire cela avec une femme, elle ne devient pas toujours grosse. Vois cette dame qui est notre voisine: mariée depuis longtemps, elle le fait avec son mari, et cependant elle n'a pas d'enfants. Cet exemple parut l'ébranler. Ecoute, ma chère Suzon, poursuivis-je, et comme inspiré par une intelligence au-dessus de mon âge, qui me faisait pénétrer dans les mystères de la nature, la sœur Monique t'a dit que, quand Martin le lui mettait, elle était toute remplie de ce qu'il lui donnait: c'était sans doute ce qui lui avait fait un enfant.—Eh bien, dit Suzon en me regardant et cherchant dans mes yeux un moyen de satisfaire son envie sans s'exposer aux hasards, que veux-tu dire par là?—Ce que je veux dire, repris-je, c'est que si c'est ce que l'homme répand qui produit cet effet, on peut l'empêcher en se retirant, quand on sent que cela vient.—Eh! le peut-on faire? interrompit vivement Suzon. N'as-tu jamais vu deux chiens l'un sur l'autre? On a beau les battre pour les faire finir, ils crient, se démènent, voudraient se retirer et ne peuvent pas: ils sont attachés de façon que cela leur devient impossible. Dis-moi si un homme se trouvait attaché de même à une femme, que quelqu'un vînt, qu'on les surprît? Cette objection me démonta, l'exemple était simple; il semblait que Suzon eût prévu ce que j'allais lui proposer. L'exemple était pour nous; nous allions nous trouver dans le même cas, si Suzon se rendait. Elle semblait attendre ma réponse: et si j'avais pu lire dans son âme, j'aurais vu qu'elle se repentait de m'avoir proposé une difficulté que j'étais hors d'état de résoudre. D'autant plus intéressé à détruire son préjugé, je ne doutai pas que mon bonheur ne dépendît de ma réponse, et je cherchai des raisons pour la convaincre. Je me souvenais parfaitement que le père Polycarpe n'avait pas eu la veille cette difficulté à se retirer de dessus Toinette. Je lui aurais cité cet exemple, mais j'aimais mieux le lui faire voir. Mes raisonnements ne la persuadèrent pas, mais ses désirs suppléaient à ce qu'ils avaient de défectueux. Elle affectait d'insister encore, et il lui fallait un exemple contraire pour la persuader. Dans le moment je vis le bonhomme Ambroise sortir de la maison et gagner le chemin de la rue. Son départ m'offrit l'occasion la plus favorable qui pût se présenter. Ne doutant pas que le père et Toinette ne profitassent de la liberté qu'il leur laissait pour réparer le temps perdu par sa présence, je dis d'un ton assuré à Suzon: Viens, je veux te faire voir que tu t'es trompée. Je me levai et j'aidai Suzon à en faire autant après lui avoir porté sous sa jupe une main qu'elle repoussa en folâtrant.—Où vas-tu donc me mener? me dit-elle, voyant que je gagnais la maison. La petite friponne croyait que j'allais la mener dans l'allée: elle m'y aurait suivi. Que j'aurais bien mieux fait d'y aller! Mais je n'étais pas assez expérimenté pour voir qu'elle ne demandait pas mieux. Je craignais quelque nouvelle résistance de sa part, et mon destin m'entraînait. Je lui répondis que je la menais dans un lieu où elle verrait quelque chose qui lui ferait plaisir.

—Où donc? me répondit-elle avec impatience, voyant que j'avançais vers la maison.—Dans ma chambre, lui répondis-je.—Dans ta chambre? me dit-elle; oh! non! Tiens, Saturnin, cela est inutile: tu me ferais quelque chose! Je lui jurai que non, et je connus à l'air dont elle consentait à y venir qu'elle était moins fâchée de m'y suivre qu'elle ne l'aurait été si, en lui promettant d'être sage, je ne lui avais pas donné un prétexte pour s'y laisser conduire. Que je me rappelle avec plaisir ces traits charmants de mon enfance! l'habitude d'accorder tout à mes passions et l'usage immodéré des plaisirs n'ont point émoussé ma sensibilité pour ces précieux instants de ma vie.

Nous entrâmes dans ma chambre sans avoir été aperçus; je tenais Suzon par la main, elle tremblait; je marchais sur la pointe des pieds, elle m'imitait: je lui fis signe de ne point parler, et, la faisant asseoir sur mon lit, je m'approchai doucement de la cloison: personne n'y était encore. Je dis d'une voix basse à Suzon que l'on ne tarderait pas à venir. Mais que veux-tu donc me montrer? me demanda-t-elle, intriguée par mes façons mystérieuses.—Tu vas le voir, répondis-je: et sur-le-champ, en avancement du privilège que je comptais que cette vue allait me donner, je la renversai sur mon lit, en tâchant de lui glisser la main sur les cuisses. Je n'en étais pas encore à la jarretière, qu'elle se leva avec action, et dit qu'elle ferait du bruit si j'étais assez hardi pour la toucher. Elle alla même jusqu'à faire semblant de vouloir sortir: je pris cette grimace pour une marque de colère, et je fus assez simple pour m'imaginer qu'elle voulait effectivement se retirer. J'étais interdit, le cœur me battait, à peine osais-je répondre; et quoique ce ne fût qu'en bégayant, je persuadai facilement une fille qui aurait été bien fâchée que mon silence l'eût mise dans la nécessité de joindre l'effet à la menace: elle consentit à rester. J'allais désespérer de pouvoir venir à bout de mon entreprise, quand j'entendis ouvrir la porte de la chambre d'Ambroise. Le cœur me revint, et j'attendais avec impatience que la curiosité de Suzon fît pour moi ce que je n'avais pu faire moi-même.—Les voici! lui dis-je en lui faisant signe de se taire et en la remuant sur le lit; les voici, ma chère Suzon! Je m'approchai aussitôt de la cloison; j'écartai l'image qui dérobait à mes regards ce qui se passait dans la chambre, et j'aperçus le père qui prenait sur la gorge de Toinette des gages peu équivoques de sa bonne volonté. Immobiles, serrés étroitement l'un contre l'autre et recueillis en eux-mêmes, il semblait qu'ils voulussent, par une profonde méditation, se remplir de la grandeur des mystères qu'ils allaient célébrer. Attentif à leurs mouvements, j'attendais qu'ils les poussassent un peu plus loin pour faire signe à Suzon d'avancer. Toinette, ennuyée de la longue méditation, se débarrassa la première des bras du moine, et, jetant corset, jupe, chemise, tout à bas, parut telle que la bienséance du mystère l'exigeait. Ah! que j'aimais à la voir dans cet état! Ma fureur amoureuse, que les combats de Suzon n'avaient fait qu'irriter, redoubla d'un degré à cette vue.

Suzon, que mon attention rendait impatiente, avait quitté le lit et s'était approchée de moi. J'étais si fort occupé que je ne m'en étais pas aperçu.—Laisse-moi donc voir aussi! me dit-elle en me repoussant un peu. Je ne demandais pas mieux. Je lui cédai aussitôt mon poste et me tins à côté d'elle pour examiner sur son visage les impressions qu'y produirait le spectacle qu'elle allait voir. Je m'aperçus d'abord qu'elle rougissait; mais je présumai trop de son penchant à l'amour pour craindre que cette vue ne produisît un effet contraire à celui que j'en espérais. Elle resta. Curieux alors de savoir si l'exemple opérait, je commençai par lui couler la main sous la jupe. Je ne trouvai plus qu'une résistance médiocre; elle se contentait de me repousser seulement la main, sans l'empêcher de monter jusqu'aux cuisses, qu'elle serrait étroitement. Ce n'était qu'aux transports des combattants que j'étais redevable de la facilité que je trouvais à les desserrer insensiblement. J'aurais calculé le nombre de coups que donnaient ou recevaient la père et Toinette par celui des pas que ma main, plus ou moins pressée, faisait sur ses charmantes cuisses. Enfin, je gagnai le but. Suzon m'abandonna tout, sans pousser plus loin sa résistance; elle écartait les jambes pour laisser à ma main la facilité de se contenter. J'en profitai, et portant le doigt à l'endroit sensible, à peine pouvait-il y entrer. Sentant que l'ennemi s'était emparé de la place, elle tressaillit, et ses tressaillements se renouvelaient au moindre mouvement de mon doigt.—Je te tiens, Suzon! lui dis-je alors; et levant son jupon par derrière, je vis, ah! je vis le plus beau, le plus blanc, le mieux tourné, le plus ferme, le plus charmant petit cul qu'il soit possible d'imaginer. Non, aucun de ceux à qui j'ai fait le plus de fête, aucun n'a jamais approché du cul de ma Suzon. Fesses divines dont l'aimable coloris l'emportait sur celui du visage; fesses adorables, sur lesquelles je collai mille baisers amoureux, pardonnez si je ne vous rendis pas alors l'hommage qui vous était dû. Oui, vous méritiez d'être adorées; vous méritiez l'encens le plus pur; mais vous aviez un voisin trop redoutable. Je n'avais pas encore le goût assez épuré pour connaître votre véritable valeur: je le croyais seul digne de ma passion. Cul charmant, que mon repentir vous a bien vengé! Oui, je conserverai toujours votre mémoire! Je vous ai élevé dans mon cœur un autel où tous les jours de ma vie je pleure mon aveuglement! J'étais à genoux devant cet adorable petit cul, l'embrassais, le serrais, l'entr'ouvrais, m'extasiais; mais Suzon avait mille autres beautés qui piquaient ma curiosité. Je me levai avec transport, fixai mes regards avides sur deux petits tétons durs, fermes, bien placés, arrondis par l'amour. Ils se levaient, se baissaient, haletaient et semblaient demander une main qui fixât leur mouvement. J'y portais la mienne, je les pressais. Suzon se laissait aller à mes transports. Rien ne pouvait l'arracher au spectacle qui l'attachait. J'en étais charmé; mais son attention était bien longue pour mon impatience. Je brûlais d'un feu qui ne pouvait s'éteindre que par la jouissance. J'aurais voulu voir Suzon toute nue, pour me rassasier de la vue d'un corps dont je baisais, dont je maniais de si charmantes parties. Cette vue était capable de satisfaire mes désirs. Mais bientôt j'éprouvai le contraire en déshabillant Suzon, sans qu'elle s'y opposât. Nu de mon côté, je cherchais les moyens d'assouvir ma passion, je n'avais pas assez de force pour la presser. Mille et mille baisers répétés, les marques les plus vives de l'amour étaient mille fois au-dessus de ce que je sentais. Je tâchais de le lui mettre, mais l'attitude était gênante: il fallait le mettre par derrière. Elle écartait les jambes, les fesses, mais l'entrée était si petite, que je n'en pouvais venir à bout. J'y mettais le doigt et l'en retirais couvert d'une liqueur amoureuse. La même cause produisait sur moi le même effet. Je faisais de nouveaux efforts pour prendre dans ce charmant endroit la même place que mon doigt venait d'y occuper, et toujours même impossibilité, malgré les facilités qu'on me donnait.—Suzon, dis-je, enragé de l'obstacle que son opiniâtre attention apportait à mon bonheur, laisse-les; viens, ma chère Suzon, nous pouvons avoir autant de plaisir qu'eux. Elle tourna les yeux sur moi; ils étaient passionnés. Je la prends amoureusement entre mes bras, je la porte sur mon lit, je l'y renverse; elle écarte les cuisses, mes yeux se jettent avec fureur sur une petite rose vermeille qui commence à s'épanouir. Un poil blond, et placé par petits toupets, commençait à ombrager une motte dont le pinceau le plus délicat rendrait faiblement la blancheur vive et animée. Suzon, immobile, attendait avec impatience des marques de ma passion plus sensibles et plus satisfaisantes. Je tâchai de les lui donner; je m'y prenais fort mal: trop bas, trop haut, me consumant en efforts inutiles. Elle me le mit. Ah! Que je sentais alors qu'il était dans le véritable chemin! Une douleur, que je ne comptais pas trouver sur une route que je croyais couverte de fleurs, m'arrêta d'abord. Suzon en ressentit une pareille; mais nous ne nous rebutâmes pas. Suzon tâchait d'élargir le passage; je m'efforçais, elle me secondait. Déjà j'avais fait la moitié de ma course. Suzon roulait sur moi des yeux mourants; son visage était enflammé, ne respirait que par intervalles, et me renvoyait une chaleur prodigieuse. Je nageais dans un torrent de délices; j'en espérais encore de plus grandes, je me hâtais de les goûter. O ciel! des moments si doux devaient-ils être troublés par le plus cruel des malheurs! Je poussais avec ardeur; mon lit, ce malheureux lit, témoin de mes transports et de mon bonheur, nous trahit: il n'était que de sangle; la cheville manqua, il tomba et fit un bruit affreux. Cette chute m'eût été favorable, puisqu'elle m'avait fait entrer jusqu'où je pouvais aller, quoique avec une extrême douleur pour tous les deux. Suzon se faisait violence pour retenir ses cris. Effrayée, elle voulait s'arracher de mes bras; furieux d'amour et de désespoir, je ne la serrais que plus étroitement. Mon opiniâtreté me coûta cher.

Toinette, avertie par le bruit, accourut, ouvrit et nous vit. Quel spectacle pour une mère! une fille, un fils! La surprise la rendit immobile; et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus puissant que ses efforts, elle ne pouvait avancer. Elle nous regardait avec des yeux enflammés par la lubricité; ouvrant la bouche pour parler, la voix expirait sur ses lèvres.

Suzon était tombée en faiblesse; ses yeux tendres se fermaient, sans avoir ni le courage, ni la force de se retirer. Je regardais alternativement Toinette et Suzon, l'une avec rage, l'autre avec douleur. Enhardi par l'immobilité où l'étonnement semblait retenir Toinette, je voulus en profiter, je poussai; Suzon donna alors un signe de vie, jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra en donnant un coup de cul. Suzon goûtait le souverain plaisir; elle déchargeait: ses ravissements me faisaient plaisir; j'allais les partager, Toinette s'élança au moment où je sentais les approches du plaisir; elle m'arracha des bras de ma chère Suzon. Pourquoi n'avais-je pas assez de force pour me venger? Le désespoir me l'ôta sans doute, puisque je restai immobile dans les bras de cette marâtre jalouse.

Le père Polycarpe, aussi curieux que Toinette, accourut dans cet intervalle, et ne demeura pas moins surpris qu'elle à la vue du spectacle qui s'offrait à ses yeux, surtout de Suzon nue, couchée sur le dos, se passant un bras sur les yeux et portant la main de l'autre à l'endroit coupable, comme si une telle posture eût pu dérober ses charmes aux regards du moine lascif. Il les porta d'abord sur elle. Les miens y étaient fixés comme sur leur centre, et ceux de Toinette l'étaient sur moi. La surprise, la rage, la crainte, rien ne m'avait fait débander. J'avais le vit décalotté et plus dur que le fer. Toinette le regardait. Cette vue obtint ma grâce et me réconcilia avec elle. Je sentais qu'elle m'entraînait doucement hors de la chambre. J'étais troublé, ne sachant ce que je faisais. Nu comme j'étais, je la suivis sans y penser, et cela se fit sans bruit.

Toinette me mena dans sa chambre et en ferma la porte aux verrous. La crainte me retira alors de mon étourdissement. Je voulus fuir: je cherchai quelque refuge qui pût me dérober au ressentiment de Toinette. N'en trouvant pas, je me jetai sous le lit. Toinette reconnut le motif de ma frayeur et tâcha de me rassurer.—Non, Saturnin, me dit-elle; non, mon ami, je ne veux pas te faire de mal. Je ne la croyais pas sincère et je ne sortais pas de ma place. Elle vint elle-même pour m'en tirer; voyant qu'elle tendait les bras pour m'attraper, je me reculais: mais j'eus beau faire, elle me prit, par où, par le vit! Il n'y eut plus moyen de m'en défendre. Je sortis ou plutôt elle m'attira, car elle n'avait pas lâché prise.

La confusion de paraître in naturalibus ne m'empêcha pas d'être surpris de trouver Toinette toute nue, elle qui, un moment avant, s'était offerte à mes yeux dans un état presque décent. Mon vit reprenait dans sa main ce que la crainte lui avait fait perdre de sa force et de sa roideur. Avouerai-je mon faible? En la voyant, je ne pensai plus à Suzon: Toinette seule m'occupait. Bandant toujours fort, et mes craintes subordonnées à la passion, j'étais bien en peine. Toinette me serrait le vit, et moi je regardais son con. Que fait ma ribaude? elle se couche sur le lit et m'entraîne avec elle.—Viens donc, petit couillon, mets-le-moi, là, bon! Je ne me fis pas prier davantage, et, ne trouvant pas de grandes difficultés, je le lui enfonçai jusqu'aux gardes. Déjà disposé par le prélude que j'avais fait avec Suzon, je sentis bientôt un flux de délices qui me fit tomber sans mouvement sur la lubrique Toinette, qui, remuant avec agilité la charnière, reçut les prémices de ma virilité… C'est ainsi que, pour mon premier coup d'essai, je fis cocu mon père putatif; mais qu'importe?

Quelle foule de réflexions pour ces lecteurs dont le tempérament froid et glacé n'a jamais ressenti les fureurs de l'amour! Faites-les, messieurs, ces réflexions; donnez carrière à votre morale; je vous laisse le champ libre, et ne veux vous dire qu'un mot. En bandant aussi fort que je bandais, vous foutriez, quoi? le diable!

J'allais répéter un aussi charmant exercice, quand nous fûmes interrompus par un bruit sourd qui partait de ma chambre. Toinette, qui comprit de quoi il s'agissait, se leva en criant au père de finir. Elle se rhabilla aussitôt, me dit de me remettre sous le lit et courut pour empêcher que les choses ne fussent poussées plus loin.

A peine eut-elle le dos tourné, que je volai au trou. J'aperçus le moine qui tenait dans ses bras Suzon qui s'était rhabillée, mais dont le cotillon et la chemise étaient levés. Le froc du moine l'était aussi, et je jugeai que le bruit ne venait que de l'extrême grosseur du membre de sa révérence, qui faisait sans doute des efforts inutiles pour le faire entrer dans un endroit qui n'était pas fait pour lui. Le débat finit à l'aspect de Toinette qui fondit sur les combattants, arracha Suzon des bras de l'incestueux célestin, et lui donna, avec deux ou trois soufflets, la liberté de sortir. Il semblait que l'action vigoureuse que Toinette venait de faire l'eût épuisée, et qu'il ne lui restât plus assez de force pour marquer son mécontentement au père Polycarpe: elle le regardait tout essoufflée. Un moine ne manque guère d'impudence; cependant celle du père ne tint pas contre la honte d'avoir été pris en flagrant délit, peut-être contre la crainte des reproches dont il croyait que Toinette allait l'accabler, ou plutôt contre l'idée d'infamie dont il croyait qu'un moine devait être noté, quand il entreprenait d'exploiter une fille sans en venir à bout. Il rougissait, il pâlissait, et n'osait presque regarder Toinette qui, de son côté, paraissait agitée des mêmes mouvements. Moi, de mon trou, je les examinais attentivement et m'attendais à être bientôt spectateur de quelque crise violente; je le craignais. Que je les connaissais peu l'un et l'autre! Le moine paraissait confus, mais il ne débandait pas: un moine débande-t-il jamais? Toinette paraissait furieuse, mais elle regardait le vit du moine. Son faible était toujours de sacrifier toute sa colère à cette vue; mon exemple devait m'avoir préparé à lui voir une pareille indulgence pour le père. Le raccommodement fut bientôt fait. Le moine s'approcha d'elle, et j'entendis qu'il lui disait, en lui mettant en main son joyeux aiguillon: Si je n'ai pas pu foutre la fille, du moins je foutrai la mère. Oh! pour cette insulte, Toinette était toujours prête à la lui pardonner; elle s'offrit même de bonne grâce pour victime à la fureur amoureuse du moine; il la saisit, il l'embrassa, et, tombant l'un sur l'autre sur les débris de mon lit, ils scellèrent leur réconciliation par une copieuse décharge; du moins j'eus lieu de le juger aux transports du père et aux serrements du cul de Toinette.

Pendant ce temps-là, allez-vous demander, que faisait ce petit bougre de Saturnin? Se contentait-il de regarder comme un sot par le trou, sans se joindre du moins en idée aux caresses des deux champions? Belle demande! Saturnin était nu, il était encore en feu des caresses que Toinette lui avait faites; le spectacle qu'il avait devant les yeux l'échauffait encore: que vouliez-vous qu'il fît? Il se branlait: il enrageait de voir le moine sur Toinette, sans pouvoir en tirer sa part, et le petit coquin déchargeait au moment où sa mère serrait le cul et où le père se pâmait. Vous voilà instruit; revenons à nos gens.

—Eh bien, dit le moine, trouves-tu que je fasse cela aussi bien que Saturnin?—Que Saturnin! répondit-elle; moi, j'ai fait quelque chose avec Saturnin? Bon! le petit fripon n'a-t-il pas été se cacher sous le lit où il est encore? Mais, patience; laissez venir Ambroise, les étrivières ne lui manqueront pas; il les aura, et de la bonne façon! J'écoutais ce colloque: jugez s'il dut me faire plaisir! Redoublant mon attention, j'entendis le père qui répliquait: Là, là, Toinette, ne nous fâchons pas; vous savez qu'il ne doit pas toujours demeurer ici; il est assez grand à présent, n'est-il pas vrai? Je veux l'emmener quand je partirai.—Mais, reprit Toinette, vous ne songez pas que si ce petit coquin restait ici, nous ne pourrions plus rien faire? Cela babille, et je me doute qu'il nous a découverts. Justement! poursuivit-elle en voyant le trou de la cloison. Ah! mon Dieu! je n'avais pas encore remarqué ce trou. Il aura tout vu par là, le petit chien! Je jugeai qu'elle allait venir vérifier son doute, et vite je me refourrai sous le lit, d'où je ne sortis plus, quelque envie que j'eusse d'entendre le reste d'une conversation qui m'intéressait si fort. Je me tins coi, et j'attendis avec impatience le résultat de leurs discours. Je n'attendis pas longtemps. On vint me tirer de ma prison; je tremblais que ce ne fût Ambroise. S'il m'avait vu là, quelle scène pour moi! C'était Toinette qui m'apportait mes habits, et qui me dit de m'habiller au plus tôt. Je ne la regardais que de travers, après ce que je lui avais ouï dire à mon sujet. Je me hâtai de faire ce qu'elle me disait en bravant ses menaces. Elle s'habillait aussi, et se mettait même sur son propre. J'eus bientôt fait de mon côté, et elle du sien.—Allons, Saturnin, me dit-elle, venez avec moi. Force me fut de la suivre. Où me mena-t-elle? Chez M. le curé.

La vue du presbytère me fit trembler. Le pasteur me visitait souvent le derrière, chose que, par parenthèse, il ne haïssait pas, et je craignais fort que ce ne fût encore pour lui procurer le même divertissement que l'on me menait chez lui. Je n'osais pas tout à fait laisser voir mes craintes à Toinette. Si elle sent que j'ai peur, me disais-je, elle réveillera le chat qui dort, et ne manquera pas de saisir l'occasion. Mais pourquoi m'amène-t-elle ici? je n'en sais rien; faisons de nécessité vertu: entrons toujours.

J'entrai, et j'en fus quitte pour la peur; car Toinette, en me présentant au saint homme, le pria de vouloir me garder pendant quelques jours chez lui. L'expression de quelques jours me rassura. Bon! dis-je en moi-même, et quand ces quelques jours seront passés, le père Polycarpe m'emmènera avec lui. Plein de cet espoir, je me familiarisais plus aisément avec ma retraite, sur le motif de laquelle je n'osais réfléchir sans être saisi de douleur. Suzon, chère Suzon, je te perdrai donc pour toujours? m'écriai-je dans un coin de la salle où je m'étais d'abord retiré par frayeur et où je restais par goût, parce que j'y rêvais à mon aise. A quoi? A Suzon. L'agitation où j'étais depuis quelques heures ayant suspendu ce que je sentais pour elle, quand je fus revenu à moi-même, son idée m'occupa tout entier. Le cœur me saignait quand je pensais que j'allais la perdre. Mon imagination se repaissait de tous ses charmes, parcourait les beautés de son corps, ses cuisses, ses fesses, sa gorge, ses petits tétons blancs et durs, que j'avais baisés tant de fois. Je me rappelai le plaisir que j'avais eu avec elle, et, pensant à celui que j'avais pris avec Toinette: Qu'eût-ce donc été, disais-je, si je l'eusse goûté sur Suzon! Je me suis pâmé sur Toinette, je serais mort sur Suzon. Ah! je n'aurais pas de regret à la vie, si je la perdais dans ses bras. Mais que sera-t-elle devenue? Exposée aux fureurs de Toinette, elle va mourir de chagrin. Peut-être pleure-t-elle à présent, peut-être me maudit-elle. Suzon pleure, et j'en suis cause; Suzon me maudit, elle jure de me haïr. Pourrai-je vivre si elle me hait, moi qui l'adore, moi qui souffrirais tout pour lui épargner le moindre chagrin? Hélas! elle prévoyait notre malheur et c'est moi qui l'y ai plongée! Telles étaient les pensées qui m'agitaient alors; j'étais dans une mélancolie dont je ne sortis qu'au son d'une clochette qui m'avertit qu'on avait servi le souper; on vint m'appeler. Laissons pour un moment Suzon; nous la retrouverons toujours; elle joue un rôle assez important dans ces mémoires. Allons prendre un repas et faisons connaître quelques bévues des originaux avec qui j'étais; commençons par le curé.

M. le curé était une de ces figures qu'on ne saurait regarder sans avoir envie de rire; haut de quatre pieds, le visage large d'un demi et enluminé d'un rouge foncé qui ne lui venait pas de boire de l'eau; un nez épaté, surmonté de rubis, de petits yeux noirs et vifs ombragés d'épais sourcils; un front petit, le poil frisé comme un barbet; joignez-y un air goguenard et malin, voilà M. le curé. Avec cela le coquin avait de bonnes fortunes; plus d'une m'en aurait encore dit des nouvelles dans le village. Il cultivait volontiers la vigne du Seigneur; il faisait le petit célestin. Ces magots-là sont d'ordinaire de vigoureux sires à ce jeu, et notre curé ne manquait pas, je crois, de ces talents, qui valent mieux qu'une belle figure, quand il est permis de les faire valoir.

Passons au second cartouche du tableau célestin de la maison du curé, et disons un mot de sa respectable gouvernante.

Madame Françoise était une vieille sorcière plus maligne qu'un vieux singe, plus méchante qu'un vieux diable. Otez cela, c'était la bonté même. Son visage portait bien cinquante bonnes années. La coquetterie est de tout pays et de toute condition: la vieille ne s'en donnait pas trente-cinq. Mais, malgré ses discours, elle était canonique, et si canonique, que, depuis quinze ans qu'elle était au service de M. le curé, elle l'avait garanti des retraites incommodes qu'il avait coutume de faire au séminaire, au moins deux ou trois fois chaque lustre, disgrâces qui avaient dégoûté le patron de la jeunesse; et quoique la dame Françoise eût les yeux bordés de rouge, le nez barbouillé de tabac, la bouche fendue jusqu'aux oreilles, et qu'elle n'eût plus dans cette bouche que quelques dents mal assurées, M. le curé, par reconnaissance pour ses services passés, ne démentait en rien son estime et, qui plus est, ses caresses pour elle. Madame Françoise était surintendante de la maison; tout passait par ses mains, jusqu'à l'argent des pensionnaires qui n'en sortait guère. Elle ne parlait jamais du curé qu'en nom collectif; apportait-on de quoi dire une messe:—Nous vous la dirons! Donnait-on quelque chose de moins:—A ce prix nous n'en disons pas!—Eh! Mme Françoise (madame gros comme le bras: elle se serait offensée en cette honorable qualité), eh! madame Françoise, je n'ai pas davantage!—Séant; comment donc, vous croyez apparemment qu'on nous donne cela! il faut du vin, des cierges; et notre peine, la comptez-vous pour rien?

A l'ombre de l'union qui régnait entre Françoise et le curé, croissait une fille, soi-disant nièce du curé, mais qui lui appartenait de plus près que par la qualité de nièce. C'était une grosse joufflue, un peu picotée de petite vérole, fort blanche, et une gorge adorable; un nez tirant sur celui du curé, aux rubis près, qu'elle n'avait pas encore, mais beaucoup de dispositions pour en avoir un jour; des yeux petits, mais ardents; il n'aurait tenu qu'à elle de passer pour rousse, si elle n'avait pas su que cette couleur était proscrite et que le blond est plus séant pour les belles; comme elle croyait l'être, elle en prenait les attributs. Ce n'est pas que le blond ou le roux eussent fort inquiété certain grand coquin d'écolier de philosophie qui venait quelquefois passer huit ou dix jours au presbytère, moins par amitié pour le curé que pour sa charmante nièce, que le maraud serrait de près, et de si près que… Mais il n'est pas encore temps de raconter ce qui m'arriva à ce sujet.

Mademoiselle Nicole (c'était le nom de cette aimable personne), telle que je viens de vous la présenter, était l'objet des tendres vœux de tous les pensionnaires. Les externes voulaient aussi s'en mêler; les grands étaient assez bien reçus, les petits fort mal. Je n'étais pas des plus grands, par malheur pour moi. Ce n'est pas que je n'eusse plusieurs fois tenté de pousser ma pointe auprès de cette pouponne, mais mon âge parlait contre moi. Plus je protestais que je n'étais jeune que par la figure, moins on me croyait; et pour finir de me désespérer, on confiait mes entreprises amoureuses à Mme Françoise, qui les confiait à M. le curé, et celui-ci ne me ménageait pas. J'enrageais d'être petit, car je voyais bien que c'était là la cause de mes malheurs.

La difficulté de réussir auprès de Nicole m'avait dégoûté. Des rebuts de la part de la nièce, des étrivières de la part du curé, il n'y avait pas moyen d'y tenir. Tout cela n'avait pas éteint mes désirs; ils n'étaient que cachés, la présence de Nicolle les ralluma. Il ne leur manqua plus qu'une occasion d'éclater; elle ne tarda pas à venir, l'ordre des faits exige que cette aventure n'aille qu'à son tour, et son tour n'est pas encore venu: c'est celui de Mme Dinville.

Je n'avais pas oublié que cette dame m'avait fait promettre d'aller dîner avec elle le lendemain. Je me couchai, résolu à lui tenir parole, et on juge bien que le jour ne changea rien à ma résolution. Si on me demandait si c'était véritablement pour Mme Dinville que je voulais aller au château, à cela je ne saurais que répondre. En général, je dirais que l'idée du plaisir m'y conduisait; mais je sentais que ce plaisir, présenté par Suzon, me serait plus sensible que si je le recevais de Mme Dinville. L'espoir d'y trouver ma Suzon n'était pas sans vraisemblance; voici comme je raisonnais: Pourquoi m'a-t-on mis chez M. le curé? C'est parce que le père Polycarpe s'est douté que Toinette m'a donné une leçon qui n'est pas de son goût; et c'est dans la crainte que je m'accoutumasse à ces leçons, qu'il a jugé à propos de me mettre ici. Toinette a bien vu autre chose de la part du père; elle a donc pour le moins autant de raisons d'éloigner Suzon du moine, que le moine en a eu de m'éloigner de Toinette. Si Suzon est au château, il y a de petits bois dans le jardin: je l'engagerai à y venir. La petite friponne est amoureuse, elle m'y suivra; je la tiendrai à l'écart, nous serons seuls, nous n'aurons rien à craindre. Ah! que de plaisirs je vais goûter! Ces agréables idées me conduisirent jusqu'au château. J'entrai.

Tout était calme chez Mme Dinville. Je ne trouvai personne sur mon passage, ce qui me fit traverser plusieurs appartements. Je n'entrais dans aucun sans sentir mon cœur agité par l'espoir de voir Suzon et la crainte de ne pas la trouver. Elle sera dans celui-ci, disais-je; Ah! je vais la voir: personne; dans un autre de même. J'arrivai ainsi jusqu'à une chambre dont la porte était fermée, mais la clef y était. Je n'étais pas venu si loin pour reculer, j'ouvris: ma hardiesse fut un peu déconcertée à la vue d'un lit où je jugeai qu'il devait y avoir quelqu'un couché. Je me retirais, quand j'entendis une voix de femme demander qui c'était, et en même temps je reconnus Mme Dinville. Je me disposais à sortir, mais sa gorge m'en ôta le pouvoir.—Eh! c'est mon ami Saturnin, s'écria-t-elle; viens donc m'embrasser, mon cher enfant. Aussi hardi après ces paroles que j'étais timide auparavant, je me précipitai dans ses bras. J'aime, me dit-elle d'un air de satisfaction, après m'être acquitté d'un devoir où le cœur avait eu plus de part que la politesse, j'aime qu'un jeune garçon obéisse ponctuellement. A peine eut-elle achevé ces mots que je vis sortir d'un cabinet de toilette un petit homme à figure minaudière qui écorchait d'un ton de fausset l'air d'une chanson nouvelle alors; il en marquait la cadence par des pirouettes qui répondaient à merveille aux bizarres accents de sa voix. A la brusque apparition de cet Amphion moderne,—c'était un abbé,—je rougis pour Mme Dinville des marques indiscrètes de bienveillance qu'elle venait de me donner, et, pour mon propre compte, du motif de celles dont j'avais payé les siennes; mais je me vengeai bientôt du trouble qu'il venait de me causer par le jugement que je portai sur lui. La situation où l'on se trouve influe souvent sur la façon de penser. Je ne doutai pas que mon arrivée imprévue n'eût dérangé une partie qui ne souffre de tiers qu'à titre d'importun. Pouvais-je, en effet, penser qu'un homme pût se trouver seul avec une femme sans lui faire ce que j'aurais fait moi-même?

Craignant qu'il n'eût pénétré le sujet de ma visite, je n'osais pas le regarder. Si la curiosité m'excitait à l'envisager, la crainte de rencontrer sur son visage quelque sourire malin, me faisait baisser la vue aussitôt. Je n'y trouvai pourtant pas ce que je craignais, et perdant l'habitude de le regarder comme un témoin redoutable, je ne vis en lui qu'un importun fait pour gêner les plaisirs dont mon imagination se repaissait.

Je l'examinais avec attention, et, réfléchissant sur sa qualité d'abbé, j'en cherchais dans sa personne des marques justificatives. J'avais sur le mot abbé des idées extrêmement bornées, m'imaginant que tous les abbés devaient être faits comme M. le curé ou comme M. le vicaire; et j'avais peine à concilier l'air bonhomme que je leur connaissais avec les pétulantes extravagances de celui que j'avais devant moi.

Ce petit Adonis, nommé l'abbé Fillot, était le receveur des tailles de la ville voisine, homme fort riche, Dieu sait aux dépens de qui. Il revenait de Paris, ainsi que la plupart des sots de sa trempe, plus chargé de fatuité que de doctrine. Il avait accompagné Mme Dinville à sa campagne, dans l'intention de la réjouir. Écolier, abbé, tout était bon pour elle.

La dame sonna, on vint: c'était Suzon. Mon cœur tressaillit à sa vue; j'étais charmé que mes conjectures se trouvassent aussi heureuses. Elle ne m'aperçut pas d'abord, parce que j'étais caché par les rideaux du lit, sur lequel Mme Dinville m'avait fait asseoir, situation que, par parenthèse, M. l'abbé commençait à ne pas trouver à son gré. Il avait peine à souffrir la petite liberté que Mme Dinville me donnait, et je voyais qu'il taxait de mauvais goût la complaisance qu'elle me témoignait.

Suzon s'avança, elle me vit. Dans le moment, ses belles joues s'animèrent des plus vives couleurs; elle baissa les yeux, l'agitation lui coupa la parole. J'étais dans un état peu différent du sien, excepté qu'elle baissait les yeux, et que les miens étaient fixés sur elle. Les charmes de Mme Dinville, dont elle ne me ménageait pas la vue, sa gorge, ses tétons et les autres parties de son corps, dont un drap jaloux dérobait, à la vérité le spectacle à mes yeux, mais n'en rendait la peinture que plus vive à mon imagination, tout cela avait fait dans mon cœur des impressions qui tournèrent à l'instant au profit de Suzon. Mais la réflexion corrigea bientôt un sentiment trop précipité et me ramena, non pas tout à coup, à mon caractère dominant.

Si j'eusse eu le choix de Suzon ou de Mme Dinville, je n'aurais pas balancé: Suzon avait la pomme; mais on ne me présentait pas l'alternative. La possession de Suzon n'était pour moi qu'une espérance bien incertaine, et la jouissance de Mme Dinville était presque une certitude, ses regards m'en assuraient. Ses discours, quoique gênée par la présence du petit abbé, ne détruisaient pas l'espoir que ses yeux me laissaient concevoir. Suzon, après avoir été chargée d'avertir une femme de chambre, sortit, et son départ commença à restituer à Mme Dinville des désirs qui lui appartenaient, puisqu'ils étaient son ouvrage.

Je restai cependant si troublé, les mouvements de mon cœur, combattus et détruits alternativement par deux causes qui l'intéressaient également, l'une par l'idée du plaisir, l'autre par celle de ce même plaisir, mais accompagné de quelque chose de plus touchant, étaient dans une si grande confusion, que je ne m'aperçus pas de la brusque disparition de l'abbé. Mme Dinville l'avait bien vu sortir; mais, s'imaginant que je l'avais vu aussi, elle ne croyait pas qu'il fût besoin de m'en faire souvenir. Elle se pencha sur mon coussin, et, me regardant avec une douce langueur qui me disait inutilement qu'il ne tenait qu'à moi de devenir heureux, elle me prenait tendrement la main qu'elle me pressait dans la sienne, en la laissant de temps en temps tomber d'un air indifférent sur ses cuisses, qu'elle serrait et desserrait avec un mouvement lascif. Ses regards accusaient ma timidité, et semblaient me reprocher que je n'étais pas le même que la veille. Toujours préoccupé de la pensée que l'abbé nous examinait, je restai dans une défiance niaise qui l'impatienta.—Tu dors, Saturnin? me dit-elle. Un galant de profession aurait profité de l'occasion pour débiter une tirade d'impertinences. Je ne l'étais pas, je n'en dis qu'une: Non, madame, je ne dors pas. Quoique cette réponse innocente diminuât de beaucoup l'idée que mon effronterie de la veille avait pu lui donner de mon savoir, elle ne fit pas de tort à sa bonne volonté pour moi: elle fit un effet tout contraire; elle me donna un nouveau titre à ses yeux, me fit regarder comme un novice, morceau délicat pour une femme galante dont l'imagination est voluptueusement flattée par l'idée d'un plaisir qui doit augmenter la vivacité des transports qu'elle ressent. C'est ainsi que pensait Mme Dinville, c'est ainsi que pensent toutes les femmes. Mon indifférence lui fit connaître que sa façon d'attaquer glissait sur moi, et qu'il fallait quelque chose de plus frappant pour m'émouvoir. Elle me lâcha la main, et, étendant les bras avec un mouvement étudié, elle m'étala une partie de ses charmes. Leur aspect me tira de mon engourdissement; je me réveillai, la vivacité reparut sur mon visage, l'idée de Suzon se dissipa: mes yeux, mes regards, mon impatience, tout fut pour Mme Dinville; s'apercevant de l'effet de sa ruse, et pour exciter mes feux, elle me demanda ce qu'était devenu l'abbé. J'eus beau regarder, je ne le voyais pas; je sentis ma sottise.—Il est sorti, reprit-elle; et, affectant de jeter un peu son drap, en se plaignant de la chaleur, elle me découvrit une cuisse extrêmement blanche, sur le haut de laquelle un bout de chemise paraissait mis exprès pour empêcher mes regards d'aller plus loin, ou plutôt à dessein d'exciter ma curiosité. J'entrevis pourtant quelque chose de vermeil qui me mit dans un trouble dont elle reconnut le motif. Elle recouvrit adroitement l'endroit qui avait fait tout l'effet qu'elle espérait. Je lui pris la main, qu'elle m'abandonna sans résistance; je la baisai avec transport; mes yeux étaient enflammés, les siens brillants et animés. Les choses se disposaient à merveille; mais il était écrit que, malgré les plus belles occasions, je ne serais pas heureux. Une maudite femme de chambre arriva dans le temps qu'on n'avait pas besoin d'elle. Je lâchai vite la main, la soubrette entra en riant comme une folle; elle se tint un moment à la porte, pour se dédommager, par l'abondance de ses éclats, de la gêne que la présence de sa maîtresse allait lui faire.—Qu'avez-vous donc? lui dit Mme Dinville d'un air sec.—Ah! madame, répondit-elle, monsieur l'abbé…—Eh bien, qu'a-t-il fait? reprit sa maîtresse. Dans le moment rentre l'abbé en se cachant le visage avec son mouchoir. Les ris de la suivante augmentèrent à sa vue.—Qu'avez-vous donc? lui demanda Mme Dinville.—Regardez mon visage, répondit-il, et jugez de l'ouvrage de Mlle Suzon.—De Suzon? reprit Mme Dinville en éclatant à son tour.—Voilà ce que coûte un baiser, poursuivit-il froidement; ce n'est pas l'acheter trop cher, comme vous voyez. L'air aisé avec lequel l'abbé nous parlait de son malheur me fit rire comme les autres. Il soutint sur le même ton les railleries peu ménagées de Mme Dinville. Elle s'habilla: l'abbé, malgré le mauvais état de son visage, fit le coquet à la toilette, contrôla la coiffure et divertit madame, qui riait de ses balivernes. La suivante pestait contre ses corrections, et moi je riais de la figure du petit homme. Allons dîner.

Nous étions quatre à table, Mme Dinville, Suzon, l'abbé et moi. Qui fit une sotte figure? Ce fut moi, quand je me trouvai vis-à-vis de Suzon; l'abbé, qui était à son côté, faisait bonne mine à mauvais jeu, et voulait persuader à madame Dinville que ses traits railleurs n'étaient pas capables de le déconcerter. Suzon n'était guère moins confuse. Je voyais pourtant dans ses regards furtifs qu'elle aurait voulu que nous eussions été seuls. Sa vue m'avait encore rendu infidèle à Mme Dinville, et je désirais sortir de table pour essayer de nous dérober. Le dîner fini, je fis signe à Suzon: elle m'entendit, et sortit. J'allais la suivre; Mme Dinville m'arrêta, en m'annonçant que je lui servirais d'écuyer à la promenade. Se promener à quatre heures après midi dans l'été, cela parut extravagant à l'abbé; mais ce n'était pas pour lui plaire qu'elle le faisait. Elle ne voulait pas exposer le teint de l'abbé à l'ardeur du soleil; aussi prit-il le parti de rester. J'aurais bien voulu ne pas suivre Mme Dinville, pour courir vers Suzon; mais je me crus obligé de sacrifier mon envie à la déférence dont je devais payer l'honneur qu'on me faisait.

Suivis des yeux par l'abbé, qui se pâmait de rire, nous marchions avec une gravité concertée au milieu des parterres, sur lesquels le soleil dardait ses rayons. Mme Dinville ne leur opposait qu'un simple éventail, et moi l'habitude. Nous fîmes plusieurs tours avec une indifférence qui désespérait l'abbé. Je ne pénétrais pas encore le dessein de la dame, et je ne concevais pas comment elle pouvait résister à une chaleur que je trouvais insupportable. Ma qualité d'écuyer me pesait, et j'y aurais volontiers renoncé: mais j'ignorais les fonctions de cet emploi, et on m'en réservait une qui devait me consoler de l'ennui de la première.

L'abbé s'étant retiré, nous nous trouvâmes au bout de l'allée. Mme Dinville gagna un petit bosquet dont la fraîcheur nous promettait une promenade charmante, si nous y restions. Je le lui dis.—Soit, me répondit-elle, en cherchant à pénétrer dans mes yeux si je n'étais pas au fait du motif de sa promenade. Elle n'y vit rien. Je ne m'attendais pas au bonheur qui m'était préparé. Elle me serrait affectueusement; et, penchant sa tête près de mon épaule, approchait son visage si près du mien que j'aurais été un sot si je n'y eusse pris un baiser, on me laissa faire, je réitérai; même facilité, j'ouvris les yeux. Oh! pour le coup, dis-je, c'est une affaire faite; nous n'aurons pas ici d'importuns. Ayant pénétré ma pensée, nous nous engageâmes dans un labyrinthe dont l'obscurité nous dérobait aux yeux des plus clairvoyants. Elle s'assit à l'abri d'une charmille; j'en fis autant, et me mis à côté d'elle. Elle me regarda, me serra la main et se coucha. Je crus que l'heure du berger allait sonner, et déjà je préparais l'aiguille, quand tout à coup elle s'endormit. Je crus d'abord que ce n'était qu'un assoupissement qu'il me serait facile de dissiper; mais voyant qu'il augmentait, je me désespérais d'un sommeil qui me devenait suspect. Encore, disais-je, si elle avait satisfait mes désirs, je lui pardonnerais! Mais s'endormir au moment du triomphe, je ne pouvais m'en consoler. Je l'examinais avec douleur: elle avait les mêmes habits que la veille; sa gorge était découverte, elle y avait mis son éventail, qui, suivant les mouvements du sein, se soulevait assez pour m'en laisser voir la blancheur et la régularité. Pressé par mes désirs je voulais la réveiller: mais je craignais de l'indisposer et de perdre l'espoir dont son réveil me flattait encore. Je cédai à la démangeaison de porter la main sur sa gorge. Elle dort trop pour se réveiller, disais-je. Quand elle se réveillerait, mettons les choses au pis, elle me grondera, voilà tout! Essayons. Je portai une main tremblante sur un téton, tandis que je regardais son visage, prêt à finir au moindre signe qu'elle ferait; elle n'en fit pas, je continuai. Ma main ne frisait pour ainsi dire que la superficie de son sein, comme une hirondelle qui rase l'eau en y trempant ses ailes. Bientôt j'ôtai l'éventail, je pris un baiser: rien ne la réveilla. Devenu plus hardi, je changeai de posture, et mes yeux, animés par la vue des tétons, voulurent descendre plus bas. Je mis la tête aux pieds de la dame, et, le visage contre terre, je cherchai à pénétrer dans le pays de l'amour; mais je ne vis rien. Ses jambes croisées et sa cuisse droite collée sur sa gauche mettaient mes regards en défaut. Ne pouvant voir, je voulus toucher. Je coulai la main sur la cuisse et j'avançai jusqu'au pied du mont. Déjà je touchais à l'entrée de la grotte, et je croyais y borner mes désirs. Parvenu à ce point, je ne m'en trouvai que plus malheureux. J'aurais voulu rendre mes yeux participants des plaisirs de ma main; je la retirai, et je me mis à ma place pour examiner de nouveau le visage de ma dormeuse. Il n'était point altéré; le sommeil semblait avoir versé sur elle ses pavots les plus assoupissants. J'entrevoyais cependant un œil dont le clignotement m'inquiétait. Je m'en défiais, et si dans l'instant il se fût fermé, peut-être me serais-je contenté de ce que j'avais fait; mais l'immobilité de cet œil suspect me rendit la confiance. Je retournai à mon poste inférieur, et commençai à lever doucement le jupon. Elle fit un mouvement, je la crus réveillée. Je me retirai précipitamment, et, le cœur saisi de frayeur, je me remis à ma place sans oser la regarder; mais cette contrainte ne fut pas longue; mes yeux retournèrent sur elle; je reconnus avec plaisir que le mouvement qu'elle avait fait ne venait pas de son réveil, et je remerciai la fortune de mon heureuse situation. Ses jambes étaient décroisées, son genou droit élevé, et le jupon tombé sur son ventre, et je vis ses cuisses, ses jambes, sa motte, son con! Ce spectacle me charma. Un bas, proprement tiré, noué, sur le genou, avec une jarretière feu et argent, une jambe faite au tour, un petit pied mignon, une mule, la plus jolie du monde, des cuisses, ah! des cuisses dont la blancheur éblouissait, rondes, douces, fermes, un con d'un rouge de carmin entouré de petits poils plus noirs que le jais, et d'où sortait une odeur plus douce que celle des parfums les plus délicieux! J'y mis le doigt, je le chatouillai un peu; le mouvement qu'elle avait fait ayant écarté ses jambes, j'y portai aussitôt la bouche en tâchant d'y enfoncer la langue. Je bandais d'une extrême force. Ah! les comparaisons l'exprimeraient mal! Rien ne put alors m'arrêter: crainte, respect, tout disparut. En proie aux désirs les plus violents, j'aurais foutu la sultane favorite en présence de mille eunuques, le cimeterre nu, et prêts à laver mes plaisirs dans mon sang. J'enconnai Mme Dinville sans m'appuyer sur elle, crainte de la réveiller. Appuyé sur mes deux mains, je ne la touchais qu'avec mon vit; un mouvement doux et réglé me faisait avaler à longs traits le plaisir: je n'en prenais que la fleur.

Les yeux fixés sur ceux de ma dormeuse, je collai de temps à autre ma bouche sur la sienne: La précaution que j'avais prise de m'appuyer sur mes mains ne tint pas contre mon ravissement. Plus d'attention, je me laissai tomber sur elle; il ne fut plus en mon pouvoir de faire autre chose que la serrer et la baiser avec fureur. La fin du plaisir me rendit l'usage de mes yeux, que le commencement m'avait ôté; elle me rendit le sentiment que j'avais perdu: je ne le recouvrai que pour avoir des transports de Mme Dinville que je n'étais plus en état de partager. Elle venait de croiser les mains sur mes fesses, et, élevant le derrière, qu'elle remuait avec vivacité, m'attirait sur elle de toute sa force. J'étais immobile, et je lui baisais encore la bouche avec un reste de feu que le sien commençait à rallumer.—Cher ami, me dit-elle à demi-voix, pousse encore un peu, ah! ne me laisse pas en chemin. Je me remis au travail avec une ardeur qui surpassa la sienne, car, à peine eus-je donné cinq ou six coups, qu'elle perdit connaissance. Plus animé que jamais, je doublai le pas, et, tombant sans mouvement dans ses bras, nous confondîmes nos plaisirs dans nos embrassements. Revenus de notre extase, quand je me retirai, ce ne fut pas sans confusion. Je baissais la vue, la dame avait les yeux tournés sur moi et m'examinait. J'étais sur mon séant; elle me passa une main sur le col, me fit recoucher sur l'herbe, et porta l'autre main à mon vit: elle se mit à le baiser.—Que veux-tu donc faire, grand innocent? me dit-elle; as-tu peur de me montrer un vit dont tu te sers si bien? Te cachai-je quelque chose, moi? Tiens, vois mes tétons, baise-les; mets cette main-là dans mon sein, bon; et celle-ci, porte-la à mon con, à merveille! Ah! fripon, que tu me fais de plaisir! Animé par ses caresses, j'y répondais avec ardeur; mon doigt s'acquittait bien de sa fonction: elle roulait des yeux passionnés et soupirait beaucoup; ma cuisse droite était passée dans les siennes; elle la serrait avec tant de plaisir que, se laissant tomber sur moi, elle m'en donna des preuves parlantes.

Mon vit avait repris toute sa roideur, mes désirs renaissaient avec une nouvelle vivacité. Je me mis à mon tour à l'embrasser, à la serrer dans mes bras. Elle ne me répondait que par des baisers. J'avais toujours le doigt dans son con; je lui écartai les jambes en regardant ce charmant endroit avec complaisance. Ces approches du plaisir sont plus piquantes que le plaisir même. Est-il possible d'imaginer quelque chose de plus délicieux que de manier, que de considérer une femme qui se prête à toutes les postures que notre lubricité peut inventer? On se perd, on s'abîme, on s'anéantit dans l'examen d'un joli con, on voudrait n'être qu'un vit pour pouvoir s'y engloutir. Pourquoi n'a-t-on pas la prudence de s'en tenir à ce charmant badinage? L'homme, insatiable dans ses désirs, en forme de nouveaux dans le sein des plaisirs mêmes; plus les plaisirs qu'il goûte sont vifs, plus les degrés qu'ils font naître sont violents. Découvrez une partie de votre gorge à votre amant, il veut la voir tout entière; montrez-lui un petit téton blanc et dur, il veut le toucher: c'est un hydropique dont la soif s'accroît en buvant; laissez-le lui toucher, il voudra le baiser; laissez-lui porter la main plus bas, il voudra y porter son vit: son esprit ingénieux à forger de nouvelles chimères, ne lui laissera pas de repos qu'il ne vous l'ait mis. S'il vous le met, qu'arrive-t-il? Semblable au chien de la fable, il lâche l'os pour prendre l'ombre, il perd tout en voulant tout avoir. Tout cela est excellent, mais, après tout, il en faut toujours revenir au proverbe: Vit bandant n'a point d'arrêt; et moi-même qui prêche ici comme un docteur, hélas! si le ciel l'avait voulu, je serais le premier à faire le contraire de ce que je dis. S'il se présentait une femme dans l'attitude où j'avais mis madame Dinville, les jambes écartées, me montrant un con rouge et vermeil, où il ne tiendrait qu'à moi de me plonger dans la source des plaisirs, m'amuserai-je à lanterner, à baisoter, à chatouiller, à la foutaise, enfin? Non, parbleu! je la foutrais sonica. Jugez, si je fus longtemps à coniller autour de ma fouteuse. Je l'enconnai vigoureusement; elle, vive et infatigable, m'embrassa en répondant avec un mouvement égal aux coups que je lui donnais. J'avais les mains croisées sous ses fesses; elle avait les siennes croisées sur les miennes; je la serrais avec transport, elle me serrait de même; nos bouches étaient collées l'une sur l'autre; elles étaient deux cons, nos langues se foutaient; nos soupirs poussés et confondus l'un dans l'autre, nous causaient une douce langueur qui fut bientôt couronnée par une extase qui nous enleva, qui nous anéantit.

On a raison de dire que la vigueur est un présent du ciel. Libéral envers ses fidèles serviteurs, il consent que leurs rejetons participent à cette libéralité, et que la force génitale soit héréditaire, et passe des moines à leurs enfants: c'est le seul patrimoine qu'ils laissent. Hélas! je l'ai promptement dissipé ce patrimoine! Mais n'anticipons pas sur les événements; retarder le récit de son malheur, c'est en adoucir le sentiment.

Toute l'étendue du don du ciel m'était nécessaire pour sortir à mon honneur de l'aventure où j'étais engagé. Si j'avais à faire à forte partie je pouvais sans vanité m'appliquer les paroles du Cid:

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années.

J'en avais jusqu'alors donné les marques les plus vigoureuses à Mme Dinville; mais il semblait que son courage s'accrût avec ma résistance, et elle s'aperçut bientôt que je ne battais plus qu'en retraite, elle m'excitait, elle m'animait à lui porter de nouveaux coups; elle s'y présentait, et contribuait par ses caresses à me procurer une nouvelle victoire. Je recommençais à la regarder avec langueur; je retrouvais du plaisir à lui baiser la gorge: je lui grattais le con avec plus de vitesse, je soupirais. Elle s'aperçut de l'heureuse disposition où ses caresses m'avaient mis. Ah! fripon! me dit-elle en me baisant les yeux, tu bandes; qu'il est gros! qu'il est long! Coquin! tu feras fortune avec un tel vit. Eh bien, veux-tu recommencer, dis! Je ne lui répondis qu'en la renversant. Attends donc, reprit-elle, attends, mon ami, je veux te donner un plaisir nouveau, je veux te foutre à mon tour: couche-toi comme je l'étais tout à l'heure. Je me couchai aussitôt sur le dos; elle monta sur moi, me prit elle-même le vit, me le plaça, et se mit à pousser. Je ne remuais pas; elle faisait tout, et je recevais le plaisir. Je la contemplais, elle interrompit son ouvrage pour m'accabler de baisers; ses tétons cédaient au mouvement de son corps et venaient se reposer sur ma bouche. Une sensation voluptueuse m'avertit de l'approche du plaisir. Je joignis mes élancements à ceux de ma fouteuse, et nous nageâmes bientôt dans le foutre. Brisé par les assauts que j'avais reçus et livrés depuis près de deux heures, le sommeil me gagna. Mme Dinville me plaça elle-même la tête sur son sein, et voulut que je goûtasse les douceurs du sommeil dans un endroit où je venais de goûter celles de l'amour.—Dors, me dit-elle, mon cher amour; dors tranquillement; je me contenterai de te voir. Je dormis d'un profond sommeil, et le soleil s'approchait de l'horizon quand je me réveillai. Je n'ouvris les yeux que pour envisager Mme Dinville, qui me regardait d'un air riant. Elle s'était occupée à faire des nœuds pendant mon sommeil. Elle interrompit son ouvrage pour me glisser la langue dans la bouche, elle le laissa bientôt, dans l'espérance que j'allais l'occuper à faire des nœuds d'une autre espèce. Elle ne me cacha point ses désirs et me pressa de les satisfaire. J'étais d'une nonchalance qui irritait son impatience. Je n'avais pourtant ni dégoût, ni envie; je sentais que s'il eût dépendu de moi, j'aurais préféré le repos à l'action. Ce n'était pas là le dessein de la dame, qui m'accablait en vain de caresses brûlantes et voulait réveiller en moi des désirs que je n'avais plus. Elle s'y prit d'une autre façon pour animer ma chaleur éteinte. Elle se coucha sur le dos, et se troussa. Elle connaissait combien une semblable vue avait de pouvoir sur moi, et, me prenant le vit, elle me branlait avec plus ou moins de vitesse, proportionnément aux degrés de volupté qu'elle sentait naître. Elle en vint enfin à son honneur: je bandai, elle triomphait. Le retour de ma virilité la réjouit beaucoup. Charmé moi-même de l'effet de ses caresses, je lui donnai des marques de reconnaissance qu'elle reçut avec fureur. Elle me serrait, s'élançait avec des mouvements si passionnés que je déchargeai soudain, et avec tant de plaisir que je voulus du mal à mon vit de l'obstacle qu'il avait apporté par sa lenteur à la jouissance. Afin de tromper la vigilance des curieux, nous quittâmes le gazon où nous venions de nous livrer aux plaisirs de l'amour; nous fîmes quelques tours dans le jardin, et ces tours ne se firent pas sans causer.—Que je suis contente de toi, mon cher Saturnin, me disait Mme Dinville, et toi?—Moi, lui répondis-je, je suis enchanté des plaisirs que vous venez de me faire goûter!—Oui, reprit-elle, mais je ne suis guère sage de m'être ainsi livrée à tes désirs; sauras-tu être discret, Saturnin?—Ah! vous ne m'aimez guère, lui dis-je, puisque vous me croyez capable d'abuser de vos bontés. Contente de ma réponse un tendre baiser en aurait été le prix si nous n'avions pas été aperçus. Elle me serra la main contre son cœur, et me regarda d'un air de langueur qui me charma.

Nous allions vite; la conversation était tombée, et je m'aperçus que Mme Dinville jetait un œil inquiet de côté et d'autre. Je n'avais garde d'en pénétrer la cause, ne la soupçonnant pas; vous ne l'auriez pas soupçonnée vous-même, et vous ne vous seriez pas attendu qu'après avoir travaillé comme nous l'avions fait, la dame ne fût pas contente de sa journée. L'envie de la couronner avec honneur la rendait attentive à examiner si quelque indiscret ne viendrait pas y mettre obstacle. Mais, direz-vous, elle avait donc le diable au cul? D'accord; elle venait de sucer ce pauvre petit bougre; il n'en pouvait plus; il était rendu, cela est vrai; mais comment a-t-elle fait pour le faire bander? Oh! c'est ce que je vais vous démontrer.

En garçon qui commençait à savoir son monde, puisque je venais d'y faire une entrée assez brillante, j'aurais manqué à mon devoir si je n'avais pas conduit Mme Dinville dans son appartement. Je me préparais à lui tirer ma révérence, à l'embrasser pour la dernière fois de la journée, quand elle me dit: Tu veux t'en aller, mon ami? il n'est pas huit heures: va, reste, je ferai la paix avec ton curé. (Je lui avais dit que j'étais un des pensionnaires de M. le curé.) L'idée du presbytère me chagrinait, et je n'étais pas fâché que Mme Dinville m'épargnât une heure de dégoût. Nous nous assîmes sur son canapé, et, après avoir fermé sa porte, elle me prit une main qu'elle pressa dans les siennes et me regarda fixement, sans mot dire. Ne sachant que penser de ce silence, elle le rompit en me disant: tu ne te sens donc plus d'envie? Mon impuissance me rendait muet; je rougissais de ma faiblesse. Nous sommes seuls, Saturnin, reprit-elle en redoublant ses caresses; personne ne nous voit: déshabillons-nous et couchons-nous sur mon lit. Viens, mon fouteur, que je te fasse bander! Elle me porta sur son lit, m'aida à me déshabiller, et me vit bientôt dans l'état qu'elle me désirait, nu comme la main. Je la laissais faire, plutôt par complaisance que par l'idée du plaisir. Elle me renverse, me couvre de baisers, me suce le vit, et aurait voulu le faire entrer jusqu'aux couilles dans sa bouche. Elle semblait extasiée dans cette posture, me couvrait d'une salive semblable à de l'écume; mais elle employait en vain toute la chaleur de ses caresses pour ranimer un corps glacé par l'épuisement. A peine mon vit se redressait-il, et c'était si faiblement, que, n'en pouvant tirer aucun service, elle courut d'abord chercher dans une cassette une petite fiole de liqueur blanchâtre qu'elle versa dans le creux de sa main, et m'en frotta les couilles et le vit à plusieurs reprises. Va, me dit-elle alors avec satisfaction, nos plaisirs ne sont pas encore passés: tu m'en diras tout à l'heure des nouvelles. Sa prédiction s'accomplit; je sentis bientôt des picotements dans les couilles qui commencèrent à me faire entrevoir la possibilité de la réussite de son secret. Pour lui donner le temps d'opérer, elle se déshabilla à son tour. A peine se fut-elle montrée nue à mes yeux qu'une chaleur prodigieuse m'enflamma le sang, mon vit banda, mais d'une force inexprimable. Je devins enragé et, m'élançant sur elle, à peine lui donnai-je le temps de se mettre en posture. Je la dévorais; je ne voyais plus, ne connaissais plus rien: toutes mes idées étaient concentrées dans son con. Arrête, mon amour! s'écria-t-elle en s'arrachant de mes bras; ne nous pressons pas si fort; ménageons nos plaisirs, et, puisqu'ils ne durent qu'un instant, rendons-les vifs et délicieux. Mets ta tête à mes pieds, et tes pieds à la mienne. Je le fis. Mets ta langue dans mon con, ajouta-t-elle, et moi je vais mettre ton vit dans ma bouche. Nous y voilà! Cher ami, que tu me fais de plaisir! Dieux! qu'elle m'en faisait aussi! Mon corps étendu sur son corps nageait dans une mer de délices; je lui dardais ma langue le plus avant que je pouvais; j'aurais voulu y mettre la tête, m'y mettre tout entier! Je suçais son clitoris; j'allais chercher un nectar rafraîchissant jusqu'au fond de son con, plus délicieux mille fois que l'imagination des poètes faisait servir sur la table des dieux par la déesse de la jeunesse, à moins que ce ne fût le même et que la charmante Hébé ne leur donnât son conin à sucer. Si cela est, tous les éloges qu'ils ont donnés à cette boisson divine sont bien au-dessous de la réalité. Quelque critique de mauvaise humeur m'arrêtera ici tout court et me dira: Que buvaient donc les déesses? Elles suçaient le vit de Ganimède! Mme Dinville me tenait le derrière serré et je pressais ses fesses: elle me branlait avec la langue et avec les lèvres, je lui en faisais autant; elle m'avertissait, par de petites secousses et en écartant les cuisses, du plaisir qu'elle ressentait, et les mêmes signes qui m'échappaient lui faisaient connaître celui que j'avais. Modérant ou augmentant la vivacité de nos caresses, nous plongions ou nous avancions celui qui devait y mettre le comble; il vint insensiblement; alors, nous roidissant, nous serrant avec plus de force, il semblait que nous eussions ramassé toutes les facultés de l'âme pour ne nous occuper que des délices que nous allions goûter.

Loin d'ici, fouteurs à la glace, Dont le vit, effrayé d'aller jusqu'à deux coups, Mollit au premier choc et déserte la place; Loin d'ici: mes transports ne sont plus faits pour vous.

Nous déchargeâmes en même temps; je pressai dans ce moment, je couvris avec mes lèvres tout le con de ma fouteuse; je reçus dans ma bouche tout le foutre qui en sortait: je l'avalai; elle en fit autant de celui qui sortait de mon vit. Le charme se dissipa; je ne gardai du plaisir que je venais d'avoir qu'une légère idée qui s'évanouit comme l'ombre. Tels sont les plaisirs.

Retombé dans le même état de dégoût et d'affaiblissement dont le secret de Mme Dinville m'avait retiré, je la pressai d'y recourir encore.—Non, mon cher Saturnin; je t'aime trop pour vouloir te donner la mort. Sois content de ce que nous avons fait. Je n'étais pas pressé de mourir, et un plaisir qu'il me fallait acheter aux dépens de ma vie n'était plus de mon goût. Nous nous rhabillâmes.

J'étais trop content de ma journée pour négliger de prendre des assurances d'en passer encore de semblables. Mme Dinville, qui n'était pas plus mal satisfaite que moi, me prévint: Quand reviendras-tu? me demanda-t-elle en m'embrassant.—Le plus tôt que je pourrai, lui répondis-je, mais jamais assez tôt pour mon impatience; demain, par exemple?—Non, me dit-elle en souriant, je te donne deux jours: reviens le troisième, et le jour que tu viendras, continua-t-elle en rouvrant la cassette d'où elle avait tiré l'eau admirable dont j'avais éprouvé la vertu, et en me donnant quelques pastilles qu'elle y prit, tu auras soin de manger cela. Surtout, Saturnin, sois discret; ne parle à personne de tout ce que nous avons fait. Je l'assurai du secret et l'embrassai pour la dernière fois, la laissant bien persuadée qu'elle venait de recevoir mon pucelage.

Mme Dinville était restée dans son appartement. Elle m'avait averti de faire en sorte que l'on ne m'aperçût pas: l'obscurité me favorisait. Je traversais une antichambre, quand je me vis arrêté, par qui: par Suzon. Sa vue me rendit immobile: il semblait que sa présence me reprochât les plaisirs que je venais de goûter. Mon imagination, d'intelligence avec mon cœur pour m'accabler, la rendait témoin de tout ce que je venais de faire. Elle me prit la main, et demeura sans parler. La confusion me faisait baisser la vue. Inquiet cependant de son silence, je ne confiai qu'à mes yeux le soin de lui en demander la cause; je les levai sur elle, je m'aperçus qu'elle versait des larmes. Ce spectacle me perça le cœur. Suzon y reprit dans le moment l'empire que les caresses de Mme Dinville lui avaient enlevé. Je ne pouvais concevoir que sa maîtresse eût fasciné mes yeux et mon cœur au point de ne voir qu'elle, de n'être sensible qu'au plaisir d'être avec elle, et j'avais la simplicité de regarder comme l'effet de quelque sortilège ce qui n'était que l'effet de mon tempérament et de l'attrait des plaisirs.—Suzon, dis-je à ma sœur d'un ton pénétré, tu pleures, ma chère Suzon; tes yeux se couvrent de larmes quand tu me vois; est-ce moi qui les fais couler?—Oui, c'est toi, me répondit-elle; je rougis de te l'avouer, cruel Saturnin, oui, c'est toi qui me les arraches; c'est toi qui me désespères et qui vas me faire mourir de douleur.—Moi, m'écriai-je; juste ciel! Suzon, oses-tu me faire de pareils reproches? Les ai-je mérités, moi qui t'aime?—Tu m'aimes, reprit-elle: ah, je serais trop heureuse si tu disais vrai! Mais peut-être viens-tu de jurer la même chose à Mme Dinville. Si tu m'aimais, l'aurais-tu suivie? N'aurais-tu pas imaginé un prétexte pour venir me trouver quand je suis sortie? Vaut-elle mieux que moi? Qu'as-tu fait avec elle toute l'après-dînée? Qu'as-tu dit? Pensais-tu à Suzon qui t'aime plus que sa vie? Oui. Saturnin, je t'aime; tu m'as inspiré une si forte passion, que je mourrais de douleur si tu n'y répondais pas. Tu te tais? poursuivit-elle; ah! je le vois, ton cœur ne se faisait pas de violence pour suivre une rivale que je vais haïr à la mort. Elle t'aime, je n'en saurai douter; tu l'aimes aussi: tu n'étais occupé que du plaisir qu'elle te promettait, tu ne songeais guère à la douleur que tu m'allais causer. Attendri par ses reproches, je ne pus dissimuler à Suzon qu'ils déchiraient mon cœur.—Cesse tes plaintes, lui dis-je; n'accable plus ton malheureux frère; tes larmes le désespèrent; je t'aime plus que moi-même, plus que je ne peux te dire!—Ah! reprit-elle, tu me rends la vie, et je consens à oublier ton injure si tu me promets de ne plus voir Mme Dinville. As-tu assez d'amour pour ta Suzon pour la lui sacrifier:—Oui, lui répondis-je, je te la sacrifie; tous ses charmes ne valent pas un seul de tes baisers. En lui disant cela, je l'embrassais, et elle ne rebutait pas mes caresses.—Saturnin, reprit-elle en me serrant tendrement la main, sois sincère: Mme Dinville aura exigé de toi que tu reviennes la voir: quand t'a-t-elle dit de revenir?—Dans trois jours, lui répondis-je.—Et tu viendras, Saturnin? me dit-elle tristement.—Que dois-je faire? lui répliquai-je. Si je viens, ce sera pour la désespérer par mon indifférence; si je ne viens pas, qu'il en coûtera à mon cœur de ne pas voir Suzon!—Je veux que tu reviennes, reprit-elle, mais il ne faudra pas qu'elle te voie; je ferai semblant d'être malade; je resterai au lit, nous passerons la journée ensemble; mais, ajouta-t-elle, tu ne sais pas où est ma chambre? Suis-moi: je vais t'y conduire. Je me laissai mener; j'étais tremblant, je pressentais le malheur qui m'allait arriver.—Voici, me dit Suzon, mon appartement. Regretterais-tu d'y passer la journée avec moi? Ah! Suzon, lui répondis-je, quelles délices tu me promets! Nous serons seuls, nous nous abandonnerons à nos amours! Suzon, conçois-tu ce bonheur comme moi? Elle se taisait et paraissait rêver profondément; je la pressai de s'expliquer.—Je t'entends, me dit-elle d'un ton d'indignation; tandis que nous serons seuls, que nous nous livrerons à l'amour, ah! Saturnin, que tu parles de ce jour avec indifférence, et que les plaisirs qu'il te promet te touchent peu, si tu as la force de les attendre deux jours!

Je sentis son reproche: l'impossibilité de lui en prouver l'injustice me désespérait, je maudissais les plaisirs que je venais de goûter avec Mme Dinville. Ciel! m'écriai-je, je suis avec Suzon, j'aurais donné mon sang pour jouir de ce bonheur! J'y suis, et je n'ai pas la force de former un désir! Au milieu de cette confusion de pensées, je me ressouvins des pastilles que Mme Dinville m'avait données. Je jugeai que l'effet devait en être semblable à celui de son eau. Ne doutant pas qu'il ne fût aussi prompt, j'en avalai quelques-unes. L'espoir de désabuser bientôt Suzon me la fit embrasser avec une ardeur qui nous trompa tous deux. Suzon la prit pour un témoignage de mon amour, et moi, comme une marque de retour de ma vigueur. Suzon abusée par l'idée du plaisir, tomba sur son lit à demi pâmée. Quoique je me défiasse encore de moi-même, j'aurais cru l'accabler de douleur si je ne m'étais pas mis en état de justifier son espérance. Je me couchai sur elle, et collant ma bouche sur la sienne, je lui mis mon vit dans la main. Il était encore mou, mais je crus que son secours hâterait l'effet des pastilles. Elle le serrait, le remuait, le branlait; rien n'avançait: un froid mortel m'avait glacé le corps! C'est Suzon, disais-je, que j'embrasse, et je ne bande pas! Je baise ses tétons que j'idolâtrais hier; ne sont-ils plus les mêmes aujourd'hui? ils n'ont rien perdu de leur rondeur, de leur dureté, de leur blancheur. Sa peau est aussi douce, ses cuisses aussi brûlantes. Elle les écarte, j'ai le doigt dans son con, hélas! et je ne puis y mettre que le doigt! Suzon soupirait de ma faiblesse; je maudissais le présent de Mme Dinville. Je m'imaginais qu'elle avait prévu ce qui devait m'arriver en sortant de chez elle, et avait voulu achever avec ses pastilles l'épuisement où j'étais. L'opiniâtreté de ma froideur confirma si bien cette pensée, que j'allais avouer mon impuissance à Suzon, quand je sortis d'embarras d'une manière inattendue. On va penser que l'amour fit d'abord un miracle, que je bandai et que je foutis: point du tout; une main invisible ouvrant avec fracas les rideaux du lit, vint m'appliquer un soufflet. Effrayé de cet accident, je n'eus pas la force de crier; je m'enfuis, et laissai Suzon exposée à la fureur du spectre, ne doutant pas que ce n'en fût un. Je sortis du château en diligence, et tremblais encore dans mon lit, où je m'étais mis en arrivant chez le curé, à qui je fis le détail d'un spectacle que je n'avais pas vu et que mon trouble croyait véritable. Je n'en imposai au curé que sur le lieu de la scène, que je ne mis pas dans la chambre de Suzon. La frayeur et l'épuisement me procurèrent un sommeil profond. Je me réveillai avec le même accablement, et dans l'impossibilité de me lever. Surpris d'une lassitude que je n'attribuais qu'au plaisir, je connus combien il est nécessaire de se ménager, et ce que coûte trop de complaisance pour les désirs de ces sirènes voluptueuses qui vous sucent, qui vous rongent et qui ne vous lâcheraient qu'après avoir bu votre sang, si leur intérêt soutenu de l'espérance de vous attirer encore par leurs caresses, ne les retenait. Pourquoi ne fait-on ces réflexions qu'après coup? C'est qu'en amour la raison n'éclaire que le repentir.

Le repos avait effacé de mon esprit ces idées lugubres tracées par la frayeur. Devenu tranquille sur mon compte, mon cœur ne sentait que les inquiétudes que lui causait l'incertitude du sort de Suzon. Je me représentais avec horreur l'état où je l'avais laissée. Elle sera morte, disais-je tristement; timide comme je la connais, il n'en fallait pas tant pour la faire mourir. Elle n'est donc plus! continuais-je, accablé par cette réflexion cruelle. Suzon n'est plus! ah! ciel! Mon cœur, que ces tristes pensées avaient serré d'abord, s'ouvrit bientôt à un torrent de larmes; j'en versais encore quand Toinette entra. Sa vue m'épouvanta; je tremblais qu'elle ne vînt me confirmer un malheur que je craignais, et je mourais d'envie de l'entendre. Il n'en fut pas question. Son silence à ce sujet, joint à celui de tout le monde, me fit croire que ma douleur était sans fondement. Je pensai que Suzon en avait été quitte comme moi de la frayeur. Le chagrin que j'avais ressenti de sa mort fit place à la curiosité de savoir ce qui s'était passé dans la chambre après mon départ; mais c'était une curiosité que je ne pouvais satisfaire qu'après mon rétablissement.

Les deux jours de repos que Mme Dinville m'avait accordés étaient expirés; nous étions au troisième, et quoique je commençasse à me sentir mieux, je ne fus point tenté d'aller chercher de l'exercice au château. Je ne songeais cependant qu'avec chagrin à l'obstacle que cette funeste aventure avait mis au plaisir que je m'étais promis d'avoir avec Suzon. Cette réflexion me fit penser aux pastilles de Mme Dinville: je mangeai ce qu'il m'en restait. Je ne dirai pas si leur effet fut vif ou lent; mais, après avoir profondément dormi, je fus réveillé par la force de l'érection que je sentais. J'en étais effrayé, et j'aurais craint pour mes nerfs si la même chose ne me fût pas arrivée chez Mme Dinville. Qu'on rie de mon embarras; qu'on dise si l'on veut: Eh quoi! brave Saturnin, n'aviez-vous pas vos quatre doigts et le pouce pour vous soulager? Comment font ces cafards de prêtres, ces hypocrites dont le cœur est corrompu? On ne trouve pas toujours un bordel, une dévote sous la main; mais on a toujours un vit: on s'en sert, on se branle. Je le savais, mais il n'y avait pas longtemps que, pour m'en être trop donné, je me trouvais brisé, moulu. En garde contre la tentation, je me branlotais et faisais venir le plaisir jusqu'à ma portée. Quoiqu'il ne soit pas si grand que quand on fait le cas, on a toujours la faculté de le répéter autant de fois qu'on le juge à propos. L'imagination se joue, voltige sur les objets qui nous charment les yeux. Avec un coup de poignet, on fout la brune, la blonde, la petite, la grande; les désirs ne connaissent pas l'intervalle des conditions; ils vont jusque sur le trône, et les beautés les plus fières, forcées de céder, accordent ce qu'on leur demande. Du trône on descend à la grisette; on se représente une fille timide, neuve sur les plaisirs de l'amour et qui ne connaît la nature des désirs que par ceux qu'elle ressent. On lui donne un baiser; elle rougit; on lève un mouchoir qui cache une gorge naissante; on descend plus bas: on y trouve un petit conin chaud, brûlant; on lui fait faire une résistance que le plaisir augmente, diminue, fait évanouir à son gré. Le plaisir est vif et pétillant. Semblable à ces feux qui sortent de la terre, il se montre et s'échappe? l'avez-vous vu? Non; la sensation qu'il a excitée dans votre âme a été si vive, si rapide, qu'anéantie par la force de son impulsion elle n'a pu le connaître. Le vrai moyen de le fixer, c'est de badiner avec lui, de le laisser échapper, de le retrouver enfin, en vous livrant tout entier à ses transports.

J'étais dans cette occupation, la nuit était déjà fort avancée, j'allais finir mon badinage pour m'abandonner au sommeil, quand j'entrevis quelqu'un paraître au pied de mon lit et disparaître à l'instant. Je fus moins effrayé que réveillé par une pareille vision. Je crus que c'était l'abbé dont je vous ai parlé dans le portrait de mademoiselle Nicole. C'est lui, disais-je, oui; où va ce bougre-là? Foutre Nicole? Ira-t-il seul? Non, parbleu! car je vais le suivre. Je me lève; j'étais en habit de combat, c'est-à-dire en chemise: je savais les êtres. Je gagnai le corridor où était la chambre de la belle. J'entrai dans une chambre dont la porte n'était pas fermée; je la repoussai et m'approchai avec circonspection du lit où je croyais nos amants occupés à prendre leurs ébats. J'écoutais, j'attendais que des soupirs m'apprissent si mon tour viendrait bientôt. Quelqu'un respirait; mais ce quelqu'un paraissait être seul. Ne serait-il pas venu? dis-je alors bien étonné. Non, assurément il n'y est pas. Oh! parbleu, monsieur l'abbé, vous n'en tâterez, ma foi! que d'une dent. Dans l'instant, je coulai ma main entre les jambes de la belle dormeuse, et je lui donnai un baiser sur la bouche.—Ah! me dit-on d'une voix basse, que vous vous êtes fait attendre! Je dormais; montez donc. Ma foi! Je montai dans le lit, et bientôt sur ma Vénus, qui me reçut assez froidement dans ses bras. Je fus sensible à cette marque d'indifférence qu'elle croyait donner à son amant, et je m'applaudis du succès que la fortune me donnait, en me procurant une vengeance aussi douce des mépris de ma tigresse. Je la baisais à la bouche, lui pressais les yeux avec les lèvres, me livrais à des transports d'autant plus vifs qu'on leur avait toujours refusé la liberté d'éclater. Je lui maniais les tétons, qui étaient bien séparés, bien formés, bien durs. Je nageais dans un fleuve de délices; je fis enfin ce que j'avais souhaité tant de fois de faire avec divinité. Assurément, elle ne s'attendait pas à être si bien régalée. A peine eus-je fini ma carrière, que, me sentant encore plus animé que jamais, je repris du champ, et je donnai une nouvelle matière à ses éloges. Je l'avais mise en goût et jugeai par ses caresses qu'elle n'attendait plus que cette troisième preuve de valeur pour mettre cette nuit au-dessus de toutes celles qu'elle disait que nous avions passées ensemble. Quoique je fusse capable de lui donner encore cette nouvelle satisfaction, la crainte d'être surpris par l'abbé amortit un peu mon courage. Je ne savais à quoi attribuer sa lenteur. Je ne pouvais en accuser qu'un changement de résolution. Sur cette pensée, je crus que je pouvais reprendre haleine et ne pas précipiter mes coups ainsi que je l'avais fait.

Deux décharges abattent un peu les fumées de l'amour; l'illusion se dissipe, l'esprit rentre dans ses fonctions; les nuages s'évanouissent, les objets cessent d'être ce qu'ils étaient. Les belles y gagnent, les laides y perdent: tant pis pour elles. Je voudrais en passant donner un conseil à celles-ci: Laides, quand vous accordez des faveurs à quelqu'un, ménagez-le, ne l'en accablez pas: quand on n'a plus rien à désirer, on ne désire plus; la passion s'éteint par une jouissance trop complète. Prenez-y garde: vous n'avez pas les ressources d'une belle à qui les charmes promettent le retour de ces désirs qu'elle vient d'assouvir et que le moindre désir rallume.

La réflexion que je viens de faire cadre le mieux du monde avec ce que j'éprouvai. Je m'amusais à parcourir avec la main les beautés de ma nymphe; j'étais surpris de trouver une différence dans les choses que j'avais maniées un instant auparavant. Ses cuisses, qui m'avaient paru douces, fermes, remplies, unies, étaient devenues ridées, molles, sèches; son con n'était plus qu'une conasse, ses tétons que des tétasses; ainsi du reste. Je ne pouvais concevoir un pareil prodige; j'accusais mon imagination de s'être refroidie, je voulais du mal à ma main du rapport trop fidèle qu'elle lui faisait. Ce n'est pas que ces témoignages incertains m'eussent empêché de livrer un troisième assaut; j'allais m'y présenter, et on se préparait à le recevoir, quand nous entendîmes un charivari dans la chambre voisine, que je prenais pour celle de la dame Françoise, notre vénérable gouvernante. Ah! le chien! criait une voix enrouée; Ah! la misérable! ah! la… A ces mots ma mignonne, que j'allais enconner, me dit: ah! mon Dieu, que fait-on à notre fille; est-ce qu'on la tue? Allez donc voir. Je ne répondis rien. Frappé de ce discours, je ne savais où j'en étais: Notre fille, disais-je; Nicole aurait-elle une fille? Le bruit continuait, et l'on me pressait d'aller au secours. Je ne m'en remuais pas davantage. On s'impatiente, on court au fusil, on allume de la chandelle, et à sa faveur je reconnais la dame Françoise, cette vieille… Je demeurai pétrifié à la vue de ce fantôme; je vis bien que je m'étais trompé de porte, et j'étais enragé de me voir la dupe de ce misérable abbé, ou plutôt de mon impatience qui ne m'avait pas permis de faire attention à la disposition des lieux. Je jugeai que M. le curé, s'étant trouvé en humeur de s'ébaudir cette nuit-là avec sa chambrière, l'avait avertie de se tenir prête pour la danse, et que, me prenant pour le pasteur, elle m'avait reproché ma lenteur à me rendre à mon poste; que le saint prêtre pour éviter le scandale, avait attendu que la nuit fût avancée pour tenir parole à sa beauté; qu'ayant trouvé la porte de la chambre de sa nièce ouverte, la tendresse l'avait fait courir à son lit, où il l'avait trouvée en flagrant délit; que, frappé de l'idée d'infamie dont elle couvrait son front, il avait donné aux combattants des témoignages de sa colère plus forts que jeu. Mais le bruit redouble, on s'étrangle: eh! vite, dame Françoise, volez sur le champ de bataille: l'honneur, l'amour, la tendresse, tout vous en fait une loi; allez séparer des ennemis dont la mort vous affligerait; mais, au nom de Dieu, laissez la porte ouverte pour que je me sauve. Oh! la chienne! elle la ferme à double tour. Malheureux Saturnin, comment vas-tu t'échapper? La dame Françoise va s'apercevoir que ce n'est pas avec le curé qu'elle a eu affaire, il va venir, il va te trouver, tu es perdu, tu payeras pour les autres. Telles étaient les pensées qui m'agitaient tandis qu'on se chamaillait dans la chambre voisine. Inutilement j'avais essayé de sortir; réduit à pleurer mon triste malheur, je m'y abandonnais. Insensé que j'étais, comme si je n'eusse pas déjà éprouvé qu'au sein du malheur même on ne doit pas désespérer de sa félicité; qu'au moment où l'on se croit accablé par les coups redoublés du sort nous devons au hasard les jours les plus fortunés. Divine Providence, c'est par tes décrets que ces merveilles s'opèrent.

Au moment où je me livrais au désespoir, la fortune tournait sa roue. Le bruit avait augmenté à la vue de Françoise, à qui le chandelier tomba des mains à l'aspect du curé qu'elle prit pour un spectre. Qu'on se peigne cette scène. Si j'en avais été témoin, j'en épargnerais la peine, mais la connaissance des parties me met en état de fournir des idées pour la perfection du tableau. Qu'on se figure M. le curé, nu, en caleçon, un bonnet gras sur la tête, ses petits yeux étincelants, sa grande bouche écumante, frappant comme un sourd sur l'abbé et sur la nièce. Qu'on se représente ces deux amants, la belle tremblante et s'enfonçant dans son lit, l'abbé se cachant sous la couverture et n'en sortant que pour allonger de temps en temps des coups de poing sur le visage du pasteur. Qu'on se trace la figure d'une mégère en chemise, qui, la chandelle à la main, s'approche, veut crier, demeure interdite, et tombe de frayeur sur une chaise.

L'abbé, autant que j'en fus juge par le silence qui régna tout à coup, craignant d'être découvert, gagna le large. Le curé l'avait suivi. On ouvrit dans le moment ma porte, et on la referma sur-le-champ. Je tremblais, on se coucha; nouvelle frayeur. Je crus que c'était Françoise, et que le curé allait venir. Tout était pourtant calme, et cette Françoise qui était dans le lit, pleurait et soupirait. J'étais confus. Que penser de ces pleurs? Pourquoi soupire-t-elle? pourquoi est-elle revenue? Le curé reviendra-t-il ou non? Ah! que l'incertitude est une peine cruelle! Je voulais sortir, mais je n'osais: enfin, j'allais m'évader quand le diable m'arrêta. Mon cœur me disait: Tu vas te coucher, nigaud, et tu bandes encore! Tu abandonnes Françoise à son chagrin: crains-tu de la consoler? c'est bien la moindre chose que tu lui doives; elle t'a comblé de caresses, refuseras-tu d'essuyer ses larmes? Elle est vieille, d'accord; laide, soit; mais n'a-t-elle pas un con, nigaud? Ma foi? seigneur Diable, vous avez raison.

Un con n'est jamais qu'un con; Quand on bande tout est bon.

Va, va, continua la voix intérieure, l'orage est passé; il n'y a plus rien à craindre, remets-toi dans le lit. Je succombai à la tentation, je m'y remis. Je commençai à me coucher, avec beaucoup de discrétion, sur le bord; mais toute ma politesse ne put arrêter un cri de frayeur qui partit et fut dans l'instant étouffé par la crainte d'être entendu. Je sentis qu'on se retirait dans le coin du lit. Une pareille façon d'agir augmentait ma surprise. Je crus que je la ferais bientôt cesser, en expliquant mes intentions, et cette explication fut de porter la main entre les cuisses de ma vieille: elles étaient redevenues tout ce qu'on pouvait les souhaiter et pour exciter les plus vives émotions, plus douces et plus fermes qu'elles ne m'avaient encore paru. Ma main ne s'y arrêta pas longtemps, quelque plaisir qu'elle y sentît: elle passa au conin. La motte, le ventre, les tétons, tout était aussi doux, aussi uni qu'à une jeune fille. Je maniais, je baisais, je suçais, on me laissait faire, et mon feu ranimant celui de ma belle, elle cessa de soupirer, se rapprocha de moi et moi d'elle. De la tristesse je la fis passer à l'amour; je l'enconnai.—Ah! me dit-elle alors, cher abbé, qui t'a conduit ici? Que ton amour me va coûter de larmes! Quoique attendri par ce discours, mes transports redoublèrent: je serrai tendrement ma nymphe, confondis mes soupirs avec les siens, et scellai, par des élancements de volupté, les délices qui les avaient précédés. L'extase finie, je me rappelai les paroles qu'on venait de m'adresser. Où suis-je? me dis-je alors. Est-ce avec Françoise? Quelle différence de plaisirs! Mais elle me prend pour l'abbé; elle dit que mon amour va lui faire verser des larmes: partagerait-elle avec Nicole les hommages de ce faquin-là? Elle est apparemment jalouse, la bonne dame; elle croyait posséder toute seule le cœur de son mignon. Pourquoi est-elle vieille? Pourquoi est-elle laide? Malgré sa laideur, j'eus encore assez de hardiesse pour m'exposer au désagrément de l'examen dont je m'étais si mal trouvé après les premiers coups. Ma main impatiente brûlait de retourner sur son corps sec et décharné; et quoique je sentisse que le dégoût serait le prix de mon imprudence, et que si je voulais courir encore une poste, le meilleur parti était d'attendre le retour de ma vigueur, sans la précipiter par un badinage qui pourrait bien au contraire l'éloigner, je hasardai de porter la main; mais, ô surprise! partout la même fermeté, le même embonpoint, la même chaleur, la même douceur! Que veut dire ceci? repris-je alors. Est-ce Françoise? ne l'est-ce pas? Non assurément, ce ne peut être que Nicole. O ciel! c'est Nicole! J'en ai pour garants le plaisir qu'elle m'a donné et la continuation de ce plaisir que je ressens encore à la toucher. Elle se sera échappée de son lit, aura profité de la faiblesse de Françoise pour venir se réfugier ici: elle s'imagine que son amant est venu aussi s'y cacher! Je retrouvais dans cette explication toute naturelle des paroles qu'elle m'avait adressées. Rempli de cette pensée, je sentis les désirs qu'elle m'avait autrefois inspirés renaître avec plus de force. Le croirait-on? J'eus regret aux plaisirs que je croyais n'avoir eus qu'avec Françoise, parce que c'était autant de diminué sur ceux que j'allais goûter avec Nicole. Je me mis en état de récompenser le temps perdu.—Ma chère Nicole, lui dis-je en la baisant tendrement et en tâchant de contrefaire la voix de l'abbé, de quoi t'occupes-tu? Peux-tu te laisser aller à la tristesse, quand l'heureux hasard qui nous rassemble veut que nous nous livrions à notre amour? Foutons, ma chère enfant; noyons notre malheur dans le foutre!—Que tu me fais de plaisir, me répliqua-t-elle en répondant à mes caresses! Ta douleur augmentait la mienne. Oui, profitons du seul moyen que nous ayons de nous consoler. Arrive tout ce qui pourra, tant que j'aurai cela dans la main, continua-t-elle en me prenant le vit, je ne craindrai pas la mort même. N'appréhende pas qu'on vienne nous interrompre, j'ai retiré la clef; ils ne peuvent entrer qu'en jetant la porte en dedans. Charmé de cette heureuse précaution inspirée par l'amour, je la caressais avec un nouveau plaisir; mon vit, qu'elle tenait toujours dans sa main, était toujours d'une raideur qui l'enchantait. Vite, lui dis-je, mets-le dans ton cher conin; Nicole, que tu me fais languir! Elle ne se pressait pas, continuait de serrer mon vit, et paraissait surprise de sa grosseur, qu'elle prenait pour l'effet de ses caresses. Je voulus le mettre moi-même.—Attends, mon cher ami, me répondit-elle en me pressant dans ses bras; laisse-le venir encore plus gros et plus long. Ah! je ne l'ai jamais vu plus beau: est-il augmenté cette nuit! l'abbé n'était pas apparemment si bien partagé que moi des dons de la nature. J'aurais ri de cette pensée de Nicole, si je n'avais pas été en humeur de faire autre chose.—Ah! que je vais avoir de plaisir! reprit-elle en se le mettant. Pousse, cher ami, pousse! Il n'était pas besoin de me le dire: j'enfonçai, et, m'appesantissant sur sa gorge, sur son sein, je les couvrais de baisers de feu, je restais immobile, j'y mourais.—Fais donc! me dit Nicole, en se remuant avec des transports qui me tirèrent de mon assoupissement extatique; fais donc! Je me mis aussitôt à lui allonger des coups de cul, des coups de vit, qui lui allaient, disait-elle, jusqu'au cœur. Ah! ceux qu'elle me rendait allaient bien plus loin! Ils portaient le feu, ils me lançaient des torrents de délices jusqu'aux parties les plus reculées de mon corps. O décharge! tu es un rayon de la Divinité, ou plutôt n'es-tu pas la Divinité même? Pourquoi ne meurt-on pas dans les transports? La mère du dieu des buveurs ne mourut-elle pas quand Jupiter, cédant à ses instances, la foutit en dieu? car ne vous y méprenez pas, messieurs les mythologistes, ce n'est pas l'appareil, l'éclat, ni la majesté du souverain des cieux, qui ravirent le jour à Sémélé: c'est le foutre embrasé qui sortait de son vit. Mahomet, j'observe ta loi, je suis ton plus fidèle croyant; mais tiens-moi parole; fais-moi jouir pendant mille ans des embrassements continuels du plaisir toujours renaissant de la décharge délicieuse que tu promets à tes fidèles avec tes houris rouges, blanches, vertes, jaunes: la couleur n'y fait rien, que je décharge, c'est tout ce qu'il me faut.

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