Circoncision.
Reading edition
X. Dames, qui avez les oreilles chatouilleuses, de peur de rire, lisez ceci tout bas ou de nuit, durant laquelle la honte dort; & ne vous formalisez, scandalisez, ni estomirez de chose quelconque que trouverez en ces textes & mémoires mêlés de toute sapience, moyens, élémens & enseignemens à bien vivre. Les mélanges que vous trouverez sont survenus, à cause de l'antiquité de ce volume, & des annotations, apostilles & interprétations qui y étoient mises; & le gentilhomme qui le transcrivit, pour votre avancement en toute sagesse, a tout écrit d'une suite, mêlant, sans distinction, glose & texte, ainsi que, quand vous êtes à table, vous qui ne jeûnez pas, vous mangez des viandes prises deçà & delà, selon l'occurrence. Quant aux jeûneurs de carême, ils mangent par couches, comme les bonnes femmes qui mettent des herbes à distiller. Ils mangent le potage, puis des échaudés au beurre frais, des entrées, des pois, des feves, des harengs, des pruneaux, puis le poisson, puis le dessert, & tout à cause du jeûne. Je vous assure que ce livre étoit simple & net, beau comme le jour, ainsi qu'il est encore, bien qu'il soit pêlemêlé de notes & considérations, à la façon du bon homme Guyon qui, à l'âge de cent ans, se mit à vivre capuchinement. Il avoit été page de chez le roi; puis il etudia, fut à la guerre, se fit cordelier, s'en retira pour être huguenot, se fit savant, devint ministre, mangea tout, puis se mit à demander sa vie. On lui donnoit de tout ce qu'il lui falloit, qu'il mettoit en son écuelle, pain, chair, soupe, potage, vin, sert, dessert ensemble. Et on lui disoit: pourquoi ne mangez-vous & beuvez d'ordre & à part? Ha, ha, disoit-il, lourdaut, mon ami, puisqu'ils se doivent mêler au ventre, il n'y a point de danger de lui envoyer tout déja mêlé. De même ceci doit être mêlé en votre cervelle: il le vous faut bailler tout mêlé. Le personnage, qui vous produit en tout honneur ces saints mémoires de perfection a pensé que le texte ne valoit pas mieux que le commentaire; par quoi il les a fait aller ensemble. Doncques, soit que vous les lisiez ou non, ou que vous commenciez ici ou là, n'importe; ce livre est, partout, plein de fideles instructions & sens parfait, tellement que c'est tout un, par où vous le lisiez. Il est un globe d'infinie doctrine; & il y a autant à apprendre dans un lieu qu'en l'autre; en cette sorte-ci qu'en celle-là: il n'y a ligne, endroit, ou passage (afin de parler niaisement aussi-bien que les doctes) qui ne soit tout farci de science mystigorique & concluante. Qu'ainsi ne soit: le prieur du Vau-de-vire, lequel vivoit du tems des Anglois: (il en vit encore de ce tems, ainsi que m'a assuré le gardien des cordeliers qui m'a dit, qu'il y avoit encore des Anglois) ce bon prieur avoit fait une grande annonciation sur ce mot cela, sur-tout à cause de la considération de la soudure des membres d'amour, ou des membres de la soudure d'amour, ajoutant, comme il se trouve ès vieux exemplaires grecs & hébrieux, qui sont au Vatican & à Londres, ce qui s'ensuit. C'est une chose étrange de la différence des hommes & des femmes: si une femme l'a petit, elle ne fera point de difficulté de le montrer, & ne se souciera guere qu'on le voie, parce qu'il sera le petit mignon d'amourettes. Mais celle qui l'aura se dilatant en grandeur, jamais n'en permettra la vue, de crainte qu'on voie son ignominie. Voyez les hommes qui se baignent, & qui n'ont guere de différence masculine; c'est-à-dire, qui sont mal envitaillés. Ils ont infiniment de la peine à le cacher; ils mettent devant mains, chemise, chapeau, chausses; encore, s'ils pouvoient prendre la lune, ils la mettroient devant leurs harnois, tant ils craignent qu'on sache le peu qu'ils ont d'outil à faire la belle joie, honteux de leur peu de bien. Au contraire, ceux qui en ont une belle venue, ils la recommandent & commettent à nature, pour la faire voir ou la cacher; ils en sont si libéraux. Aussi de fait, la libéralité convient mieux à un homme riche qu'à un pauvre; joint que l'âge, comme ils le croient, doit donner de la discrétion à leur chose, pour se cacher, s'il en est besoin, comme le pensoit & faisoit bien la belle Hipolite, qui, un jour d'hiver que nous étions auprès du feu, madame sa mere y étoit en sa chaise, tournée vers la table, écrivant ou faisant autre semblable exercice; nous vetillons près le feu; & la belle, pour se chauffer, haussa un peu la cuisse & sa chemise, pour faire convoitison, parce qu'elle y avoit froid: dont je m'étonne, parce qu'il fait bien chaud là où il ne fit jamais froid, & où il y a toujours du feu. Je lui dis: belle, cachez votre cela. Elle me dit: qu'est-ce que mon cela? C'est votre minon. Qu'est-ce que mon minon? C'est votre petiot de lectation. Qu'est ce que mon petiot de lectation? C'est celui qui a perdu de l'argent. Qu'est-ce qui a perdu de l'argent? C'est celui qui regarde contre bas. Qui est celui qui regarde contre bas? C'est votre petit crot à faire bon, bon. Qu'est-ce que mon petit crot à faire bon, bon? C'est votre chose. Qu'est-ce que mon chose? c'est votre con. Qu'est ce, qu'est-ce? je le dirai à madame. Madame se revirant, dit: je l'entends bien; vous êtes une sotte; que ne le cachez-vous? Hipolite répond, qu'il se cache, s'il a honte; il est aussi vieil que moi. Plutarque étoit au bout de la table, qui écrivoit ses morales, qui nous tença en riant; (aussi je crois que c'étoit à petit semblant) & nous dit: il n'est pas séant de nommer à nud les parties honteuses; & pour cause. C'étoit pour voir ce que je lui répondrois; ce que je fis aussi bien: Signor mio, sur ma fe, je deviendrai sage; je prends en gré & fort honnêtement votre admonition; vous la faites & dites de bonne grace; vous n'en usez pas comme ces docteurs qui, ne sachant que répondre, viennent aux injures, & puis veulent s'immiscer à faire des remontrances flasques comme une caillette froide. Je prendrai garde à nommer ceci & cela. J'imiterai Platon, quand je parlerai de l'endéléchie, (j'ai pensé dire de l'endroit où l'on chie) & grand jointure du corps & de ses environs; je nommerai le cul derriere ou fondement; ou l'un, d'autant qu'il est un, & qu'il ne peut y avoir en un corps deux culs, non plus que deux papes à Rome, & que le cul est tellement uni de ses deux fesses, que miraculeusement il n'est qu'un, non plus qu'une mitre n'est qu'une mitre, encore qu'elle ait deux cornes. Je dirai doncques l'un; & celui d'auprès, je le nommerai l'autre, d'autant que l'un sans l'autre n'agissent point en nature ès productions génératives. Ainsi je disposerai les secrets, afin qu'ils ne soient entendus que de ceux qui ont bon nez, lesquels, par ce moyen, sous cette plaisante escorte, chercheront le noyau qui est caché en l'un & en l'autre. Cependant je vous avertis, (& ne vous en déplaise; un sage conseille bien un fou) il ne faut pas toujours dire ces parties là honteuses, d'autant qu'elles ne le sont que par accident: &, faisant autrement, vous feriez tort à nature, qui n'a rien fait de honteux. Ces parties là sont secrettes, nobles, desirables, mignonnes & exquises, comme l'or que l'on cache. Il est vrai qu'elles peuvent devenir honteuses, & le sont, quand il leur survient une belle petite écrevisse de mer; (c'est-à-dire un chancre) ou qu'auprès d'elles sont logés de jeunes chevaux; (ce sont poulains) ou qu'une joyeuse chaude-pisse les tient en humeur. C'est alors que tels membres sont honteux: &, ce qui est encore pis au ceci d'un homme, & qui le rend du tout honteux & mélancolique à bon escient, est quand il a perdu les cimbales de concupiscence, les caisses d'amour, les boulettes de Vénus; le défaut desquelles fait appeller les hommes châtrés. Ceux qui voyoient tantôt la belle Marciole toute nue eussent bien voulu la châtrer, c'est-à-dire lui ôter les trébillons d'entre les jambes; il eût fallu premiérement les y mettre. Que le chat fût bien bridé des vôtres, qui riez encore de cette belle fille qui fut mariée; & le contract de son mariage fut passé par devant les deux plus savans notaires de Rouen. Le maître de la rose-rouge en diroit bien ce qu'il en sait; & pource, il envoya quérir ces deux fameux notaires; lesquels laisserent le bon paysan, pour venir à ce riche marchand. Les notaires venus, on leur donna des siéges, & Monsieur de la Rose commanda à sa servante d'apporter ce qu'il lui avoit commandé; notate verba. Servantes, sont celles qui servent chez les gens de bien, d'autant qu'à ce qu'elles disent, chambrieres sont celles qui demeurent avec les prêtres, ou chanoines, pour subvenir à toutes leurs nécessités. Là dessus, Monsieur de la Rose dit à ces Messieurs les notaires, qu'il avoit grand desir de manger des pois passés par devant notaires; partant il les prioit de les voir passer. Sa servante se mit, là devant eux, à les passer. Ces notaires se mutinerent, & se fâcherent, & l'injuriant l'appellerent moqueur, & dirent qu'ils s'en ressentiroient. Ils se prirent aux paroles, jusques à dire qu'ils alloient quérir leurs épées, pour s'aller battre hors la porte. Allez, dit-il, je le veux bien: passez par ici, & m'appellez. Il prend son épée, & se mit à la fenêtre. Incontinent les autres passerent & l'appellerent. Ho, méchant, qui abuses les officiers du roi, viens hardiment. Non ferai, dit-il, je ne suis plus courroucé; je ne vous veux mie tuer.