XXI LE CYCLE PYRÉNÉEN
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GAÏFFER-JORGE, DUC D’AQUITAINE
Au bas d’une muraille on ouvre une tranchée; Les travailleurs, bras nus et la tête penchée, Vont et viennent, fouillant dans l’obscur entonnoir; Sous la pioche, pareille au bec d’un oiseau noir, Le rocher sonne, ainsi que le fer dans la forge; Dur labeur. Gaïffer, qu’on appelle aussi Jorge, Fait creuser un fossé large et profond autour De son donjon, palais de roi, nid de vautour, Forteresse où ce duc, voisin de la tempête, Habite, avec le cri des aigles sur sa tête; On éventre le mont, on défonce le champ; —Creusez! creusez! dit-il aux terrassiers, piochant De l’aube jusqu’à l’heure où le soleil se couche, Je veux faire à ma tour un fossé si farouche Qu’un homme ait le vertige en regardant au fond.— On creuse, et le travail que les ouvriers font Trace au pied des hauts murs un tortueux cratère; Il descend chaque jour plus avant dans la terre; Un terrassier parfois dit:—Seigneur, est-ce assez? Et Gaïffer répond:—Creusez toujours, creusez. Je veux savoir sur quoi ma demeure est bâtie.— Qu’est-ce que Gaïffer? La fauve dynastie Qu’installa, sous un dais fait d’une peau de bœuf, Le patrice Constance en quatre cent dix-neuf, Reçut de Rome en fief la troisième Aquitaine. Aujourd’hui Gaïffer en est le capitaine. De Bayonne à Cahors son pouvoir est subi; Les huit peuples qui sont à l’orient d’Alby, Les quatorze qui sont entre Loire et Garonne, Sont comme les fleurons de sa fière couronne; Auch lui paie un tribut; du Tursan au Marsan Il reçoit un mouton de chaque paysan; Le Roc-Ferrat, ce mont où l’on trouve l’opale, Saint-Sever sur l’Adour, Aire l’épiscopale, Sont à lui; son état touche aux deux océans, Le roi de France entend jusque dans Orléans Le bruit de son épée aiguisée et fourbie Aux montagnes d’Irun et de Fontarabie; Gaïffer a sa cour plénière de barons; La foule, autour de lui, se tait, et les clairons Font un sinistre éclat de triomphe et de fête; Au point du jour, sa tour, dont l’aube teint le faîte, Noire en bas et vermeille en haut, semble un tison Qu’un bras mystérieux lève sur l’horizon; Gaïffer-Jorge est prince, archer et chasseur d’hommes; On le trouve très grand parmi ses majordomes, Ses baillis font sonner sa gloire, et ses prévôts Sont plus qu’à Dieu le père à Gaïffer dévots. Seulement, il a pris, pour élargir sa terre, Aux infants d’Oloron leur ville héréditaire; Mais ces infants étaient de mauvaise santé, Et si jeunes que c’est à peine, en vérité, S’ils ont su qu’on changeait leur couronne en tonsure; De plus son amitié n’est pas toujours très sûre, Il a, pour cent francs d’or, livré son maître Aymon Au noir miramolin, Hécuba le démon; Aymon, ce chevalier dont tout parlait naguère, Avait instruit le duc Gaïffer dans la guerre, Aymon était un fier et bon campéador, Mais Gaïffer était sans le sou, cent francs d’or Font cent mille tomans, et son trésor étique Avait besoin d’un coup de grande politique; Par la vente d’Aymon il a réalisé De quoi pouvoir donner un tournoi, l’an passé, Et bien vivre, et jeter l’argent par la fenêtre; La grandeur veut le faste, il ne convient pas d’être A la fois duc superbe et prince malaisé; Enfin on dit qu’un soir il a, chasseur rusé, Conduit, tout en riant, au fond d’une clairière, Son frère Astolphe, et l’a poignardé par derrière; Mais ils étaient jumeaux, Astolphe un jour pouvait Prétendre au rang ducal dont Jorge se revêt, Et pour la paix publique on peut tuer son frère. Étançonner le sable, ôter l’argile, extraire La brèche et le silex, et murer le talus, C’est rude. Après les huit premiers jours révolus: —Sire, ce fossé passe en profondeur moyenne Tous ceux de Catalogne et tous ceux de Guyenne, Dit le maître ouvrier, vieillard aux blancs cheveux. —Creusez! répond le duc. Je vous l’ai dit. Je veux Voir ce que j’ai sous moi dans la terre profonde.— Huit jours encore on creuse, on sape, on fouille, on sonde; Tout à coup on déterre une pierre, et, plus bas, Un cadavre, et le nom sur le roc: Barabbas. —Creusez, dit Jorge.—On creuse. Au bout d’une semaine Une autre pierre avec une autre forme humaine Perce l’ombre, affreux spectre au fond d’un trou hideux; Et ce cadavre était le plus sombre des deux; Une corde à son cou rampait; une poignée De drachmes d’or sortait de sa main décharnée; Sur la pierre on lisait: Judas.—Creusez toujours! Allez! creusez! cria le duc du haut des tours.— Et le bruit du maçon que le maçon appelle Recommença; la pioche et la hotte et la pelle Plongèrent plus avant qu’aucun mineur ne va. Après huit autres jours de travail, on trouva Soudain, dans la nuit blême où rien n’a plus de forme, Un squelette terrible, et sur son crâne énorme Quatre lettres de feu traçaient ce mot: Caïn. Les pâles fossoyeurs frémirent, et leur main Laissa rouler l’outil dans l’obscurité vide; Mais le duc apparaît, noir sur le ciel livide: —Continuez, dit-il, penché sur le fossé, Allez!—On obéit; et l’un d’eux s’est baissé, Morne esclave, il reprend le pic pesant et frappe, Et la roche sonna comme une chausse-trape; Au second coup la terre obscure retentit; Du trou que fit la pioche une lueur sortit, Lueur qui vint au front heurter la tour superbe, Et fit, sur le talus, flamboyer les brins d’herbe Comme un fourmillement de vipères de feu; On la sentait venir de quelque horrible lieu; Tout le donjon parut sanglant comme un mystère. —Allez! dit Jorge.—Alors on entendit sous terre Une lugubre voix qui disait:—Gaïffer, Ne creuse point plus bas, tu trouverais l’enfer.
MASFERRER
I NEUVIÈME SIÈCLE.—PYRÉNÉES
C’est un funeste siècle et c’est un dur pays. Oh! que d’Herculanums et que de Pompéis Enfouis dans la cendre épaisse de l’histoire! D’horribles rois sont là; la montagne en est noire. Assistés au besoin par ceux du mont Ventoux, Ceux-ci basques, ceux-là catalans, méchants tous, Ils ont de leurs donjons couvert la chaîne entière; Du pertuis de Biscaye au pas de l’Argentière, La guerre gronde, ouvrant ses gueules de dragon Sur toute la Navarre et sur tout l’Aragon; Tout tremble; pas un coin de ravine où ne grince La mâchoire d’un tigre ou la fureur d’un prince; Ils sont maîtres des cols et maîtres des sommets, Ces pays garderont leurs traces à jamais; La tyrannie avec le fer du glaive creuse Sur la terre sa forme et sa figure affreuse; Là ses dents, là son pied monstrueux, là son poing; Linéaments hideux qu’on n’effacera point, Tant avec son épée impérieuse et dure Chaque despote en fait profonde la gravure! Or jamais ces vieux pics pleins de tours, exhaussés De forts ayant le gouffre et la nuit pour fossés, N’ont paru plus mauvais et plus haineux aux hommes Que dans le siècle étrange et funèbre où nous sommes; Ils se dressent, chaos de blocs démesurés; Leur cime, par delà les vallons et les prés, Guette, gêne et menace, à vingt ou trente lieues, Les villes dont au loin on voit les flèches bleues; De quelque chef de bande implacable et trompeur Chacun d’eux est l’abri redouté; leur vapeur Semble empoisonner l’air d’un miasme insalubre; Ils sont la vision colossale et lugubre; La neige et l’ombre font, dans leurs creux entonnoirs, Des pans de linceuls blancs et des plis de draps noirs; L’eau des torrents, éparse et de lueurs frappée, Ressemble aux longs cheveux d’une tête coupée; Dans la brume on dirait que leurs escarpements Sont d’une boucherie encor tiède fumants; Tous ces géants ont l’air de faire dans la nue Quelque exécution sombre qui continue; L’air frémit; le glacier peut-être en larmes fond; Fatals, calmes, muets, et debout dans le fond De la place publique effrayante des plaines, Sur leurs vagues plateaux, sur leurs croupes hautaines, Ils ont tous le carré hideux des castillos, Comme des échafauds qui portent des billots.
II TERREUR DES PLAINES
Certes, c’est ténébreux; et, devant deux provinces, Devant deux gras pays, un tel réseau de princes N’attache pas pour rien des mailles et des nœuds Et des fils aux pitons des pics vertigineux; C’est dans un but qu’armés et tenant deux rivages, D’affreux chefs, hérissés de couronnes sauvages, Barrant l’isthme espagnol de l’une à l’autre mer, Aux pointes des granits, dans le vent, dans l’éclair, Sur la montagne d’ombre et d’aurore baignée, Accrochent cette toile énorme d’araignée. Comme en Grèce jadis les chefs thessaliens, Ils tiennent tout, la terre et l’homme, en leurs liens; Pas une triste ville au loin qui ne frissonne; Vaillante, on la saccage, et lâche, on la rançonne; Pour dernier mot le meurtre; ils battent sans remord Monnaie à l’effigie infâme de la mort; Ils chassent devant eux les blêmes populaces, Ils sont les grands marcheurs de nuit, rasant les places, Brisant les tours, du mal et du crime ouvriers, Et de la chèvre humaine effrayants chevriers. Être le centre où vient le butin, où ruisselle Un torrent de bijoux, de piastres, de vaisselle; Se faire d’un pays une proie, arrachant Les blés au canton riche et l’or au bourg marchand, C’est beau; voilà leur gloire. Et c’est leur fait, en outre, Quand de quelque chaumière on voit fumer la poutre, Ou quand, vers l’aube, on trouve un pauvre homme dagué, Nu, sanglant, dans le creux d’un bois, au bord d’un gué; Le vol des routes suit le pillage des villes; Car la chose féroce amène aux choses viles. L’été, la bande met à profit la douceur De la saison, voyant dans l’aurore une sœur, Prenant les plus longs jours pour sa sanglante escrime, Et donnant à l’azur un rôle dans le crime; Juin radieux consent à la complicité; C’est l’instant d’appliquer l’échelle à la cité; C’est le moment de battre une muraille en brèche; L’air est tiède, la nuit vient tard, la terre est sèche, La mousse pour dormir fait le roc moins rugueux; Comme le tas de fleurs cache le tas de gueux! Le bruit des pas s’efface au bruit de la cascade; La feuille traître accueille et couvre l’embuscade, L’églantier, pour le piége épaissi tout exprès, Semble ami du sépulcre autant que le cyprès; Aussi, jusqu’à l’hiver,—quoique janvier lui-même Parfois aux attentats prête sa clarté blême,— Ce ne sont que combats, assauts et coups de main. Dès que l’hiver décline, et quand le pont romain, Le sentier, le ravin que les brises caressent, Sous la neige qui fond vaguement reparaissent, Quand la route est possible à des pas hasardeux, Tous ces aventuriers s’assemblent chez l’un d’eux, Noirs, terribles, autour d’un âtre où flambe un chêne. Ils construisent leurs plans pour la saison prochaine; Ils conviennent d’aller à trois, à quatre, à dix, Font quelques mouvements d’ours encore engourdis Et préparent les vols, les meurtres, les descentes; Tandis que les oiseaux, sous les feuilles naissantes, Joyeux, sentant venir les souffles infinis, Commencent à choisir des mousses pour leurs nids. A quoi bon ta splendeur, ô sereine nature, O printemps refaisant tous les ans l’ouverture Du mystérieux temple où la lumière éclôt? A quoi bon le torrent, le lac, le vent, le flot? A quoi bon le soleil, et les doux mois propices Semant à pleines mains les fleurs aux précipices, Les sources et les prés et les oiseaux divins? A quoi bon la beauté charmante des ravins? La fierté du sapin, la grâce de l’érable, Ciel juste! à quoi bon? l’homme étant un misérable, Et mettant, lui qui rampe et qui dure si peu, Le masque de l’enfer sur la face de Dieu! Hélas, hélas, ces monts font peur! leurs fondrières D’un bastion géant semblent les meurtrières; Du crime qui médite ils ont la ride au front. Malheur au peuple, hélas, lorsque l’ombre du mont Tombe sur les forêts ombre de forteresse!
III LES HAUTES TERRES
N’importe, loin des forts dont l’aspect seul oppresse, Quand on peut s’enfoncer entre deux pans de rocs, Et, comme l’ours, l’isard et les puissants aurochs, Entrer dans l’âpreté des hautes solitudes, Le monde primitif reprend ses attitudes, Et, l’homme étant absent, dans l’arbre et le rocher On croit voir les profils d’infini s’ébaucher. Tout est sauvage, inculte, âpre, rauque; on retrouve La montagne, meilleure avec son air de louve Qu’avec l’air scélérat et pensif qu’elle prend Quand elle prête au mal son gouffre et son torrent, S’associe aux fureurs que la guerre combine, Et devient des forfaits de l’homme concubine. Grands asiles! le gave erre à plis écumants; La sapinière pend dans les escarpements; Les églises n’ont pas d’obscurité qui vaille Ce mystère où le temps, dur bûcheron, travaille; Le pied humain n’entrant point là, ce charpentier Est à l’aise, et choisit dans le taillis entier; On entend l’eau qui roule et la chute éloignée Des mélèzes qu’abat l’invisible cognée. L’homme est de trop; souillé, triste, il est importun A la fleur, à l’azur, au rayon, au parfum; C’est dans les monts, ceux-ci glaciers, ceux-là fournaises, Qu’est le grand sanctuaire effrayant des genèses; On sent que nul vivant ne doit voir à l’œil nu, Et de près, la façon dont s’y prend l’Inconnu, Et comment l’être fait de l’atome la chose; La nuée entre l’ombre et l’homme s’interpose; Si l’on prête l’oreille, on entend le tourment Des tempêtes, des rocs, des feux, de l’élément, La clameur du prodige en gésine, derrière Le brouillard, redoutable et tremblante barrière; L’éclair à chaque instant déchire ce rideau. L’air gronde. Et l’on ne voit pas une goutte d’eau Qui dans ces lieux profonds et rudes s’assoupisse, Ayant, après l’orage, affaire au précipice; Selon le plus ou moins de paresse du vent, Les nuages tardifs s’en vont comme en rêvant, Ou prennent le galop ainsi que des cavales; Tout bourdonne, frémit, rugit; par intervalles Un aigle, dans le bruit des écumes, des cieux, Des vents, des bois, des flots, passe silencieux. L’aigle est le magnanime et sombre solitaire; Il laisse les vautours s’entendre sur la terre, Les chouettes en cercle autour des morts s’asseoir, Les corbeaux se parler dans les plaines le soir; Il se loge tout seul, et songe dans son aire, S’approchant le plus près possible du tonnerre, Dédaigneux des complots et des rassemblements. Il plane immense et libre au seuil des firmaments, Dans les azurs, parmi les profondes nuées, Et ne fait rien à deux que ses petits. Huées De l’abîme, fracas des rocs, cris des torrents, Hurlements convulsifs des grands arbres souffrants, Chocs d’avalanches, l’aigle ignore ces murmures. Donc, au printemps, réveil des rois; trahisons mûres; On parle, on va, l’on vient; les guets-apens sont prêts; Et les villes en bas, tremblantes, loin et près, Pansant leur vieille plaie, arrangeant leur décombre, Écoutent tous ces pas des cyclopes de l’ombre. Éternelle terreur du faible et du petit! Qu’est-ce qu’ils font là-haut, ces rois? On se blottit, On regarde quel point de l’horizon s’allume, On entend le bruit sourd d’on ne sait quelle enclume, On guette ce qui vient, surgit, monte ou descend; Chaque ville en son coin se cache, frémissant Des flammèches que l’air et la nuée apportent Dans ce jaillissement d’étincelles qui sortent Du rude atelier, plein des souffles de l’autan, Où l’on forge le sceptre énorme de Satan.
IV MASFERRER
Or dans ce même temps, du Llobregat à l’Ebre, Du Tage au Cil, un nom, Masferrer, est célèbre; C’est un homme des rocs et des bois, qui vit seul; Il prend l’ombre des monts tragiques pour linceul; Avant d’être avec l’arbre, il était avec l’homme; Comme un loup refusant d’être bête de somme, Fauve, il s’est du milieu des vivants évadé, Au hasard, comme sort du noir cornet le dé; Et maintenant il est dans la montagne immense; Sa zone est le désert redoutable; où commence La semelle des ours marquant dans les chemins Des espèces de pas horribles presque humains, Il est chez lui. Cet être a fui dès son jeune âge. De l’énormité sombre il est le personnage; Il rit, ayant l’azur; ses dents au lieu de pain Cassent l’amande huileuse et rance du sapin; La montagne, acceptant cet homme sur les cimes, Trouve son vaste bond ressemblant aux abîmes, Sa voix, comme les bois et comme les torrents, Sonore, et de l’éclair ses yeux peu différents; De sorte que ces monts et que cette nature Se sentent augmentés presque de sa stature. Il va du col au dôme et du pic au vallon. Le glissement n’est pas connu de son talon; Sa marche n’est jamais plus altière et plus sûre Qu’au bord vertigineux de quelque âpre fissure; Il franchit tout, distance, avalanches, hasards, Tempêtes, précédé d’une fuite d’isards; Hier, il côtoyait Irun; aujourd’hui l’aube Le voit se refléter dans le vert lac de Gaube, Chassant, pêchant, perçant de flèches les hérons, Ou voguant, à défaut de barque et d’avirons, Sur un tronc de sapin qui flotte et qu’il manœuvre Avec le mouvement souple de la couleuvre. Il entre, apparaît, sort, sans qu’on sache par où; S’il veut un pont, il ploie un arbre sur le trou; La façon dont il va le long d’une corniche Fait peur même à l’oiseau qui sur les rocs se niche. A-t-il apprivoisé la rude hostilité Du vent, du pic, du flot à jamais irrité, Et des neiges soufflant en livides bouffées? Oui. Car la sombre pierre oscillante des fées Le salue. Il vit calme et formidable, ayant Avec la ronce et l’ombre et l’éclair flamboyant Et la trombe et l’hiver de farouches concordes. Armé d’un arc, vêtu de peaux, chaussé de cordes, Au-dessus des lieux bas et pestilentiels, Il court dans la nuée et dans les arcs-en-ciels. Il passe sa journée à l’affût, l’arbalète Tendue à la cigogne, au gerfaut, à l’alète, Suit l’isard, ou, pensif, s’accoude aux parapets Des gouffres sur les lacs et les halliers épais, Et songe dans les rocs que le lierre tapisse, Tandis que cet enfer qu’on nomme précipice, Faisant vociférer l’eau dans le gave amer, Dans la forêt la terre et dans l’ouragan l’air, Emploie à blasphémer trois langues différentes. Avec leurs rameaux d’or et leurs fleurs amarantes, La lande et la bruyère au reflet velouté Lui brodent des tapis gigantesques l’été. Pour la terre, il s’éloigne, et, pour l’astre, il s’approche. Il avait commencé par bâtir sur la roche, A la mode des rois construisant des donjons, Un bouge qu’il avait couvert d’un toit de joncs, Ayant l’escarpement pour joie et pour défense; Car l’abîme l’enivre, et depuis son enfance Qu’il erre plein d’extase et de sublime ennui, Il cherche on ne sait quoi de grand qui soit à lui Dans ces immensités favorables à l’aigle. L’ouragan emporta sa cabane.—Espiègle! Dit l’homme, en regardant son vieux toit chassieux S’en aller à travers les foudres dans les cieux. A cette heure, parmi les crevasses bourrues Pleines du tournoiement des milans et des grues, Un repaire, ébauchant une ogive au milieu D’une haute paroi toute de marbre bleu, Souterrain pour le loup, aérien pour l’aigle, Est son gîte; le houx, l’épi barbu du seigle, L’ortie et le chiendent encombrent l’antre obscur, Sorte de trou hideux dans un monstrueux mur; Au-dessus du repaire, au haut du mur de marbre, Se tord et se hérisse une hydre de troncs d’arbre; Cette espèce de bête immobile lui sert A retrouver sa route en ce morne désert; On aperçoit du fond des solitudes vertes Ce nœud de cous dressés et de gueules ouvertes, Penché sur l’ombre, ayant pour rage et pour tourment De ne pouvoir jeter au gouffre un aboiement. L’antre est comme enfoui dans les ronces grimpantes; Parfois, au loin, le pied leur manquant sur les pentes, Dans l’entonnoir sans fond des précipices sourds, Comme des gouttes d’encre on voit tomber les ours; Le ravin est si noir que le vent peut à peine Jeter quelque vain râle et quelque vague haleine Dans ce mont, muselière au sinistre aquilon. Un titan enterré dont on voit le talon, Ce dur talon fendu d’une affreuse manière, Voilà l’antre. A côté de la haute tanière, Un gave insensé gronde et bave et coule à flots Dans le gouffre, parmi les pins et les bouleaux; L’antre au bord du torrent s’ouvre sur l’étendue; La chute est au-dessous. Quand la neige fondue Et la pluie ont grossi les cours d’eau, le torrent Monte jusqu’à la grotte, enflé, hurlant, courant, Terrible, avec un bruit d’horreur et de ravage, Et familièrement entre chez ce sauvage; Et lui, laissant frémir les grands arbres pliés, Profite de l’écume et s’y lave les pieds. Dans un grossissement de brume et de fumée, Entouré d’un nuage obscur de renommée, Quoique invisible au fond de ses rocs, mais debout Dans son fantôme allant, venant, dominant tout, Cet homme s’aperçoit de très loin en Espagne. Chacun des rois a pris sa part de la montagne. Fervehan a Lordos, Bermudo Cauterez; Sanche a le Canigo, pic chargé de forêts Que blanchit du matin la clarté baptismale; Padres a la Prexa, Juan tient le Vignemale; Sforon est roi d’Urgel, Blas est roi d’Obité; La part de Masferrer s’appelle Liberté. Pas un plus grand que lui sur ces monts ne se pose. Qu’est-ce que ce géant? C’est un voleur. La chose Est simple; tout colosse a toujours deux côtés; Et les difformités et les sublimités Habitent la montagne ainsi que des voisines. Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. Monstre, jusqu’où? Jamais de pas vils et rampants; Jamais de trahisons, jamais de guets-apens; Masferrer attaquait tout seul des groupes d’hommes. Au pâle rustre allant vendre au marché ses pommes, Il disait: Va! c’est bien! Il laissait volontiers Aux pauvres gens, tremblant la nuit dans les sentiers, Leur âne, leur cochon, leur orge, leur avoine; Mais il se gênait moins avec le sac du moine; Il n’écrasait pas tout dans ce qu’on nomme droit; Si quelqu’un avait faim, si quelqu’un avait froid, Ce n’était pas son nom qui sortait de la plainte; La malédiction, cette voix fauve et sainte, Ne le poursuivait point dans son farouche exil; Aux actions des rois il fronçait le sourcil. Un jour, devant un fait lugubre et sanguinaire: —Ces hommes sont méchants, et plus qu’à l’ordinaire, Cria-t-il. A-t-il donc neigé rouge aujourd’hui?— Les rois déshonoraient la montagne; mais lui N’importunait pas trop l’ombre du grand Pélage. Voilà ce que disaient de lui dans le village Les pâtres de Héas et de l’Aquatonta. Du reste confiant et terrible. Il lutta Tout un jour contre un ours entré dans sa tanière; L’ours, l’ayant habitée à la saison dernière, La voulait; vers le soir l’ours fatigué râla. —Soit, nous continuerons demain matin. Dors là, Dit l’homme. Il ajouta:—Fais un pas! je t’assomme! Puis s’endormit. Au jour, l’ours, sans réveiller l’homme, Et se souciant peu de la suite, partit.
V LE CASTILLO
Noir ravin. Hors un coin vivant où retentit Dans la forêt le son des buccins et des sistres, Tout est désert. Halliers, bruit de feuilles sinistres, Tristesse, immensité; c’est un de ces lieux-là Où se trouvait Caïn lorsque Dieu l’appela. Le Caïn qui se cache en cette ombre est de pierre, C’est un donjon. Des gueux à la longue rapière Le gardent; des soudards sur ses tours font le guet. Il date du temps rude où Rollon naviguait. A quelque heure du jour qu’on le voie, il effraie; Quelque couleur qu’il prenne, il convient à l’orfraie; S’il est noir, c’est la nuit; s’il est blanc, c’est l’hiver. L’archer fourmille là comme au cercueil le ver. Dans la tour, une salle aux murailles très hautes. Avec ses grands arceaux qui sont comme des côtes, Cette salle, où pétille un brasier frémissant, Écarlate de flamme, a l’air rouge de sang. Ouvrez Léviathan, ce sera là son ventre. Cette salle est un lieu de rendez-vous. Au centre, Autour d’un tréteau vaste où fument tous les mets, Perdrix, pluviers, chevreuils tués sur les sommets, Mouton d’Anjou, pourceau d’Ardenne ou de Belgique, Des hommes radieux font un groupe tragique; Ces hommes sont assis, parlant, buvant, mangeant, Sur des chaires d’ivoire aux pinacles d’argent, Ou sur des fronts de bœuf, entre les larges cornes. Leur rire monstrueux et fou n’a pas de bornes; Leur splendeur est féroce, et l’on voit sortir d’eux Une sorte de lustre implacable et hideux; Le nœud de perles sert d’agrafe aux peaux de bêtes; Ils sont comme éblouis de guerre et de tempêtes; Tous, le jeune homme blond et le vieillard barbu, Causent, chantent, beaucoup de vin chaud étant bu, De la fin du repas la nappe ayant les rides; Chasseurs vertigineux ou bûcherons splendides, Chacun a sa cognée et chacun a son cor; L’âtre fait flamboyer leurs torses couverts d’or; La flamme empourpre, autour de la table fournaise, Ces hommes écaillés de lumière et de braise, Étranges, triomphants, gais, funèbres, vermeils; D’un ciel qui serait tombe ils seraient les soleils. Ce sont les rois, Ce sont les princes de l’embûche Gigantesque où le nord de l’Espagne trébuche, Les seigneurs du glacier, du pic et du torrent, Les vastes charpentiers de l’abatage en grand, Les dieux, les noirs souffleurs des trompes titaniques D’où sortent les terreurs, les fuites, les paniques. Germes du maître altier que l’avenir construit, Semences du grand trône encor couvert de nuit, Grains de ce qui sera plus tard le roi d’Espagne, Ils sont là. C’est Pancho que la crainte accompagne, Genialis, Sforon qu’Urgel a pour fardeau, Gildebrand, Egina, Pervehan, Bermudo, Juan, Blas le Captieux, Sanche le Fratricide; Le vieux tigre, Vasco Tête-Blanche, préside. Près de lui, deux géants, Padres et Tarifet; L’armure de ceux-ci, dans les récits qu’on fait, Avec le plomb bouillant de l’enfer est soudée, Et les clous des brassards sont longs d’une coudée. Au bas bout de la table est Gil, prince de Gor, En huque rouge avec la chapeline d’or. Cependant le haillon sur leur pourpre se fronce; Ce sont des majestés qui marchent dans la ronce; La montagne est là toute avec son fauve effroi, Ils sont déguenillés et couronnés; tel roi Qui commence en fleurons finit en alpargates. Vases, meubles, émaux, onyx, rubis, agates, Argenterie, écrins étincelants, rouleaux D’étoffes, se mêlant l’un à l’autre à longs flots, Tout ce qu’on peut voler, tout ce dont on trafique, Fait dans un coin un bloc lugubre et magnifique; Rien n’y manque; ballots apportés là d’hier, Joyaux de femme avec quelque lambeau de chair, Lourds coffres, sacs d’argent; tout ce tas de décombres Qu’on appelle le tas de butin. Dans les ombres Marche et se meut l’armée horrible des sierras; Secouant des tambours, courant, levant les bras, Des femmes, qu’effarouche une sombre allégresse, Avec des regards d’ange et des bonds de tigresse, Tâchant de faire choir les piastres de leur main A force de seins nus, de fard et de carmin, Dansent autour des rois; car ils sont les Mécènes De la jupe effarée et des groupes obscènes. Parmi les femmes, deux, l’une grande aux crins blonds, L’autre petite avec des colliers de doublons, Toutes deux gitanas au flanc couleur de brique, Mêlent une âpre lutte au bolero lubrique; La petite, ployant ses reins, tordant son corps, Rit et raille la grande, et la géante alors Se penche sur la naine avec gloire et furie, Comme une Pyrénée insulte une Asturie. La cheminée, où sont creusés d’étroits grabats, Remplit un pan de mur du haut jusques en bas; On voit sur le fronton saint George, et sur la plaque Le combat d’un satyre avec un brucolaque. Autour de ces rois luit le pillage flagrant. Le deuil, les campagnards par milliers émigrant, La plaine qui frémit, l’horizon qui rougeoie, Les pueblos dévastés et morts, voilà leur joie. C’est de ces noirs seigneurs que la misère sort. Peut-être ce pays serait prospère et fort Si l’on pouvait ôter à l’Espagne l’épine Qu’elle porte au talon et qu’on nomme rapine. De ce dont ils sont fiers plus d’un serait honteux; Ils sont grands sur un fond d’opprobre; devant eux Des parfums allumés fument; cet encens pue. Du reste, arceaux géants, colonnade trapue; Des viandes à des crocs comme dans un charnier; La même joie allant du premier au dernier; Plus de cris que le soir au fond des marécages; D’affreux chiens-loups gardant des captifs dans des cages Dans un angle un gibet; partout le choc brutal Du palais riche, heureux, joyeux, contre l’étal. Les murs ont par endroits des trous où s’enracine Un poing de fer portant un cierge de résine. Vaguement écouté par Blas et Gildebrand, Un pâtre, près du seuil, sur le sistre vibrant, Chante des montagnards la féroce romance; Et des trois madriers brûlant dans l’âtre immense Il sort tout un dragon de flamme, ayant pour frein Une chaîne liée à deux chenets d’airain.
VI UNE ÉLECTION
Cependant les voilà qui causent d’une affaire. Si grands qu’ils soient, la mort entre en leur haute sphère; Guy, roi d’Oloron, veuf et sans enfants, est mort. A qui le mont? à qui la ville? à qui le fort? Question. La querelle éclaterait. Mais Sanche: —Paix là! l’heure est mauvaise et notre pouvoir penche; Les villes contre nous font pacte avec les bourgs; Les hommes des hameaux, des vignes, des labours, S’arment pour nous combattre, et la ligue est certaine Du comte de Castille et du duc d’Aquitaine. Est-ce en un tel moment qu’autour de nous groupés, Princes, nos ennemis vont nous voir occupés A nous mordre en rongeant un os dans la montagne? Par Jésus! les démons sont d’accord dans leur bagne; Va-t-on se quereller entre rois dans les cieux? —La dispute est un mal, dit Blas le Captieux, Qui la cherche est félon, qui l’accepte imbécile; Mais comment s’accorder? Sanche dit: —C’est facile. —Qui donc ferais-tu roi d’Oloron? —Masferrer. Ce nom sur tous les fronts passa comme un éclair. —Mes frères, reprit Sanche, il faut songer aux guerres; (Sanche, étant fratricide, aimait ce mot: mes frères.) Et, pardieu, mon avis, le voici: notre cor S’entendrait de plus loin et ferait mieux encor, Et la rumeur, qui sort de nous dans la campagne Et la nuée, irait plus au fond de l’Espagne, Si Masferrer était élu roi d’Oloron, Et si, subitement, dans notre altier clairon Ce voleur engouffrait son souffle formidable. —Mais n’habite-t-il pas un antre inabordable? —Puisqu’il l’aborde, lui? —C’est juste. —Nous voulons, Dit Sanche, tout glacer sous nos rudes talons, Et jeter bas ce peuple et cette ligue infime. Il nous faut de la chute; eh bien, prenons l’abîme? Il nous faut de la glace; eh bien, prenons l’hiver! —Soit, cria Fervehan, nommons roi Masferrer. —J’y consens, dit Sforon, la bête est d’envergure. —Ce serait un roi, certes, et de haute figure, Ajouta Bermudo. —Le sanglier me plaît, Dit Juan. —Mais comme roi, seigneurs, est-il complet? Dit Blas. On passe mal d’une bauge à la tente. —Qu’est-ce donc que tu veux de plus? je m’en contente, Hurla Gil. Je le prends avec ses marcassins, S’il en a. Ce serait, j’en jure par les saints, Quelque chose de grand, d’altier, de salutaire, Et d’égal à l’effet que ferait sur la terre, En s’y dressant soudain, l’ombre de Totila, Si l’on voyait un sceptre entre ces pattes-là! Le vieux Vasco dressa sous le dais de sa chaire Son front blanc éclairé d’une blême torchère: —Il nous faut du renfort. Puisque nous en gagnons En étant de ce gueux quelconque compagnons, Amen, l’homme me va. J’accepte l’épousaille. Mais, princes, qui l’ira chercher dans sa broussaille? —Deux d’entre nous. —C’est dit. Et le sort désigna Le roi Genialis et le duc Agina.
VII LES DEUX PORTE-SCEPTRE
Un torrent effréné roule entre deux falaises; A droite est l’antre; à gauche, au milieu des mélèzes, Un dur sentier fait face au terrier du bandit, Mince corniche au flanc du roc; l’eau qui bondit, L’affreux souffle sortant du gouffre, la colère D’un trou prodigieux et perpendiculaire, Séparent le sentier de l’antre. Pas de pont. Rien. La chute où l’écho tumultueux répond. Les antres, là, sont sûrs; les abîmes les gardent; Les deux escarpements ténébreux se regardent; A peine, en haut, voit-on un frêle jour qui point. La fente épouvantable est étroite à ce point Qu’on pourrait du sentier parler à la caverne; On cause ainsi d’un mur à l’autre de l’Averne. Un sentier, mais jamais de passants. Dans ces monts, Le sol n’est que granits, herbes, glaces, limons; Le cheval y fléchit, la mule s’y déferre; Tout ce que les deux rois envoyés purent faire, Ce fut de pénétrer jusqu’au rude sentier. Parvenus au tournant, où l’antre tout entier, Comme ces noirs tombeaux que les chacals déterrent, Lugubre, apparaissait, les deux rois s’arrêtèrent. Le bandit, que les rois apercevaient dedans, Raccommodait son arc, coupait avec ses dents Les nœuds, de peur qu’un fil sur le bois ne se torde, Songeait, et par moments crachait un bout de corde. L’eau du gave semblait à la hâte s’enfuir. L’homme avait à ses pieds un vieux carquois de cuir Plein de ces dards qui font de loin trembler la cible. On voyait dans un coin sa femelle terrible. Une pierre servait à ce voleur de banc. Alors, haussant la voix, car le gave en tombant Faisait le bruit d’un buffle échappé de l’étable, L’un des deux rois cria dans l’antre redoutable: —Salut, homme, au milieu des gouffres! Devant toi Tu vois Agina, duc, et Genialis, roi; Nous sommes envoyés par Vasco Tête-Blanche, Fervehan, Gildebrand, don Blas, don Juan, don Sanche, Gil, Bermudo, Sforon, et je te dis ceci De la part de ceux-là qui sont des rois aussi: On te donne Oloron, ville dans la montagne; Sois l’un de nous, sois roi; viens; le sceptre se gagne, Tu l’as gagné. Nous rois, nous venons te chercher. Un fils comme toi peut, du haut de son rocher, Entrer parmi les rois de plain-pied, sans démence; C’est à ta liberté que le trône commence. Règne sur Oloron et sur vingt bourgs encor. Tu mettras sur ta tête une tiare d’or, Et ce qu’on nomme vol se nommera conquête; Car rien n’est crime et tout est vertu, sur le faîte; Et ceux qui t’appelaient bandit, t’adoreront. Viens, règne. Nous avons des couronnes au front, Des draps d’or et d’argent à dix onces la vare, Des châteaux, des pays, l’Aragon, la Navarre, Des femmes, des banquets, le monde à nos genoux; Prends ta part. Tout cela t’appartient comme à nous. Entre dans le palais et sors de la tanière, Remplace le nuage, ami, par la lumière; Quitte ta nuit, ton roc, ton haillon, ton torrent, Viens; et sois comme nous un roi superbe et grand, N’ayant rien à ses pieds qui ne soit une fête. Viens. Sans lever les yeux et sans tourner la tête, Le bandit, sur son arc gardant toujours la main, Leur fit signe du doigt de passer leur chemin.
LA PATERNITÉ
Le père a souffleté le fils. Tous deux sont grands. Don Ascagne est le fils. Nager dans les torrents, Dompter l’ours, être un comte âpre et dur comme un rustre, Ce furent là les mœurs de son enfance illustre; Il étonnait les monts où l’éclair retentit Par la grandeur des pas qu’il faisait tout petit; Il risquait, par-dessus maint gouffre redoutable, Des sauts de chevrier, de l’air d’un connétable; Il n’avait pas vingt ans qu’il avait déjà pris Tout le pays qui va d’Irun à Lojariz, Et Tormez, et Sangra, cité des sycomores, Et détruit sur les bords du Zaban cinq rois maures. Le père est Jayme; il est plus formidable encor; Tell eût voulu léguer son arc, Roland son cor, Hercule sa massue à ce comte superbe. Ce que le titan chauve est à l’archange imberbe, Don Jayme l’est à don Ascagne; il a blanchi; Il neige sur un mont qu’on n’a jamais franchi, Et l’âge atteint le front que nul roi n’a pu vaincre. La mer parfois s’arrête et se laisse convaincre Par la dune ou l’écueil, et s’abaisse et décroît, Mais Jayme n’a jamais reculé dans son droit Et toujours il a fait son devoir d’être libre; Ses vieux monts qu’envieraient les collines du Tibre Sur l’horizon brumeux de loin sont aperçus, Et sa tour sur les monts, et son âme au-dessus. Jayme a chassé Kernoch, pirate de Bretagne. Il verrait Annibal attaquer sa montagne Qu’il dirait: me voilà! rien ne le surprenant. Il habite un pays sauvage et frissonnant; L’orage est éternel sur son château farouche; Les vents dont un courroux difforme emplit la bouche Y soufflent et s’y font une âpre guerre entre eux, Et sur ses tours la pluie en longs fils ténébreux Tombe comme à travers les mille trous d’un crible; Jayme parfois se montre aux ouragans, terrible; Il se dresse entre deux nuages entr’ouverts, Il regarde la foudre et l’autan de travers, Et fronce un tel sourcil que l’ombre est inquiète; Le pâtre voit d’en bas sa haute silhouette Et croit que ce seigneur des monts et des torrents Met le holà parmi ces noirs belligérants. Sa tour est indulgente au lierre parasite. On a recours à lui quand la victoire hésite; Il la décide, ayant une altière façon De pousser l’ennemi derrière l’horizon; Il ne permet aucun pillage sur ses terres; Il est de ceux qui sont au clergé réfractaires; Il est le grand rebelle et le grand justicier; Il a la franchise âpre et claire de l’acier; Ce n’est pas un voleur, il ne veut pas qu’on dise Qu’un noble a droit de prendre aux juifs leur marchandise; Il jure rarement, donne de bons avis, Craint les femmes, dort vite, et les lourds ponts-levis Sont tremblants quand il bat leur chaîne à coups de hache; Il est sans peur, il est sans feinte, il est sans tache, Croit en Dieu, ne ment pas, ne fuit pas, ne hait pas; Les défis qu’on lui jette ont pour lui des appas; Il songe à ses neveux, il songe à ses ancêtres; Quant aux rois, que l’enfer attend, car ils sont traîtres, Il les plaint quelquefois et ne les craint jamais; Quand la loyauté parle, il dit: Je me soumets; Étant baron des monts, il est roi de la plaine; La ville de la soie et celle de la laine, Grenade et Ségovie, ont confiance en lui. Cette gloire hautaine et scrupuleuse a lui Soixante ans, sans coûter une larme à l’Espagne. Chaque fois qu’il annonce une entrée en campagne, Chaque fois que ses feux, piquant l’horizon noir, Clairs dans l’ombre, ont couru de monts en monts le soir, Appels mystérieux flamboyant sur les cimes, Les tragiques vautours et les cygnes sublimes Accourent, voulant voir, quand Jayme a combattu, Les vautours son exploit, les cygnes sa vertu; Car il est bon. Le fils n’est pas un chef vulgaire; Mais le père a souvent pardonné dans la guerre, Ce qui fait que le père est le plus grand des deux. Ils tiennent Reuss, le mont Cantabre dépend d’eux, Ils habitent la case Arcol, tour féodale Faite par don Maldras qui fut un roi vandale Sur un sommet jadis hanté par un dragon; L’Èbre est leur fleuve; au temps des guerres d’Aragon, Ils ont bravé le roi de France Louis onze. Ascagne est fils de Jayme, et Jayme est fils d’Alonze. Qu’est-ce qu’Alonze? Un mort; larve, ombre dans les vents, Fantôme, mais plus grand que ceux qui sont vivants; Il a fait dans son temps des choses inconnues, Et superbes; parfois sa face dans les nues Apparaît; c’est de lui que parlent les vieillards; On l’aperçoit qui rêve au fond des noirs brouillards. Sa statue est au bas de la tour, dans la crypte, Assise sur sa tombe ainsi qu’un dieu d’Égypte, Toute en airain, énorme, et touchant au plafond; Car les sépulcres sont ce que les morts les font, Grands si le mort est grand; si bien que don Alonze Est spectre dans la brume et géant dans le bronze. Voilà quinze cents ans que le monde est chrétien; Les fières mœurs s’en vont; jadis le mal, le bien, Le bon, le beau vivaient dans la chevalerie; L’épée avait fini par être une patrie; On était chevalier comme on est citoyen; Atteindre un juste but par un juste moyen, Être clément au faible, aux puissants incommode, Vaincre, mais rester pur, c’était la vieille mode; Jayme fut de son siècle, Ascagne est de son temps. Les générations mêlent leurs pas flottants; Hélas, souvent un père, en qui brûle une flamme, Dans son fils qui grandit voit décroître son âme. Jadis la guerre, ayant pour loi l’honneur grondeur Et la foi sainte, était terrible avec pudeur; Les paladins étaient à leurs vieux noms fidèles; Les aigles avaient moins de griffes et plus d’ailes; On n’est plus à présent les hommes d’autrefois; On ne voit plus les preux se ruer aux exploits Comme des tourbillons d’âmes impétueuses; On a pour s’attaquer des façons tortueuses Et sûres, dont le Cid, certes, n’eût pas voulu, Et que dédaignerait le lion chevelu; Jadis les courts assauts, maintenant les longs siéges; Et tout s’achève, après les ruses et les piéges, Par le sac des cités en flammes sous les cieux, Et, comme on est moins brave, on est plus furieux; Ce qui fait qu’aujourd’hui les victoires sont noires. Ascagne a désiré franchir des territoires D’Alraz, ville qui doit aux arabes son nom; Il a voulu passer, mais la ville a dit non; Don Ascagne a trouvé la réponse incivile, Et, lance au poing, il a violé cette ville, Lui chevalier, risquant sa part de paradis, Laissant faire aux soldats des choses de bandits; Ils ont enfreint les lois de guerre aragonaises; Des enfants ont été jetés dans les fournaises; Les noirs effondrements mêlés aux tourbillons Ont dévoré la ville, on a crié: Pillons! Et ce meurtre a duré trois jours; puis don Ascagne, Vainqueur, a ramené ses gens dans la montagne Sanglants, riants, joyeux et comptant des profits. Et c’est pourquoi le père a souffleté le fils. Alors le fils a dit:—Je m’en vais. L’ombre est faite Pour les fuites sans fond, et la forêt muette Est une issue obscure où tout s’évanouit. L’insulte est une fronde et nous jette à la nuit. J’ai droit à la colère à mon âge. L’offense, Tombant du père au fils, est la fin de l’enfance. Nul ne répond du gouffre, et, qui s’en va, va loin. L’affront du père, ô bois, je vous prends à témoin, Suffit pour faire entrer le fils en rêverie. Quoi! pour avoir senti gronder ma seigneurie Dans mon âme, devant des manants, pour avoir Ramené comme il sied des vassaux au devoir, Pour quelques vils bourgeois brûlés dans leurs masures, Comte, vous m’avez fait la pire des blessures, Et l’outrage est venu, seigneur, de vous à moi; Et j’ai connu la honte et j’ai connu l’effroi; La honte de l’avoir et l’effroi de le rendre; Et jusqu’à ce moment nul ne m’eût fait comprendre Que je pusse rougir ou trembler. Donc, adieu. Le désert me convient, et l’âpreté du lieu, Quand la bête des bois devient haute et géante, N’est point à ses grands pas farouches malséante; La croissance rend grave et sauvage l’oiseau; Et l’habitude d’être esclave ou lionceau Se perd quand on devient lion ou gentilhomme; L’aiglon qui grandit parle au soleil, et se nomme Et lui dit: Je suis aigle, et, libre et révolté, N’a plus besoin de père, ayant l’immensité. D’ailleurs, qu’est-ce que c’est qu’un père? La fenêtre Que la vie ouvre à l’âme et qu’on appelle naître Est sombre, et quant à moi je n’ai point pardonné A mon père le jour funeste où je suis né. Si je vis, c’est sa faute, et je n’en suis pas cause. Enfin, en admettant qu’on doive quelque chose A l’homme qui nous mit dans ce monde mauvais, Il m’a délié, soit, c’est fini, je m’en vais. Il n’est pas de devoir qu’un outrage n’efface; J’ai désormais la nuit sinistre sur la face; Il ne me convient plus d’être fils de quelqu’un. Je me sens fauve, et voir son père est importun. Je veux être altier, fier, libre, et je ne l’espère Que hors de toi, donjon, que hors de vous, mon père. Je vais dans la sierra que battent les éclairs; Leur cime me ressemble; un souffle est dans les airs, Il m’enlève. Je pars. Toute lumière est morte, Le désert s’ouvre; et l’homme est bienvenu qui porte Chez des monts foudroyés un souvenir d’affront.— Et, cela dit, le fils s’en alla. L’homme est prompt; Et nos rapidités, voix, colères, querelles, Vont au hasard, laissant de l’ombre derrière elles. Ce père aimait ce fils. Du haut de sa maison, Morne, et les yeux fixés sur le pâle horizon, Il regarda celui qui partait disparaître; Puis, quand son fils se fut effacé, le vieux maître Descendit dans la crypte où son père dormait. Le crépuscule froid qu’un soupirail admet Éclairait cette cave, et la voûte était haute. Dans le profond sépulcre il entra comme un hôte. Au fond était assis le grand comte d’airain; Et dans l’obscurité du blême souterrain, Brume livide où l’œil par degrés s’habitue, Flottait le rêve épars autour d’une statue. Le colosse posait ses mains sur ses genoux. Il avait ce regard effrayant des yeux doux Qui peuvent foudroyer quand leur bonté se lasse. Le vague bruit vivant qui sur la terre passe, Chocs, rumeurs, chants d’oiseaux, cris humains, pas perdus, Voix et vents, n’étaient point dans cette ombre entendus, Et l’on eût dit que rien de ce que l’homme écoute, Chante, invoque ou poursuit, n’osait sous cette voûte Pénétrer, tant la tombe est un lieu qui se tait, Et tant le chevalier de bronze méditait. Trois degrés, que n’avait touchés nulle sandale, Exhaussaient la statue au-dessus de la dalle; Don Jayme les monta. Pensif, il contempla Quelque temps la figure auguste assise là, Puis il s’agenouilla comme devant son juge; Puis il sentit, vaincu, comme dans un déluge Une montagne sent l’ascension des flots, Se rompre en son vieux cœur la digue des sanglots. Il cria: —Père! ah Dieu! tu n’es plus sur la terre, Je ne t’ai plus! Comment peut-on quitter son père? Comme on est différent de son fils, ô douleur! Mon père! ô toi le plus terrible, le meilleur, Je viens à toi. Je suis dans ta sombre chapelle, Je tombe à tes genoux, m’entends-tu? Je t’appelle. Tu dois me voir, le bronze ayant d’étranges yeux. Ah! j’ai vécu; je suis un homme glorieux, Un soldat, un vainqueur; mes trompettes altières Ont passé bien des fois par-dessus des frontières; Je marche sur les rois et sur les généraux; Mais je baise tes pieds. Le rêve du héros C’est d’être grand partout et petit chez son père. Le père c’est le toit béni, l’abri prospère, Une lumière d’astre à travers les cyprès, C’est l’honneur, c’est l’orgueil, c’est Dieu qu’on sent tout près. Hélas! le père absent c’est le fils misérable. O toi, l’habitant vrai de la tour vénérable, Géant de la montagne et sire du manoir, Superbement assis devant le grand ciel noir, Occupé du lever de l’aurore éternelle, Comte, baisse un moment ta tranquille prunelle Jusqu’aux vivants, passants confus, roseaux tremblants, Et regarde à tes pieds cet homme en cheveux blancs, Abandonné, tout près du sépulcre, qui pleure, Et qui va désormais songer dans sa demeure, Tandis que les tombeaux seront silencieux Et que le vent profond soufflera dans les cieux. Mon fils sort de chez moi comme un loup d’un repaire Mais est-ce qu’on peut être offensé par son père? Ni le père, ni Dieu n’offensent; châtier C’est aimer; l’Océan superbe reste entier, Quel que soit l’ouragan que les gouffres lui jettent. Et les sérénités éternelles n’admettent Ni d’affront paternel, ni d’outrage divin. Eh quoi, ce mot sacré, la source, serait vain! Ne suis-je pas la branche et n’es-tu pas la tige? Je t’aime. Un père mort, c’est, glorieux prodige, De l’ombre par laquelle on se sent soutenir. La beauté de l’enfance est de ne pas finir. Au-dessus de tout homme, et quoi qu’on puisse faire, Quelqu’un est toujours Dieu, quelqu’un est toujours père. Nous sommes regardés, dans l’âpre nuit du sort, Par des yeux qui se sont étoilés dans la mort. Que n’es-tu là, debout! Comme tu serais maître, Seigneur, guide, gardien, juge! Oh! je voudrais être Ton esclave, t’offrir mon cœur, courber mon front, Et te sentir vivant, fût-ce par un affront! Les avertissements des pères sont farouches Mais bons, et, quel que soit l’éclair dont tu me touches, Tout ce qui vient d’en haut par l’âme est accepté, Et le coup de tonnerre est un coup de clarté. Avoir son père, ô joie! O géant d’un autre âge, Gronde, soufflette-moi, frappe-moi, sois l’outrage, Sois la foudre, mais sois mon père! Sois présent A ma vie, à l’emploi que je fais de ton sang, A tous mes pas, à tous mes songes! Que m’importe De n’être que le chien couché devant ta porte, O monseigneur, pourvu que je te sente là! Ah! c’est vrai, soixante ans la montagne trembla Sous mes pas, et j’ai pris et secoué les princes Nombreux et noirs sous qui râlaient trente provinces; Gil, Vermond, Araül, Barruza, Gaïffer, J’ai tordu dans mes poings tous ces barreaux de fer; J’ai fait tomber du mur les toiles d’araignées, Les prêtres; j’ai mon lot de batailles gagnées Comme un autre; pourtant frappe-moi si j’ai tort! Oui, mon épée est fière et mon donjon est fort, J’ai protégé beaucoup de villes orphelines, J’ai dans mon ombre un tas de tyrans en ruines, Je semble presque un roi tant je suis triomphant; Et je suis un vieillard, mais je suis ton enfant! Ainsi parlait don Jayme en ces caveaux funèbres A son père de bronze assis dans les ténèbres, Fantôme plein de l’âme immense des aïeux; Et pendant qu’il parlait Jayme fermait les yeux; Sa tête était posée, humble et comme abattue, Sur les puissants genoux de la haute statue; Et cet homme, fameux par tant d’altiers défis Et tant de beaux combats, pleurait; l’amour d’un fils Est sans fond, la douleur d’un père est insondable; Il pleurait. Tout à coup,—rien n’est plus formidable Que l’immobilité faisant un mouvement, Le farouche sépulcre est vivant par moment Et le profond sanglot de l’homme le secoue,— Le vieux héros sentit un frisson sur sa joue Que dans l’ombre, d’un geste auguste et souverain, Caressait doucement la grande main d’airain.
TABLE DU TOME DEUXIÈME
Pages.
XIII L’ÉPOPÉE DU VER
L’Épopée du ver 3
XIV LE POËTE AU VER DE TERRE
Le poëte au ver de terre 35
XV LES CHEVALIERS ERRANTS
La terre a vu jadis errer des paladins 39
Le petit roi de Galice 43
I. Le ravin d’Ernula 43
II. Leurs altesses 44
III. Nuño 46
IV. La conversation des infants 49
V. Les soldats continuent de dormir et les infants de causer 52
VI. Quelqu’un 54
VII. Don Ruy le Subtil 58
VIII. Pacheco, Froïla, Rostabat 62
IX. Durandal travaille 68
X. Le crucifix 71
XI. Ce qu’a fait Ruy le Subtil 73
Eviradnus 75
I. Départ de l’aventurier pour l’aventure 75
II. Eviradnus 77
III. Dans la forêt 79
IV. La coutume de Lusace 83
V. La marquise Mahaud 86
VI. Les deux voisins 87
VII. La salle à manger 90
VIII. Ce qu’on y voit encore 93
IX. Bruit que fait le plancher 99
X. Eviradnus immobile 101
XI. Un peu de musique 102
XII. Le grand Joss et le petit Zéno 106
XIII. Ils soupent 109
XIV. Après souper 111
XV. Les oubliettes 116
XVI. Ce qu’ils font devient plus difficile à faire 119
XVII. La massue 126
XVIII. Le jour reparaît 129
XVI LES TRONES D’ORIENT
Zim-Zizimi 133
1453 151
Sultan Mourad 153
Le Bey outragé 167
La chanson des doreurs de proues 169
XVII AVERTISSEMENTS ET CHATIMENTS
Le travail des captifs 177
Homo duplex 181
Verset du Koran 183
L’aigle du casque 185
XVIII L’ITALIE—BATBERT
Les conseillers probes et libres 207
La défiance d’Onfroy 219
La confiance du marquis Fabrice 225
I. Isora de Final.—Fabrice d’Albenga 225
II. Le défaut de la cuirasse 228
III. Aïeul maternel 229
IV. Un seul homme sait où est caché le trésor 232
V. Le corbeau 233
VI. Le père et la mère 235
VII. Joie au château 236
VIII. La toilette d’Isora 237
IX. Joie hors du château 241
X. Suite de la joie 242
XI. Toutes les faims satisfaites 246
XII. Que c’est Fabrice qui est un traître 248
XIII. Silence 249
XIV. Ratbert rend l’enfant à l’aïeul 252
XV. Les deux têtes 257
XVI. Après justice faite 260
XIX WELF, CASTELLAN D’OSBOR
Welf, castellan d’Osbor 263
XX LES QUATRE JOURS D’ELCIIS
Les Quatre jours d’Elciis 293
I. Le premier jour.—Gens de guerre et gens d’église 295
II. Le deuxième jour.—Rois et peuples 315
III. Le troisième jour.—Les catastrophes 325
IV. Le quatrième jour.—Dieu 333
XXI LE CYCLE PYRÉNÉEN
Gaïffer-Jorge, duc d’Aquitaine 341
Masferrer 347
I. Neuvième siècle.—Pyrénées 347
II. Terreur des plaines 349
III. Les hautes terres 352
IV. Masferrer 355
V. Le castillo 361
VI. Une élection 366
VII. Les deux porte-sceptre 370
La paternité 375
4405.—Imp. de l’Édition et de l’Industrie, Montrouge (Seine).—1926.