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L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913

LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE

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Il faut le reconnaître, la diplomatie allemande à Constantinople continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son activité inlassable, par son habileté souple et soutenue, par son opiniâtreté que rien ne rebute, elle vient de réaliser un nouveau succès d'influence, mais cette fois un succès tellement exceptionnel, tellement imprévu, après les déceptions de la guerre, et tellement menaçant aussi pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu émue elle-même et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux, d'en atténuer la portée. Les troupes turques, préparées à l'allemande avant leurs désastres, reçoivent à nouveau, pour présider à leur réorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs! C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un général chef de corps, un général major et cinquante officiers sont envoyés à Constantinople. Et cela ne serait rien encore si le général chef de corps ne recevait un commandement effectif, s'il n'était mis à la tête des troupes mêmes qui, en cas de guerre, défendraient la capitale. En d'autres termes, le général von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'armée, se voit attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore.

Général L. von Sanders. La mission militaire allemande à Constantinople. Photographies Ferid Ibrahim.

Illustration from L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913

L'événement est grave, «plus grave--a-t-on écrit--que tout ce qui vient de se réaliser dans les Balkans». L'Europe s'est inquiétée tout de suite. Mais la Russie devait plus particulièrement et plus violemment s'émouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la Russie méridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est par cet étroit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses exportations. Un état-major étranger maître des forces militaires de Constantinople, c'est la Russie embouteillée dans la mer Noire. C'est la clef de la Méditerranée remise entre des mains allemandes... Contre cette situation, la Russie a protesté auprès du grand vizir, le 13 décembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se sont associées à sa «question» sur les attributions réservées à la mission allemande. Le grand vizir a répondu aux ambassadeurs que les attributions du général allemand ne s'étendraient pas à la défense des Détroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des réalités, la nature même de l'emploi attribué au général Liman von Sanders. La Russie ne paraît pas devoir se contenter de cette déclaration et la discussion reste ouverte.

... Pendant ce temps, la mission s'installe à Constantinople. Elle y est arrivée, le 14, habilement, en appareil modeste. Le général von Sanders et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur grade, et l'ambassade allemande n'était pas à la gare. Après avoir été présenté au grand vizir et reçu par le sultan, le général von Sanders a pris le commandement du 1er corps d'armée; et le vendredi 19 décembre les nouvelles autorités militaires allemandes de la capitale ottomane assistaient au Selamlik.

(Deux pages manquantes.)

Sous l'oeil de la cliente difficile

Illustration from L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913

... deux et trois heures durant, pendant que le Grand Couturier attend l'inspiration qui ne vient pas toujours... Et c'est l'attente patiente, les bras nus et levés, tandis que les ciseaux coupent et taillent dans les bâtis de toile, tandis qu'on épingle, qu'on drape, qu'on découd, qu'on fait et qu'on défait autour de vous ces premières et incertaines «fondations» de ce qui doit être une merveille de robe, mieux qu'une robe: un rêve, un souffle, un rien adorable,--et coûteux... que d'autres porteront...

* * *

Le matin, les mannequins «passent les robes» devant les commissionnaires et les courtiers pour l'étranger. C'est une cérémonie agréable. Le Un essayage. commissionnaire est bon enfant, le plus souvent: et il apporte des bonbons à ces demoiselles. A-t-on jamais vu qu'une demoiselle n'aimât point les bonbons?--L'après-midi, il y a l'essayage, la venue des clientes, les petits travaux de couture... Entre temps, les mannequins vivent dans une petite pièce qui leur est réservée et qu'elles nomment le «cagibi». Elles y demeurent, comme aimées au harem, riant, se reposant, lisant les Aventures de Ronchonnot, ou Zigomar, jouant aux cartes, à pigeon vole, ou à se dire la bonne aventure, ou occupées à rien faire, ce qui est leur distraction la plus usuelle, tandis qu'elles se racontent sans se lasser leurs confidences ou leurs espoirs, leurs chagrins d'amour ou moins encore... Et comme on n'est pas faite, quand on est bien faite, quand on est jeune et jolie, pour rester mannequin toute sa vie, elles envisagent l'avenir...

Illustration from L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913

Les plus sages voudraient devenir vendeuses. Mais, pour être vendeuse, chez le Grand Couturier, il faut parler anglais. Alors, elles vont chez Berlitz, le soir, en attendant qu'un hasard heureux leur permette de passer la Manche. Les plus disgraciées aspirent à être employées aux manutentions. Les plus folles rêvent de théâtre et font des châteaux en Espagne... Et la venue d'une cliente interrompt tous ces papotages, toutes ces espérances:

--Mesdemoiselles, voulez-vous montrer les robes du soir...

Et la théorie des mannequins, soudain revêtus de brocatelles, de satins, de soies, de velours, arrive en tanguant, pour «passer»... C'est la plus jeune d'entre elles, et la plus sage qui passe en premier. Ainsi le veut la tradition, dans certaines maisons... Ça porte bonheur...

Alors, derrière elle, elles se mettent à défiler. Et chacune, à part soi, rêve vaguement au jour bienheureux où elle viendra pour son propre compte chez le Grand Couturier, et, bien au chaud dans ses fourrures qui seront à elle, ce jour-là, demandera, comme la riche cliente devant qui elle passe et qui la regarde, dédaigneuse et difficile, demandera au patron d'hier, au Grand Couturier soudain respectueux et attentif, qu'on veuille bien faire passer devant elle ces demoiselles, avec les plus récentes créations...

ÉMILE HENRIOT

Le président Wilson. Mrs Wilson. M. Francis Bowes Sayre. Mrs. Francis Bowes Sayre. Le mariage de la seconde fille du président Wilson: le groupe des parents et des demoiselles d'honneur.

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