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L'Illustration, No. 3692, 29 Novembre 1913

UNE ÉCOLE MODERNE DANS LE VIEUX PARIS

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C'est le sort des quartiers de l'ancien Paris, si chers à ceux qui aiment les visages du passé, de se modifier chaque année, et de perdre un peu de leur aspect d'autrefois. Faut-il toujours le déplorer? Si leur transformation inspire des regrets légitimes, elle apparaît souvent heureuse, à ne considérer que le bénéfice de la propreté, qui est l'élégance et la raison des villes modernes. Du moins conviendrait-il que les maisons condamnées à disparaître ne périssent point tout entières, et qu'un souvenir précis en restât. Combien de fois souhaiterait-on, au hasard des promenades, de voir rappeler, sur les édifices nouveaux, les monuments et les décors de jadis par des plans qui seraient comme les testaments des vieilles pierres!

Ce voeu, un jeune et très distingué architecte, qui porte avec honneur un nom célèbre, M. Pierre Sardou, l'a compris et réalisé. Chargé de la construction d'une école maternelle, rue Paul-Dubois, il a eu l'excellente idée de faire graver dans la pierre dure polie, sur le mur de clôture, au coin de la rue Dupetit-Thouars et de la rue Gabriel-Vicaire, un plan de l'Enclos du Temple et de ses alentours à la fin du dix-huitième siècle, exactement en 1793, au moment où Louis XVI et la famille royale étaient incarcérés dans la Tour.

Soumis, tout d'abord, à l'approbation de M. Bonifier, directeur des services d'architecture de la Ville, et du comité des Inscriptions parisiennes, le projet séduisit M. F. Hoffbauer, l'éminent vice-président de la commission du Vieux-Paris, dont la collaboration fut précieuse à M. Pierre Sardou. Tous deux, s'aidant des travaux des multiples historiens de la capitale, et des collections du musée Carnavalet, mises à leur disposition par M. Georges Cain, purent établir le tracé du célèbre Enclos, qui permet d'évoquer, devant le bâtiment tout neuf de l'école maternelle, le Marché, sur l'emplacement duquel elle se dresse, le palais du Grand Prieur de France, la Tour, dont une représentation très exacte en bas-relief est figurée dans l'angle du plan, l'église du Temple, si curieuse avec la disposition de sa rotonde, inspirée par l'église Saint-Jean de Jérusalem, les charniers, la Tour de César, le Cloître, la Geôle, restes du moyen âge, la Rotonde, élevée en 1789 et démolie sous le Second Empire, la Fontaine, où, pendant la tragique journée du 3 septembre 1792, on lava la tête de la princesse de Lamballe pour la montrer à la reine, enfin toute cette profusion d'hôtels particuliers, de cours et de maisons qui, à l'époque révolutionnaire, couvraient environ 125 hectares, et formaient une véritable cité de 4.000 habitants: il ne subsiste d'elle aujourd'hui que de rares vestiges, la cour de la Carderie et une partie de l'hôtel de la Trésorerie.

L'école même, officiellement inaugurée cette semaine, est une construction gaie et claire, où la brique domine. Comme décoration principale, M. Pierre Sardou a adopté des sgrafitti figurant des treilles qui supportent des guirlandes de feuillage. Dans le préau, de semblables motifs encadrent des peintures aux sujets agrestes, dues à M. Marcel Magne: la montagne et ses troupeaux, la forêt, les champs, la mer et ses pêcheurs. Ainsi l'architecte a voulu mettre sous les yeux des petits Parisiens les couleurs joyeuses des fleurs, des fruits, de la verdure, le ciel libre et les grands horizons.

L'école maternelle de la rue Paul-Dubois, construite par M. Pierre Sardou sur l'emplacement de l'ancien marché du Temple. Sur le mur de clôture, en pan coupé, est gravé dans la pierre un plan de l'Enclos et de ses alentours tels qu'ils étaient en 1793.--Phot. Trosley.

Illustration from L'Illustration, No. 3692, 29 Novembre 1913
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