← Table of contents
L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

Reading edition

Suffragettes

M. Philippe Millet, qui vient d'écrire un livre si fin, si vrai, si ingénieusement spirituel sur les suffragettes (2), ne veut cependant pas de mal à ces adversaires--organisés et conscients--du sexe fort. Même, il déplore, en sa préface, que des gens, de plus en plus nombreux, expriment pieusement le souhait de voir fouetter en place publique ces dames agitées. Il s'attendrit, et nous devons le croire sincère, sur le sort des militantes «qui expient aujourd'hui, dans les prisons de Sa Majesté, des délits relativement inoffensifs». Car, vous entendez bien, M Philippe Millet qualifie ces délits de relativement inoffensifs. Et cela vous paraîtrait sans doute d'une redoutable indulgence si ce n'était plutôt d'une inlassable galanterie. Incendier des villas même habitées, anéantir des oeuvres d'art, oublier des bombes dans des établissements publics, ou dans des boîtes aux lettres, se jeter dans les jambes d'un cheval de course et sacrifier sa vie pour faire panacher le jockey du roi, tout cela n'est que jeu de dames, sans conséquence et sans malice. D'avance, M. Millet absout.

Note 2: Jenny s'en va-t-en guerre, Bernard Grasset, éditeur, 3 fr. 50.

Eh bien, lisez le livre de M. Philippe Millet et vous aurez bien sûr cette conviction que Jenny s'en va-t-en guerre ne pardonnera pas de si tôt, elle, à M. Philippe Millet tout le talent qu'il lui consacre. Car, vraiment, si le suffragisme résiste aux coups droits de tant de verve, c'est que le suffragisme est fort, très fort, et qu'il aura raison de la raison des hommes.

Une autre partie du livre de M. Philippe Millet s'intitule «la Mort du Roi». Ce sont encore des scènes anglaises vues et bien vues par un observateur qui sent à merveille le pittoresque populaire de Londres dans le deuil comme dans la joie. «Un Français qui s'arrête sur le trottoir de Londres sourit parfois en regardant passer la foule: il finit toujours, s'il est sincère, par trouver quelque raison d'admirer.» M. Philippe Millet a regardé passer la foule anglaise. Il a souri et n'a point voulu garder pour lui seul ce sourire. Mais, si l'on en juge par la sincérité de son humour, on sent bien qu'il n'a point cessé d'admirer.

Amours d'automne

Le Beau couchant, Au Soleil couchant(3), tels sont les titres presque identiques de deux livres qui, chacun avec sa forme et son art personnels, évoquent le romanesque atténué et tendrement mélancolique des amours d'automne.

Note 3: Plon, éditeur, chaque vol. 3 fr. 50.

Le Beau couchant, de M. Georges Delaquys, fut publié par L'Illustration il y a peu d'années. Nos lecteurs n'ont pas oublié cette aventure, chastement passionnée, de deux âmes d'élite qui, sur le tard, entreprennent de rattacher à la réalité leurs illusions déclinantes sous le couvert de la grave archéologie et se trompent quelque peu l'une l'autre à l'aide de touchants mensonges épistolaires. Il se trouve que la correspondante de M. Gérard Landrillon, préhistorien réputé, engagé au fatal tournant de la cinquantaine, mais peu soucieux de l'avouer, est elle-même une beauté mûrissante, mais peu encline à confesser son âge et que le devoir a confinée dans un intérieur claustral de Provence. Vous devinez que tout s'arrange et qu'il y a pour dénouer l'idylle une rencontre attendrissante. Mais le tableau de ces amours attardées conserve la grâce joliment surannée d'un pastel ancien. Du livre de Mlle Mathilde Alanie: Au Soleil couchant, nous ne pouvons aussi penser que le plus grand bien, puisque deux des sept ou huit exquis petits romans contenus dans ce volume: «Bal blanc» et «la Soutane de l'abbé Constantin», ont été publiés par nous en leur inédit. Dans «Bal blanc», le délicat et charmant écrivain nous explique, avec son tact amusé, l'épanouissement tardif d'un roman de jeunesse.

--Vous êtes, dit le commandant Lafarède à Mlle Aurore Tiercin, vous êtes la première femme que j'ai aimée... Il y a vingt-cinq ans, je vous demandai en mariage. Vous m'auriez accepté si mes intentions vous avaient été transmises... Reprenons les choses au point où elles en sont restées... Mademoiselle Aurore, j'ai l'honneur de solliciter votre main.

Et voici que là encore la vie, après un long arrêt, recommence avec l'amour. Ces amours d'automne, les romanciers trop souvent les ont cruellement raillées, car l'automne, disent-ils, n'est plus le temps des amours. Il s'agirait plutôt de s'entendre sur le caractère et la qualité des amours. Les amours d'automne ne sont point les amours de printemps. On ne saurait les humilier par une comparaison ni les diminuer en les soumettant à une mesure. Les amours d'automne sont autre chose, voilà tout! Albéric Cahuet.

Pierre Cusset.--Phot. Pierre.

Illustration from L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings