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L'Illustration, No. 3239, 25 Mars 1905

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Illustration from L'Illustration, No. 3239, 25 Mars 1905

Le «Mercédès C.-P.» (14 mètres, 90 chevaux) Le «Mercédès-Mercédès» (18 mètres, 180 chevaux).

POUR LA COUPE DE LA MÉDITERRANEE. Deux des nouveaux canots automobiles qui vont participer à la Course Alger-Toulon.

LA COUPE DE LA MÉDITERRANÉE.

Après les courses de Paris à la mer et de Calais à Douvres, les promoteurs de la navigation automobile, encouragés, rendus même audacieux par les résultats obtenus, en ont organisé une beaucoup plus importante: la traversée de la Méditerranée, d'Alger à Toulon, qui aura lieu du 1er au 10 mai.

Trois des embarcations qui vont participer à cette grande épreuve ont été mises à l'eau dimanche, aux chantiers Pitre et Cie, près de Maisons-Laffitte. Ce sont trois canots de la même marque: le Mercédès C.-P. (Charley-Pitre, noms du représentant de la marque du moteur et du fabricant de la coque), cruiser de 14 mètres de long; propulsé par 90 chevaux; le Mercédès-Mercédès, croiser de 18 mètres de long, muni de deux moteurs de 90 chevaux chacun et d'un mât de secours; enfin le Mercédès IV, racer de 12 mètres et de 180 chevaux, merveilleux engin de vitesse, mais qui ne doit participer qu'aux courses de Monaco.

Les deux premiers attiraient surtout l'attention: le Mercédès C.-P., avec sa coque aux lignes irréprochables et ponté au point d'être hermétiquement fermé, véritable prototype de la vedette de haute mer, fait pour passer la vague en toute sécurité... et à toute vitesse; le Mercédès-Mercédès, avec son allure de yacht, mais de yacht à marche extra rapide et à grand rayon d'action grâce aux 5.000 litres d'essence qu'il peut emporter comme lest.

Tous ces canots vont être expédiés par chemin de fer à Monte-Carlo pour y être exposés en attendant la date des courses.

Quelques objets fabriqués par les prisonniers japonais en Russie.-- Phot. Bulla.

Illustration from L'Illustration, No. 3239, 25 Mars 1905

Travaux de prisonniers japonais.

L'ingéniosité du peuple nippon est proverbiale et l'on sait quelle minutie, quelle dextérité, ses artisans comme ses artistes apportent à la confection du bibelot, où ils sont passés maîtres. La pratique intensive du métier des armes, l'éloignement de leur pays, auraient pu faire perdre à ceux-ci le goût et la main: il n'en est rien, paraît-il, ainsi qu'en témoignent les objets fabriqués par des prisonniers japonais internés au village de Medvjef, gouvernement de Novgorod. Seulement, et voilà bien un signe des temps,-il est à remarquer qu'en consacrant leurs loisirs forcés à ces menus travaux de patience, ils ont donné presque exclusivement la préférence aux sujets belliqueux. Dans la collection dont nous reproduisons les spécimens, à part une ou deux statuettes sculptées suivant la tradition de l'art national ancien, ce ne sont que modèles réduits de modernes engins de guerre, cuirassés et torpilleurs en miniature, figurines représentant des soldats et des marins, chaque pièce d'une exactitude et d'une précision étonnantes jusqu'en ses moindres détails. En somme, cette curieuse collection se compose moins de jouets que de documents attestant l'«esprit nouveau» du Japon; et les Russes eux-mêmes l'ont jugée assez suggestive pour l'admettre à l'exposition patriotique de Saint-Pétersbourg.

La culture 8e l'ambidextérité.

Il n'est pas besoin d'insister longuement pour faire valoir les nombreux avantages que présente l'ambidextérité, d'abord au point de vue du développement harmonique des formes du corps et ensuite au point de vue de la suppléance des organes, en cas d'accident.

Les Anglais, gens pratiques, ont si vivement senti ces nombreux avantages qu'ils ont fondé, à Londres, une «Société pour la culture de l'ambidextérité».

Un médecin de Birmingham, sir James Sawyer, faisant une conférence devant cette Société, a même émis cette opinion que l'ambidextérité pouvait rendre des services en mettant à l'abri de certaines affections du cerveau--telles que l'apoplexie par rupture des vaisseaux--l'activité cérébrale se distribuant chez les ambidextres sur une étendue de l'écorce du cerveau plus considérable que chez les personnes qui se servent toujours de la même main.

D'autre part, l'usage fréquent de la main gauche amènerait l'entrée en activité des centres de l'hémisphère droit, qui fonctionneraient concurremment avec leurs homologues gauches.

De cette façon, les ambidextres posséderaient deux centres du langage, pouvant se suppléer l'un l'autre, si bien qu'une lésion de l'un d'eux n'entraînerait pas forcément l'aphasie.

On sait que cette aphasie se produit fatalement chez les droitiers--qui disposent uniquement du centre dit de Broca, situé dans la région frontale de l'hémisphère gauche--quand une hémorragie se produit dans cette région.

Seulement, chaque médaille a son revers; car c'est une loi biologique que le progrès se fait toujours unilatéralement, par le développement exagéré d'un seul côté du corps animal: d'où, par exemple, l'asymétrie des cerveaux les mieux doués. Ne serait-il pas alors à craindre qu'à force de se vouloir développer bilatéralement et harmoniquement on ne perdit en puissance ce qu'on gagnerait en étendue?

Autrement dit, ne vaut-il pas mieux être un brillant orateur, avec son cerveau gauche seulement, qu'un médiocre parleur des deux cotés de son cerveau, dût la redoutable aphasie vous condamner au silence sur la fin de vos jours? C'est à discuter.

Les curiosités du veuvage.

Les statisticiens sont, on le sait, professionnellement indiscrets. Aussi, dans les opérations de l'état civil, ont-ils pris l'habitude de poser mille questions insidieuses et qui n'ont l'air de rien. Le public y répond, tout naturellement, et de la sorte fournit des documents dont quelques-uns sont fort curieux, tels que ceux qui permettent au statisticien de savoir combien de temps, en moyenne, à Paris, dure le veuvage chez les personnes qui ne s'y éternisent point. La plus récente statistique municipale fait voir que la durée du veuvage chez les personnes qui se remarient varie beaucoup: de un à vingt ans et plus encore. Mais les veufs ne se comportent pas comme les veuves. La plupart des veufs se remarient vite, au bout d'un an environ, et cela, qu'ils aient vingt-cinq ou bien soixante-quinze ans. Il y a encore une forte proportion de mariages après deux ans de veuvage, mais pour les veufs de trois et quatre ans, la proportion diminue: le nombre des remariages ne s'élève un peu que chez les veufs de cinq à neuf ans de veuvage. Autrement dit les veufs qui se remarient le font surtout après un an (753 cas), après deux ans (393) et, après, de cinq à neuf ans (341 cas) de veuvage. Ajoutons que les veufs se remarient plus que ne le font les veuves: il y a eu en 1903, à Paris, 2.088 remariages de veufs contre 1.849 remariages de veuves.

Pour ces dernières, la hâte à reprendre le lien conjugal est moins marquée que pour les veufs. Le veuf qui se remarie se remarie surtout au bout d'un an, et, à un moindre degré, après deux ans de veuvage. Les veuves qui se remarient après un an de veuvage sont en faible proportion: elles attendent plutôt deux ans, et de préférence cinq ou dix ans. En 1902, sur 1.849 veuves remariées, 283 avaient plus d'un an de veuvage; 292, de deux ans; 235, de trois ans; 160, de quatre ans, et 526, de cinq à dix ans. La veuve est moins pressée de se remarier, et entre plus rarement dans un second mariage, évidemment. Il en est pourtant qui se remarient à un âge avancé: à soixante-quinze ans et plus, après quinze ou vingt ans de veuvage. Quelques hommes font de même; se remarient à soixante-dix et soixante-quinze ans passés, après plus de vingt ans de veuvage. Tout ceci fait l'éloge du mariage, mais la condition conjugale semble; être plus appréciée de l'homme que de la femme, puisque le veuf est, plus que la veuve, enclin à y entrer de nouveau.

La légende des pygmées.

La légende des pygmées, c'est-à-dire de races humaines naines, a laissé de nombreuses traces dans l'art antique,--en Égypte et en pays latin aussi,--et dans la littérature ancienne. Or il semble bien, d'après les nombreux documents qu'ont réunis deux Allemands, que la légende des pygmées n'est nullement une légende, et que tout ce qu'on a dit, peint, gravé ou moulé au sujet de ces nains est du domaine de la réalité. La preuve la plus forte qu'on puisse donner à l'appui de cette thèse est la découverte, dans différentes stations de l'homme préhistorique, de plusieurs squelettes qui n'ont pu, indubitablement, appartenir qu'à des individus de taille naine. C'est en Suisse, particulièrement, qu'ont été faites ces découvertes de squelettes nains, et il y a une coïncidence intéressante dans ce fait que c'est principalement dans les régions où la tradition populaire parle le plus d'êtres nains qu'on a trouvé les restes incontestables de ceux-ci: en Suisse, en Bretagne, etc.

Mais c'est un fait certain aussi, que l'on trouve des documents artistiques relatifs aux pygmées dans des régions où l'on n'a point encore trouvé de restes de ces derniers. Au centre de la Gaule, d'après un archéologue, M. Déchelette, on trouve beaucoup de poteries sur lesquelles sont figurés des pygmées. Mais, si l'on étudie de près ces poteries, on constate qu'elles ressemblent de façon surprenante à celles que les Romains fabriquaient à Arezza. Il est très probable que les poteries d'origine romaine introduites en Gaule par les conquérants romains ont été copiées par les Celtes-Romains qui ne demandaient pas mieux, sans doute, que de perpétuer une tradition qui était venue jusqu'à eux et à laquelle ils croyaient volontiers.

Le mariage de M. Marconi.

Miss Béatrice O'Brien. La semaine dernière, a été célébré, à Londres, le mariage de M. Marconi avec miss Béatrice O'Brien, fille de feu lord Inchiquin. M. Guglielmo Marconi, dont le nom universellement célèbre restera attaché à une des plus curieuses et des plus importantes inventions modernes, la télégraphie sans fil, n'a que M. Marconi.

Illustration from L'Illustration, No. 3239, 25 Mars 1905
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trente ans. Né à Bologne, en 1870, d'un père italien et d'une mère irlandaise, il venait se fixer en Angleterre vers sa vingtième année et ne tardait pas à se signaler par ses travaux scientifiques. Ce fut en 1899 qu'il transmit son premier message télégraphique à travers la Manche, entre Douvres et Boulogne; depuis, son système n'a fait que progresser; il en a réalisé l'application à la transmission des dépêches à grande distance, et plusieurs marines européennes ont adopté ses appareils.

Quant à la mariée, elle est issue d'un illustre clan irlandais et compte, avec la famille du maréchal de Mac-Mahon, de nombreux ancêtres communs. L'ascendance royale des Inchiquin a été formellement reconnue par les souverains de la Grande-Bretagne et le chef de cette antique maison jouit encore d'un curieux privilège; il a le droit de faire revêtir à ses serviteurs la livrée écarlate réservée aux gens du roi. L'honourable Béatrice O'Brien, qui a lieu d'être fière de ses origines, a pensé justement qu'elle ne pouvait déchoir en alliant ses titres de noblesse aux titres de gloire du jeune inventeur.

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