PREMIÈRE PARTIE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE
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CHAPITRE PREMIER INFLUENCE DE LA COUPOLE SUR L’ARCHITECTURE DITE GOTHIQUE.
La coupole, sous sa forme symbolique, est l’œuf d’où est sorti un système architectonique qui a causé une révolution des plus fécondes dans le domaine de l’art[2].
L’architecture dite gothique ne s’est pas manifestée spontanément et par une sorte de miracle. Comme toute œuvre humaine, elle a eu une fin qu’il est possible de constater; mais il est moins facile de fixer son commencement, même par une date approximative. Son origine se confond avec une période architecturale antérieure qui a préparé son avènement par une évolution et une transformation ininterrompues.
Les coupoles de Saint-Front ne sont pas une imitation de celles de Saint-Marc à Venise, car elles procèdent toutes de l’église bâtie par Justinien à Constantinople et dédiée aux saints Apôtres[3]. Ce qui est d’abord une importation en Aquitaine, par la forme, devient ensuite une œuvre originale par les particularités de la construction. Les architectes résolurent alors un merveilleux problème en établissant cet admirable principe architectonique qui consiste à reporter les charges des voûtes sur quatre points d’appui solidarisés par des pendentifs.
La construction des coupoles de Saint-Front, en pierre appareillée, fut à cette époque un événement considérable dans une contrée réputée comme le pays même de l’architecture et dans lequel les principes gallo-romains s’étaient le mieux conservés[4]. Aussi, dès la fin du XIᵉ siècle, de grandes églises abbatiales s’élevèrent-elles dans les provinces voisines, à l’exemple de celle de Saint-Front.
Cependant, tout en acceptant les principes nouveaux, les architectes du temps s’ingénièrent à les perfectionner; leurs efforts sont visibles et il est possible de constater le succès dans les premières années du XIIᵉ siècle. L’église d’Angoulême et celle de Fontevrault, entre autres, en donnent la preuve évidente. «On sent la préoccupation constante des constructeurs romans cherchant à diminuer les énormes masses des églises à coupoles primitives par une répartition plus pondérée et mieux entendue des poussées et des résistances, et en accusant ces points principaux par des contreforts qui commencent à saillir sur les faces extérieures de l’édifice[5].»
Le nouveau système de construction se propagea rapidement en s’affinant, en se perfectionnant, surtout en Anjou et dans le Maine. Les architectes des richissimes abbayes de ces provinces, puissantes par elles-mêmes et par leurs relations avec le monde religieux si fortement organisé en ce temps, perfectionnèrent encore les méthodes de l’école aquitaine. Ils transformèrent les pendentifs des coupoles en arcs indépendants ayant exactement les mêmes fonctions, découvrant logiquement un principe architectonique d’une simplicité étonnante, dont le succès fut si rapide que, dès le milieu du XIIᵉ siècle, il était appliqué systématiquement pour la construction des grandes églises à Angers, à Laval et à Poitiers.
Les travaux des architectes angevins furent nécessairement connus de leurs confrères du Nord, qui cherchaient, comme tous les constructeurs à cette époque, la solution parfaite de la grande question des voûtes. Les architectes de l’Ile-de-France, avec leur adresse professionnelle si particulièrement ingénieuse, s’approprièrent rapidement le système angevin et l’appliquèrent à la construction de leurs églises, grandes et petites, toutes bâties suivant les traditions basilicales, c’est-à-dire à trois et même à cinq nefs.
La coupole aquitaine en pierre appareillée a donc exercé une influence absolument directe sur l’architecture dite gothique, puisqu’elle a donné naissance à la croisée d’ogives, qui en est le principal caractère. Cette influence s’est manifestée d’abord dans la disposition générale des édifices à une seule nef, procédant directement de la coupole et voûtée sur des croisées d’ogives, puis dans les grandes églises, abbatiales ou cathédrales, bâties suivant les traditions basilicales et toutes voûtées de même.
Angers et Laval donnent des exemples originels des églises dont les travées sur plan carré sont voûtées sur des croisées d’ogives, qui remplacent désormais les pendentifs des coupoles.
L’église abbatiale de Noyon montre l’application de ce principe, nouveau au XIIᵉ siècle, aux églises à plusieurs nefs construites par les architectes du Nord. Les voûtes—primitives[6]—de Noyon étaient disposées sur plan carré; les arcs-ogifs, ou croisées d’ogives, reliaient diagonalement les piliers principaux et l’effort de ces arcs-ogifs était soulagé par un arc-doubleau, de secours pour ainsi dire, reposant sur des piles secondaires accusées à l’extérieur par des contreforts moins saillants que ceux des piliers principaux, et à l’intérieur par une colonne recevant les archivoltes latérales unissant les piles principales.
Ce système de construction, dont le principe a été appliqué, logiquement à Noyon par exemple, n’existe plus qu’à l’état traditionnel dans les grandes églises de Laon, les cathédrales de Paris, de Sens et de Bourges, pour ne citer que les principales et sans parler des innombrables églises édifiées suivant ces principes dans toute l’Europe occidentale. Dans ces grandes cathédrales les voûtes sont encore sur plan carré, jusqu’à l’adoption par les architectes, dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, des travées égales voûtées sur plan rectangulaire et marquées, extérieurement et intérieurement, par des saillies et des piles égales, comme à Amiens, à Reims et dans un grand nombre d’édifices élevés depuis cette époque.
L’influence de la coupole sur l’architecture dite gothique est donc certaine. La vérité même se manifeste par les monuments qui existent encore et dont l’étude fournit les documents lapidaires les plus incontestables[7]. Il faut faire connaître cette vérité, non seulement pour obtenir une satisfaction archéologique, mais surtout pour démontrer de nouveau que la filiation existant depuis l’antiquité jusqu’à la période dite romane se continue certainement entre celle-ci et l’architecture dite gothique. Elle s’établit directement dans cette dernière période par la coupole de l’Aquitaine dont procèdent celles de l’Angoumois, qui donnent naissance en Anjou à la croisée d’ogives, précédant l’invention ou l’application de l’arc-boutant, qui est à son tour le point de départ d’une évolution nouvelle.
CHAPITRE II ORIGINE DE LA CROISÉE D’OGIVES.
Dès le XIᵉ siècle on construisait des églises à une ou à plusieurs nefs et, la plupart du temps, pour ces dernières, les bas côtés seuls étaient voûtés d’arêtes, la nef principale étant couverte par une charpente. Puis on voûta les trois nefs, celles des bas côtés en voûtes d’arêtes ou en demi-berceaux continus destinés à contrebuter la nef centrale voûtée en berceau plein cintre, renforcée par des doubleaux saillants, et elles furent abritées par un comble s’étendant sur les trois vaisseaux. Ces édifices, timidement et lourdement construits, n’étaient qu’une imitation des basiliques romaines; ils avaient l’inconvénient d’être étroits, pour plus de sûreté, et sombres, parce qu’ils n’étaient plus éclairés dans la partie supérieure. Les architectes du moyen âge connaissaient donc, bien avant l’apparition de la coupole, la voûte en berceau et la voûte d’arêtes; cette dernière formée, suivant la tradition, par la pénétration de deux demi-berceaux. Ils avaient même essayé d’en perfectionner la construction en renforçant par une nervure saillante la courbe de pénétration, qui donne une ellipse ou un arc surbaissé. Mais ce nerf était simplement décoratif, car, dans la voûte romaine, l’arêtier en pierre, nervé ou non, est solidaire des maçonneries de remplissage au milieu desquelles il est noyé et dont il suit passivement les mouvements.
Par conséquent, il n’est pas possible, comme on l’a dit, de trouver dans la voûte d’arêtes romaine le germe de l’arc-ogif ou croisée d’ogives dont les fonctions sont essentiellement actives.
C’est dans la coupole de Saint-Front, construite en pierre appareillée, vers le milieu du XIᵉ siècle, et c’est principalement dans les pendentifs de la coupole, construits comme elle en pierre appareillée, qu’il faut chercher et trouver l’origine de l’arc-ogif ou croisée d’ogives.
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Fig. 1.—Plan d’une des coupoles de l’église abbatiale de Saint-Front, à Périgueux.
La figure 1 donne le plan d’une des coupoles de Saint-Front; elle se compose de quatre arcs-doubleaux puissants retombant sur quatre piliers reliés par des pendentifs (fig. 2 et 3), passant des angles rentrants du plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire solidement établi, chacune des assises concentriques formant claveau qui réunit les clefs des arcs-doubleaux et reçoit la voûte en coupole qui les couronne; ce système ayant pour effet de reporter la charge des voûtes sur les quatre piles.
La figure 3 est la coupe faite sur un des quatre pendentifs d’une des coupoles de Saint-Front et suivant la ligne A B; elle indique la structure du pendentif dont les cinq ou six premières assises, disposées horizontalement
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Fig. 2.—Pendentif (en A) d’une des coupoles de l’église abbatiale de Saint-Front.
et, suivant l’expression technique, en tas de charge, sont taillées suivant les courbes sphériques, le reste des claveaux des pendentifs étant appareillés normalement à ces courbes.
Le voûtement des édifices religieux ayant été la préoccupation constante des architectes du moyen âge et le but de leurs études incessantes, la construction des coupoles de Saint-Front dut être un événement dont le retentissement fut considérable, car, dès la fin du XIᵉ siècle, on éleva un grand nombre d’églises à coupoles qui sont des imitations de l’église mère de Périgueux.
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Fig. 3.—Coupe d’un pendentif sur la diagonale A B du plan figure 1.
La construction des églises d’Angoulême et de Fontevrault[8], dans les premières années du XIIᵉ siècle, indique que les architectes cherchaient à couvrir des espaces de plus en plus vastes suivant les méthodes aquitaines, mais en allégeant les voûtes et, par conséquent, en réduisant les points d’appui et de soutènement.
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Fig. 4.—Plan d’une des coupoles d’Angoulême ou de Fontevrault.
La figure 4 donne le plan d’une des coupoles de l’église d’Angoulême, ou de celle de Fontevrault, qui furent bâties sur un plan identique, sauf le nombre des travées de la nef.
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Fig. 5.—Coupe d’une travée des coupoles d’Angoulême.
La figure 5 indique la coupe d’une travée de ces églises et elle marque la différence considérable qui existe déjà entre la coupole mère de Saint-Front et celles qu’elle avait engendrées. La voûte en coupole sur pendentifs s’affine alors, et on peut bientôt constater un progrès nouveau qui prouve la préoccupation persistante des architectes d’alléger les voûtes.
L’église de Saint-Avit-Senieur, de même que celle de Montagne (Gironde), nous en fournit un exemple des plus utiles à étudier.
La coupole de cet édifice est renforcée par des nervures qui la raidissent; elle devient une voûte annulaire, formée d’assises à peu près horizontales disposées en claveaux, soutenue comme elle le serait à l’aide de cintres permanents en pierre figurés par des nerfs transversaux et diagonaux.
L’église de Saint-Pierre, à Saumur, marque encore un progrès dans la construction des voûtes dérivant de la coupole[9].
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Fig. 6.—Coupe d’une travée de l’église de Saint-Avit-Senieur.
Enfin, les architectes de l’Anjou et du Maine réalisent un perfectionnement décisif. Les pendentifs se transforment en ne conservant que leurs parties utilement actives, qui se manifestent par des arcs-diagonaux, c’est-à-dire par des arcs-ogifs ou croisée d’ogives, saillants et indépendants, qui sont appareillés exactement comme les pendentifs de la coupole (fig. 3) et dont les fonctions sont identiques (fig. 8).
La voûte proprement dite n’est plus formée d’assises concentriques comme dans la coupole mère. Elle est désormais construite en claveaux appareillés normalement à la courbe et remplissant les triangles A B C D (fig. 7) déterminés par les arcs-formerets—latéraux, les arcs-doubleaux—transversaux et les arcs-ogifs—diagonaux ou croisée d’ogives; ces arcs formant une charpente de pierre, une ossature—tout aussi solide, mais plus légère que les pendentifs des coupoles—destinée à soutenir les voûtes en reportant leurs charges sur les quatre points d’appui.
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Fig. 7.—Plan d’une voûte sur arcs-ogifs ou croisée d’ogives.
Les remplissages triangulaires n’emprisonnent plus l’arêtier—plus exactement les arcs-ogifs ou croisée d’ogives—et ne neutralisent plus ses fonctions actives. Au contraire, ces remplissages sont indépendants comme la croisée d’ogives elle-même et ils contribuent à assurer l’élasticité des divers organes de la voûte, condition essentielle de sa solidité. La disposition particulière des arcs-ogifs de la nef d’Angers fournit une preuve incontestable de la filiation directe de cet édifice avec la coupole aquitaine; les claveaux des arcs-ogifs ont comme section une largeur à peu près égale à celle des arcs-doubleaux, et comme hauteur l’épaisseur des voûtes de remplissage, augmentée de la saillie intérieure accusant la fonction de ces arcs diagonaux, qui semblent avoir été tranchés dans les pendentifs d’une coupole—en A de la figure 8—il faut remarquer que les triangles des voûtes de remplissage dont les claveaux sont perpendiculaires aux arcs-doubleaux et formerets ne reposent pas encore sur l’extrados des arcs-ogifs.—en B de la figure 8 selon le mode de construction adopté dans l’Ile-de-France et ailleurs quelques années plus tard.
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Fig. 8.—Coupe d’un arc-ogif ou croisée d’ogives.
L’identité des fonctions architectoniques du pendentif et de la croisée d’ogives, construits l’un et l’autre en pierre, appareillés normalement à leurs courbes, démontre la communauté de leur origine et que, comme conséquence d’une filiation certaine, c’est la coupole aquitaine qui a engendré la croisée d’ogives.
CHAPITRE III PREMIÈRES VOUTES SUR CROISÉE D’OGIVES.
Les premières applications du système de construction des voûtes sur croisée d’ogives apparaissent dans les grandes églises d’Angers et de Laval.
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Fig. 9.—Plan d’une travée de l’église d’Angers (Saint-Maurice).
Il est probable que les nouvelles méthodes, propagées par les architectes religieux de l’Aquitaine ou des provinces voisines, avaient excité l’émulation des architectes du Nord et, particulièrement, ceux de l’Ile-de-France; quelques parties secondaires des édifices élevés par ceux-ci, comme des bas côtés ou des chapelles absidales, pourraient en fournir les preuves par des dispositions timides qui rappellent plutôt les voûtes romaines dont les arêtes seraient accusées par des nervures, qu’elles n’indiquent une révolution dans le mode de voûtement des églises.
Mais nulle part, au XIIᵉ siècle, le nouveau système des voûtes sur croisée d’ogives ne s’est manifesté avec plus de puissance qu’à Angers, dont les nefs ont plus de seize mètres de largeur, si ce n’est à Laval. L’ampleur
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Fig. 10.—Coupe transversale de la nef de l’église d’Angers (Saint-Maurice).
de la composition architecturale, aussi bien que les détails techniques d’une admirable exécution, démontrent l’expérience consommée que les architectes de ces magnifiques édifices avaient acquise dès le milieu du XIIᵉ siècle.
Les plans de ces églises ressemblent à ceux d’Angoulême et de Fontevrault, et nullement aux édifices du Nord.
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Fig. 11.—Plan d’une travée de la nef de Laval (la Trinité).
Les nefs uniques, comme celles des églises à coupoles, sont formées de travées sur plan carré, mais la construction des voûtes s’est perfectionnée par l’emploi raisonné de l’arc-ogif ou croisée d’ogives remplaçant les pendentifs de la coupole, les constructeurs du temps ayant réalisé dès lors les progrès considérables que nous avons constatés et expliqués dans le chapitre précédent.
Ces immenses nefs, voûtées sur croisée d’ogives, ressemblent aux coupoles; elles rappellent leurs formes générales, mais les dispositions des voûtes sont différentes. Les croisées d’ogives ne sont plus de simples nervures décoratives, mais bien des arcs possédant des fonctions aussi actives que les doubleaux et les formerets; leur réunion composant une ossature élastique dont le poids est reporté sur les quatre points d’appui, recevant les retombées des arcs qui composent, pour ainsi dire, la charpente en pierres appareillées.
Les coupes comparées (fig. 13 et 14) des églises d’Angoulême et d’Angers déterminent nettement la filiation certaine qui existe entre ces édifices élevés: l’un dans les premières années du XIIᵉ siècle et l’autre trente ou quarante ans plus tard; elles marquent en
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Fig. 12.—Coupe longitudinale de deux travées de la nef (Sainte-Trinité, à Laval).
même temps les progrès réalisés par les architectes angevins dans la construction des voûtes sur croisée d’ogives remplaçant les coupoles sur pendentifs, d’où elles dérivent, par l’application plus raisonnée et plus perfectionnée des mêmes principes architectoniques.
L’église de Laval, élevée en même temps que celle
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Fig. 13 et 14.—Coupes comparées des églises d’Angoulême et d’Angers.
d’Angers ou peu d’années après, montre de nouveaux
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Fig. 15.—Vue perspective des voûtes de la nef (Saint-Maurice d’Angers).
perfectionnements, très sensibles, non seulement au point de vue de la forme, mais encore par les combinaisons plus savantes ou plus ingénieuses et par la sûreté méthodique de l’exécution.
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Fig. 16.—Plan du sommier des voûtes de la nef (Sainte-Trinité, à Laval).
Les arcs formant l’ossature des voûtes sont, dès leur naissance au-dessus des tailloirs des chapiteaux, indépendants comme à Angers, ce qui est le caractère essentiel du système, nouveau dans la première moitié du XIIᵉ siècle. Les points d’appui latéraux se composent des piles proprement dites et de colonnes engagées, couronnées de chapiteaux encorbellés, accusant en les prolongeant les arcs-formerets, doubleaux et ogifs qui retombent sur les tailloirs des chapiteaux. Il est facile de voir dans ces dispositions l’origine des faisceaux de colonnes engagées, combinées pour dissimuler autant que possible les points d’appui dont l’usage devint général—et même excessif—aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles.
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Fig. 17.—Plan d’un des piliers de la nef (Sainte-Trinité de Laval).
La coupe (fig. 12) et les détails qui précèdent, montrant le mode de construction des voûtes, affirment à Laval, au moins autant qu’à Angers, la filiation certaine existante entre les coupoles sur pendentifs et les voûtes sur croisée d’ogives.
CHAPITRE IV ÉDIFICES VOÛTÉS SUR CROISÉE D’OGIVES.
Le nouveau système de voûtes sur croisée d’ogives, dérivant de la coupole sur pendentifs, qui s’était si brillamment manifesté dans l’Anjou et le Maine, dès la première moitié du XIIᵉ siècle, avait été dès lors adopté par les architectes religieux. L’admirable simplicité de la méthode nouvelle, applicable aux grandes églises abbatiales aussi bien qu’à des édifices plus modestes, explique sa propagation rapide dans toute l’Europe occidentale, où les corporations religieuses avaient fondé d’innombrables abbayes, grandes et petites, de règles et d’ordres différents, mais toutes reliées par une organisation puissante.
A l’exemple des édifices angevins un grand nombre d’églises s’élevèrent aussi bien dans les provinces voisines—Sainte-Radegonde à Poitiers, Notre-Dame de la Coulture et la nef de Saint-Julien au Mans—que dans les plus éloignées, vers le midi. La charmante église de Thor, dédiée à Sainte-Marie-du-Lac, entre Avignon et la fontaine de Vaucluse; celle du Saint-Sauveur à Saint-Macaire près de Bordeaux; la nef de Saint-André à Bordeaux, commencée en 1252 suivant le plan d’une église à coupoles, modifiée et enfin couronnée par des voûtes sur croisée d’ogives; Saint-Caprais, à
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Fig. 18.—Plan de la nef de l’église de Saint-Maurice, à Angers.
Agen, qui montre les mêmes modifications et l’immense nef—de 19 mètres de largeur—de Saint-Étienne à Toulouse, construite toute en briques, sont autant de preuves, pour ne citer que les plus importantes, de la progression des principes nouveaux dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle.
Vers le Nord la marche est tout aussi générale. Les édifices démontrent le parti que les constructeurs du temps tirèrent de la croisée d’ogives permettant, sous tous les climats, l’emploi judicieux des matériaux les plus divers. Mais il était donné à Angers, son berceau, de perfectionner encore cet ingénieux système.
L’église de la Sainte-Trinité, sur la rive droite de la Maine, construite par les fils ou les disciples des architectes qui avaient bâti Saint-Maurice sur la colline dominant la rive opposée, marque encore un nouveau progrès dans la construction de ces voûtes. La nef, unique comme à Saint-Maurice, est divisée en trois travées, carrées ou à très peu de chose près. Le système des voûtes, dérivant de la coupole sur pendentifs, s’affine en divisant et, par conséquent, en diminuant les
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Fig. 19.—Plan de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers.
charges réparties sur les quatre points d’appui principaux par la croisée d’ogives, qui elle-même se trouve
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Fig. 20.—Coupe longitudinale d’une travée de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers.
soulagée par un arc-doubleau soutenant les arcs-ogifs à leur point de croisement, c’est-à-dire à la clef.
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Fig. 21.—Coupe transversale d’une travée de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers.
La figure 19 donne le plan de ces voûtes dont l’exemple fut bientôt suivi par les architectes du Nord, car la grande église abbatiale de Noyon paraît avoir été une des premières copies de la nouvelle transformation des voûtes angevines.
De grandes églises abbatiales et d’immenses cathédrales élevées de la seconde moitié du XIIᵉ siècle jusqu’au milieu du XIIIᵉ prouvent, par la disposition de leurs voûtes sur plan carré, l’importance du perfectionnement réalisé à la Sainte-Trinité d’Angers; car il faut en constater l’application dans les églises ou cathédrales de Noyon, de Laon, de Notre-Dame de Paris, de Sens et de Bourges, pour ne parler que de celles qui passent pour les chefs-d’œuvre de l’architecture dite gothique.
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Fig. 22.—Coupe d’une église à nef unique voûtée sur croisée d’ogives et maintenue par des contreforts.
L’influence de la coupole, que nous avons établie au chapitre premier, s’est exercée directement et consécutivement. Elle est directe sur les églises à une seule nef voûtées sur croisée d’ogives, et consécutive dans les églises de l’époque dite romane, qui furent complétées ou modifiées par le voûtement sur croisée d’ogives en pierre appareillée de la nef centrale, remplaçant la charpente. Un grand nombre d’édifices, en Angleterre, en Normandie, en Allemagne, dans l’Italie du Nord, en Suisse, dans les provinces rhénanes et celles du nord de la France, fournissent des documents des plus intéressants sur les transformations qu’ils ont subies après l’invention de la voûte sur croisée d’ogives et son application générale.
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Fig. 23.—Coupe d’une église à trois nefs voûtée sur croisée d’ogives et maintenue par des arcs-boutants.
Les architectes, instruits aux grandes écoles des abbayes, fortifiés par les travaux de leurs devanciers et par leur propre expérience, construisirent de toutes parts d’immenses cathédrales dans lesquelles tous les perfectionnements connus furent appliqués avec une hardiesse incomparable. De progrès en progrès, ils abandonnèrent les traditions antiques et, changeant les conditions statiques qui ont assuré la durée des édifices anciens, ils inventèrent un système de construction qui n’est qu’une charpente de pierre, pour ainsi dire; son expression, c’est l’étai permanent en pierre,—l’arc-boutant;—sa loi, c’est l’équilibre, qui n’est assuré qu’à l’aide de stratagèmes architectoniques des plus ingénieux, mais aussi des plus précaires (fig. 22 et 23). Son existence ou sa durée dépend le plus souvent de la qualité des matériaux et de leur degré de résistance, l’organe essentiel, c’est-à-dire la partie portante, l’étai permanent, le soutien suprême dont l’écroulement entraînerait la ruine totale de l’édifice étant à l’extérieur et, par conséquent, plus exposé à toutes les causes de destruction que la partie portée, c’est-à-dire les voûtes, mieux protégées, puisqu’elles se trouvent à l’intérieur de l’édifice.
Les grands édifices construits par ces nouveaux procédés architectoniques comprenaient une nef centrale accompagnée de deux et même de quatre bas côtés. Il fallait éclairer ces immenses vaisseaux, d’abord par des fenêtres basses pour les collatéraux, puis par des fenêtres hautes. Par conséquent, il était nécessaire de surélever la voûte de la nef centrale, et surtout de la contrebuter par des arcs libres, en forme de quart de cercle, c’est-à-dire des arcs-boutants. Ces arcs, surmontés de rampants obliques, faisant fonction d’étais permanents, butent leurs sommets ou clefs sur les flancs des piles recevant le faisceau des retombées des arcs, formerets, doubleaux et croisées d’ogives, aux points de leurs poussées; les bases, ou sommiers de ces arcs libres, reposent sur des contreforts qui, fortement chargés pour neutraliser les effets de renversement des voûtes et des arcs, maintiennent en équilibre toutes les parties actives de l’ossature intérieure de l’édifice.
CHAPITRE V ORIGINE DE L’ARC-BOUTANT.
Le mode primitif de voûtement adopté dans les provinces du centre de la France pour la construction des églises à trois nefs, dont la principale était voûtée en berceau plein cintre, maintenue par des demi-berceaux, nécessitait des formes basses et lourdes; l’édifice éclairé seulement par les fenêtres des bas côtés, la nef principale était par conséquent fort sombre. Les architectes normands, en Normandie d’abord et en Angleterre après la conquête, avaient tourné la difficulté en ne voûtant que les bas côtés à un ou à deux étages, et en élevant librement les murs latéraux de la nef centrale, qui était couverte par une charpente apparente et permettait d’éclairer la nef principale par des fenêtres ménagées au-dessus des toitures en appentis couvrant les bas côtés.
La galerie disposée latéralement au premier étage des collatéraux, dans les églises normandes de forme basilicale, n’est qu’une suite des traditions antiques[10]; elle est désignée sous le nom moderne de triforium, parce que chaque travée de cette galerie intérieure, entre les piles principales, était originellement—dit-on—divisée en trois parties par des pilastres supportant des plates-bandes, ou par des colonnettes recevant de petites arcades.
Vers la fin du XIᵉ siècle, les constructeurs normands élevaient des deux côtés du détroit d’immenses églises dont les bas côtés, voûtés d’arêtes, étaient surmontés d’une galerie couverte—comme les basiliques primitives—par une charpente apparente, de même que la nef centrale. Les travées étaient marquées, dans cette nef et dans les bas côtés des galeries supérieures latérales, par des arcs-doubleaux servant de soutènements à ceux du vaisseau principal. Mais, après l’adoption générale, vers le milieu du XIIᵉ siècle, des méthodes angevines pour le voûtement des édifices religieux, le rôle des murs et des arcs de soutènement latéraux devint plus actif, parce que ces murs et arcs devaient contrebuter l’arc-doubleau, ainsi que les arcs-ogifs ou croisées d’ogives retombant sur les piles, et qui augmentaient encore l’énergie des poussées de ces arcs réunis.
C’est alors que les murs transversaux des bas côtés ou les arcs-doubleaux se modifient et deviennent des arcs de soutènement cachés sous la toiture des collatéraux.
Nous avons vu cette modification à l’Abbaye-aux-Dames de Caen[11]; la figure 24 nous en donne un exemple, et on peut, en Angleterre, la suivre dans un grand nombre d’autres églises, en Italie à Pavie, en
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Fig. 24.—Église de Durham (Angleterre).—Coupe transversale.
Suisse à Zurich, sur les bords du Rhin à Bâle, pour ne citer que quelques-unes des églises dans lesquelles la modification des voûtes s’est opérée longtemps après la construction de l’édifice même.
En France, Noyon présente un sujet d’études des plus intéressantes, parce qu’il paraît être un des premiers grands édifices résumant, à l’époque de sa construction,
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Fig. 25.—Église de Noyon.—Plan.
vers le dernier quart du XIIᵉ siècle, les progrès réalisés par les architectes de l’Ile-de-France. On trouve réunies, dans ce curieux édifice, les traditions antiques suivies par les Normands pour les triforiums; les méthodes angevines qui se manifestent par les voûtes sur croisée d’ogives dérivant de la coupole, et perfectionnées par celles de la Sainte-Trinité d’Angers, c’est-à-dire par les voûtes sur croisée d’ogives, mais disposées sur plan carré, reportant les charges sur les piles principales et soulagées par un arc-doubleau intermédiaire. On voit apparaître l’arc de soutènement intérieur sous la toiture du collatéral, et qui se confond à sa naissance avec l’arc-doubleau latéral, afin de maintenir les poussées des arcs-doubleaux et croisées d’ogives formant les voûtes du vaisseau principal.
On a dit que Noyon procède de Tournai, sans doute parce qu’on n’en considère que l’aspect; mais là s’arrête la ressemblance, car le mode de construction n’est pas semblable. A Tournai, les transsepts semi-circulaires nord et sud sont voûtés par des arcs-doubleaux très puissants, réunis au centre par une clef en couronne appareillée, et au pourtour par des voûtains en pénétration reliant les arcs-doubleaux, disposition très ingénieuse qui rappelle la voûte de la salle des Capitaines au-dessus du porche de l’église du Moustier, à Moissac.
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Fig. 26.—Église abbatiale de Noyon.—Coupe transversale.
La combinaison de ces arcs-doubleaux, fortement établis à l’intérieur et solidement maintenus par les murs très épais du circuit formant culée, est très particulière, car elle ne nécessite aucun arc de soutènement ni même de contrefort. Tournai n’a donc pas engendré Noyon, car, dans ce dernier édifice, les voûtes, construites sur croisée d’ogives, devaient être contrebutées par des contreforts ou des arcs apparents ou cachés, pour soutenir les poussées de ces voûtes au-dessus des arcs-doubleaux latéraux.
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Fig. 27.—Église de Tournai (Belgique).—Vue extérieure du transsept nord vers l’Escaut.
Mais ces dispositions ingénieuses n’avaient pas modifié le mode de soutènement suivi par les constructeurs du XIIᵉ siècle, même après l’adoption des voûtes sur croisée d’ogives, et qui consistaient en des contreforts, des murs ou des arcs dissimulés sous les toitures des collatéraux.
C’est à Soissons que nous voyons les premières applications d’un système architectonique, dont le caractère particulier est l’arc-boutant.
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Fig. 28.—Église du Moustier, à Moissac. Voûte de la salle, dite des Capitaines, au-dessus du porche.
Le transsept sud de la cathédrale de Soissons procède évidemment de Noyon comme parti de construction déterminé par les bas côtés à deux étages et la
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Fig. 29.—Église de Tournai (Belgique). Vue intérieure du transsept nord.
forme semi-circulaire; mais le voûtement sur croisée d’ogives dans les deux églises s’est affiné à Soissons. Réduites à leur plus simple expression de force par la délicatesse nerveuse de l’appareil, les voûtes n’en exercent pas moins fortement leurs poussées dans la partie qui se dégage au-dessus de la galerie haute.
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Fig. 30.—Cathédrale de Soissons. Transsept sud. Coupe de l’arc-boutant.
L’architecte de Soissons ne s’est pas contenté, comme à Noyon, de maintenir latéralement la voûte par des arcs intérieurs combinés avec les arcs-doubleaux du triforium, butant sur un contrefort qui vient épauler le flanc de la nef centrale, il a construit à l’extérieur des arcs libres, naissant au-dessus des combles du triforium, des contreforts, et divisant chacune des travées, c’est-à-dire des arcs-boutants, accusant franchement leur destination effective et leurs fonctions spéciales, qui sont de contrebuter les arcs et les voûtes intérieures aux points de leurs poussées.
L’arc-boutant, combiné avec la croisée d’ogives, en donnant l’essor à un système qui a créé d’immenses édifices qu’il faut admirer, étudier surtout, mais non refaire, prouve la merveilleuse habileté des architectes des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles et en même temps les dangers d’un rationalisme—plus apparent que réel,—qu’ils ont poussé à son extrême limite en s’affranchissant de tout principe traditionnel
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Fig. 31.—Vue perspective du transsept sud (cathédrale de Soissons)[12].
et, par conséquent, de toute autorité. Il semble que les constructeurs de ce temps, depuis Noyon, Soissons, Laon, Paris, Sens et Bourges, s’enhardissant à Reims, à Amiens, au Mans, jusqu’à la suprême folie architectonique de Beauvais, se soient ingéniés, en renchérissant les uns sur les autres, à créer des monuments aussi étonnants par leurs dimensions que par les problèmes d’équilibre qu’ils ont posés, sinon résolus.
CHAPITRE VI ÉGLISES ET CATHÉDRALES DES XIIᵉ ET XIIIᵉ SIÈCLES.
L’étude des grands édifices du moyen âge est des plus attachantes, mais il faut convenir qu’elle est en même temps des plus difficiles. L’obscurité qui couvre l’origine de ces monuments est profonde et souvent impénétrable.
L’indécision sur la date de leur construction doit provenir de ce que la date de fondation d’un édifice est souvent prise pour celle de sa consécration; généralement il a été construit, puis simplement modifié plutôt que complètement réédifié sur le même emplacement consacré.
La cause principale de la destruction partielle ou totale de ces édifices religieux était la foudre. Tombant sur le clocher, sur la tour ou sur la toiture, elle incendiait la charpente de la nef centrale, ce qui n’était qu’un accident réparable; mais la charpente s’écroulant, les bois incandescents calcinaient les piles et entraînaient la ruine de l’édifice; on le restaurait alors ou on le reconstruisait selon les usages du temps. De sorte que, suivant que les notes historiques sont plus ou moins authentiques ou que les faits sont traduits plus ou moins fidèlement, il résulte souvent une confusion pour les monuments disparus ou une contradiction entre les relations transmises et les édifices qui existent encore.
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Fig. 32.—Église de Laon.—Plan.
Rajeunir les monuments ou le plus souvent les vieillir, suivant des théories intéressées, est d’autant plus facile qu’on n’a pas à redouter le démenti des auteurs; car, à part quelques exemples, il est souvent difficile d’assigner une date exacte à la construction des grandes églises abbatiales et des cathédrales, ou, si l’on peut fixer ces dates, on ne connaît pas exactement les auteurs de ces magnifiques monuments. Cet anonymat s’expliquerait peut-être par ce fait que les architectes étaient des religieux et que l’honneur de leurs travaux s’attachait à la corporation même, à l’ordre tout entier plutôt qu’aux individus, membres de l’ordre qui, presque toujours, avaient fait vœu d’humilité.
Les savants modernes, architectes et archéologues les plus autorisés, n’ont pas encore fait la lumière totale sur cette question; ils procèdent la plupart du temps par des hypothèses ingénieuses, par des raisonnements savamment déduits, qui ne donnent pas cependant des dates absolument sûres. Mais ce qui ne trompe pas, c’est l’étude architectonique qu’il faut faire de l’édifice même, sans négliger, bien entendu, les documents historiques; elle établit que l’art a suivi au moyen âge, comme en tout temps, les lois immuables de la filiation et de la transformation; elle montre le parti adopté par les constructeurs, leurs recherches, leurs hésitations, leurs erreurs et leurs repentirs même.
C’est sur ces documents certains qu’il convient d’étudier l’origine d’un édifice et ses transformations successives, ce qui a eu lieu plus souvent qu’une reconstruction totale; car ce n’est qu’à partir du commencement du XIIIᵉ siècle que l’on construisit de toutes pièces ces grandes églises, ces immenses cathédrales qui existent encore en grand nombre[13].
Les grandes églises abbatiales élevées dans le domaine royal pendant les dernières années du XIIᵉ siècle, continuées et achevées dans les premières années du XIIIᵉ, conservent des traditions plus anciennes.
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Fig. 33.—Église de Laon. Vue intérieure de la nef.
A Laon, qui procède de Noyon et du transsept sud de Soissons, l’église se compose d’une nef, avec transsepts, et de bas côtés à deux étages, voûtés sur croisée d’ogives, au-dessus desquels s’élèvent des arcs-boutants—comme à Soissons—qui maintiennent les voûtes supérieures du vaisseau central.
Cette disposition des bas côtés prouve la continuité
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Fig. 34.—Église de Laon. Façade principale.
des formules normandes, de même que le mode de
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Fig. 35.—Église de Laon.—Façade de l’abside.
construction des voûtes principales démontre l’influence persistante de la coupole[14].
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Fig. 36.—Église de Laon. Coupe sur la nef.
La voûte centrale, admirablement construite sur plan carré comprenant deux travées, selon les méthodes angevines dérivant directement de la coupole aquitaine, indique que, si les constructeurs de l’église de Laon étaient en pleine possession de ces méthodes, ils éprouvaient encore quelques inquiétudes sur les fonctions de l’arc-boutant. Celui-ci est nécessaire au droit des piles recevant les retombées réunies des arcs-doubleaux et des croisées d’ogives, mais il n’est pas rationnel que la pile intermédiaire qui ne reçoit que l’arc-doubleau de secours, secondaire par conséquent, soit contrebuté par un arc-boutant semblable à celui des piles principales qui reçoivent en même temps les arcs-doubleaux et les croisées d’ogives.
Cet illogisme, si frappant à Laon, ne s’est pas manifesté à Noyon où les architectes—ceux de la construction primitive,—avaient accusé extérieurement les fonctions des piles principales par des contreforts plus saillants et plus puissants que ceux des piles secondaires.
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Fig. 37.—Notre-Dame de Paris. Plan.
Notre-Dame de Paris, commencée vers la fin du XIIᵉ siècle et achevée, sauf les chapelles, dans la première moitié du XIIIᵉ, suit, comme à Laon, les mêmes traditions normandes dans la disposition des galeries hautes des bas côtés et subit encore l’influence de la coupole par le parti des voûtes sur plan carré comprenant deux travées et contrebutées aussi illogiquement qu’à Laon.
Cet immense édifice, composé d’une nef et de doubles bas côtés de hauteur égale, contournant le chœur semi-circulaire, paraît être une des premières cathédrales à cinq nefs; il marque par son plan grandiose, par la hardiesse de ses combinaisons et la perfection de ses détails, de sa construction, les progrès considérables réalisés par les architectes de l’Ile-de-France.
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Fig. 38.—Notre-Dame de Paris.—Coupe de la nef.
Le parti de construction pour les galeries hautes intérieures, voûtées sur croisée d’ogives, rampantes afin d’éclairer la galerie au-dessus de la toiture des appentis couvrant le deuxième bas côté, ainsi que la hardiesse des arcs-boutants à grande volée franchissant les deux bas côtés contrebutant les grandes voûtes du vaisseau central, démontrent que les constructeurs de Notre-Dame de Paris avaient adopté, même dans leurs excès, les diverses méthodes en usage et qu’ils les employaient avec une habileté et une adresse incomparables.
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Fig. 39.—Notre-Dame de Paris. Arcs-boutants et tour sud.
Les traditions normandes qui s’étaient propagées dans l’Ile-de-France s’éteignent dans les premières années du XIIIᵉ siècle. A Châlons-sur-Marne, la nef de la cathédrale est encore accompagnée de bas côtés à deux étages; mais la galerie haute, voûtée, rétrécie, montre la fin de cette disposition traditionnelle.
L’influence de la coupole s’est maintenue plus longtemps par le parti adopté pour la construction des voûtes. Langres le prouve par la forme bombée de ses voûtes, qui, malgré leur plan rectangulaire, semblent être une copie réduite des nefs angevines.
Les nefs de Sens et de Bourges sont encore voûtées
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Fig. 40.—Cathédrale de Sens. Plan d’une travée.
Voûtes sur plan carré comprenant deux travées.
sur plan carré reportant, par la croisée d’ogives, les charges des voûtes de deux en deux piles, la pile intermédiaire ne soutenant que l’arc-doubleau, de secours, dont nous avons déjà parlé. Cependant les arcs-boutants extérieurs sont semblables, aussi forts pour les piles principales que pour les piles intermédiaires, disposition plus prudente que logique, qui prouve une fois de plus avec quelle défiance les constructeurs employaient ce système de soutènement extérieur, caractérisé par un arc libre exposé à tous les dangers des intempéries, l’existence même de l’édifice étant subordonnée à la durée d’un étai aussi fragile.
La cathédrale de Sens est un exemple d’une nouvelle transformation qui s’opère par la suppression de la galerie haute des collatéraux. Les bas côtés sont voûtés et couverts par une toiture en appentis; l’arc-boutant à simple volée s’élève au-dessus et vient contrebuter les voûtes de la nef centrale. L’édifice est solidement établi; sa structure est savante, mais elle est aussi illogique qu’à Laon et à Paris, parce que les arcs-boutants qui sont égaux extérieurement ne répondent pas à leurs véritables fonctions, puisque les poussées intérieures ne sont pas égales.
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Fig. 41.—Cathédrale de Sens.—Coupe d’une travée de la nef.
La cathédrale de Bourges, qui paraît avoir été construite, si elle n’a pas été achevée, dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, montre une autre disposition que celle de Sens. L’édifice comprend cinq nefs et rappelle, en plan, Notre-Dame de Paris; mais le parti est très sensiblement différent. Les bas côtés joignant la
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Fig. 42.—Cathédrale de Sens. Vue intérieure des travées latérales.
nef centrale ne sont plus surmontés d’un étage, ni égaux en hauteur; les deux nefs latérales s’étagent afin de ménager des jours éclairant l’église (fig. 43). Le vaisseau central est encore voûté sur plan carré comprenant deux travées; mais le même illogisme que nous avons constaté plusieurs fois déjà, et sur lequel nous croyons devoir insister afin de le mieux connaître après une étude approfondie, s’accuse encore plus à Bourges que partout ailleurs, en raison de l’importance extrême des arcs-boutants dont les doubles volées franchissent les collatéraux.
A Bourges, comme à Sens, la partie intérieure comprise entre le sommet des archivoltes basses et la base des fenêtres hautes: frise, litre,—ou triforium, selon la désignation moderne,—n’est plus qu’une décoration traditionnelle composée d’arcatures formant galerie de passage et occupant à l’intérieur la hauteur prise à l’extérieur par la toiture adossée des bas côtés. A Sens, cette galerie est simple; à Bourges, elle
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Fig. 43.—Cathédrale de Bourges.—Coupe sur la nef.
est double par la disposition très particulière résultant de l’étagement des bas côtés, qui paraît être une application des méthodes angevines et poitevines, très habilement combinées avec celles de l’Ile-de-France.
CHAPITRE VII CATHÉDRALES DU XIIIᵉ SIÈCLE.
La cathédrale de Reims, commencée dans les années qui suivirent la destruction de l’église primitive par l’incendie de 1211, est la superbe expression des inventions antérieures des constructeurs de l’Aquitaine et de l’Anjou, réunies à celles des architectes de l’Ile-de-France. Elle est la manifestation la plus complète de leurs efforts persévérants pour établir un système de construction, qui a comme principe de maintenir en équilibre un édifice dont les poussées des voûtes, sur croisée d’ogives, sont contrebutées par des arcs-boutants extérieurs.
Les architectes du XIIIᵉ siècle en ont démontré la témérité, le danger même; car, malgré des efforts et des tentatives admirables, ils ne sont pas arrivés à fixer les règles scientifiques de leurs combinaisons, l’équilibre des monuments qu’ils ont élevés étant subordonné à la résistance variable des matériaux et suivant que ces matériaux de même nature, formant l’ossature intérieure ou extérieure de l’édifice, sont exposés ou soustraits à l’action du climat et de ses effets destructifs.
Les dangers de ce mode de construction apparaissent plus visiblement à Reims que partout ailleurs, en raison des dimensions colossales de l’édifice. Cependant, la disposition des arcs-boutants est plus logique que dans les églises et les cathédrales de Laon, de Paris, de Sens et de Bourges, parce que les travées étant sur
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Fig. 44.—Cathédrale de Reims. Plan.
un plan rectangulaire, la poussée des voûtes intérieures, sur croisée d’ogives, répartie également sur les piles recevant le faisceau des retombées des arcs, est contrebutée régulièrement par les arcs-boutants extérieurs, de dimension et de force égales. Mais cette disposition, logique en apparence par la structure rationnelle des arcs-boutants placés aussi exactement que possible aux points des poussées, n’en est pas moins précaire comme système de soutènement, son extrême fragilité l’exposant à des accidents résultant de l’usure constante de la pierre sous un double effet: actif par ses fonctions d’arc et passif par suite de sa désagrégation incessante causée par les intempéries. Et ce qui le prouve ici, c’est la réfection en sous-œuvre qu’il a fallu faire, dans ces dernières années, des arcs-boutants de la nef, pour assurer la conservation de l’immense édifice, qui ne peut exister qu’à la condition d’être arc-bouté par des étais permanents, sous forme d’arcs-boutants.
Mais ce qu’il faut admirer sans réserve à Reims, c’est la conception grandiose de l’œuvre et sa puissante exécution, c’est la magnifique ordonnance de sa façade occidentale et la parfaite convenance de l’ornementation, étudiée et appliquée avec autant de sobriété que de justesse, qui fait de la statuaire[15], des chapiteaux, des frises, des crochets et des fleurons autant d’exemples de l’art décoratif du moyen âge.
La cathédrale d’Amiens, commencée vers 1220, l’une des plus grandes cathédrales de l’époque dite gothique, et celle qui passe pour en être le chef-d’œuvre, procède directement de Reims. Le plan présente le même parti, avec cette particularité que le chœur a pris à Amiens une importance très considérable par rapport à la nef et que les piles et les points d’appui sont plus faibles et d’une hauteur beaucoup plus grande.
Les architectes de Reims, préoccupés des problèmes d’équilibre posés par leur système de construction, avaient cherché à réduire au minimum ses dangers, qu’ils semblaient redouter comme leurs prédécesseurs, en évitant sagement tout porte-à-faux. Il est facile de voir, par la comparaison des deux coupes (fig. 45 et 48), que les architectes d’Amiens n’ont pas eu les mêmes inquiétudes, ou qu’ils étaient beaucoup plus hardis, sinon plus savants; car ils n’ont pas craint d’échafauder les colonnes isolées supportant les clefs des arcs-boutants, sur des encorbellements latéraux qui portent à faux, ainsi que l’indique la ligne ponctuée X, sur les piles; la hardiesse ou plutôt l’imprudence de cette combinaison est évidente, car l’écrasement d’une assise ou l’affaissement d’une partie de la pile, sur laquelle sont basés ces encorbellements, entraînerait inévitablement la rupture des arcs-boutants, qui sont les étais suprêmes des voûtes intérieures et, comme conséquence logique, le déséquilibrement,
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Fig. 45.—Cathédrale de Reims. Coupe sur la nef.
pour ainsi dire, de tout l’ouvrage et
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Fig. 46.—Cathédrale de Reims.—Arcs-boutants du chœur.
fatalement la ruine totale de l’édifice. Les dangers de ces
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Fig. 47.—Cathédrale d’Amiens. Plan.
combinaisons ou, plus exactement, de ces tours de force d’équilibre se sont manifestés et prouvés à Beauvais. Les architectes qui construisirent, vers 1225, le chœur de la cathédrale, tout en s’inspirant de celle d’Amiens, avaient marqué l’intention d’élever un monument dépassant en plan et en élévation toutes les grandes églises en construction à cette époque. Ils augmentèrent la largeur du chœur et des travées qui le composent en élevant, sur les clefs des archivoltes inférieures, des piles intermédiaires, afin de diviser, au-dessus, les travées et de soulager la voûte par des arcs-doubleaux
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Fig. 48.—Cathédrale d’Amiens. Coupe sur la nef.—Arcs-boutants.
de secours. Ils donnèrent une hauteur exagérée aux archivoltes et aux grandes fenêtres en diminuant leurs épaisseurs, afin d’obtenir plus de légèreté, et la voûte de la nef centrale s’éleva à plus de cinquante mètres au-dessus du sol. Cette hauteur énorme et dont l’exagération, par rapport à la largeur du vaisseau, est évidente, nécessita un système compliqué d’arcs-boutants, dépassant en hardiesse tout ce qui avait été fait jusqu’alors. La coupe (fig. 51) peut donner une idée exacte de ce qu’on a appelé, justement, une folie, et ce qui doit étonner, c’est que cette construction ait duré, étant donnée la disposition des piles intermédiaires portant à faux, indiquée par la ligne ponctuée X (fig. 51), de moitié de leur épaisseur sur les
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Fig. 49.—Cathédrale de Beauvais.—Abside.
piles inférieures qui se sont déformées sous la charge, qui ont dû être étrésillonnées et qui devront être
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Fig. 50.—Cathédrale de Beauvais. Façade nord.
consolidées.
Cependant, le chœur fut achevé vers 1270 et se maintint pendant quelques années; mais des désordres se produisirent dans ces constructions, si légèrement établies qu’elles semblaient être un échafaudage de pierres, et les voûtes s’écroulèrent le 29 novembre 1284, entraînant dans leur chute une partie des arcs-boutants, disloquant et ébranlant le reste de l’édifice. Il fallut alors, en reconstruisant les voûtes, doubler les points d’appui dans les travées du chœur et des bas côtés et relier les arcs-boutants par des chaînages en fer.
Pendant le XIIIᵉ siècle, un grand nombre de cathédrales s’élevèrent dans toute l’Europe, à l’exemple des grands édifices du nord de la France et particulièrement d’Amiens, qui paraît avoir excité, vers le milieu du XIIIᵉ siècle, un grand enthousiasme, mais sur des dimensions plus modestes; ils ne présentent pas d’ailleurs les dimensions exagérées, ni les hardiesses de construction de leur modèle. Ces églises et ces cathédrales, dont la reconstruction suivant les nouvelles méthodes
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Fig. 51.—Cathédrale de Beauvais. Coupe transversale.
commençait généralement par le chœur, qui venait se joindre à une nef plus ancienne, étaient loin d’être terminées; les plus favorisées s’achevèrent dans le courant du XIVᵉ siècle,
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Fig. 52.—Cathédrale de Chartres.—Rose du transsept nord.
mais, pour la plupart, les travaux furent continués péniblement et ne prirent fin que deux siècles plus tard. Dans un grand nombre d’édifices, les travaux de reconstruction furent interrompus par suite des guerres ou des convulsions sociales, diminuant ou supprimant les ressources des constructeurs, évêques et architectes, circonstances favorables aux études archéologiques modernes, parce qu’elles permettent de constater les transformations qui se sont accomplies sans interruption
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Fig. 53.—Cathédrale du Mans.—Plan.
de l’époque dite romane jusqu’à celle dite gothique.
Ces grands édifices, qui portent les traces des diverses fortunes qu’ils ont suivies, se ressemblent et ne
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Fig. 54.—Cathédrale du Mans.—Arcs-boutants de l’abside.
présentent que des particularités de détails variant selon l’habileté des constructeurs.
Indépendamment de sa remarquable statuaire[16], Chartres doit retenir l’attention par des arrangements ingénieux, comme ceux de la rose du transsept nord et surtout par l’appareil des arcs-boutants; ils sont composés de deux arcs superposés, étrésillonnés par des rayons figurés par des colonnettes surmontées d’arcatures appareillées et clavées normalement à la courbe. Au Mans, le chœur présente
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Fig. 55.—Cathédrale du Mans.—Coupe sur le chœur.
une disposition d’autant plus remarquable qu’elle est plus rare—peut-être unique en son genre. Les arcs-boutants affectent en plan la forme d’un Y, afin de pouvoir ménager dans l’enceinte extérieure des fenêtres éclairant, en A, le vaste déambulatoire circulaire prenant au Mans une importance considérable, parce qu’il entoure le chœur d’un double bas côté.
Les arcs-boutants qui s’élèvent au-dessus des arcs-doubleaux, bifurqués en B, sont d’une section trop réduite; très élevés, trop faibles et menaçant de se voiler, il a fallu les relier par des tirants et des chaînages en fer. Ces expédients semblent être la critique permanente du système ingénieux, mais trop fragile adopté par les architectes du chœur de la cathédrale du Mans.
L’influence de l’Ile-de-France s’est fait sentir en Normandie, dans les cathédrales du XIIIᵉ siècle, par les dispositions
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Fig. 56.—Cathédrale de Coutances.
Tour nord du portail principal.
du chœur et des chapelles absidales. La cathédrale de Coutances, élevée au XIᵉ siècle, fut reconstruite dans les premières années du XIIIᵉ siècle, sous l’impulsion du mouvement donné par le Nord à cette époque. Le chœur de Coutances, par les doubles colonnes qui forment la partie semi-circulaire et les arrangements ingénieux des voûtes du collatéral enveloppant le chœur, se rattache au système architectonique du nord; mais la façade est normande aussi bien par l’ensemble que par les détails de la composition, qu’on retrouve en Angleterre.
La cathédrale de Dol, en Bretagne, qui peut passer pour une des grandes cathédrales du XIIIᵉ siècle, semble n’avoir pas suivi le mouvement novateur venu du Nord. Par son plan, son abside carrée largement éclairée par de grandes fenêtres, par les détails de l’architecture et de son ornementation, elle paraît se rattacher aux grandes églises qui s’élevaient en ce temps des deux côtés de la Manche, en Normandie et en Angleterre. Selon toutes les probabilités, elle fut construite par les mêmes architectes, ou par leurs disciples, suivant les traditions plus anciennes des écoles normandes établies par Lanfranc, vers la fin du XIᵉ siècle, à Cantorbery, et sur les mêmes modèles de celles qu’il avait fondées en France dans la célèbre abbaye du Bec.
CHAPITRE VIII CATHÉDRALES ET ÉGLISES DES XIIIᵉ ET XIVᵉ SIÈCLES.
Les cathédrales de Reims, d’Amiens et de Beauvais excitèrent de leur temps un enthousiasme extraordinaire, qui s’est manifesté dans les provinces formant la France et même chez les nations voisines, et surtout en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suède, en Espagne et en Italie.
Dans les provinces éloignées du domaine royal, l’entraînement fut plus restreint; cependant, dès la première moitié du XIIᵉ siècle, il s’éleva quelques édifices remarquables suivant les formules nouvelles.
«En 1233 fut commencée la cathédrale de Bazas dont le gros œuvre, par exception, fut terminé en peu de temps.
«La cathédrale de Bayonne, en construction à la même époque, eut le sort des cathédrales de Meaux, de Troyes et d’Auxerre, c’est-à-dire ne fut terminée qu’au XVIᵉ siècle, avec une seule tour. En 1248 sont jetés les fondements de la cathédrale de Clermont, qui devait avoir six ou sept tours, mais dont le chœur fut seul achevé au XIIIᵉ siècle; le transsept et quatre tours avec une partie de la nef furent exécutés au siècle suivant et les travaux furent abandonnés jusqu’au règne de Napoléon III qui les fit reprendre. La cathédrale de Limoges, commencée en 1273 sous l’inspiration directe de Notre-Dame d’Amiens, a dû se contenter également, jusqu’à nos jours, d’un chœur, d’un transsept et des
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Fig. 57.—Cathédrale de Rodez.—Façade ouest.
amorces d’une nef (qui vient d’être achevée). A Rodez, on fut plus persévérant, et les travaux se poursuivirent avec calme de 1277 à la Renaissance, qui toutefois laissa inachevées les deux tours occidentales, après les avoir comparées, dans une description par trop gasconne, aux pyramides d’Égypte et aux plus célèbres merveilles de l’univers.
«Toulouse et Narbonne engagèrent simultanément, dès 1272, la lutte avec la cathédrale d’Amiens, se proposant de l’égaler au moins dans les dimensions comme elles l’imitaient dans son plan. Ces deux entreprises ne furent pas heureuses. L’archevêque Maurice, de Narbonne, mourut l’année même où il avait fait commencer les travaux; ses successeurs agirent assez mollement. En 1320, la mer se retira, laissant à sec le port qui faisait la principale richesse des habitants; heureusement, le chœur était alors
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Fig. 58.—Cathédrale de Bordeaux. Chœur et portail nord.
terminé avec sa voûte haute de 40 mètres, mais on fut obligé de laisser tomber en ruine les murs du transsept. A Toulouse, l’évêque Bertrand de l’Isle-Jourdain vécut juste assez pour conduire son entreprise à la hauteur du triforium du chœur, et les choses en restèrent là jusqu’au XVᵉ siècle. Ses successeurs gaspillèrent pour leur plaisir et leur ostentation les revenus de leur immense diocèse, à tel point que les papes Boniface VIII et Jean XXII, scandalisés, démembrèrent ce territoire en y plaçant quatre évêques, et en donnant à celui de Toulouse, par une sorte de
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Fig. 59.—Cathédrale de Lichfield (Angleterre). Façade occidentale.
compensation, le titre d’archevêque. Mais cette compensation ne rendit pas aux prélats bien intentionnés les ressources qu’avait eues Bertrand, et le chœur de Toulouse n’est qu’à moitié exécuté; au lieu de 40 mètres qu’il devait atteindre, il en mesure à peine 28 et le transsept n’a pas même été commencé.
«Les cathédrales de Lyon, de Saint-Maurice à Vienne et de Saint-Étienne à Toul peuvent être rattachées indirectement au mouvement des grandes cathédrales. A Bordeaux, on voulut aussi construire une grande cathédrale au temps de la domination anglaise; mais le chœur n’en aurait jamais été achevé sans les libéralités du roi Édouard Iᵉʳ et celles du pape Clément V, qui avait été archevêque de cette ville[17].»
En Angleterre, les grandes cathédrales construites au XIIIᵉ siècle témoignent de la force d’expansion de l’art français qui s’était manifesté déjà pendant le siècle précédent, suivant les traditions établies et propagées par l’enseignement et les œuvres des moines-architectes normands qui avaient suivi Guillaume le Conquérant dans la Grande-Bretagne.
Les constructeurs anglais s’assimilèrent les principes de construction des architectes de l’Anjou et de l’Ile-de-France et, dans les nombreuses cathédrales qu’ils élevèrent du XIIᵉ siècle à la fin du XVᵉ, on retrouve aisément, au milieu des transformations ou des adaptations suivant les usages et les idées propres des artistes britanniques, les caractères originaux qui distinguent l’art français.
Cette influence est visible dans les cathédrales d’York, d’Ely, de Wille, de Salisbury, de Cantorbery, construite sur les plans d’un architecte ou maître maçon: Guillaume de Sens; dans celle de Lichfield, dont les flèches de la façade rappellent celles de Coutances, en Normandie, et principalement dans la cathédrale de Lincoln.
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Fig. 60.—Cathédrale de Lincoln (Angleterre).—Plan.
Elle est une des plus belles de l’Angleterre et l’une de celles qui montre le mieux la filiation certaine et continue entre les édifices élevés en France et en
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Fig. 61.—Cathédrale de Lincoln (Angleterre).—Façade occidentale.
Angleterre pendant la période dite gothique, peut-être
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Fig. 62.—Cathédrale de Lincoln (Angleterre).—Transsept.
par les mêmes architectes, mais sûrement par les élèves ou les disciples de mêmes maîtres constructeurs.
La cathédrale de Lincoln, fondée au XIᵉ siècle et terminée en 1092, fut en grande partie détruite, comme tant d’autres édifices couverts en bois, du même temps, par un incendie, en 1124. Elle fut reconstruite et agrandie par saint Hugues selon les idées nouvelles venues de France avec lui, ce qui s’explique tout naturellement, puisque saint Hugues, le mandataire du pape Grégoire VII, avait été évêque de Grenoble; un tremblement de terre, en 1185, détruisit une grande partie de l’église qui fut réédifiée, agrandie et complétée par l’évêque Grossetête, Anglais de naissance, mais élevé, instruit en France dans les premières années du XIIIᵉ siècle, et qui avait rapporté en Angleterre la fleur vivace des idées, si larges et si belles, qui signalèrent ce siècle merveilleux.
La tour-lanterne qui s’élève à l’intersection du premier transsept, vers le portail principal, s’étant écroulée en 1235, fut reconstruite ou achevée par l’évêque Grossetête vers 1240. Elle rappelle, par sa forme générale et ses détails, la grande tour-lanterne de Coutances, en Normandie, qui semble également avoir servi d’exemple à celle de Saint-Ouen de Rouen au XIVᵉ siècle.
L’immense et superbe cathédrale de Lincoln est un admirable sujet d’études comparatives, parce qu’elle présente dans son architecture les caractères très tranchés des deux nations. Elle met en présence, dans le même édifice, l’architecture anglaise avec sa structure massive ornée de détails, formée par des lignes verticales, rigides, sèches et dures comme le fer, et l’architecture
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Fig. 63.—Cathédrale de Lincoln (Angleterre).—Abside et salle capitulaire.
française, gracieuse et ferme à la fois, souple et forte comme l’or, plus solide et résistante que le fer sous l’apparence d’un art plus parfait.
Si la façade et les tours de l’ouest sont anglaises, le chœur et l’abside sont français, comme composition et très probablement comme exécution, de même que la salle capitulaire dont les dispositions et les détails des travées rappellent ceux des façades latérales de Bourges; d’ailleurs, ces ouvrages sont de véritables chefs-d’œuvre d’architecture, dignes de la période la plus brillante de l’architecture française au moyen âge.
En Belgique, l’influence française s’est manifestée dès la première moitié du XIIIᵉ siècle par un édifice remarquable: Sainte-Gudule, à Bruxelles. Jusqu’à cette époque, les principes des écoles rhénanes s’étaient répandus dans les Pays-Bas et la préférence donnée aux idées nouvelles en France est une indication très certaine du retentissement qu’elles eurent alors dans toute l’Europe occidentale. La preuve est donnée par les grandes églises de Gand, de Tongres, de Louvain, de Bruges entre autres, construites de 1235 à la fin du XIIIᵉ siècle ou, du moins, qui furent alors commencées et achevées pour la plupart pendant le XIVᵉ siècle et même plus tard.
Sainte-Gudule, à Bruxelles, commencée vers 1226, ne comprenait en 1275 que le chœur et le transsept. La nef fut élevée au XIVᵉ siècle avec les tours de la façade qui ne furent achevées que pendant le siècle suivant et même au XVIᵉ siècle, ainsi que quelques chapelles dont les fenêtres sont décorées de superbes verrières.
A Cologne, l’influence française est non moins certaine, car la cathédrale est certainement une fille de celle d’Amiens; l’opinion d’un auteur allemand présente dans ce cas un intérêt particulier.
«La fameuse cathédrale de Cologne, chef-d’œuvre
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Fig. 64.—Cathédrale de Bruxelles (Belgique).—Façade principale de Sainte-Gudule.
des écoles allemandes, procède directement de la tradition française; son chœur n’est qu’une répétition de celui de la cathédrale d’Amiens; il fut dédié en 1322. Dès lors on travailla sans relâche à l’achèvement du transsept et de la nef; celle-ci mesure 13 mètres en largeur et 42 en hauteur; la longueur totale atteint 151 mètres. Les deux tours de la façade ont été achevées de nos jours, d’après les dessins originaux de l’époque, dit-on. L’effet général, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, n’est certes pas comparable à celui des belles cathédrales françaises; mais le style en est riche et pur, et touche à la perfection dans l’exécution du détail[18].»
Dans les pays scandinaves, l’art français, qui s’était manifesté à Ripen, dans le Jutland, pendant la période dite romane, nous montre un nouvel exemple de son expansion, par un monument considérable élevé en Suède vers la fin du XIIIᵉ siècle. La cathédrale d’Upsal présente cette particularité qu’elle a été créée et commencée par un architecte français, Estienne de Bonneuil, autorisé par ordonnance royale du 30 août 1287 à se rendre à Upsal pour construire la cathédrale[19].
En Espagne, l’architecture dite gothique a marqué ses principales qualités dans les églises et les cathédrales qu’elle y a élevées à l’exemple des édifices français, pendant le XIIIᵉ siècle, par la grande église à cinq nefs de Tolède, à Badajoz et dans la façade de Saint-Marc à Séville. L’influence française s’est également manifestée pendant le cours des XIVᵉ siècle et suivants, entre autres édifices, dans les cathédrales de Léon, de Palencia, d’Oviedo, de Pampelune, de Valence et de Barcelone, fondée à la fin du XIIIᵉ siècle et continuée au
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Fig. 65.—Cathédrale de Cologne (Allemagne). Façade latérale sud.
XIVᵉ; ainsi que dans les églises de Torquemado, de Bilbao, la collégiale de Bellaguer et les abbayes de Monresa et de Guadelupe, construites en partie au XIVᵉ siècle.
La cathédrale de Burgos, commencée dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, est une de celles qui rappelle le plus visiblement les édifices français des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles par le plan et le mode de construction des arcs-boutants et des fenêtres aussi bien que par la décoration sculpturale des porches. La façade, dont la base paraît être du XIVᵉ siècle, est couronnée par des flèches ajourées achevées un siècle plus tard. Ce curieux édifice montre, en même temps que certaines parties décoratives traitées selon le mode italien, les caractères très particuliers de l’architecture espagnole, avec ses détails extrêmement brillants, d’origines diverses, qui s’expliquent par la force et la persistance des traditions arabes et surtout mauresques.
En Italie, d’innombrables églises s’élevèrent pendant la période dite gothique, principalement vers la fin et sans parler des cathédrales célèbres de Milan et de Florence, ni de Saint-Antoine, ni du Dôme de Padoue, etc., et parmi celles qui semblent s’éloigner des traditions antiques et lombardes pour se rapprocher des idées françaises, la cathédrale ou dôme de Sienne paraît devoir être signalée pour le caractère des détails de sa façade décorative qui rappellent l’architecture en honneur en France pendant les XIIIᵉ et XIVᵉ siècles. Il en est de même pour la cathédrale ou dôme d’Orvieto.
Suivant quelques archéologues, les dômes de Sienne et d’Orvieto procèdent de l’église de Saint-François, à Assise, qui n’en est pas éloignée. Or il paraît certain
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Fig. 66.—Cathédrale de Burgos (Espagne).—Façade occidentale.
que l’église de Saint-François à Assise est d’origine française. Fondée en 1228 pour recevoir les restes de saint François, mort en 1226, il est possible que
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Fig. 67.—Cathédrale ou dôme de Sienne (Italie).—Façade.
l’église basse ait été achevée pendant le XIIIᵉ siècle, mais non par un Allemand dans la première moitié de ce siècle, car à cette époque l’architecture dite gothique, à l’état embryonnaire en Allemagne, brillait dans tout son éclat en France. L’église haute paraît être d’un siècle plus jeune, et ce qui peut établir sa filiation française,
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Fig. 68.—Église de Saint-François, à Assise (Italie). Abside et cloître.
c’est son système de construction qui a tous les caractères particuliers de celui en usage à la fin du XIIIᵉ siècle et dans les premières années du XIVᵉ dans le midi de la France, dont l’église d’Albi est le type parfait[20]. La nef unique, ses contreforts avec leurs saillies intérieures et leurs formes extérieures—en demi-tourelles—ajoutent encore à la ressemblance de l’église italienne d’Assise avec l’église albigeoise française.
CHAPITRE IX ÉGLISES DES XIVᵉ ET XVᵉ SIÈCLES EN FRANCE ET EN ORIENT.
«Le XIIIᵉ siècle avait tant produit, en fait d’architecture religieuse, qu’il laissait peu à faire aux siècles suivants. Les guerres, qui bouleversèrent la France pendant les XIVᵉ et XVᵉ siècles n’auraient plus permis d’entreprendre des édifices d’une importance égale à celle de nos grandes cathédrales, en admettant qu’elles n’eussent pas été toutes élevées avant ces époques désastreuses. Les édifices religieux complètement bâtis pendant le XIVᵉ siècle sont rares, plus rares encore pendant le siècle suivant. On se contentait alors de terminer les églises inachevées, ou de modifier les dispositions primitives des églises des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, ou de les restaurer et de les agrandir. C’est à la fin du XVᵉ siècle et au commencement du XVIᵉ, alors que la France commence à ressaisir sa puissance, qu’un nouvel élan est donné à l’architecture religieuse; mais la tradition
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Fig. 69.—Église de Saint-Ouen, à Rouen.—Tour centrale et abside, façade sud.
gothique, bien que corrompue, abâtardie, subsiste. Beaucoup de grandes cathédrales sont terminées, un grand nombre de petites églises, dévastées pendant les guerres, ou tombées de vétusté par suite d’un long abandon et de la misère publique, sont rebâties ou réparées. Mais bientôt la Réformation vient arrêter ce mouvement et la guerre, les incendies, les pillages détruisent ou mutilent de nouveau la plupart des édifices religieux à peine restaurés. Cette fois le mal était sans remède, lorsqu’à la fin du XVIᵉ siècle le calme se rétablit de nouveau; la Renaissance avait effacé les dernières traces du vieil art national et si, longtemps encore, la construction des édifices religieux, les dispositions des églises françaises du XIIIᵉ siècle furent suivies, le génie qui avait présidé à leur construction était éteint, dédaigné[21].»
L’église de Saint-Ouen, à Rouen, est un exemple des rares édifices religieux du Nord construits pendant le XIVᵉ siècle, à l’exception des tours de l’ouest et de la façade qui sont modernes. Les dispositions de ces églises varient parce qu’elles suivent le mode de construction adopté par les architectes du Nord, au XIIIᵉ siècle, avec cette particularité que les piles s’affinent ou plutôt s’effilent, moins par la réduction réelle des points d’appui que par l’affectation d’en diminuer l’apparence, en multipliant les lignes verticales du faisceau qui forme les piles, dont la gracilité est encore augmentée par l’extrême profusion des moulures et la complication des profils évidés à l’excès. Ces profils et ces moulures montent de la base au sommet en marquant encore, au XIVᵉ siècle, la naissance des arcs par des bagues sculptées surmontées d’un rudiment de tailloir, lignes et détails caractéristiques, derniers vestiges des traditions qui disparaissent au XVᵉ siècle; les lignes architectoniques des arcs croisés de la voûte et des arcs longitudinaux et latéraux, s’effilant encore et n’indiquant leurs naissances qu’à la base des piles qui présentent un réseau inextricable de moulures croisées, entre-croisées et imbriquées, démontrent surtout l’habileté de main du tailleur de pierre.
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Fig. 70.—Cathédrale d’Albi.—Plan.
Il semble que la préoccupation des architectes de ce temps ait été de faire disparaître les pleins pour ne laisser apparentes que les piles et les voûtes amincies; il n’existe plus de murs que dans la partie basse des fenêtres dont les claires-voies occupent tout l’espace compris entre les piliers. Les voûtes ne laissent plus voir leurs triangles qui disparaissent sous un réseau serré de croisées d’ogives supplémentaires et, par conséquent, inutiles ou simplement décoratives. Il est juste de noter que les claires-voies de ces immenses fenêtres furent ornées de verrières qui ont donné l’essor à l’art de la peinture sur verre, art admirable, d’une merveilleuse souplesse, qui s’était manifesté dès le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle et qui a produit, depuis cette époque jusqu’à la Renaissance, de véritables chefs-d’œuvre[22].
Cependant il faut remarquer que le grand mouvement de construction et même de reconstruction qui s’était manifesté, dans toute l’Europe occidentale et particulièrement dans les provinces françaises du Nord, par de grands édifices voûtés et arc-boutés, avec les modifications successives que nous venons d’indiquer, ne s’était pas généralisé dans le Midi, à part quelques exceptions: à Bazas, à Bayonne, à Auch, à Toulouse et à Narbonne, pour ne parler que des édifices importants. Les architectes du Midi, ainsi que nous l’avons déjà dit, soit par réaction, résistance ou défiance, avaient conservé les traditions antiques, ce qui s’explique simplement dans un pays où tout ce qui touchait à la construction était resté gallo-romain. Les constructeurs des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles avaient bien accepté, sans déroger à leurs principes conservateurs, la voûte sur croisée d’ogives inventée par les Angevins et d’un emploi si facile dans son admirable simplicité; mais ils conservèrent dans les dispositions générales de leurs édifices religieux les usages et les exemples romains dont les plus connus sont la basilique de Constantin et le Tépidarium des Thermes d’Antonin Caracalla à Rome[23].
On construisit dans le Midi, à la fin du XIIIᵉ siècle et pendant le XIVᵉ, un grand nombre d’églises composées d’une seule nef, large et haute, dont les voûtes, sur croisée d’ogives, sont maintenues par des contreforts accusés faiblement à l’extérieur, mais fortement à l’intérieur; des chapelles au-dessus desquelles étaient ménagées des tribunes ou une galerie de passage occupant la grande saillie des contreforts intérieurs. A Toulouse, dans la seconde moitié du XIIIᵉ siècle, on bâtit, en briques du pays, les deux vastes églises des Cordeliers et des Jacobins; celle-ci possède deux nefs selon les usages dominicains du temps, mais ses dispositions extérieures sont semblables à celles des églises à nef unique. Les églises de Saint-Bertrand de Comminges, de Lodève, de Perpignan, de Condom, de Carcassonne, de Gaillac, de Montpezat, de Moissac, etc., etc., furent élevées aux XIVᵉ et XVᵉ siècles sur le plan des églises à une seule nef. Celle de Perpignan présente cette particularité que les voûtes sur croisée d’ogives sont cependant construites selon les procédés romains, conservés aussi bien comme forme donnée aux matériaux en terre cuite, que dans le mode de les mettre en œuvre; les reins de la voûte—qui ne mesure pas moins de seize mètres de largeur—sont garnis par des jarres en terre cuite hourdées en excellent mortier de chaux d’une grande dureté. La toiture proprement dite est portée, sans aucune charpente en bois, sur des voûtains en briques romaines reliées par une aire en terre cuite recevant les tuiles, également de forme romaine antique, et rejetant au dehors les eaux d’infiltration par suite de rupture des tuiles, précaution nécessaire pour protéger les voûtes en les gardant complètement étanches, condition essentielle de leur conservation.
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Fig. 71.—Cathédrale d’Albi.
Coupe sur la nef.
La cathédrale de Sainte-Cécile à Albi est le monument type des grandes églises à une seule nef. Son immense vaisseau unique, qui n’a pas moins de dix-huit mètres de largeur, construit entièrement en briques, sauf les meneaux des fenêtres, la clôture du chœur et le porche sud, en fait l’un des plus vastes édifices parmi ceux qui ont été construits dans le
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Fig. 72.—Cathédrale d’Albi.—Abside.
Midi suivant les principes traditionnels de l’antiquité romaine. Ces principes ou ces systèmes, aussi simples que sages, présentent toutes les conditions nécessaires pour assurer la stabilité d’un ouvrage; les points d’appui et de soutènement des voûtes sur croisée d’ogives, se trouvant à l’intérieur, sont par conséquent protégés contre les intempéries ou toute autre cause extérieure de destruction et lui assurent une durée indéfinie.
Commencée en 1282 sur les ruines de l’ancienne église de Sainte-Croix, la cathédrale, dédiée à sainte Cécile, fut achevée vers la fin du XIVᵉ siècle et complétée, telle qu’elle est aujourd’hui, vers la fin du XVᵉ siècle et les premières années du XVIᵉ, par la construction du baldaquin qui précède la porte sud, l’entrée principale; par celle du jubé et de la clôture du chœur, en pierre, avec ses stalles en bois sculpté, ainsi que par la peinture totale de l’église. Ces travaux sont des plus instructifs pour l’histoire de l’art décoratif en France, avec ses transformations successives, qui sont marquées à Albi par des monuments de premier ordre, inspirés ou créés sous l’action de diverses influences. L’architecture est française, du Midi, en ce qui touche l’église proprement dite; elle l’est également par le splendide porche dit le Baldaquin, le jubé et la clôture du chœur, mais inspirés de l’architecture française du Nord à la fin du XVᵉ siècle et au commencement du XVIᵉ; la statuaire et les ornements sculptés en pierre ou en bois sont flamands et les peintures, par l’exagération des couleurs et la vulgarité des motifs, sont évidemment italiennes.
La cathédrale d’Albi est d’autant plus intéressante à étudier qu’elle est un des exemples les plus curieux de l’architecture dite gothique du Midi au XIVᵉ siècle. Elle présente de plus cette particularité qu’elle fut tout à la fois une église—ce qu’elle est encore—et une forteresse, particularité qui s’explique facilement en se reportant aux temps qui suivirent la terrible guerre
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Fig. 73.—Cathédrale d’Albi.—Clocher-donjon et face sud.
d’extermination dite des Albigeois, et aux circonstances politiques et sociales qui en furent la conséquence.
Église à l’intérieur et l’une des plus belles de son temps par ses dimensions grandioses, la perfection de sa construction et la splendeur de ses décorations architectoniques.
Forteresse à l’extérieur par la forme des contreforts qui s’élèvent au-dessus du gla cis de la base, comme des tours flanquantes, par la disposition des travées ou plutôt des courtines reliant les tours couronnées de mâchicoulis et d’un crénelage, par le caractère grandiose de son architecture militaire dont l’aspect formidable est encore augmenté par le clocher occidental, véritable donjon complétant le système défensif de l’édifice, se rattachant d’ailleurs aux ouvrages fortifiés de l’archevêché, qui se relie lui-même aux remparts élevés sur les escarpements bordant le Tarn, au nord de la place[24].
Il existe encore quelques églises fortifiées comme celle des Saintes-Maries (Bouches-du-Rhône), qui date du XIIIᵉ siècle. Indépendamment de la cathédrale d’Albi, les églises de Béziers, de Narbonne et un grand nombre d’autres églises paroissiales élevées aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles s’étaient entourées de défenses que les guerres de religion rendaient nécessaires; ces églises, transformées en forteresses par les malheurs des temps, servaient d’ailleurs d’abri temporaire aux populations poursuivies.
Un exemple des plus intéressants nous est donné par l’église d’Esnandes, non loin de la Rochelle, au fond de l’anse de l’Aiguillon, église qui date du XIIᵉ siècle et qui fut fortifiée au commencement du XVᵉ siècle pour préserver le pays des incursions des Anglais.
Ainsi que nous l’avons dit, d’après un auteur autorisé, les édifices construits au XVᵉ siècle sont plus rares que ceux du siècle précédent. On se borna à compléter
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Fig. 74.—Église d’Esnandes (Charente-Inférieure). Église fortifiée (XIVᵉ siècle).
les églises selon les idées du temps où on essaya de les reconstruire, mais sur des plans qui ne purent être
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Fig. 75.—Abbaye du Mont-Saint-Michel. Arcs-boutants du chœur (fin du XVᵉ siècle).
(D’après les dessins d’Éd. Corroyer.)
suivis et dont on n’exécuta qu’une partie; nous prenons pour exemple un monument célèbre, le Mont-Saint-Michel. Le chœur de l’église, de l’époque dite romane, s’était écroulé en 1421, pendant la guerre de
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Fig. 76.—Abbaye du Mont-Saint-Michel. Plan du chœur au-dessus des chapelles basses.
de la galerie, dite Cent ans. En 1452, le cardinal Guillaume d’Estouteville commença la reconstruction de l’église suivant un projet considérable et dont on ne put achever que le chœur[25] dans les premières années du XVIᵉ siècle. Cette partie de l’église nous montre les effets de la décadence qui s’était annoncée dès la fin du XIIIᵉ siècle. Certaines dispositions, comme celle de la galerie, dite triforium, posée sur des encorbellements portant sur les reins des voûtes basses et contournant extérieurement les points d’appui, sont très ingénieuses; mais l’appareil est négligé surtout dans les arcs-boutants, à la construction desquels les architectes du XIIIᵉ siècle apportaient tant de soins; les lignes amincies par la multiplicité des moulures s’effilent encore, sans chapiteaux indiquant la naissance des arcs et le réseau compliqué des fenestrages ajoutant encore à l’effet produit par une sorte d’étirage qui amoindrit les proportions de l’édifice. Il ne reste plus qu’à admirer l’habileté de main des tailleurs de pierre. La taille du granit, la seule pierre employée au Mont-Saint-Michel, sauf pour les arcatures du cloître[26], est absolument remarquable, aussi bien que la sculpture ornementale, exécutée avec une extrême adresse, malgré les détails dont elle est surchargée.
La décadence de l’architecture dite gothique s’était manifestée dès la fin du XIIIᵉ siècle par les tours de force du chœur de Saint-Pierre à Beauvais et de l’église de Saint-Urbain à Troyes. On construisit pendant les XIVᵉ et XVᵉ siècles des édifices ou des parties d’édifices avec une adresse souvent remarquable; mais l’art de l’architecture, si fort dans sa simplicité au XIIIᵉ siècle, ne se manifeste plus dès la fin du XVᵉ que sous des formes maniérées dont le portail de la cathédrale d’Alençon peut donner une idée, et qui ne fait que s’accentuer encore au siècle suivant.
«Le meilleur côté de l’art en décadence n’est pas la construction des églises, c’est plutôt leur décoration et leur ameublement; là brillent l’habileté dans le détail et la patience dans l’exécution qui distinguent les tailleurs de pierre et les imagiers des deux derniers siècles du moyen âge[27].»
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Fig. 77.—Abbaye du Mont-Saint-Michel.—Détails de l’abside (fin du XVᵉ siècle).
L’architecture dite gothique avait montré sa force
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Fig. 78.—Cathédrale d’Alençon.—Façade occidentale (XVᵉ siècle).
d’expansion dès la fin du XIIᵉ siècle et pendant le XIIIᵉ, non seulement dans toute l’Europe occidentale, mais encore en Orient par des monuments qui présentent un intérêt considérable, car ils ont été créés par des moines-architectes venus de France à la suite des premiers croisés. Dès la fin du XIIᵉ siècle, des édifices célèbres de
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Fig. 79.—Cathédrale de Sainte-Sophie, à Nicosie.—Façade.
(Ile de Chypre.)
la terre sainte, modifiés ou agrandis, portent les traces de leur influence, qui s’affirme par les monuments qui s’élevèrent à Chypre et à Rhodes du XIIIᵉ au XVᵉ siècle, selon les méthodes occidentales et particulièrement françaises.
«On ne saurait contester que le séjour prolongé des croisés dans le Levant, les enseignements de leurs architectes, la vue de leurs monuments aient contribué au développement de l’art arabe. Il y a eu réaction de l’Occident sur l’Orient; quelquefois même l’imitation est si directe qu’elle jette le trouble dans l’esprit de l’observateur... Pour bien comprendre le rôle des croisés en Orient, pour en saisir le caractère indépendant et occidental, il faut, par un rapide coup d’œil jeté sur les monuments construits par eux à Chypre et à Rhodes après leur expulsion de la Syrie, voir le mouvement commencé au XIIᵉ siècle se continuer dans les siècles suivants sans interruption et en conservant le même caractère, c’est-à-dire en se laissant toujours guider par la France[28].»
«L’île de Chypre, conquise en 1191 par Richard Cœur-de-Lion, fut cédée l’année suivante à Guy de Lusignan et resta dans la maison de ce prince jusqu’à la fin du XVᵉ siècle. Catherine Cornaro, veuve du dernier Lusignan, la donna en 1489 à la république de Venise, qui la conserva jusqu’à la conquête des Turcs en 1571. Pendant tout le XIIIᵉ siècle, elle recueillit successivement les débris des colonies chrétiennes de la Syrie. Au XIVᵉ siècle, la puissance française atteignit son apogée. Les monuments religieux élevés pendant cette période sont fort nombreux et de formes très variées. L’art était sorti du cloître et avait cessé d’être le monopole exclusif des corporations monastiques. Aussi l’on ne trouve plus dans les églises de Chypre cette uniformité scolastique qui caractérise les églises latines de la terre sainte. L’architecture romane, vivifiée par les efforts des architectes séculiers, est entrée dans une nouvelle voie, à Chypre comme en France... Les architectes appliquent les procédés du XIIIᵉ siècle avec toutes leurs conséquences; le sacrifice qu’ils font aux nécessités locales est la suppression des combles en charpente; ils les remplacent
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Fig. 80.—Cathédrale de Saint-Nicolas, à Famagouste.—Façade.
(Ile de Chypre.)
par des terrasses horizontales, mais sans rien changer à la disposition de leurs édifices.
«Le monument le plus considérable du XIIIᵉ siècle est la cathédrale de Nicosie, bâtie de 1209 à 1228, sous le vocable de Sainte-Sophie (fig. 79), grande église à trois nefs... ayant tous les caractères des cathédrales françaises de la même époque[29].»
Les églises de Sainte-Catherine, des Arméniens, les
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Fig. 81.—Cathédrale de Saint-Nicolas, à Famagouste.—Abside.
(Ile de Chypre.)
mosquées de l’Emerghié et d’Arab-Achmet sont encore des églises de la fin du XIIIᵉ siècle. Parmi les édifices les plus nombreux qui datent du XIVᵉ siècle, il faut citer la cathédrale de Famagouste, Saint-Nicolas (fig. 80 et 81), avec ses trois portails et ses deux tours; l’église de Sainte-Sophie à Famagouste (fig. 82); le monastère de Lapaïs, de l’ordre des Prémontrés, remarquable par la beauté et la grandeur de ses bâtiments abbatiaux, comprenant une grande chapelle à trois nefs, ainsi que d’autres édifices religieux à Paphos et à Limassol. La ville de Rhodes possédait un grand nombre d’églises construites au XVᵉ siècle selon les méthodes françaises, qui avaient été suivies aussi bien pour les édifices religieux et militaires que pour les habitations; en un mot, l’architecture religieuse,
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Fig. 82.—Ruines de l’église de Sainte-Sophie, à Famagouste.
(Ile de Chypre.)
militaire et civile était française dans toutes ses expressions... «Les canons de l’ordre sont encore aux embrasures des tours, les boulets de pierre de Soliman jonchent le terrain, chaque maison porte, sculpté sur sa façade, le blason et souvent même le nom—français—de son dernier possesseur. Involontairement la pensée recule de trois siècles; elle donne un corps à tous ces noms et repeuple toutes ces demeures; on s’attend, au moment du réveil, quand s’ouvriront ces portes armoriées, à voir sortir tous ces chevaliers pour se réunir une dernière fois sous la bannière de saint Jean[30].»
CHAPITRE X TOURS OU CLOCHERS.—CHŒUR.—CHAPELLES.
Les premiers clochers furent de forme ronde, à l’exemple des coupoles byzantines ou grecques, et toujours d’un petit diamètre, ce qui prouve que les cloches qu’ils contenaient étaient fort petites. Les cloches étaient suspendues au sommet de la tour dans une partie évidée par des arcades et recouvertes par un comble[31].
Les clochers étaient très souvent séparés du corps de l’église; en Italie, un grand nombre d’églises de tous les temps du moyen âge ont leur clocher séparé d’elles par une distance souvent considérable.
La force de l’habitude fit appliquer la forme ronde à des clochers construits au XIIᵉ siècle; cependant, il paraît certain que dès le Xᵉ siècle le plan carré fut préféré, disposition nécessitée d’ailleurs par les cloches auxquelles l’art du fondeur avait, dès le commencement du XIIᵉ siècle, donné des dimensions considérables. Outre les grosses cloches qui annonçaient au loin les offices, on continuait, pour régler les exercices religieux du clergé, d’employer les clochettes. Elles sont appelées dans les textes latins: signum, schilla, nola; en français: sin, esquielle, eschelitte; elles prirent place dès le Xᵉ siècle dans les campaniles qui couronnaient les dômes.
Campanile, en italien, a la même signification que tour, clocher, beffroi[32], en français; cependant, la dénomination de clocher s’applique en général à toute construction pyramidale dominant les combles d’une église.
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Fig. 83.—Clocher de Vendôme (XIIᵉ siècle).
Le beffroi, édifice particulier aux anciennes provinces du Nord, est une tour, isolée ordinairement, dans laquelle on plaçait la cloche destinée à sonner le couvre-feu, le tocsin et à convoquer les habitants des villes aux assemblées communales.
Comme le beffroi, le campanile italien est un édifice le plus souvent isolé, mais ordinairement élevé dans le voisinage d’une église. Parmi les campaniles célèbres, on cite ceux de Florence, commencés sur les plans de Giotto, au XIVᵉ siècle; de Padoue, de Ravenne, et la fameuse tour penchée de Pise.
En France, on donne le nom de campanile aux petits clochers à jour qui, dans certaines églises, surmontent le mur de la façade, ajouré d’arcades dans lesquelles sont suspendues de petites cloches.
Les plus anciens clochers élevés dans les provinces qui ont formé la France présentent de grandes analogies avec les monuments byzantins, quant à la forme, sinon par les détails de leur construction. L’un des plus remarquables est le clocher de Saint-Front, à Périgueux, qui paraît avoir été construit dans les premières années du XIᵉ siècle, au-dessus de la sépulture de saint Front, sur deux travées de l’église latine à trois nefs, du VIᵉ siècle, dont on a retrouvé les traces certaines à l’ouest de la grande église à coupoles[33].
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Fig. 84.—Campanile de Giotto, à Florence (Italie).
Le clocher de Saint-Front se compose de trois étages carrés, en retraite l’un sur l’autre et couronnés par une coupole conique portée sur une colonnade circulaire formée de colonnes, de hauteur et de diamètre différents, provenant de monuments romains de la région.
Ce remarquable édifice exerça une influence considérable et il servit de type aux architectes des provinces voisines. Le clocher de l’église abbatiale de Brantôme en offre un exemple perfectionné, dans lequel les constructeurs évitèrent les porte-à-faux de Saint-Front; celui de Saint-Léonard, près de Limoges, présente des dispositions très originales par la forme octogone de son couronnement. Les architectes de l’Auvergne apportèrent encore de grands perfectionnements en établissant, comme au Puy, des colonnes ou des piles intérieures destinées à porter, de fond, les retraites successives des étages supérieurs de la tour[34].
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Fig. 85.—Cathédrale de Bayeux. Tours clochers de la façade.
Il faut remarquer que, malgré l’importance considérable donnée à ces édifices, l’emplacement destiné aux clochers était restreint, ce qui amène à croire que les clochers n’étaient pas destinés uniquement à loger les cloches. Au XIᵉ siècle, le clocher était à l’église, abbatiale ou cathédrale, ce qu’était le donjon au château féodal, c’est-à-dire le signe de la puissance. Les abbés et les évêques possédant les mêmes
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Fig. 86.—Cathédrale de Senlis.—Tour clocher sud de la façade.
droits que les seigneurs, on comprend que cette manifestation extérieure n’eut alors d’autres limites que celles des ressources des manifestants, et on s’explique le nombre des clochers élevés en même temps sur les grandes églises abbatiales, sur les cathédrales et même l’importance des clochers élevés sur de simples églises comme expression de la commune affranchie; les questions et les rivalités de clocher n’ont certainement pas d’autre origine.
Vers la fin du XIᵉ siècle et pendant le XIIᵉ, les églises possédaient un clocher placé à l’angle ou au devant de la porte pour former un porche, comme à Saint-Benoît-sur-Loire, ou à Poissy, ou sur la porte même, comme aux églises d’Ainay et de Moissac.
Plus tard, d’immenses tours carrées, couronnées de flèches, s’élevèrent à chaque angle des façades, laissant voir entre elles le pignon de la nef principale.
A l’église abbatiale de Jumièges, un grand porche saillant fut établi entre la base de ces tours; mais le plus souvent les clochers furent construits au même plan que le porche et percés de portes latérales ornées de voussoirs sculptés, qui formaient, avec la porte principale, un vaste ensemble décoratif.
Les architectes de l’époque dite romane élevèrent des clochers ou plutôt des tours sur la croisée des nefs; mais, évitant les hardiesses de construction du clocher de Saint-Front, qui fut l’un des types imités par les constructeurs des XIᵉ et XIIᵉ siècles, ils donnèrent à ces tours centrales une grande solidité en établissant leurs coupoles, plus ou moins coniques, sur une base carrée dont les angles sont soigneusement chargés et contrebutés.
A la fin du XIIᵉ siècle, les architectes de l’Ile-de-France adoptèrent le plan carré pour le corps du clocher et, à l’imitation des édifices élevés dans les provinces de l’Est et sur les bords du Rhin, ils conservèrent la forme octogone pour les flèches seulement, en combinant les dispositions les plus ingénieuses afin d’assurer la solidité des angles.
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Fig. 87.—Cathédrale de Salisbury (Angleterre).
Tour clocher central.
Les grandes tours centrales des églises normandes, élevées du XIIIᵉ au XIVᵉ siècle en Angleterre et en Normandie, n’avaient pas toujours le caractère de véritables clochers, comme ceux de Salisbury et de Langrune par exemple; elles étaient souvent des tours-lanternes destinées à éclairer le centre de l’église et à décorer magnifiquement la croisée des bras de croix formée par la nef, le chœur et les transsepts, comme celles de Saint-Georges de Bocherville, de Coutances, etc. La Normandie fut d’ailleurs, de toutes les provinces françaises, celle qui persista le plus longtemps à élever des tours-lanternes, et l’une des plus intéressantes est celle de l’église de Saint-Ouen à Rouen.
Plus tard, dans les autres provinces et particulièrement dans la Picardie, la Champagne, la Bourgogne et l’Ile-de-France, on remplaça les tours-lanternes par des flèches en charpente, recouvertes de plomb et qui s’élevaient à l’intersection des combles de la nef et des transsepts.
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Fig. 88.—Église de Langrune (Calvados).
Tour clocher central.
Parmi les clochers les plus remarquables du XIIᵉ siècle, on peut citer dans le Nord ceux de Tracy-le-Val (Oise), de l’église abbatiale de la Sainte-Trinité à Vendôme, de Bayeux; ceux de l’Abbaye-aux-Hommes à Caen, le vieux clocher de la cathédrale de Chartres et celui de Saint-Eusèbe à Auxerre.
Avec le XIIIᵉ siècle, les clochers prennent une élévation et une richesse extraordinaires. Le clocher de Senlis (fig. 86) est un spécimen des plus élégants des édifices construits dans les premières années du siècle qui vit naître tant de merveilles architecturales.
En Bourgogne, l’ordre de Cluny, qui ne partageait pas le rigorisme de Cîteaux réformé par saint Bernard, éleva plusieurs clochers remarquables, entre autres ceux de l’église de Saint-Père, près de Vézelay, construits vers 1240.
Dans le Midi, l’architecture dite gothique s’est manifestée sous des formes originales résultant logiquement de l’emploi judicieux des matériaux du pays, c’est-à-dire de la brique, et le clocher de l’église des Jacobins, élevé à Toulouse vers la fin du XIIIᵉ siècle, en est un type des plus intéressants. Il en est de même du clocher-donjon d’Albi dont nous avons signalé les caractères particuliers[35].
On ne trouve plus guère de clochers isolés à partir du XIIIᵉ siècle, sauf peut-être à Bordeaux; les tours font partie de la composition générale de la façade et ne deviennent exactement des clochers qu’au-dessus des collatéraux et de la nef. Notre-Dame de Paris nous en offre un exemple admirable dans ses grandioses combinaisons.
La cathédrale de Laon, contemporaine de Notre-Dame de Paris, possède quatre clochers terminés par des beffrois octogones dont les angles sont flanqués de pinacles à deux étages ajourés; sur le second de ces étages sont placés des bœufs de dimensions colossales dont l’effet est très original.
Les clochers de la cathédrale de Reims, construits dans la seconde moitié du XIIIᵉ siècle, n’ont qu’une importance relative dans la superbe façade de cet édifice; mais ils présentent cette particularité, nouvelle alors, que l’étage du beffroi forme à l’intérieur une cage carrée nécessaire au jeu des cloches et à la charpente qui les supporte, et qu’à l’extérieur il forme une tour octogone flanquée de pinacles puissants.
Les constructeurs de l’époque
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Fig. 89.—Église des Jacobins, à Toulouse.—Clocher.
dite gothique atteignaient alors la limite extrême qui les séparait de l’exagération et de la manière; mais la passion de la légèreté et le désir d’élever des édifices surprenants entraînèrent bientôt les architectes dans une voie dangereuse qui aboutit à une décadence rapide. Ces effets se produisirent surtout dans les provinces voisines de l’Allemagne, et le clocher de Strasbourg, achevé au XIVᵉ siècle, en est une preuve célèbre.
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Fig. 90.—Église Saint-Pierre, à Caen. Clocher.
Pendant les XIVᵉ et XVᵉ siècles, les clochers conservent les formes et les dispositions adoptées par les constructeurs de la fin du XIIIᵉ siècle, mais avec un luxe extraordinaire de détails et de sculptures et un excès de légèreté; leurs points d’appui deviennent plus grêles et les ornements accumulés semblent d’ailleurs avoir pour but de les dissimuler. En France, les malheurs du temps favorisèrent le développement de ces dangereuses tendances, car ces édifices, commencés à la fin du XIIIᵉ siècle, ne furent achevés qu’aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, au moment où les principes de l’art dit gothique étaient déjà en pleine décadence.
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Fig. 91.—Saint-Michel, à Bordeaux.
Clocher.
Cependant il convient de citer des édifices célèbres par la hardiesse de leur construction et la magnificence de leur décoration, sinon par la pureté de leur style. En France, le clocher de Saint-Pierre de Caen, qui montre l’analogie, l’air de famille pour ainsi dire, qui existe entre les édifices normands; celui de Saint-Michel, à Bordeaux, dont la flèche, détruite par un ouragan en 1768, vient d’être rétablie à sa hauteur primitive de 110 mètres; en Autriche, le clocher ou dôme de Saint-Étienne, une des constructions les plus importantes de ce pays et qui fut terminée en 1433; le clocher de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau (grand-duché de Bade), l’un des plus beaux et des plus importants, élevé d’un seul jet vers la fin du XIVᵉ siècle et terminé, par sa flèche ajourée, vers le milieu du siècle suivant.
En Belgique, la cathédrale d’Anvers, commencée au milieu du XIVᵉ siècle, ne fut terminée qu’un siècle plus tard par sa nef avec ses quatre bas côtés. La façade de la cathédrale aurait été commencée vers 1406 par un maître maçon boulonnais, du nom de Pierre Amel; mais des deux tours clochers, celle du Nord fut seule achevée en 1518; son principal mérite consiste dans la hardiesse de sa construction, dans sa hauteur extraordinaire—123 mètres—plutôt que dans la pureté de sa composition et de ses détails empruntés à toutes les époques de l’architecture dite gothique.
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Fig. 92.—Cathédrale de Fribourg-en-Brisgau (grand-duché de Bade).—Clocher.
Chœur.—Dans les églises chrétiennes le chœur[36] proprement dit a été établi longtemps avant les chapelles[37].
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Fig. 93.—Cathédrale d’Anvers (Belgique). Clocher, tour Nord.
A l’extrémité de la nef de la basilique, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant au plan basilical la forme d’un T ou d’un Tau—figure symbolique vénérée des chrétiens parce que le Tau était l’image de la croix—se trouvaient l’autel, le sanctuaire et la place des diacres et des sous-diacres. L’autel était placé au milieu, entre l’hémicycle, ou abside, et l’arc triomphal s’ouvrant sur la nef. L’hémicycle, ou abside, qui avait été jadis le tribunal, devint pour les chrétiens le lieu réservé aux prêtres ordonnés—presbyterium. Un banc circulaire interrompu au milieu par un siège plus élevé—consistorium,—contournait le mur circulaire du fond, et la place éminente—suggestus—était celle de l’évêque ou du dignitaire qui le remplaçait.
Cette partie de la basilique changea encore de destination; elle cessa d’être le presbyterium pour devenir le martyrium, c’est-à-dire le lieu qui recevait le corps du saint, patron de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la dévotion des fidèles; cet usage existait déjà avant l’an 500, dans la première basilique de Saint-Martin à Tours.
L’abside primitive n’était éclairée que par le jour venant de la nef ou du transsept. Transformée en martyrium, elle fut non seulement percée de fenêtres, mais encore, suivant certains auteurs, elle aurait été ajourée et même ouverte à sa base, afin d’être mise en communication avec une galerie basse qui la contournait. De sorte que la disposition si caractéristique des églises du moyen âge remonterait au Vᵉ siècle.
Par la suite, lorsque l’usage prévalut de placer l’autel au fond de l’hémicycle ou abside, les sièges furent disposés en avant pour l’évêque, les prêtres et les chantres—pour le chœur.—Dans les églises monastiques, bâties selon la tradition latine, le chœur était le plus souvent établi dans la croisée du transsept ou, si le plan de l’église était plus simple, dans la nef. Il en était séparé par des cloisons basses, de pierre ou de marbre. On trouve même des exemples de deux chœurs: l’un à l’orient et l’autre à l’occident.
Dans les premières églises construites à l’époque dite romane, le chœur était limité à l’espace compris entre les piliers de la croisée du transsept; il prit bientôt un développement considérable, surtout dans les grandes églises monastiques. Les religieux entouraient le chœur et le sanctuaire de clôtures en pierre ou en bois, disposées entre les colonnes du pourtour, et ils fermèrent l’entrée vers la nef par un jubé, dont la partie supérieure était accessible aux clercs, pour la lecture de l’épître et de l’évangile. Les évêques, n’ayant pas les mêmes motifs que les religieux pour clore le chœur de leurs cathédrales, voulurent au contraire offrir aux fidèles de larges espaces dans lesquels les cérémonies se développaient librement.
Les architectes de la fin du XIIᵉ siècle et du commencement du XIIIᵉ construisirent de grands édifices selon ces idées; cependant celles-ci se modifièrent encore, car on voit sous le règne de saint Louis, et surtout plus tard, les chœurs des grandes cathédrales s’entourer comme ceux des églises monastiques de clôtures hautes en pierre protégeant les rangées de stalles fixes en bois, ornées de dossiers surmontés de dais richement sculptés.
Parmi les chœurs les plus célèbres, on peut citer ceux des cathédrales de Paris, d’Amiens, de Beauvais, d’Auch, de Spire, de Worms, de Burgos, de Lincoln, de Cantorbery, etc., etc. Mais, afin de donner satisfaction au peuple auquel les clôtures dérobaient la vue des cérémonies du culte qui se faisaient dans le chœur, on éleva autour du chœur et du sanctuaire des chapelles, ménagées dans le mur de l’abside et dans les bas côtés de la nef.
Chapelles.—Dès la fin du Xᵉ siècle, suivant M. de Caumont, on voit quelquefois les bas côtés conduits tout autour du chœur et du sanctuaire, et communiquant avec lui par des arcades portées sur des colonnes; ces bas côtés durent dès cette époque donner asile à quelques chapelles. Au XIᵉ siècle, l’allongement du chœur et ces dispositions devinrent d’un usage général dans les grandes églises; elles apportèrent des modifications importantes dans le plan des églises. L’église de Vignory, qui date du Xᵉ siècle[38], montre une abside cantonnée de trois chapelles, dont le plan rappelle celui du Saint-Sépulcre à Jérusalem.
L’église de Saint-Savin, bâtie au XIᵉ siècle, a cinq chapelles autour du chœur, et les églises d’Auvergne, Notre-Dame-du-Port à Clermont, de Saint-Paul à Issoire, entre autres, qui remontent au commencement du XIIᵉ siècle, présentent à ce sujet des particularités fort intéressantes. Ce qu’il faut remarquer, c’est l’importance donnée à l’abside des édifices religieux élevés à cette époque par l’ensemble de ces chapelles rayonnant autour du chœur.