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L'ancien Figaro

1827 ÉTRENNES DONT ON NE VEUT PAS. (continued 2)

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Le lundi soir, en effet, les illuminations furent plus brillantes que la veille, surtout dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin. Là, par conséquent, se portait la foule. On criait, on tirait des pétards; mais, en somme, tout se passait le plus tranquillement du monde.

Il était déjà neuf heures du soir, les lumières s’éteignaient, la foule se retirait lentement, lorsque tout à coup éclata une de ces émeutes sans émeutiers comme savait, au besoin, en organiser la police. Une soixantaine d’individus à mines hétéroclites, qui firent subitement irruption dans la rue Saint-Martin, donnèrent le signal des désordres, ils brisaient à coups de pierres les vitres des maisons dont les illuminations s’étaient éteintes. Bientôt, ces violences ne leur suffirent plus: aidés de quelques désœuvrés et d’un assez grand nombre d’enfants, ils renversèrent les voitures que le hasard amenait dans cette direction et commencèrent des barricades. Les curieux, épouvantés, cherchaient à fuir; ils ne pouvaient; de tous côtés la rue était interceptée. Cependant, pas un agent de police ne paraissait, pas un gendarme; les postes voisins laissaient faire.

A onze heures seulement, la force publique donna signe de vie. Les faux émeutiers étaient loin. Il n’y eut, de la part de la foule, aucune provocation. Quelques cris de: A bas les gendarmes! poussés par des gamins, se firent seuls entendre. La troupe tira cependant, sans sommation, puis chargea. Il y eut des morts et des blessés. Quelques malheureux furent tués aux fenêtres, d’autres sabrés, tandis qu’éperdus ils s’enfuyaient par les rues latérales. A une heure, on entendait encore des feux de peloton.

Le lendemain, chose incroyable, les mêmes scènes se renouvelèrent. La police n’avait pris aucune mesure, elle n’avait même pas fait déblayer les rues Saint-Martin et Saint-Denis; les essais de barricades étaient toujours debout. Toute la journée, la circulation des voitures fut interrompue.

Puis, le soir, mardi, dès sept heures, les mêmes individus recommencèrent leurs attaques. Comme la veille, la police était absente. Les habitants de la rue demandèrent main-forte aux postes voisins; les postes refusèrent de sortir, ils avaient des ordres. Les bourgeois, alors, essayèrent de rétablir l’ordre eux-mêmes. Ils arrêtèrent quelques-uns des misérables et les conduisirent au poste; on les relâcha presque aussitôt.

Les barricades, cependant, allaient leur train. L’une d’elles, vis-à-vis du passage du Grand-Cerf, s’élevait presque à la hauteur d’un premier étage. Cette fois, les perturbateurs allèrent jusqu’à maltraiter quelques boutiquiers. Leur besogne faite, les misérables se retirèrent; puis, comme la veille, la troupe arriva de trois côtés à la fois. Les soldats ne trouvaient aucune résistance, n’importe, ils faisaient feu; les gendarmes sabraient. Jusqu’à une heure fort avancée de la nuit, la tuerie continua dans un rayon assez étendu. Il y eut des morts, un grand nombre de blessés.

Le lendemain, à Paris, la consternation fut grande, l’indignation plus grande encore. La capitale se leva en masse pour accuser la police, complice du ministère. Des plaintes furent déposées, la cour évoqua l’instruction. Mais, après trois mois d’enquête, le parquet fut obligé de rendre une ordonnance de non-lieu. C’était à la police de signaler les coupables, de les trouver; le pouvait-elle? Il resta prouvé qu’on avait tiré sur des citoyens inoffensifs, qu’on avait sabré des curieux et des passants: voilà tout.

Si, comme tout le fait croire, le ministère n’avait pas reculé devant un crime abominable, le crime ne lui servit de rien. Les électeurs des départements furent épouvantés, c’est vrai; l’opposition fut moins forte, mais elle conserva encore une majorité de plus de cinquante voix. C’était la chute du Cabinet, les ministres le comprirent. Le 26 décembre, les journaux annoncèrent le départ de M. de Villèle pour la Bretagne.

Mardi, 20 novembre 1827. BIGARRURES.

Tout Paris a été illuminé hier; l’allégresse était au comble: les pétards éclataient de tous cotés, les feux de joie se multipliaient à l’infini; les rues Saint-Denis et Saint-Martin étaient resplendissantes de lumières. La présence inutile d’une cinquantaine de gendarmes à cheval a seule troublé cette grande fête de famille. En vain les priait-on de marcher au pas; un vieil officier, placé sur le flanc du détachement, a commandé à sa troupe de partir au grand trot, et, brandissant son sabre, on l’a entendu s’écrier: «Frappez! frappez-les!»

Cette scène de désordre avait lieu dans la rue Saint-Denis au coin de la rue Mauconseil.

Mercredi, 21 novembre 1827. BIGARRURES

Dans la déplorable soirée d’avant-hier, M. Duvillard, officier de gendarmerie, de service au théâtre Feydeau, s’est permis d’éteindre à coups de pied quelques lampions placés à la porte du libraire Jehenne. M. Duvillard obtiendra sans doute une bonne note chez M. Franchet[5] pour cet acte de courage et de patriotisme.

COUPS DE LANCETTE.

La rue Saint-Denis va, dit-on, prendre le nom de rue des Boucheries.

* * *

Quand la foule ne veut pas se retirer, on la somme.

* * *

Autrefois il y avait guet à pied, guet à cheval; aujourd’hui, il y a guet-apens.

* * *

On n’a tué personne; on a seulement envoyé quelques prévenus devant leur juge naturel.

Jeudi, 22 novembre 1827. L’AVEUGLE ET SON FILS.

L’AVEUGLE.

Viens par ici, mon enfant; j’entends des cris de joie. Il y a bien longtemps que les accents de l’ivresse populaire ne sont parvenus à mes oreilles.

L’ENFANT.

Oh! papa, si tu pouvais voir combien les maisons sont brillantes! Neuf heures du soir viennent de sonner, et l’on se croirait au milieu d’un beau jour.

L’AVEUGLE.

J’ai souvenance que dans mon jeune temps les habitations des citoyens étaient souvent ornées de semblables lumières; mais ce n’était pas toujours une preuve d’allégresse.

L’ENFANT.

Je sais ce que tu veux dire; mais alors on n’apercevait qu’aux premiers étages la lueur vacillante de quelques lampions; les grands hôtels seulement étaient éblouissants de clarté, tandis qu’aujourd’hui un cordon de feu brille aux lucarnes de toutes les mansardes.

L’AVEUGLE.

Aux mansardes mêmes! c’est une fête nationale; le pauvre n’illumine pas par ordre. Avançons.

L’ENFANT.

Entends-tu le bruit des pétards?

L’AVEUGLE.

On les a prohibés. Et comment des hommes qui devraient jouir paisiblement d’un bienfait ou d’une conquête.....

L’ENFANT.

Ce ne sont pas des hommes, papa, ce sont des enfants comme moi, qui, voyant leurs pères heureux, veulent aussi prouver leur allégresse. Nous n’avons pas la voix assez forte; un pétard, cela fait du bruit!

L’AVEUGLE.

Cela peut faire du mal, et l’on se croirait en droit de réprimer fortement la joie du peuple pour un léger accident causé par des têtes sans cervelle: peut-être même profiterait-on de l’imprudence de quelques inexpérimentés pour mêler à eux des gens qui auraient une vengeance à exercer, des haines à assouvir.

L’ENFANT.

Tu as raison, mon père, car je viens de voir passer près de nous une foule d’hommes en guenilles qui viennent de lancer leurs fusées dans les vitres des maisons voisines. Entends-tu le bruit des carreaux que l’on casse?

L’AVEUGLE.

Il y a des lois; les malfaiteurs seront punis.

L’ENFANT.

Cependant, mon père, ils viennent de se ranger pour laisser passer une patrouille, et celle-ci ne leur dit rien.

L’AVEUGLE.

Le peuple ne se réjouit pas souvent, on ne veut pas troubler ses plaisirs.

L’ENFANT.

Ah! mon Dieu, papa, combien de soldats viennent au loin.

L’AVEUGLE.

N’aie pas peur, mon enfant; on a besoin souvent de déployer l’appareil militaire quand la foule est grande. Mais ces armes, que tu as le bonheur de voir briller, n’ont été tirées que pour défendre les citoyens, on ne veut que les protéger: ce sont les ennemis de l’ordre qui doivent seuls trembler, puisque ces soldats qui s’avancent vers nous ont mission de veiller à ce qu’il ne nous soit fait aucun mal.

L’ENFANT.

Mais quel bruit viens-je d’entendre? on dirait une décharge de mousqueterie.

L’AVEUGLE.

Ce sont les pétards dont tu parlais tout à l’heure.

L’ENFANT.

Je ne me trompe pas, une balle vient de siffler à mon oreille.

L’AVEUGLE.

Enfant, ne reconnais-tu pas le bruit que fait une fusée en s’échappant des mains de celui qui l’allume?

(Le même sifflement retentit une seconde fois aux oreilles de l’aveugle; il étendit la main vers son fils pour le rassurer; l’enfant n’était plus à ses côtés, il gisait sur le pavé.)

COUPS DE LANCETTE.

—Il y a donc eu beaucoup de personnes tuées hier? demandait mademoiselle Duch... à un gendarme qui se trouvait dans les coulisses le lendemain du désastre de la rue Saint-Denis.

—Mais non, répondit le naïf militaire; pas trop.

* * *

C’est comme parrain des 76 que M. Vil... a fait distribuer des dragées au peuple.

* * *

M. Vil... fait quelques corrections au calendrier, il vient de changer le jour des Morts.

CORRESPONDANCE MILITAIRE JEAN PICHU A SES PARENTS.

Jeudi, 29 novembre 1827.

Respectables parents,

I n’y a qu’un mois et un jour que je sui-t-au service, et l’on vient déjà de m’lancer au feu. Attention!... J’vas vous narrer la chose. V’là qu’à dix heures du soir not’ coronel mont’ sur son grand cheval de bataille. «Fantassins.... qui dit.... i n’s’agit pas d’ça: la patrie est en danger; i faut nous mett’en route.» Moi, j’étai-t-en train d’jouer à breling-chiquet; j’plante la partie là, et je cour-t-aux armes. Nous défilons tous en silence, tambour battant, le long d’not’faubourg, et nous faisons, une pause au coin d’la rue St-Denis, qui ce jour-là était tout illuminée d’lampions comme un volcan. Alors j’apercevons çà et là pas mal de péquins (sauf vot’ respect), qui avaient l’air de t’nir conciliabule... A c’te vue, le ventr’ commence à me grouiller... mais, à mesure que nous avançons, v’là les péquins qui fouinent... ça me donne du courage. Une échelle barre not’marche triomphante; all’ nous sert à monter à l’assaut... oui; mais on fait d’la résistance... Pour lors, not’ coronel qui n’ s’embête pas dans les feux d’file, nous crie: En joue... feu!... Moi, j’tire!... pass’que, voyez-vous, mes bons parents, l’soldat est un état à part; nous sommes tous des automates, comm’ dit not’ coronel, qui d’vons toujours obéir sans préambule. Après cett’ petite charge, nous nous précipitons sur les fuyards à travers les lampions. Au détour d’une rue, moi, j’vois un bergeois en retard... j’veux l’empoigner.... Pan! i m’donne un soufflet soigné, et s’sauve en m’appelant blanc-bec, dont j’ai la joue encore tout’ rouge. V’là pour le premier jour. Le lend’main, c’est à r’commencer. Je r’çois un éclat de pétard sur l’œil gauche, et pour changer j’ai la figure toute noire. L’troisième jour, même manége; mais i n’y avait plus personne. Stapendant, on me place t’en faction pendant quatre heures d’horloge, ousque j’attrapai un rhume de cerveau; j’battis la semelle avec un brave marchand de marrons en plein vent, qui m’permit d’prendre un air de feu à son fourneau. J’y brûlai un pan de ma nouvelle uniforme. J’croyais qu’à l’odeur du roussi mon coronel allait m’fourrer aux z’haricots... au contraire, i m’fit carporal sur le champ de bataille. Bref, je suis présent’ment à l’hôpital pour guérir ma chienne de catarrhe. Envoyez-moi de la bonn’ réglisse vivement.

Adieu, papa, maman; je suit en toussant votre fils bien-aimé.

Jean Pichu, fantassin.

COUPS DE LANCETTE.

La Gazette parle de liberté comme une prostituée de pudeur.

* * *

Au lieu de décorer les gendarmes et de casser les boutiques, on ferait mieux de décorer les boutiques et de casser les gendarmes.

* * *

On a vu M. Piet assis sur les ruines du pot-au-feu ministériel, ces deux grands débris se consolaient entre eux.

* * *

La nuit dernière, M. V... a senti un bourgeois de la rue Saint-Denis qui le tirait par les pieds.

JOURNÉE D’UN BON GENDARME.

«Le premier devoir d’un bon gendarme qui veut devenir brigadier est d’aller à la messe, de même que le premier devoir d’un employé supérieur des postes est d’inspecter les lettres, et celui de M. Piet d’avoir un chef de cuisine. Je me lève donc frais et dispos; je passe mon costume de ville, ma redingote bleue, je mets ma cravate et mes bottes à éperons; je prends ma grosse canne à pommeau d’ébène, je me mets en route... me voilà à l’église.

«Je me place d’ordinaire là où je vois le plus de monde; mais je laisse chanter les prêtres et dire la messe aux bonnes âmes qui m’entourent: ce n’est pas pour cela que je suis venu. Je regarde, j’observe, j’écoute, ce serait une bonne fortune pour moi si je pouvais mettre M. Franchet sur la trace d’un bon sacrilége!... Je serais brigadier demain.

«Rien à faire à l’église. Parcourons quelques quartiers de la capitale. Diable! qu’est-ce qu’on chante là-bas? Les Bons Gendarmes!... Quelle audace! Si j’attrape cet Odry, qui est sans doute un des rédacteurs du Constitutionnel, il passera un vilain quart d’heure. Quelle est donc cette rumeur chez ce libraire? Ah! j’y suis, on saisit des in-32. Bien! saisissez toujours. J’en saisis moi-même plusieurs exemplaires. Cela montera ma bibliothèque.»

Le bon gendarme continua ses travaux philanthropiques. Dix-sept exploits signalèrent sa matinée; et midi sonnait à peine qu’il était déjà de retour à la caserne, le menton enfoncé dans sa cravate, agitant sa grosse canne, et sifflant la marche de Robin des bois avec autant de plaisir qu’un étudiant sifflerait Quatremère de Quincy.

Enfin il fallut endosser la livrée guerrière. Le regard oblique de l’observateur fit place à l’air farouche d’un apprenti maréchal de France à 2 fr. 50 c. par jour. Ainsi costumé, il quitte sa caserne et reprend ses courses avec la ferme résolution de remplir sa mission avec conscience, afin d’être nommé brigadier.

«Oh! oh! voilà qu’on crie au voleur! à l’assassin! c’est mon affaire. J’empoigne l’individu, je le tiens ferme. Mais on se presse là-bas... qu’est-ce donc? C’est un élève en droit qui s’est échappé de Sainte-Pélagie. Un élève en droit! Vite, je lâche mon assassin, et je cours après l’étudiant. Je parie que ce mauvais sujet aura écrit contre le ministre ou contre les gendarmes. Si je l’attrape, je suis brigadier.»

L’étudiant courait plus vite et disparut.

Désolé de sa mésaventure, notre héros, après une longue promenade, finit par découvrir un simple perturbateur, et le conduisit au corps de garde. Il ne devint pas brigadier.

FEUILLE VOLANTE enVOLée d’un VOLume sur la VOLonté Par M. Dud***.

«Il ne faut jamais s’arrêter dans son vol.»

Prenons notre volée en riant du volcan voltairien et révolutionnaire dont volontiers les malévoles font peur aux voluptueux. Qu’espère ce volcan ou plutôt ce camp volant de voltigeurs volages, frivoles et faux, volontaires, par ses évolutions contre une ferme volonté qui peut dans son vol chasser ces volatiles dans une volière?

Mais ces volereaux, par leur volubilité, pourront volatiliser les esprits, et la révolte naître de cette volatilisation. Il faut volontairement paraître affaiblir son vol, voleter même, et, par d’adroites circonvolutions, s’emparer des bénévoles; puis faire volte-face, et nous avons la vole; car les voltigeurs ne pourront convoler à d’autres révolutions.

La volonté ferme a fait voler jusqu’à nous les noms de Scévole et de l’hôte des Volsques. Nous volerons aussi; et après sept ans révolus de travaux volumineux, un char nous fera voler à nos voluptueuses demeures, où, grâce aux biens qui nous seront dévolus, nous nous reposerons d’un long vol en voltigeant autour des volages en bavolet.

Soyons volontaires; mais si les frivoles révoltés, élevant volonté contre vol, faisaient envoler nos espérances, envolons-nous avec elles avant qu’ils ne nous rattrapent au vol.

Passant des adorateurs de Volianus aux anciens croyants de Vola, et poussé par Volturne jusqu’aux autels de Volutma; voguant sur le Volturnon en parcourant la Volhinie, bien fourré dans notre volvi, nous attendrons, pour volter et revoler près de nos pénates, le temps où Voltaire et la révolution ne rendront plus des esprits frivoles et volatilisés semblables aux malheureux atteints du volvulus.

COUPS DE LANCETTE.

Suivant M. de Clerm... Tonn..., on ferait d’excellentes bourres avec la Charte.

* * *

Enfin M. de Peyr... vient de rendre justice à quelqu’un, il s’est donné sa démission.

* * *

Les démissions deviennent à la mode en Angleterre; E. Vil... devrait bien imiter les modes anglaises.

CIRCULAIRE SECRÈTE TROUVÉE PAR UN INDIVIDU QUI VENAIT DE PRENDRE SON PASSEPORT

Nascuntur mouchards, fiunt gendarmes.

A tous les intéressés qui ces présentes liront, salut.

Faisons savoir que les aspirants mouchards qui pullulent autour de nous d’une manière étourdissante (et, par cela, nous mettent à même d’être plus difficiles sur le choix), qu’ils doivent se dispenser de s’inscrire sur les rangs, s’ils n’ont pas les vertus morales et les qualités physiques requises par le présent cahier des charges:

Art. 1er. Il faut qu’un mouchard soit bête, parce qu’un homme d’esprit ajoute toujours quelque chose dans ses rapports.

2. Qu’il soit sans pitié, parce que son père peut être républicain.

3. Qu’il soit discret, parce qu’il connaît toutes les bévues administratives.

4. Il devra boire comme un Suisse, mais garder le sang-froid d’un Italien. In vino veritas.

5. Il est de toute nécessité qu’il soit lâche: car la peur donne des jambes, et un poltron est moins exposé qu’un autre à laisser saisir sur lui sa carte d’électeur.

6. Il importe qu’il n’ait pas de religion, pour mieux surveiller la conduite des impies dans les églises.

7. Il est de rigueur qu’il soit escroc, pour ne pas faire rougir ses camarades. Il ne serait pas mal qu’il sortît du bagne.

8. Il lui est enjoint de ne pas faire de cuirs dans un salon et de ne parler que l’argot dans un cabaret.

9. Ses oreilles doivent être aussi étendues que l’esprit de César, pour entendre de quatre côtés à la fois.

10. Son omoplate doit être revêtue d’une épiderme fortement trempée, parce que les cuirasses de papier gris sont chères: l’administration a renoncé à en fournir.

11. On exigera des certificats authentiques d’une campagne sous le fameux Lebon, de trois ans de service sous Savary, et une attestation en règle de sa présence à Nîmes en 1815.

12. Il ne peut être affilié à aucune congrégation, parce que son temps est trop précieux.

Nota. S’il a toutes les qualités requises, il sera reçu à cinquante sous par jour. On lui paiera les coups de bâton à part et à la douzaine, et il aura des gratifications pour les avaries.

Notes in this chapter

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