1826
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COUPS DE LANCETTE
Une sentinelle a douze mots d’ordre différents, selon l’occasion.
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Etes-vous jésuite, certain avocat vous défendra. Etes-vous constitutionnel, il vous défendra encore.—Sa conscience est donc bien flexible! Mais son opinion, à lui?—Son opinion?... Il aime l’argent.
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Brunet, se trouvant à l’Opéra, s’est écrié comme Jocrisse, à la vue d’une cantatrice: Il faut frémir, frémons.
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Parfois, j’entends crier: Cailleau, Guiraud, Briffaut: Quels sont ces chiens de noms? Sont-ce des noms de chiens? —Du tout, vous êtes en défaut, Ce sont des noms d’académiciens.
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«Les maladroits!» disait M. Bénab... en apprenant que la tentative d’assassinat des janissaires avait échoué, «que n’en chargeaient-ils un jésuite!»
A chaque instant, le Figaro, comme tous les journaux de la Restauration, revient sur les jésuites; il ne faut point s’étonner de cet acharnement, il y aurait même, je crois, injustice à le blâmer.
«En ce temps-là, disait, dans l’Univers, M. Veuillot, les Siècle et les Constitutionnel mangeaient tous les matins un jésuite à la croque au sel.»
N’en déplaise à M. Veuillot, on ne faisait que se défendre. Les jésuites et les congréganistes ont ouvert l’abîme sous les pas de Charles X, il y est tombé, précipité par eux. Alors on fit tout pour le clergé, mais il voulait encore davantage. Il fut insatiable.
Les journaux, témoins des envahissements, des empiétements quotidiens, cherchaient à y mettre une digue. Il y avait tout à craindre de gens dont les passions politiques ont été de tout temps furibondes. Un pays voisin, d’ailleurs, donnait idée de ce que pouvait être la réaction.
En 1826, un auto-da-fé annoncé depuis longtemps attira à Valence une foule fanatisée. Le 31 juillet 1826, un pauvre israélite, revêtu du san benito, espèce de blouse couverte de peintures représentant des flammes et des diables, fut conduit au bûcher. Il était condamné à être brûlé vif; son crime était l’HÉRÉSIE. Il marcha au supplice entre une haie de dominicains, qui lui dépeignaient en chemin les délices dont il allait jouir dans l’autre vie pour prix de son supplice; ils l’appelaient frère infortuné. Tant que dura le supplice de la victime, les moines hurlèrent des hymnes dont le chant formidable devait étouffer les cris de l’infortuné.
Je laisse à penser l’épouvante de l’Europe, en apprenant que les feux de l’Inquisition se rallumaient en Espagne; son horreur, lorsque les journaux lui racontèrent ce sacrifice humain, nouvelle insulte à la religion du Christ.
Et c’est à nos armes, pourtant, que le fanatisme devait cette puissance. Qu’on s’étonne encore des attaques des journaux!
Quand la mode des auto-da-fé viendra, la Sentinelle de la Religion se mettra en éclaireur.
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On parle d’établir de Paris à Bruxelles des relais en permanence à l’usage de MM. les agents de change, les financiers, les libraires, etc., qui désireraient faire banqueroute.
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Un incendie vient de dévorer six arpents de bois dans la forêt d’Evreux, on assure qu’un jésuite y avait mis le feu en la traversant.
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M. le procureur général a reçu la dénonciation de M. le comte de Montlosier contre les jésuites; le même jour, M. Saintes a envoyé à Montrouge une dénonciation contre M. Montlosier.
Le comte de Montlosier, dont il va être si souvent question pendant l’année 1826, avait publié un ouvrage ayant pour titre: Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, la société et le trône. L’auteur y dénonçait l’existence de la congrégation et y livrait le secret de ses actes. Sa conclusion était celle-ci:
«Les quatre grandes calamités signalées au présent mémoire, savoir: la congrégation, le jésuitisme, l’ultramontanisme et le système d’envahissement des prêtres, menacent la sûreté de l’État, celle de la société, celle de la religion. Elles sont notées par nos anciennes lois; ces lois ne sont ni abrogées ni tombées en désuétude; l’infraction qui leur est portée constitue un délit; ce délit, par cela qu’il menace la sûreté du trône, celle de la société et celle de la religion, se classe parmi les crimes de lèse-majesté, crimes pour lesquels l’action en dénonciation civique n’est pas seulement ouverte, mais commandée...»
L’effet de ce mémoire fut profond, immense. La France s’épouvanta de se voir ainsi enveloppée dans un vaste réseau de sociétés religieuses secrètes, qui comptaient dans leur sein des ministres et des laquais, des rois et des cardinaux, des femmes et des enfants.
L’alarme retentit d’un bout du royaume à l’autre. On s’effraya de ces missionnaires, de ces moines, qui s’en allaient par toutes les provinces recrutant, à l’aide de la gendarmerie souvent, des néophytes et des affiliés. On frémit en les voyant embrigader les enfants dans la Société des bonnes études, et leur apprendre à chanter les louanges du Seigneur sur des airs d’opéras comiques en vogue:
Chrétien diligent, Quelle ardeur te dévore.
sur l’air du fameux chœur de Robin des bois, ou encore:
La religion nous appelle, etc....
sur l’air du Chant du départ.
Par les enfants et les domestiques habilement stylés, la congrégation pénétrait presque dans l’intérieur des familles, qu’elle tenait déjà par les femmes.
Voilà ce que dénonce le mémoire du comte de Montlosier.
Et l’effet fut d’autant plus grand, que le comte avait passé sa vie à attaquer le nouveau régime et à défendre l’ancien.
L’auteur du Mémoire tint sa promesse, et, malgré les cris et les menaces de cette toute-puissante congrégation, le 16 juillet 1826, déposa au greffe de la Cour royale la dénonciation annoncée.
La Cour devait se déclarer incompétente.
Mlle Adeline a souvent les yeux fixés sur le parterre d’une façon si singulière, que le parterre se met à rougir.
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M. d’El*** est le premier baron catholique, comme Montmorency fut le premier baron chrétien.
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M. Montlosier a dit: «Je soutiendrai mon opinion jusqu’à la mort.» Dépêchons-nous donc, ont dit les jésuites.
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Hier, nous avons vu M. le comte de Bonald, qui se parlait à lui-même.—C’était sans doute pour voir s’il pourrait se comprendre.
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M. Briffaut a dit, dans son discours académique, que «Louis XIV imposa la gloire à son siècle.» C’est une imposition à laquelle M. de V... n’a point pensé.
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Un missionnaire observait très-pertinemment que l’infâme Voltaire avait assez écrit pour perdre deux millions d’âmes, et pas assez pour allumer dix bûchers.
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Les jésuites ont des poignards, M. de Montlosier n’a que sa plume; les armes sont-elles égales?
Dimanche, 23 juillet 1826. ESQUISSE L’ACTEUR DE PARIS ET L’ACTEUR DE PROVINCE L’ACTEUR DE PARIS.
Il est midi, il vient de se lever et, revêtu de son élégante robe de chambre, il fait quelques tours dans son appartement, visite ses tableaux et ses fleurs et demande ses journaux. Il sourit agréablement à la lecture de celui-ci, il grimace à la lecture de celui-là. «Jean!» s’écrie-t-il, et Jean accourt: «Tu renouvelleras mon abonnement à cette feuille et tu en prendras un second à celle-ci... A propos, Jean! tu passeras chez M***, l’auteur de la pièce nouvelle, pour lui dire de venir me voir.»
Après ce préambule, il se met à table, prend son rôle et le parcourt entre la côtelette et le chablis. «C’est pitoyable, dit-il de temps en temps; les auteurs ne travaillent que pour eux, rien pour les acteurs.» On sonne. «Déjà des visites, à cette heure!... Que voulez-vous, bonhomme?—Je suis le tailleur de monsieur, je venais pour un petit compte à régler.—Vous repasserez, je n’ai pas la tête aux calculs... Et vous, l’ami, que demandez-vous?—Je suis... vous savez...—Fort bien; il me faut trente hommes ce soir, voici trente billets, soignez donc un peu mieux mes entrées.—Monsieur sera content.» On sonne encore: c’est l’auteur de la pièce nouvelle. Il n’entre qu’en tremblant, il sait qu’il va subir mille observations plus ou moins ridicules dont il se propose bien de ne tenir aucun compte. En effet, l’acteur commande des rectifications, l’auteur résiste; la dispute s’échauffe; l’acteur tient bon et, dans son dépit, écrit au régisseur pour lui annoncer une indisposition subite; puis il fait sa toilette et court à la Bourse acheter fin de mois, sur le produit présumé de sa prochaine représentation à bénéfice. De la Bourse il vole vers la nouvelle propriété qu’il vient d’acquérir. A son retour, il tombe réellement malade en apprenant que la rente a baissé à Tortoni, et que sa doublure s’est fait vigoureusement applaudir dans son rôle, grâce aux trente hommes dont il a fait les frais. De dépit il va s’enterrer dans son petit ermitage, en ayant soin d’envoyer toucher à la caisse du théâtre ses émoluments et ses parts.
L’ACTEUR DE PROVINCE.
Il est six heures; le jour luit à peine, et déjà du fond d’une modeste alcôve retentit la voix d’Agamemnon, puis bientôt après celle de Scapin. «Chien de métier,» s’écrie en s’élançant hors de son lit un homme long et sec, «faire pleurer et rire alternativement, mourir et ressusciter régulièrement tous les soirs; et cela pour mille écus par an! chien de métier! allons du courage, une dernière répétition: Oui, c’est Agamemnon. Qui frappe?» Agamemnon pâlit et craint que ce ne soit quelque créancier matinal; vainement il cherche dans sa tête quelque tour de Scapin pour l’éconduire; on frappe encore, la porte s’ouvre d’elle-même! Dieu soit loué! c’est M. le Directeur.
Il entre avec précipitation, comme un homme affairé, et, sans avoir songé seulement à donner le bonjour au roi des rois, il déploie un rôle nouveau avec une partition: «Vite à l’ouvrage, vous me voyez dans un embarras... Notre opéra est annoncé et attendu pour ce soir, et notre basse-taille ne s’avise-t-elle pas de faire une chute à se casser la jambe?—Eh bien!—Vous allez prendre son rôle.—Vous plaisantez, une partie de basse-taille pour un soprano! d’ailleurs je suis enrhumé.—Tant mieux, cela renforcera votre voix; au reste, il n’y a que deux morceaux d’ensemble. Du courage! à midi répétition, et ce soir gratification si la recette est bonne.
Agamemnon-Scapin s’exécute de bonne grâce; la répétition arrive, il ne bronche presque pas, et, pour se donner plus de courage, il va chez le traiteur attendre l’heure de la représentation. Mais, fatale imprévoyance! sans doute il croyait déjà tenir la gratification, et quand vint le quart d’heure de Rabelais, il se souvint qu’elle n’était que promise; que faire? Le roi des rois n’a de crédit nulle part; Scapin vient à son secours: il envoie la carte à payer au théâtre, en priant le cher directeur de venir le dégager. La représentation a lieu; il est applaudi, sifflé, que lui importe! il n’a d’ambition et d’amour-propre que pour mille écus.
COUP
A la porte du couvent de Saint-Acheul, il y a, dit-on, un rémouleur qui n’est occupé qu’à aiguiser de petits couteaux.
Lundi, 24 juillet 1826. RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE DES PAPES
On déclame beaucoup aujourd’hui contre les usurpations des jésuites et les envahissements du spirituel sur le temporel, et il n’en résulte que beaucoup de bruit sans que le pape et le clergé s’en inquiètent le moins du monde. Que redouter, en effet, d’allégations vagues et mal fondées? Ce sont les faits qui tuent, et non les mots.
Aussi n’hésitons-nous pas à placer, en tête des ouvrages qui traitent cette matière, le Résumé de l’histoire des Papes. L’auteur donne rapidement, et en peu de mots, l’esquisse de la vie de chaque pontife. Peu de réflexions et beaucoup de détails, voilà comme il faut écrire l’histoire abrégée. Mais ce qui distingue surtout cet ouvrage, c’est un ton de gravité qui était commandé par le sujet, et que l’auteur n’abandonne jamais. C’est un mérite de plus, qu’au temps qui court on ne saurait trop apprécier.
Le pape, dit Montesquieu, est une vieille idole qu’on encense par habitude; il aurait pu ajouter par faiblesse et par superstition. L’histoire offre-t-elle rien de plus déplorable que l’excommunication de l’empereur Henri IV, et n’y a-t-il pas quelque chose de révoltant dans la défection de ses sujets dès qu’il fut condamné par l’ambitieux Grégoire?
Quoique la chaire de saint Pierre ait été souvent occupée par des hommes vraiment vertueux, on y a vu s’asseoir assez de pontifes indignes pour ne pas souhaiter de la voir dominer sur tous les trônes chrétiens. Et, d’ailleurs, où sont les titres de l’évêque de Rome à cette suprématie universelle qui ne soient mis au néant par chaque page de l’histoire?
Il est assez singulier que, dans le nombre des successeurs de saint Pierre, une femme ait figuré, les uns disent pendant deux ans et demi, les autres disent pendant cinq mois. En 854, un prêtre, connu sous le nom de Jean d’Anglican, fut élu après la mort de Léon IV. Un jour que, revêtu des habits pontificaux, il se rendait processionnellement à Saint-Jean de Latran, il parut éprouver des douleurs très-vives que ses efforts pour les cacher augmentèrent encore. Enfin le pape accoucha, ou plutôt la papesse, car c’était une femme, entre le Colisée et Saint-Clément; elle mourut sur la place même. Un monument d’expiation y fut élevé et subsista jusqu’au pontificat de Pie V, qui le fit détruire. De là vint la coutume de faire asseoir le nouveau pape sur un siége creusé, de manière qu’un homme pouvait passer dessous et s’assurer du sexe. Aussitôt cette opération faite, on s’écriait: Papam virum habemus.
COUPS DE LANCETTE.
Monsieur de Montlosier a demandé au préfet de police la permission de porter une cuirasse sous ses habits.
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On annonce un prochain changement de ministère.—Quel bonheur!... Mais ce n’est qu’en Angleterre.
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Une Excellence, ayant entendu parler des conversions d’un révérend, répéta avec joie: «C’est donc un diable que cet homme-là?—Non, monsieur, c’est l’abbé G...»
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Depuis que l’abbé G... a fait brûler Voltaire et Rousseau, on sait de quel bois les jésuites se chauffent.
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Le général D... porte son épée comme un homme de cœur; cela ne dit pas qu’il soit brave.
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Madame de G..., craignant de ne plus faire parler d’elle, après sa mort, vient de prier M. Auger de lui composer son épitaphe. La voici:
Ci-gît, mère de cent enfants, Des comtesses la plus féconde; Elle a fait du bruit dans le monde, Elle y parla quatre-vingts ans.
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Madame de Genlis ne croit pas aux jésuites, parce qu’elle n’en a pas connu avant la révolution.
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C’était, avant-hier, la fête de Montrouge; MM. les jésuites se sont livrés à leur gaieté naturelle. Après un repas délicat, toute la confrérie a entonné en chœur ce doux refrain:
Il faut leur percer le flanc, Plan, plan, rataplan, etc., etc.
Montrouge, dont Figaro parle à chaque instant, et que le Courrier français appelait «l’antre du fanatisme,» est la petite commune aux portes de Paris où les jésuites avaient fondé une maison mère. A Montrouge se tenait le conseil supérieur, dont les instructions et les commandements volaient avec une inconcevable rapidité d’un bout de la France à l’autre. «Les télégraphes jésuitiques de Montrouge, dit un journal, l’emportent sur les signaux du gouvernement.»
«Montrouge, disait un autre journal, c’est le jésuitisme, le foyer de la congrégation, le vrai siége du gouvernement.»
Qu’est-ce donc que ce joujou-là? demandait un enfant à un frère ignorantin, en lui montrant un canif.
—Mon fils, lui répondit l’élève de Montrouge, c’est un instrument qui sert à corriger les rois.
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Le Moniteur prépare une circulaire pour annoncer à l’Europe qu’il est le plus spirituel, le plus amusant, le meilleur des journaux littéraires... Nous croyions que c’était la Pandore.
Samedi, 29 juillet 1826.
VIEUX CONTE S’IL EN FUT JAMAIS
Or, il advint dans un pays de jubilé, par delà des montagnes bien hautes, qu’un jour il y eut grand aria, comme on dit. Voilà que tout à coup il n’y avait rien dans les coffres, rien dans la cave, rien au grenier, ni foin ni paille, rien enfin à mettre sous la dent. Quand il n’y a point de foin au râtelier, les ânes se battent. Mais il faut manger, quoiqu’on se batte; les uns firent ceci, les autres cela, tous firent de travers et cheminèrent de mal en pis. «Parbleu, dit un jour celui qui avait la plus belle plume au chapeau (bien qu’elle fût toute sale) et les plus beaux hauts-de-chausses (bien qu’ils fussent de pièces et de morceaux), si nous allons de ce train-là, nous n’irons pas loin; vite un tambour, et qu’on aille tambouriner partout pour que chacun vienne de suite, réflexion en poche et sabre au côté pour couper ce nœud gordien-là.» Un chacun réuni, après les dits et redits, le bourdon d’une grosse cloche coupa court, et l’on patenôtra cinq à six Orémus. Puis l’homme à la plume, d’un ton dolent, crachant à droite, éternuant à gauche, à quoi l’on repartit: Dieu vous bénisse, s’escrima ainsi, sur les choses du moment, avec un accent le plus solennel du monde: «Mes très-chers frères, saint Ignace (ici ceux qui étaient derrière les autres donnèrent un grand coup de front sur la nuque de ceux qui étaient devant; le mouvement gagna jusqu’à ceux qui étaient en tête de la longue et large colonne, et ceux-ci le firent à leur tour rétrograder brusquement jusqu’aux endormis de la dernière banquette), le grand saint Ignace, continua-t-il, nous punit par l’inanition des indigestions que nous nous sommes données. C’est visible: il faut donc, je crois, que le plus ventru de nous tous y passe le goût du pain et soit regardé comme le bouc émissaire des péchés d’Israël; saint Ignace m’est apparu rouge de colère comme l’œil du coq; il faut l’apaiser! Moi, je n’y vais pas par quatre chemins; j’ai mangé à crédit partout où j’ai pu; j’ai cédé, moyennant pot de vin, bail sur bail, les gros fermages de tous les pays; puis, le temps est venu où je n’ai plus à ronger que ma plume et mes chausses, si nous n’y mettons ordre, vous pour moi, et moi pour vous.»
Après ces mots, il y eut de la sensation, et les petits enfants demandèrent des tartines. Un conseiller, qui avait été nourri de la lecture de Molière, leur fit donner le fouet tout leur soûl. Puis un gros joufflu qui louchait, portant robe noire et perruque idem, parla dans ces mots en caressant un petit garçon d’un air tout à fait mystique: «Quand on n’a pas de pain, j’en ai encore et le garde; j’ai raison, et l’on doit être fier de me voir si dodu et si vermeil. On dit que j’ai faim comme quatre, et que je mange comme huit. Qu’est-ce que cela prouve, sinon que j’ai de l’appétit. On vit comme on peut; je peux parce que j’ai. Que ceux qui ont du crédit s’en servent, on payera quand on pourra; et quant aux gueux qui n’ont rien, ce sont des gueux qu’il faut pendre, cela leur apprendra à vivre. J’ai dit.» Tous tes plus grands, tous les plus gros, gens à pistolets et poignards en poche, gaillards trapus et hargneux, dogues à longs crocs et colliers pointus, excitèrent alors un vacarme d’applaudissements de tous les diables; on bâillait de faim, on braillait d’enthousiasme.
Quand on se fut bien estomaqué, un petit homme, couleur gris de poussière, sec comme la mort, blême comme un carême, jambes en fuseau, corps menu, nez d’un pied de long, grimpa dans l’égrugeoir comme un écureuil, et là, de pérorer d’une voix affamée, tirant la langue comme un chien de chasse qui vient de courre:
«Mes amis, je devrais me taire, car je n’ai pas soupé hier, déjeuné ce matin, ni dîné ce soir (murmures), mais la conscience l’emporte: je vais faire une révélation terrible. Un jour de fête, car, Dieu merci, nous sommes dans les fêtes jusqu’au cou, nous vivons comme des bienheureux (applaudissements), je fumais, car que faire de mieux, si on ne mange, que de fumer? (murmures plus prononcés)—quand une idée que je crus pieuse me passa par la tête: cette idée, messieurs, c’était de fondre toutes les cloches des monastères du pays pour en faire des pièces de six maravédis, à l’effet d’acheter pour nous et les nôtres des petits pains de seigle.» A peine l’orateur eut-il parlé, qu’il fut accueilli à grands coups de pied, à grands coups de poing, hué, conspué, tiraillé et reconduit avec force gifles, croquignoles, rebuffades et crachats au nez, jusqu’à une des plus belles potences qui aient jamais eu quinze pieds, et accroché, à la grande satisfaction de toutes les bonnes âmes, par le beau milieu de son cou. Depuis lors, le pays devint le chaos le mieux organisé, l’enfer le plus cagot qu’il se fût oncques vu; il y eut des cloches sans pain, des fêtes où l’on ne riait pas du tout, des cantiques de cinquante et quelques couplets, force coups de couteau, contrebande, guerre civile, combats de taureaux, peste, famine, plaies et bosses à bouche que veux tu, et autres gentillesses dans ce moule; mais, par-dessus le marché, pas une pièce de monnaie dans l’escarcelle pour acheter du baume de fier-à-bras!
COUPS DE LANCETTE.
Rivarol accusait M. Ginguené d’avoir des phrases d’une longueur désespérante pour les asthmatiques.—Qu’aurait-il dit de celles de M. Villemain?
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Jésuite pour jésuite, disait madame d’A..., j’aime mieux ceux à robes longues, cela cache mieux les choses.
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La Gazette, le Drapeau blanc et le Journal de Paris, depuis qu’ils publient les nouvelles de Portugal, ressemblent à ces tyrans de mélodrame, qui se montrent avec un visage riant et se retournent aussitôt en fronçant le sourcil et en disant tout bas: Dissimulons.
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Un dentiste célèbre, attaché au service d’un prince étranger, demandait au chambellan dans quelle langue il pourrait adresser ses remercîments à Son Altesse.—En français, si vous voulez, reprit le courtisan, pourvu que vous évitiez de prononcer le mot mâchoire.
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Dans une de ses dernières brochures, M. le comte de Bonald dit qu’il ne connaît rien de plus beau que les pays gouvernés par les prêtres, et il cite la fière Espagne avec son inquisition et ses moines.
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MM. Bénab... et Ling..... sont toujours à louer ou à vendre.
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Deux moines de la sainte inquisition lisaient à Madrid les détails de l’incendie de Constantinople.—«Que les habitants de cette ville sont heureux!» s’écria l’un des saints pères, «ils peuvent jouir à chaque instant du plaisir de voir brûler des hommes, des femmes et même des enfants!...»
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Il y a un proverbe florentin conçu ainsi: Qui fait ses affaires ne se salit pas les mains; M. le comte de... doit avoir les siennes furieusement propres.
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On a cité en justice un brave homme parce qu’il se nomme Napoléon. Est-ce en France ou chez les Hurons?
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M. de V... se fait, dit-on, répéter tous les matins, depuis huit jours, cette maxime d’un ancien: Un flatteur est un esclave qui n’est bon pour aucun maître.
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La Sentinelle de la Religion prétend qu’elle soutient tous les bons principes....... Sans doute comme la corde soutient le pendu.
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Mlle Delâtre disait qu’elle connaissait les livres de morale.—Oui, lui répondit-on, comme les voleurs la gendarmerie.
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Un auteur célèbre a dit que l’existence entière des jésuites fut un grand dévoûment à la religion et à l’humanité; ajoutez: et aux petits garçons.
Les vengeances et les colères d’une réaction furieuse donnèrent, sous la Restauration, un rôle des plus importants à la délation. Les délateurs, comme ceux de la Rome antique, sûrs de l’impunité, que dis-je, certains d’obtenir des récompenses et «des honneurs,» ne se renfermèrent pas toujours dans leur strict devoir. D’espions, ils devinrent agents provocateurs et, pour satisfaire leur «honnête ambition,» se mirent au service des rancunes. De là, des piéges honteux tendus à la crédulité d’une foule de malheureux, qui payèrent de leur tête le crime d’avoir écouté les propositions de misérables chargés d’organiser des émeutes et des complots, où d’autres misérables plus puissants qu’eux ramassaient dans le sang des victimes des croix et des cordons.
On est révolté au seul souvenir des crimes des cours prévôtales, en ce temps de terreur contre-révolutionnaire. Que de sang, à Grenoble! on y exécuta des hommes, des vieillards, un enfant, et plusieurs cependant avaient été reconnus innocents. A Lyon, on décima un village. Un député put s’écrier à la chambre: «Tous vos complots, jusqu’ici, ont été organisés par la police.» La droite ne dit pas non. Qui ne sait les tristes détails de la conspiration Berton, à Saumur; de l’affaire du colonel Caron! Ils avaient été vendus à l’avance.
«L’espionnage, disait M. de Montlosier dans son mémoire, était autrefois un métier que l’argent commandait à la bassesse; il est aujourd’hui commandé par la probité, par les devoirs que la congrégation impose. On assure que l’espionnage est devenu comme de conscience: on est prêt à lui donner des lettres de noblesse.»
En 1826, partout et toujours, l’opinion émue voyait des mouchards et des agents provocateurs.
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Samedi, 12 août 1826.
NOTES MANUSCRITES
EXTRAITES DES MÉMOIRES D’UN MOUCHARD
Ma naissance ne fut pas plus célèbre que celle de Lazarille de Tormès: fils d’une femme de mauvaise vie, je fus vendu par elle à l’âge de cinq ans à un vieux mendiant; j’appris des camarades de mon sort, dans les tavernes où mon maître allait s’enivrer avec des confrères dignes de lui, mille jolis tours d’adresse que je mis en pratique dans plusieurs occasions assez importantes. Une seule manqua et me fit un nom: j’allais être pris, je défilais avec deux aigrefins de ma taille, et, trop fier pour mendier désormais, nous associâmes nos rares talents. Je gravissais avec légèreté cette échelle de drôleries qui conduit raide à la potence, lorsque l’exemple de mon meilleur ami, suspendu par le cou à un gibet, refroidit subitement mes principes chevaleresques. Ayant trop de cœur pour en revenir à mon premier état, pas assez pour persévérer dans le second, je me fis mouchard. Là se développa le génie que m’avait donné la nature. J’ai servi tour à tour à Londres, à Paris, à Vienne; les mystères de l’Escurial, le sphynx du Saint-Office, les énigmes du Vatican, ne furent pour moi que des secrets de Polichinelle: j’étais un joyau qu’on se prêtait par considération. J’ai tramé dans la machine infernale, mis, un des premiers, le feu à Moscou, et jeté le cri de sauve qui peut à Waterloo. J’étais présent au dix août. J’ai porté des rafraîchissements à l’Abbaye dans les premiers jours de septembre. J’ai traité de puissance à puissance avec Robespierre, soupé avec Lequinio, qui soupait avec le bourreau. J’étais un des gendarmes d’élite qui ont mis à mort le duc d’Enghien dans les fossés de Vincennes. Je fus un moment revêtu d’un caractère semi-diplomatique pour vendre Paris aux Cosaques; depuis j’ai parcouru Avignon, Grenoble, Nîmes, où périt Brune, et finalement Lyon. Tout jusque-là m’avait réussi. Ma fortune donna contre un écueil. Chargé de mettre des papiers parmi ceux d’un général royaliste, je refusai: j’avais fait l’honnête homme, je fus destitué; je le devins tout à fait. S’il n’y avait que la vertu qui surnageât, que d’Excellences on pourrait noyer dans un verre d’eau.
En devenant honnête, je devins furieux; cela se voit souvent, surtout lorsque la rancune est plus forte que l’amour-propre: je résolus de faire mes Mémoires; je les fis. J’allais les publier, lorsqu’un de mes amis, ancien prêtre, aujourd’hui père légitime d’une demi-douzaine de marmots qu’il élève à la Lancastre et pour les arts libéraux, homme de mœurs douces et d’esprit prudent, me représenta que les minutes officielles de mes aventures existaient, signées de ma main, au dépôt des archives, et qu’ainsi l’anonyme même ne saurait me mettre à l’abri des investigations de mes anciens compagnons d’armes. Je ne voulais pas donner quinze et brisque sur mon jeu, et mourir martyr après avoir vécu comme un gredin. Je me tus: je serrai mes paperasses, comme fit le courageux Ducis quand il écrivait contre Napoléon. Mais j’enrageais, j’enrageais... Je découvris bientôt un nouvel argument à l’appui du premier.
C’est moi, disais-je, qui ai révélé à Napoléon les conciliabules secrets du mont Saint-Valérien; le Calvaire a repris sa splendeur, certains messieurs, que l’on dit y apparaître encore, pourraient bien se piquer d’être plus chrétiens que l’Évangile. Taisons-nous: tout n’est pas gain pour ceux qui écoutent.
C’est moi, disais-je, qui ai démontré la connexion de l’affaire Pichegru avec celle de Georges; bien que M. Basterèche l’ait dit en toutes lettres à la tribune, il doit peu me convenir à moi de traiter Pichegru d’assassin. On lui élève une statue et, quoi qu’en dise l’article 8 de la Charte, ses amis et les amis de leurs amis pourraient se montrer plus royalistes que le roi. Taisons-nous: tout n’est pas gain pour ceux qui écoutent.
Si, ajoutai-je encore, je me vantais d’avoir mis le nez jadis dans les papiers de Cambacérès, on pourrait me faire des questions embarrassantes sur la cause de leur disparition, et si je disais ceci et cela, je pourrais passer pour un calomniateur, parce que je ne les ai plus devant moi, et que du reste je ne voudrais pas les avoir dans ma poche, Dieu m’en garde! Ainsi taisons-nous: tout n’est pas gain pour ceux qui écoutent.
Si je racontais l’histoire de la souricière (celle de Bayonne, bien entendu), je sais bien que le prince de T.... et l’archevêque de P.... ne m’accuseraient pas de mensonge. M. le duc de R..... pourrait faire une seconde publication, à cet égard, aussi risible que la première, mais ni lui, ni moi, ni nos amis, ne regagnerions nos entrées, et je ne vois là que dangers sans honneurs pour sortir d’un pas de clerc. Sylla, en affranchissant ses esclaves, se créa par cette adresse des légions de clients. Taisons-nous: tout n’est pas gain pour ceux qui écoutent.
J’aurais parlé, disais-je encore, de l’affaire des sous-traitants à qui Napoléon fit rendre gorge un peu à la turque: c’est moi qui avais arrêté le gros maréchal-ferrant millionnaire: mais que d’allusions à l’affaire Ouvrard! On dit que celle-ci tient à tant de choses si délicates, à ceci, à cela, à presque tout enfin. Je veux croire que ce sont des propos de gobe-mouches, c’est bon. Mais taisons-nous: tout n’est pas gain pour ceux qui écoutent.
On sait, disais-je enfin, comment est mort Paul Ier, et moi aussi, je le sais: mais si, comme le dit M. Dulaure, les Anglais ont semé l’or sterling à la brouette dans les quarante-quatre mille communes de la France, pour faire bouillir le vif-argent dans toutes les cervelles gauloises, aux bons vieux jours de Foucher, Carrier, Marat et Compagnie, ne trouveraient-ils pas dans quelques petits coins de leur escarcelle, toute délabrée qu’elle me paraît aujourd’hui, de quoi acheter à bon compte la peau de moi, chétif, dussé-je, comme une grenouille dépouillée, ne vivre que juste ce qu’il faut après pour la voir bien et dûment tannée pour en faire un tambour. Pas de ça, s’il vous plaît. Taisons-nous: tout n’est pas gain pour ceux qui écoutent. Et je jetai mes Mémoires au feu....
COUPS DE LANCETTE.
Dans un pays qui touche à la Turquie, les uns reçoivent des cordons, les autres n’obtiennent que la corde.
* * *
M. T. L. assure qu’il est un homme.
* * *
A Londres, la nommée Marie Cocnet d’Ouvrard, qui se dit fille du munitionnaire de Sainte-Pélagie, a été condamnée à la peine capitale pour avoir volé une montre.—On la croit de la famille.
Lundi, 21 août 1826.
ALBUM DE CHÉRUBIN.
A-compte.—Femme qui donne un à-compte sur une affaire amoureuse ne tardera pas à la solder.
Déclaration d’amour.—Déclaration de guerre contre la vertu.
Esprit.—Une belle femme sans esprit est un dieu qu’on admire et auquel on ne sacrifie pas.
Familiarité.—Porte ouverte à l’amour.
Hélas!—Expression de la douleur, aussi fugitive que celle du plaisir.
Impôt.—Le regard d’une jolie femme est un impôt sur notre cœur.
Jalousie.—Saint Jérôme est presque une autorité en amour. Il dit que la jalousie d’un mari est sottise, car si une femme est facile, il est impossible de la garder; et si elle est chaste, elle n’a pas besoin qu’on la surveille.
Laideur.—Elle est une autre Vesta qui conserve religieusement le feu de la chasteté.
Mélange.—Le je ne sais quoi d’une femme se compose d’un mélange d’attraits, d’appas et de charmes qui séduit, engage, entraîne.
Œillade.—Lancée par une coquette, c’est un filet qui sert à prendre des dupes.
Paradis.—Un religieux arabe a dit que Dieu avait un paradis à part pour les femmes, parce que si elles entraient dans celui des hommes, elles en feraient un enfer.
Secret.—La Fontaine prétend qu’une femme ne peut garder un secret. Malgré le bonhomme, il est une justice à leur rendre: jamais elles ne divulgueront le secret..... de leur âge.
Tartufe.—Il est des tartufes femelles, mais ce sont les moins dangereux.
Vertu.—Rien ne conspire plus contre la vertu des femmes qu’elles-mêmes.
Yeux.—Agents provocateurs du plaisir.
Jeudi, 24 août 1826.
ANNIVERSAIRE


Il y aura, ce soir, à minuit, deux cent cinquante-quatre ans! La paix avait été signée entre les factions: la liberté des cultes en était la conséquence... Tout à coup, la cloche de Saint-Germain-l’Auxerrois annonce le signal, et, de proche en proche, le tocsin appelle tous les assassins au meurtre: ils sont prêts sur tous les points de la France. Rome approuvait la mort de Coligny... Il tombe sous le fer d’un valet!... Besme! cela est-il fait? s’écrie une voix.... Un cadavre qui tombe aux pieds de Guise lui sert de réponse... Il le foule! Va, Guise, va porter cette tête à Médicis. Ne crains pas. Hideuse, défigurée, sanglante, elle ne fera pas reculer Charles IX! Un ennemi mort sent toujours bon. Réjouissez-vous donc, respirez à l’aise, il y en a cent mille!!!! O rigueurs salutaires!....
COUPS DE LANCETTE.
—Où Bazile court-il donc, avec cet air si gai?
—Comment! tu ne sais pas?
—Non!
—C’est aujourd’hui jour de fête.
—Oh! oh! et quelle est donc cette fête, qui donne un éclat si vif à tes yeux creux et à ta physionomie plombée?
—La Saint-Barthélemy, parbleu!
—Infâme!....
* * *
Mademoiselle Maria se plaint que les journalistes s’acharnent sur elle comme des corbeaux. Certes, notre méchanceté est connue, mais nous n’aurions jamais osé dire celle-là.
* * *
Il y a des gens bien élevés, en Russie: les potences ont quinze pieds de haut.
* * *
Savez-vous pourquoi le bibliothécaire B... serait bien placé aux finances?—Non!...—Parce qu’il ne touche pas au dépôt qui lui est confié.
* * *
La statue de Louis XIV qui a été érigée à Lyon a coûté, tous frais faits, 537,950 francs. Que l’on dise ensuite dans vingt biographies que Louis XIV ne vaut rien.
* * *
L’Etoile est payée pour mentir. Elle va prouver dans son prochain numéro que, lors de la Saint-Barthélemy, les protestants se sont suicidés eux-mêmes pour faire tort aux jésuites.
* * *
—Un juge présidant les dernières assises A certain vagabond reprochait son larcin. —Ah! parbleu! répond-il, dites donc des sottises, Sans les voleurs, bientôt vous crèveriez de faim.
* * *
M. Lecomte, qui est généreux comme un Arabe, offre CENT FRANCS à l’homme de bonne volonté qui ira chercher querelle aux journalistes. Nous serons plus libéraux. Nous offrons cinq cents francs à l’homme de corvée qui aura le courage de déclarer publiquement que M. Lecomte est un bon acteur, un bon auteur et un homme d’esprit.
L’AMI DES MONSTRES
M. Geoffroy Saint-Hilaire est un professeur du Jardin des Plantes et membre de l’Académie des sciences (section d’histoire naturelle). C’est un homme fort savant et fort laborieux. Il se passe fort peu de séances de l’Académie des sciences sans que M. Geoffroy Saint-Hilaire n’ait quelques monstruosités nouvelles à signaler à l’attention de l’Académie. Les monstres sont une de ses manies, car il en a encore une autre dont nous parlerons tout à l’heure; M. Geoffroy Saint-Hilaire voit des monstres partout: il conserve chez lui, dans l’esprit-de-vin, des veaux à deux têtes, des chats à six pattes, des enfants à quatre jambes, des jumeaux attachés par le ventre, etc., etc. Avez-vous un doigt de plus ou de moins, vous êtes monstre; et M. Geoffroy Saint-Hilaire a été tenté de se déclarer monstre lui-même en se voyant dans une glace, parce qu’il a la plus extraordinaire construction d’oreilles qu’on puisse imaginer.
M. Geoffroy Saint-Hilaire arrive ordinairement à l’Académie armé de vases et de bocaux renfermant des monstres. Lundi dernier, le savant professeur est arrivé précédé d’une terrine de Nérac, de ces terrines pouvant contenir six perdreaux truffés. C’est un pâté, s’écrie-t-on de toutes parts; c’est un pâ â té, s’est écrié un académicien aussi éloquent que notre ami Bridoison; chacun se lève, et tous les membres du docte corps demeurent la bouche ouverte et les yeux fixés sur la bienheureuse terrine. Quel désappointement! Le professeur prend la parole: «J’ai l’honneur de présenter à l’Académie, dit-il, un enfant né il y a huit jours....» Chacun se rassied et se bouche le nez.... M. Geoffroy Saint-Hilaire s’aperçoit de l’effet produit par sa harangue et continue: «J’emporte mon monstre à la bibliothèque, et je le montrerai à ceux qui le désireront.»
M. Geoffroy Saint-Hilaire a encore une autre manie, de trouver une analogie entre l’homme et les moindres animaux. Dernièrement il expliquait l’analogie qu’il prétend exister entre l’espèce humaine et le lézard. Il avait apporté un de ces animaux dans une fiole; la fiole passait de mains en mains: elle arrive à un académicien, homme de beaucoup d’esprit, qui la passe à son voisin, en disant: «Mon confrère, permettez-moi de vous passer notre confrère.»
Avec tout cela, M. Geoffroy Saint-Hilaire est un homme profondément instruit, d’une élocution facile et élégante; il a de plus l’honneur d’être opposé de principes et d’opinion à un autre académicien riche de places, de dignités et de sinécures, et dont on a dit: «Ce cuvier-là, c’est le tonneau des Danaïdes.»
UNE JOURNÉE
(Extrait de l’album d’une dévote.)
..... J’ai été réveillée ce matin, à dix heures; on entrait dans mon boudoir sans se faire annoncer; j’ai cru que c’était mon mari, et j’allais le tancer de la bonne façon de son impertinence..., c’était mon directeur. D’abord il a aperçu sur un fauteuil une robe neuve apportée la veille, puis il m’a vue cacher avec précipitation quelque chose sous la couverture. Il a voulu savoir ce que c’était: je résistai, il insista, mit la main... c’était un roman! Comme il m’a sermonnée, ce bon M. Papelard, sur Satan, sur les vanités du monde! Il m’a prouvé par un argument que je n’oublierai jamais que la chair est bien fragile. On a frappé, mais la clé était en dedans: j’ai reconnu la voix de mon mari, qui voulait me souhaiter le bonjour; je l’ai prié d’aller faire un tour.
Pendant que M. Papelard achevait la péroraison d’un discours dont l’introduction avait été si violente, j’ai fait ma toilette. Point de coquetterie devant mon directeur, il chiffonne un fichu trop mondain, met la main sur tout ce qui est de luxe. Nous sommes sortis pour aller au sermon, il a pris mes Heures et un petit sac contenant les économies que je fais faire à mon mari, pour en verser une partie dans le tronc d’un séminaire et prendre un abonnement à la Sentinelle.
A notre retour, nous nous sommes encore enfermés: il avait, disait-il, à m’expliquer le texte du sermon, que je n’avais pas bien compris et qui était: Aperite portas vestras, et j’ouvrais de grandes oreilles.
J’ai trouvé une lettre adressée à mon mari par mon fils que j’ai mis à Saint-Acheul. Il se plaint de la vie qu’il y mène, le petit insolent! Bien m’en a pris de ne pas laisser cette lettre entre les mains de son père, il serait homme à mettre son fils dans un collége royal.
Mon mari m’a fait dire qu’il attendait deux amis à dîner; je lui ai répondu que je faisais maigre, et qu’il pouvait aller chez le restaurateur; j’ai eu soin surtout de lui défendre de rentrer avant onze heures.
Je voulais voir Tartufe, dont on m’avait tant parlé; j’avais eu soin de retenir une loge sang en rien dire à M. Papelard. Après le salut, j’ai été à la Comédie-française. Qu’il me tardait de voir ce Tartufe! Cette tragédie m’a fait pleurer.
COUPS DE LANCETTE.
Quand M. Ch. Nod... fait insérer dans un journal un article de trois colonnes, on peut écrire en bas de cet article: J’ai faim.
* * *
Miracle! M. de Corbière a ouvert l’œil droit. Au train dont il y va, on suppose qu’il sera tout à fait réveillé pour la fin de l’année.
* * *
M. de Corb... a, dit-on, la maladie de la pierre.
* * *
M. de C...-Tonn... ne passera pas sur le pont des Invalides pour se rendre au Champ de Mars, parce qu’il n’y a plus de garde-fous.
* * *
Que dites-vous de M. Madrole?... L’écho répond.
* * *
Les valets détestent la liberté, parce qu’elle ne leur permet pas de se montrer plus insolents que leurs maîtres.
* * *
«La garde meurt et ne se rend pas.» M. de Vil... a retourné ce proverbe: il ne meurt pas et ne rend rien.
* * *
Petit Dialogue.—L’Excellence. Mon cher, concevez-vous l’insolence de tous ces folliculaires?—Monseigneur, j’en suis scandalisé... qu’ont-ils fait?—Ils ont l’audace de remplir leurs feuilles de l’éloge d’un comédien; ils ne parlent que de lui; que diraient-ils donc si je venais à mourir? (Le secrétaire reste un moment abasourdi; mais, reprenant bientôt son assurance, il répond:)—Rien, monseigneur.—Hein!—Rien, les grandes douleurs sont muettes.
(Historique.)
* * *
Si j’avais été à Paris lorsque Talma se mourait, disait M. l’abbé de L.., je serais bien entré dans sa chambre; pourquoi a-t-on des gendarmes?
* * *
Dans le bureau d’un journal on remarque des épées, mais on cherche en vain des plumes: il paraît qu’il est plus aisé de se battre que d’écrire.
* * *
Un jésuite, entrant à l’Opéra, s’écria: O le joli couvent!
* * *
Mademoiselle Adeline, qui paye des impositions, disait un jour: Je vais chez le percepteur faire relever ma cote.
POÉSIE BUREAUCRATIQUE
Combien le jour de l’an est un jour propice Pour présenter ses vœux et civilités; J’en ressens près de vous le plus grand délice Dans votre accueil gracieux et toutes vos bontés. Pour rendre à madame des honneurs mérités, Il faut citer toutes ses qualités, Les rares vertus de l’esprit et du cœur. Permettez à l’amitié ce sincère hommage, Inspiré par le sentiment le plus flatteur, Et que chacun de vos subordonnés partage. Je suis, avec le plus profond respect, etc.
QUEL EST LE JOUR OU ON EST LE PLUS AIMABLE?
Un empereur, le jour où il arrive au trône à travers le droit d’aînesse.
Un roi, le jour où il croit sa puissance en péril.
Un ministre, le jour où il obtient un portefeuille, ou le lendemain du jour où il l’a perdu.
Un préfet, le jour où il lit sa nomination dans le Moniteur, et celui où il met son habit neuf pour la première fois.
Un avocat, le jour où il est sans argent et sans cause.
Un avoué, le jour d’une expropriation forcée.
Un roturier enrichi, le jour où le valet qui l’annonce dans une société brillante ajoute un de devant son nom.
Un noble ruiné, le jour où il épouse la fille d’un banquier qu’il croit millionnaire.
Le banquier, le lendemain du jour où il a fait banqueroute.
L’huissier qui le poursuit, le jour où il fait le procès-verbal de saisie du mobilier de son hôtel.
Un créancier, le jour où un débiteur sur lequel il ne comptait plus lui paye capital et intérêts.
Un auteur, le jour d’une première représentation.
Un nouvel acteur, le jour de son début.
Un acteur qui double un rôle, le lendemain du jour où son chef d’emploi a été sifflé.
Une danseuse, le jour où elle doit faire financer un milord.
Une vieille coquette, le jour où un myope lui a retiré vingt ans.
Un mari avec sa femme, le jour où il lui a fait une infidélité.
Une femme avec son mari, le jour où celui-ci part pour un long voyage.
Une fiancée avec son futur, le jour où l’on apporte la corbeille de mariage, bien garnie de cachemires et de diamants.
Un amant, le premier jour où il croit....
Mademoiselle Cinti, le jour où elle lit dans un journal qu’elle est excellente actrice.
M. Geoffroy de Saint-Hilaire, le jour où il découvre un nouveau monstre.
M. Auger, le jour où il trouvera un académicien.
M. Quatremère de Quincy, le jour où il sera défendu, sous peine d’entendre son discours, de siffler à l’Académie.
PETITS DIALOGUES.
A...—Monsieur l’commissair’, j’viens vous dire comme quoi j’ai été volé ce matin à six heures.—C’est votre faute, pourquoi vous avisez-vous de sortir à cette heure..., il est trop tôt.
* * *
B...—Monsieur le commissaire, j’ai été attaqué à onze heures du soir, dans un des quartiers les plus fréquentés de Paris.—C’est votre faute, pourquoi vous avisez-vous de sortir à cette heure..., il est trop tard.
COUPS DE LANCETTE.
Avez-vous un bras cassé, une jambe estropiée, la pierre, etc., etc... M. Du..., célèbre dans la science chirurgicale, vous portera de suite des secours... spirituels.
* * *
Quand on demande à M. Dupuytren comment vont ses malades, il répond: Ils se sont confessés.
* * *
M. D... a remplacé le bistouri par un petit couteau.
* * *
Les épiciers disent que le moyen de conserver la chandelle pendant l’été est de l’envelopper dans une ode de M. Ancelot.
* * *
M. D. ne se rend plus chez les malades avec sa trousse, mais bien avec un bréviaire.
* * *
Le docteur Du.., en apprenant qu’un de ses malades, dont il avait opéré la.... conversion, s’était rétabli pendant son absence, s’est écrié d’un air contrit: Quel malheur! il était si bien préparé à mourir!...
* * *
A l’Opéra on veut de la moralité; ce n’est pourtant pas une fable.
* * *
Au lieu des eunuques à qui on confiait la garde des femmes à Constantinople, on va mettre des jésuites.
* * *
M. Sosthènes prétend que les voleurs sont des gens très-moraux, parce qu’ils forcent les jeunes gens qui ont peur d’être dévalisés à rentrer de très-bonne heure.
* * *
Dernièrement, une dame de l’Opéra a fait une fière chute; mais, comme elle avait des caleçons, M. Sosthènes lui a fait grâce.
M. Sosthènes de Larochefoucauld était alors chargé du département des beaux-arts. «Congréganiste zélé, dévot mondain parmi les gens de cour, bel esprit de cour parmi les dévots,» M. de Larochefoucauld devait sa position à l’abbé Legris-Duval et au père Ronsin, chefs successifs de la congrégation, dont il était l’instrument dévoué.
Dans les dernières années du règne de Louis XVIII, cet homme si dévot avait joué à la cour un certain rôle: madame Du Cayla, créature du parti religieux, gouvernait alors le vieux monarque, et M. Sosthènes était chargé de transmettre à la favorite les ordres de la congrégation.
Ses rapports quotidiens avec une femme aussi influente ne pouvaient qu’avoir les meilleurs résultats pour sa fortune. On ne pouvait songer à lui donner un département ministériel: il obtint l’administration des beaux-arts et, sur sa demande, on changea le titre de direction en celui de département.
Non content de ces titres à la gloire, il s’acquit «la plus étrange célébrité, en voulant officiellement moraliser à l’Opéra poëmes, musique, acteurs et actrices; sa dévote sollicitude s’étendait jusqu’aux robes des danseuses.»
M. Sosthènes a eu la nuit dernière un terrible cauchemar: il rêvait qu’il était à côté d’une danseuse sans caleçons.
* * *
Le sieur Henry, qui quitta dernièrement la place d’inspecteur général de l’Académie royale de musique, dont M. Sosthènes l’avait gratifié, pour aller faire un tour aux galères, n’était peut-être pas aussi coupable qu’on a pu le croire; il est vrai qu’il avait fait des faux, mais il n’avait pas commis d’indécences avec les dames de l’Opéra.
* * *
Dorénavant, pour obtenir une place à l’Académie royale de musique, il faudra faire apostiller sa demande par le chef des eunuques blancs du harem du Grand Seigneur.
* * *
M. Sosthènes disait l’autre jour fort galamment: Ce qui rend l’Opéra si dangereux pour la morale, c’est le grand nombre de jolies femmes. A notre avis, le mal n’est pas si grand qu’il le pense.
Les plaisanteries de Figaro au sujet de M. Sosthènes sont, un peu comme les danseuses, de plus en plus court-vêtues; peut-être les trouverait-on déplacées par le temps de susceptibilité et de haute pruderie qui court. J’en retranche, et des meilleures.
Mardi, 7 novembre 1826. LES LAMPIONS. DIALOGUE.
PREMIER LAMPION.—Quelle clarté je répands! à coup sûr on ne m’accusera pas d’indifférence.
DEUXIÈME LAMPION.—C’est possible, mais on t’accusera d’autre chose; regarde ce passant qui se bouche le nez.
PREMIER LAMPION.—C’est qu’il pense mal.
TROISIÈME LAMPION.—Messieurs, messieurs, point d’intolérance. Vous êtes jeunes et par conséquent neufs, vous avez peu servi et vous connaissez mal les hommes.
PREMIER LAMPION, d’un air dédaigneux.—Qui est-ce qui m’adresse la parole?
DEUXIÈME LAMPION.—C’est mon voisin de gauche, un pauvre vieux placé derrière une borne, et qui ne jette pas plus d’éclat qu’une veilleuse.
PREMIER LAMPION.—L’insolent! Il lui appartient bien...
TROISIÈME LAMPION.—Tout beau, jeune et brillant confrère! On voit bien que vous n’avez brûlé qu’en l’honneur d’un seul maître.
PREMIER LAMPION.—Oui, je m’en fais gloire.
TROISIÈME LAMPION.—Cela a-t-il dépendu de vous? Tenez, demandez à votre camarade qui, là-bas, jette un si beau feu entre deux lampions à moitié éteints.
QUATRIÈME LAMPION.—Messieurs, dispensez-moi d’être votre juge; j’ai pris le parti de brûler sans rien dire depuis que je me suis sottement compromis en 1815.
DEUXIÈME LAMPION.—Qu’aviez-vous donc fait?
TROISIÈME LAMPION.—Je vais vous l’apprendre, puisqu’il garde le silence.
QUATRIÈME LAMPION.—Non, morbleu! tu ne diras rien. Il convient bien à un obscur individu tel que toi d’oser railler un personnage de ma sorte.
TROISIÈME LAMPION.—Tu n’as pas toujours été si fier, ni placé à une aussi belle porte. Je t’ai connu appartenant à des gueux plus gueux que mes maîtres. (A part aux premier et deuxième lampions.) Ecoutez bien! écoutez bien: la colère va le faire parler mieux que son plus grand ennemi.
QUATRIÈME LAMPION, en fureur.—Infâme, ah! je n’ai appartenu qu’à des gueux! Sais-tu, drôle, que j’ai souvent brûlé pour le prince de T***. Une fois quand il était républicain, une fois quand il était bonapartiste, une fois quand il était royaliste.
TROISIÈME LAMPION.—Oui, mais, depuis qu’il n’est plus rien, il t’a chassé honteusement.
QUATRIÈME LAMPION, toujours en fureur.—Il m’a chassé! Dis donc que je l’ai quitté pour son successeur. Et le marquis de P***, qui a su perdre si à propos une bataille; et le comte de C***, qui a administré pour Pierre et pour Paul, et toujours avec le même zèle; et le baron de C***, qui a si bien parlé pour et contre; et le chevalier de C***, qui a reçu de toutes mains; et l’homme de génie B***, qui a chanté tout le monde; dis-moi, coquin, sont-ce des gueux que ces gens-là? Eh bien! tous ont été mes patrons, et plutôt trois fois qu’une. Quels titres as-tu à m’opposer, misérable?
TROISIÈME LAMPION.—Si je voulais me vanter, je trouverais peut-être....
QUATRIÈME LAMPION, toujours en colère.—Depuis trente ans que je plane sur toi, ton obscurité n’a pu tromper ma vigilance. Je ne t’ai jamais aperçu à l’occasion d’un sacre ou d’un couronnement: je t’ai vu, en revanche, un certain 5 septembre.
TROISIÈME LAMPION.—Tu m’as vu ce jour-là; tu étais donc présent? Oui, en effet, je me souviens que tu figurais à la porte de M. de Cazes.
QUATRIÈME LAMPION, rouge d’indignation.—Et toi à celle d’un traiteur à 32 sous.
TROISIÈME LAMPION.—Les officiers en demi-solde, les employés réformés s’étaient cotisés pour m’avoir. Je leur fis honneur; toi, qui t’enorgueillissais à la porte d’une Excellence, un solliciteur t’éteignit en crachant une malédiction.
QUATRIÈME LAMPION, pâlissant de rage.—A la garde! au voleur! à l’assassin! Messieurs, soyez témoins que je suis insulté, calomnié... (Un inspecteur de police et des gendarmes paraissent.) Justice! justice! Monsieur l’inspecteur.
L’INSPECTEUR.—Comment êtes-vous ici?
QUATRIÈME LAMPION, fier.—Par ordre!
L’INSPECTEUR.—Et vous?
TROISIÈME LAMPION.—J’appartiens à la mère d’un amnistié politique.
La pluie termina la dispute. Une gouttière éteignit subitement le fastueux lampion; celui que la reconnaissance avait allumé dura jusqu’au jour.
Mercredi, 8 novembre 1826. CATÉCHISME JÉSUITIQUE
Qui es-tu?—Chrétien, catholique romain.—Que veux-tu dire par là?—Servant Dieu, le pape et les jésuites.—Quel est l’ennemi de la religion?—Voltaire.—Qui est-ce?—Un impie, un infâme, un scélérat, un monstre abominable.—Où est-il?—En enfer.—Et ses ouvrages?—Dans les mains des brebis égarées.—Quel remède opposer à ce débordement des mauvais livres?—Le feu.—Que faire des éditions de Voltaire in-8?—Au feu.—Voltaire in-12?—Au feu.—Voltaire in-18?—Au feu! au feu!—Que sont les philosophes?—Des chiens, des boucs, des fils de Satan.—Quel châtiment mérite le chrétien qui manque à ses devoirs?—La damnation éternelle.—Comment les chrétiens doivent-ils se conduire?—D’après les maximes des révérends Pères.—Qui nous délivrera de nos ennemis?—Le feu.—Amen!
COUPS DE LANCETTE.
M. le prince de T..., qui était dernièrement à Marseille, puis à Nice, vient d’arriver à Paris. Depuis trente ans, monseigneur change de place; il est tantôt d’un côté, tantôt d’un autre.
* * *
M. le duc de R... et M. le général B.. ont fourni des notes historiques à sir Walter Scott pour l’histoire de Napoléon, à laquelle le romancier écossais travaille en ce moment.
* * *
M. Laurentie vient d’être victime d’une petite Saint-Barthélemy bureaucratique. Soyez donc insignifiant et nul!!..
* * *
L’Etoile prend la défense de Henri IV, que le Courrier a appelé protestant. Quelle injure!...
* * *
L’Etoile veut attaquer en diffamation le Constitutionnel qui a traité de bigote la cour de Louis XIV.
Bigote est pourtant une expression bien douce.
* * *
On parle d’une grande spéculation: quand on aura mis toutes les rues en passages, on mettra tous les passages en rues.
* * *
On se plaint à tort de la saleté de Paris, les quartiers les plus propres ont à peine deux pieds de boue.
* * *
M. Ben... porte sa croix; d’honneur!
* * *
On a autorisé dernièrement la fondation d’une vingtaine de couvents de femmes; l’établissement des Enfants trouvés ne désemplit pas.
ÉNIGME DIALOGUE ENTRE DEUX HOMONYMES.
Aussitôt que le jour a fait place à la nuit, Brillante, j’apparais bien au delà des nues. —Sortant dès qu’il fait noir, de mon obscur réduit, Pâle et terne on me trouve à chaque coin des rues. —Astre cher aux amours, aux voyageurs en mer Je suis bien chère encor.—Moi, je coûte bien cher. —Des mortels je reçois les vœux et les prières; On me créa pour éclairer. —Moi, pour éteindre les lumières.
Le mot de l’énigme est Etoile, nom du journal du soir qui, depuis, a fusionné avec la Gazette de France.
De 1826 à 1830, Figaro, c’était son droit, attaque tous les journaux de la droite; mais, il s’acharne plus spécialement et avec bonheur contre les feuilles officieuses ou ministérielles, qui ne vivaient alors que de compromis de conscience assez tristes et de subventions on ne peut plus lourdes. Tomber les organes du ministère est la grosse besogne quotidienne du Figaro.
Ces journaux, il faut bien l’avouer, étaient alors passablement décriés, et leurs rédacteurs ne vivaient pas en odeur de sainteté. Le ministère lui-même avait semblé prendre à tâche de les discréditer. On se souvenait fort bien qu’en 1824 M. Corbière, alors ministre des affaires étrangères, n’avait pas dépensé moins de deux millions, sans compter les places et les sinécures données, pour éteindre un certain nombre de feuilles, qui, bien que royalistes, menaçaient son portefeuille. Le rôle des feuilles officieuses se bornait à toujours dire: Amen. On trouvait que ce n’était pas assez.
Tous les rédacteurs, d’ailleurs, avaient en perspective, pour le jour où ils seraient dégoûtés d’une polémique assez difficile, une aurea mediocritas hypothéquée sur le budget.
Lorsqu’on relit de sang-froid l’histoire de la Restauration, on est effrayé de toutes les bévues que la terreur de la presse fit commettre à son gouvernement.
Samedi, 25 novembre 1826. CONCOURS PRÉPARATOIRE Pour la rédaction en chef d’un journal semi-officiel.
La réunion a lieu au Jardin des Plantes, dans la salle des animaux sans vertèbres. M. le trésorier de l’amortissement de l’esprit public occupe la chaise rembourrée du surveillant de cette salle. Les assistants, au nombre de cinq, représentant la Gazette, le Drapeau, le Journal de Paris, l’Etoile et le Pilote, sont assis sur des caisses vidées depuis peu.
LE TRÉSORIER.—Messieurs, j’ai choisi à dessein ce local, vous m’entendez, pour vous entretenir d’un projet qui doit bientôt recevoir son exécution.
TOUS.—Quel est-il?
LE TRÉSORIER.—Il s’agit d’un journal semi-officiel.
TOUS.—Je le ferai.
LE TRÉSORIER.—Je rends justice à votre zèle, mais, de grâce, du silence.
TOUS.—Ecoutons.
LE TRÉSORIER.—Quoiqu’il soit certain que les feuilles que vous rédigez n’aient nullement rempli les espérances qu’on en avait conçues...
TOUS.—Il faut être bien difficile.
LE TRÉSORIER.—Qu’on ne les lise plus...
TOUS.—Bah! vous voulez rire.
LE TRÉSORIER.—Que tous les anciens abonnés les aient désertées...
TOUS.—Ce n’est pas notre faute.
LE TRÉSORIER.—Que je sois obligé de demander sans cesse de nouveaux fonds pour les alimenter...
TOUS.—Notre métier ne peut être fait gratuitement.
LE TRÉSORIER.—Enfin, tranchons le mot, qu’on doive être las de payer vos sornettes, vos sottises.....
M. G. DE l’Étoile.—Je répondrai au mot sottise.
M. B. DE la Gazette.—Je parlerai aussi à ce sujet.
LES AUTRES.—Aucun de nous ne laissera cela sans réponse; mais silence pour le moment.
LE TRÉSORIER.—Ce n’est pas moi qui le dis, c’est tout le monde; si vous m’interrompez toujours, je lèverai la séance.
TOUS.—Ecoutons.
(L’Etoile grince des dents.)
LE TRÉSORIER.—J’abrége; il s’agit de donner à une de vos feuilles la qualité de semi-officielle. Je suis embarrassé du choix, et quand je l’aurai fait, je serai encore plus embarrassé de le faire accepter, tant vous êtes discrédités...
TOUS, marmottant.—Faut-il endurer!...
LE TRÉSORIER.—Je suis néanmoins décidé à faire mes efforts, cela soulagera ma caisse d’autant, jusqu’à ce que je puisse...
TOUS, avec effroi.—Achevez!...
LE TRÉSORIER.—Je puisse vous voir prospérer.
TOUS.—A la bonne heure!
LE TRÉSORIER.—Voyons, examinons à qui la chose peut aller. Que chacun parle à son tour. Je vais commencer par celui qui coûte le plus cher, comme ayant le moins d’abonnés.
Allons, au plus léger à parler.
M. G. DU Pilote.—Monsieur le trésorier, il vous convient de me donner la préférence, parce que je parais le soir et n’ai pas de concurrence à redouter, l’Etoile n’en étant pas une. (M. de G., de l’Etoile, fait un bond sur sa caisse, et en retombant il la crève; on le relève et on le contient.) Je n’ai d’ailleurs ni esprit (de parti, je veux dire), ni idées (fixes, s’entend), ni rédacteur, quoique je parle de tout.
LE TRÉSORIER.—Cela suffit, votre privilége me convient assez.
A vous, Paris, mon petit.
M. L. DU Journal de Paris.—Qui pourrait d’ailleurs me disputer la préférence? J’ai la représentation qui convient au rôle que j’ambitionne; je donne des audiences, j’ai même chez moi une manière d’huissier, et d’ailleurs ne sait-on pas que je communique librement avec l’hôtel de Rivoli, où je puis me rendre en un coulé, trois sauts et un entrechat? Je vous dirai, au surplus, que je commence à me lasser de n’être que l’historien des fiacres et des commères; j’aimerais assez me lancer dans la politique ministérielle, j’allais dire dans la haute politique. Je me crois appelé à jouer un grand rôle.
LE TRÉSORIER.—Mon petit, j’approuve cette émulation; et ce désir de vous élever me prouve que vous ressemblez toujours, comme par le passé, à beaucoup d’inutilités de ma connaissance. Nous verrons ce que nous pourrons faire. A votre tour, monsieur sans tache.
LE BARON DU Drapeau.—Mon devancier vient de se donner lui-même l’exclusion. Il vous a avoué qu’il n’avait écrit, jusqu’à ce jour, que pour les classes populaires; moi, je m’adresse toujours aux plus hautes capacités: il en faut effectivement beaucoup pour me comprendre, et c’est sous ce point de vue que je conviens à la chose; car le vague dans lequel je laisse mes lecteurs peut faciliter, au besoin, les pas rétrogrades auxquels notre politique est accoutumée.
LE TRÉSORIER.—En effet, je ne vous comprends pas toujours, il est vrai que je vous lis très-rarement; mais comme il y a des gens assez courageux pour cela, je me ferai faire un rapport sur ce qui vous concerne. Ecoutons l’Etoile, qui paraît perdre patience.
M. G. DE l’Étoile.—Je trouve assez étonnant, Monsieur le trésorier, que vous, ou d’autres, ayez eu la pensée d’un journal semi-officiel, lorsque celui que je dirige est officiel bien plus encore que l’épais Moniteur. Je n’en veux pour preuve que l’envie de bâiller que l’on éprouve en me lisant. Au surplus, je suis assez content de mes maîtres pour ne pas vouloir m’en donner d’autres; ceux de mes confrères n’ont que l’exécution des pensées nées du cerveau des puissants dont je reçois l’impulsion: aussi ne me suis-je rendu à cette assemblée que pour vous faire sentir mon importance.
LE TRÉSORIER, tout bas.—Tels maîtres, tels valets; même insolence. (Se retournant.) Monsieur B., que direz-vous en faveur de votre Gazette?
M. B. DE la Gazette.—Rien, c’est tout ce que je puis dire. D’ailleurs, mes œuvres sont là pour répondre, et la Minerve peut attester que je sais prendre tous les tons. Ai-je besoin de me vanter, comme l’ont fait ces messieurs? Je ne suis pas nul comme le Pilote, niais comme le Journal de Paris, sans cesse sur des échasses comme monsieur le baron, ou en délire comme l’Etoile.
TOUS LES AUTRES.—Allons, il ne se vante pas! l’on sait pourtant combien il est soporifique.
LE TRÉSORIER.—Messieurs, j’en sais assez. Je vais faire mon rapport, et chacun de vous peut compter sur mon impartialité.
COUPS DE LANCETTE.
On a trouvé M. Philarète blotti dans l’écritoire de M. de Jouy.
* * *
—Comment pense-t-on dans votre régiment?
—On ne pense pas.
—A la bonne heure.
* * *
M. de Lamennais est enrhumé, Rome lui doit bien un chapeau, hein?
* * *
M. Crosnier n’a encore été que de moitié dans tous les ouvrages qui ont été donnés au théâtre de la Porte-Saint-Martin depuis six mois.
Lundi, 4 décembre 1826. CONCOURS PRÉPARATOIRE Pour la rédaction en chef d’un journal semi-officiel. (DEUXIÈME SÉANCE.)
La salle des animaux sans vertèbres étant encombrée par de nouvelles acquisitions récemment arrivées, la réunion a été indiquée dans celle des animaux ruminants. Avant l’ouverture de la séance, les chuchotements des conversations particulières, entendus de la pièce voisine, produisent une illusion complète. On croirait que les cadavres dont cette pièce est peuplée sont encore animés.
Le trésorier demande du silence. Chacun se place comme il peut. On remarque que le représentant du Journal de Paris grimpe lestement sur la girafe: A bas, s’écrie-t-on de toutes parts. Mais le trésorier, d’un geste, le retient à son poste.
LE TRÉSORIER.—Vous savez, Messieurs, quel est l’objet de la convocation?
TOUS.—Vous nous l’avez dit et écrit.
LE TRÉSORIER.—Il est donc inutile que je vous le rappelle?
TOUS.—Assurément. Allons au fait.
LE TRÉSORIER.—Le fait est, Messieurs, que l’on ne veut d’aucun de vous. (L’émotion est vive.)
TOUS.—Nous direz-vous au moins...
LE TRÉSORIER.—C’est ce que j’allais faire. L’établissement d’un journal semi-officiel ne doit point être en pure perte. On compte sur son contenu pour diriger l’opinion publique.
TOUS.—Et que faisons-nous chaque jour?
LE TRÉSORIER.—Pour faire goûter tous les actes de l’autorité.
M. B. DE la Gazette.—J’y mets tout mon latin.
LE TRÉSORIER.—Pour vanter toutes les conceptions ministérielles.
M. L. DU Journal de Paris.—Je loue à tort et à travers.
LE TRÉSORIER.—On veut y trouver de la haute politique.
LE BARON DU Drapeau.—Je défie qu’on s’élève plus haut; je me perds dans les nues.
LE TRÉSORIER.—Une bonne discussion sur les matières religieuses, sans emportement, ni hypocrisie trop apparente.
M. G. DE l’Etoile.—C’est ma manière, ce sont mes principes.
LE TRÉSORIER.—On demande enfin que, pour ne choquer aucune opinion, il entre dans cette rédaction un adroit mélange de toutes les idées; mais en laissant dominer celles qui appartiennent au royalisme.
M. G. DU Pilote.—S’il faut du mélange à ne pas s’y reconnaître, je suis là, moi.
LE TRÉSORIER.—C’est exact, car on demande toujours ce que vous êtes, et ce que vous voulez. (A part.) J’en suis honteux. (Haut.) Vous voyez, Messieurs, ce que l’on exige; rendez-vous justice. Au zèle, au dévoûment, que je ne vous conteste pas, est-il quelqu’un qui joigne ces connaissances, cette lucidité, cet aplomb, qui sont nécessaires pour une bonne rédaction?
M. L. DU Journal de Paris.—Mon patron est content de moi: preuve que j’ai ce qu’il faut pour son journal, il me charge en outre des correspondances privées avec le Courrier anglais, correspondances un peu négligées, mais qui vont reprendre avec la session.
M. B. DE la Gazette.—Il est si content de vous, qu’il m’a préféré pour la rédaction de l’Etoile.
M. G. DE l’Etoile.—De l’Etoile! ah! il ne la tient pas, ni vous non plus: elle est à gens plus puissants que lui, auxquels je ne lui conseille pas de se frotter. Prenez si vous voulez le Pilote; ça ne tient à rien, et M. le trésorier vous dira qu’il est prêt à l’abandonner.
LE TRÉSORIER, à part.—Il a, ma foi, raison.
M. G. DU Pilote.—Doucement, Monsieur de l’Etoile; j’ai eu trop de peine à ravoir mon Pilote, pour le céder comme cela; j’ai mon marché, et il faudra bien qu’on le tienne, ou nous aurons du bruit.
M. LE BARON DU Drapeau.—A quoi servent tous ces propos, vous ne pouvez prétendre à un choix que vous rendriez ridicule.
TOUS.—Ridicule vous-même. Voyez ce Germain! un étranger à idées mystérieuses, à style ampoulé, à prétentions insoutenables.
LE TRÉSORIER.—Messieurs, messieurs, du calme s’il vous plaît. A quoi bon tous ces emportements, quand je vous ai prévenus que l’on ne voulait d’aucun de vous.
M. B. DE la Gazette.—Quelle nécessité alors de nous réunir si loin de nos domiciles et de nous faire perdre un temps dont nous devons compte à nos abonnés.
LE TRÉSORIER.—Dites donc à ma caisse. Mais je vous vois trop animés pour écouter de sang-froid ce que j’étais chargé de vous apprendre; ce sera pour un autre jour. Vous serez prévenus par lettres, et je ferai en sorte de trouver un local plus central, et où nous serons aussi en sûreté qu’ici. (Il se lève et sort.)
SAINTE-PÉLAGIE ou PLAINTES D’UN PRISONNIER, Épître au Préfet de police, par J. Cassaigne.
S’il est une circonstance dans la vie où l’on doive se livrer au commerce des Muses, c’est surtout dans la captivité...
M. Cassaigne a été condamné pour quelques vers trop hardis. Les verrous ne l’ont pas rendu plus timide. La liberté qu’il a perdue pour sa personne, il l’a gardée pour ses écrits. Etonné des rigueurs dont il est l’objet, il se demande quel est son crime.
Ai-je, du spadassin dédaignant les faisceaux, Menacé d’un fleuret notre G..... des S.....? Ou bien, nouvel Amron, traîné dans la poussière Ces bouquins précieux idoles de C.....? Ai-je montré Ch....., dans un pamphlet amer, Pour aller à Saint-Cloud atteint du mal de mer? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
COUPS DE LANCETTE.
Le ventre va mettre un crêpe à sa fourchette, l’Almanach des gourmands ne paraîtra pas cette année. M. de Périgord se ressentirait-il des suites d’une indigestion conquise aux dîners de M. Canning?
* * *
—Que portez-vous donc là? demandait-on à M. Salvandy, qui tenait une feuille à la main.
Et comme le rédacteur de l’ex-Journal de l’Empire a toujours la repartie brève, il répondit:
—Des bâts.
* * *
On met au nombre des malheurs de l’Espagne l’Alonzo de M. N.-A. de Salvandy.
ÉPIGRAMME. Le sous-préfet de Châteaudun S’est fait jésuite et le confesse, Il va jusqu’à s’en vanter. Est-ce Qu’il n’aurait pas le sens commun? Que le bon Dieu l’en récompense! Mais, sans critiquer son dessein, Avec quatre barbes[3], je pense, Il serait meilleur capucin.
Dimanche, 24 décembre 1826. ÉCRÉMAGE DES JOURNAUX DÉPENDANTS Du 22 décembre.
⁂ Quelque flexible que soit le talent, quelque grande que soit la docilité de M. de B., de la Gazette, il n’a pas encore su se plier à louer le discours de M. de Damas. Il y a trop peu de temps que la Gazette avait à applaudir des principes totalement différents.
⁂ Le Journal de Paris était hier dans un de ses jours de jubilation. Il publiait l’état très étendu des jugements rendus pendant le mois de novembre par le tribunal de police. On y remarque quarante-sept condamnations pour projection d’eau sale sur les passants et dépôts d’ordure sur la voie publique.
⁂ Quelqu’un qui connaîtrait bien la topographie du Portugal pourrait être employé utilement dans les bureaux de l’Aristarque, pour donner quelque vraisemblance aux bulletins de l’armée du marquis de Chaves, que l’on élabore dans cette officine.
⁂ «Dans chaque phrase du discours de M. Canning perçait la taille de nos hommes d’Etat. Sa Seigneurie a le coup d’œil juste; elle les a bien mesurés.» La Quotidienne, à qui nous empruntons cette citation, nous ferait presque regretter que nos ministres ne soient point choisis parmi les cent-suisses.
⁂ «O vérité! quelle est ta puissance avec les tièdes, qu’on appelle ministériels! dit le baron du Drapeau; il est impossible de rien faire de solide et de raisonnable.» Eh! que vous dit-on chaque jour, MM. B. L. G. C.?... et à vous-même, baron O?
⁂ Il faut voir avec quelle joie et en quels termes l’Etoile applaudit au délire qui s’est manifesté dans l’assemblée des catholiques d’Irlande quand on leur a annoncé la guerre.
⁂ Pilote, quel est le bonhomme R. B. qui te fournit des pièces de gros calibre pour la guerre du Portugal? Tu les désavoues; prétends-tu par là donner à entendre qu’on te les impose?
⁂ M. Etienne, l’un des rédacteurs du Constitutionnel, est nommé arbitre dans la cause pendante entre les anciens et les nouveaux propriétaires du Médiateur. Est-ce une mystification?
COUPS DE LANCETTE.
Le prince de T... assure que dans sa jeunesse il jouait la tragédie.
—Quels rôles?
—J’ai joué les rois.