APPENDICE (continued 5)
Reading edition
32 kilomètres. — Roche quartzeuse dans les cavités de laquelle existe la roche ferrugineuse.
33 kilomètres. — Village de Kika. Quartzites mélangés de roche ferrugineuse.
42 kilomètres. — Rapide de Belli. Roches stratifiées, direction E.-O., avec pente vers le S. de 65°.
45 kilomètres. — Quartzites, direction E.-O., avec pente vers le S. de 73°. Fissures remplies par la roche ferrugineuse.
50 kilomètres. — Village d’Itongo.
52 kilomètres. — Quartzites, direction E.-O., avec pente vers le S. de 77°. Fissures remplies par la roche ferrugineuse.
56 kilomètres. — Rapide de l’En-Avant. Affleurement de diabase, direction E.-O., largeur approximative de la partie visible 50 mètres. La roche contient dans les cavités quelques fragments d’un conglomérat ferrugineux avec petits cailloux roulés quartzeux de 1 à 3 centimètres, et en outre de la roche ferrugineuse scoriacée.
57 kilomètres. — Roche ferrugineuse avec fragments d’autres roches englobés.
63 kilomètres. — Rapide de l’Eléphant ou de Mokouanghai. Affleurement de diabase, direction E.-O., largeur approximative de la partie visible 40 mètres. La roche contient dans ses cavités quelques fragments d’un conglomérat ferrugineux avec galets roulés de quartz de 1 à 7 centimètres environ, et des fragments de diabase même. A la partie N. de l’affleurement on remarque la roche ferrugineuse englobant des fragments de quartz et de quartzites plus ou moins volumineux et plus ou moins roulés.
65 kilomètres. — Roches ferrugineuses et quartzeuses mélangées.
67 kilomètres. — Roche stratifiée mélangée de roche ferrugineuse, direction E.-O., avec pente vers le N. de 45 à 50°.
72 kilomètres. — Quartzites, direction E.-O., avec pente vers le S. de 30°. Fissures et cavités remplies par la roche ferrugineuse.
83 kilomètres. — Village de Oudounjié. Grès grossier, caverneux, à éléments assez fins ; au-dessus, c’est-à-dire à la surface du sol, conglomérat ferrugineux avec petits cailloux roulés. Un peu au S. de ce point roche ferrugineuse.
90 kilomètres. — Village habité par des Ouaddas. Dans la berge, à un mètre au-dessous de la surface du sol on remarque une couche de 15 à 20 centimètres d’épaisseur, humifère, contenant des coquilles d’huîtres du fleuve.
94 kilomètres. — Confluent de la Ombella.
99 kilomètres. — Factorerie de Ouadda.
110 kilomètres. — Fort-de-Possel au confluent de la Kémo.
Après le village de Oudounjié la roche ferrugineuse devient abondante et surtout en amont de la factorerie de Ouadda.
Mission catholique de Bessou. — En amont de Fort-de-Possel, à 20 kilomètres environ, à la mission de Bessou, les schistes affleurent dans le fleuve, avec une direction E. 25° N. et une pente de 12° vers le N.-O. En aval de cet affleurement existe un conglomérat ferrugineux avec cailloux roulés.
Un puits creusé auprès des bâtiments de la mission fournit les renseignements suivants :
1m,50. — Argile rouge avec blocs de conglomérat ferrugineux.
1 50. — Conglomérat ferrugineux.
2 50. — Sable ferrugineux.
2 50. — Schistes semblables à ceux du fleuve.
8 00. — Profondeur du puits.
Zangha. — (57 kilomètres environ à vol d’oiseau en amont de Fort-de-Possel). Un échantillon de quartzite micacé provenant de Zangha, a été rapporté à la Mission.
Résumé. — Entre Fort-de-Possel et Bangui, l’Oubangui a rencontré une ligne de collines provoquées par un puissant affleurement de diabase dont la direction générale est E.-O., recouvert par la roche ferrugineuse, et s’est frayé un passage dans ces collines.
Il franchit cette ligne de collines dans une direction N.E.-S.O. et au rapide de Belli prend une direction E.-O. Il s’infléchit ensuite brusquement au contact des quartzites de Kika et coule N.-S. jusqu’au voisinage de Bangui. Au contact des collines de Bangui, il s’infléchit de nouveau brusquement pour couler E.-O. et former ensuite le coude de Bangui.
PÉTROGRAPHIE
ROCHES ÉRUPTIVES
GRANITES
DESCRIPTION DES ÉCHANTILLONS TAILLÉS EN PLAQUES MINCES
17. Granite à épidote, groupe de la Tomi (auprès du poste des M’Brous).
Roche de couleur grisâtre et à grain très fin. A l’œil nu on distingue cependant les petits cristaux de feldspath et les petites lamelles de biotite.
Quartz, orthose et oligoclase damouritisés et biotite, épidote comme autre produit d’altération. Quelques rares cristaux d’oligoclase sont déterminables. Le quartz présente des extinctions roulantes[550].
Apatite et zircon.
59. Granite à pyroxène, groupe Fort-Sibut à Fort-Crampel (entre le poste de M’Pokou et celui des Ungourras).
Roche à grain fin, quartz, orthose et oligoclase damouritisés et biotite.
On remarque une certaine quantité d’augite passant au diallage. Magnétite, apatite, zircon et sphène.
61. Granite à épidote, groupe Fort-Sibut à Fort-Crampel (Dekoua).
Roche à grain fin et de couleur assez claire.
Quartz, feldspath et biotite. Les feldspaths sont damouritisés et parsemés de lamelles de muscovite souvent allongées mais en général sans orientement précis, l’oligoclase domine.
L’épidote est abondante comme autre produit secondaire, elle se présente aussi en filonnets. Elle appartient à un type ferrifère car dans les lames minces son pléochroïsme est assez accentué en jaune citron.
Apatite et zircon.
62. Granité à épidote, groupe Fort-Sibut à Fort-Crampel (poste même de Dekoua).
Même roche que la précédente sauf qu’il faut ajouter une quantité notable de microcline très peu altéré et du rutile. Pas d’apatite.
109. Granite des Kagas Djé.
Granite ordinaire dans lequel les feldspaths sont un peu damouritisés.
Le quartz est parfois vermiculé. Les feldspaths sont le microcline, l’oligoclase et l’orthose. L’oligoclase englobe parfois le microcline. A la biotite il faut ajouter un peu de muscovite et un peu d’augite mais rare.
Magnétite, apatite et zircon.
110. Gneiss amphibolique et pyroxénique en enclave dans le granite précédent.
Dans ce gneiss l’élément dominant est la hornblende qui est pléochroïque en vert pâle brunâtre suivant Np et en vert sale suivant Ng. Comme feldspaths l’oligoclase avec un peu d’orthose. Le quartz est peu abondant. On remarque en outre un peu d’augite.
Apatite et magnétite.
111. Gneiss (rognon zoné dans le granite précédent).
Quartz, oligoclase et orthose, biotite abondante, un peu de muscovite.
Magnétite, zircon, apatite.
116. Aplite, filons dans les granites porphyroïdes des Kagas de Balidja.
Roche de couleur rosâtre. Le microcline domine, l’orthose et l’oligoclase sont damouritisés. Quartz, un peu de biotite et de muscovite.
Magnétite, apatite et zircon.
119. Granite amphibolique accidentel dans les granites des Kagas de Balidja.
Ce granite est à grain fin et à la biotite il faut ajouter une notable quantité de hornblende. Les feldspaths, orthose, oligoclase et microcline sont un peu damouritisés. Le quartz existe aussi à l’état vermiculé.
Apatite, zircon, ilménite, sphène, calcite.
126. Granite en filon sillonnant les mamelons après le Kaga Batolo.
Roche compacte de couleur rosâtre. Les feldspaths sont le microcline, l’oligoclase et l’orthose, ces deux derniers damouritisés. Le quartz est parfois vermiculé. A la biotite assez disséminée il faut ajouter de la muscovite.
Magnétite, apatite, zircon, calcite et chlorite.
124. Microcline du Kaga Batolo.
Les cristaux provenant des pegmatites du Kaga Batolo contiennent de nombreux filonnets d’albite un peu damouritisée et parsemée de vermicules de quartz.
127. Aplite en filon de Djigangou.
Le quartz est en grands cristaux contenant de longues et fines inclusions de rutile, en plages de cristaux plus petits et parfois sous la forme vermiculée. En outre des vermiculisations de quartz parsèment les feldspaths, les cristaux qui les constituent sont parfois allongés et orientés et le groupement passe alors à la micropegmatite.
Les feldspaths sont l’orthose, l’oligoclase et le microcline. La roche contient en outre un peu de biotite.
Minéraux accessoires, magnétite et zircon.
A l’œil nu le quartz tranche nettement sur la pâte feldspathique de la roche.
151. Aplite des mamelons du poste de Ndélé.
Roche de couleur rougeâtre et d’aspect gneissique. La coloration est due à l’abondance de feldspaths roses, ces feldspaths sont damouritisés.
Elle est composée d’oligoclase, d’orthose, de quartz et de rare muscovite.
Un peu de magnétite et de calcite.
192. Aplite (avec feldspaths altérés) des mêmes mamelons.
Roche compacte dans laquelle abondent les feldspaths de couleur rose très chargés en inclusions et damouritisés.
Le feldspath dominant est l’orthose avec association microperthitique d’anorthose. Un peu d’oligoclase.
Le quartz est assez abondant, il existe aussi à l’état secondaire en plages ou en filonnets traversant la roche.
On remarque un peu de muscovite et de magnétite.
La calcite est abondante et forme souvent des filonnets ; il faut ajouter un peu de chlorite.
175. Granite de Goumba (pays de Senoussi).
Roche à grain fin et de couleur blanchâtre.
Oligoclase et microcline un peu damouritisés, quartz et biotite. Un peu de muscovite et du zircon.
250. Granite de Mali (Lac Iro).
Roche à grain fin et de couleur rosâtre dans laquelle le biotite est de couleur vert foncé.
Les feldspaths sont le microcline avec association micropertithique d’albite et l’oligoclase, ce dernier damouritisé, l’altération étant souvent au centre des cristaux. Quartz ordinaire et vermiculisation de quartz dans le microcline.
La biotite est pléochroïque dans les teintes brunes ou vertes et on a suivant Ng, brun clair ou brun verdâtre et suivant Np, vert ou vert sale. La roche contient en outre un peu d’augite et de hornblende. Comme autres éléments : Ilménite, sphène, zircon et allanite. Epidote.
252. Granite des mamelons Karou (Lac Iro).
Roche de couleur blanche à grain fin. Quartz, orthose, oligoclase et biotite. Un peu de muscovite. Le quartz est assez abondant sous la forme vermiculée.
Un peu d’apatite.
261. Granite des rapides du Gribingui.
Quartz, microcline, oligoclase et biotite. Un peu de muscovite. Les feldspaths sont un peu damouritisés et on remarque un peu de quartz vermiculé.
Magnétite et zircon.
346A. Granite de Korbol.
Roche de couleur rosâtre. Quartz, microcline avec association microperthitique d’albite, oligoclase un peu damouritisé et biotite. On remarque en outre un peu d’augite.
Magnétite, zircon, apatite.
340. Granite à muscovite (granulite) de couleur rougeâtre.
Quartz, oligoclase, orthose et muscovite. Apatite, zircon et sphène.
La coloration rougeâtre de ce granite est due à l’hématite qui existe disséminée dans les cristaux et qui remplit les fissures et les interstices.
413. Granite à grain très fin en enclave dans le granite de Ngoura (Dar-el-Hadjer).
Quartz, microcline, biotite et un peu de muscovite. Allanite et zircon.
414. Granite de Ngoura (Dar-el-Hadjer).
Roche à grain fin et de couleur blanche. Quartz, microcline et oligoclase un peu damouritisés.
Biotite avec pléochroïsme suivant :
Ng, brun foncé ou vert sale ;
Np, brun très pâle ou vert brun pâle.
On remarque aussi un peu de muscovite.
Allanite, magnétite, zircon, sphène et un peu d’apatite.
305. Granite de Moïto (Dar-el-Hadjer).
Roche à grain fin et de couleur claire. Quartz, orthose et oligoclase damouritisés, un peu de microcline. Biotite et un peu de muscovite.
Magnétite, calcite et chlorite.
342. Granite à muscovite de Moïto (granulite) (Dar-el-Hadjer).
Roche rose dans laquelle les cristaux de quartz assez volumineux ont un aspect opalin. Microcline, oligoclase et orthose. La muscovite est assez abondante, très rare biotite.
Magnétite, zircon, apatite.
410. Granite de Yao (Lac Fittri).
Roche de couleur blanche. Quartz parfois vermiculé. Microcline, oligoclase et orthose. L’oligoclase et l’orthose sont damouritisés et contiennent parfois des vermiculisations de quartz. Biotite et un peu de muscovite.
Apatite, magnétite, sphène et zircon. Un peu d’épidote.
231. Granite des Niellims.
Quartz quelquefois vermiculé, oligoclase, orthose et microcline avec association microperthitique d’albite. Les feldspaths sont souvent damouritisés et contiennent parfois des vermiculisations de quartz.
L’orthose existe en phénocristaux et en plages, il englobe parfois l’oligoclase.
Le pléochroïsme est très intense dans la biotite, on a :
Np, brun verdâtre plus ou moins clair ;
Ng, noirâtre.
Allanite, magnétite, zircon, sphène et un peu de fluorine. Un peu de chlorite.
235. Granite à grain très fin en rognon dans le granite des Niellims.
Quartz, oligoclase et orthose damouritisés et biotite. La biotite est abondante et possède un pléochroïsme très intense dans les cristaux bien conservés. Un peu de muscovite.
Magnétite, zircon, quelques microlites allongés d’apatite, allanite.
Nota. Les grands cristaux d’orthose du granite porphyroïde des Niellims sont sillonnés de filonnets d’albite.
RÉSUMÉ
Au point de vue pétrographique. Les granites rencontrés appartiennent au type normal, à orthose (avec ou sans microcline) et oligoclase, parfois l’orthose est entièrement remplacé par le microcline. La biotite est le mica dominant, elle est parfois associée à fort peu de muscovite. Il y a lieu de signaler aussi la présence du quartz vermiculé dans les feldspaths de certains échantillons.
On observe en outre d’une façon presque constante les minéraux accessoires habituels, magnétite, apatite, zircon.
Le quartz présente presque constamment des extinctions roulantes plus ou moins bien caractérisées, résultat d’actions mécaniques subies par la roche postérieurement à sa consolidation.
Il y a lieu en outre de signaler quelques particularités intéressantes propres à certains échantillons : La présence de l’allanite primaire[551], et la grande abondance de l’épidote dans certaines régions, qui, elle, est nettement secondaire.
Comme variétés pétrographiques peu répandues je signale le granite à muscovite (granulite), et le granite à pyroxène.
Enfin certains de nos granites renferment des enclaves amphiboliques et pyroxéniques ou seulement amphiboliques, à structure grenue.
Tous nos granites ne sont pas à grain moyen et on rencontre assez fréquemment le granite porphyroïde, soit à microcline, soit à orthose. Toutes ces variétés sont traversées par des filons d’aplite remarquablement simples de composition, ou par des granites à biotite à grain fin. La pegmatite est beaucoup plus rare.
Au point de vue géologique. — Il y a lieu de distinguer deux groupes de gisements d’une importance très inégale.
Le plus important est représenté par tous les échantillons recueillis dans le pays de Senoussi entre le Koukourou et le Bangoran, ceux des rapides du Gribingui, du lac Iro, du confluent du Bahr-Salamat, des Niellims, de Korbol, de Koli, de l’ancien lac Baro (Dar-el-Hadjer) et du lac Fittri, on n’y rencontre pas d’autre roche que des granites et des granites normaux, les types basiques ne sont représentés que sous forme d’enclaves de petite étendue.
Dans le second groupe, les gisements de granites s’observent au milieu des gneiss de la région s’étendant de la Haute-Ombella à Fort-Crampel ; aussi est-il assez difficile de se décider sur l’attribution de tel ou tel échantillon soit au granite soit au gneiss, les schistes cristallins ayant selon toute vraisemblance subi l’influence propre du granite, comme dans tant d’autres régions de constitution similaire. La question est encore compliquée par l’écrasement qu’ont subi les roches de cette région, écrasement qui dans certains cas peut être considéré comme la cause du rubanement offert par certains gisements tels que celui des granites à épidote de Dekoua.
Un autre petit groupe que l’on rencontre au village de Goumba (20 kilomètres à vol d’oiseau au S. de Ndélé) offre la même particularité de rubanement que le granite à épidote de Dekoua. Les affleurements sont recouverts par les grès horizontaux et n’apparaissent que dans l’échancrure de Goumba et du ruisseau Yofo.
MICROGRANITES
DESCRIPTION DES ÉCHANTILLONS TAILLÉS EN PLAQUES MINCES
285. — Microgranite à microcline de Korbol.
Roche à cassure esquilleuse et de couleur assez sombre sur laquelle tranchent de petits cristaux porphyriques de quartz et de feldspath.
Dans une pâte microgrenue de microcline et de quartz avec un peu de biotite, sont distribués des plages plutôt que des cristaux isolés de quartz, de microcline avec association microperthitique d’albite, du grenat ainsi que des lamelles de biotite et de microcline. On remarque en outre du zircon, un peu de magnétite et de sphène.
Le microcline englobe parfois des éléments de la pâte. Certains cristaux ont continué de s’accroître après leur formation, le feldspath de la pâte a été absorbé et il est resté, dans la forme la mieux caractérisée au bord de ces cristaux, une bande de grains de quartz avec quelques lamelles de biotite disséminées.
347. — Même roche que la précédente, la biotite, au lieu de se présenter en lamelles isolées, constitue en général des nids de petites lamelles diversement orientées.
349. — Microgranite à microcline à structure porphyrique de Korbol.
Dans une pâte microgrenue de quartz, de microcline, d’oligoclase avec un peu de muscovite, sont disséminés des cristaux de quartz englobant parfois un peu de muscovite, de microcline avec association microperthitique d’albite, d’oligoclase damouritisé, de la biotite et du grenat. On remarque, en outre, de la magnétite, du sphène, du zircon, de l’allanite et de la chlorite.
355. — Même roche que la précédente, l’allanite est plus abondante, le sphène manque et on voit un peu de calcite.
RÉSUMÉ
Ce qui caractérise les microgranites de Korbol que l’on rencontre en filon dans le granite, c’est la présence du microcline qui existe en abondance dans la roche, alors que dans les autres gisements connus, le microcline n’existe qu’à l’état exceptionnel.
Les phénocristaux de quartz ne se montrent pas nettement corrodés. Leurs contours sont parfois linéaires, ou plus ou moins irréguliers, c’est-à-dire plus ou moins entamés par la pâte.
Dans le type non porphyrique le grenat est relativement abondant et très corrodé, il n’existe généralement qu’à l’état de squelette dans la pâte. Dans le type porphyrique le grenat est plus rare et ne présente pas des caractères de corrosion aussi accentués, il y a lieu en outre de signaler la présence de l’allanite dans ce type.
RHYOLITE DE HADJER-EL-HAMIS
Cette roche ayant été étudiée et décrite par M. Gentil (Documents scientifiques de la Mission Saharienne), avec les échantillons rapportés par M. Lacoin, elle ne figure ici que pour indiquer que la Mission Chari-Tchad en a rapporté de nombreux échantillons.
GABBROS ET NORITES
170. Gabbro du Vou. — Type de gabbro banal à tendance ophitique.
Fig. 107. — Schéma de l’ouralitisation du diallage du gabbro du Vou.

Plagioclases (Labrador-Bytownite) maclés suivant la loi de l’albite, de Carlsbad, et de la péricline. Diallage souvent maclé suivant h¹, avec inclusion ferrugineuse fine, titanomagnétite.
Un certain nombre de cristaux de feldspath sont déformés longitudinalement par une légère courbure.
Cette roche est intéressante à cause des modifications minéralogiques de l’ordre de celles qui se montrent dans les régions dynamo-métamorphisées, mais sans déformations structurales.
Ces modifications sont :
1o Ouralitisation (transformation du diallage en hornblende verte) par trois modes. a. — Facules irrégulières s’orientant quelquefois, ou gros grains quelquefois dentelliformes. b. — Par petits cristaux isolés distribués dans les clivages m et les plans de séparation p du diallage. c. — Par un cristal unique de hornblende, transformation toujours incomplète, gagnant de la périphérie au centre, et toujours réduite à un cadre extérieur.
Tous ces modes peuvent être réalisés ensemble et donnent alors une apparence des plus complexes.
2o Formation de grenat (grossulaire) avec formes géométriques dans les feldspaths, soit en cristaux isolés, soit plus ordinairement en bordure cristallitique quelquefois constituée entre le feldspath et le diallage ou la titanomagnétite. Cette particularité rappelle quelques cas de saussuritisation des gabbros des Alpes et aussi de la norite d’Arvieu décrite par M. Lacroix B.S. min. XIX, 1896, p. 70.
3o Formation de lamelles de biotite autour de la titanomagnétite ou dans les feldspaths, et enfin un peu de quartz secondaire.
190. Norite quartzifère de Ndélé. — Roche leucocrate à structure grenue.
Apatite, titanomagnétite, hypersthène (diallage), biotite, fort peu de hornblende verte secondaire, plagioclases ne dépassant pas l’andésine, et quartz quelquefois en vermiculisations dans la hornblende et la biotite. Les métasilicates sont presque incolores en lames minces, le pyroxène rhombique (hypersthène) se transforme en talc et en xylotile pléochroïque en jaune brun suivant ng et en jaunâtre suivant np. Feldspaths granulitiques moulés par du quartz qui par place est granitique (xénomorphe). Les minéraux colorés au moins en partie sont antérieurs aux feldspaths.
Cette roche ne saurait être confondue avec les gneiss à pyroxène et hypersthène du Kaga Bandéro. Ces derniers sont plus basiques, les métasilicates sont plus abondants et plus riches en fer (plus colorés), la hornblende est plus abondante.
En outre, les gneiss du Kaga Bandéro sont parfois vaguement rubanés.
DIABASES
Rapides de l’Oubangui, entre Bangui et Fort-de-Possel.
Rapide de l’En-Avant. — Roche à structure ophitique ouralitisée, à feldspath plagioclase et à augite en cristaux très déchiquetés ; un peu de quartz, ce minéral existe aussi en association micropegmatitique. Amphibole d’ouralitisation rare et peu pléochroïque, on a :
np verdâtre pâle un peu jaunâtre, ng verdâtre.
Un peu de biotite assez pléochroïque, on a : np brun très clair, ng brun grisâtre.
Ilménite assez abondante généralement transformée en sphène et quelquefois complètement disparue des plages de sphène.
Rapide de l’Éléphant. — Même roche que ci-dessus, il faut ajouter une notable quantité d’épidote et un peu de chlorite. L’ilménite se présente sous forme de longs bâtonnets croisés dans les plages de sphène, et a quelquefois complètement disparu de ces plages.
Porphyrite du sud du Lac Fittri.
Roche formée par une pâte microlitique d’augite et de feldspath, quartz rare, mais ce minéral existe en outre en plages micro-cristallines, irrégulières ou allongées et en filonnets.
Dans la pâte sont disséminés des phénocristaux d’augite parfois maclés suivant h′ (100).
La pyrite est abondante et on remarque encore une notable quantité d’épidote.
SCHISTES CRISTALLINS
GNEISS ET LEPTYNITES
DESCRIPTION DES ÉCHANTILLONS TAILLÉS EN PLAQUES MINCES
Gneiss ordinaires.
39. Gneiss de Koussougou (Haute-Ombella).
Dans ce gneiss le quartz est souvent vermiculé et présente des extinctions roulantes. Le feldspath dominant est le microcline, mais on trouve aussi un peu d’oligoclase. Le mica est le biotite.
Magnétite, apatite, sphène et zircon.
26. Gneiss du Kaga Bongbo (Fort-Sibut).
Oligoclase, un peu d’orthose, quartz, biotite abondante et un peu de muscovite. Grenat abondant et englobant parfois de la biotite, du zircon et du quartz.
Magnétite, un peu de sphène et d’apatite.
71. Gneiss du nouveau poste de la Nana (groupe Fort-Sibut à Fort-Crampel).
Roche à grain très fin. Quartz, oligoclase, un peu de microcline et biotite.
On remarque encore un peu de hornblende et un peu d’augite.
Apatite, magnétite, sphène et zircon.
80. Gneiss du Kaga Bandéro (Fort-Crampel).
Dans ce gneiss le quartz est très abondant et présente des extinctions roulantes, on l’observe aussi sous la forme vermiculée. Orthose, oligoclase et biotite.
Magnétite, apatite, zircon.
82. Gneiss à grands cristaux accidentel dans les gneiss du Kaga Bandéro.
Le quartz présente parfois des extinctions roulantes. Les feldspaths sont un peu damouritisés. L’oligoclase est le plus abondant et dans les grands cristaux les lamelles sont courbées. L’orthose est parsemé de quartz en association micropegmatitique. Le mica est la biotite.
Magnétite, apatite et zircon. Un peu de calcite secondaire.
270. Gneiss du Kaga Bandéro (Fort-Crampel).
Dans cette roche le quartz est très abondant et présente des extinctions roulantes. Les feldspaths sont l’oligoclase, l’orthose et du très rare microcline.
Biotite abondante.
Apatite, magnétite et zircon.
197. Gneiss glanduleux à grands cristaux de Ndélé.
Le quartz ordinaire est peu abondant et présente des extinctions roulantes. Les feldspaths orthose et oligoclase sont damouritisés, les grands cristaux ont la partie intérieure intacte et présentent une zone extérieure grenue, de couleur rougeâtre, indice de leur écrasement. L’orthose domine, il est parsemé de quartz en association micropegmatitique. Le mica est la biotite parfois parsemée aussi de quartz en association micropegmatitique. La roche contient en outre une certaine quantité de hornblende.
Magnétite, apatite et zircon. Un peu de calcite et de chlorite.
198. Gneiss à grands cristaux de Golo (Ndélé).
Roche de couleur rougeâtre, coloration due à l’abondance des feldspaths rouges.
Le quartz présente des extinctions roulantes bien caractérisées, on l’observe aussi sous la forme vermiculée et sous la forme microgrenue. Orthose, microcline et oligoclase plus ou moins damouritisés.
On a pour le pléochroïsme de la biotite Np, brun très clair, Ng, brun noirâtre
Np, brun très clair, Ng, vert
Magnétite, sphène, zircon et un peu d’allanite. Un peu de chlorite.
174. Gneiss granitoïde de Goumba.
Orthose et oligoclase un peu damouritisés, quartz présentant des extinctions roulantes, biotite et un peu de muscovite. On a pour le pléochroïsme de la biotite : Np, brun clair, Ng brun.
Zircon abondant et un peu de magnétite.
Leptynites.
6. Leptynite de la Basse-Tomi.
Dans cette leptynite le quartz domine, le feldspath le plus abondant est le microcline, on remarque aussi un peu d’oligoclase.
Le mica (biotite) est assez rare. La magnétite est abondante en petits grains visibles à l’œil nu. Un peu de zircon.
28 bis. Leptynite à microcline de Fort-Sibut.
Dans cette roche le microcline est très abondant à l’état grenu.
Le quartz englobant parfois du zircon présente des extinctions roulantes.
Biotite, un peu de muscovite. Grenat et zircon.
55. Leptynite pyroxénique (groupe de Fort-Sibut à Fort-Crampel, entre la Tomi et M’Pokou).
Roche compacte dont les principaux éléments sont le quartz, l’oligoclase, un peu de microcline et le pyroxène. Le quartz est très abondant et présente généralement des extinctions roulantes. L’augite est assez abondante, un peu d’hypersthène.
Magnétite, apatite et zircon.
269. Leptynite du Kaga Bandéro (Fort-Crampel).
Orthose, oligoclase et microcline un peu damouritisés. Quartz abondant et présentant des extinctions roulantes. Biotite et un peu de muscovite.
Magnétite, apatite, sphène et zircon. Un peu de calcite.
Types basiques.
276. Gneiss granitoïde amphibolique et pyroxénique de la rivière Kouli (affluent de la Tomi).
Dans ce gneiss la hornblende ne se présente jamais en cristaux ayant conservé des formes géométriques, elle est en général peu pléochroïque et épigénise souvent des cristaux d’augite mieux caractérisés. Le feldspath dominant est l’oligoclase, on remarque aussi un peu d’orthose.
Le mica est la biotite. Le quartz se présente parfois sous la forme vermiculée.
Magnétite, apatite, allanite et zircon.
31. Gneiss amphibolique du Kaga Do (Haute-Ombella).
Cet échantillon d’aspect granitoïde est essentiellement composé d’oligoclase, de hornblende et de quartz. Le mica manque, cependant il existe dans les clivages des blocs. On remarque de la magnétite assez abondante et de l’apatite souvent enclavée dans la hornblende. Les cristaux de hornblende n’ont jamais de contours géométriques mais ils présentent les clivages nets des sections h¹ (100) et g¹ (010) et des sections perpendiculaires à l’arête h¹g¹ (100) (010). Quelques rares cristaux plus petits présentent des contours géométriques.
33. Gneiss amphibolique en rognon dans le précédent.
Cette roche est beaucoup plus complexe que la précédente dont elle n’est d’ailleurs qu’un accident.
Le feldspath est toujours l’oligoclase, et à la hornblende il faut ajouter de l’augite et de la biotite. Le grenat est abondant.
Apatite, zircon et magnétite. Un peu de calcite.
Les cristaux d’amphibole sont très déchiquetés, ou très petits et disséminés dans une structure grenue.
20. Gneiss à pyroxène (Fort Sibut).
Le quartz présente souvent des extinctions roulantes. Le feldspath dominant est l’oligoclase, il est accompagné d’un peu de microcline. Augite, biotite et un peu de hornblende.
Magnétite assez abondante, apatite, sphène et zircon.
22. Gneiss à pyroxène à grands cristaux (Fort-Sibut).
Cette roche a l’aspect d’un granite grossier sub-porphyroïde.
L’oligoclase domine, mais on remarque aussi du microcline sous la forme grenue et en grands cristaux disséminés. Le quartz présente des extinctions roulantes et se montre parfois en grands cristaux, ces cristaux contiennent alors de longues et assez larges bandes d’inclusions liquides.
L’hypersthène est assez abondant et il faut ajouter une certaine quantité d’augite, un peu de hornblende et comme mica la biotite.
Magnétite abondante, apatite et zircon. Un peu de chlorite.
23. Gneiss pyroxénique (Fort-Sibut).
Roche compacte à cassure esquilleuse. Le quartz présente des extinctions roulantes. Le feldspath dominant est le microcline à l’état grenu, il est accompagné d’oligoclase. L’hypersthène est assez abondant avec pléochroïsme assez accentué en vert suivant Ng et en rose-brunâtre suivant Np. Le mica manque. L’apatite est abondante et quand les cristaux se présentent suivant leur allongement, ils ont très fréquemment des lignes transversales d’inclusions.
Magnétite, sphène et zircon.
85. Gneiss pyroxénique et amphibolique du Kaga Bandéro (Fort-Crampel).
Ce gneiss se présente en lentilles ou lits dans les autres gneiss.
Le quartz est comparativement peu abondant. Le feldspath est l’oligoclase qui se présente rarement sous des formes nettes, les lamelles sont souvent courbées, déformées et l’ensemble des cristaux présente des extinctions roulantes. L’augite domine et englobe parfois de l’apatite. Il faut ajouter une notable quantité d’hypersthène, de hornblende, et un peu de biotite.
Magnétite assez abondante patite.
Le pléochroïsme de l’augite est à peine sensible et on a :
Ng, vert pâle.
Nm, vert.
Np, vert.
Ng C¹ = 42° environ.
Le pléochroïsme de l’hypersthène est assez accentué et on a :
Ng, vert pâle.
Nm, jaune un peu brunâtre-clair.
Np, rose saumon.
Ng C¹ = 0.
2 E est relativement petit, ce qui indique un hypersthène très ferrifère.
84. Pyroxénite associée au gneiss précédent.
Le gneiss précédent passe dans certains endroits de la base du Kaga Bandéro à la pyroxénite.
Dans cette roche, les éléments essentiels sont l’augite, la hornblende et la biotite. L’augite domine, après vient le hornblende. Elle contient en outre un peu de quartz et un peu d’anorthite.
Zircon et apatite.
271. Gneiss pyroxénique et amphibolique du Kaga Bandéro (Fort-Crampel).
Ce gneiss se présente en lentilles ou lits dans les gneiss et leptynites.
A part quelques cristaux plus volumineux, cette roche a une structure microgrenue. Quartz, oligoclase, orthose, biotite. L’augite est assez abondante. La roche contient en outre une certaine quantité d’hypersthène et de hornblende.
Magnétite abondante, apatite et zircon.
97. Gneiss à pyroxène de l’O. du Kaga Bandéro (Fort Crampel).
Ce gneiss se présente en lits ou lentilles dans les autres gneiss.
Quartz, oligoclase, biotite et augite. L’élément le plus abondant est le feldspath, après viennent la biotite et l’augite en quantités sensiblement égales. Le quartz est relativement peu abondant.
Magnétite abondante, apatite abondante en cristaux et en microlites allongés, et zircon.
199. Gneiss amphibolique de Djalmada (Itinéraire Ndélé-Mamoun).
Quartz présentant des extinctions roulantes, oligoclase et hornblende.
La hornblende est abondante et présente souvent les clivages des sections h¹ (100) et g¹ (010) et les sections perpendiculaires à l’arête h¹g¹ (100) (010). Sphène très abondant, apatite, magnétite et un peu de zircon.
208. Gneiss amphibolique de la région montueuse du Kouti.
Quartz présentant des extinctions roulantes. L’élément principal est la hornblende. Un peu de diallage. Comme feldspath de l’oligoclase. Sphène abondant, hématite, apatite et zircon.
RÉSUMÉ
Au point de vue pétrographique. — Il y a lieu de distinguer, dans cette première partie des schistes cristallins, les gneiss normaux, les leptynites et les gneiss basiques. Toutes ces roches présentent des traces d’actions mécaniques qui se traduisent par des extinctions roulantes assez fréquentes dans le quartz et par l’altération plus rare des autres éléments et en particulier des feldspaths.
Gneiss normaux. — Roches rubanées et à grain variable mais ne devenant jamais schisteuses, à orthose (avec ou sans microcline) et oligoclase, parfois l’orthose est entièrement remplacé par le microcline. La biotite est le mica dominant, elle est très rarement accompagnée de muscovite. On observe en outre d’une façon presque constante les minéraux accessoires habituels, magnétite, apatite, zircon, et d’autres minéraux, l’un assez fréquent le sphène, le grenat et l’allanite très rares.
Il y a lieu en outre de signaler la présence du quartz en association micropegmatitique dans les feldspaths de quelques échantillons.
Leptynites. — Roches rubanées de couleur rose à grain très fin dans lesquelles le mica est plus ou moins abondant en couches minces. Les éléments sont les mêmes que dans les gneiss normaux, sauf que la muscovite est un peu plus fréquente et que le sphène est plus rare.
Types basiques. — Ces roches sont rarement rubanées, et quand le rubanement existe, il est généralement vague. Les feldspaths sont les mêmes que dans les roches précédentes, mais avec prédominance de l’oligoclase. Les éléments essentiels sont l’augite, la hornblende, la biotite et parfois l’hypersthène. Ces divers minéraux sont quelquefois réunis dans la même roche mais dans certains types la biotite manque. Dans d’autres types on ne rencontre que l’augite ou la hornblende. La proportion des minéraux colorés est variable, mais parfois elle devient considérable et il arrive même que les feldspaths viennent à disparaître complètement, la roche est alors une pyroxénite.
On remarque en outre les mêmes minéraux accessoires que dans les gneiss normaux, mais le sphène est parfois plus abondant.
Au point de vue géologique. — Les gneiss forment deux groupes. Le plus important comprend tous les échantillons recueillis dans la région s’étendant de la Haute-Ombella à Fort-Crampel. A ces gneiss sont associées des leptynites, des gneiss amphiboliques, pyroxéniques, ou amphiboliques et pyroxéniques, et en outre les granites dont il a été parlé plus haut.
Les types basiques paraissent accidentels et intercalés en lits ou lentilles dans les gneiss normaux et les leptynites, mais ce fait n’est réellement démontré qu’au Kaga Bandéro (Fort-Crampel).
Signalons enfin la présence accidentelle dans les gneiss et leptynites ci-dessus de gneiss à grands cristaux ayant souvent l’apparence d’un granite sub-porphyroïde.
Les particularités qui viennent d’être citées ne constituent rien d’anormal et se reproduisent dans des régions gneissiques françaises.
Le second groupe comprend les gneiss glanduleux à grands cristaux de Ndélé, gneiss qui ont parfois l’aspect du granite porphyroïde, et les rares gneiss ordinaires de la même région.
Les gneiss à grands cristaux sont traversés à Djigangou par un filon d’aplite.
On peut être tenté de rattacher ces gneiss au granite et de les considérer comme un granite écrasé. Mais si l’écrasement particulier des grands cristaux de feldspath autorise jusqu’à un certain point cette hypothèse, d’autres faits permettent aussi de légitimer la place de ces roches dans les gneiss. En particulier le filon d’aplite qui les traverse n’a pas subi de modifications structurelles.
Signalons enfin un autre petit groupe composé de deux échantillons de gneiss amphibolique recueillis dans les quartzites du Kouti. Le premier à Djalmada où ce gneiss n’apparaît qu’en deux points d’une étendue très restreinte, le second provenant d’un affleurement assez important interstratifié dans des quartzites dont les couches sont verticales au ruisseau Kiokioro (village de Koubou).
Quoique recueillis à 30 kilomètres environ l’un de l’autre, dans une direction respective N.E.-S.O., qui correspond sensiblement à la direction générale de la stratification des quartzites, on peut admettre qu’ils appartiennent à un même affleurement dont ils ne sont que des points isolés, car ils ont la même composition minéralogique.
QUARTZITES
DESCRIPTION DES ÉCHANTILLONS TAILLÉS EN PLAQUES MINCES
76. Quartzite micacé des chutes de la Nana.
Roche dans laquelle sont disséminées des lamelles de muscovite. On remarque aussi du zircon et un peu de magnétite.
104. Quartzite micacé à disthène et dumortiérite du Kaga M’Bra.
Roche avec muscovite assez abondante. Disthène assez abondant, très peu de dumortiérite. Magnétite, ilménite, zircon et un peu de rutile.
Le disthène constitue des cristaux très aplatis, allongés suivant l’axe vertical, mesurant souvent deux et parfois trois millimètres sur leur plus grande dimension. Ils présentent très rarement des macles microscopiques, leur couleur est le bleu verdâtre un peu pâle.
La dumortiérite est constituée par de petites baguettes faciles à reconnaître à leur pléochroïsme intense :
On a : Ng, incolore,
Nm, incolore,
Np, bleu azur,
avec maximum suivant l’axe vertical. L’allongement est de signe négatif.
105. Même roche que ci-dessus mais sans dumortiérite. Magnétite, sphène et zircon.
107. Quartzite micacé à disthène et klaprothite du Kaga M’Bra.
Roche avec muscovite assez abondante. Disthène abondant avec un peu de klaprothite. Apatite, rutile, tourmaline.
Bien que les grains de klaprothite soient très petits, leur attribution à ce minéral n’est pas douteuse. Ils possèdent une haute biréfringence et un pléochroïsme très intense :
Ng, bleu azur,
Nm, bleu azur,
Np, incolore.
La bissectrice aiguë est négative et l’angle 2 V assez grand. On n’y observe ni clivage ni macles. De petits fragments ont pu être isolés de la roche pulvérisée par un traitement à l’iodure de méthylène, puis par un triage à l’aiguille sous la loupe. Des essais microchimiques ont mis en évidence la présence de l’acide phosphorique, de l’alumine et de la magnésie.
La klaprothite est toujours en contact avec le disthène, elle est même parfois englobée par ce minéral.
216. — Quartzite micacé de Télé (Kouti).
Roche avec muscovite assez abondante, du zircon, un peu d’hématite et de tourmaline.
RÉSUMÉ
Au point de vue minéralogique. — Ces quartzites constituent les types les plus intéressants que nous ayons rencontrés. La présence de la dumortiérite et de la klaprothite est particulièrement à signaler. A l’exception du gisement de Tvedestrand en Norwège dans lequel MM. Michel Lévy et Lacroix ont trouvé la dumortiérite en inclusion dans la cordiérite, ce minéral se rencontre dans des roches granitiques. Il y a peut-être lieu cependant de faire une réserve pour la dumortiérite de Clip dans l’Arizona qui paraît se trouver comme la nôtre dans un quartzite ; mais elle est très abondante au lieu de n’y constituer qu’un élément microscopique.
Quant à la klaprothite, son gisement habituel est bien des quartzites ; mais il est rare de la trouver dans une roche uniquement à l’état de minéral microscopique.
Au point de vue géologique. — Appartenant à des régions très éloignées l’une de l’autre, les quartzites de la Nana et ceux de Télé (Kouti), présentant les mêmes caractères de gisement présentent aussi les mêmes caractères pétrographiques.
L’échantillon de la Nana provient de couches ayant une pente de 12°, et celui de Télé d’une couche ayant une pente de 40°.
Les échantillons du Kaga M’Bra quoique faisant partie de la même formation proviennent d’un endroit bouleversé dans lequel les couches comme gisement ne sont plus comparables à celles de la Nana ni de Télé. Aussi remarque-t-on dans les quartzites du Kaga M’Bra des minéraux spéciaux tels que le disthène et accessoirement de la klaprothite, et aussi, mais très rare, de la dumortiérite.
Etude faite au laboratoire de M. Lacroix, professeur de minéralogie au Muséum d’Histoire naturelle.
La collection complète des échantillons est déposée au laboratoire de géologie du Muséum d’Histoire naturelle.
DIATOMÉES
Récoltées par la mission CHEVALIER, au Chari-Tchad,
DÉTERMINÉES PAR
Paul PETIT
DIATOMÉES
Quatre échantillons ont été soumis à mon examen, au point de vue de la recherche des Diatomées :
1o Trois fragments d’un calcaire provenant du puits d’Ardèbe ;
2o Deux fragments d’une marne du puits d’Ardèbe ;
3o Trois fragments d’un tuf calcaire de Mondo, no 402 ;
4o Deux fragments d’un dépôt ou Tripoli de Mondo, no 408.
Après lavages avec les acides et décantages selon les procédés employés ordinairement, les nos 1, 3 et 4 m’ont fourni des diatomées qui appartiennent toutes aux Eaux douces et plus spécialement aux Eaux courantes. Ce sont, à part quelques espèces, des Diatomées vulgaires qui se rencontrent dans les cours d’eau douce du monde entier. Les espèces rares sont les suivantes : Cymbella americana ; Navicula obtusa, var. : lata ; un autre Navicula figuré sans nom dans l’Atlas d’Ad. Schmidt ; le Surirella arcta, figuré dans le même atlas, sans diagnose ; et enfin le Stephanodiscus Astræa.
L’abondance de certaines espèces contraste avec la rareté d’autres. C’est ainsi que le Surirella arcta A. S. forme le fond des diatomées du Tuf calcaire de Mondo et que le Navicula oblonga avec les Epithemia forment le fond des diatomées du no 2 du puits d’Ardèbe.
Le Calcaire du Puits d’Ardèbe a présenté un fait assez curieux. Ayant lavé un des trois fragments, dans lequel je n’avais rencontré qu’une très petite quantité de valves de diatomées, brisées pour la plupart, comme cela arrive souvent dans les dépôts fossiles ; je fis le lavage d’un deuxième fragment. J’obtins une assez grande quantité de diatomées renfermant des espèces qui n’existaient pas dans le premier, et manquant, d’autres qui se trouvaient dans le premier. Il est évident que les fragments provenaient de roches appartenant à des couches distinctes, comme le démontre la liste que j’ai établie.
Quant à la marne du puits d’Ardèbe, elle ne renferme qu’un Cyclotella Kützingiana et ce n’est qu’après de longues recherches qu’on peut arriver à en découvrir une valve. On m’a fait observer, avec une préparation de matériaux, non lavés à l’acide, mise à l’appui, qu’il y avait des diatomées dans cette marne. Dans la dite préparation, examinée méthodiquement sans laisser un point inexploré, je n’ai trouvé qu’une seule valve de Cyclotella et un article de Gallionella. J’ai donc lavé toute la marne que je possédais, espérant avoir un résultat. La masse s’effrite complètement dans l’acide nitrique et laisse un dépôt de sable brun très abondant, qui fut lavé à l’acide sulfurique et chlorate de potasse. Le dépôt a été bien lavé et les eaux de lavage décantées avec précaution et réunies. Monté au baume et à sec le dépôt ne m’a fourni que quelques valves très rares des Diatomées indiquées ci-dessus. Il est certain que ces diatomées ont dû être apportées par le vent, en même temps que le sable et qu’elles ne forment pas un dépôt fossile.
I. — CALCAIRE PROVENANT DU PUITS D’ARDÈBE ÉCHANTILLONS No 1 ET No 2
No 1 No 2
Gomphonema intricatum K. CC. + +
— subclavatum Grun. A. S. atlas, t. CCXXXVII, f. 36. CCC. + +
Les Gomphonema sont très abondants.
Amphora libyca Ehr. R. + +
Cocconema cymbiforme Ehr. C. + +
— lanceolatum Ehr. C. + +
Cymbella Cucumis (A. S., t. IX, fig. 21-22) Clève Nav. Diat., I, p. 165 + »
Encyonema gracile Rabenh. + »
— prostratum K. » +
— ventricosum (Ag.) Grun. + +
Epithemia ocellata K. C. + »
— turgida K. C. + +
— gibberula K. AR. + +
— Zebra K. R. + »
— Sorex K. R. » +
Rhopalodia gibba (K.) O. Müll. CC. + +
— — var. : parallela Grun. AR. + +
— — var. : tumida Schaar. R. » +
Navicula oblonga K. Très abondant CCC. » +
— limosa K. AR. + +
— viridis (Ehr.) K. var. : A. S. atlas, t. XLII, f. 22. RR. » +
— radiosa K. C. » +
— obtusa Ehr. var. : lata Rattr. (North Tolsta, p. 422, pl. XXIX, f. 1, 2) RR. + +
— æquatorialis (A. S. atlas, t. L, f. 48, sans nom et sans diagnose). Valves linéaires-elliptiques à extrémités cunéiformes arrondies ; long. 76 μ, largeur 24 μ ; area longitudinale étroite, légèrement dilatée au centre ; stries très fines, non ponctuées, 11 dans 10 μ, perpendiculaires à l’axe vers le centre et faiblement rayonnantes aux extrémités.
Je n’ai vu qu’une seule valve de cette espèce, qui n’a encore été trouvée que dans l’Orégon. » +
Mastogloïa Grevillei W. Sm. AR. + +
Surirella bifrons Ehr. + +
Cymatopleura Solea W. Sm. R. » +
Synedra Ulna (Nitzs) Ehr. C. + +
Odontidium Tabellaria W. Sm. AR. + +
Eunotia gibbosa V. H. Syn., pl. XXXV, f. 13. Long. 48 μ. R. + »
Stephanodiscus Astræa Ehr. var. : minutulus Grun. R. + +
Cyclotella Meneghiniana K. C. + +
— Kützingiana Thw. + +
Gallionella granulata Ehr. CC. + +
— distans Ehr. CC. + +
— crenulata Ehr. R. » +
II. — TUF CALCAIRE DE MONDO, No 402
Gomphonema intricatum Kg. CC.
Cocconema cymbiforme (Kg.) Ehr. C.
— lanceolatum Ehr. C.
— parvum W. Sm. AR.
Cymbella heteropleura Ehr. (A. S. atlas, t. IX, f. 51) R.
— Cucumis A. S. (ut suprà) long. 91 μ, larg. 24 AR.
— americana A. S. atlas, t. IX, f. 15 et 20, var. : acuta. Diagnose dans Clève Nav. Diat., I, p. 164.
— delecta A. S. atlas, t. IX, f. 17 et t. LXXI, f. 80. Diagnose dans Clève, l.c.
Epithemia Argus (Ehr.) K. AR.
— Sorex K. R.
— ocellata Ehr. AR.
Rhopalodia gibba (K.) O. Müll. C.
Encyonema turgidum Grun. C.
— prostratum (Berk) Ralfs. C.
— gracile Raben R.
Amphora libyca Ehr. R.
Navicula sphærophora K. R.
— rynchocephala K. var. : amphiceros (K.) Grun. R.
— viridis Nitzs. var. : commutata Grun. AC.
— rupestris Hantz. AR.
Stauroneis anceps Ehr. R.
Mastogloia Grevillei W. Sm. R.
Surirella arcta A. S. atlas, t. XXIII, f. 23 (sans diagnose). Valves longuement linéaires à extrémités cunéiformes et à partie centrale fortement contractée ; longueur 160 à 204 μ, plus grande largeur 35 μ 20 à 36 μ 80 ; axe longitudinal formé par une ligne ; côtes robustes, 1 1/4 dans 10 μ, atteignant l’axe longitudinal, perpendiculaires vers le centre et rayonnées vers les extrémités CCC.
Cette espèce, qui malheureusement est sous forme de fragments dans le tuf de Mondo, ne se rencontre entière que rarement dans les préparations, dont elle forme le fond. Elle est très abondante. Jusqu’ici cette espèce n’a été rencontrée que dans Demerara river et figurée par le Révérend Ad. Schmidt dans son Atlas der Diatomaceenkunde.
Cymatopleura elliptica W. Sm. et ses variétés C.
— Solea W. Sm. AC.
Nitzschia amphioxys W. Sm. variété : vivax AR.
— stagnorum Raben R.
Synedra Ulna (Nitzs.) Ehr. CC.
Stephanodiscus Astræa Ehr. var. : minutulus. Grun. R.
Cyclotella Kützingiana Thw. R.
Gallionella granulata Ehr. AC.
— distans Ehr. AC.
III. — TRIPOLI DE MONDO, No 408
Amphora libyca Ehr. AR.
Encyonema turgidum (Greg) AC.
Rhopalodia gibba (K.) O. Müll, variété : tumida Schaar. R.
Navicula anglica Ralfs. RR.
Odontidium Harrissonii W. Sm. R. variété minus Roper.
Cyclotella Meneghiniana K. CCC.
— operculata Hantz. AC. Abondants, formant le fond de la préparation.
— Kützingiana Thw. CC.
Gallionella distans Ehr. CC.
— granulata Ehr. CC.
IV. — VASE DU LAC TCHAD RÉCOLTÉE A KOUKIA
La vase du Lac offre l’aspect de la tourbe desséchée, elle ne fait pas effervescence sous l’action des acides forts, elle ne contient donc pas de carbonates calcaires. Après lavages par les procédés ordinaires, on obtient un dépôt renfermant une grande quantité de sable brun, qu’il faut éliminer pour avoir les diatomées, ce qui nécessite des lavages et des décantages longs et délicats.
Par suite d’une cause inexplicable et rare même dans les dépôts fossiles, la plus grande quantité des valves se trouve réduite à l’état de fragments, ce qui nécessite un grand nombre de préparations pour pouvoir trouver un échantillon complet et encore, sur 15 préparations, il n’a pas été possible de rencontrer une Surirella robusta entière.
Le dépôt est assez riche en Surirellées et en Naviculées ; il renferme deux espèces très rares : Navicula americana Ehr. et Navicula Perrotetii Grun. ; cette dernière a été découverte au Sénégal, et en outre une variété nouvelle très abondante de la Surirella Kittonii A. S.
Espèces rencontrées dans la vase.
Cocconeis Pediculus Ehr.
Gomphonema acuminatum Ehr. variété Turris.
— capitatum Ehr.
— gracile Ehr. variété minor Grun.
— Turris Ehr.
Cymbella bengalensis Grun.
Cocconema cymbiforme Rabh.
Amphora ovalis Kg.
Epithemia Sorex Kg.
Rhopalodia gibba O. Müll.
— parallela O. Müll.
Navicula americana Ehr. (Très rare).
— Cardinalis Ehr.
— cuspidata Kg.
— elegans W. Sm.
— elliptica Kg.
— macilenta Ehr.
— major Kg.
— Perrotetii Grun.
— viridis (Nitz.) Kg.
Stauroneis acuta W. Sm.
— Phœnicenteron (Nitz.) Ehr.
Surirella arcta A. S.
— bifrons Ehr. variété : tumida O. Müll.
— Kittoni A. S. var. nov. elliptica.
— robusta Ehr.
— tenera Greg.
— — variété nervosa A. S.
Cymatopleura elliptica (de Bréb) W. Sm.
— Solea (de Bréb) W. Sm.
Eunotia Arcus Ehr.
— gibbosa V. Hk.
Himantidium pectinale Kg.
Stephanodiscus Astræa (Ehr) Kg.
Cyclotella Meneghiniana Kg.
— operculata (Ag.) Kg.
Gallionella crenulata Ehr.
— distans Ehr.
— granulata Ehr.
— lyrata Ehr. Variété tenuior. Grun.
— varians Ehr.
NOTE SUR LES COLLECTIONS D’INSECTES
rapportées par la Mission CHARI-TCHAD
ARACHNIDES, MYRIAPODES ET CRUSTACÉS
PAR
M. BOUVIER Professeur au Muséum d’Histoire naturelle.
ARACHNIDES ET MYRIAPODES
Très nombreux sont les matériaux recueillis dans ces deux groupes, mais aucun spécialiste n’a pu encore les étudier. D’un examen sommaire de ces matériaux, on peut conclure toutefois que certaines espèces à très large distribution se trouvent constamment représentées jusqu’au centre de l’Afrique. Dans la classe des Arachnides, c’est le cas des grands Scorpions noirs, Pandinus imperator C. L. Koch et Pandinus dictator Pocock ; dans le groupe des Myriapodes de la Scolopendre géante, Scolopendra subspinipes Leach et d’une espèce plus petite, la S. morsitans L. qui remonte jusqu’en Algérie.
CRUSTACÉS
Tous les Crustacés recueillis par la mission appartiennent naturellement à la faune des eaux douces. Ils ne sont pas très nombreux en espèces, mais présentent presque tous un fort grand intérêt.
Parmi les Crevettes d’eau douce, il convient de citer deux espèces : d’abord un Palémon d’une grande taille, le Palemon macrobrachion Heiklots qui paraît identique à une espèce américaine, le P. acanthurus Wiegm., qu’on avait signalé en divers points de l’Afrique occidentale et qui fut capturé par M. Decorse à Brazzaville. En second lieu une petite espèce de la tribu des Stynier, la Caridina togoensis var. Decorsei Bouvier. Cette forme nouvelle a été découverte au cours de la mission et paraît très commune dans l’Afrique centrale et occidentale, où elle représente, peut-être à elle seule, le genre Caridina. M. Decorse l’a prise à Krebédjé, à Fort-Archambault, au Bangoran, mais on la trouve bien en dehors de ces régions centrales ; M. Chevalier vient d’en recevoir des exemplaires recueillis au Fouta-Djalon, et le Muséum du capitaine Cotte de la mission Sud-Kameroun.
Les Crabes d’eau douce ne manquent pas dans les régions tropicales, où ils sont d’ordinaire assez étroitement localisés. Parmi ceux capturés au cours de la mission, il convient de citer le Potamonautes Aubryi Edw. trouvé à Bessou, mais déjà connu dans l’Afrique occidentale. Un jeune voisin du P. Sidneyi Rathbun connu seulement dans l’Inde, et trois beaux spécimens qui tiennent à la fois du P. Johnstoni Miers et du P. perlatus Edw. Il est bon d’observer que ces exemplaires proviennent du Chari, tandis que le P. Johnstoni se trouve au Kilimandjaro et le P. perlatus dans l’Afrique méridionale.
COLÉOPTÈRES
PAR
M. Pierre LESNE Assistant au Muséum d’Histoire naturelle.
Les collections de Coléoptères recueillies au cours de la mission Chari-Tchad sont fort riches et permettront d’entreprendre une étude approfondie de la faune des vastes régions explorées par MM. A. Chevalier et le Dr J. Decorse. La détermination de ces importants matériaux est seulement commencée, mais on peut noter dès maintenant quelques remarques qui se dégagent de leur examen sommaire.
Le caractère le plus frappant de la faune du Chari moyen et inférieur et de la région du Tchad réside dans sa grande analogie avec celle du Sénégal et du Soudan occidental. Il est assurément remarquable de retrouver communément aux environs de Fort-Archambault les espèces qui comptent aussi parmi les plus fréquentes à Saint-Louis-du-Sénégal. Tels sont les :
Tetragonoderus quadrum Ol. (Carabides).
Sternocera interrupta Ol. (Bupestides).
Sinoxylon senegalense Karsch (Bostrychides).
Thalpophila abbreviata Fabr. (Ténébrionides).
Entomoscelis cincta Ol. (Chrysomélides).
Hoplostomus fuliginosus Ol. (Cétonines).
Etc.
Les espèces suivantes, qui ont été recueillies en divers points du bassin moyen et inférieur du Chari, sont également sénégalaises :
Cicindela Dumolini Dej. (Cicindélides).
Luperca Goryi Guér. (Carabides).
Harpalus ephippium Dej. (Carabides).
Bradybænus scalaris Ol. (Carabides).
Sternocera castanea Ol. (Buprestides).
Bostrychopsis Reichei Mars. (Bostrychides).
Epicanta flavicornis Dej. (Méloïdes).
Rhyxiphlæa corticina Ol. (Cétonines).
Etc.
D’une façon générale, les affinités avec la faune du Sénégal sont particulièrement marquées dans la région même du Tchad. Plus au sud, sur le Chari inférieur et moyen apparaissent des formes paraissant propres à l’Afrique centrale, tels le Sternocera Colmanti Kerremans (Bupestides) déjà connu du Bahr-el-Ghazal, le Thalpophila reticulata Fairmaire (Ténébrionide) primitivement décrit du pays de Nyams-Nyams, un Onitis géant, apparenté à l’On. Castelnani Harold, de l’Afrique australe, etc. C’est ce mélange de formes centre-africaines avec des espèces sénégalaises en nombre prédominant qui imprime un cachet spécial à la faune des régions riveraines du Chari. Mais si l’on s’écarte du fleuve, pour pénétrer dans les pays Saras qui s’étendent à l’O. de Fort-Archambault on constate la présence dans ces contrées de types tout particuliers révélant la proximité d’un centre faunistique distinct. De remarquables espèces qui paraissent être inédites et qui appartiennent aux genres Myrmecoptera parmi les cicindélides, Anthia, Graphipterus, Pheropsophus parmi les Carabiques caractérisent notamment cette faune dar-sarienne dont on doit la découverte à M. le Dr J. Decorse.
Parmi les captures intéressantes faites par le même naturaliste il faut citer celle d’un petit carabique, le Somotrichus elevatus Fabr. dont le pays d’origine était resté jusqu’ici inconnu. L’insecte se rencontre de temps à autre dans les ports de commerce et paraît vivre à demeure dans les cales de certains navires. Sa découverte aux environs de Fort-Archambault permet d’affirmer qu’il est d’origine africaine.
Les récoltes faites sur le cours de la rivière Gribingui ont été moins fructueuses que celles effectuées dans les régions dont nous venons de parler ; mais plus au sud, au-delà de la ligne de partage des eaux entre le Chari et le Congo, sur la Kémo et ses affluents, la mission a rencontré en abondance les Cétoines du genre Gnathocera et une foule d’autres formes à affinités guinéennes prononcées, faisant pressentir la proximité de la faune gabonaise proprement dite. Il est à noter d’ailleurs que dans toute l’étendue des régions explorées dans le bassin du Chari ont été rencontrées les formes à aire de dispersion très étendues en Afrique comme les Opilo gigas Cost., Tenebrio guineensis Hid., Xystrocera nigrita Serv., etc.
En résumé, les points que met en évidence un examen rapide de l’ensemble des Coléoptères de la mission Chari-Tchad sont :
1o L’existence d’une ligne de démarcation importante au point de vue faunistique dans la région de la rivière Gribingui. Au nord de cette région les espèces sont en grande majorité soudanaises ; au sud, elles se rattachent à la faune congolaise ou à la faune guinéenne.
2o La présence, dans le bassin du Chari, de formes qui paraissent être propres à l’Afrique centrale.
3o L’existence d’une faune très spéciale, à affinités soudanaises, dans les pays Saras s’étendant à l’Ouest de Fort-Archambault.
HYMÉNOPTÈRES, ORTHOPTÈRES ET NÉVROPTÈRES
PAR
M. R. DU BUYSSON
HYMÉNOPTÈRES
Les Hyménoptères récoltés par M. A. Chevalier pendant ses voyages dans l’Afrique centrale et occidentale sont peu nombreux, mais leur diversité permet de déduire quelques renseignements sur la faune des pays où ils ont été trouvés.
Comme on le sait, les Hyménoptères vivent en général de matières sucrées provenant des nectaires des fleurs ou des miellées produites soit par les Pucerons et les Coccides, soit par les stigmates des feuilles des plantes sous l’influence de certaines conditions climatériques. Une des plus grandes familles, celle des Mellifères, a la spécialité de recueillir le miel et le pollen. Aussi les insectes appartenant à cette famille peuvent être comptés parmi les principaux facteurs de la fécondation des plantes. Leur présence est donc d’un intérêt capital pour le colon. Une région riche en fleurs nourrit toujours beaucoup d’Hyménoptères mellifères et inversement : l’abondance des unes permet de calculer le nombre des autres. Parmi les Mellifères, on peut signaler l’Abeille mellifique qui se rencontre, à l’heure actuelle, dans toutes les parties du monde, soit comme patrie normale, soit qu’elle ait été importée par l’homme. En Casamance, comme dans la région parcourue par la mission Chari-Tchad, M. A. Chevalier a rencontré la variété fasciata Latr. de l’Abeille domestique. C’est un nouveau point à enregistrer dans la dispersion de ce précieux animal sur le continent africain. En effet l’Apis mellifica L. var. fasciata Latr. habite l’Égypte : Le Caire, Ramlé, Suez, les environs de Kartoum, Obock. On l’a rapportée de Dakar, de la Guinée : Bissao, de Libéria : Monrovia, de la Sierra-Leone, du Haut-Niger et du Bénoué, du Congo, de la Cafrerie, du pays des Basoutos et E. Foa l’a retrouvée dans la vallée du Haut-Zambèze. Dans bien des endroits, cette abeille est plus ou moins cultivée par l’indigène, mais elle vit à l’état sauvage dans beaucoup d’autres. C’est une ressource qui attend qu’elle soit mise en valeur, modeste sans doute mais qui n’en existe pas moins.
D’autres Hyménoptères sont chasseurs de grillons, de criquets, de chenilles, de papillons et d’autres insectes nuisibles à l’agriculture. D’un coup d’aiguillon, ils paralysent leur proie et l’emmagasinent pour nourrir leur progéniture. A cette catégorie appartiennent les Eumenes tinctor Christ et caffra Olivier qui approvisionnent leurs nids de terre gâchée avec des chenilles. M. Chevalier a reconnu leur présence dans plusieurs localités du Baol oriental, de Thiès à N’djourbel. Ils ont comme ennemi un autre Hyménoptère, aux couleurs étincelantes, la Chrysis stilboides Spin. qui dépose ses œufs dans leurs cellules. La larve de la Chrysis dévore celles des Eumènes. Cette Chrysis se rencontre partout où vivent les gros Eumènes. Elle est signalée d’Égypte, d’Abyssinie, de Saint-Louis du Sénégal, de la Casamance, de la Sénégambie, du Congo français, des environs du Tanganyika, du Zambèze et du Zanzibar. Les récoltes de M. A. Chevalier viennent ajouter de nouvelles localités d’habitat à celles déjà connues et nous prouver une fois de plus que certaines espèces d’insectes ont une aire de dispersion bien plus étendue qu’on ne le suppose. M. Chevalier a rapporté vingt-huit espèces de Fourmis qui, si elles sont de peu d’intérêt pour le colon, nous serviront de jalons pour la géographie zoologique.
Je dois indiquer aussi quelques Guêpes : Belonogaster junceus Oliv. et Polistes marginalis F. Elles peuvent être considérées comme des animaux utiles. En effet, elles vivent en sociétés parfois nombreuses et elles nourrissent leurs larves avec de petits lépidoptères, de petites chenilles et autres menus insectes nuisibles aux plantes et aux fruits.
Enfin pour terminer l’étude des Hyménoptères recueillis par M. A. Chevalier, je parlerai d’un Ichneumon, fort beau par son coloris, le Cryptus vittatus Tosq., mais qui malheureusement a des mœurs fort préjudiciables pour les chenilles dont on a cherché à utiliser la soie dans l’Afrique occidentale, la Faidherbia Bauhiniæ Guérin et les Anaphe qui vivent des feuilles du Tamarinier.
ORTHOPTÈRES
Il y a peu de chose à signaler dans ce groupe, d’abord parce qu’ils sont en trop petit nombre, ensuite parce qu’on ne connaît pas assez leurs habitudes. Nous devons dix-neuf Acridiens à M. Chevalier, appartenant tous aux petites espèces non migratrices, qui vivent sédentaires dans les herbages et dont les dégâts n’ont pas encore été signalés, sans doute parce qu’ils sont insignifiants. En effet, les Acridiens se nourrissent de plantes et ils ne deviennent nuisibles que par leur nombre. Il en est de même des deux Gryllides rapportés par M. Chevalier. Ces animaux peuvent être malfaisants dans les habitations, mais on ne connaît pas leur manière de vivre. D’autres Orthoptères, les Mantides, sont carnassiers ; ils se nourrissent de proies vivantes qu’ils saisissent avec habileté et maintiennent avec les pattes antérieures puissamment armées à cet effet. M. A. Chevalier en a recueilli quatre espèces, des Harpax, dont l’aire de dispersion est encore fort mal connue.
Il n’en est pas de même des Blattides ; car, en outre des petites Phyllodromies sans beaucoup d’intérêt au point de vue agricole, M. Chevalier a rencontré, dans plusieurs localités du Soudan et du Baol oriental, de Thiès à N’djourbel, la grande Blatte qui porte le nom de Rhyparobia maderæ F. Ce gros insecte est connu de Madère, de Ténériffe, des Comores, du Sénégal, de la Guinée, du Congo, de Madagascar et même de la Guadeloupe. Partout où il a été signalé, on a reconnu ses méfaits. Sa voracité et sa fécondité le font redouter des colons et des voyageurs.
NÉVROPTÈRES CORRODANTS
Parmi les Névroptères, on classe dans un sous-ordre les Termites, qui pratiquent la vie en société. Leur existence n’est pas encore connue dans le détail, mais tous les voyageurs savent que beaucoup construisent avec de la terre et des débris végétaux des dômes de forme variable suivant les espèces. Leurs téguments délicats les forcent à ne sortir que la nuit, car les ardeurs du soleil les feraient mourir promptement et leurs ennemis, les oiseaux en particulier, les auraient vite détruits. Les uns s’établissent sous le sol, les autres dans les bois morts et même dans le tronc des arbres. Ils se façonnent des galeries couvertes pour pouvoir impunément monter sur les arbres à la recherche de leur nourriture. Dans les branchages, ils construisent des nids de refuge où ils peuvent s’abriter le jour et attendre ainsi la complète exploitation du feuillage dont ils font usage.
La Mission Chari-Tchad a récolté un certain nombre d’espèces parmi lesquelles se trouvent les Termes natalensis Hav., bellicosus Smeath, et l’Eutermes fungifaber Sjœstedt.
DIPTÈRES
PAR
M. SURCOUF
Parmi les diptères piqueurs qui ont été recueillis par MM. le Dr Decorse et Chevalier dans la mission Chari-Tchad, il y a lieu de mentionner les espèces suivantes :
1o Un Tabanus latifer Macquart.
Ce taon est étroitement allié au T. africanus Gray du S. et du S.-E. de l’Afrique, qui n’en diffère que par une fascie noirâtre à l’extrémité des ailes hyalines. Son aire comprend la boucle du Niger et les bords du Bénoué, affluent de droite.
2o Tabanus Chevalieri nov. sp. Surcouf, provenant du Fouta Djalon.
Cette espèce appartient au même groupe que T. gratus et T. rujens de Cep. Ces trois espèces sont de petite taille et rares dans les collections.
3o Un grand nombre de Tabanus ditæniatus Moquart répartis sur toute la région comprise entre l’archipel Kouri et le Fort Lamy. On le rencontre d’autre part depuis Gilgil (Afrique orientale anglaise) et l’île Maurice jusqu’à Tombouctou au N. et la Guinée française à l’O. Le Dr Chapuis avait déjà mentionné que sa piqûre faisait périr les chameaux.
4o Tabanus tæniola Pal-Beauv.
Espèce répandue dans toute l’Afrique intertropicale.
5o Tabanus sufis Jænnicke.
Espèce rare dans les collections et dont les quelques exemplaires possédés manifestent une extension considérable : Egypte, Nubie, Congo, Sénégal.
Outre ces Tabanides, la mission a rapporté de nombreux Simulium damnosum Theobald.
Cette simulie appelée : mouche de Jifa dans l’Afrique orientale anglaise, pullule sur la rive droite du Nil et vers le Tanganyika elle s’étend dans l’Uganda et existe beaucoup plus à l’O. sous le nom indigène de fourou.
Elle a été retrouvée au Congo par M. le Dr Brumpt. Sa présence au Fouta-Djalon où elle a été prise par M. Chevalier démontre que le Simulium damnosum est une espèce équatoriale dont l’aire d’habitat comprend toute la largeur de l’Afrique.
La description de Tabanus Chevalieri paraîtra avec plusieurs autres dans le Bulletin du Muséum.
QUESTIONS AGRICOLES & DIVERSES
PAR
Aug. CHEVALIER et H. COURTET
QUESTIONS AGRICOLES ET DIVERSES
Indépendamment de ce qui a été dit dans divers chapitres de la première partie de ce livre au sujet de l’agriculture et des plantes cultivées, nous avons cru devoir réunir ici un certain nombre de questions éparses qui intéressent également l’agriculture des régions parcourues.
LISTE DES PLANTES CULTIVÉES PAR LES PEUPLADES ANTHROPOPHAGES DE L’OUBANGUI
Espèces dont on mange les fruits.
Musa paradisiaca (Banane).
— sapientum (Banane).
— sinensis (Banane).
Carica papaya (Papaye).
Ananas sativa (Ananas).
Solanum Pierreanum.
— melongena (Aubergine)
Lycopersicum cerasiformis (Tomate cerise).
Tomate amère (employée comme condiment).
Capsicum frutescens (Piment).
— anthropophagorum (Piment).
Cucurbita maxima (Potiron).
— moschata (Giraumon).
Cucumis citrullus (Pastèque).
— species (Courge).
Hibiscus esculentus (Gombo).
Canarium Nsafu (Nsafu).
Espèces dont on mange les graines.
Zea maïs (Maïs).
Andropogon Sorghum (Sorgho ou gros mil).
Penicillaria spicata (Petit mil).
Eleusine coracana (Eleusine).
Sésamum indicum (Sésame).
Hyptis spicigera (Labiée à graine oléagineuse).
Vigna Catjang (Haricot).
Phaseolus lunatus (Haricot de Lima, petite et grosse variété).
Voandzeia subterranea (Pois de terre).
Arachis hypogea (Arachide).
Espèces dont on mange les tubercules.
Manihot utilissima (Manioc amer).
— var. dulcis (Manioc doux).
Dioscorea anthropophagorum (Igname à tubercules aériens).
— alata (Igname).
— sativa (Igname).
Ipomœa batatas (Patate douce, plusieurs variétés).
Coleus rotundifolius (Ousonifing ou Pomme de terre de Madagascar).
— dazo (Dazo).
— langouassiensis (Dazo).
Colocasia antiquorum (Colocase).
Espèces dont on mange les feuilles.
Hibiscus sabdariffa (Oseille de Guinée).
Corchorus olitorius (Jute).
Rumex (Oseille).
Solanum guineensis.
Pour fumer ou Plantes à parfums.
Nicotiana tabacum (Tabac).
— rustica (Tabac).
Canabis sativa (Chanvre).
Ocymum viride (Basilic).
— basilicum (Basilic).
Plantes textiles.
Gossypium barbadense (Coton).
— herbaceum (Coton).
Espèces donnant des matières grasses.
Ricinus communis (Ricin).
Jatropha curcas (Pignon d’Inde ou Pourguère).
BANANIERS
La banane constitue le fond de la nourriture des peuples de la forêt congolaise. Avant l’introduction du manioc venu en Afrique à la suite de la découverte de l’Amérique, elle devait jouer un rôle plus grand encore.
On cultive plus particulièrement le Musa paradisiaca. Le nombre des variétés est très grand. Chez certaines, les fruits atteignent jusqu’à 30 centimètres de long.
Entre le 4e et le 5e degré de lat. N., chez les Bondjos, les bananiers sont encore très abondants. On les cultive exclusivement autour des villages car ils exigent un sol très riche. Le grand bananier ne donne des fruits que 18 mois après que le rejet a été mis en terre. Dans les bananeraies indigènes on ne trouve des fruits en abondance que dans la saison humide. On les cueille ordinairement bien avant leur complète maturité. En temps de famine les Bondjos vivent aussi des racines de leurs bananiers qui sont ainsi sacrifiés.
D’après les missionnaires que nous avons interrogés, le nombre des variétés qui existent dans les villages de la forêt est presque illimité. Les Bondjos ne savent pas les cultiver séparément, de sorte que dans une seule plantation elles sont ordinairement mélangées.
Entre Bangui et La Kémo prédominent les deux variétés suivantes :
1o Zimbala (mot à mot la dent de l’éléphant, c’est-à-dire la pointe d’ivoire en banda). Tronc s’élevant jusqu’à 3 mètres et 4 mètres. La gaine des feuilles et par suite le tronc sont complètement noirs. Se nomme Benza en balari.
On a vu à Bessou des régimes de cette variété pesant jusqu’à 40 kilogrammes.
2o Ndon. Pieds de 3 à 4 mètres de haut. Tronc d’un vert glauque, pétiole vert profondément canaliculé avec un étroit liseré rose. Limbe des feuilles ordinairement très déchiré. Bananes serrées arquées d’une longueur moyenne de 15 à 20 centimètres. Régimes longs de 1 mètre, très chargés de fruits pesant jusqu’à 30 ou 40 kilogrammes.
Il existe enfin dans divers villages de la forêt (de Brazzaville à Bangui) un Bananier à feuilles et tronc rouges donnant en petite quantité des bananes longues et sucrées.
On cultive aussi à Brazzaville une variété ornementale à feuilles pourpres qui ne produit jamais de fruits.
Les fruits du Musa paradisiaca, nommés encore Bananes cochon, se mangent ordinairement rôtis sur la cendre ou bien les indigènes les préparent en farine. A maturité très avancée la peau de ces bananes noircit, les fruits deviennent blets à la surface et beaucoup d’Européens les préfèrent en cet état comme fruits de dessert aux bananes sucrées.
Ces dernières, qui n’excèdent pas ordinairement 15 centimètres de long, sont produites par le Musa sapientum également cultivé par les indigènes dans tout le Congo, mais en beaucoup moins grande quantité. Les bananes sucrées (les seules connues en Europe) sont surtout recherchées des enfants et consommées sans être cuites.
Cette espèce porte le nom de Toto dans la plupart des langues du Congo, les Banziris l’appellent Benza.
Le bananier nain Musa sinensis (M. Cavendishii) commence à se répandre au Congo même chez les indigènes.
Il paraît qu’il fut introduit en 1878 à Landana au Congo portugais de pied venant du Muséum. L’introducteur était le P. Duparquet. Depuis il a été transporté par les missions dans toutes les directions. La mission de Liranga l’a propagé chez les indigènes du moyen Congo, aussi les peuples du Haut-Oubangui l’appellent le Bananier des Mangala, peuplade chez laquelle il est aujourd’hui abondant.
Il réussit très bien dans les terres fertiles. A la mission de Bessou on a vu des régimes de cette espèce d’un poids considérable. Cependant les missionnaires n’en étendent pas la culture plus que celle des autres variétés. Ils trouvent que les bananiers occupent beaucoup de place et mettent longtemps à produire. Aussi donnent-ils la préférence comme grandes cultures au manioc, au maïs, aux patates et au dazo.
Dans chaque village banda et mandja on trouve encore quelques pieds de Musa paradisiaca et de M. sapientum cultivés, mais leurs fruits tiennent très peu de place dans l’alimentation des indigènes.
Le Musa sinensis n’existait pas encore dans le pays ; la mission a apporté les premiers pieds au Jardin de Fort-Sibut. Dans le pays de Senoussi on ne trouve plus que le Musa paradisiaca et en très petite quantité.
C’est à Damtar vers le 10e parallèle que nous avons vu les derniers beaux bananiers dans un jardin européen. Plus au N. ils ont beaucoup de peine à vivre en Afrique centrale à moins de soins très spéciaux (abris contre le vent et le soleil, fréquents arrosages).
Aug. Chevalier
CAFÉIER DES BORDS DE L’OUBANGUI (Coffea congensis).
Ce caféier croît en abondance dans les parties boisées des rives de l’Oubangui. On le suit sans interruption de Bangui à Zangha et d’après les renseignements fournis, bien au-delà de Mobaye.
Ses endroits préférés sont les terrains plats ou en pente douce inondés à la saison des hautes eaux et couverts de grands arbres dont l’ombre lui est favorable. Dès que les grands arbres s’espacent ou que le feuillage s’éclaircit, le caféier disparaît. On le rencontre dans les mêmes conditions au pied de quelques berges élevées, comme à Fort-de-Possel, par exemple, entre le poste et la factorerie, au sommet de ces berges il ne végète plus. Certains pieds à la saison des hautes eaux sont dans l’eau sur plus de 1m50 de hauteur. Un peu en aval de Bangui sous les grands arbres des bords du fleuve, on rencontre de véritables petits taillis de caféiers.
Aux environs de Fort-de-Possel la hauteur de certains arbustes atteint environ 4 mètres, ils sont rarement verticaux, très flexible ce caféier se courbe. Les pieds sont souvent ramifiés à quelque distance du sol.
Parmi les arbustes de 2 à 4 mètres de développement un pied sur 5 peut seul être considéré comme fructifié, les autres n’ont qu’un nombre insignifiant de fruits, quelquefois nul.
La moyenne des pieds que l’on peut considérer comme fructifiés donne 221 fruits par pied. Les fruits ont généralement deux graines, mais quand les conditions de végétation ne sont pas normales, il y a un certain nombre de fruits qui n’ont qu’une graine et les autres fruits sont plus petits.
Cent grammes de grains décortiqués et secs contiennent 820 grains. Si on rapproche ce chiffre de la moyenne donnée plus haut, un caféier produirait normalement 442 grains soit 53 grammes de café par an.
Ces chiffres ne se rapportent évidemment qu’à l’année où l’étude a été faite et à la région de Fort-de-Possel.
Dans les parties boisées de la plaine de Fort-de-Possel, parties situées en général dans les terrains bas et marécageux on ne trouve plus ce caféier.
Les indigènes de la région n’utilisant pas le café, se soucient très peu de la conservation des pieds et les coupent sans scrupules pour les utiliser aux mêmes usages que les autres bois flexibles.
Plus en amont, les Européens ont appris aux indigènes à récolter ce café qui est alors utilisé.
Quoique ce caféier n’ait jamais été cultivé ni à Fort-de-Possel ni à Fort-Sibut, en 1902, l’administrateur commandant le cercle n’a pas hésité, en réponse à une dépêche ministérielle du 29 octobre 1901, dans une notice no 977 datée du 28 août, à s’exprimer ainsi : « En isolant les pieds et en les cultivant on arrive à des résultats appréciables. Cet essai a été tenté avec succès à Fort-de-Possel. Il a donné de moins bons résultats à Fort-Sibut (Krébedjé), à 100 kilomètres environ de l’embouchure de la Kémo dans l’Oubangui. » Ceux qui s’intéressent à cette question se trouvent donc indignement induits en erreur par cette notice.
Dans le cimetière de Bangui ce caféier a été planté et a donné d’assez beaux pieds ramifiés, mais en 1903 la production de ces pieds a été nulle, et il doit être de même pour les autres années, car il ne se trouve pas, quoique assez ombragé, dans ses conditions normales de végétation, aucun renseignement n’a été trouvé à ce sujet dans les archives du poste.
H. Courtet.
L’AGRICULTURE CHEZ LES SARAS
Le Sara est cultivateur et cultiverait au delà de ses besoins si les produits qu’il récolte avaient un débouché commercial, mais ce débouché n’existe pas. Cependant chez les Saras Mbanga et les Saras Ngaké il se fait quelques transactions, c’est-à-dire que des habitants du pays Salamat, et des Ouled Rachid (arabes) viennent s’approvisionner de mil chez eux, apportant en échange des lances, des perles, des vêtements confectionnés avec des bandes d’étoffe de leur pays et quelques autres objets. Le Sara se contente donc en général de cultiver la surface nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille et pour boire copieusement le Sam (bière de mil) qu’il apprécie beaucoup. Aussi dans chaque village, chaque jour de l’année ou à peu près, quand la récolte a été bonne, il y a toujours quelque part grande beuverie de Sam, souvent avec accompagnement de danses et de chants. Chaque famille possède pour la fabrication du Sam de grandes marmites en terre cuite et certaines cases sont de véritables brasseries.
Culture chez les Tounias (tribu Sara)
Une famille composée de 5 personnes cultive en mil une surface de 1 hectare 90 ares, et un petit champ de 20 ares environ de haricots, pois de terre, ou arachides, soit une superficie totale de 2 hectares 10 ares, ce qui donne par tête une superficie de 42 ares.
La surface cultivée en mil lui rapporte 38 hectolitres environ de mil, soit 20 hectolitres par hectare qui au poids moyen de 80 kilos l’hectolitre donne un rapport de 1600 kilos à l’hectare.
Aux champs l’homme, c’est-à-dire le chef de famille, travaille avec les femmes et les enfants, la durée du travail est en moyenne de 6 heures par jour et la culture exige un travail de 5 mois par an, soit 1357 heures de travail par hectare. (Ce chiffre ne comprend que le travail de 3 personnes, les enfants pouvant être en bas âge et ne faire aucun travail.) Il reste donc aux indigènes 7 mois de liberté pour les travaux accessoires consistant dans la réparation ou la réfection des cases leur prenant environ un mois par an, pour la chasse, et pour fabriquer et boire le Sam.
Tout le mil récolté est donc consommé sauf une petite quantité servant à faire quelques menus échanges avec les pêcheurs, les gens du poste de Fort-Archambault et à payer l’impôt, quantité évaluée à 300 kilos. La récolte totale étant de 3.000 kilos, il reste à la famille pour sa consommation directe 2.700 kilos, soit 1kgr,525 par tête et par jour. En admettant une consommation moyenne de 0kgr,800 par jour pour la nourriture, il reste 0kgr,725 de mil disponible. (La ration de nos tirailleurs est fixée à 1 kilo.)
Tout le mil disponible et en particulier le gros mil est consommé en bière de mil, ce qui explique pourquoi les indigènes ont toujours une grande quantité de cette bière en consommation.
La culture se fait soit à labour plat soit à labour en ados ; quand il y a des vides trop considérables dans les champs, ces vides sont comblés en y repiquant des jeunes plants enlevés aux endroits où les champs sont trop touffus. L’indigène dissémine en outre dans les champs de mil, des haricots, des courges, la petite courge à huile et la pastèque dont la graine lui sert également à faire de l’huile.
Fig. 108. — Instruments agricoles des Saras.

Les indigènes se servent pour leurs labours d’un seul instrument, c’est une petite bêche de 0m,15 de largeur, arrondie aux angles supérieurs, la partie inférieure complètement arrondie, portant une douille droite pour recevoir le manche. Cette bêche est montée sur un long manche droit ou légèrement cintré pour le labour à plat. Pour le labour en ados elle est montée sur l’extrémité de la dent du milieu d’une sorte de trident en bois, et forme ainsi un instrument ressemblant assez à un long louchet évidé ; cet instrument est manœuvré à genoux. Enfin pour les piochages, sarclages et binages, elle est montée en houe sur un manche court fait avec une branche d’arbre coudée à angle droit.
Le labour en ados ressemble assez aux sillons de nos charrues, la graine est mise en terre sur les ados. Le labour à plat consiste en un sarclage ou un piochage léger de la surface du sol. Le cultivateur pratique l’assolement. Les cases sont disséminées dans les cultures.
Fabrication du Sam. — Le Sam est fabriqué méthodiquement. Le Sara emploie le gros mil pour cette fabrication et rarement le petit mil, on pourrait presque dire qu’il ne cultive du gros mil que pour la fabrication du Sam. Après avoir fait tremper le mil dans l’eau pendant le temps nécessaire pour que la germination se fasse dans de bonnes conditions, c’est-à-dire pendant 24 heures, on l’étend sur le sol à l’ombre, sous un arbre, sur une épaisseur de 5 à 10 centimètres et on recouvre le tout de feuillage. Quand la germination est terminée, le mil est séché, débarrassé des germes, et concassé dans des mortiers en bois avec un pilon également en bois. Après le concassage, vient la macération ou brassage dans la quantité d’eau nécessaire pour faire le Sam plus ou moins fort, et qui dure trois heures. Le tout, liquide et mil, est ensuite transvasé dans une ou plusieurs marmites et on procède à la cuisson qui dure 12 heures, c’est-à-dire du lever au coucher du soleil. La cuisson terminée on filtre dans de grands entonnoirs confectionnés à demeure avec des baguettes et garnis de paille à l’intérieur. Le liquide ainsi filtré est recueilli dans des calebasses où on le laisse fermenter.
Comparaison des surfaces cultivées par habitant et rendements.
Saras. — 40 à 45 ares. Culture dominante : Mil.
Arétous. — 30 à 35 ares. — —
Bandas. — 30 à 35 ares. — Manioc, maïs, mil.
Mandjas. — 25 à 30 ares. — Manioc, maïs, mil.
Rendements : Saras, mil, 1600 kg. à l’hectare
Arétous, — 1200 kg. —
Bandas, — 1200 kg. —
En introduisant dans la Colonie un élément d’échange intermédiaire qui serait l’argent français et éventuellement seulement le thaler, en attirant les gens du Ouadaï manquant de mil et possédant du bétail et les gens du Tchad, le pays des Saras deviendrait rapidement un centre important de production du mil et Fort-Archambault un marché pour le commerce intérieur. On pourrait, en procédant ainsi et à l’aide de l’élément métal, faire diriger sur cette région nos produits manufacturés venant par l’Oubangui.
H. Courtet.
LE BÉTAIL DANS LA RÉGION DU CHARI
La principale région d’élevage de nos possessions du Chari est située à l’E. de ce fleuve et s’étend dans une direction N.-O. du Dékakiré ou Djiguékaré au Dagana et Bahr-el-Ghazal, soit une longueur de 350 kilomètres à vol d’oiseau.
L’élevage est pratiqué dans cette région par les Peuls et les Arabes. Un fait particulier c’est que lors des razzias de Rabah, ce dernier enleva les troupeaux des Peuls et ménagea ceux des Arabes, et aujourd’hui dans le Dékakiré, les Peuls n’ayant pu reconstituer leurs troupeaux faute de reproducteurs font l’élevage pour le compte des Arabes.
En 1893, une épizootie sévit dans toute la région du Tchad et détruisit une grande partie des troupeaux[552]. Les bœufs sauvages et les antilopes ont été également atteints et se laissaient tuer à coups de lance par les indigènes.
En 1894, l’épizootie ravagea les troupeaux de moutons et de chèvres. Dans le Dékakiré, région montueuse et parsemée de mamelons et d’affleurements granitiques où l’herbe fait défaut, pendant la saison sèche, les troupeaux émigrent vers les plaines arrosées par les grands cours d’eau ou leurs ramifications.
Reproduction. — Pour la reproduction, les bouviers du pays admettent une période de 20 mois qui se décompose ainsi : gestation 10 mois, traite du lait 6 mois, repos 4 mois.
Théoriquement une vache donnerait donc dans un troupeau un veau tous les 20 mois, soit 6 veaux par an pour 10 vaches.
Quelques éleveurs ont fait produire par an 7 veaux pour 10 vaches, ce qui porte la période à 17 mois se décomposant ainsi : gestation 10 mois, traite du lait 6 mois, repos 1 mois.
Une vache qui s’appelait Daké a donné chez le peul Djébril, éleveur dont les troupeaux avaient été razziés par Rabah et bouvier du troupeau de Fort-Archambault en 1903, 14 veaux, elle était donc âgée de 23 à 26 ans quand elle est morte.
Les vaches vivent ordinairement de 13 à 15 ans. La mortalité par 100 têtes est de 5 à 7 têtes par an pour une mortalité ordinaire et 10 têtes par an pour une mortalité exceptionnelle.
La perte sur les élèves est de 10 0/0 par an environ.
Dans les troupeaux de reproduction les bouviers admettent en moyenne un taureau pour 30 vaches.
Les vaches sont rarement vendues, les bœufs seuls sont livrés soit pour la consommation, soit pour le portage.
Les éleveurs vivent presque exclusivement du lait des troupeaux ou des produits fabriqués avec le lait.
Races. — Dans le Dékakiré, il existe deux races type, qui sont le type Peul et le type Arabe et les métis de ces deux types.
Type Peul : Zébu à pelage souvent brun, souvent noir, quelquefois blanc, et présentant des dérivés du blanc avec le brun ou le noir. Cornes moyennes, fines, légèrement aplaties, courbées en arc. Œil rentré sous une grosse paupière plissée. Long et large fanon allant de la gorge jusque sous le sternum. Membres fins. Corps bien proportionné.
C’est le type des Peuls du Sénégal et du Soudan, que les Arabes fréquentant ces régions ont adopté et qu’on utilise comme porteur.
Type Arabe : Mêmes caractères que le précédent, sauf pour les cornes qui sont courtes, droites ou très peu arquées.
Ces deux types ont de grandes affinités et leurs qualités sont égales.
Fig. 109. — Taureau : Type peul.

Dans le Bas-Chari et plus rarement dans le Dékakiré on rencontre encore un troisième type qui mérite d’attirer l’attention. C’est un grand zébu dont la taille atteint celle de nos plus forts taureaux à cornes longues et très fortes, à long et large fanon allant de la gorge jusque sous le sternum. Ce type se rencontre également au Sénégal, dans le Baol, le Cayor, le Djoloff et le Saloum ; il existe également dans le Haut-Sénégal. Au dire des bouviers il est beaucoup moins rustique que les deux types précédents.
C’est ce grand zébu qu’emploie le sultan Senoussi pour le portage de son canon de montagne en bronze pesant 100 kilogrammes et de son affût.
Une autre petite race sans bosse, de taille inférieure à notre race bretonne, a été aussi remarquée dans les troupeaux des postes, elle paraît très rustique ; signalons enfin le bœuf des îles du Tchad, sans bosse, ayant de grosses cornes, dont la taille atteint celle du grand zébu, fortement charpenté, mauvais animal de boucherie, mais bon animal de transport.
Rendement en lait et beurre. — A Koussri dans le Bas-Chari on a obtenu en 1900 un rendement moyen de deux litres de lait par vache. A Ndellé, pays de Senoussi, une vache type arabe a donné pendant quatre mois (saison sèche) deux litres et demi de lait par jour. A Fort-Archambault, en août 1903, c’est-à-dire pendant la saison des pluies, époque où l’herbe est belle et tendre, sur 10 vaches, on a obtenu un rendement moyen de 2 litres 58 par jour. Le 11 août trois de ces vaches ont donné l’une 5 litres 17, la seconde 4 litres 65, et la troisième 4 litres 13.
Le rendement en beurre a été de 40 grammes de beurre par litre de lait.
Ennemis du bétail. — Un ennemi redoutable du bétail est la mouche nommée Boguéné, Bodjéné, Boadjani (Tsétsé) par les Arabes qui occasionne une mortalité considérable dans les troupeaux qui s’aventurent dans les endroits où elle existe. Cette mouche pique comme le taon. Elle est particulièrement abondante le long des rives boisées et toujours plus ou moins marécageuses des cours d’eau importants et dans les parties boisées confinant à ces cours d’eau. Dans les parties surélevées et découvertes elle n’existe pas, et il en est de même de beaucoup de régions plus ou moins boisées n’étant pas en contact avec les cours d’eau précités. Elle est plus abondante à la saison des pluies qu’à la saison sèche et ne circule pas la nuit.
Il existe aussi un moucheron nommé Douche par les Peuls possédant un appareil de succion comme la tsétsé (?) qui s’attaque aux paupières du bétail adulte et occasionne parfois la mort quand le nombre en est trop considérable. Il laisse sur la peau de l’homme une petite tache rouge comme celle que laisse la piqûre de la puce et qui persiste pendant 36 ou 48 heures ; pendant la succion si on chasse le douche, une gouttelette de sang vient perler sur l’épiderme.
Comme fauves, citons le lion particulièrement abondant entre Bongo en amont de Fort-Archambault et le poste des Lutos (Arètous), et la panthère.
Élevage dans les autres parties du territoire. — Dans la colonie l’élevage est possible ailleurs que dans les deux régions spéciales d’élevage citées ci-dessus, et s’il n’est pas pratiqué ce n’est pas parce que le terrain est défavorable, c’est parce que les indigènes qui l’occupent ne sont pas des pasteurs.
La région proprement dite de l’élevage a été envahie à une certaine époque par les Arabes et les Peuls, qui avec eux ont amené les troupeaux indispensables à leur existence toute pastorale, et les descendants ont fait ce que les ancêtres avaient fait. C’est donc par tradition que les Arabes et les Peuls actuels sont pasteurs, et c’est par tradition aussi sans doute que les nègres des régions limitrophes considérés avec dédain par les Arabes et les Peuls et qualifiés de Kirdis (sauvages) ne sont pas pasteurs.
L’élevage est possible ailleurs et il suffit pour cela de faire un choix judicieux et prudent des emplacements. On peut s’en rapporter pour cela aux bouviers qui, vivant continuellement avec leurs troupeaux, auront vite déterminé les endroits favorables.
Le sultan Senoussi possédait en 1903 un magnifique troupeau à Ndélé.
La même année le poste de Fort-Archambault possédait aussi un magnifique troupeau, une partie au poste même et l’autre partie à Balimba sur le Bahr-el-Azreg.
Le troupeau de Fort-Sibut était en bonne voie de prospérité en novembre 1903, quoique ayant reçu des sujets trop jeunes et de race défectueuse.
La mission catholique de Bessou (21 kilomètres en amont de Fort-de-Possel sur l’Oubangui) possédait un superbe troupeau, une partie provenant du Chari et l’autre partie de chez le sultan Senoussi.
Il est évident que la stabulation pour la nuit et pendant les mauvais temps s’impose dans beaucoup d’endroits.
Un troupeau de 33 bœufs et 8 vaches provenant du Bas-Chari a été expédié à Brazzaville où il est arrivé en juillet 1903.
Quoique les sujets aient été mal choisis au départ et trop jeunes pour un semblable voyage, la moitié des animaux était dans un état très satisfaisant, l’autre moitié était plus fatiguée. Les types représentés dans ce troupeau étaient les types peul et arabe décrits ci-dessus, la petite race, et la race à grosses cornes des îles du Tchad. En décembre 1904, il restait encore à Brazzaville un certain nombre de têtes provenant de ce troupeau et en particulier quelques beaux sujets du type peul et arabe et métis de ces deux types.
H. Courtet.
LES CHEVAUX DU MOYEN-LOGONE
La région comprise entre le Bamingui et à l’O. la frontière allemande, entre 7° 45 et 10° de latitude N. frontière allemande, est une région où l’on pratique l’élevage du Cheval.
On y rencontre deux types : le type du Moyen-Logone, de petite taille (1m,25 à 1m,30) robuste et très rustique ; et plus à l’O., dans la région de Palla, Léré et Binder, le type des plateaux de l’Adamaoua et du Mandara, plus grand, plus élancé, mais moins rustique. C’est ce dernier type qui est préféré par les Baguirmiens et les gens du Ouadaï, qui ne visent dans ce choix que la vitesse de la course, vitesse que sa taille plus grande lui permet.
L’occupation de Laï en 1903, et les reconnaissances faites ensuite ont permis de déterminer approximativement les limites de la région d’élevage, et de déclarer que cette région était à ce sujet d’une certaine richesse. Maistre avait d’ailleurs signalé, lors de sa célèbre exploration en 1892-1893, qu’il existait dans la région de Laï un grand nombre de Chevaux.
La région d’élevage des types du Moyen-Logone s’étend environ à 80 kilomètres à l’O. de Laï et 110 kilomètres à l’E. ; 40 kilomètres au N. de Laï et 110 kilomètres au S. En dehors de ces limites, jusqu’à 10° de latitude N. d’un côté, 7° 45 de l’autre, et jusqu’au voisinage du Bamingui on pratique encore l’élevage mais d’une façon moins intensive. En 1903, d’après les renseignements qui nous ont été fournis à Fort-Archambault, nous avons évalué la population chevaline adulte de cette région à 10.000 têtes environ. Les indigènes prétendent que leur petite race est peu susceptible aux atteintes de la mouche tsétsé, ce qui peut être vrai. Les Baguirmiens sont du même avis, et déclarent que la mouche tsétsé fait des ravages beaucoup plus sérieux dans le type des plateaux de l’Adamaoua et du Mandara, que dans le type du Moyen-Logone.
Les Chevaux de l’Adamaoua et du Moyen-Logone s’exportent par razzia ou par impôt en général, dans tout le Baguirmi et de là au Ouadaï. Par le Ouadaï, ils gagnent le Dar Rounga et le pays de Senoussi et ces deux dernières contrées envoient au Ouadaï des esclaves en échange.
L’exportation doit être considérable, car en 1903 un chef baguirmien opérant pour le compte du sultan Gaourang a ramené 1.000 Chevaux d’une razzia, et il est fort probable que ce chef en a mis à part selon l’usage, un certain nombre pour son propre compte. Un seul village (Bangoul) payait comme impôt annuel au Baguirmi quinze Chevaux. Certains chefs pour éviter les razzias traitaient avec le Baguirmi pour un impôt annuel, et dans certains endroits, il y avait des représentants du sultan Gaourang.
Les petits Chevaux du Moyen-Logone se comportent admirablement en route, dans les sentiers étroits, tortueux, encombrés de troncs d’arbres, dans les futaies si difficiles de bambous, dans les terrains rocheux et escarpés. Au passage à gué des rivières, dans les rivières non guéables on les fait facilement passer à la nage, et ils ont le pied très sûr, qualité appréciable surtout dans les terrains rocheux et escarpés, et dans les grandes plaines sillonnées de profondes crevasses pendant la saison sèche. On peut leur demander des étapes de 30 kilomètres avec un jour de repos après quatre ou cinq jours de marche consécutive. M. Chevalier, chef de la mission scientifique Chari-Lac Tchad, a pu faire tous les itinéraires suivis par la mission avec une jument du Moyen-Logone qui lui avait été donnée par le sultan Senoussi, conduire cette jument de Fort-Crampel à Ndélé, faire les parcours du pays de Senoussi et du Mamoun, de Ndélé à Fort-Archambault, du lac Iro, du territoire de Korbol dans le Baguirmi, du Baguirmi au Kanem, du Kanem à Fort-Lamy, où M. Chevalier s’embarqua. De Fort-Lamy, la jument remonta le Chari, le Bamingui, le Gribingui jusqu’à Fort-Crampel. De Fort-Crampel elle fut ensuite dirigée sur Fort-de-Possel (Oubangui) et de là à la mission catholique de la Sainte-Famille à Bessou, où elle arriva sale par suite du manque de soins et fatiguée, mais encore en bon état.
Comme nourriture il est nécessaire d’ajouter à la ration d’herbe de ce Cheval 10 à 12 grammes de sel par jour, et au minimum deux à trois litres de gros mil[553] (Sorgho).
Sur la ligne d’étape entre Fort-Sibut et Fort-Crampel, on attribue à la tsétsé et à une foule d’autres causes inconnues, la mortalité considérable qui sévit sur les Chevaux servant au transport des Européens. Il est bien plus rationnel d’attribuer cette mortalité au manque de soins et au surmenage. Il était notoire au moment où nous avons circulé dans cette région, que, si l’Européen ne distribuait pas lui-même la ration de sel au cheval, que s’il ne lui faisait pas distribuer et manger le mil devant lui, le tout allait aux palefreniers et aux boys ; en outre l’Européen a trop souvent considéré que le Cheval que l’Administration lui confiait, était un animal fait pour caracoler, ou pour franchir le plus rapidement possible la distance qui sépare un gîte d’étape d’un autre ; dans de semblables conditions, la mortalité s’explique en partie sans autre intervention. Le cavalier ne doit considérer le Cheval que comme animal de transport, il doit le laisser aller librement son pas et ne forcer l’allure qu’en cas de nécessité absolue.
Les indigènes du Moyen-Logone ont grand soin de leurs chevaux, malheureusement leur mors trop rudimentaire leur abîme la bouche, et n’ayant comme selle qu’une peau, qui sert plutôt d’isolateur entre le cavalier et l’animal, il est très rare de voir un Cheval sans plaie ou sans cicatrice de plaie sur le dos.
H. Courtet.
LA MOUCHE TSÉTSÉ
La Tsétsé (Bodjené, Boadjani) est très vive et au moindre mouvement que l’on fait pour s’en emparer elle se déplace, et ce n’est que lorsqu’elle est alourdie par le sang ou pendant la succion que l’on peut la prendre avec la main ; elle frotte ses pattes de devant et celles de derrière et les passe sur sa tête ou ses ailes comme la mouche vulgaire. Sa pose est très légère et on sent instantanément une petite douleur vive qui devient irritante, douleur produite par la piqûre.
Son puissant appareil de succion lui permet de gonfler son abdomen dans un temps très court qui varie de 30 à 70 secondes après la piqûre. Entre les 5 et 10 premières secondes on voit par transparence le sang affluer dans l’abdomen (l’auteur a fait ces observations sur lui-même). Elle ne sort que pendant le jour, la nuit elle se blottit dans le feuillage. Dans les territoires du Chari et au pays de Senoussi, on la rencontre le long des rives boisées et toujours plus ou moins marécageuses des cours d’eau importants. On ne la rencontre pas le long des rives dénudées ; à une courte distance des rives boisées ou des endroits inondés où croît la même végétation on ne la rencontre plus. Sur les petits cours d’eau, où la végétation n’est plus celle des rives basses ou inondées on ne la rencontre pas. Elle est plus abondante pendant l’hivernage que pendant la saison sèche.
En remontant le Bamingui et le Gribingui en baleinière à la saison des hautes-eaux (septembre-octobre 1903), dès que la baleinière frôlait les arbres, elle était envahie par la Tsétsé à tel point que dans certains endroits les pagayeurs presque nus en étaient incommodés ; dès que la baleinière prenait le milieu de la rivière la mouche devenait rare ou disparaissait.
A la tombée du jour les Tsétsés surprises dans la baleinière ne regagnaient pas les arbres, mais se réfugiaient sous la bâche abritant les caisses de matériel ou dans les intervalles de ces caisses. Au cours du voyage entre Fort-Archambault et Fort-Crampel elle n’a été rencontrée qu’à partir de Bongo, endroit où les rives deviennent boisées. Elle a été particulièrement abondante du confluent du Bangoran au confluent de la Vassako des Ngamas, un peu moins abondante plus en amont et retrouvée abondante jusqu’à Fort-Crampel.
Les postes de l’Irina, des Arétous (Lutos), de Finda et de Tinguéré sont très dangereux pour les chevaux et il importe de ne pas les laisser séjourner même quelques minutes au voisinage immédiat de la rivière et surtout des parties boisées de la rive.
La Tsétsé existe encore en amont de Fort-Crampel et sur la Nana. Elle a également été rencontrée à Fort-Sibut sur la Tomi, affluent de l’Oubangui par la Kémo.
En résumé, la mouche Tsétsé existe en plus ou moins grande abondance le long de tous les cours d’eau importants rencontrés et en particulier le long des rives boisées de ces cours d’eau, sauf au voisinage immédiat des centres hydrographiques où ces cours d’eau ne sont que des ruisseaux.
Ces principaux cours d’eau sont : Kémo, Tomi, Basse-Nana, Gribingui, Koukourou, Bamingui, Bangoran, Tété, Moussoubourta, Boungoul (Aouk), Diahap ou Mindja, Koumara et Bahr Salamat.
H. Courtet.
LE COTON AU BORNOU, AU BAGUIRMI ET AU TCHAD
Deux espèces de coton sont cultivées au Bornou, au Baguirmi et au Tchad : Le Gossypium hirsutum (Niéré Barma) dans la proportion des deux tiers, et le Gossypium arboreum (Niéré Massara) dans la proportion d’un tiers.
Le Niéré Massara comme son nom l’indique est venu du Soudan égyptien[554]. Il a été primitivement l’espèce cultivée dans le continent africain.
Le Niéré Barma d’origine américaine (il est la souche du Upland) est arrivé en Afrique centrale par le Soudan occidental où il est répandu partout. Le nom de Barma qu’on lui donne semble indiquer que les Baguirmiens (Barmagués en langue soudanaise) ont eu quelque temps la spécialité de sa culture.
Le Gossypium barbadense, planté çà et là dans les villages de la côte d’Afrique et dans ceux de la forêt du Congo, est inconnu au Baguirmi, mais on en rencontre quelques touffes chez les Saras de l’Ouest.
Il faut joindre à cette énumération le Gossypium anomalum qui croît à l’état sauvage au sud du Kanem, chez les Krédas du Bahr el Ghazal et chez les Koukas du Dar el Hadjer, à l’E. du Tchad.