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Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3), 1823-1850

EUGÈNE DELACROIX (continued 6)

Reading edition

Fait la connaissance de Prudent[412]; il imite beaucoup Chopin. J'en ai été fier pour mon pauvre grand homme mourant.

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Mercredi 7 mars.—Préault venu le matin. Il y avait bien longtemps que je ne lavais vu; il m'a intéressé et amusé. Il a l'air de la bienveillance, sinon les sentiments, et cela me suffit pour me séduire. Au reste, je l'aime beaucoup.

Il me disait, à propos de la Pharsale, que c'était une mine féconde: par exemple, César s'arrêtant au bord du Rubicon, l'Évocation de la Pythonisse, etc. Il me conseille de faire pour l'année prochaine quelque sujet terrible. Cet élément est le plus fort pour frapper tout le monde.

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Jeudi 8 mars.—Le soir, Chopin. Vu chez lui un original qui est arrivé de Quimper pour l'admirer et pour le guérir; car il est ou a été médecin et a un grand mépris pour les homéopathes de toutes couleurs. C'est un amateur forcené de musique; mais son admiration se borne à peu près à Beethoven et à Chopin. Mozart ne lui paraît pas à la hauteur de ces noms-là; Cimarosa est perruque, etc.

Il faut être de Quimper pour avoir de ces idées-là, et pour les exprimer avec cet aplomb: cela passe sur le compte de la franchise bretonne... Je déteste cette espèce de caractère; cette prétendue franchise à l'aide de laquelle on débite des opinions tranchantes ou blessantes est ce qui m'est le plus antipathique. Il n'y a plus de rapports possibles entre les hommes, s'il suffit de cette franchise-là pour répondre à tout. Franchement il faut, avec cette disposition, vivre dans une étable, où les rapports s'établissent à coups de fourche ou de cornes; voilà de la franchise que je préfère.—Le matin, chez Couder[413], pour parler du tableau de Lyon. Il est spirituel, et sa femme est fort bien. Si nous avions été francs l'un et l'autre, à la manière de mon Breton, nous nous serions battus avant la fin de la séance; nous nous sommes, au contraire, quittés en fort bonne intelligence.

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Samedi, 10 mars.—Vu Mme de Forget le soir, M. de T... le matin.

J'ai été frappé de son Albert Dürer, et comme je ne l'avais jamais été; j'ai remarqué, en présence de son Saint Hubert, de son Adam et Ève, que le vrai peintre est celui qui connaît toute la nature. Ainsi ses figures humaines n'ont pas chez lui plus de perfection que celles des animaux de toutes sortes, des arbres, etc.; il fait tout au même degré, c'est-à-dire avec l'espèce de rendu que comporte l'avancement des arts à son époque. Il est un peintre instructif; tout, chez lui, est à consulter.

Vu une gravure que je ne connaissais pas, celle du Chanoine luxurieux, qui s'est endormi près de son poêle: le diable lui montre une femme nue, laquelle est d'un style plus élevé qu'à l'ordinaire, et l'Amour tout éclopé cherche à se grandir sur des échasses.

Il m'a montré une lettre de mon père; cela m'a fait plaisir. Ce qui m'a le plus frappé dans ses autographes est un écrit de Léonard de Vinci, sur lequel il y a des croquis où il se rend compte du système antique de dessins par les boules[414]; il a tout découvert. Ces manuscrits sont écrits à rebours.

Onslow y est venu. La liaison intime qui est entre eux a un peu refroidi mon désir d'être invité à ses quatuors.

—En revenant, travaillé au rideau de table, au Vase de fleurs[415].

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Dimanche 11 mars.—Travaillé de bonne heure au tableau des Hortensias et de l'Agapanthus[416]. Je ne me suis occupé que de ce dernier.

—A une heure et demie chez Leblond, pour aller prendre sa femme à Notre-Dame de Lorette, et de là au concert Sainte-Cécile, au bénéfice du monument pour Habeneck[417]: salle immense, foule confuse et sale, quoique le dimanche. Jamais un pareil lieu ne réunira une élite de connaisseurs.

La divine symphonie par ton la entendue avec bonheur, mais avec un peu de distraction, à cause du manque de recueillement de mes voisins. Le reste consacré à des virtuoses qui m'ont fatigué et ennuyé.

J'ai osé remarquer que les morceaux de Beethoven sont en général trop longs, malgré l'étonnante variété qu'il introduit dans la manière dont il fait revenir les mêmes motifs. Je ne me rappelle pas, du reste, que ce défaut me frappât autrefois dans cette symphonie; quoi qu'il en soit, il est évident que l'artiste nuit à son effet en occupant trop longtemps l'attention.

La peinture, entre autres avantages, a celui d'être plus discrète; le tableau le plus gigantesque se voit en un instant. Si les qualités de certaines parties attirent l'admiration, à la bonne heure: on peut s'y complaire plus longtemps même que sur un morceau de musique. Mais si le morceau vous paraît médiocre, il suffit de tourner la tête pour échapper à l'ennui. Le jour du concert de Prudent, l'ouverture de la Flûte enchantée m'a paru non seulement ravissante, mais d'une proportion parfaite. Doit-on dire qu'avec le progrès de l'instrumentation, il arrive plus naturellement au musicien la tentation d'allonger des morceaux pour amener des retours d'effets d'orchestre qu'il varie à chaque fois qu'il nous les remontre?

Il ne faut jamais compter comme un dérangement le temps donné à un concert, pourvu qu'il y ait seulement un bon morceau. C'est pour l'âme la meilleure nourriture. Se préparer, sortir, être distrait même d'occupations importantes, pour aller entendre de la musique, ajoute du prix au plaisir; je trouve, dans un lieu choisi et au milieu de gens que la communauté des sentiments semble avoir réunis pour une jouissance goûtée en commun; tout cela, même l'ennui éprouvé en présence de certain morceau et par certain virtuose, ajoute à notre insu à l'effet de la belle chose. Si on était venu m'exécuter cette belle symphonie dans mon atelier, je n'en conserverais peut-être pas à cette heure le même souvenir.

Cela explique aussi comment les grands et les riches sont blasés précocement sur l'effet des plaisirs de toutes sortes. Ils arrivent dans de bonnes loges, garnies de bons tapis, retirés de manière à être le plus possible à l'abri de la distraction que donnent dans un milieu de réunion les tumultes, les dérangements occasionnés par les allants et venants, par les petits troubles de toutes sortes qui s'élèvent dans une foule et semblent devoir fatiguer l'attention. Ils ne viennent qu'au moment précis où commence le morceau important, et par une juste punition de leur peu de dévotion au beau, ils en perdent ordinairement le meilleur en arrivant trop tard. Les habitudes de la société font aussi que les conversations qu'ils ont entre eux à propos du plus frivole motif, ou la survenance de quelque importun leur ôte tout recueillement; c'est un plaisir très imparfait que d'entendre dans une loge avec des gens du monde la plus belle musique. Le pauvre artiste assis au parterre et seul dans son coin, ou près d'un ami aussi attentif que lui, jouit seul complètement de la beauté d'un ouvrage et à raison de cela en emporte l'impression sans un mélange de souvenir ridicule.

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Mardi 13 mars.—Travaillé toute la journée au rideau dans le tableau de la console. Vers la fin de la journée, à la Desdemona.

—Le docteur venu vers cinq heures; il m'a inquiété; il parle de petites sondes, etc..... Je suis resté au coin du feu.

—Weill[418] a emporté ce matin: L'Odalisque, et m'a donné 200 fr. Hommes jouant aux échecs 200 » Homme dévoré par le lion 500 » —(Lefebvre) Christ au pied de la croix. 200 » —(Thomas) Petit Christ aux Oliviers. 100 » Femme turque 100 » —(Bouquet) Hamlet (Scène du rat) 100 » —(Weill) Berlichingen écrivant ses Mémoires 100 » —(Lefebvre) Esquisse, répétition du Christ au tombeau. 200 » Odalisque. 150 » Christ à la colonne. 150 »

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Mercredi 21 mars.—Chez Mercey[419] le soir. Grande soirée. Mon pauvre Mercey acquiert de l'importance; il a l'air d'un homme d'État. Il était meilleur garçon autrefois. Peut-être est-ce devant le monde qu'il est ainsi. Dans le tête-à-tête avec moi, il est plus simple. Mareste, que je revois avec plaisir, m'apprend qu'Alberthe est partie à Turin auprès de sa fille mourante. En voilà encore une qui mourra seule au monde.

Impression désagréable de toutes ces figures d'artistes attirés chez l'homme qui donne les travaux. J'y avais été à pied, et je pensais trouver chez elle Mme Villot; elle n'y était pas.

Je suis entré à la Madeleine, où l'on prêchait. Le prédicateur, usant d'une figure de rhétorique, a répété dix ou douze fois, en pariant du juste: Il va en paix!....il va en paix! «Va en paix» a été ce qu'il y a eu de plus remarquable dans son discours. Je me suis demandé quel fruit pouvait résulter des lieux communs répétés à froid par cet imbécile. Je suis obligé de reconnaître aujourd'hui que cela va avec le reste, fait partie de la discipline comme le costume, les pratiques, etc ... Vive le frein!

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Vendredi 30 mars.—Vu le soir chez Chopin l'enchanteresse Mme Potocka. Je l'avais entendue deux fois; je n'ai guère rencontré quelque chose de plus complet... Vu Mme Kalerji... Elle a joué, mais peu sympathiquement; en revanche, elle est vraiment fort belle, quand elle lève les yeux en jouant à la manière des Madeleines du Guide ou de Rubens.

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Samedi 31 mars.—Le soir, vu Athalie, avec Mme de Forget dans la loge du président.

Rachel ne m'a pas fait plaisir dans toutes les parties. Mais comme j'ai admiré ce grand prêtre! Quelle création! Comme elle semblerait outrée dans un temps comme le nôtre! et comme elle était à sa place avec cette société ordonnée et convaincue qui a vu Racine et qui l'a fait ce qu'il était! Ce farouche enthousiaste, ce fanatique verbeux n'est guère de notre temps; on égorge et on renverse à froid et sans conviction. Mathan, dans sa scène avec son confident, dit trop naïvement: «Je suis un coquin, je suis un être abominable.» Racine sort ici de la vérité, mais il est sublime quand Mathan, sortant tout troublé pour se soustraire aux imprécations du grand prêtre, ne sait plus où il va, et se dirige, sans savoir ce qu'il fait, du côté de ce sanctuaire qu'il a profané et dont l'existence l'importune.

Mercredi 4 avril.—Jour du dîner de Véron[420]. J'étais exténué en y allant.

Je me suis ranimé et amusé. Son luxe est surprenant: des pièces tendues en soie magnifique, le plafond compris; argenterie somptueuse, musique pendant le dîner: usage, du reste, qui n'ajoute rien à la bonté du dîner et qui déroute la conversation qui en est l'assaisonnement.

Armand Bertin m'a parlé chez Véron d'un livre sur la vie de Mozart, compulsé et extrait de tout ce qui a été fait sur lui; il m'a promis de me le prêter. Ce livre est très rare, à ce qu'il paraît.

L'homme recommence toujours tout, même dans sa propre vie. Il ne peut fixer aucun progrès. Comment un peuple en fixerait-il un dans sa forme? Pour ne parler que de l'artiste, sa manière change. Il ne se rappelle plus, après quelque temps, les moyens qu'il a employés dans son exécution. Il y a plus, ceux qui ont systématisé leur manière au point de refaire toujours de même, sont ordinairement les plus inférieurs et froids nécessairement.

Dîné chez Véron avec Rachel, M. Molé, le duc d'Ossuna, général Rulhieri, Armand Bertin, M. Fould, qui était près de moi et s'est montré prévenant. Rachel est spirituelle et fort bien de toutes manières.

Un homme né et élevé comme elle serait difficilement devenu ce qu'elle est tout naturellement. Causé le soir avec *** d'Athalie, etc. Il a été fort aimable.

Venu des hommes de toutes couleurs. Une madame Ugalde qui a du succès à présent, à l'Opéra-Comique, a chanté un air du Val d'Andorre; elle m'est peu sympathique, prononce d'une manière vulgaire et a la juiverie peinte sur la figure... Contraste avec Rachel.

Beaucoup causé musique avec Armand Bertin. Parlé de Racine et de Shakespeare. Il croit qu'on aura beau faire dans ce pays, on en reviendra toujours à ce qui a été le beau une fois pour notre nation; je crois qu'il a raison. Nous ne serons jamais shakespeariens. Les Anglais sont tout Shakespeare. Il les a presque faits tous ce qu'ils sont, en tout.

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Jeudi 5 avril.—Journée d'abattement et de mauvaise santé.

Je suis sorti vers quatre heures, pour aller chez Deforge[421]; j'y ai rencontré Cabat[422] et Édouard Bertin[423], que j'ai revu avec plaisir.

—Le soir chez Mme de Forget, qui m'a lu un fragment du discours de Barbès[424] devant ses juges. On voit dans les discours de ces gens-là tout le faux et tout l'ampoulé qui est dans leurs pauvres et coupables têtes; c'est bien toujours la race écrivassière, l'affreuse peste moderne qui sacrifie tranquillement un peuple à des idées de cerveau malade.

«Le but, dit-il, est tout. Sans doute le suffrage universel était quelque chose et avait installé cette Chambre, mais et cette Chambre, et le gouvernement provisoire qui l'avait précédée, sorti aussi, à ce qu'ils croient, d'une espèce de vœu général, tout cela ne lui a pas paru devoir être soutenu, bien plus, lui a semblé devoir être renversé, du moment qu'on s'écartait du but que Barbès avait fixé dans son esprit, malheureusement sans nous prévenir de ce but admirable. Il préfère donc la prison, le cachot plutôt que la douleur d'assister, sans y pouvoir rien changer, à cette déviation sacrilège de ce but suprême de l'humanité.»

Il faudra bien, bon gré, mal gré, que l'humanité finisse par suivre les sublimes aspirations de Barbès.

Dans le discours de Blanqui, quelques jours auparavant, les images prétendues poétiques à la moderne se mêlent à son argumentation; il parle d'une crevasse qu'il fallait que la Révolution franchît, pour passer des anciennes idées aux nouvelles. L'élan trop faible n'a pas permis de franchir cette fatale crevasse où l'avenir est bien près de se noyer, mais qui n'embourbe pas le moins du monde la rhétorique de Blanqui. Tout est, dans ce style, ardu, crevassé ou boursouflé. Les grandes et simples vérités n'ont pas besoin, pour s'énoncer et pour frapper les esprits, d'emprunter le style d'Hugo, qui n'a jamais approché de cent lieues de la vérité et de la simplicité.

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Vendredi (soir) 6 avril.—Au Conservatoire avec Mmes Bixio et Menessier. On m'avait promis Cavaignac[425], et j'ai eu à sa place Ch. Blanc[426]. J'aurais été curieux de voir de près le fameux général. Le concert n'a pas été très beau; j'avais conservé de la Symphonie héroïque un plus grand souvenir. Décidément Beethoven est terriblement inégal... Le premier morceau est bien; l'andante, sur lequel je comptais, m'a complètement désappointé. Rien de beau, de sublime comme le début! Tout d'un coup, vous tombez de cent pieds au milieu de la vulgarité la plus singulière. Le dernier morceau manque également d'unité.

—Je reçois ce soir, eu sortant, l'invitation au convoi de M. Dosne [427], mort en deux jours du choléra.

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Samedi 7 avril.—Revu Alard[428] au convoi, qui m'entraîne dans sa suite. Il n'est pas assez pénétré du souvenir des vertus de M. Dosne pour aller s'entasser une heure dans une église en son honneur.

De là chez Chopin: Alkan[429] y était. Il me conte un trait de lui dans le genre de mon histoire avec Thiers. Pour avoir tenu tête à Auber, il a éprouvé et éprouvera sans doute de très grands désagréments.

Vers trois heures et demie, accompagné Chopin en voiture dans sa promenade. Quoique fatigué, j'étais heureux de lui être bon à quelque chose... L'avenue des Champs-Élysées, l'Arc de l'Étoile, la bouteille de vin de guinguette; arrêté à la barrière, etc.

Dans la journée, il m'a parlé musique, et cela l'a ranimé. Je lui demandais ce qui établissait la logique en musique. Il m'a fait sentir ce que c'est qu'harmonie et contrepoint; comme quoi la fugue est comme la logique pure en musique, et qu'être savant dans la fugue, c'est connaître l'élément de toute raison et de toute conséquence en musique. J'ai pensé combien j'aurais été heureux de m'instruire en tout cela qui désole les musiciens vulgaires. Ce sentiment m'a donné une idée du plaisir que les savants, dignes de l'être, trouvent dans la science. C'est que la vraie science n'est pas ce que l'on entend ordinairement par ce mot, c'est-à-dire une partie de la connaissance différente de l'art; non! La science envisagée ainsi, démontrée par un homme comme Chopin, est l'art lui-même, et par contre l'art n'est plus alors ce que le croit le vulgaire, c'est-à-dire une sorte d'inspiration qui vient de je ne sais où, qui marche au hasard, et ne présente que l'extérieur pittoresque des choses. C'est la raison elle-même ornée par le génie, mais suivant une marche nécessaire et contenue par des lois supérieures. Ceci me ramène à la différence de Mozart et de Beethoven. «Là, m'a-t-il dit, où ce dernier est obscur et paraît manquer d'unité, ce n'est pas une prétendue originalité un peu sauvage, dont on lui fait honneur, qui en est cause; c'est qu'il tourne le dos à des principes éternels; Mozart jamais. Chacune des parties a sa marche, qui, tout en s'accordant avec les autres, forme un chant et le suit parfaitement; c'est là le contrepoint, «punto contrapunto.» Il m'a dit qu'on avait l'habitude d'apprendre les accords avant le contrepoint, c'est-à-dire la succession des notes qui mène aux accords... Berlioz plaque des accords, et remplit comme il peut les intervalles.

Ces hommes épris à toute force du style, qui aiment mieux être bêtes que ne pas avoir l'air grave.

Appliquer ceci à Ingres et à son école.

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Mardi 10 avril.—Pour la chapelle de Saint-Sulpice: L'archange saint Michel terrassant le démon.

Pour le plafond ou dans la chapelle, ou pour l'un des pendentifs: Jésus-Christ tirant les âmes du purgatoire.

Pour pendentif encore: le Péché originel, ou Adam et Ève après la faute.

Et plus loin, pour le plafond de Saint-Sulpice: la Descente aux limbes. Jésus-Christ est debout, tenant de la main gauche la croix de résurrection. De la main droite, il fait signe à Adam et Ève et à quatre autres saints de sortir de la gueule monstrueuse qui représente l'Enfer,—ou Jésus sortant du tombeau, les soldats renversés alentour.

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Mercredi 11 avril.—Je crois que c'est ce soir que j'ai revu Mme Potocka chez Chopin. Même effet admirable de la voix. Elle a chanté des morceaux, des nocturnes et de la musique de piano de Chopin, entre autres celui du Moulin de Nohant, qu'elle arrangeait pour un O salutaris. Cela faisait admirablement. Je lui ai dit ce que je pense très sincèrement: c'est qu'en musique, comme sans doute dans tous les autres arts, sitôt que le style, le caractère, le sérieux, en un mot, vient à se montrer, le reste disparaît. Je l'aime bien mieux quand elle chante le Salice, que tous ses charmants airs napolitains. Elle a essayé le Lac de Lamartine avec l'air si connu et si prétentieux de Niedermeyer. Ce maudit motif m'a tourmenté pendant deux jours.

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Jeudi 12 avril.—Chez Édouard Bertin. Revu là Amaury Duval[430], Mottez[431], Orsel[432]. Ces gens-là ne jurent que par la fresque; ils parlent de tous les noms gothiques de l'École italienne primitive, comme si c'étaient leurs amis... La bonne et la mauvaise fresque, la tempérée, etc.

Revenu fort fatigué; je m'y étais traîné.

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Vendredi 13 avril.—Villot venu le matin. Il me parle du projet de Duban[433] de me faire faire dans la galerie restaurée d'Apollon la peinture correspondante à celle de Lebrun. Il lui a parlé de moi dans des termes très flatteurs. Cette initiative de sa part me surprend étrangement, surtout après l'opposition que j'ai faite à ses projets. T... y voit un désir de me ménager. Que m'importe, après tout?

Ce soir, migraine, et soirée passée tristement chez moi sans dîner.

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Samedi 14 avril.—Le soir chez Chopin; je l'ai trouvé très affaissé, ne respirant pas. Ma présence au bout de quelque temps l'a remis. Il me disait que l'ennui était son tourment le plus cruel. Je lui ai demandé s'il ne connaissait pas auparavant le vide insupportable que je ressens quelquefois. Il m'a dit qu'il savait toujours s'occuper de quelque chose; si peu importante qu'elle soit, une occupation remplit les moments et écarte ces vapeurs. Autre chose sont les chagrins.

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Jeudi 19 avril.—Dîner chez Pierret avec une Mlle Thierry qui accompagne Subetti avec le violon; le soir, quelques morceaux de Mozart, etc.

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Vendredi 20 avril.—Dîner chez Mme H..., et été avec elle au Prophète. Il y avait le prince Poniatowski, M. Richetzki et M. Cabarrus[434]. Je n'ai conservé le souvenir d'aucun morceau frappant ou intéressant.

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Samedi 21 avril.—Mme Cavé, venue dans la journée comme j'étais en train de travailler, est restée longtemps. Allé chez le Président le soir.

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Dimanche 22 avril.—Resté chez moi, fatigué de la veille.

M. Poujade[435], venu vers une heure, m'a intéressé; mais resté trop longtemps et fatigué.

Leblond ensuite. Je l'ai vu avec plaisir, malgré ma fatigue; je l'aime véritablement. La présence d'un ami est chose si rare qu'elle seule vaut tous les bonheurs ou compense toutes les peines.

Après dîner, chez Chopin, autre homme exquis pour le cœur, et je n'ai pas besoin de dire pour l'esprit. Il m'a parlé des personnes que j'ai connues avec lui... Mme Kalerji, etc. Il s'était traîné à la première représentation du Prophète: son horreur pour cette rapsodie.

—Faire les lettres d'un Romain du siècle d'Auguste ou des Empereurs, démontrant par toutes les raisons que nous trouverions à présent, que la civilisation de l'ancien monde ne peut périr.

Les esprits forts du temps attaquent les augures et les pontifes, croyant qu'ils s'arrêteront à temps.

Rapports avec la civilisation actuelle de l'Angleterre, où les abus maintiennent l'État.

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Lundi 23 avril.—Je crois, d'après les renseignements qui nous crèvent les yeux depuis un an, qu'on peut affirmer que tout progrès doit amener nécessairement non pas un progrès plus grand encore, mais à la fin négation du progrès, retour au point d'où on est parti. L'histoire du genre humain est là pour le prouver. Mais la confiance aveugle de cette génération et de celle qui l'a précédée dans les temps modernes, dans je ne sais quel avènement d'une ère dans l'humanité qui doit marquer un changement complet, mais qui, à mon sens, pour en marquer un dans ses destinées, devrait avant tout le marquer dans la nature même de l'homme, cette confiance bizarre que rien ne justifie dans les siècles qui nous ont précédés, demeure assurément le seul gage de ces succès futurs, de ces révolutions si désirées dans les destinées humaines. N'est-il pas évident que le progrès, c'est-à-dire la marche progressive des choses, en bien comme en mal, a amené à l'heure qu'il est la société sur le bord de l'abîme où elle peut bien tomber pour faire place à une barbarie complète; et la raison, la raison unique n'en est-elle pas dans cette loi qui domine toutes les autres ici-bas, c'est-à-dire la nécessité du changement, quel qu'il soit?

Il faut changer... Nil in eodem statu permanet. Ce que la sagesse antique avait trouvé, avant d'avoir fait autant d'expériences, il faudra bien que nous l'acceptions et que nous le subissions. Ce qui est en train de périr chez nous se reformera sans doute ou se maintiendra ailleurs un temps plus ou moins long.

L'affreux Prophète, que son auteur croit sans doute un progrès, est l'anéantissement de l'art; l'impérieuse nécessité où il s'est cru de faire mieux ou autre chose que ce qu'on a fait, enfin de changer, lui a fait perdre de vue les lois éternelles de goût et de logique qui régissent les arts. Les Berlioz, les Hugo, tous les réformateurs prétendus ne sont pas encore parvenus à abolir toutes les idées dont nous parlons; mais ils ont fait croire à la possibilité de faire autre chose que vrai et raisonnable... En politique de même. On ne peut sortir de l'ornière qu'en retournant à l'enfance des sociétés, et l'état sauvage, au bout des réformes successives, est la nécessité forcée des changements.

Mozart disait: «Les passions violentes ne doivent jamais être exprimées jusqu'à provoquer le dégoût; même dans les situations horribles, la musique ne doit jamais blesser les oreilles, ni cesser d'être de la musique.» (Revue des Deux Mondes, 15 mars 1849, p. 892.)

Mardi 8 mai.—Dîné chez Mme Kalerji avec Meyerbeer, M. de Pontois, M. de la Redorte[436], de Mézy. On était inquiet de la crise qui commençait[437].

J'ai remarqué les gros pieds et les grosses mains de Meyerbeer.

—Un de ces jours-ci, vu Mme Sand, venue du Berry pour affaires. J'ai été la voir chez Mme Viardot[438], au milieu du jour, et elle a désiré venir voir mes fleurs qui lui ont fait plaisir.

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Jeudi 17 mai, Ascension.—A Passy. Vu M. de Rémusat chez M. Delessert. Parlé des affaires du temps.

M. de Vallon m'a fait promettre d'aller le voir en Limousin, si je vais aux Pyrénées.

Entré à l'église de Chaillot. Admiré la pauvreté de deux ou trois tableaux de l'École de David qui y sont, entre autres une Adoration des Rois. Le Saint Joseph est assis sans façon, les pieds pendants et dans l'attitude d'un fumeur dans une tabagie. Le peintre n'a pas senti à quel point les maîtres ont rempli ce personnage d'une sainte abnégation. Il est le principe du tableau... Je passe sur mille impertinences.

Chez Chopin, en sortant; il allait véritablement un peu mieux. Mme Kalerji y est venue.

Retourné avec M. Herbault.

Dimanche 20 mai.—Reçu la notification du ministre de l'intérieur et la commande de Saint-Sulpice. J'avais été quelques jours avant faire mes remerciements à Varcollier, chez lui, rue du Mont-Thabor.

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Jeudi 31 mai.—Beaux sujets:

Le Christ sortant du tombeau. L'ange éblouissant de lumière ôtant la pierre, les linceuls pendent de ses pieds; les gardes renversés. Le Christ en jardinier; la Madeleine à ses pieds éperdue; le tombeau dans le fond avec les saintes femmes et les disciples éplorés qui ne le voient pas.

—Moïse recevant les Tables de la loi: le peuple au bas de la montagne, les anciens à moitié chemin; au bas, chevaux, armée, femmes, camp.

—Moïse sur la montagne, tenant les bras élevés: bataille au bas dans des gorges.

—Tour de Babel.

—Apocalypse.

—Lazare et le mauvais riche: les chiens lèchent ses plaies.

—Le héros sur un cheval ailé qui combat le monstre pour délivrer la femme nue.

Vendredi 1er juin.—Travaillé beaucoup ce matin et jours précédents pour terminer la petite Fiancée d'Abydos[439] et la Baigneuse de dos[440].

Vers trois heures au Musée, pour mettre la petite retouche à mon tableau. Vu le tableau de Cœdès[441], qui m'a fait le plus grand plaisir: il y a mille études à en faire.

Villot m'a fait remarquer dans la grande salle française la supériorité que témoigne une telle École. Très frappé surtout de Gros et principalement de la Bataille d'Eylau; tout m'en plaît à présent. Il est plus maître que dans Jaffa; l'exécution est plus libre.

Dans la grande galerie, admiré les Rubens: sa figure de la Victoire placée dans l'avant-dernier tableau. Comme cette figure tranche sur les autres! les jambes même semblent faites par un autre que le maître; le soin s'y montre; mais la sublime tête en feu et le bras plié,... tout cela est le génie même.

Les Sirènes également ne m'ont jamais semblé si belles. L'abandon seul et l'audace la plus complète peuvent produire de semblables impressions.

Vu le Christ ressuscitant, du Carrache. Le terne et le poids de cette peinture m'ont fait voir ce que le sujet a de beau. L'ange, les yeux brillants comme un éclair, écartant la pierre; le Christ éblouissant de lumière, s'élançant du sein de la mort, et les gardes renversés de tous côtés.

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Samedi 2 juin.—Mme de Querelles m'a dit qu'elle avait vu chez un doreur le petit Arabe à cheval arrivant au galop sur cheval alezan. Elle m'a raconté les mêmes impressions que j'éprouve moi-même devant les sublimes Rubens; c'est incroyable dans une personne du monde!... La peinture, dit-elle, quand elle a ce genre de verve naturelle, la transporte comme la musique, lui fait battre le cœur. Elle me l'a répété sur tous les tons.

Impressions favorables à la fougue et au sentiment naturel.

—Le Bouclier magique.—Relire la Jérusalem.

—Les sujets de Roméo: Juliette endormie: ses parents la croient morte.

—Jésus présenté au peuple par Pilate.

—Jésus devant Caïphe, le grand prêtre, déchirant ses habits.

—Jésus insulté par les soldats.

Revoir pour ces sujets la petite Passion d'Albert Dürer.

—Baiser de Judas.

—Jésus entre les mains des soldats.

—Madeleine essuyant les pieds du Christ.

—Le Repas chez Simon.

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Mardi 5 juin.—Parti pour Champrosay à huit heures du soir; trouvé tout en désordre dans le petit jardin; été chercher de l'eau à la petite source pour faire de l'eau de Seltz avec la nouvelle machine que j'ai apportée.

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Mercredi 6 juin.—En mettant la tête à la fenêtre, le matin, je vois Dupré qui allait passer la journée chez Mme Quantinet; je me suis engagé à y aller l'après-midi. J'y ai été effectivement et ai fait la connaissance d'une personne très aimable et par-dessus le marché très bonne musicienne.

J'allais, en sortant delà, dîner chez Mme Villot, qui m'avait fait inviter le matin. Je ne la savais pas à Champrosay, cela m'a surpris agréablement. Après le dîner, promenade dans le jardin et remonté dans le salon achever la soirée.

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Champrosay.—Dimanche 17 juin.—Villot qui était ici depuis huit jours est reparti ce soir avec sa femme, emmenant ses enfants qu'on avait tirés du collège, à cause du choléra. La présence de Villot m'a été douce pendant cette semaine. Tous les matins, je travaillais assidûment, et il venait l'après-midi.

—J'ai ébauché depuis mon arrivée et jusqu'au 26, jour où je retourne à Paris pour deux jours:

Tom O'Shanter.**[442]

Une petite Ariane.[443]

Daniel dans la fosse aux lions[444],—sur papier.

Un Giaour au bord de la mer.[445]

Un Arabe à cheval descendant une montagne.

Un Samaritain.[446]

Travaillé à la petite Fiancée d'Abydos.[447]

Ȉ l'Ugolin.[448]

»à la Desdémone.[449]

Ȉ Lady Macbeth.[450]

Je me trouve souvent dans l'embarras le matin, quand il faut reprendre une besogne, dans la crainte de ne pas trouver mes peintures assez sèches.

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Dimanche 24 juin.—Mauvaise disposition dans la matinée. Essayé d'esquisser un Samson et une Dalila[451]: j'en suis resté au crayon blanc.

L'après-midi, j'ai été à la forêt, par l'entrée du maquis: je n'avais pas vu ce côté depuis l'année dernière. Je me suis mis en tête de faire un bouquet de fleurs des champs que j'ai formé à travers les halliers, au grand détriment de mes doigts et de mes habits écorchés par les épines; cette promenade m'a paru délicieuse. La chaleur, qui avait été étouffante et orageuse dans la matinée, était d'une autre nature, et le soleil donnait à tout une gaieté que je ne trouvais pas autrefois au soleil couchant... Je suis, en vieillissant moins susceptible des impressions plus que mélancoliques que me donnait l'aspect de la nature; je m'en félicitais tout en cheminant. Qu'ai-je donc perdu avec la jeunesse?... Quelques illusions qui me remplissaient à la vérité et passagèrement d'un bonheur assez vif, mais qui étaient cause, par cela même, d'une amertume proportionnée.

En vieillissant, il faut bien s'apercevoir qu'il y a un masque sur presque toutes choses, mais on s'indigne moins contre cette apparence menteuse, et on s'accoutume à se contenter de ce qui se voit.

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Lundi 9 juillet.—Chez Piron, pour M. Duriez[452]: je le trouve on ne peut plus aimable. Il me retient à dîner pour le soir avant mon retour à Champrosay.

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Samedi 14 juillet.—Travaillé à l'Ugolin et fait le soir la vue de ma fenêtre.[453]

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Dimanche 15 juillet.—J'écris à Peisse[454], à propos de son article du 8.

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Lundi 23 juillet.—Je dînais chez Mme de Forget avec Cave, sa femme, etc.

Le soir, M. Meneval[455] me parlait de l'affreuse conduite des généraux et maréchaux de l'Empereur, à Arcis-sur-Seine ou sur Aube. M. F..., logeant dans une autre maison que celle de l'Empereur, et traversant une place pour se rendre près de lui, trouva un groupe de généraux, parmi lesquels le maréchal Ney, qui délibéraient entre eux s'ils ne feraient pas subir à leur bienfaiteur le sort de Romulus: le tuer, l'enterrer là, leur semblait un moyen comme un autre de se débarrasser et d'aller jouir dans leur hôtel; c'était, disaient-ils, le fléau de la France, etc. L'Empereur, à qui M. F... raconta la chose avec l'émotion concevable, se contenta de dire qu'ils étaient fous.

Le maréchal Ney fut le plus inconvenant vis-à-vis de lui, après la bataille de la Moskowa,... se plaignant qu'en ménageant la garde, il l'avait privée des fruits d'une victoire plus complète. Ce fut encore lui le plus cruel à Fontainebleau; il alla jusqu'à menacer l'Empereur de lui faire un mauvais parti, s'il n'abdiquait pas.

Dans le cours de la campagne de Russie, dans un village où l'Empereur, étant logé à l'étroit, n'avait pu avoir près de lui le prince Berthier, M. Meneval, ayant été le trouver pour les affaires de l'armée, le trouva la tête dans les mains, la figure couverte de larmes; il lui demanda la cause de son chagrin. Berthier ne craignit pas de lui dire combien il était affreux de se voir contrarié sans fin dans ses entreprises: «A quoi sert, disait-il, d'avoir des richesses, des hôtels, des terres, s'il faut sans cesse faire la guerre et compromettre tout cela?»

Napoléon n'opposait que la patience à leurs plaintes et à leurs reproches souvent odieux; il les aimait, malgré leur ingratitude, et comme de vieux compagnons.

Avant les dernières années, me disait M. Meneval, personne n'avait osé se permettre une observation devant un ordre de lui... La confiance l'avait en partie abandonné, mais point du tout la sûreté et la fermeté de son génie, comme la campagne de France l'a si bien prouvé. Si à Waterloo, à la fin de la bataille, il eût eu sous la main cette réserve de la garde qu'il refusa d'engager à la Moskowa, il eût encore gagné la bataille, malgré l'arrivée des Prussiens.

Je demandai à M. Meneval s'il n'avait pas été tout à fait indisposé à la Moskowa, suivant l'opinion accréditée généralement. Il fut effectivement souffrant et atteint, surtout après la bataille, d'une telle extinction de voix qu'il lui fut impossible de donner un ordre verbal. Il était obligé de griffonner ses ordres sur des chiffons de papier; cependant il avait toute sa tête. Mais après la bataille de Dresde, l'indisposition subite dont il fut saisi paralysa toutes les opérations, entraînant la défaite de Vandamme, etc.

Pendant le consulat, il était fort souffrant de la gale rentrée qu'il avait contractée au siège de Toulon. Il s'appuyait contre sa table, se pressant le côté avec les mains dans des crises de souffrances violentes. Sa pâleur, sa maigreur, à cette époque, expliquent cet état maladif. Corvisart le débarrassa, au moins en apparence, de son mal, mais il est probable que le mal dont il mourut doit sa cause première à cette cruelle maladie.

Paris.—Samedi 11 août.—J'ai passé plus d'un mois à Paris. Je n'ai pas, je crois, noté l'époque de mon retour de la campagne, le samedi, probablement.

J'ai dîné chez Chabrier. Je voulais lui parler de l'affaire de Villot et de la commission dont Chabrier fait partie pour juger le règlement futur du Musée et les attributions des conservateurs, Je lui ai remis la note de Villot.

Vers neuf heures et demie, pris une calèche et été chez Villot. Je n'ai trouvé que sa femme. Elle était encore sur sa chaise longue à travailler. Elle était fort bien ainsi, tout en blanc, avec des fleurs charmantes sur le petit guéridon. J'ai attendu Villot jusqu'à onze heures.

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Samedi 18 août.-Retourné le soir chez Chabrier pour avoir la réponse de la note. Il m'en a parlé comme un homme qui avait étudié la chose. Le directeur du Musée avec lequel il s'est trouvé à la commission l'avait captivé jusqu'à un certain point.

Retourné achever la soirée chez Villot, j'ai vu là le joli nécessaire, etc.

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Champrosay.—Samedi 25 août.—Revenu de Paris par le chemin de fer de cinq heures. F... était dans la voiture en petite veste pour aller dîner chez M. V...

Villot était dans le même convoi. Remonté avec lui à Champrosay. Il a voulu que je vinsse le voir le soir, mais j'étais fatigué.

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Dimanche 26 août.—Longue séance avec Villot chez moi. Il me parle des baigneurs installés chez lui. Je dîne effectivement avec tout ce monde-là. Le soir ils partent tous: Nous allons les conduire au chemin de fer, ainsi que M. B..., qui en était.

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Mercredi 29 août.—Il y a quelques jours à peine que je suis revenu du long séjour que j'ai fait à Paris.

J'ai été en bateau avec Mme Villot et son fils, qui ont tous deux la fureur des bains. Dîné avec elle et passé agréablement la soirée.

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Vendredi 31 août.—J'ai reçu avant-hier du bon N... une invitation pour aller passer deux ou trois jours à Écoublay, et lui ai répondu.

Je dînais ces jours avec M. Villot et M. Bontemps; ce dernier m'a appris la mort de Mme de Mirbel[456]. J'ai été très affecté de ce malheur.

Le soir, après dîner, resté au clair de lune dans le jardin. M. Bontemps nous a fort divertis par des chansons et coq-à-l'âne de toute espèce. Partie de loto avant de se séparer.

Samedi 1er septembre.—Parti à huit heures moins un quart avec Jenny; courses diverses avant d'arriver à la maison. Le temps était assommant; je n'en pouvais plus, et, ce qu'il y a de singulier, les pressentiments de tristesse que je sentais avaient moi-même pour objet.

Parti à deux heures et demie par l'affreuse diligence de Fontenay. Confusion incroyable: foule de chasseurs et de chiens.

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3 septembre.—La lettre de l'architecte Baltard[457] qui m'apprend la nécessité de changer mes sujets pour Saint-Sulpice.

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Champrosay.—Samedi 15 septembre.—Dîné avec M. Villot.

Soirée insipide: j'étais mal disposé et me suis retiré plus tôt.

Je ne vaux pas grand'chose ce soir; le dîner est une affaire. Je déjeune si peu que l'appétit m'entraîne le soir, et que je suis plus disposé au sommeil qu'à la conversation.

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Dimanche 16 septembre.—Bonne journée.

Composé et ébauché le matin la Femme qui se peigne et Michel-Ange dans son atelier.[458]

Promenade charmante dans la forêt, par un petit sentier tout à fait nouveau, derrière le terrain de Lamouroux, en allant vers la gauche, le chêne d'Antin à droite.

Vu la fourmilière, sur laquelle je me suis amusé à écrire dans mon calepin.

Le soir chez M. Quantinet. Sonates de Beethoven, avec violon. Il avait été question de dîner chez eux avec Chenavard et Dupré; ces messieurs n'ont pu venir.

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Lundi 17 septembre.—Je me lève toujours avec un malentrain incroyable.—Hier, où j'ai tant travaillé, c'était de même... Je me suis remis: j'ai retouché l'ébauche en grisaille de la Femme qui se peigne, et puis dessiné et ébauché entièrement en peu de temps l'Arabe qui grimpe sur des roches pour surprendre un lion[459].

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28 septembre.—J'étais mal disposé; j'ai été chercher la grosse Bible; pensé beaucoup de sujets. Le soir, resté chez moi et dormi.

Mardi 2 octobre (SS. Anges gardiens.)—C'est aujourd'hui que j'ai arrêté avec le curé et son vicaire, M. Goujon, que je ferais les Saints Anges, et je m'aperçois, en écrivant ceci, que c'est le jour même de leur fête que j'ai pris ce parti.

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Rouen.—Jeudi 3 octobre.—Le retard que j'ai mis à mon départ qui devait avoir lieu hier est cause que j'ai manqué à Rouen l'occasion de voir mon tableau de Trajan.[460] Quand je suis arrivé au Musée, il était depuis le matin seulement couvert à moitié par des charpentes élevées pour l'exposition des peintres normands.....Si j'avais persévéré dans mes projets, je l'aurais vu à mon aise.

Je ne me rappelle pas qu'un de mes tableaux, vu dans une galerie longtemps après l'avoir oublié, m'ait fait au tant de plaisir. Malheureusement une des parties les plus intéressantes, la plus intéressante peut-être, était cachée, c'est-à-dire la femme aux genoux de l'Empereur... Ce que j'ai pu en voir m'a paru d'une vigueur et d'une profondeur qui éteignaient sans exception tout ce qui était alentour. Chose singulière! le tableau paraît brillant, quoiqu'en général le ton soit sombre.

—Parti à huit heures au lieu de sept; j'ai fort pesté de n'avoir retardé mon départ que pour ne pas partir à sept heures et d'arriver sottement, pour ne pas m'être informé, une heure plus tôt qu'il ne fallait. Du reste, placé comme je désirais, la route m'a semblé charmante. La forêt de Saint-Germain, à partir de Maisons, occupe les deux côtés de la route. Il y a là des clairières, des allées couvertes, etc., dont l'aspect est délicieux.

Arrivé à Rouen à midi et demi. Ces tunnels sont bien dangereux. Je passe sur l'immense danger; ils ont encore l'ennui de couper la route sottement. Déjeuné fort bien à l'Hôtel de France, où je me suis trouvé avec plaisir, en pensant au premier voyage que j'ai fait dans ce pays.

Vers trois heures au Musée; j'ai eu le désappointement dont je viens de parler. J'ai remarqué pour la première fois deux ou trois tableaux de Lucas de Leyde, ou dans son genre, qui m'ont charmé. Grande délicatesse dans l'expression des détails qui rendent le tempérament, la finesse de la peau et des cheveux, la grâce des mains, etc. La peinture traitée largement ne peut donner ce genre d'impressions.

—Berger, au-dessus de ces tableaux.—Admiré les Bergers de Rubens. Il y a à côté un tableau de H..., qui représente le Christ devant Pilate; je l'avais précédemment admiré, à cause de la naïveté et de la vérité de l'aspect... A côté des bergers de Rubens, il redescend jusqu'à n'être que des portraits de modèles.

A Saint-Ouen ensuite. Ce lieu m'a toujours donné une sublime impression; je ne compare aucune église à celle-là.

Rentré fatigué et peu dispos. Dîné tard et peu. Ressorti pour une seconde. Trempé par la pluie qui est continuelle dans le pays, je suis rentré vers dix heures.

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Samedi6 octobre.—Ce jour, sorti tard.

Vu la cathédrale, qui est à cent lieues de produire l'effet de Saint-Ouen; j'entends à l'intérieur, car extérieurement, et de tous côtés, elle est admirable. La façade: entassement magnifique, irrégularité qui plaît, etc... Le portail des libraires aussi beau.

Ce qui m'a le plus touché, ce sont les deux tombeaux de la chapelle du fond, mais surtout celui de M. de Brézé. Tout en est admirable, et en première ligne la statue. Les mérites de l'Antique s'y trouvent réunis au je ne sais quoi moderne, à la grâce de la Renaissance: les clavicules, les bras, les jambes, les pieds, tout cela d'un style et d'une exécution au-dessus de tout. L'autre tombeau me plaît beaucoup, mais l'exécution a quelque chose de singulier; peut-être est-ce l'effet de ces deux figures posées là comme au hasard. Celle du cardinal, en particulier, est de la plus grande beauté, et d'un style qu'on ne peut comparer qu'aux plus belles choses de Raphaël...: la draperie, la tête, etc.

A Saint-Maclou; vitraux superbes, portes sculptées, etc.; le devant sur la rue a gagné à être dégagé. On a fait là depuis quelques années une nouvelle rue à la moderne qui va jusqu'au port.

Rentré d'assez bonne heure, après avoir été à Saint-Patrice, dont les vitraux sont beaux, mais m'ont ému faiblement. (Se rappeler l'allégorie de la Chute de l'homme et de la femme; le démon à côté, ensuite la Mort qui apprête son dard, et enfin le Péché, sous les traits d'une femme couverte de parures, mais les yeux fermés et liée d'une chaîne.)

Dîné à trois heures; parti à quatre heures et demie. Cette route faite le soir par un temps riant et charmant..... Dérangé par les caquetages d'un jeune avocat, insolent comme tous les jeunes gens, et de son client, bavard insupportable.

A Yvetot, désappointement. Pris un cabriolet; arrivé tard. La grande allée du château a disparu. J'ai éprouvé là l'émotion la plus vive du retour dans un endroit aimé[461]. Mais tout est défiguré... le chemin est changé, etc.

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Le lendemain dimanche 7, visité le jardin tout mouillé. Je n ai pas été trop désappointé. Les arbres ont grandi dans une proportion extraordinaire et donnent à l'aspect quelque chose de plus triste qu'autrefois, mais dans certaines parties un caractère presque sublime. La montagne à gauche vue d'en bas, avant d'arriver aux petites cascades; les arbres verts entourés de lierre vers le pont. Malheureusement le lierre qui les embrasse et fait un bel effet, les dévore et les fera périr avant peu.

Après déjeuner, visité avec Bornot et Gaultron la chapelle[462]. Le temps est mauvais et nous tient enfermés.

Avant dîner, j'étais souffrant. Je ne suis pas très bien depuis mon arrivée à Rouen. Nous sommes sortis malgré la pluie et avons grimpé la côte d'Angerville... Ces routes sont devenues superbes.

Le lendemain, journée de pluie tellement continue, qu'il ne m'a pas été possible de mettre le pied dehors. Quelques personnes à dîner: le curé, personnage grassouillet, qui sourit à chaque instant avec un petit sifflement entre les dents et qui ne dit mot; la directrice des postes, personne aimable, et la bonne madame d'Argent. Joué au billard, etc.

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Mardi 9 octobre.—Par quelle triste fatalité l'homme ne peut-il jamais jouir à la fois de toutes les facultés de sa nature, de toutes les perfections dont elle n'est susceptible qu'à des âges différents? Les réflexions que j'écris ici m'ont été suggérées par cette parole de Montesquieu, que je trouvai ici ces jours-ci, à savoir qu'au moment où l'esprit de l'homme a atteint sa maturité, son corps s'affaiblit.

Je pensais à propos de cela qu'une certaine vivacité d'impression, qui tient plus à la sensibilité physique, diminue avec l'âge. Je n'ai pas éprouvé, en arrivant ici, et surtout en y vivant quelques jours, ces mouvements de joie ou de tristesse dont ce lieu me remplissait, mouvements dont le souvenir m'était si doux... Je le quitterai probablement sans éprouver ce regret que j'avais autrefois. Quant à mon esprit, il a, bien autrement qu'à l'époque dont je parle, la sûreté, la faculté de combiner, d'exprimer; l'intelligence a grandi, mais l'âme a perdu son élasticité et son irritabilité. Pourquoi l'homme, après tout, ne subirait-il pas le sort commun des êtres? Quand nous cueillons le fruit délicieux, aurions-nous la prétention de respirer en même temps le parfum de la fleur? Il a fallu cette délicatesse exquise de la sensibilité au jeune âge pour amener cette sûreté, cette maturité de l'esprit. Peut-être les très grands hommes, et je le crois tout à fait, sont-ils ceux qui ont conservé, à l'âge où l'intelligence a toute sa force, une partie de cette impétuosité dans les impressions,... qui est le caractère de la jeunesse?

Passé la matinée à lire Montesquieu.

—A Fécamp, vers deux heures; la mer était magnifique. Beaux aspects de la vallée. Après dîner, discussion politique.

—Je comparais ces jours-ci les peintures qui sont dans le salon du cousin. Je me suis rendu compte de ce qui sépare une peinture qui n'est que naïve, de celle qui a un caractère propre à la faire durer. En un mot, je me suis souvent pris à me demander pourquoi l'extrême facilité, la hardiesse de touche, ne me choquent pas dans Rubens, et qu'elles ne sont que de la pratique haïssable dans les Vanloo..... j'entends ceux de ce temps-ci comme ceux de l'autre. Au fond, je sens bien que cette facilité dans le grand maître n'est pas la qualité principale; qu'elle n'est que le moyen et non le but, ce qui est le contraire dans les médiocres... J'ai été confirmé avec plaisir dans cette opinion, en comparant le portrait de ma vieille tante[463] avec ceux de l'oncle Riesener. Il y a déjà, dans cet ouvrage d'un commençant, une sûreté et une intelligence de l'essentiel, même une touche pour rendre tout cela qui frappait Gaultron lui-même. Je n'attache d'importance à ceci que parce que cela me rassure... Une main vigoureuse, disait-il, etc.

—Le temps est tout à fait beau: nous avons été à Saint-Pierre[464], à travers la vallée.

Revu, en y allant, Angerville, où je suis venu, il y a tant d'années, avec ma bonne mère, ma sœur, mon neveu, le cousin,... tous disparus! Cette petite maison est toujours là, comme la mer que l'on voit de là, et qui y sera encore à son tour, quand la maison aura disparu.

Nous sommes descendus à la mer par un chemin à droite, que je ne connaissais pas; c'est la plus belle pelouse en pente douce que l'on puisse imaginer. L'étendue de mer que l'œil embrasse de la hauteur est des plus considérables. Cette grande ligne bleue, verte, rose, de cette couleur indéfinissable qui est celle de la vaste mer, me transporte toujours. Le bruit intermittent qui arrive déjà de loin et l'odeur saline enivrent véritablement.

—Je m'aperçois que mes belles réflexions des pages précédentes m'ont empêché de noter, je ne sais plus quel jour, notre première course à Fécamp, par un temps tout différent... La mer était forte et se brisait admirablement contre la jetée..... Nous avons vu sortir deux petits bâtiments.

Aujourd'hui elle est, au contraire, très calme, et je l'adore ainsi, avec le soleil, qui semait d'étincelles et de diamants le côté d'où il venait, et donnait de la gaieté à cette nappe majestueuse.

Nous avons visité la maison du curé, qui a appartenu au bon M. Hébert. Décidément c'est un peu triste; un solitaire surtout finirait par s'y changer en pierre.

On démolit l'ancienne église du lieu, qui est charmante, pour en faire une neuve. Nous avons été indignés.

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Mercredi 10 octobre.—Le lendemain à Cany.

Quelques futaies ont disparu le long de la route, mais elles ne font pas encore de tort à la vue qu'on a du château. Ce lieu enchanteur ne m'avait jamais fait autant de plaisir... Se rappeler ces masses d'arbres, ces allées ou plutôt ces percées qui, se continuant sur la montagne avec les allées qui sont en bas, produisent l'effet d'arbres entassés les uns sur les autres.

Le parc est plein de magnifiques arbres, dont les branches touchent à terre, entre autres le plateau qui est à droite en venant du bout du parc. Beautés des eaux.

Revenus par Ourville. En remontant de Cany, belle vue. Tons de cobalt apparaissant dans les musses de verdure du fond et parfois doré des devants.

Vu à Cany M. Foy, vieilli comme les autres.

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Jeudi 11 octobre.—A Fécamp l'après-midi.

Nous allions surtout pour voir Mme Laporte[465]; j'y suis arrivé seul, en attendant Bornot et sa femme. La pauvre dame ne voulait d'abord recevoir personne, mais en apprenant mon nom, elle m'a fait venir près d'elle; je l'ai trouvée dans ce qui était sa salle à manger sans doute, parce que cette pièce est au rez-de-chaussée et plus à portée pour les soins que son état exige, mais seule dans un petit lit, toute diminuée elle-même et dans un grand état de maigreur. Elle a éprouvé beaucoup de sensibilité en me voyant; je lui rappelais des moments et des personnes disparus depuis longtemps, au moment où elle sent bien qu'elle va tout quitter à son tour. J'ai tenu avec plaisir sa main maigrie et ridée.

Bornot et sa femme sont survenus. Elle nous a parlé de ses maux, ce qui est tout simple, mais avec une grande liberté, plaisantant même avec cette humeur qu'elle a toujours eue. Nous l'avons quittée au bout de quelques instants. Ce spectacle m'a beaucoup touché.

Nous sommes entrés un instant dans ce salon où elle ne doit plus rentrer et où nous avons passé des moments si gais avec le bon cousin, avec Riesener, avec tous les originaux qui composaient sa société, et qui m'ont bien l'air de ne guère s'informer d'elle à présent.

Nous allions vers le port, au-devant de Gaultron. Nous sommes revenus sans avoir été jusqu'à la mer, ce qui a été pour moi une mystification.

Passé assez de temps à voir chez un orfèvre des pendeloques anciennes du pays, et revenu plus tard à Valmont par une pluie qui me gâte bien ce pays-ci.

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Vendredi 12.—La petite Mme Duglé, fille de Zimmerman[466], est venue déjeuner avec sa sœur. Journée de pluie complète.

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Samedi 13.—Matinée employée à terminer la lecture d'Arsace et Isménie[467], de Montesquieu. Tout le talent de l'auteur ne peut vaincre l'ennui de ces aventures rebattues, de ces amours, de cette constance éternelle; la mode et, je crois aussi, un sentiment de la vérité, ont relégué ces sortes d'ouvrages dans l'oubli.

Avant déjeuner, examiné les vitraux. Se rappeler ce beau caractère raphaélesque et plus encore corrégien: le beau et simple modelé et la hardiesse de l'indication. Contours noirs très prononcés pour la distance, etc. Après déjeuner, au cimetière.

Auparavant vers Saint-Ouen, chez une pauvre fabricante de mouchoirs au métier. Pauvres gens! on leur paye vingt francs les vingt-quatre douzaines de ces mouchoirs; cela ne fait pas vingt sous pour chaque douzaine.

La chapelle où repose le corps de Bataille ne me plaît pas. Je regrette de n'avoir pas été consulté.

Tué le temps jusqu'à dîner. Dormi dans ma chambre, puis fait un tour de parc à la nuit tombante. Ce parc et ces arbres gigantesques ont pris un aspect qui est presque lugubre; mais en vérité, si l'on pouvait, en peinture, rendre de pareils effets, ce serait ce que j'ai vu en paysage de plus sublime. Je ne peux rien comparer à cela..... Cette forêt de colonnes formées par les sapins, le vieux noyer en montant, etc.

Le pharmacien M. Leglay, la directrice des postes, venus dîner.

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Dimanche 14 octobre.—Aux Petites-Dalles avec Bornot. Gaultron, qui part demain, était resté à peindre.

Passé devant le château de Sassetot. Environs magnifiques; la descente pour aller à la mer. Effet de ces grands bouquets de hêtres. Arrivé à la mer par une ruelle étroite; on la découvre tout au bout du chemin.

Mer basse. J'ai été sur les rochers et ramassé deux des coquillages qu'on y trouve collés; j'ai essayé de les manger... chair dure, sauf un je ne sais quoi de jaune qui a un goût agréable de moule.

Fait plusieurs croquis.

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Lundi 15 octobre.—Accompagné Gaultron avec Bornot jusqu'à la route d'Yvetot. Revenu avec Bornot par les bois de M. Barbet, pour descendre au vivier. Grand couvert de hêtres en haut; allées de sapins.

Traversé sur le flanc de la colline des herbages par lesquels nous sommes descendus au vivier qui est charmant et nettoyé. J'y ai vu voler des cygnes pour la première fois. Revenu mourant de faim.

Dans la journée, qui était belle, été aux Grandes-Dalles. Le même chemin jusqu'à Sassetot, seulement pris à gauche. J'ai admiré la porte de l'église sur le cimetière; elle est évidemment un ouvrage de fantaisie et faite par un ouvrier qui avait du goût. Elle montre combien cette dernière qualité est le nerf de cet art pour lequel les livres ont des proportions toutes faites, qui n'engendrent que des ouvrages dénués de tout caractère.

—Dessiné. La mer basse encore.

—Ce jour-là et l'avant-veille, promenade le matin avant déjeuner avec Bornot, dans sou bois au-dessus du parc; jolies allées.

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Mardi 16 octobre.—J'ai été seul avant déjeuner sur la route de Fécamp. J'ai voulu grimper dans le petit bois à gauche et dans les jolies prairies où sont les sapins. Arrêté par les haies et les clôtures, à chaque pas. Le peuple qui sera toujours en majorité, se trompe en croyant que les grandes propriétés n'ont pas une grande utilité; c'est aux pauvres gens qu'elles sont utiles, et le profit qu'ils en retirent n'appauvrit pas les riches, qui les laissent profiter de petites aubaines qu'ils y trouvent.

Le laisser-aller du bon cousin faisait le bonheur des pauvres ramasseurs de fougère et de branches sèches; les petits bourgeois enrichis s'enferment chez eux et barricadent partout les avenues. Les pauvres, privés complètement de ce côté, ne profitent même pas des droits dérisoires que leur donne l'État républicain.

Bornot me donnait, à déjeuner, le résultat de l'élection pour un député dans le canton. Sur 4,360 inscrits, à peine 1,600 ont pris part au vote. A Limpiville, personne ne se présentait; le maire désolé a appelé les citoyens par toutes les manières. Dans d'autres communes, c'était à peu près de même, et cependant le vote a lieu le dimanche.

En revenant, déjeuné. J'ai traversé la vallée vers le moulin, qui est à cheval sur la rivière, qu'on passe sur une planche. Revu le chemin qu'on prenait si souvent derrière le lavoir; là, les bois de B... enceints encore d'un fossé. Nouvelles réflexions analogues à celles ci-dessus. Le chemin, à partir du lavoir pour rentrer à la maison, ne passe plus le long des murs. Tout cela est refait à la Louis-Philippe.

Bornot me rappelait que c'est à ce lavoir que j'embrassais la petite femme du maçon, qui était si gentille, et qui venait de temps en temps rendre ses devoirs au vieux cousin[468].

—A Fécamp, avec toutes ces dames, chez le bijoutier, pâtissier, papetier; acheté un carton.

Vu l'église auparavant. J'avais oublié son importance. Charmantes chapelles autour du chœur, séparées par des clôtures à jour d'un charmant goût. Tombeaux d'évêques ou abbés. Petites figures au tombeau et grand tombeau de la Vierge aux figures grandes coloriées; les poses sont si naïves, et il y a tant de caractère, que le coloriage ne les gâte pas trop. L'une des têtes m'a paru celle du Laocoon, bien surpris de se trouver en pareil lieu et en pareille compagnie. Il y a une de ces figures qui tient un encensoir, et qui souffle dessus pour en ranimer les charbons.—Chapelle de la Vierge avec vitraux du treizième siècle, semblables à ceux de la cathédrale de Rouen.—Belle copie de l'Assomption du Poussin, à l'autel de cette chapelle.—Charmant ouvrage d'albâtre ou de marbre pour contenir le précieux sang, adossé à l'autel principal. Petites figures dans le style de Ghiberti [469].—Les figures dont j'ai parlé sont à droite, au pied d'un grand crucifix; à gauche, il y a un tombeau où l'on voit le Christ couché sous l'autel, à travers des treillages.—En face, copie du Fra Bartolomeo du Musée.

En allant au port, il faisait très beau temps. Les montagnes qui mènent à la mer, magnifiques et grandioses.

La mer, basse comme je ne l'ai jamais vue ici, est on ne peut plus majestueuse dans son calme et par ce beau temps.

Causé avec un pilote de la plus belle figure.

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Mercredi 17 octobre.—Passé toute la journée sans sortir, malgré le beau temps. Nous nous sommes occupés des vitraux; cela m'a fatigué.

Avant de dîner, fait un tour dans le parc; c'est un heu enchanteur: ces arbres, ces cygnes, etc.

—J'ai pensé avec plaisir à reprendre certains sujets, surtout le Génie arrivant à l'immortalité[470]. Il serait temps de mettre en train celui-là et le Léthé, etc.

—Le soir, vu le four à chaux: arbres éclairés vivement; l'intérieur de la fournaise; flammes vertes, la chaux éclatante de blancheur, avec des veines de feu incandescent.

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Jeudi 18 octobre.—Dans la matinée, avant déjeuner, délicieux temps; dessiné dans le jardin des masses d'arbres; le soleil du matin y donne des effets charmants.

Parti vers deux heures pour Fécamp; nous voulions aller aux fameux Trous aux chiens. Cet ignoble sobriquet, appliqué aux beaux phénomènes que j'ai vus là, dépose contre la petite dose de poésie de notre peuple et son peu d'imagination... Nous sommes arrivés trop tôt, et je suis resté longtemps sur la jetée. La mer très bonne à étudier.

Partis pour notre excursion quand la mer a été assez basse. Il est bien difficile de décrire ce que j'ai vu, et malheureusement ma mémoire sera bien peu fidèle pour se le rappeler. La mer n'étant pas d'abord assez basse, nous avons eu quelque peine à arriver jusqu'à ces piliers, qui semblent d'architecture romane, et qui soutiennent la falaise, en laissant une percée par-dessous. Ensuite deux magnifiques amphithéâtres à plusieurs rangs, les uns au-dessus des autres, dont un beaucoup plus vaste que l'autre.

Dans l'un d'eux, je crois, cette grotte profonde, qui semble la retraite d'Amphitrite. Enfin, pour conclure, la grande arche par laquelle on aperçoit un autre amphithéâtre avec ces espèces de promontoires réguliers en forme de champignons placés à côté les uns des autres, et qui sont là comme des niches d'animaux féroces dans un cirque romain.

Nous nous sommes arrêtés là, apercevant de loin quelques beautés qui nous ont paru inférieures, et qui de près, peut-être, auraient mérité notre admiration.

Le sol, sous cette arche étonnante, semblait sillonné par les roues des chars et simulait les ruines d'une ville antique. Ce sol est ce blanc calcaire dont les falaises sont presque entièrement faites. Il y a des parties sur les rocs qui sont d'un brun de terre d'ombre, des parties très vertes et quelques-unes creuses. Les pierres détachées par terre sont généralement blanches. On voit courir sous ses pieds de petites souris qui vont rejoindre la mer.

Revenus très rapidement. Le soleil était couché.

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Vendredi 19 octobre.—Je lis ce matin, dans Montesquieu, une peinture à grands traits des exploits de Mithridate. La grande idée qu'il donne du caractère de ce roi diminue beaucoup dans mon esprit l'impression que m'avait laissée la pièce de Racine. Décidément ces petites histoires amoureuses mêlées à la peinture d'un pareil colosse, le réduisent à la proportion d'un homme de notre temps. Quand on songe que Mithridate était une espèce de barbare, commandant à des nations féroces, on se le figure difficilement occupé d'intrigues d'intérieur. Au reste, il faudrait relire.

—Je recule de jour en jour l'instant de mon départ.

... Ils sont aimables pour moi, et cette molle flânerie dans un lieu que j'aime me berce, et me fait reculer le moment de reprendre mon train de vie ordinaire.

Lu le matin Montesquieu, Grandeur et décadence.

Promené dans le jardin, avant déjeuner. Après cela, en bateau avec la cousine et une partie des petites filles[471]; j'étais fatigué de la course de la veille et aussi de la vie que je mène, et surtout de ces repas, de ces vins, etc.

Je me suis occupé l'après-midi à composer avec des fragments de vitraux la fenêtre que Bornot veut mettre à l'ouverture laissée dans la chapelle de la Vierge.

Le soir, plusieurs parties de billard avec la cousine, pendant que Bornot dessinait les vues qui nous ont frappés dans les falaises.

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Samedi 20 octobre.—J'ai appris, après déjeuner, la mort du pauvre Chopin. Chose étrange, le matin, avant de me lever, j'étais frappé de cette idée. Voilà plusieurs fois que j'éprouve de ces sortes de pressentiments.

Quelle perte! Que d'ignobles gredins remplissent la place, pendant que cette belle âme vient de s'éteindre!

—Promenades dans le jardin... Adieu à ces beaux lieux, dont le charme est vraiment délicieux... Ce charme est bien peu goûté par les habitants de ce manoir. Au milieu de tout cela, le bon cousin ne nous a parlé que d'acres de terre, de réparations, de murs, ou des querelles du conseil municipal. Il en résulte que la plupart du temps je demeure muet et consterné. Les repas surtout, où l'on s'épanche d'ordinaire, sont à la glace. Sont-ils heureux ainsi?

Promenade avec Bornot à Angerville, dans le char à bancs. On a coupé la plupart des sapins qui étaient aux environs de l'église. Hélas! ces lieux ont encore moins changé que les personnes que j'y ai vues.

Revenus par Boudeville, et visité la petite église. Touché extrêmement de cet endroit: le presbytère est charmant... Je parlais à Bornot de la condition tranquille du curé d'un lieu pareil. Mes considérations ne le touchent pas, et au retour il est retombé dans les acres de terre, les herbages, etc.

En redescendant par le chemin creux qui borde son bois, il m'a montré ses améliorations: défrichements, four à briques, etc.

Nous sommes repassés devant le cimetière: je n'ai pu m'empêcher de penser à la petite place qu'occupe le bon Bataille... J'étais muet, triste, gelé; mais pas le moindre sentiment d'envie.

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Dimanche 21 octobre.—Perdu la journée. Nous devions aller à Fécamp. A peine hors de Valmont, une petite pluie fine a découragé le cousin, qui n'avait peut-être pas grande envie d'y aller.

Nous sommes rentrés, et je me suis mis à faire ma malle.

La directrice des postes dînait. J'ai été assez révolté de certaines duretés.

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Lundi 22 octobre.—Je lis ce matin dans la Description de Paris et de ses édifices, publiée en 1808, le détail effrayant des richesses, des monuments en tous genres qui ont disparu des églises pendant la Révolution. Il serait curieux de faire un travail sur cette matière, pour édifier sur le résultat le plus clair des révolutions.

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Mardi 23 octobre.—Le matin, examiné de nouveau les vitraux et achevé de composer la fenêtre de Bornot, pour la chapelle de la Vierge. Le vitrier m'a réparé ceux que j'emporte.

J'ai été à Saint-Pierre seul avec Malestrat. J'ai beaucoup étudié la mer, qui était toujours la même et toujours belle.

A dîner la petite Mme Duglé, sa sœur, une madame Cardon et sa fille, de Fécamp.

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Mercredi 24 octobre.—Parti à neuf heures et demie avec Bornot. Pris l'ancienne route d'Ypreville, par le plus beau temps du monde. J'ai parcouru avec bien du plaisir cette route. Revu la futaie à l'entrée d'Ypreville. Embarqué à Alvimare.

Cette route est toute changée depuis trois semaines: tons dorés et rouges des arbres. Ombres bleues et brumeuses.

A Rouen vers une heure, et fait toute la route jusqu'à Paris sans compagnon de route. Avant Rouen, il était venu une délicieuse femme avec un homme âgé; j'ai beaucoup joui de sa vue, pendant le peu de temps qu'elle a passé dans la voiture.

J'étais assez mal disposé. J'avais déjeuné sans faim, et cette disposition, qui m'a empêché de manger toute la journée, a agi sur mon humeur. Admiré cependant les bords de la Seine, les rochers qu'on voit le long de la route, depuis Pont-de-l'Arche jusqu'au delà de Vernon, ces mamelons presque réguliers, qui donnent un caractère particulier à tout ce pays, Mantes, Meulan. Aperçu Vaux, etc.

Triste en arrivant: la migraine y contribuait. Attendu longtemps pour les paquets. Trouvé Jenny qui m'attendait. Je n'ai pas été fâché de trouver, en arrivant, ses bons soins.

Sans date.—Passé les jours suivants dans l'oisiveté. Quelques visites.

Vu Mme Marliani qui m'avait écrit; elle a passé un mois à Nohant, et y a été malade. Mme Sand est triste et ennuyée. Elle a maintenant la fureur du domino. Elle grondait tout de bon cette pauvre Charlotte de ne point sentir toutes les profondeurs de combinaisons que renferme ce sublime jeu. On fait aussi des charades où elle fait sa partie. Les costumes l'occupent.

Clésinger, que j'ai rencontré dans la rue, m'a envoyé sa femme, qui est venue me prendre pour me faire voir la statue qu'il a faite pour le tombeau de Chopin. Contre mon attente, j'ai été tout à fait satisfait. Il m'a semblé que je l'aurais faite ainsi. En revanche, le buste est manqué. D'autres bustes d'hommes que j'ai vus là m'ont déplu. Solange me disait qu'il cherchait à varier son genre. En effet, j'ai vu là une figure de l'Envie, qui n'accuse guère que l'imitation de Michel-Ange. Cependant, en sortant de l'imitation exacte du modèle que son premier ouvrage indiquait comme sa vocation, il montre de l'imagination et une entente de la grâce des lignes, qui est fort rare. Il fait un groupe en pierre d'une Pieta, dans lequel on trouve ce mérite.

1850

7 janvier.—Haro m'a rapporté les deux petites études que j'ai faites à Champrosay[472], de ma fenêtre, l'une de la cour des gendarmes, l'autre par la salle à manger, l'été avec des moissons, etc.

Lui redemander l'Arabe accroupi, qui devait être sur la grande toile où était la Suzanne[473], que j'ai achevée pour Villot.

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12 janvier.—Travaillé à retoucher le petit Hamlet, la Femme de dos, de Beugniet[474]; ébauché un petit lion pour le même.

Voir Gavard[475], Cavé, Rivet, Couder, Guillemardet, Halévy, la princesse Marcellini[476]. Passé chez les Wilson-Quantinet. Voir Meissonier et Daumier.

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18 janvier.—«Mon cher Monsieur, j'apprends à l'instant que M. de Mornay, dont les procédés avec moi ne me commandent point de ménagements, a mis en vente, à la rue des Jeûneurs, six tableaux de moi, dont l'un, la Cléopâtre, ne m'a pas été payé, depuis plusieurs années qu'il l'a chez lui. Je désirerais donc, si vous croyez que la chose soit faisable, mettre de suite opposition à la vente dudit tableau, afin de le ravoir du moins; car, dans l'état de ruine où se trouve M. de Mornay, j'aurais encore plus de peine à en recouvrer le prix. Peut-être vous demandé-je une chose qui exigerait des formalités que j'ignore? peut-être aussi le temps vous manque-t-il?... Je laisse cela à votre appréciation, pensant bien que vous ne consentiriez pas à me voir m'engager dans une sotte affaire. J'avoue que le trait me semble si fort qu'il m'a semblé que je serais plus que dupe en ne protestant pas pour le moins.

«Si je calcule bien, il n'y aurait pas de temps à perdre: nous sommes aujourd'hui vendredi; il est probable que la vente aura lieu demain.»

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Dimanche 20 janvier.—Concert de l'Union musicale. Symphonie de Mozart; admirable ouverture de Coriolan, de Beethoven.

Entendu deux fois et mal composé.

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21 janvier.—J'avais écrit derrière la toile du petit Christ à la colonne que j'envoie à Gaultron: blanc, momie, vermillon: je me rappelle que j'avais employé pour les ombres laque Robert J. et terre verte, ou bien vert malachite clair.

A Gaultron, prêté le tableau de fruits de Chardin. Rendu à la fin d'avril.

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Jeudi 24.—Donné à Haro, pour la rentoiler, la petite étude de l'Étang de Louroux; ciel grisâtre clair.

Composé la Pandore sur toile assez grande.

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Vendredi 25 janvier.—Je pensais que les artistes qui ont un style assez vigoureux sont dispensés de l'exécution exacte, témoin Michel-Ange. Arrivé à ce point, ce qu'ils perdent en vérité littérale, ils le regagnent bien en indépendance et en fierté.

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30 janvier.—Soirée chez Gudin[477]. Je disais à Pradier que je dînais très fortement, ne pouvant déjeuner à cause de mon travail, et que pour faire passer ce dîner, je faisais force exercice ensuite. Il me dit: «Quand on a une vieille voiture, on ne lui fait pas faire de longs voyages; on la met sous la remise, et on ne l'en tire que pour le besoin et pour des courses légères.»

Revenu à deux heures du matin, très fatigué; premier oubli de la leçon que je venais de recevoir.

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31 janvier.—«Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand», m'écrivait le pauvre Beyle[478].

—Cette réflexion [au 20 février] me fait surmonter l'ennui de me déranger pour aller en Belgique.

Lundi4 février.—Faire à Saint-Sulpice[479] des cadres de marbre blanc, autour des tableaux; ensuite cadres de marbre rouge ou vert, comme dans la chapelle de la Vierge, et le fond du tout en pierre avec ornements en pierre, et imitant l'or, comme les cuivres dorés de la même chapelle. (Si on pouvait faire les cadres en stuc blanc.)

La dimension du plafond est de 15 pieds[480].

—Magnifiques tons d'ombre reflétée dans une chair rouge: vert cobalt, vermillon Chine, ocre jaune; je l'ai employé pour fondre les touches de terre de Sienne brûlée et autres tons chauds qui formaient la préparation des hommes qui regardent par le trou, dans le Daniel.

Les clairs, sur ces préparations, peuvent se faire et ont été faits avec laque fixe, ocre jaune et blanc.

L'ocre jaune pur, ton le plus vrai et le plus frappant pour les bons.

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Mardi 5 février.—Très beau ton pour les chairs très claires, pour servir d'intermédiaires entre les plus grands clairs et les ombres: terre de Cassel, blanc, vermillon, ocre jaune.

—Dîné chez Ed. Bertin. Revu là Mme P..., avec laquelle j'ai causé beaucoup. Fleury Cuvillier[481] et sa femme y étaient. Desportes[482] m'a entrepris sur la dévotion, il a trouvé en moi un terrain tout préparé; mais au fond c'est un fou. Il regarde Mozart comme un grand corrupteur, il lui préfère beaucoup les vieux maîtres, y compris Rameau.

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Jeudi 7 février.—Hecquet, au concert, l'autre jour, me citait un critique connu, qui appelle Mozart le premier des musiciens médiocres.

A ce concert et au suivant, je comparais les deux ouvertures de Beethoven à celle de la Flûte enchantée, par exemple, et à tant d'autres de Mozart..... Quelle réunion, dans ces dernières, de tout ce que l'art et le génie peuvent donner de perfection! Dans l'autre, quelles incultes et bizarres inspirations!

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Vendredi 8 février.—Ce serait une bonne chose, en commençant, que d'établir la gamme d'un tableau par un objet clair dont le ton et la valeur seraient exactement pris sur nature: un mouchoir, une étoffe, etc. Cicéri me conseillait cela il y a quelques années.

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10 février.—Chez Bixio le soir[483]. Avant dîner, chez Louis Guillemardet.

Duverger me disait en revenant que B*** était sans imagination et avait du feu, et que lui (Duverger) était presque tout le contraire; c'est la réunion de ces deux facultés, l'imagination et la raison, qui fait les hommes exceptionnels.

Il me présente l'idée originale et pourtant assez raisonnable que la tradition napoléonienne est le résultat nécessaire de la révolution.

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11 février.—Dîné chez Meissonier avec Chenavard. Fait là, inter pocula, le beau projet d'aller en Hollande voir les dessins de Raphaël. Chenavard dit à dîner que Raphaël lui déplaisait parce qu'il le trouvait impersonnel, c'est-à-dire se métamorphosant à mesure que d'autres personnalités vigoureuses le frappaient: le contraire de Michel-Ange, Corrège, Rembrandt, etc..

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13 février.—Retravaillé au Saint Sébastien.

—Vu la princesse Marcellini, vers trois heures; j'ai été bien frappé de ce qu'elle m'a joué de Chopin. Rien de banal, composition parfaite. Que peut-on trouver de plus complet? Il ressemble plus à Mozart que qui que ce soit. Il a, comme lui, de ces motifs qui vont tout seuls, qu'il semble qu'on trouverait.

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Jeudi 14 février.—Travaillé à la Femme impertinente. Je l'avais reprise, il y a dix ou douze jours.

—Je commence à prendre furieusement en grippe les Schubert, les rêveurs, les Chateaubriand (il y a longtemps que j'avais commencé), les Lamartine, etc. Pourquoi tout cela se passe-t-il? Parce que ce n'est point vrai... Est-ce que les amants regardent la lune, quand ils trouvent près d'eux leur maîtresse?... A la bonne heure, quand elle commence à les ennuyer.

Des amants ne pleurent pas ensemble; ils ne font pas d'hymnes à l'infini, et font peu de descriptions. Les heures vraiment délicieuses passent bien vite, et on ne les remplit pas ainsi.

Les sentiments des Méditations sont faux, aussi bien que ceux de Raphaël, du même auteur. Ce vague, cette tristesse perpétuelle ne peignent personne. C'est l'école de l'amour malade... C'est une triste recommandation, et cependant les femmes font semblant de raffoler de ces balivernes; c'est par contenance; elles savent bien à quoi s'en tenir sur ce qui fait le fond même de l'amour. Elles vantent les faiseurs d'odes et d'invocations, mais elles attirent et recherchent soigneusement les hommes bien portants et attentifs à leurs charmes.

—Ce même jour, Mme P... est venue avec sa sœur, la princesse de B... La nudité de la Femme impertinente[484], et celle de la Femme qui se peigne, lui ont sauté aux yeux:... «Que pouvez-vous trouver là de si attrayant, vous autres artistes, vous autres hommes? Qu'est-ce que cela a de plus intéressant que tout autre objet vu dans sa nudité, dans sa crudité, une pomme, par exemple?»

—J'avais cheminé, vers quatre heures et demie, avec le vieux père Isabey[485]. Il m'a fait un cours sur les lunettes. C'est Charles qui lui a donné le conseil d'avoir ses lunettes divisées en deux. Il lui a dit: «Change de verre, aussitôt que tu t'aperçois que tes yeux se fatiguent le moins du monde.» En ne le faisant pas, on risque d'être forcé de sauter un numéro, ce qui m'est arrivé. «Tu vivrais, lui a-t-il dit, comme Mathusalem, que tu aurais encore de quoi y voir clair.»—Il fait de petits repas assez fréquents: cela lui réussit.

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Samedi 16 février.—J'ai revu chez M. de Geloës mon tableau du Christ au tombeau qu'il éclaire le soir avec un quinquet ad hoc; il ne m'a pas déplu.

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Dimanche 17 février.—Passé toute ma journée en état de langueur, et je n'avais à faire que des besognes ennuyeuses. Je ne fais rien qui me prépare à ce voyage de Hollande, et cela, pendant que je suis fort bien en train de peindre. Le soir, dîné chez Mme de Forget.

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Mardi 19 février.—Dîné avec Chenavard, Meissonier.—Parlé du voyage qui, j'espère, ne se fera pas. (Voir au 31 janvier précédent.)

Chez Berlioz ensuite; l'ouverture de Léonore m'a produit la même sensation confuse; j'ai conclu qu'elle est mauvaise, pleine, si l'on veut, de passages étincelants, mais sans union. Berlioz de même: ce bruit est assommant; c'est un héroïque gâchis.

Le beau ne se trouve qu'une fois et à une certaine époque marquée. Tant pis pour les génies qui viennent après ce moment-là. Dans les époques de décadence, il n'y a de chance de surnager que pour les génies très indépendants. Ils ne peuvent ramener leur public à l'ancien bon goût qui ne serait compris de personne; mais ils ont des éclairs qui montrent ce qu'ils eussent été dans un temps de simplicité. La médiocrité dans ces longs siècles d'oubli du beau est bien plus plate encore que dans les moments où il semble que tout le monde puisse faire son profit de ce goût du simple et du vrai qui est dans l'air. Les artistes plats se mettent alors à exagérer les écarts des artistes mieux doués, ce qui est la platitude à force d'enflure, ou bien ils s'adonnent à une imitation surannée des beautés de la bonne époque, ce qui est le dernier terme de l'insipidité, ils remontent même en deçà. Ils se font naïfs avec les artistes qui ont précédé les belles époques. Ils affectent le mépris de cette perfection, qui est le terme naturel de tous les arts.

Les arts ont leur enfance, leur virilité et leur décrépitude. Il y a des génies vigoureux qui sont venus trop tôt, de même qu'il y en a qui viennent trop tard; dans les uns et les autres, on trouve des saillies singulières. Les talents primitifs n'arrivent pas plus à la perfection que les talents des temps de la décadence. Du temps de Mozart et de Cimarosa, on compterait quarante musiciens qui semblent être de leur famille, et dont les ouvrages contiennent, à des degrés différents, toutes les conditions de la perfection. A partir de ce moment, tout le génie des Rossini et des Beethoven ne peut les sauver de la manière. C'est par la manière qu'on plaît à un public blasé et avide par conséquent de nouveautés; c'est aussi la manière qui fait vieillir promptement les ouvrages de ces artistes inspirés, mais dupes eux-mêmes de cette fausse nouveauté qu'ils ont cru introduire dans l'art. Il arrive souvent alors que le public se retourne vers les chefs-d'œuvre oubliés et se reprend au charme impérissable de la beauté.

Il faudrait absolument écrire ce que je pense du gothique; ce qui précède y trouverait naturellement sa place.

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Dimanche 24 février.—Pierret venu me voir dans la journée avec son fils Henry, qui va en Californie. Je lui ai donné le Petit Lion.

Le soir, au divin Mariage secret, avec Mme de Forget. Cette perfection se rencontre dans bien peu d'ouvrages humains.

On pourrait refaire pour tous les beaux ouvrages restés dans la mémoire des hommes ce que de Piles[486] fait pour les peintres seulement... Je me suis interrogé là-dessus, et pour ne parler que de la musique, j'ai successivement préféré Mozart à Rossini, à Weber, à Beethoven, toujours au point de vue de la perfection. Quand je suis arrivé au Mariage secret, j'ai trouvé non pas plus de perfection, mais la perfection même. Personne n'a cette proportion, cette convenance, cette expression, cette gaieté, cette tendresse, et par-dessus tout cela, et ce qui est l'élément général, qui relève toutes ces qualités, cette élégance incomparable, élégance dans l'expression des sentiments tendres, élégance dans le bouffon, élégance dans le pathétique modéré qui convient à la pièce.

On est embarrassé pour dire en quoi Mozart peut être inférieur à l'idée que j'ai ici de Cimarosa. Peut-être une organisation particulière me fait-elle incliner dans le sens où j'incline; cependant une raison comme celle-là serait la destruction de toute idée du goût et du vrai beau; chaque sentiment particulier serait la mesure de ce beau et de ce goût. J'osais bien me dire aussi que je trouvais dans Voltaire un coin fâcheux, rebutant pour un adorateur de son admirable esprit; c'est l'abus de cet esprit même. Oui, cet arbitre du goût, ce juge exquis abuse aussi des petits effets; il est élégant, mais spirituel trop souvent, et ce mot est une affreuse critique. Les grands auteurs du siècle précédent sont plus simples, moins recherchés.

—J'ai été voir à quatre heures les études de Rousseau, qui m'ont fait le plus grand plaisir... Exposés ensemble, ces tableaux donneront de son talent une idée dont le public est à cent lieues, depuis vingt ans que Rousseau est privé d'exposer[487].

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Mardi 26 février.—J'ai été convoqué par Durieu[488], pour juger le procédé Haro, que nous devons aller voir fonctionner à Saint-Eustache.

J'ai appris là ce que l'univers ne croira pas: la cathédrale de Beauvais manque d'une aile qui n'a jamais été achevée; ladite cathédrale est d'un gothique mêlé du seizième siècle. On discute sérieusement si le morceau qui reste à faire sera refait dans le style du reste ou dans celui du treizième siècle, qui est le style favori des antiquaires dans ce moment. De cette manière, on apprendrait à vivre à ces ignorants du seizième siècle, qui ont eu le malheur de n'être pas nés trois siècles plus tôt.

Après la commission, j'ai été voir Duban, en société de Vaudoyer[489], qui est dans mes idées sur l'architecture. Vu Duban.

Vu la galerie d'Apollon, etc.

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Mercredi 27 février.—Je travaille aux croquis pour Saint-Sulpice à soumettre à la Préfecture.

Vers trois heures, j'ai été voir Cavé, qui a été mordu par son chien au point d'avoir failli en perdre le nez et la mâchoire. Le Constitutionnel a imprimé qu'il en était quitte seulement pour le premier des deux. Les amis alarmés viennent les uns après les autres s'informer de ce qui lui reste réellement, et il a pris le parti d'écrire au journal pour lui demander grâce.

Vendredi1er mars.—Vu l'exposition des tableaux de Rousseau pour sa vente. Charmé d'une quantité de morceaux d'une originalité extrême.

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Dimanche 3 mars.—A l'Union musicale: Symphonie en fa, de Beethoven, pleine de fougue et d'effet; puis l'ouverture d'Iphigénie en Aulide, avec toute l'introduction, airs d'Agamemnon, et le chœur de l'arrivée de Clytemnestre.

L'ouverture, un chef-d'œuvre: grâce, tendresse, simplicité et force par-dessus tout. Mais il faut tout dire: toutes ces qualités vous saisissent fortement, mais la monotonie vous endort un peu. Pour un auditeur du dix-neuvième siècle, après Mozart et Rossini, cela sent un peu le plain-chant. Les contre-basses et leurs rentrées vous poursuivent comme les trompettes dans Berlioz.

Tout de suite après venait l'ouverture de la Flûte enchantée: à la vérité, c'est un chef-d'œuvre. J'ai été aussitôt saisi de cette idée, en entendant cette musique qui venait après Glück. Voilà donc où Mozart a trouvé, et voici le pas qu'il lui a fait faire; il est vraiment le créateur, je ne dirai pas de l'art moderne, car il n'y en a déjà plus à présent, mais de l'art porté à son comble, après lequel la perfection ne se trouve plus.

Je disais à la princesse Radoïska, chez laquelle j'ai été en sortant de là: «Nous savons par cœur Mozart et tout ce qui lui ressemble. Tout ce qui a été fait à leur imitation et dans ce style ne le vaut pas, et nous a d'ailleurs fatigués ou rassasiés. Que faire pour être émus de nouveau?... surtout surpris? Se contenter des tentatives hardies, mais moins souvent heureuses, des génies quelquefois très éminents que le siècle produit. Que feront ces derniers, quand les modèles semblent n'être là que pour montrer ce qu'il faut éviter? Il est impossible qu'ils ne tombent pas dans la recherche.»

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Lundi 4 mars.—Au Louvre pour la restauration.

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Vendredi 8 mars.—A l'atelier de Clésinger. Scène pitoyable avec ce butor et notre comité.

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Samedi9 mars.—Je suis accablé de toutes ces corvées successives.

—Plusieurs jours se passent à ne rien faire jusqu'au lundi 11.

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Lundi 11 mars.—Repris le dernier tableau de fleurs.

A notre comité chez Pleyel à une heure.

Le soir, chez Mme Jaubert[490]. Vu des portraits et dessins persans, qui m'ont fait répéter ce que Voltaire dit quelque part, à peu près ainsi: Il y a de vastes contrées où le goût n'a jamais pénétré; ce sont ces pays orientaux, dans lesquels il n'y a pas de société, où les femmes sont abaissées, etc. Tous les arts y sont stationnaires.

Il n'y a dans ces dessins ni perspective ni aucun sentiment de ce qui est véritablement la peinture, c'est-à-dire une certaine illusion de saillie, etc.: les figures sont immobiles, les poses gauches, etc... Nous avons vu ensuite un portefeuille de dessins d'un M. Laurens[491], qui a voyagé dans toutes ces contrées.

Chose qui me frappe surtout, c'est le caractère de l'architecture en Perse. Quoique dans le goût arabe, tout néanmoins est particulier au pays; la forme des coupoles, des ogives, les détails des chapiteaux, les ornements, tout est original. On peut, au contraire, parcourir l'Europe aujourd'hui, et depuis Cadix jusqu'à Pétersbourg, tout ce qui se fait en architecture a l'air de sortir du même atelier. Nos architectes n'ont qu'un procédé, c'est de revenir toujours à la pureté primitive de l'art grec. Je ne parle pas des plus fous, qui font la même chose pour le gothique; ces puristes s'aperçoivent tous les trente ans que leurs devanciers immédiats se sont trompés dans l'appréciation de cette exquise imitation de l'Antique. Ainsi Percier et Fontaine ont cru dans leur temps l'avoir fixé pour jamais. Ce style, dont nous voyons les restes dans quelques pendules faites il y a quarante ans, paraît aujourd'hui ce qu'il est véritablement, c'est-à-dire sec, mesquin, sans aucune des qualités de l'Antique.

Nos modernes ont trouvé la recette de ces dernières dans les monuments d'Athènes. Ils se croyaient les premiers qui les aient regardés; en conséquence, le Parthénon devient responsable de toutes leurs folies. Quand j'ai été à Bordeaux, il y a cinq ans, j'ai trouvé le Parthénon partout: casernes, églises, fontaines, tout en tient. La sculpture de Phidias obtient le même honneur auprès des peintres. Ne leur parlez même pas de l'antique romain ou du grec d'avant ou d'après Phidias.

J'ai vu, parmi les dessins faits en Perse, un entablement complet, chapiteaux, frise, corniche, etc., entièrement dans les proportions grecques, mais avec des ornements qui le renouvellent complètement, et qui sont d'invention.

—Dans la journée, j'avais été chez Pleyel, me réunir à ces messieurs pour finir l'affaire de Clésinger.

—Se rappeler dans les dessins persans ces immenses portails à des édifices qui sont plus petits qu'eux; cela ressemble à une grande décoration d'opéra dressée devant le bâtiment. Je n'en sache pas d'exemple nulle part.

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16 mars.—Mme Cavé est venue et m'a lu quelques chapitres de son ouvrage sur le dessin. C'est charmant d'invention et de simplicité.... Je l'ai revue avec plaisir et j'ai causé de même.

Le soir chez Chabrier avec Mme de Forget. Je me suis ennuyé.

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Dimanche 17 mars.—Union musicale. Concert: Symphonie d'Haydn, admirable d'un bout à l'autre. Chef-d'œuvre d'ordre et de grâce; Concerto pour le piano de Mozart, autant; Chœur Que de grâces, de Glück, suivi d'un petit air de ballet ridicule, qu'on aurait dû laisser dans l'oubli, par respect pour sa mémoire.

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Vendredi, 19 mars.—Soirée de musique chez le Président. Causé là avec Fortoul[492], qui est fort aimable pour moi. Je m'y suis enrhumé. C'est le souvenir le plus saillant de la soirée.—Thiers y est venu. Cela a fait une certaine sensation.

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Jeudi 21 mars.—Toute la journée chez moi, occupé de mes esquisses pour la Préfecture.

Tous les jours derniers, occupé de la composition du plafond du Louvre [493]. Je m'étais d'abord arrêté pour les Chevaux du soleil dételés par les nymphes de la mer. J'en suis revenu jusqu'à présent à Python.

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Vendredi 22 mars.—Lettre de Voltaire, dans laquelle il s'écrie à propos du Père de famille de Diderot, que tout s'en va, tout dégénère; il compare son siècle à celui de Louis XIV.

Il a raison. Les genres se confondent; la miniature, le genre succèdent aux genres tranchés, aux grands effets et à la simplicité. J'ajoute: Voltaire se plaint déjà du mauvais goût, et il touche pour ainsi dire au grand siècle; sous plus d'un rapport, il est digne de lui appartenir. Cependant le goût de la simplicité, qui n'est autre chose que le beau, a disparu!...

—Comment les philosophes modernes qui ont écrit tant de belles choses sur le développement graduel de l'humanité, accordent-ils, dans leur système, cette décadence des ouvrages de l'esprit avec le progrès des institutions politiques? Sans examiner si ce dernier progrès est un bien aussi réel que nous le supposons, il est incontestable que la dignité humaine a été relevée, au moins dans les lois écrites; mais est-ce la première fois que des hommes se sont aperçus qu'ils n'étaient pas tout à fait des brutes et ne se sont pas laissé gouverner en conséquence? Ce prétendu progrès moderne dans l'ordre politique n'est donc qu'une évolution, un accident de ce moment précis. Nous pouvons demain embrasser le despotisme avec la fureur que nous avons mise à nous rendre indépendants de tout frein.

Ce que je veux dire ici, c'est que, contrairement à ces idées baroques de progrès continu que Saint-Simon et autres ont mises à la mode, l'humanité va au hasard, quoi qu'on ait pu dire. La perfection est ici quand la barbarie est là. Fourier ne fait pas au genre humain l'honneur de le trouver adulte. Nous ne sommes encore que de grands enfants; du temps d'Auguste et de Périclès, nous étions dans les langes; nous avons balbutié à peine sous Louis XIV avec Racine et Molière. L'Inde, l'Égypte, Ninive et Babylone, la Grèce et Rome, tout cela a existé sous le soleil, a porté les fruits de la civilisation à un point dont l'imagination des modernes se fait à peine une idée, et tout cela a péri, sans laisser presque de traces; mais ce peu qui est resté pourtant est tout notre héritage; nous devons, à ces civilisations antiques nos arts, dans lesquels nous ne les égalerons jamais, le peu d'idées justes que nous avons sur toutes choses, le petit nombre de principes certains qui nous gouvernent encore dans les sciences, dans l'art de guérir, dans l'art de gouverner, d'édifier, de penser enfin. Ils sont nos maîtres, et toutes les découvertes dues au hasard, qui nous ont donné de la supériorité dans quelques parties des sciences, n'ont pu nous faire dépasser le niveau de supériorité morale, de dignité, de grandeur qui élève les anciens au-dessus de la portée ordinaire de l'humanité. Voilà ce que n'a pas vu Fourier avec son association, son harmonie, ses petits pâtés et ses femmes complaisantes.

*

Mercredi 27 mars.—Beau ton de cheveux châtain clair dans la Desdémone: frottis de bitume, sur fonds assez clairs. Clairs: terre verte brûlée et blanc.

Demi-teinte delà chair du saint Sébastien: bitume, blanc, laque terre verte, un peu de jaune brillant; clairs, jaune brillant, blanc, laque. Un peu de bitume, suivant le besoin.

*

Dimanche 31 mars.—Énée va tuer Hélène, qui se cache dans le temple de Vesta. Vénus vient l'arrêter.

—Les Harpies troublent le repos des Troyens.

—Villot venu me voir ce matin: tous ces jours-ci je reste chez moi, grâce à mon affreux rhume qui ne se guérit pas.

Ce soir cependant dîné chez Pierret; son fils va partir.

Mercredi 3 avril.—Séance pour juger le concours de restauration. Séance dans la galerie d'Apollon, en présence de mon plafond; Revenu très fatigué.

J'aurai des difficultés dans l'atelier qu'on me donne au Louvre.

*

Samedi 6 avril.—Travaillé beaucoup ces jours-ci à la composition du plafond. Un de ces jours, j'ai été trop longtemps et me suis fatigué.

Lundi 8 avril.—Je devais aller assister tantôt à la séance de jugement des restaurateurs de tableaux; j'ai été obligé de me recoucher le matin et ai été très souffrant toute la journée.

J'ai fait venir le docteur. Au demeurant, c'était un état passager; je n'ai eu à le consulter que sur mon rhume. J'ai causé avec lui des affaires du temps, puis de sa profession.

Le pauvre homme n'a pas un moment de relâche. En comparant sa vie à la mienne, je me suis applaudi de mon lot... Les cours, l'hôpital, les examens lui prennent tout le temps qu'il ne donne pas à ses malades, aux opérations, etc. Aussi me dit-il qu'il se sent très souvent très lourd et très fatigué. Dupuytren est mort sous le faix et dans un âge peu avancé. C'est le sort presque immanquable de tous ses confrères, qui prennent à cœur leur profession.

Vraiment, je devrais réfléchir à tout cela, quand je me trouve à plaindre.

*

Samedi 20 avril.—Concert de Delsarte[494] et Darcier[495]: Anciens Noëls ou Cantiques chantés en chœur pour se conformer à cette passion du gothique, sans la satisfaction de laquelle les Parisiens ne peuvent trouver aujourd'hui de plaisir à rien.

Ce Darcier ne manque pas d'une certaine verve, et est doué d'une belle voix; mais les refrains vulgaires et cette musique de mauvais goût faisaient un effet désolant auprès des morceaux de Delsarte.

Un malheureux enfant de chœur a psalmodié, sans une étincelle de sentiment, quelques complaintes gothiques, accompagné par une espèce d'orgue qui ne marquait aucune nuance et l'écrasait complètement.

Mme Kalerji était devant moi et auprès de M. J... et M. Piscatory[496].

Il a fallu livrer bataille, en sortant, pour avoir ma redingote, et j'y ai sans doute repris une seconde édition de mon rhume.

*

Dimanche 21 avril.—Fatigué de la séance d'hier soir.

—Travaillé quelque peu à la composition du plafond et resté chez moi le soir.

—M. Lafont[497] venu dans la journée; il me plaît beaucoup. Je l'ai entrepris sur la peinture religieuse et monumentale, comme l'entendent les modernes. La mode a un empire incroyable sur les meilleurs esprits.

*

Lundi 22 avril.—Enterrement de M. Meneval. Isabey, à côté de qui j'étais, me disait qu'il était contraire à l'architecture colorée. On y trouve à chaque instant des tons qui enfoncent ce qui devrait être saillant, et réciproquement. Les ombres produites par les saillies dessinent suffisamment les ornements. Tout cela se disait pendant la cérémonie, en face des peintures et de l'architecture de Notre-Dame de Lorette, où l'on ne voit que des contresens, il faudrait dire des contre-bon sens.

Il critique également avec raison les fonds d'or pour la peinture. Ils détruisent toute saillie dans les figures et désaccordent tout effet de peinture, en venant au-devant de tout, et en privant le tableau de fonds destinés à faire tout valoir.

Revenu de l'église par une pluie affreuse.

*

Champrosay.—Vendredi 26 avril.—Parti pour Champrosay à onze heures et demie. Ravi de m'y retrouver. La sensation la plus délicieuse est celle de l'entière liberté dont j'y jouis. Là, les ennuyeux ne peuvent venir m'y trouver, quoique cela me soit arrivé, tant ils sont difficiles à éviter.

Le jardin était très en ordre, et tout s'est bien passé.

*

Samedi 27 avril.—Je dors le soir outrageusement, et même dans la journée. L'écueil de la campagne, pour un homme qui craint de lire beaucoup, c'est l'ennui et une certaine tristesse que le spectacle de la nature inspire.

Je ne sens pas tout cela quand je travaille; mais cette fois, j'ai résolu de ne rien faire absolument pour me reposer du travail un peu abstrait de la composition de mon plafond.

*

Dimanche 28 avril.—Le matin, grande promenade dans la forêt de Sénart.

Entré par la ruelle du marquis, revu les inscriptions amoureuses de la muraille de son parc; chaque année la pluie, l'effet du temps en emporte quelque chose; à présent elles sont presque illisibles. Je ne puis m'empêcher toutes les fois que je passe là, et j'y passe souvent exprès, d'être ému des regrets et de la tendresse de ce pauvre amoureux! Il a l'air bien pénétré de l'éternité de son sentiment pour sa Célestine. Dieu sait ce qu'elle est devenue, aussi bien que ses amours! Mais qui est-ce qui n'a pas connu cette jeune exaltation, le temps où l'on n'a pas un instant de repos, et où l'on jouit de ses tourments?

Notes in this chapter

Note 1 · Racine Gaultier, dit Prudent, pianiste et compositeur français, né en 1817, mort en 1863. Il fut un très remarquable virtuose.Note 2 · Louis-Charles-Auguste Couder, peintre d'histoire, né en 1790, mort en 1873, élève de Regnault et de David. En 1838, il se présenta à l'InstiNote 3 · C'est ainsi que les sculpteurs opèrent pour construire leurs maquettes ou esquisses. Il n'est pas étonnant que les dessinateurs et les peintNote 4 · En 1849, Delacroix exécuta, en effet, quatre magnifiques compositions représentant des fleurs et qui figurèrent à la vente posthume de son aNote 5 · Genre de plantes de la famille des liliacées, originaire d'Afrique et remarquable par la beauté de ses fleurs d'un bleu d'azur.Note 6 · Habeneck violoniste, né en 1781, mort en 1849. Virtuose remarquable, chef d'orchestre hors ligne, il dirigea longtemps les orchestres de l'ONote 7 · Weill, Lefebvre, Thomas, Bouquet, étaient des marchands de tableaux. La vente de ces onze tableaux ou esquisses, qui mesurent, en moyenne, 0Note 8 · Frédéric Bourgeois de Mercey, peintre et écrivain, né en 1808, mort en 1860. A la suite de débuts heureux comme paysagiste, il entra, en 184Note 9 · Le docteur Véron, le fondateur de la Revue de Paris, l'ancien directeur de l'Académie de musique, l'auteur des Mémoires d'un bourgeois de PaNote 10 · Marchand de couleurs et de tableaux.Note 11 · Louis Cabat, peintre, et l'un des bons paysagistes de notre époque.Note 12 · Édouard Bertin, fils de Bertin l'aîné, frère d'Armand Bertin, né en 1797, mort en 1871. Élève de Girodet-Trioson, il devint un paysagiste diNote 13 · Barbès, qui avait pris une part active à l'insurrection du 15 mai 1848 contre la représentation nationale, avait été arrêté et traduit avec Note 14 · Le général Cavaignac avait dû se démettre du pouvoir à la suite de l'élection du 10 décembre 1848 qui avait appelé le prince Louis-Napoléon Note 15 · Charles Blanc était alors à la tête de l'administration des beaux-arts.Note 16 · Beau-père de M. Thiers.Note 17 · Alard, violoniste distingué, né en 1815. Il fut l'élève d'Habeneck et professeur au Conservatoire.Note 18 · Alkan, musicien et compositeur, né à Paris en 1813. Il a publié de nombreux morceaux.Note 19 · Amaury Duval, peintre, né en 1808, élève d'Ingres. Il exécuta un certain nombre de peintures murales, notamment dans la chapelle de la ViergNote 20 · Victor-Louis Mottez, peintre, élève d'Ingres et de Picot, exécuta un grand nombre de fresques à Saint-Germain l'Auxerrois, à Saint-Séverin eNote 21 · Victor Orsel, peintre, élève de Guérin, qu'il suivit à l'École française de Rome, où l'étude des chefs-d'œuvre de la Renaissance lui inspiraNote 22 · Duban, architecte, né à Paris en 1797. De 1824 à 1829, il séjourna en Italie, et se livra à l'étude de l'antique et de la Renaissance. De reNote 23 · Le docteur Cabarrus, célèbre médecin de l'époque.Note 24 · Eugène Poujade, diplomate et littérateur. Il occupa en Orient des postes importants et publia de nombreux articles dans la Revue des Deux MoNote 25 · Mathieu de la Redorte, homme politique, ami de M. Thiers.Note 26 · L'Assemblée constituante devait en effet se dissoudre pour céder la place à l'Assemblée législative à la fin du mois de mai 1849.Note 27 · La célèbre cantatrice, chez laquelle Delacroix fréquentait assidûment, ne contribua pas peu à l'éducation musicale du maître. Elle fit naîtrNote 28 · Voir Catalogue Robaut, n° 778.Note 29 · Voir Catalogue Robaut, n° 1897.Note 30 · Louis-Eugène Cœdès, peintre, né en 1810, mort en 1868. Il exposa au Salon de 1831.Note 31 · Sujet tiré d'une ballade écossaise, de Burns. (Voir Catalogue Robaut, n° 136 et 197.)Note 32 · Voir Catalogue Robaut, n° 1166, 1167.Note 33 · Toile de 0m,67 X 0m,48. Fait partie de la Galerie Bruyas, au Musée de Montpellier. (Voir Catalogue Robaut, n° 1066.)Note 34 · Voir Catalogue Robaut, n° 1074.Note 35 · Voir Catalogue Robaut, n° 1168.Note 36 · Voir Catalogue Robaut, n° 772.Note 37 · Voir Catalogue Robaut, n° 1063.Note 38 · Voir Catalogue Robaut, n° 1172.Note 39 · Toile de 0m,41 X 0m,32. Exposée au Salon de 1850-51.—Elle fut caricaturée par Cham. Donnée à Théophile Gautier. Vente Gautier, 1873: 7,000 fNote 40 · Voir Catalogue Robaut, n° 1238.Note 41 · Duriez, parent de Delacroix.Note 42 · Voir Catalogue Robaut, n° 754, 1176, 1177, 1178 et autres.Note 43 · Louis Peisse, littérateur, né a Aix en 1802, fut d'abord conservateur des objets d'art au Mont-de-piété de Paris, puis conservateur du MuséeNote 44 · Baron de Meneval, né en 1778, mort en 1850. Ancien secrétaire du premier Consul, et plus tard de l'Empereur; il accompagna Napoléon dans sesNote 45 · Mme de Mirbel, née en 1796, morte en 1849. Élève d'Augustin, elle devint, sous sa direction, un des plus remarquables peintres en miniature Note 46 · Victor Baltard, architecte, né en 1805, mort en 1874, grand prix d'architecture, directeur des travaux de Paris et du département de la SeinNote 47 · Voir Catalogue Robaut, n° 1184.Note 48 · Voir Catalogue Robaut, n° 1227.Note 49 · Voir Catalogue Robaut, n° 714.Note 50 · L'émotion de Delacroix s'explique facilement, car c'est là, à l'abbaye de Valmont, que le maître avait passé les meilleurs moments de sa jeuNote 51 · Delacroix exécuta à l'abbaye de Valmont des fresques. Elles furent peintes en 1834. A ce propos, il écrivait à Villot: «Le cousin m'a fait pNote 52 · Anne-Françoise Delacroix, qui épousa Louis-Cyr Bornot, était la grand'tante d'Eugène Delacroix. Celui-ci avait fait le portrait de sa vieillNote 53 · Saint-Pierre en Port.Note 54 · Madame Laporte, veuve de l'ancien consul de France à Tanger.Note 55 · Zimmerman, compositeur et pianiste distingué, né à Paris en 1785, mort en 1853; Il fut longtemps professeur de piano au Conservatoire.Note 56 · L'Arsace et Isménie, petit roman oriental de Montesquieu, où l'affabulation romanesque se trouve entremêlée de considérations politiques, etNote 57 · Le cousin Bataille.Note 58 · Lorenzo Ghiberti, sculpteur et architecte, né à Florence en 1378, mort vers 1455.Note 59 · La peinture n'est pas connue, mais on cite deux dessins. (Voir Catalogue Robaut, n°s 727, 728.)Note 60 · M. et Mme Bornot avaient six enfants: un fils, M. Camille Bornot, et cinq filles qui en se mariant devinrent: Mmes Gavet, Lambert, Porlier, Note 61 · Voir Catalogue Robaut, n°s 543 et 544.Note 62 · Voir Catalogue Robaut, n° 1246.Note 63 · Marchand de tableaux.Note 64 · Gavard, éditeur des Galeries historiques de Versailles.Note 65 · La princesse Marcellini Czartoriska.Note 66 · Théodore Gudin, peintre de paysages et de marines, né à Paris en 1802, mort en 1880. Il fut élève de Girodet, qu'il quitta pour l'atelier deNote 67 · Il ne paraît point que les relations aient été très suivies entre Stendhal et Delacroix. Stendhal en 1824 avait écrit un «Salon» dans le JouNote 68 · Pour l'inauguration de la chapelle, Delacroix envoya une invitation datée du 29 juin 1861. Il expose ainsi les sujets de la décoration: «M. Note 69 · Voir Catalogue Robaut, n° 1341.Note 70 · Cuvillier-Fleury, littérateur, né en 1802, mort en 1887. Il fut le précepteur du duc d'Aumale, et écrivit de nombreux articles au Journal deNote 71 · Auguste Desportes, poète et auteur dramatique, né en 1797, mort en 1866.Note 72 · Alexandre Bixio (1808-1865), savant et homme politique. Il prit une part active à la révolution de Juillet. En 1831, il fonda avec Buloz la Note 73 · C'est sous ce titre que Delacroix désignait, dans la conversation, une de ses Baigneuses. A propos de ce tableau, M. Robaut écrit: «La jeuneNote 74 · J.-B. Isabey, célèbre peintre miniaturiste français, né en 1767, mort en 1855. Ses portraits le montrent comme un dessinateur des plus remarNote 75 · Roger de Piles (1635-1709), peintre et écrivain, auteur d'un Abrégé de la vie des peintres.Note 76 · Delacroix portera plut loin un jugement sur Rousseau. Il est intéressant de noter ici l'opinion de Rousseau sur Delacroix; on la trouve dansNote 77 · Eugène Durieu, administrateur et écrivain, né en 1800. Entré au ministère de l'intérieur, il devint en 1847 inspecteur général des établisseNote 78 · Léon Vaudoyer, architecte, né le 7 juin 1803, mort en 1872. Il déploya un remarquable talent pratique dans la restauration des vieux monumenNote 79 · Dans son charmant livre intitulé Souvenirs, Mme Jaubert a écrit d'intéressantes notes sur Delacroix et ses séjours à Alberville chez BerryerNote 80 · Jules Laurens, peintre et lithographe, né en 1825, élève de Paul Del a roche. En 1847, il fut chargé par le gouvernement d'accompagner HommaNote 81 · Fortoul, qui devait, l'année suivante, recevoir du Président le portefeuille de la marine, était alors député à l'Assemblée législative.Note 82 · Delacroix fait sans doute allusion à un grand et magnifique dessin qui appartient à Mme Andrieu, la veuve du peintre élève de Delacroix. Il Note 83 · Delsarte, artiste lyrique et musicien de haute valeur, se consacra surtout à l'enseignement de son art, et contribua par ses efforts à répanNote 84 · Joseph Darcier, acteur, chanteur et compositeur, né en 1820.Note 85 · Piscatory, homme politique et diplomate, né en 1799, mort en 1870. Il joua un rôle assez important sous la Restauration et sous la monarchieNote 86 · Émile Lafont, peintre de sujets religieux.
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