← Table of contents
Islam saharien

NOTES ET DOCUMENTS

Reading edition

Ces notes documentaires ont paru, plus développées, dans la revue “Minerva”, no de juin et juillet 1902.

(1) DE QUELQUES ORDRES EXISTANTS

On compte environ quarante-cinq ordres musulmans d’une certaine force, parmi lesquels huit ou dix noms brillent comme des étoiles de première grandeur ; et ces quarante-cinq ordres sont entourés d’une quantité de petites confréries, d’un maraboutisme plus ou moins terne, aussi difficile à reconnaître et à classer que les éléments d’une nébuleuse. Mais la nébuleuse existe pourtant.

A quoi bon tenter ici sa nomenclature fatigante ? Il faut se borner à quelques-uns des titres barbares qui dérivent parfois du nom de la zaouïa-mère, ou de celui d’un objet matériel et symbolique, comme chez les Moukhalïa[12], francs-tireurs du désert, presque disparus aujourd’hui. Mais ils rappellent le plus souvent ce « fondateur », ce saint dont les fils pleins d’orgueil feignent l’humilité dans quelques oraisons publiques :

« O Dieu, redresse-moi et permets-moi de redresser ! O Dieu, guide-moi et permets-moi de guider ! »

Mais tant de modestie voulue ne peut cacher l’immense satisfaction d’hommes presque divinisés par l’adoration de leurs disciples — leurs disciples qui n’ont plus, selon le serment, « qu’un morceau de l’âme chériffienne en place de la leur ».

Les chériffs, les soufis… distributeurs des jouissances et possesseurs des volontés : ceux dont les conseils sont doux et les promesses affolantes :

« Approche-toi de ton Maître : comme tu bois près du puits, tu boiras entre ses deux mains l’ivresse divine[13]. »

Ils sont, ces ouali, ces saints, les « marchands de bonheur » que souhaitait l’un des nôtres, esprit délicieux du temps qui s’en va. Contre un peu de viles richesses, ils rendent de la joie présente, des délices immédiates, porte entr’ouverte sur les délices futures qui ne passeront pas.

Ils sont les « donneurs » par excellence, les « dispensateurs ». Ils tiennent au bout de leurs dix doigts tout ce qui touche à la vie et tout ce qui rachète la mort…

Le Nord algérien, tout autant que le Sud, se livre à l’influence des mystiques (il s’agit ici, bien entendu, de l’élément indigène). Mais une seule confrérie très importante a ses zaouïas-mères dans ces régions : celle des Rahmanïa, célèbres par l’ubiquité posthume de leur premier cheikh, dont le corps entier repose dans deux pays à la fois, grand miracle évidemment, et grâce auquel deux maisons directrices se partagent les hautes prérogatives : une près de chaque tombeau.

En dehors des Rahmanïa, nos Arabes septentrionaux prennent leur dikhr tantôt de petites congrégations locales, innombrables dans les montagnes surtout, tantôt — et en même temps au besoin — des ordres sahariens[14], tripolitains ou marocains : tels nous trouvons, dans la province d’Oran et jusque dans celle d’Alger, les Taïbïa. Ils sont extrêmement connus, de par leur quantité considérable et le prestige de leur directeur, ces khouan fidèles et dévoués de Moulay-Taïeb, le fameux chériff d’Ouazzan (Maroc)[15].

L’origine marocaine est commune à beaucoup d’autres ordres. Par exemple les Hansalïa, dont l’association fut fondée par le Marocain Saïd-ben-Yousef-el-Hansali, et dont la province de Constantine est celle qui renferme le plus d’adeptes. Par exemple aussi les Chabbïa du Sahel tunisien. Par exemple encore les Ammarïa, jongleurs plus modérés que les Aïssaoua, et qui, priant selon les maximes de Sidi-Ammar-bou-Senna, grand saint marocain venu jadis vers des terres plus douces, progressent actuellement en Tripolitaine, en Tunisie et en Algérie de si inquiétante façon.

On le voit : de l’âpre Moghreb, de ces montagnes sévères qui forment le « coin » de la Méditerranée et de l’Atlantique, le mysticisme se propage, cherchant à combattre l’Infidèle et à galvaniser le zèle des « frères » dans les contrées plus voisines du Levant poétique, dans les terres du Fedjeur…

Quant aux ordres qui sont du Sud par leur influence immédiate (sans compter l’immense et lointain pouvoir qu’ils peuvent ailleurs exercer), j’en choisirai sept ou huit, les plus réputés, ces étoiles de première grandeur dont nous parlions tout à l’heure — astres qui projettent souvent plus de feu sombre que de vraie lumière, plus de grise et rouge superstition que de blanche clarté.

Ce seront, si l’on y consent :

Les Khadrïa, les Cheikhïa, les Amamïa, les Derkaoua, les Bakkaïa, les Selamïa, les Tidjanïa, les Snoussïa.

Et chacun de ces groupements formera le sujet d’une note, paragraphe sommaire.

(2) KHADRIA

Voici le type d’une très ancienne association de soufistes. Et quand le chériff Sid’Mahdi-ed-Dine-Abou-Mohammed-Abd-el-Khader-ed-Djilani vivait dans la méditation (471-561 de l’hégire — années 1079-1166 après Jésus-Christ), peut-être ne prévoyait-il pas l’extension prodigieuse de son ordre mystique, ni qu’une telle abondance de fils spirituels lui viendrait au cours des siècles dans l’Inde inquiétante, dans l’Arabie sauvage, dans le rude Turkestan, ni dans les sables africains.

Il y a peu d’années, ces âmes de Khadrïa d’Afrique furent partagées entre les neuf enfants mâles du cheikh Brahim, qui de Tunisie avait fermement régné sur les disciples du continent noir. Et c’était l’un des « neuf enfants », ce naïb d’Ouargla, Si-Mohammed-Taïeb, tué dans nos rangs à Timimoun. Un de ses frères, Si-El-Hachemi, dirige nos sujets Khadrïa du Souf. L’aîné, Si-Mohammed-ben-Brahim, est cheikh de la zaouïa-mère de Nefta[16]. Et plus de trente-cinq zaouïas-succursales s’élèvent sur le seul territoire d’Algérie, sans compter le Touat. Qu’on suppute le nombre considérable d’autres zaouïas au Soudan français, au Baghirmi, au Sénégal, lesquelles sont en communication avec les établissements Khadrïa de Tripolitaine et du Maroc.

Cependant, cet ordre n’est point parmi ceux qui se montrent hostiles. Ses directeurs semblent même chercher notre alliance étroite. Les doctrines y sont, par comparaison, peu guerrières, et l’ardeur de l’Islam s’y enveloppe d’une sorte de douceur prenante, dont on peut être illusionné…

Aucune confrérie, si ce n’est celle des Cheikhïa, n’est plus fertile en légendes dorées, aucune n’a des sous-groupes spirituels aussi connus, par exemple celui des Aïssaoua, mystiques cataleptiques, dont il ne faudrait pas cependant confondre la bonne foi, les danses sacrées et l’insensibilisation extatique avec le charlatanisme de ces bandes grimaçantes, qui viennent exploiter la curiosité des touristes, à Tunis, à Biskra ou ailleurs.

(3) CHEIKHIA

Les Oulad-Sidi-Cheikh guerriers, dont la gloire saharienne subit une éclipse depuis les dernières périodes politiques, forment avec leurs disciples religieux la confrérie des Cheikhïa. Il y a donc parmi eux les membres nobles, issus des dix-huit fils du fondateur vénéré (le cheikh Abd-el-Khader-ben-Mohammed) et qui composent aujourd’hui des tribus entières. Il y a aussi d’autres membres, issus des anciens esclaves affranchis par le premier chériff, formant une sorte d’aristocratie secondaire, toute de sacristie et d’intendance. A ces derniers l’entretien matériel (et certains bénéfices) des richesses et revenus donnés par tous les autres, par la masse, par les simples fidèles qui n’eurent jamais à enrichir plus nombreuse postérité de m’raboth[17].

La baraka de la confrérie, on le conçoit, ne s’incarne successivement que dans un seul ; mais elle dut choisir parmi beaucoup, et cela produisit, au cours des siècles, de vifs tiraillements — des scissions — des vengeances. L’organisation de cette confrérie avait, jusqu’en ces temps derniers, quelque chose de féodal et de turbulent, compliqué d’une rapacité peu ordinaire, bien que de beau geste. Ces « qualités » mêlées expliquent les ambitions, les promesses, les trahisons, les révoltes dont nous eûmes à souffrir pendant trente ans de la part des Oulad-Sidi-Cheikh, si célèbres parmi les Français qui firent campagne dans la province d’Oran.

C’est dans cette même province qu’à l’heure actuelle les Oulad-Sidi-Cheikh ont encore le plus de disciples. Ils en possèdent aussi près d’Ouargla, et au Touat, au Tafilalet, au Soudan, au Maroc. Mais l’influence religieuse a décru avec l’influence politique, et leurs allures grandioses sont surtout celles d’oiseaux de proie vaincus.

A peine oserai-je répéter ici la légende tellement redite dont l’ancien Maître et fondateur des Cheikhïa prit jadis son nom. Cependant la voici résumée :

Un jour, une femme d’El-Abiod, ayant vu son enfant choir dans un puits, clame éperdue : « Sauve-le, ô grand Sidi-Abd-el-Khader ! » A l’appel de cette pauvre mère, deux saints se mettent en mouvement : le cheikh Sidi-Abd-el-Khader-ben-Mohammed, lequel se promenait pas bien loin, et Sidi-Abd-el-Khader-ed-Djilani, qui sut s’arracher subitement au repos de la tombe où il dormait à Bagdad depuis plusieurs siècles. Quoi d’étonnant si ce long voyage à travers l’espace le mit un peu en retard ? Lorsqu’il arriva près du puits, le miracle était déjà fait : le cheikh Sidi-Abd-el-Khader-ben-Mohammed, soufi local et contemporain, venait de ressusciter l’enfant. Ce fut ce jour-là que, bourru, le saint de Bagdad dit au saint d’El-Abiod (d’ailleurs bon disciple de sa doctrine) : « Ces confusions sont désagréables ; désormais tu ne t’appelleras plus Abd-el-Khader-ben-Mohammed, mais seulement Sidi-Cheikh. »

Et ce fut ainsi.

Et peut-être y pourrions-nous trouver un symbole : de même que les saints soufis obéissent les uns aux autres, de même les confréries ne se désobéissent point, surtout lorsqu’une question d’intérêt général est en jeu — par exemple l’opposition aux Roumis, soit ouverte ou soit secrète…

(4) AMAMIA

Bou-Amama, chef de cette confrérie, est un parent des Oulad-Sidi-Cheikh. Mais, promoteur d’une scission jadis sans grande importance, il est devenu peu à peu redoutable, et beaucoup plus que ses cousins ou neveux. Il a des fidèles jusqu’aux rivages de la Méditerranée, jusqu’au lointain Niger. Il reçoit la ziara de nos sujets[18] du Gourara, du Touat, et de nos ennemis les Bérabers, et de ceux qui sont à la fois pour nous des sujets et des ennemis, tels que les Beni-Guil, les Douï-Menïa, et toutes ces peuplades (difficiles à pacifier) de la frontière marocaine. On voit assez quels complexes moyens d’intrigues se trouvent réunis dans ses vieilles mains ridées, dans ses vieilles griffes de vautour ayant trop souvent goûté le sang des cadavres français.

Né au Figuig en 1840, il fut atteint d’épilepsie pendant sa jeunesse, et, par ainsi, marqué du sceau divin. En 1875, il s’installa dans l’oasis de Mogh’rar, non loin d’Aïn-Sefra. Et, 1881 venu, il déchaîna l’insurrection dans tout le Sud-Oranais avec une audace extraordinaire. Puis les hautes montagnes du Figuig, ces cimes dentelées, déchiquetées, ces murailles naturelles d’une forteresse qu’il croyait inexpugnable, l’abritèrent derechef. Il planta ses tentes près du tombeau de son père, au Hammam-Foukani.

Je possède un très curieux dessin exécuté devant moi par Si-Mohammed, neveu de Bou-Amama, et qui veut représenter (avec des effets de perspective inattendus) la koubba[19] de l’ancêtre en question. Et comme le dessinateur faisait surmonter l’édifice par un croissant gigantesque plus grand que la coupole même (au lieu du modeste ornement qui la couronne réellement, porté par une tige analogue à celle du coq de nos clochers), je lui signalai son exagération. Mais il me répondit, avec autant de dignité que Bou-Amama en personne :

— « Le croissant n’est jamais trop grand sur le tombeau d’un ouali ! »

Quant au ouali actuel, Bou-Amama, qui fuit, revient, s’approche, s’éloigne, il a trouvé le plus ingénieux « truc » pour dissimuler aux Roumis le nombre de ses fidèles et se procurer des amis, même parmi ses rivaux. Il remet bien à ses khouan son dikhr, le seul salutaire : seulement il leur ordonne en même temps de porter au cou, très en vue, non pas le chapelet propre à ce dikhr — ce serait trop simple — mais le chapelet d’autres ordres, auxquels les disciples Amamïa paient, de ce chef, une légère redevance. Et ces confréries voisines deviennent ainsi les obligées — dirons-nous les alliées ? — de Bou-Amama.

(5) DERKAOUA

Précisément les Derkaoua — ordre marocain combatif — forment l’une des favorisées parmi les associations que protège le rusé forban (c’est Bou-Amama que je veux dire). Leur zaouïa-mère de Modaghrar (Tafilalet) sert souvent de maison d’asile à ceux de nos ennemis sahariens jugés trop compromettants par le vieux renard.

Et peu à peu, pour ces causes et pour plusieurs autres, les Derkaoua gagnent un terrain considérable. Ils ont une dizaine de zaouïas succursales dans les parages civilisés de notre province d’Oran… Ils ont des groupements de fidèles dans nos nouvelles possessions de l’Oued-Saoura, du Gourara, du Touat et du Tidikelt.

Ce sont les plus frénétiques khouan de l’Afrique, ne vivant que par l’idée de la Guerre Sainte, ne respirant que la haine et la rébellion. Leurs pratiques hystériques, leurs traditions, leur sauvagerie qui dédaigne (il faut le reconnaître) les compromissions, font d’eux — joints aux Amamïa — un clan plutôt adversaire, une menace dissimulée à l’ouest et au sud-ouest du Sahara.

(6) BAKKAIA

Nous avons ici une confrérie tout à fait saharienne, de Sahara central même, dont le territoire d’action fut, depuis trois siècles, les vastes espaces qui s’étendent du Gourara et du Touat à Tombouktou, sur des sujets de races variées, Arabes, Peuhls ou Touareg. Les Bakkaïa possèdent des zaouïas dans la région d’Adrar ; ils en ont trois à In-Salah, point principal du Tidikelt. Leurs doctrines sont beaucoup moins guerrières que celles des Derkaoua ; elles se rapprochent même de la douceur des théories khadriennes, dont elles dérivent théologiquement. L’extase chez eux est simpliste, et les jongleries n’y sont pas rares : puérilités si bien assorties aux tendances de races enfantines quoique rudes — ou parce que rudes. Petits moyens qui peuvent donner de grands résultats variés, selon que les Bakkaïa manœuvreront ou ne manœuvreront pas contre nous.

Les Bakkaïa ont eu pour premier maître le cheikh Sidi-Omar-ben-Sid’Ahmed-el-Bakkaï, lequel leur enseigna un dikhr où chaque prière est par 33, et qui s’accompagne de nombreuses génuflexions triples (l’une en face pour Dieu, celle de droite pour les anges « de la droite », celle de gauche pour les anges « de la gauche »). Le cheikh El-Bakkaï leur avait donné aussi cette oudifa :

O mon Dieu, nous te louons ! Tu es grand ! Tu répands tes grâces ! Compte-nous parmi ceux qui suivent la bonne voie, et tiens-nous loin des dévoyés !

Les « dévoyés », ce sont les Infidèles, ce sont les Roumis chrétiens. Cela se récitait en 1552, du temps du cheikh El-Bakkaï — cela se récite encore aujourd’hui, et d’autant mieux et d’autant plus fort qu’un drapeau bleu, blanc et rouge flotte sur les casbahs du Touat, un étendard impur dont les couleurs ne sont pas celles du Prophète…

(7) SELAMIA

Les Selamïa ou Aroussïa pratiquent également une doctrine très entachée de jongleries. Mais d’autant plus vifs s’accentuent leurs progrès, si rapides depuis quelques années en Tunisie et en Algérie. Ils ne sont point Marocains, ceux-ci, ni Touatiens. Leur maison-mère s’élève en Tripolitaine, et c’est la grande et luxueuse et très célèbre zaouïa de Zliten. Le fondateur de leur ordre, Sidi-Abd-es-Selam, passait pour invulnérable tout comme Sidi-Aïssa, le promoteur des Aïssaoua.

Les doctrines et les prières de cette confrérie se teintent de lyrisme :

« Heureux celui qui s’enivre en mon verre toujours plein !… »

C’est l’avant-sensation des breuvages paradisiaques. Tant de joies promises valent chaque année aux Selamïa des disciples nouveaux, nombreux, jusqu’au Soudan, jusqu’au Sénégal, jusqu’en Arabie. Ils dominent en notre Tunisie. Ils s’infiltrent dans toute la province de Constantine, et cette caste d’exorcistes, qu’on ignorait presque il y a quinze ans, devient chaque jour davantage une force avec laquelle il faut compter.

(8) TIDJANIA

Tandis que les doctrines grossières progressent, les enseignements de mysticité plus haute semblent perdre du terrain. Il en va ainsi pour la « Voie » des Tidjanïa — et c’est dommage, car cet ordre est l’un de ceux ayant les premiers cessé l’opposition à notre pouvoir. Il y eut bien, dans son amitié, des défaillances. Mais il ne faut exiger ni des institutions ni des hommes, ni des confréries ni des chériffs plus qu’ils ne peuvent donner…

Les Tidjanïa sont presque scindés en deux branches rivales : celle que dirige la zaouïa de Temassine, près de Touggourt, et celle d’Aïn-Mahdi, l’ancienne zaouïa-mère, au pied du Djebel-Amour. Le saint fondateur de cet ordre, Si-Ahmed-ben-Mohammed-ben-El-Mokhtar-ben-Salem-et-Tidjani, naquit[20], chose assez rare, en la ville bénie qu’avait bâtie, fortifiée déjà un autre saint de ses ancêtres. Ses descendants ont transféré depuis peu d’années leur résidence effective à Courdane, devenue à son tour zaouïa-mère, non loin de l’aïeule trop vieillie. Et c’est un véritable miracle de végétation, cette oasis nouvelle qu’on a fait surgir en quelques saisons d’un lieu sauvage, de triste stérilité.

Pendant nos célèbres luttes avec Abd-el-Khader, les Tidjani de ce temps prirent le parti de la France conquérante, et soutinrent en 1838, contre l’émir, un siège demeuré célèbre dans tout le Sahara. C’est ensuite que se produisirent les « remous » d’infidélité à notre cause. Les deux héritiers de la baraka furent envoyés réfléchir à Bordeaux vers 1870, et ceci leur permit de ne point prendre part à l’insurrection indigène de 1871 — tellement peut être heureux et de bonne coïncidence un exil. L’un de ces jeunes gens, Si-Ahmed, prit pour femme une Française, Mlle Aurélie Picard ; il la ramena en 1872 à sa zaouïa d’Aïn-Mahdi ; il sut la faire valoir aux yeux des fidèles, et lui attribua — elle le méritait — la fondation du luxueux établissement de Courdane. Depuis, Mme Aurélie, ayant perdu son mari, épousa le frère de celui-ci, Si-El-Bachir, chef actuel des Tidjanïa. — Ce serait une étude peut-être intéressante, mais débordant la place mesurée à ces pages, que de chercher et de montrer quelle fut exactement la part d’influence d’une de nos compatriotes, épouse légitime d’un chériff.

L’enseignement des Tidjanïa s’anime d’une flamme assez claire et pure, malgré les complications inévitables en Islam. Son inspiration, puisée jadis à Fès du Maroc, est parfois guerrière, mais mitigée de sentiments exceptionnels sur l’amour du prochain, dans lequel amour ses dirigeants prétendent englober le Roumi lui-même…

Une grande partie des Peuhls récitent le dikhr des Tidjanïa.

(9) SNOUSSIA

Certes, ici, l’influence française n’a pas pénétré : ce sont pour nous les « pères de l’inimitié », selon la formule arabe. J’ai mentionné leurs prières qui rappellent beaucoup celles des Tidjanïa ; j’ai indiqué, également[21], les circonstances en lesquelles leur ordre fut fondé par Si-Mohammed-ben-Si-Ali-ben-Snoussi, vers 1813.

Ce cheikh mourut en 1839 ; mais il avait deux fils, Si-Mohammed-Chériff et Cheikh-el-Mahdi. J’ajouterai que ce dernier nom a causé bien des confusions, dans cette région guerroyante, où le premier marabout venu prend le titre de Mahdi (Messie). Les miracles accomplis par Cheikh-el-Mahdi sont quotidiens, d’après ses fidèles. Il repose en voyage sous une tente magique qui se déplace selon ses vœux, espèce d’aérostat merveilleux sans aucun danger de chutes mortelles, et dont la foi et la baraka seraient les uniques moteurs. Sur les tapis de cette tente, autre merveille plus aimable encore, les houris du Paradis viennent en bande rendre visite au ouali. J’imagine que ces houris ne parlent point arabe, puisque sur leur poitrine sans défaut se trouve un écriteau disant : « Ami de Dieu, fils de la Lumière, à toi nos faveurs ! »

Il est difficile de prévoir si les Snoussïa continueront l’apparence d’évolution qu’ils essayent depuis deux ou trois ans du côté de la France, évolution n’empêchant d’ailleurs pas, au besoin, le vol ou l’assassinat. Leur zaouïa-mère de Koufra, dans les sables tripolitains, garde son importance considérable, bien que le chériff l’abandonne souvent pour des séjours au pays plus noir : car c’est au centre de l’Afrique, autour du Tchad (sans compter l’Asie Mineure et le Hedjaz d’Arabie) que Cheikh-el-Mahdi compte ses fervents plus extasiés.

Mais il a des adeptes secrets répandus à travers tout le monde d’Islam ; il en a dans toute notre Algérie : même une zaouïa snoussienne s’élève ostensiblement au lieu de naissance de Si-Snoussi, à l’Hillil, entre Relizane et Mostaganem…

(10) DU MOT M’RABOTH

On a parfois, en France, confondu les chériffs religieux avec de simples marabouts vulgaires, analogues à ce mendiant derviche, à ce multiforme « taleb sorcier » de qui le haillonnement pittoresque amusa nos peintres, lors de la conquête. Il avait en ce temps-là beaucoup de besogne, ce m’raboth[22]. Il pullulait, il devenait légion, pendant ces années de pacification pénible : car il servait aux insoumis de conseil, d’émissaire, d’espion et de négociateur — de chef au besoin — et c’était, sans compter les honneurs, de profitable besogne. Tel l’ont vu ceux qui les premiers explorèrent ces parages. Tel il reparaîtrait à l’occasion, mouche bourdonnante, réfugiée dans le nord ou dans quelque oasis. Mais son actuelle influence est piètre et s’exerce toute en dehors de celle des chériffs, des grands maîtres de confréries sahariennes.

Le bas peuple arabe, en sa naïveté égalitaire, nomme bien aussi m’raboth les chériffs vénérés. Mais ceux-ci s’en plaignent et s’en dépitent, jugeant qu’on les ravale ainsi au niveau d’un gardien de troupeaux de l’Erg, ou d’un jardinier du Touat, ou d’un tailleur de gandouras d’Ouargla, petit marabout de rencontre, végétant petitement de petites aumônes gagnées par son petit savoir-faire, lequel, en Afrique comme ailleurs, tient assez bien lieu de savoir.

Et le dédain des chériffs, expliquant ceci, devient immense et plisse leur front dont les fines veines charrient le sang même du Prophète. N’importe lequel d’entre eux se trouve froissé (même si par politique il le cache) lorsque la bêtise des humbles fidèles ou la légèreté des Européens l’appelle marabout. — J’y insiste. Eux aussi, les chériffs, y insistent à l’occasion : je me souviens que, me trouvant un jour (février 1899) dans la grande zaouïa ou maison-mère des Tidjanïa, mon inadvertance à ce sujet fut douloureusement relevée par les membres de cette lignée sainte. Comment ma langue avait-elle laissé échapper ce qui constituait une telle « gaffe » saharienne ? Je l’ignore. Mais je sais — et je sentis dès alors — que l’égratignure à l’amour-propre devait être bien cuisante pour qu’on fît à « l’hôte de Dieu » un reproche, même amical.

— Ne vois-tu pas, me dit-on, l’affront qui nous vient de ce terme impropre, dont trop de musulmans nous affligent aussi ? Excuse-nous… Tu ne peux nous confondre avec ces marabouts, pauvres hères rencontrés sur ta route…

J’en avais rencontré, en effet : joueurs de viole dans les cafés maures des ksour, empiriques guérissant les ophtalmies ou la fièvre par des inscriptions sur des œufs, ou même rentiers paisibles vivant des revenus de quelque koubba. L’un de mes chameliers également se disait m’raboth, l’ineffable va-nu-pieds Ben-Abdallah, fertile en récits édifiants comme en ingénieux poèmes… Et je compris que le rapprochement pouvait sembler peu flatteur à qui manie des millions[23] d’âmes, du sein de retraites agréablement opulentes, parmi les odeurs d’encens, la joie des intrigues et la quiétude de la méditation ; — à qui, méprisant le clergé des mosquées payé par la France, le clergé[24] « fonctionnariste », se dit fils et continuateur du Ressoul créa l’Islam.

(11) ZAOUIAS

La zaouïa-mère, demeure des chériffs, s’étend plus ou moins luxueuse, on le sait, près du tombeau du premier « saint ». Le plus souvent, c’est dans une oasis — ou mieux, l’établissement forme une oasis à soi seul, et ses jardins sont vraiment, pour le fidèle plein d’admiration, un symbole moral, une représentation physique des Célestes Demeures, « parterres de joie », « maison de tranquillité ».

Annonce à ceux qui croient et pratiquent les bonnes œuvres qu’ils auront des Jardins arrosés de courants d’eau…

Koran, II, 23.

… Des Jardins de délices,

Où circuleront des jeunes gens…

Avec des aiguières, des coupes, des gobelets remplis d’une boisson limpide…

Avec des fruits à leur goût…

Koran, VI, 12-17-18-20.

Donc, près de ces jardins « où des sources vives coulent éternellement » s’étendent les bâtiments, presque toujours fortifiés, qui entourent la koubba dans laquelle reposent les ancêtres : constructions allongées, cours à galeries, à arcades, blanchies de chaux et, pour le pays, bien entretenues. Le luxe des sculptures, des colonnes de marbre, des faïences n’y est pas rare ; il donne l’impression de ce qui dure au milieu de tout ce qui passe, et de ce qui vit au milieu de tout ce qui meurt.

Mais c’est une vie saharienne, insouciante, toujours un peu délabrée ; et parfois c’est aussi la vie errante comme celle du chériff Bou-Amama, chef de l’Ordre des Amamïa, qui campe sous des tentes, lui, sa famille et son personnel, et ne veut de monuments fixes que pour les tombes de ses aïeux. Ceci permet au vieil oiseau de proie les déplacements faciles et un peu plus de traîtrise impunie, hélas !…

Mais cependant, ce mode d’habitation volante reste une exception rare, et l’on sait où les trouver, les saints, les bénis d’Allah, les porteurs de l’Étincelle, les chériffs.

On a pu voir, par le détail authentique de l’ouvrage qui précède, quel monde grouillant et divers représente la zaouïa-mère d’une grande confrérie. Les succursales ont beaucoup moins d’importance, modestes bordjs ou forteresses, école religieuse, sorte de séminaire où la plupart du temps vivent une centaine d’étudiants, futurs tolba. A peine s’y joint-il une école pour les jeunes enfants des douars voisins, et un asile pour les voyageurs — et un point de rencontre pour l’intrigue, pour la menace, pour le crime permis par Allah : celui contre le Roumi. D’autres fois c’est moins encore, dans les lieux très désolés, très privés d’eau : un simple dôme, deux ou trois chambres, un jardin avec dix palmiers, comme à Temassinine, entre Ouargla et l’Aïr.

Le bon accueil, en ces asiles, n’est pas rare, — mais rare la franchise, même chez ceux qui se déclarent « amis ». Une défiance y guette, même quand l’animosité désarme, et, d’instinct, l’on y sent planer quelque chose d’obscur, de violent, de patient qui vous enveloppe, vous oppresse, vous berce à la fois, comme ces vapeurs de musc et de benjoin chères à l’Islam. Je n’oublierai jamais mon arrivée à l’une de ces zaouïas moyennes (plutôt petite, préciserai-je), celle de Bour-N’gouça[25], dans les sables. Il faisait la chaleur torride des soirs d’été sahariens, quand la dune embrasée renvoie vers le ciel cette ardeur qu’elle en reçut. La zaouïa se distinguait mal dans l’ombre, et ses lignes hautes seulement se profilaient sur « le manteau » de la nuit d’Allah : une grande koubba, des bâtiments à étage, tout un ensemble de constructions à côté des palmiers rabougris, qu’on devinait parmi l’obscurité…

— Le salut sur vous !

— Sur vous le salut !

Il y avait des chants pieux quelque part, un bourdonnement de litanies derrière d’autres murs invisibles ; mais nous, les hôtes, nous étions bloqués, avec une prestesse bien curieuse, dans une aile sans fenêtre contenant les chambres d’honneur. Un plafond bas, des parois blanches, de longues, longues, longues pièces nues et tristes. Et sur les duretés inégales du sol de terre battue, de longs, longs, longs tapis, moelleux, superbes, — tout neufs, répétaient les serviteurs de la zaouïa — éloge ayant sa valeur en une contrée chère à la vermine. Dans la pièce à côté, des fréchias se déroulaient aussi pour nos propres serviteurs.

Alors des vivres furent servis, et le mokaddème vint lui-même, précédé du café et d’un pot de confitures de Damas. Et ce fut pendant une heure un échange de paroles polies, banales, coupées de cuillerées savoureuses… Et par instants un silence passait, laissant distinguer les psalmodies, et sentir aussi, sentir ce sentiment indéfinissable, celui qui se mêlait aux lourdes émanations du benjoin et du poivre des tapis, et au parfum du kaouah, et à l’odeur du kronnfell[26]…

Et dans la nuit, vers deux heures, les chants pieux recommencèrent.

— Combien y a-t-il d’élèves dans cette zaouïa ?

— Allah le sait.

— Et combien de serviteurs ?

— Allah le sait.

— Mais, enfin, combien de personnes en tout ?

— Allah le sait… Excuse-moi… Par la bénédiction de ta tête, moi je ne sais pas.

Toujours la défiance, toujours, — et, je le répète, c’était une maison amie, je l’ai choisie à cause de cela pour exemple. Et toujours ces prières qui redoublaient, murmurantes, confuses, et parfois, soudain rythmées. Nous partîmes à la pointe de l’aube, à l’heure douce et tiède, la seule supportable sur vingt-quatre. Le ciel était de nacre rosée, un peu grise encore. Nos montures attendaient, entre les bâtiments fermés et les palmiers rabougris.

Une seule porte s’ouvrait de ce côté, et par cette porte venait en clameur la prière « des Hommes » :

Au nom du Dieu clément et miséricordieux,

Dis : je cherche un refuge auprès du Seigneur des hommes,

Roi des hommes,

Dieu des hommes,

Contre la méchanceté de celui qui suggère les mauvaises pensées et se dérobe,

Qui souffle le Mal dans le cœur des hommes[27]…

Ce n’était point secret, cela ; c’était la prière rituelle. Je m’approchai de cette porte ouverte, et… et voici qu’une main me saisit, et me fit faire doucement, puissamment, irrésistiblement demi-tour. C’était un sous-mokaddème, le khodjah ou secrétaire de l’endroit. Il était pâle et me dit :

— N’entre pas là…

Et je n’entrai pas — ce jour-là. J’ai réparé cet échec plus tard et ailleurs. Pendant notre colloque, la sourate du Koran avait changé : j’entendais maintenant la cent dixième, celle de l’Assistance :

Au nom du Dieu clément et miséricordieux.

Lorsque l’assistance de Dieu et la victoire nous arrivent…

Chante les louanges de ton Seigneur…

Ce n’était point secret non plus. Mais enfin, tant que sera psalmodiée cette sourate, croyez-le — cette sourate au bruit béni de laquelle ont surgi l’insurrection de 1871, celle de 1876 et celle de 1881 — et la plus récente bagarre de Margueritte, dont l’inspiration fut saharienne — tant que la prière de l’Assistance bourdonnera sous les koubbas, il restera très utile d’opposer quelque peu de défiance à la défiance, et de porter la clarté de l’observation française parmi la trouble et voluptueuse fumée du musc et du benjoin…

(12) HIÉRARCHIE

Elle peut se rappeler en quelques lignes.

Au sommet, naturellement, le membre de la famille sainte, détenteur de l’Étincelle et de la Bénédiction. C’est à lui qu’on fait prononcer les paroles décisives. C’est lui qui préside à l’initiation des principaux khouan. Toujours sa vie coutumière s’accompagne, selon le peuple, de miracles. Un pouvoir mystérieux se cache en lui, aussi propre à guérir les maux du corps qu’à tracer à l’âme la voie vers le bonheur incomparable, par le moyen des prières (oudifa), et de la récitation de l’ouerd (rose, fleur, même origine poétique que notre rosaire) sur les grains du dikhr ou chapelet, aux perles d’ébène, de corail ou d’olives inégalement partagées, différant pour chaque confrérie.

La baraka merveilleuse compose l’essence même de la supériorité, factice ou réelle, du chériff ; par factice, j’entends que s’il est pauvre d’esprit ou de caractère faible, quelque intrigant souvent le dirige dans l’ombre. Mais il reste le fantôme apparent. C’est le maître, c’est le cheikh : religieusement, voilà ses deux titres officiels.

La famille chériffienne, parfois nombreuse, vit dans l’oisiveté, l’opulence et la gloriole du prestige héréditaire. Certains de ses membres, les plus proches de la baraka, y joignent le délicieux frisson de l’attente du pouvoir, si le cheikh meurt sans frères[28] et sans enfants mâles — ou si de hasard les trépas, voulus ou non, pleurésie, poison, poignard, viennent à créer d’heureux vides. Mais enfin, normalement, et tant que le Maître existe, ils ne sont rien, tous ces chériffs de l’entourage, à moins d’occuper l’un des emplois hiérarchiques que je vais indiquer ; en certains ordres on les leur accorde ; en d’autres, ces honneurs vont plutôt aux disciples de marque, créatures mieux « en main ».

Parmi les grands dignitaires, aussitôt après le cheikh (et chargé de le suppléer dans beaucoup de circonstances) nous trouvons le khalifah. Ce nom veut dire lieutenant, dans son sens strict de « tenant lieu » ; ce n’est pas un mince honneur que de le porter en certains cas. Les successeurs de Mahomet l’arborèrent comme un drapeau, représentants d’Allah sur terre. Et l’appel de « lieutenant d’Allah » s’adresse, tel un hommage, dans les litanies adressées aux divers oualis[29].

Après le khalifah, nous rencontrons les directeurs des trois grands services, si j’ose employer un terme à ce point administratif. Les finances et l’économat appartiennent au Grand Oukil, portant le titre honorifique de « gardien des saints tombeaux ». Les études théologiques sont surveillées par le Cheikh des Tolba, généralement un très dévot personnage, comme il sied, et très versé dans l’érudition pointilleuse, dans les subtilités de dogmes, dans le pullulement des gloses. Quant aux relations avec le dehors, à la propagande par les missionnaires ou mokaddèmes (envoyés), elles sont conduites par un fonctionnaire dont le titre change d’un ordre à l’autre. Souvent, il se nomme simplement Mokaddème des mokaddèmes, parfois Naïb ou grand vicaire. Cependant ce dernier titre appartient plutôt à un délégué lointain muni d’une grande autorité[30].

D’ailleurs, on le conçoit, il y a des variantes dans ces emplois et dans ces titres. Il y en a aussi dans les appellations des fonctionnaires inférieurs, depuis les chaouch[31] du grand oukil jusqu’au m’kaïm, allumeur des lanternes et balayeur de la mosquée. Une zaouïa et son personnel, au sud du Maroc, par exemple, diffèrent un peu de ceux du Touat ou de l’Erg tripolitain. Mais l’ensemble demeure analogue, plus ou moins important, selon que l’importance même de l’Ordre est plus ou moins réduite — et toujours la triple division reste nette entre la théologie, l’administration financière et la propagande religieuse, sociale, extrêmement politique, sanglante à l’occasion, — usant de moyens détournés et rampants.

Nous trouvons bien encore, de surplus, un quatrième service plus obscur et qui se substitue volontiers, au moyen de mille intrigues, à l’un ou l’autre des précédents : car il a en main les documents, les preuves, les « écritures ». C’est celui des scribes, prenant sa direction du khodjah-chef, lequel, lui, semble la prendre d’un peu partout. Il arrive que ce khodjah-chef devient le personnage nécessaire, subtil et habile, qui fait mouvoir les fantoches dont on voit les gestes — autorité dangereuse, mal définissable. Peut-être autrefois (j’ajouterai : peut-être hier, peut-être aujourd’hui) nous, Français, ne nous en sommes pas assez méfiés…

(13) LES MOKADDÈMES

Ils sont les instruments parfaits de la récolte des dons, du recrutement de nouveaux fidèles ; et c’est par eux, par leur talent de persuasion, leur habileté, leur patience, leur éloquence souvent enflammée, que s’est fait le réveil d’Islam — dans lequel leur nature orientale trouve un singulier bénéfice pour leur salut, et des gonflements heureux (les uns licites, les autres inavoués) pour leur vaste et personnelle bourse de cuir.

L’islamisme un peu modifié, un peu défiguré qu’ils colportent ainsi à travers l’Afrique, est bien plus idoine à ces races — et bien plus dangereux pour nous, Roumis. Ce qui m’a le plus frappé au contact des doctrines soufistes ou de leur application, c’est justement la « compréhension » parfaite du disciple qu’on veut attirer — comme si l’ambition donnait aux chériffs des lumières étranges et miraculeuses en psychologie expérimentale, les mettait au niveau des plus célèbres manieurs d’âmes de tous les temps…

L’Arabe a besoin d’obéir à quelqu’un de sa race et de sa croyance. De sorte que, soumises ou non par la France, les populations du sud se sont jetées aux confréries, les unes prises d’une ardeur de piété, les autres par désir d’être « avec » une puissance qui ne fût pas nous — qui nous fût au contraire hostile. Toutes se sont « affiliées ». Elles ont livré leur foi, leur volonté, leur corps et leur âme, leurs enfants, leur foyer ; elles ont tout donné, avec le plus d’argent possible — et les mokaddèmes s’en vont à la fois semer et moissonner.

Ils s’en vont, les envoyés, jusqu’aux « confins de la terre ». Ils retrouvent, aux points où se groupent déjà des affiliés de leur « ordre », les mokaddèmes fixes, ces derniers vivant au milieu des khouan sans que leur qualité, le plus souvent, soit connue des profanes. Et ce sont alors des conciliabules, des émois, des enthousiasmes, une ardeur de baiser l’épaule à celui qui toucha la main du cheikh et du Maître — à celui qui distribue les instructions et les commandements, qui transmet les avis d’en haut, qui passe le mot d’ordre et commente les doctrines — à celui enfin qui va tirer, des plis de son beurnouss, l’idjeza, diplôme mystique par quoi il devient réellement le chaînon supplémentaire à la « chaîne dorée ». Oui, c’est un fragment de la baraka qu’il porte en soi, ce mokaddème ! L’étincelle divine a rejailli sur la quintessence de son âme déjà sanctifiée !…

Et, dès qu’il « demande », on lui donne, avec ivresse, comme on donnerait à Dieu même. Tout est à lui, ou plutôt tout est au Maître, là-bas. Et le « Maître » ne peut se tromper, puisqu’il détient la Bénédiction même. Le mokaddème non plus ne peut se tromper, puisque, grâce à sa mission, il est le représentant du Maître.

« Celui que je vous présente, recevez-le comme moi-même… Écoutez-le… »

Cette phrase revient, presque invariablement, dans tous les diplômes, aussi bien dans l’idjeza-el-kebira, destinée aux grandes circonstances, prenant des allures de mandement[32], que dans la plus courante idjeza-es-srrira. « Recevez-le comme moi-même »… Formule merveilleuse, vraie procuration générale du temporel et du spirituel ; par sa force, le mokaddème, qui n’est rien qu’un messager, devient une espèce de sacerdos absolument vénérable. Il use de son prestige, largement ; il en abuse même parfois. Mais tout ce qu’il fait se proclame bien fait, et nulle bizarrerie n’étonne — depuis les « actes charnels » en public jusqu’aux alliances politiques avec d’autres confréries qu’on savait rivales et qu’on croyait ennemies.

Ces bizarreries ne surprendraient pas davantage chez le Maître, qui ne peut en aucune circonstance être coupable — à peine victime, passagèrement, d’une minute de délire ; car le chériff est supra-humain. « Sa chair et son sang furent pétris de la droite même d’Allah[33]. » — « Ses péchés étaient pardonnés d’avance, dans la préexistence[34]. » L’erreur se tient loin de son front, comme la gazelle loin du chasseur.

« Il envoie vers ses fidèles ses mokaddèmes, ceux qui sont purs. »

Citerai-je ici ce fragment d’une idjeza que j’eus entre les mains, et dans laquelle les louanges de « l’envoyé » se proclament sans réserve, pour faire valoir encore mieux, par comparaison, les autres louanges plus orgueilleuses du signataire chériffien ? Lignes calligraphiées à grand renfort d’azur et de vermillon, sur un papier devenu sale au frottement de la djebira[35] — et à celui, fort douteux, d’innombrables pieuses bouches de croyants…

Loué soit Allah !

Au nom du Dieu clément et miséricordieux !

Que la bénédiction et le salut soient sur Notre-Seigneur Mohammed, prophète de Dieu, sur sa famille et tous les siens.

Qu’elle soit sur tous nos amis très élevés et très généreux, et sur tous nos frères en doctrine. Que la miséricorde divine soit sur eux tous, avec les faveurs les plus abondantes.

Ensuite,

Recevez comme moi-même celui que je vous envoie en qualité de mokaddème, mon illustre ami, mon disciple le plus grand, la fraîcheur de mon œil, le chemineur dans la voie droite, le perspicace, le modèle à suivre, le pieux, le très élevé en vertu, le sagace taleb qui craint Dieu, Ahmed-ben-Bachir-ben-Moussa-ben-el-Mogharri, qui vous instruira des pratiques les plus recommandables et conférera la Voie (tarika) à qui la sollicitera.

Quiconque sera initié à cette Voie en retirera d’immenses avantages, par la grâce de Dieu, le Clairvoyant, le Sage…

....... .......... ...

Écrit au nom du Maître Illustre et Généreux, Cheikh des Fidèles, Celui qui dévoile aux hommes la Vérité supérieure, le Refuge unique, le Pôle le plus élevé, le Pontife par lequel le bonheur règne, autour duquel gravitent les docteurs, Celui qui réunit les deux noblesses sublimes, le Diadème de la vertu, Celui dont les regards font rayonner une joie si splendide que même en ses jours de nuages sa lumière éteint celle des astres, Celui que les Khouan invoquent avec ivresse, le Béni à la porte duquel se présentent sans cesse tous ceux qui cherchent à s’approcher de Dieu, le Saint de gloire indicible, le Cheikh et Seigneur X… (Que Dieu augmente, s’il est possible, sa gloire et sa réputation !)

Louange à Dieu, maître des mondes !

Louange depuis le commencement jusqu’à la fin !

Allah dirige ceux qu’il veut dans la Voie droite.

Amen.

Et tout en haut de cet écrit, un cachet se trouvait apposé, avec l’inscription en exergue : le serviteur de son Seigneur, puis le nom au centre, ce nom que je demande la permission de taire, pour plusieurs raisons de convenances et de sécurité.

Les mokaddèmes gardent jalousement, en général, le secret de leurs fonctions, surtout les mokaddèmes fixes, dont la mission n’est point révélée par une arrivée subite, ni par de visibles transports. Un jour, dans une grande zaouïa, l’on m’avait dit : « Tu rencontreras dans telle ville notre mokaddème un tel. C’est un homme très estimable qui pourra te servir utilement. Nous le préviendrons. » En réalité, par suite d’événements quelconques, le mokaddème ne fut pas prévenu, et lorsque je me présentai dans sa boutique (car il était marchand de livres pieux et profanes) il refusa de s’avouer membre de l’« ordre » qui me l’avait désigné de façon circonstanciée. « Non, il n’était pas dignitaire, pas même khouan — tout bonnement un pauvre homme qui vendait vaille que vaille aux caravanes des exemplaires du Koran et parfois des contes licencieux. Il y joignait le commerce des lunettes, nécessaires aux pieuses lectures des croyants fatigués. Rien de plus… Un pauvre homme… Un pauvre homme… »

Mais par la suite ce commerçant, s’étant lié avec moi, m’invita aux noces de son fils, et je constatai, devant le luxe déployé, qu’il appartenait à une très riche variété de « pauvre homme ».

Puis ce fut une seconde découverte qui remettait les mensonges au point : le surlendemain des noces, jour de bombances, le jeune marié laissa échapper incidemment (ivre qu’il se trouvait de viandes fortes, de graisse et de jus) cette phrase révélatrice :

— J’ai vu telle chose quand je suis allé à la zaouïa, chez le chériff X…, tu sais, avec mon père. Et certes mon père est le meilleur, le plus réputé de leurs mokaddèmes, par Allah sur nous tous !

Une fois de plus, la jactance avait amené la révélation. J’ai connu depuis quel rôle avait joué le marchand de livres, joint à d’autres mokaddèmes « envoyés ». Sans compter les intrigues, les jugements clandestins rendus « entre soi », en dehors de l’administration roumie — sans compter des incitations et des manœuvres très curieuses, ils avaient « bien travaillé » tous ensemble ; ils avaient recruté de nouveaux adeptes « par milliers », comme dit la sourate de l’Assistance, et recueilli des largesses inaccoutumées, une sadaka très abondante, pour le bien, pour la Voie, pour la zaouïa…

(14) LES DONS

O croyants, donnez les biens que Dieu vous a répartis.

Tout ce que vous aurez distribué en largesses tournera à votre avantage ; tout ce que vous aurez distribué dans le désir de contempler la face de Dieu vous sera payé, et vous ne craindrez point d’injustice.

Celui qui donne le jour et la nuit, en secret ou en public, en recevra la récompense. La crainte ne descendra pas sur lui ; il ne sera point affligé.

Koran, II, 255, 274, 275.

A vous tous, lecteurs de France, si peu que d’un effort vous puissiez prendre l’état d’âme de l’Arabe du Désert, à vous tous je le demande : que feriez-vous de vos trois ou quatre douros[36], au cas où vous seriez cet Arabe ? Les donneriez-vous comme impôt à l’infernal baïlek[37] français, ou à la très sainte zaouïa, mère du bonheur, maîtresse de la Voie suprême, indicatrice du dikhr ou prière par quoi l’on atteint les Célestes Jardins ?

Soyez sincères : vous les donneriez à la zaouïa, à l’Ordre béni, au chériff qui vit grassement parmi ce flux et ce reflux d’argent et d’aumônes. A lui aussi la piécette de monnaie des vieilles femmes pieuses, qui tissèrent au long des jours les trames monotones des beurnouss. A lui quelques-uns de ces beurnouss même ; à lui les tapis, les voiles pour ses femmes ; à lui les dattes, à lui l’orge, à lui le blé ; à lui le mouton qu’on a choisi, le meilleur du troupeau maigre ; à lui des chameaux de faix, ou des méhara de course[38], si l’on est moins pauvre ; à lui le superbe étalon noir, plein de fougue et de noblesse, si l’on est caïd — et par conséquent fonctionnaire du baïlek français.

Ma surprise fut extrême, le jour où j’appris ce dernier trait de la bouche même du caïd qui préparait pour un chériff — non, pour une zaouïa, c’est plus neutre et plus diplomatique, — le cadeau princier d’un cheval admirable, tel que j’en ai bien peu vu… C’était en 1898. J’avais donc quatre années d’études arabes de moins, et mon esprit ne se trouvait pas encore blasé. Certaines choses m’étonnaient encore : il y en avait que je comprenais mal, ou que je ne devinais point. Et justement, ce jour d’hiver saharien, je remarquai soudain en mon caïd une sorte d’émotion bizarre, inexpliquée, lorsqu’en visitant sa maison et ses écuries il me fit voir le magnifique cheval sombre, sur la robe soyeuse duquel des frissons passaient comme une moire.

— Qu’il est beau !

— Oui, c’est un « buveur d’air »…

Cette réponse murmurée à voix basse, respectueuse, ainsi qu’on chuchote dans les églises… Et j’étais sur le point de mettre ce respect, faute de savoir, sur le compte de l’amour des Arabes pour leurs chevaux : ce qui eût été la plus grosse erreur du monde. Mais le soir, comme nous repassions près de l’abri où le beau cheval était tout seul à part, je m’arrêtai de nouveau, je le contemplai, je l’admirai. Et mon caïd, de même que son cheval « buvait » l’air, buvait mes éloges, avec tant d’onction subite et de dévotion dans l’aspect ! Une nécessité de questionner s’imposait à moi.

— Tu montes souvent cette belle bête ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Il n’a jamais été monté.

Ceci prononcé de plus en plus respectueusement, avec — oserai-je risquer cette figure ? — une sorte d’agenouillement de la voix.

— Quand le monteras-tu ?

— Je ne le monterai pas. Il est pour le marabout X…, le jour du pèlerinage de ziara…

Mon caïd, lui aussi, disait m’raboth, mais il le faisait seulement à cause de ma pseudo-ignorance roumie. Et tout de suite il détourna l’entretien. Mais j’appris par ailleurs que des vases précieux, et des haïks de soie, et cinquante moutons, et dix chameaux seraient joints au cheval noir, sans compter les sommes d’argent qui devaient rester secrètes.

Il est vrai, le chériff auquel étaient destinés ces présents ne compte point parmi les hostiles à nos progrès. Mais combien parmi les hostiles reçoivent de ceux qui sont à nous la ziara et la sadaka ? S’il s’était agi d’un autre Ordre, moins avouable, mon caïd ne m’aurait rien avoué du tout, c’était fort simple. Et cette confidence de moins lui aurait fait trouver plus de plaisir encore au don qui sera rendu « septante-sept fois cent fois dans le ciel ».

Les grands pèlerinages de ziara[39] apportent autre chose que des animaux ou des grains aux zaouïas[40] chériffiennes ; elles y amènent chaque année une quantité d’esclaves noirs. Car l’esclavage (très doux, d’ailleurs) règne encore dans le Sahara. La suppression des biens de habous ou de mainmorte, que je me permets de classer parmi les fautes de jadis, nous a enlevé tout contrôle sur les associations, lesquelles maintenant, sauf leurs demeures et les jardins adjacents, ne possèdent plus que des biens meubles. Nous avons fourni ainsi aux innombrables saints d’Islam, qu’ils soient du nord ou du sud, un bon moyen de crier misère ; et ceux à qui l’on n’a rien enlevé ont peut-être crié le plus fort, et, de la sorte, ont davantage profité.

C’est aux familles aisées de caïds, de kébirs, de gros marchands dans les ksour, que les zaouïas écoulent le stock superflu de leurs négresses et de leurs nègres après avoir gardé tous ceux nécessaires au travail des jardins et au peuplement du heurm (harem). Et qu’on songe quelle variété de heurm à peupler dans une zaouïa-mère, qui comporte tous les membres, souvent nombreux, de la famille sainte, dont chacun a plusieurs femmes dès l’âge de douze ans — et tous ces fonctionnaires, et tous ces tolba, et tous ces serviteurs-chefs auxquels il faut bien un foyer selon l’usage musulman.

« Ayez des femmes en nombre permis (quatre) et les négresses à volonté, selon que pourra en acquérir votre main droite. »

Aussi, avec les chevaux (d’autant plus précieux et rares qu’ils vivent difficilement sous ce ciel brûlant), sont-ce les présents de négresses qui paraissent le mieux accueillis par les zaouïas sahariennes. On s’efforce du reste de recevoir tout avec la même politesse. Et le conflit de cette courtoisie et de l’involontaire dédain cause sur le visage des Saints des effets d’expression parfois bien intéressants.

Les fidèles ne sont pas alors en état de discerner ces nuances. Leur âme s’élance vers la double joie de posséder et de donner. Leur esprit ne voit plus qu’à travers un nimbe ce chériff admirable, fort et parfait.

Ils arrivent ordinairement vers le soir à la zaouïa dorée de prestige. La paix de l’heure étend sa douceur sur les vastitudes désolées, et le chant du moudden[41] semble promettre les délices suprêmes des paradis. Ils arrivent, nomades des sables, ksouriens de la montagne là-bas, marchant et peinant, ne goûtant pas aujourd’hui cette minute inerte chère au repos des hommes… Mais ils se sentent heureux pourtant : ils peinent et marchent, pour mieux mériter le futur far-niente.

« Chaque pas que tu fais à pied en allant en pèlerinage efface au Livre de l’Ange septante-sept mauvaises actions et en inscrit septante-sept bonnes. Et si tu pries d’un cœur pur, c’est cent fois septante-sept[42]. »

Ils attendent toutes les joies humaines qu’ils peuvent concevoir : le bonheur des admirations et des rassasiements, y compris celui de la gourmandise ; et l’extase, ce bonheur « devant lequel il n’est plus d’autres bonheurs »…

(15) L’EXTASE

J’ai développé ce sujet au cours de l’ouvrage dont ces notes ne sont qu’un corollaire.

C’est en somme — que l’on n’en doute point — une crise de nerfs, provoquée par une tension de volonté éperdue. C’est une auto-suggestion, aidée d’une sorte d’hypnose qu’amène la répétition du nom d’Allah, pendant des heures de jour et de nuit, et qu’augmentent quelquefois les hallucinations du jeûne. Puis c’est un cri délirant : Lui ! Lui ! — appel vers la sensation inéprouvable, supplications sanglotantes qui ne parviennent pas toujours à franchir les diverses barrières séparant l’homme, créature d’argile, du parfait anéantissement, de la complète fusion dans le sein du Tout-Puissant.

Et quand ces barrières s’ouvrent enfin, l’une après l’autre, l’âme occupe progressivement un nouveau « degré » de l’extase jusqu’à la fena complète, en passant par le them ou prostration. Ajouterai-je que le nombre de ces degrés varie, et leur nom, et les cris d’appel à Dieu, et les moyens d’arriver au bonheur incomparable ? Une seule théorie réellement commune à tous les mystiques me semble celle du nefs, esprit humain qui ne tient ni du corps ni de l’âme : forme, lumière, émanation propre à souffrir, à adorer, à jouir, et dont l’extériorisation se cherche par le vouloir — je dirai par un vouloir qui farouchement s’annihile, et qui met toute sa puissance à se détruire soi-même pour renaître plus fort dans le nefs, sous la forme de supérieure volupté… Et ceci rappelle un peu la méthode — européenne aujourd’hui — de l’extériorisation du corps astral.

« Je sens quelque chose qui sort de moi sans me quitter complètement. » — « Je sens la forme de mon corps à côté de moi. » Telles sont les phases que j’ai recueillies le plus souvent, quand les circonstances m’ont permis d’interroger des khouan sahariens. Ces circonstances sont assez rares. Les uns s’offusquent aux questions. Les autres se taisent. Certains sont trop simples pour pouvoir bien exprimer ce qu’ils ont ressenti. Plusieurs, trop habiles, seraient charmés de fournir (sciemment) des indications erronées.

La fièvre palustre saharienne, qui porte en arabe le nom de them comme un des degrés de l’extase, amène aussi la sensation d’extériorisation. J’en ai mon propre témoignage, et peut-être ce qu’on éprouva soi-même est-il ce qu’on reste le mieux en droit d’affirmer. Cet appoint morbide aux phénomènes de l’extase en expliquerait tout ensemble et la fréquence et la bonne foi — car si les Arabes sont moins ravagés que nos soldats par le paludisme, ils le sont encore assez pour s’affaiblir cependant, et pour se « détraquer ».

Quoi qu’il en soit (et sauf en certains vieux ascètes chez qui la crise prend l’apparence cataleptique), l’extase musulmane saharienne se produit sous une forme sensuelle, allant du spasme doux et prolongé à la fureur érotique épileptiforme, selon les natures et les jours — selon, aussi, les procédés employés pour l’obtenir ; car chez la plèbe vulgaire la pure adoration d’Allah ne suffit pas. Les adjuvants à la piété sont tolérés, nombreux et variés : danse frénétique des Aïssaoua ; fumée du kief stupéfiant ; balancements des Derkaouas, hurlements et tournoiements[43] de quelques ordres de basse mysticité. Et ce sont alors des désordres sur lesquels il est séant de jeter un voile…

La plus spontanée, la plus rapidement obtenue d’entre ces extases est celle qui vient aux fidèles par le contact des saints tombeaux. Mais cette promptitude apparente résulte, je le répète, d’une longue auto-suggestion, d’une « certitude » que là, et non ailleurs, sera goûté le délire terrestre et super-terrestre, le brisant avant-propos des voluptés du Paradis, l’écroulement délicieux de toutes les forces spirituelles et sensuelles dans un gouffre de félicité.

(16) LES ORAISONS

La prière en soi — c’est-à-dire l’élan de celui qui croit vers le Souverain Bien auquel il croit — me semble la plus belle, la plus haute chose du monde, et la plus respectable. Aussi voudrais-je, en indiquant quelques-unes des invocations spéciales aux confréries musulmanes, qu’on ne vît pas dans mes phrases du dénigrement ni de l’ironie ; plutôt de l’inquiétude, analogue à celle qu’inspire toute grande force mystérieuse et de perpétuelle menace — par exemple, la proximité d’un volcan.

Les puissances de la Nature sont belles aussi, et très augustes — mais elles enferment les cataclysmes, les dangers latents d’effrayante mort…

Ceci posé, j’entre aux explications sur le dikhr, l’ouerd, l’oudifa, et la tarika qui comprend le tout. La tarika, c’est la « Voie » dont j’ai parlé si souvent au cours de ce livre ; c’est l’ensemble des moyens spirituels pour obtenir le « rapprochement » de Dieu, autrement dit l’extase ; et ces moyens, en dehors de la sacro-sainte « aumône », — inévitable et indispensable — se rattachent soit à l’ardeur mystique, au jeûne (rare aujourd’hui, du moins volontairement), soit à la prière de forme particulière, surajoutée aux devoirs pieux de tout musulman, et qui prépare au grand élan vers la fusion en Dieu.

Lorsque cette prière consiste en une oraison qu’on prononce « une seule fois à la fois », elle se nomme oudifa. Lorsqu’elle prend au contraire le caractère d’une formule répétée quantité de fois sans interruption, par nombres précisés, elle porte le titre d’ouerd (rose ou fleur) et se récite en suivant des doigts le dikhr ou chapelet, dont les grains sériés correspondent, pour chaque ordre, aux combinaisons de son ouerd. Les populations sahariennes — chez lesquelles les confusions de mots sont une habitude ancienne qui fait le désespoir des philologues — résument souvent tous ces termes en celui seul de dikhr, y mettant jusqu’à l’idée générale de la Voie, ou tarika. Même la conception abstraite de la baraka du chériff, étincelle divine héréditaire, se mêle au sens de la syllabe dikhr pour ces esprits simplificateurs. Et le joli terme de fleur — la « rose » des mystiques chrétiens, celle aussi du primitif rosaire — n’est guère employé que par des fidèles très instruits.

Quand le moudden ou muezzen appelle à la prière, cinq fois par jour ; quand sa voix suavement modulée se mêle à la tendresse des aubes (es-salat-el-Fedjeur), à l’ardeur farouche des midis (es-salat-ed-D’ohor), à la torpeur plus quiète des heures suivantes (es-salat-el-Aasser), puis à la magique splendeur du couchant (es-salat-el-Moghreb) et finalement à la nuit calmée, mais dont l’ombre fait peur (es-salat-el-Aâcha), les khouan récitent d’abord les prières régulières de la religion musulmane, la fatah ou fatihah, premier chapitre du Koran, qu’on nomme aussi el-Sourat-el-Kafiyé, la sourate suffisante, parce que sa récitation suffit pour être sauvé. Puis vient l’oraison liturgique propre à chaque heure du jour. Et c’est ensuite, seulement, qu’interviennent les prières spéciales à l’ordre, les prières par lesquelles le disciple suit la Voie de son Saint.

L’oudifa isolée[44] se prononce le plus souvent à volonté, selon le besoin d’effusion. Elle gagne aux fidèles des joies supplémentaires dans les futurs Jardins — ou encore l’inscription, sur le livre du ciel, de bonnes actions bien qu’on ne les ait pas faites, et l’« effaçage » de mauvaises actions qu’on a pourtant commises. Car toute « écriture » passée par l’ange-scribe aux feuillets « Doit » du Registre Évident amène sa contre-partie dans les feuillets « Avoir ».

Au contraire, les récitations de l’ouerd sont réglées par une stricte discipline. Certains ordres le prescrivent après chacune des cinq prières orthodoxes quotidiennes ; d’autres ne l’exigent qu’à la prière d’El-Fedjeur (aurore) et à celle d’El-Moghreb (couchant) ; d’autres, encore, permettent de le réciter un nombre de fois déterminé « entre l’aube et le crépuscule », mais à des heures variées selon les occupations ; certains, enfin, les plus ascétiques, commandent de le réciter la nuit, « si l’on possède un esclave qui vous puisse réveiller[45] » — sinon, le fidèle « accomplira ce devoir l’instant avant de s’endormir par la grâce du Clément et du Miséricordieux[46] ».

Les mokaddèmes[47] sont chargés d’apprendre aux futurs affiliés ces diverses oraisons, qui doivent se garder secrètes. Quand le postulant les sait, seulement alors, on lui donne l’initiation, soit sur place, soit lors qu’il vient en pèlerinage à la zaouïa-mère — et la remise solennelle du dikhr ou chapelet s’opère en même temps. D’ailleurs, on vend les chapelets (différents pour chaque confrérie) aux marchés de nomades ; et, plus d’une fois, un khouan ou un chériff a fait don d’un de ces rangs de perles à tel ou tel Européen, sans que la portée du cadeau dépasse celle d’une politesse. Il n’y a rien de plus dans les soi-disant « agrégations » de certains voyageurs. Le chapelet n’est qu’un objet, une chose de peu ; l’ouerd mystique et mystérieux est beaucoup plus, et les instructions secrètes qui se joignent à la tarika, les « directions » socialo-politiques, sont davantage encore.

Lorsqu’ils enseignent aux fidèles les règles de la tarika, les mokaddèmes leur communiquent aussi maints détails utiles : le nombre de génuflexions pendant les prières, la façon de prononcer le nom d’Allah, en appuyant plus ou moins sur les syllabes ; le meilleur moyen de l’invoquer, en criant Hou ! (pour certains ordres) ou en balbutiements rapides, à peine proférés, au moment où l’on sent venir l’extase. Ils préconisent aussi les litanies du saint fondateur de l’ordre, très salutaires en ce qu’elles mettent davantage le disciple sous la bonne influence de la baraka du ouali.

Voici quelques mots de litanies recueillies par moi à des réunions de khouan Khadrïa :

O Chose d’Allah ! O Lumière d’Allah ! O Sabre d’Allah ! O Argument d’Allah ! O Sultan des Saints, Toi qui montais une jument rouge, Toi le chéri du Seigneur, Fais-lui passer notre prière !

L’ordre des Aroussïa-Selamïa, au lieu de la louange de son « saint », célèbre en ces litanies le Seigneur lui-même :

Sois glorifié ! ô Dieu Unique ! Sois glorifié ! ta promesse est vraie ! Sois glorifié ! tu es notre courage ! Sois glorifié ! tu fortifies notre bras ! Sois glorifié ! tu nous assures la victoire ! Sois glorifié ! tu nous délivres des Infidèles !… O Dieu Unique !

Et longtemps, longtemps continue cet appel un peu menaçant, parmi le bourdonnement musical et scandé de la mélopée bizarre :

Tu nous délivres des Infidèles ! Sois glorifié !

(17) OUERD OU DIKHR DES SNOUSSIA

La variété du dikhr ou chapelet est grande d’une confrérie à l’autre, surtout dans les nombres. Certaines confréries préfèrent le rythme par 100. D’autres comptent par 70 et par 30, ce qui fait 100 tout de même. Il y a des dikhr par 7 ; et certains sont très variés, le long d’un même ouerd.

D’autre part, cette prière du dikhr est tantôt modulée en chant, comme chez les Khadrïa, tantôt récitée « par les lèvres du cœur », c’est-à-dire à la muette, comme chez les Tidjanïa et les Snoussïa dont les doctrines offrent une grande ressemblance, malgré leur rivalité grinchue.

Le dikhr se récite agenouillé dans beaucoup d’ordres ; en quelques-uns les mains levées, en plusieurs les mains tombantes. Chez les Snoussïa, le dikhr s’accompagne de postures variées selon l’heure. Le soir et à l’aube, le fidèle peut rester couché, allongé sur le flanc droit, la tête appuyée dans la main droite, tandis que la main gauche égrène le chapelet. Alors il dit rapidement (car la hâte des phrases aide l’approche céleste) :

100 fois : J’ai recours à Dieu !

100 fois : Il n’y a de Dieu que Dieu !

100 fois : O mon Dieu, répands tes grâces sur Notre-Seigneur Mohammed, le Prophète Illettré[48], ton envoyé, et sur tous les siens, et accorde-leur la paix !

40 fois : O mon Dieu, bénis-moi au moment de la mort et dans les épreuves qui suivent la mort.

100 fois de nouveau : J’ai recours à Dieu !

7 fois : Que Dieu soit glorifié !

7 fois : Dieu est grand !

30 fois : Il n’y a de puissance qu’en Dieu, l’élevé, l’impondérable.

Puis vient ensuite l’oudifa ou prière, ardemment mystique :

Que Dieu répande ses bénédictions, en quantité aussi incommensurable que l’horizon de son divin amour…

(18) OUERD OU DIKHR DES TIDJANIA

100 fois : Que Dieu pardonne !

30 fois : Que Dieu l’immense, celui qui est le seul Dieu, le vivant, l’éternel, pardonne !

70 fois : O Dieu, la prière soit sur Notre-Seigneur Mohammed qui a ouvert tout ce qui était fermé ; qui a mis le sceau à ce qui a précédé, faisant triompher le droit par le droit ; qui a conduit dans une voie droite et élevée. Sa puissance et son pouvoir ont pour base le droit.

100 fois : Il n’y a de Dieu que Dieu !

(19) OUDIFA DES FIDÈLES DE BOU-AMAMA

O notre Dieu, fais frissonner mon cœur du bonheur de t’aimer !

Accorde-moi dans ta miséricorde, ô Miséricordieux, le moyen de te rejoindre !

Consume-moi d’amour, fonds-moi comme la cire molle au soleil de ta bonté !

O Dieu inaccessible !

Mais le vieux renard sait ajouter, aux éloges d’Allah, sa propre louange :

O notre Dieu, je t’invoque par ton ami (Bou-Amama) !

Et tu as dit, ô Dieu, que par ce saint nous irions à toi !

Celui qui nous montre ta Voie est comme un Roi de gloire !

Il baigne ses fidèles de la lumière de sa grandeur !

Sa doctrine lui est transmise depuis le Prophète !

Que par lui mon cœur aille à toi, ô notre Dieu !

(20) CHANTS PIEUX

Voici un article délicat. Si vous interrogez quelque taleb d’une zaouïa sainte, il vous répondra, surtout en certains ordres, que la musique instrumentale ou vocale est défendue par de sévères règlements, conformes du reste cette fois à la doctrine du Prophète[49].

Mais il existe avec tous les cieux quelques accommodements : et, certes, on a l’occasion d’entendre souvent des chants religieux ou dévots sans qu’il en résulte aucun scandale. Les tolba, pour tout arranger, trouvent un compromis : ils assimilent les cantiques des ziars ou pèlerins, par exemple, au seul hymne dûment permis, el-telbïé, qui se psalmodie pour l’entrée à la Mecque ; ils font aussi, parfois, de ces chants populaires, le symbole des sons divins que profèrent les chœurs d’anges, quand ceux-ci s’avancent chaque vendredi jusqu’au trône septante-sept mille fois splendide d’Allah miséricordieux. Rapprochement de comparaison très goûté des fidèles, et très flatteur, évidemment, pour la vanité du chériff qu’on vient visiter.

J’ai noté sur le vif quelques-uns de ces couplets. En voici qui sont chantés par des fidèles de l’Ordre des Khadrïa[50], originaires d’Ouargla :

La profession de foi[51] est belle, Et Lui est beau, sublime, Baba[52] Abd-el-Khader ! Il est le Briseur de cœurs d’infidèles, Le Lieutenant d’Allah, le Maître de la piété, Baba Abd-el-Khader ! Musc précieux qui ranimes les morts, Couvre-moi de ton beurnouss, moi qui suis tien à jamais, Baba Abd-el-Khader ! Et je dirai : Mon m’raboth m’a accordé la Voie du Salut. Que le bonheur soit sur qui t’a bien prié, Baba Abd-el-Khader ! Que ton fidèle soit heureux comme celui qui l’hiver Est près d’un bon feu, avec du bon bois en provision, Baba Abd-el-Khader ! Ou comme celui qui respire les roses au printemps, Ou comme celui qui mange de bons fruits à l’automne, Baba Abd-el-Khader ! La baraka descendra sur tous les khouan Qui marchent derrière toi dans la Voie, Baba Abd-el-Khader !

Signalerai-je spécialement, à cause de l’aveu naïf qu’elle renferme, une des dernières strophes de la longue mélopée :

Tu es puissant près d’Allah, Tu nous aides à faire passer les mauvaises pièces, Baba Abd-el-Khader !

Et l’on se demande, entendant ces paroles, si parmi les dons de ziara il ne se trouvera pas un certain nombre de « mauvaises pièces », subrepticement glissées au Saint lorsqu’elles « passeront » mal ailleurs, faute d’avoir cours ou d’avoir poids. Mais non. Ce serait un sacrilège de la part des khouan pleins d’ardeur. La familiarité de leurs cantiques n’ôte rien à leur vénération pour les Chériffs de Lumière. Elle nous révèle seulement, cette familiarité, le troupeau des affiliés sous son réel jour : puéril, gai, roublard (qu’on me pardonne l’expression), épris de satisfactions sensuelles qu’un grain de poésie relève parfois — fort éloigné, au résumé, de l’extase mystique telle que la concevaient les anciens soufis.

Ces mêmes Khadrïa ont des prières plus spiritualistes. Voici un fragment de leur oudifa :

O Notre Dieu, nous invoquons ton assistance, nous implorons ton pardon, nous croyons en toi, nous nous confions en toi, nous nous résignons à ta volonté ! Place-nous au rang des parfaits, des purs ! Fais que nous mourions avec la chahada sur les lèvres !

Du reste, le chant populaire religieux, dans d’autres ordres, est d’inspiration très haute. Par exemple, le cantique « d’entrée » des Snoussïa, quand ils se rendent à la zaouïa-mère de Koufra :

Nous venons à toi, ô Allah, Nous venons à toi par ton ami Le Saint qui t’aime comme l’enfant sa mère. Il nous fera te rejoindre, ô Introuvable ! Il nous fera te toucher, ô Impondérable ! Il nous fera te saisir, ô Insaisissable ! Il nous fera te pénétrer, ô Impénétrable ! Et te connaître, ô Inconnu !

Et ce chant jaillit des humbles gosiers comme une chose comprise, un appel senti, avec le râle instinctif de la volupté…

TOURS IMPRIMERIE DESLIS FRÈRES 6, RUE GAMBETTA, 6

Notes in this chapter

Note 1 · De moukhala, fusil.Note 2 · Instructions de l’« ordre » des Aroussïa-Selamïa.Note 3 · Je classe comme ordre africain celui des Khadrïa, bien qu’il ait son origine à Bagdad ; mais ses branches de l’Algérie-Sud et de Tunisie ontNote 4 · Le chef de cet « ordre » épousa une très intelligente Anglaise, dont l’influence se fit sentir de façon évidente en divers cas.Note 5 · Sahara tunisien.Note 6 · Voir note 10.Note 7 · Le mot sujet n’est pas tout à fait équitable, et devrait être ici remplacé par soumis, puisque les indigènes ont leur droit civil et social Note 8 · Monument à dôme.Note 9 · En 1737 de J.-C.Note 10 · Voir l’Avertissement du présent ouvrage.Note 11 · M’raboth, ou marabout, peut se traduire par moine, ermite ; littéralement, le mot signifie : « celui qui vit dans un ribat » — et le ribat eNote 12 · Le terme de millions n’est pas ici une figure : on estime à plus de cent soixante-dix millions (170.000.000) le nombre des khouan ou affiliéNote 13 · A proprement parler, il y a des théologiens, des prédicants, mais point de clergé et nul sacerdoce dans la religion d’Islam. Les musulmans oNote 14 · Au nord d’Ouargla. — Ordre des Khadrïa. — Bour désigne ordinairement une sorte d’oasis sans irrigation.Note 15 · Girofle.Note 16 · Koran, CXIV — 1, 2, 3, 4, 5.Note 17 · La loi d’héritage du pouvoir musulman (que ce pouvoir soit matériel ou spirituel) en règle la transmission par les frères d’abord, avant lesNote 18 · Saints.Note 19 · Par exemple le célèbre naïb de Rouissat, près Ouargla, duquel j’ai déjà parlé, et dont il fut beaucoup question lors du procès des assassinsNote 20 · Véritable pluriel : chouache.Note 21 · Le mandement proprement dit, envoyé sans intermédiaire aux fidèles, se nomme risala.Note 22 · Secte des Amamïa.Note 23 · Secte des Snoussïa.Note 24 · Grand sac plat ayant la forme des anciennes sabretaches.Note 25 · Le douro n’est autre que la pièce de 5 francs.Note 26 · Baïlek — gouvernement.Note 27 · Je produirais volontiers quelques chiffres pour préciser la valeur des offrandes en nature ou en argent. Mais ceux que je possède ne me sembNote 28 · Ziara signifie visite religieuse des pèlerins ou ziars. On a donné ce nom aux présents apportés à la zaouïa, par une extension de sens coutuNote 29 · Le vrai pluriel de zaouïa est : zaouïett.Note 30 · Ou muezzin.Note 31 · Hadits.Note 32 · Ces dernières manœuvres sont extrêmement rares au Sahara, où les importèrent sans grand succès des khouan de Turquie ou d’Asie Mineure.Note 33 · Comme je l’expliquais déjà au sujet des titres hiérarchiques, il arrive que les termes désignant les variétés d’oraisons reçoivent une modifNote 34 · Snoussïa.Note 35 · Tidjanïa.Note 36 · Voyez note 13.Note 37 · Il est admis, surtout chez les nomades, que Mahomet ne savait pas lire. Car un jour l’ange Gabriel lui dit : « Lis ! » et il répondit : « SiNote 38 · « Ceux qui n’auront jamais fait ni écouté de musique en ce bas monde auront aux Jardins futurs des bonheurs supplémentaires indicibles (HadiNote 39 · Les Khadrïa sont moins rebelles au bruit chanté.Note 40 · Profession ou chahada : c’est la célèbre phrase : — Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu. — La illah, ill’ Allah, oNote 41 · Baba, père en langage familier, montre la confiance des fidèles en leur saint, le fameux Sidi-Abd-el-Khader-ed-Djilani, de Bagdad.
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings