TROISIÈME PARTIE
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Cum invocarem, exaudivit me Deus justitiæ meæ ; in tribulatione dilatasti mihi.
PSAUME 4.
Gloria tibi, Stella matutina mea.
XI
La première chose que je fis en arrivant à Paris, ce fut de me rendre à Saint-Germain-des-Prés pour y prier[11]. Cette appréhension étrange qui m’avait empêché si longtemps d’entrer dans les églises avait tout à fait disparu. Je franchis délibérément le seuil et j’allai m’agenouiller devant l’autel de la Sainte Vierge.
— Bonne Mère, lui dis-je, c’est vous qui m’avez amené jusqu’ici. Faites maintenant que je trouve le prêtre qui me réconciliera avec Dieu. Vous voyez mon âme : encore toute chancelante sous le poids de ses fautes, elle demande à se libérer. Je vous supplie donc de m’ouvrir la porte du sanctuaire où j’aurai part à l’amour infini.
Cette prière me fit grand bien. Je gagnai la maison de Coppée où je fus reçu tout de suite. Le poète se récria d’abord sur ma mauvaise mine. Il y avait de quoi car, comme on le pense bien, la crise que je venais de traverser ne me donnait pas précisément l’air florissant. Je le rassurai ; puis, après lui avoir peint l’état de mon âme, je lui demandai de m’indiquer un prêtre qui consentît à m’instruire et à me guider.
— Car vous comprenez, ajoutai-je, que je ne puis plus marcher tout seul. J’ai besoin d’un appui et je suis venu à vous avec la conviction que vous sauriez me le fournir.
Coppée, fort heureux de la bonne nouvelle, me dit : — Je vais vous adresser à l’Abbé M. vicaire de Saint-Sulpice. C’est un saint et savant homme de qui vous recevrez, j’en suis sûr, l’aide nécessaire.
Il écrivit une lettre pressante et me la remit en me disant : — Vous n’aurez qu’à la porter au presbytère ; l’abbé M… s’y trouve toujours le soir, à partir de cinq heures et demie.
Je le remerciai et je le quittai non sans qu’il m’eût prodigué les plus chauds encouragements.
Une fois dans la rue, je me demandai ce que j’allais faire pendant les trois heures qu’il me restait à user. Il me sembla que le mieux serait de retourner à l’église.
Je revins donc à Saint-Germain-des-Prés. Je m’assis auprès du grand autel et, la tête dans les mains, je me pris à réfléchir sur la façon dont je m’expliquerais auprès de l’abbé M… Mais alors, en pensant à tout ce qu’il faudrait lui avouer, je sentis une grande honte m’envahir.
Jamais, me dis-je, je n’oserai lui confier ces choses ; ou si je m’y résous, il est fort probable qu’il se récusera, n’ayant pas de temps à perdre avec le sale pécheur que je suis…
Cet accès de scrupule me tortura d’autant plus qu’il allait sans cesse en augmentant et que je ne savais comment lui tenir tête. Je ne pus rester dans l’église ; je sortis et me mis à errer au hasard sur la rive gauche. J’écoutais, tout crispé, une voix captieuse chuchoter en moi : — Sauve-toi, va te cacher n’importe où puisque tu te rends compte de ton indignité, puisque tu saisis que le salut n’est point pour toi…
La tentation était forte. Néanmoins, ayant subi force assauts de ce genre, j’avais pris de l’expérience ; j’eus l’intuition qu’il ne fallait y céder à aucun prix et que le moment était arrivé où je ne devais plus reculer. Rassemblant mon énergie éparse, je me dis : Cette dérobade est absurde. Si le Bon Dieu m’a conduit au point où j’en suis, ce n’est pas pour me délaisser lorsque je vais faire le pas décisif. J’ai confiance en Lui : quoiqu’il puisse arriver, j’irai à cinq heures et demie chez l’abbé M…
Mon parti semblait bien pris — de fait il l’était. Cependant, à mesure que le temps s’écoulait, je me sentais en proie à une très sombre tristesse qui pesait sur moi comme un ciel d’hiver sur une campagne flétrie. Tout était en léthargie au dedans de mon être ; tout se taisait : plus même de remords ni de scrupules, mais un immense accablement. La lumière de la Grâce me paraissait éteinte et il ne restait qu’une nuit intense où mon âme se cherchait à tâtons sans se trouver.
Ah ! cette sensation de solitude totale dans des ténèbres opaques, c’est peut-être la plus terrible des épreuves que l’âme qui se repent ait à supporter.
Ma course sans but me conduisit sur la place du Panthéon. J’avisai le portail de Saint-Etienne du Mont et je me dis : — Si j’entrais là. Peut-être que la clarté divine m’y reviendra…
J’entrai donc. J’errai, le front bas, sous les arceaux. J’essayais de prier et ce m’était impossible. Il y avait sur mon âme comme une couche de givre que je ne réussissais pas à percer.
Je repris mon vagabondage par les rues. Il n’y avait plus que mon corps qui agissait. Mon âme était comme défunte.
Mes pas me conduisirent à Saint-Sulpice. J’y entrai, pareil à un somnambule ; mais quand je fus sous ces voûtes embaumées de prières, je repris un peu conscience de moi-même, c’est-à-dire que je ressentis d’une façon encore plus aiguë ma solitude.
Je m’agenouillai sur la première chaise venue et je tentai une supplication à l’adresse du Ciel impassible. Je pus tout juste dire : — Mon Dieu !… Rien de plus.
Et la nuit glacée s’appesantit de nouveau sur moi.
Je me relevai ; je me traînai, en détresse, dans l’église. Comme cinq heures sonnaient, je me trouvai près de la Chapelle du Sacré-Cœur. Un prêtre en méditation s’y tenait assis. Aussitôt que je l’eus distingué dans la pénombre, il me vint à l’idée de lui demander du secours.
— Monsieur l’abbé, lui dis-je, sans autre préambule, je voudrais prier et je ne puis pas… C’est horrible !
Il me regarda, plein de pitié. Certainement il devina quelque chose de mon angoisse car il me répondit : — Le Bon Dieu vous tient compte de l’intention, soyez-en certain. Prenez courage : je vais prier pour vous.
Je le remerciai d’un signe de tête, étant incapable d’ajouter un mot, et je me remis à vaguer dans les bas-côtés. Alors, voici que, peu à peu, mon cœur se desserra et qu’il fit plus clair en moi. En même temps, je sentis naître, grandir, s’affirmer la certitude que je dirais tout à l’abbé M… et l’espoir qu’il me recevrait à merci au nom du Seigneur.
Ce réveil de mon âme fut semblable au retour à l’existence d’un homme qui s’est évanoui et qu’un cordial administré à temps remet sur pied.
Je fus soudain en pleine possession de mes facultés. Sans nulle hésitation, je me dirigeai vers le presbytère ; cinq heures et demie sonnant, j’étais dans la loge du concierge et je demandais l’abbé M…
Tout en montant l’escalier vers la cellule qui m’avait été indiquée, j’examinais encore une fois l’état de mon âme et je m’étonnais que tant de calme et de décision eût succédé à tant de fièvre et d’incertitude. Toutefois, comme je frappais à la porte, le cœur me battait assez fort car une parole de Byron, qui s’appliquait à mon cas, me revenait à la mémoire : « C’est ici un de ces relais où les Destins changent de chevaux. »
Entré, je vis un petit vieillard à cheveux blancs, assis dans un grand fauteuil. Il me regardait d’un air interrogateur. Je lui remis la lettre de Coppée ; et il la lut sans rien témoigner de l’impression qu’elle lui causait. Puis, m’ayant fait asseoir, il me demanda tranquillement, et comme s’il s’agissait de la chose la plus facile du monde, de lui exposer par suite de quelles circonstances je m’était senti attiré vers l’Eglise.
Je me trouvais un peu embarrassé, ne sachant trop par quel bout entamer mon récit, quand je me souvins que j’avais sur moi quelques-unes des lettres de mon ami S… Elles mettaient si bien dans leur jour les péripéties les plus récentes de ma conversion qu’elles constituaient la meilleure des entrées en matière. Je les tendis à l’abbé M… en le priant de les parcourir.
Il les lut avec attention puis me dit : — Vous avez eu là, pour conseiller, un excellent catholique. Il faut remercier le Bon Dieu qui vous inspira d’avoir d’abord recours à lui. — Maintenant, causons.
Il me posa d’abord quelques questions touchant mes origines et l’éducation que j’avais reçue. Ensuite il m’invita à lui narrer comment mes idées avaient évolué pour que, parti de l’hostilité à l’égard de l’Eglise, j’en fusse arrivé à cette évidence que je ne pouvais plus vivre en dehors d’elle.
La simplicité de son accueil m’avait mis tout à fait en confiance de sorte que je n’éprouvai aucune difficulté à lui retracer ma vie intellectuelle depuis le jour où les brouillards du socialisme et de la science s’étaient dissipés en moi et où la Grâce m’avait pris par grands coups de lumière. Il est inutile de recommencer ce récit puisque j’en ai donné le détail dans les chapitres précédents.
Enfin j’arrivai à l’époque où démuni de toute croyance ferme, ballotté entre mon désir de vivre selon la foi et mes aberrations anciennes, j’étais tombé dans une mélancolie profonde.
— Et alors, interrompit l’abbé, naturellement, vous avez pensé à vous suicider ?
— Mais oui, répondis-je, assez surpris qu’il eût deviné cette conclusion de mes égarements.
— C’est bien cela, reprit l’abbé, continuez…
Je lui décrivis les affres subies durant les dernières semaines qui venaient de s’écouler. Tandis que je parlais, le souvenir de ces heures effroyables me revenait si vivement que je dus m’arrêter pour me reprendre un peu.
— Oui, me dit alors l’abbé M… c’est affreux n’est-ce pas ? Cela peut vous donner une idée — et encore affaiblie — de ce qui se passe en enfer. Mais remettez-vous et terminez.
Je lui racontai la nuit terrible où j’avais failli succomber aux incitations du désespoir. Puis, tout anxieux, je lui demandai : — Maintenant, monsieur l’abbé, croyez-vous que je puisse être sauvé ?
Un bon sourire lui éclaira le visage. Il se leva et me frappant sur l’épaule : — Mais, mon cher ami, me dit-il, la chose est aux trois quarts faite. Vous vous repentez ; vous avez pleuré des larmes de sang sur vos fautes. Soyez sûr que vous avez été entendu Là-Haut. Moi, je n’ai plus qu’à vous instruire des vérités essentielles de notre sainte religion. Puis, d’ici quelques jours, vous ferez votre confession générale et vous communierez. Et vous verrez que tout ira bien.
Je m’ébahis car je m’étais ancré cette idée dans la tête qu’il faudrait de longs mois avant que je fusse jugé digne des sacrements.
Comme je lui confiais mon scrupule à cet égard, l’abbé M… se mit à rire franchement : — Quel enfant vous faites, me dit-il, croyez-vous que je vais vous laisser comme cela en pénitence dans un coin ?
Puis reprenant son sérieux : — L’Eglise ne demeure pas fermée à qui, comme vous, fait appel à sa charité. Il est vrai, vous avez beaucoup péché, mais vous avez beaucoup souffert. Il est nécessaire qu’on vous vienne en aide. Dites-vous bien que Dieu vous a traité comme ceux qu’il aime. Remerciez-le, remerciez la Sainte Vierge qui, certes, intercéda pour vous. Et ayez confiance puisque je vous affirme que vous possédez la vraie contrition.
— Ah ! m’écriai-je, les larmes aux yeux, grâce à vous, mon bon Père, je vais enfin récupérer cette paix intérieure que je croyais avoir perdue à jamais.
— Non, rectifia l’abbé, pas grâce à moi, grâce à Dieu dont je ne suis que le très humble instrument.
Il me dit ensuite de me procurer mon acte de baptême et de le lui apporter le lendemain. Puis il me remit un catéchisme où il me marqua au crayon ce que je devais d’abord apprendre, à savoir : les actes de foi, d’espérance et de charité, l’oraison dominicale, la salutation angélique et le symbole des Apôtres.
— Outre ces prières, ajouta-t-il, laissez-vous aller à ces élans d’adoration dont vous m’avez parlé. Ces effusions viennent du Saint Esprit et il ne faut pas craindre de les multiplier… Maintenant, savez-vous faire le signe de la croix ?
— Hélas non, répondis-je.
— Je vais vous l’apprendre car il constitue, en abrégé, la profession de foi de l’Eglise catholique. Allons, faites comme moi : la main droite au front, puis à la poitrine, ensuite à l’épaule gauche et enfin à l’épaule droite en disant : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
J’imitai l’abbé en répétant ces paroles. Mais je me trompai : je mettais la main droite au front puis j’allais à l’une ou l’autre épaule et je m’arrêtais tout confus en m’excusant de ma maladresse. J’étais si ému que je perdais un peu la tête. N’était-il pas touchant, en effet, ce doux vieillard qui, plein de mansuétude, apprenait ainsi, au pauvre pécheur ignorant les pratiques élémentaires de la religion ?
Enfin, ayant réussi à faire comme il faut le signe de la croix, je pris congé sur ces derniers mots de l’abbé M… : — Allez en paix, mon cher fils, couchez-vous de bonne heure car je vois à votre figure que vous êtes épuisé par les insomnies. Priez, avant de vous endormir. Ne perdez pas une minute de vue cette pensée que vous allez être racheté de l’esclavage du péché. Confiance et prière : tout est là. Je vous bénis. A demain, à la même heure.
Je le remerciai et lui promis d’être exact. — Dehors, j’arpentai la rue, tout songeur et tout heureux d’avoir pris le bon parti.
Qui m’aurait dit, pensais-je, que ce serait si facile ? Puis j’admirais la bonté de la Providence qui m’avait conduit, comme par la main, au prêtre qu’il me fallait. Ah ! si l’abbé M… m’avait accueilli par des phrases pompeuses et des tirades ampoulées, il est probable que je me serais cabré. Mais son ton paternel, sa façon de me présenter comme une chose toute simple l’empreinte divine sur mon âme, l’onction enjouée de ses propos avaient agi en moi mieux que n’auraient pu le faire les discours les plus apprêtés.
— Maintenant, conclus-je, en me mettant au lit, je n’ai plus qu’à me laisser conduire… Ouf, quelle délivrance !
J’ouvris mon catéchisme. Que les actes de foi, d’espérance et de charité me touchèrent ! De quelle allégresse je répétais : — Oui, mon Dieu, je crois en vous et en votre sainte Eglise, parce que, j’en ai fait l’expérience, vous ne pouvez ni me tromper ni la tromper. Oui, mon Dieu, j’espère que vous me conserverez votre grâce et que, si j’observe vos commandements, vous me recevrez dans votre gloire. Oui, mon Dieu, je vous aime par-dessus tout, car vous n’avez pas cessé de me prouver votre amour.
Ensuite je dis le Pater et l’Ave en m’attachant à en bien pénétrer le sens et à m’appliquer l’adorable miséricorde qui pénètre ces versets. Enfin je méditai le Credo. Puis je m’écriai : — O Mère de mon Dieu, je me remets tout entier entre vos mains et je vous donne mon âme. Daignez la présenter à votre Fils…
Alors, ayant tracé sur moi le signe de la croix, je m’endormis d’un sommeil paisible, tel que je ne l’avais pas connu depuis bien des jours.
XII
Douceur ineffable de la Grâce, lorsqu’elle rentre, en ondes radieuses, dans l’âme qui croyait l’avoir perdue.
C’est d’abord comme un Angelus qui tinte lentement sur la campagne par une aube un peu brumeuse de la fin d’avril. On sent qu’il va faire beau, car on devine le ciel bleu par-dessus les vapeurs diaphanes qui flottent sur les pommiers chargés de délicates floraisons. La cloche épand ses notes assourdies à travers les volutes neigeuses du brouillard que nuancent des clartés roses. Tout est calme, recueillement, attente émue de la pleine lumière.
Puis la Grâce se fait plus éclatante. L’Angelus s’est tu : la nature prie. Et c’est alors le lever du soleil qui monte rapidement de l’horizon et couvre de sa gloire les jeunes verdures. Il aspire la brume, il chasse les fantômes de la nuit qui se traînaient encore dans les coins d’ombre, tandis que de larges souffles chargés du parfum des violettes, font frémir les frondaisons légères des peupliers et des bouleaux. Tout être tressaille à l’unisson ; et l’hymne du printemps s’épanouit dans l’air frais du matin… Ainsi de l’âme pénitente à qui la Grâce prodigue ses mystérieuses splendeurs.
Qu’il eut raison le Père Lacordaire quand il dit dans le passage de ses Mémoires où il parle des effets de la Grâce : « Les deux grands biens de notre nature, la vérité et la béatitude font irruption ensemble au centre de notre être, s’y engendrant l’un l’autre, s’y soutenant l’un par l’autre, lui formant comme un arc-en-ciel qui teint de ses couleurs toutes nos pensées, tous nos sentiments, toutes nos vertus, tous nos actes enfin, jusqu’à celui de notre mort qui s’empreint, au loin, des rayons de l’éternité. Tout chrétien connaît plus ou moins cet état ; mais il n’est jamais plus vif et plus saisissant qu’en un jour de conversion. Et c’est pourquoi l’on pourrait dire de l’incroyance, lorsqu’elle est vaincue, ce qui a été dit du péché originel : « Felix culpa, heureuse faute ! »
O sainte Eglise catholique, dispensatrice des vérités du Bon Dieu, que tu es admirable quand tu recueilles, en toute mansuétude, l’enfant prodigue qui, dompté par la Grâce, vient se prosterner devant tes autels…
Telles étaient mes pensées pendant que, sous les auspices de l’abbé M… à qui je rendais quotidiennement visite, je me préparais au sacrement de Pénitence. Je ne saurais exprimer à quel point je me trouvais dans un parfait équilibre de toutes mes fonctions. Non seulement mon cœur battait à l’aise, mais les associations d’idées se faisaient si nettes dans mon cerveau que je pouvais les enregistrer, avec tous leurs détails, dans ma mémoire. Je m’assimilais aussi, avec une facilité extraordinaire, les enseignements du catéchisme — ce livre d’une si étonnante profondeur pour qui reçut le don de le comprendre. Puis j’assistais aux offices ; j’y priais de mon mieux et j’y méditais les beautés de la liturgie. Et plus j’avançais dans la voie lumineuse, plus la foi poussait de solides racines au tréfonds de mon être. Je la sentais s’épanouir en moi comme un chêne vigoureux que les tempêtes peuvent assaillir mais non renverser.
Pour fuir les bruits de la ville et son agitation fiévreuse, j’avais repris mes habitudes de l’été précédent. Je passais la plus grande partie de mon temps dans l’un de ces beaux jardins publics qui empêchent Paris de devenir tout à fait une sentine funeste aux corps comme aux âmes. J’y récupérais un peu de ma chère solitude.
Mais que ma disposition d’esprit différait de ce qu’elle avait été naguère. En juin, je ne savais pas encore au juste où j’allais, je vacillais, indécis, entre mon bon ange et le démon. En octobre, au contraire, assuré de ma rédemption, éclairé, soutenu par l’Abbé M…, je vivais une vie intérieure toute de ravissements et d’adoration.
Enfin, le jour arriva où l’abbé M… m’annonça qu’il me jugeait suffisamment instruit pour que je fisse ma confession générale.
— Vous viendrez dans ma cellule à l’heure habituelle, me dit-il. Auparavant, examinez-vous à fond et tâchez d’établir aussi exactement que possible le bilan de vos fautes. Et surtout, écartez toute crainte de n’être point pardonné qui tendrait à vous décourager ; car ce n’est là qu’une tentation diabolique contre laquelle je vous ai déjà mis en garde.
— Je n’éprouve plus rien de tel, lui répondis-je. Je n’ai plus qu’un grand désir de me délivrer du poids qui pèse sur mes épaules et de recevoir la sainte Eucharistie.
De fait, à aucune des étapes de ma conversion, le Mauvais ne m’avait pareillement laissé en repos. On eût dit que me sentant bien gardé, il renonçait à me chercher noise. Comme toutes ses ruses se résument en ceci qu’il voudrait nous empêcher de prier, il est tout naturel qu’il demeure impuissant contre celui qui ne cesse de lui opposer un bouclier d’oraisons. Or il n’est pas exagéré de dire qu’à cette époque, je passais rarement plus d’une heure sans prier, et que je faisais de longues stations dans les églises où, à l’abri du Saint-Sacrement, j’élevais mon âme vers Dieu.
Ainsi prémuni, pour me préparer à ma confession, j’allai, dès une heure de l’après-midi, au parc Montsouris. Je m’y installai sur un banc, près du lac où voguent des flottilles de canards multicolores. L’atmosphère était d’une tiédeur exquise. De minces nuées, chatoyantes comme des gorges de tourterelles, passaient dans le ciel pâle où luisait un doux soleil d’arrière-saison. L’automne commençait à dorer les feuillages. En face de moi, s’élevait un saule-pleureur qui trempait sa chevelure harmonieuse dans l’eau limpide. Aux intervalles de ma méditation, j’admirais sa souplesse et l’élégance de ses formes. Et — fiction qu’on voudra bien me pardonner — je m’imaginais que mon ange gardien battait des ailes à travers ses ramures ondoyantes.
J’avais pris avec moi une Concordance des Evangiles que l’abbé M… m’avait donnée et mon catéchisme. Tantôt j’étudiais, dans ce petit livre, les raisons qui expliquent à quel point le sacrement de pénitence constitue un acte d’une portée si divine et si humaine à la fois. Tantôt je recensais mes péchés : et alors, si leur nombre et leur gravité m’effrayaient très fort, je me rassurais à la pensée que j’allais bientôt me débarrasser de ces souillures, et qu’ils me seraient remis non pas tant à cause de mes remords que par la charité miraculeuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Puis je lisais les chapitres du Saint-Livre qui retracent la Passion, qui peignent le Jardin des Olives, les Juges iniques, les Juifs acharnés, la voie douloureuse, le crucifiement, le partage de la robe, l’éponge imbibée de vinaigre, les outrages de la plèbe, jusqu’au cri qui fit trembler le ciel, la terre et les enfers et qui annonçait que l’univers coupable entrait dans le règne de la Grâce : « Tout est consommé ! »
Surtout, assistant, par la foi, au supplice de l’Agneau, je mettais mes bras autour du gibet où le bon Larron fut garrotté. Et je m’écriais avec lui : « Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre Royaume… »
Puis, faisant un juste retour sur moi-même, j’ajoutais : — Mon bon Sauveur, je sais que vous avez voulu toutes ces ignominies et toutes ces tortures pour me racheter de la servitude du péché. Qu’est-ce le peu que j’endurai au regard des souffrances que Vous, la plus innocente des victimes, vous avez acceptées par amour pour moi ? Comment pourrais-je reconnaître ce sacrifice ? Mais j’ai confiance en Vous et je Vous aime. Ayez pitié de moi, Seigneur Jésus ; médecin des âmes, guérissez-moi de la lèpre qui ronge, depuis si longtemps, mon esprit et mes sens. N’oubliez pas que Votre Mère auguste a daigné intercéder pour le pauvre caillou brisé que je suis…
Me disant ces choses et bien d’autres analogues, je me sentais pénétré d’une contrition toute salutaire. C’était un mélange de honte à cause de mes fautes et de regret poignant parce que j’avais contribué, pendant tant d’années, à remettre en croix l’Agneau rédempteur. — Et cependant l’espoir de ma purification prochaine lénifiait l’amertume de mon repentir.
L’après-midi passa de la sorte. Quand vint l’heure d’aller au presbytère, je me trouvai fortifié d’une décision souveraine. Ce fut sans nulle hésitation que je marchai vers la confession.
Dès que je fus entré dans la cellule de l’abbé M…, ce bon père s’informa d’abord de mes dispositions. Je lui dis que je n’éprouvais que cet unique désir : me libérer du péché.
Il me fit agenouiller sur un prie-Dieu, devant un crucifix. Puis, après les prières sacramentelles, je récitai le confiteor et je commençai l’étalage de mes fautes…
Et alors, comment exprimer cela — les mots ont peur comme des poules, disait Verlaine — à mesure que j’avouais mes fautes, il me semblait que Notre-Seigneur, lui-même, était là. Il me semblait que, d’une main caressante et impérieuse à la fois, il cueillait mes péchés dans mon âme et les éparpillait en poussière devant ses pieds adorables. En même temps, je sentais ma pauvre âme, toute ployée sous le faix du mal, se redresser peu à peu, reprendre enfin sa rectitude, puis s’épanouir en des flots d’amour et de reconnaissance…
Quand j’eus fini, quand l’abbé M… eut prononcé, sur ma tête inclinée, la sublime formule de l’absolution, je me relevai. Il m’ouvrit les bras et je m’y précipitai tout en pleurs.
Certes, nous étions aussi émus l’un que l’autre. Car si je mettais dans cette accolade toute ma gratitude pour lui qui m’avait été tellement auxiliateur, lui rendait grâces au Seigneur de l’avoir désigné pour guider, vers le bercail de l’Unique Pasteur, la brebis rebelle qui s’en était enfuie depuis son baptême.
Nous causâmes ensuite quelques minutes. Puis, comme d’autres soins le sollicitaient, je me retirai après qu’il m’eut recommandé de me trouver le lendemain, à la première heure, à Saint-Sulpice pour communier.
Dans la rue, je marchais tout allègre. Je me disais : — Je suis pardonné, je suis pardonné, quel bonheur !… Cent alleluia me chantaient dans le cœur et il me semblait que j’avais rajeuni de dix ans.
Je me souvins alors d’une page d’En Route où cette sensation de délivrance est on ne peut mieux notée. — Durtal s’éperd en remords de ses péchés et le Prieur de la Trappe lui dit : « La croix, qui était faite de tous les péchés du monde, pesait d’un tel poids que les genoux de Jésus fléchirent et qu’il tomba. Un homme de Cyrène passait là qui aida Notre-Seigneur à la porter. Vous, en détestant vos péchés, vous avez allégé cette croix du fardeau de vos fautes et l’ayant rendue moins pesante, vous avez ainsi permis à Notre-Seigneur de la soulever… »
Et moi aussi, pensai-je, Notre-Seigneur m’a permis de l’aider à porter sa croix. Gloire à Lui !…
Le lendemain matin, je me réveillai vers quatre heures. Je me préparai à la communion par la lecture de l’Evangile où il est raconté comment Notre-Seigneur institua la Sainte-Cène. Puis je priai Dieu de m’octroyer la faveur de recevoir sa chair et son sang avec l’humilité nécessaire.
Quand je sortis pour me rendre à Saint-Sulpice, j’éprouvais une joie paisible à l’idée que, dans quelques minutes, l’œuvre de ma rédemption serait tout à fait accomplie et j’admirais à quel point tous les obstacles s’étaient aplanis depuis que je m’étais mis sous la direction de l’abbé M.
Entré dans l’église, j’allai à la chapelle du Sacré-Cœur où ce bon père dit, tous les jours, la messe de six heures et demie. Il y avait fort peu de monde : quelques femmes du peuple, deux ou trois religieuses, un seul homme en plus du pauvre moi. Je m’agenouillai près d’eux et j’ouvris mon âme au Seigneur, le suppliant d’y entrer quoiqu’elle fût si imparfaite.
A mesure que le moment de la communion approchait je me sentis soulevé par un de ces élans d’adoration qui enlèvent l’âme, parmi des ondes de lumière intérieure, jusqu’aux pieds du Trône divin. Je balbutiais : — O mon Dieu, je ne suis pas digne, mais venez en moi pour que je vous possède.
Et dans mon âme rénovée ne cessaient d’affluer les splendeurs de la Grâce. Aussi, lorsque je quittai ma chaise j’étais si pénétré de cette clarté indicible qu’il me semblait que mon être entier était pareil à une blanche flamme qui montait joyeusement se perdre dans le ciel.
Me fais-je comprendre ? Cet état n’ayant rien de terrestre, il est à peu près impossible de l’analyser. Ce que je puis dire, c’est que ni les plaisirs des sens les plus raffinés ni même les ivresses cérébrales que procurent l’art et la poésie n’approchent de cette extase où l’âme, qui s’unit à Dieu, se fond tout entière.
L’abbé M… me communia. Je regagnai ma place ; et tandis que je récitais mon action de grâces, je savourais pleinement la paix radieuse qui régnait en moi. Ah ! que ne peut-on arrêter le temps à cette heure solennelle de quiétude et d’innocence. Pourquoi faut-il que le monde revienne vous obséder de ses bas appétits et de ses viles rumeurs ?…
Pendant la journée qui suivit, je vécus dans une sorte de rêve lumineux. Toutes mes pensées se tournaient vers le Seigneur ; toutes les choses me semblaient avoir revêtu un aspect de fête. A la lettre, je voyais l’univers avec des yeux nouveaux.
Sainte Eucharistie, qu’ils sont à plaindre les ignorants et les égarés qui méconnaissent vos vertus ! Pour moi, je sais que vous êtes la source de tout bien, la fontaine d’espoir et d’énergie où, aux jours de tristesse et de découragement, l’âme puise le réconfort et la joie. Faites, ô mon Dieu, que je ne l’oublie jamais. Gardez-moi digne d’approcher toujours de votre Sainte-Table dans les mêmes sentiments où je me trouvai ce jour de ma première communion.
XIII
Pendant les trois semaines que je demeurai à Paris après ma première communion, la règle d’existence que je m’étais tracée dès mon retour continua. Je rendais de fréquentes visites à l’abbé M… et je mettais de mon mieux en pratique les avis pleins de sagesse qu’il me prodiguait. Fortifié par ses conseils, j’éprouvais une grande satisfaction à les suivre. Obéir m’était devenu facile à moi le révolté de naguère. Puis je goûtais intensément la sérénité joyeuse qui, pour la première fois de ma vie, me comblait l’âme.
Je faisais un retour sur mes angoisses passées et je me disais : — Si tous ceux qui errent irrésolus, désorbités, bourrelés d’incertitudes pouvaient savoir la paix intérieure qu’on acquiert quand on se réfugie dans les bras charitables de l’Eglise. S’ils rompaient les mailles du filet d’orgueil qui les enlace, ils connaîtraient la joie de s’humilier devant le Crucifix rédempteur…
Je m’approchais souvent de la Sainte-Table ; chaque communion me rendait l’âme encore plus tranquille et plus pénétrée de la miséricorde divine. Enfin, m’étant logé près de Notre-Dame, je ne manquais pas d’aller y entendre, tous les matins, la messe de sept heures.
Il faisait encore presque nuit lorsque j’entrais dans la basilique ; il y régnait une obscurité que coupaient faiblement la clarté mince de quelques cierges votifs et la lueur tremblante de la lampe qui veille devant le Saint-Sacrement. La messe était dite par un vieux prêtre dans la chapelle où l’on voit le tombeau de Monseigneur Darboy surmonté d’une statue de Saint-Georges terrassant le Démon. Je me plaçais contre un pilier qui fait face à l’autel et je m’unissais, de tout mon cœur, au Saint-Sacrifice. Que c’était bon de prier dans cette ombre recueillie. Que les entretiens avec Dieu y étaient féconds en grâces sanctifiantes.
Dans le grand silence de la cathédrale, presque déserte à cette heure, c’est à peine si l’on entendait parfois un pas résonner sur les dalles et tinter les sonneries liturgiques. Puis tout se taisait : il n’y avait plus que la voix grave de l’officiant et le cliquetis des chapelets égrenés par quelques servantes du quartier venues pour demander à Dieu de les assister dans leur labeur.
J’ai connu là des ravissements si adorables, je m’y suis senti tellement détaché de moi-même, tellement transporté aux sommets de la foi que le souvenir de ces messes matinales ne cesse de m’illuminer la mémoire…
Dès que l’Ite missa est s’était envolé, alouette de la Grâce, vers le ciel, j’allais m’agenouiller devant la statue de la Sainte-Vierge dont j’ai parlé plus haut. Je récitais une dizaine puis je causais paisiblement avec la Bonne Dame. Elle est si tendrement accueillante cette douce Reine des Anges. Quand on souffre du corps ou de l’esprit, il est si consolant de poser son front fiévreux sur ses genoux et de l’implorer pour qu’elle vous soulage. Alors, on sent ses mains radieuses vous caresser l’âme et on l’entend qui vous dit tout bas : — Pourquoi t’affliger ? Est-ce que je ne suis pas là pour t’enlever tes peines ?…
Mais ce n’était pas seulement afin de la solliciter que je m’attardais de la sorte auprès d’Elle. C’était surtout pour l’exalter, pour répéter, avec une entière ferveur, ses litanies, pour respirer le parfum spirituel qui s’en dégage. Tandis que je murmurais ses louanges, il s’ébauchait en moi des strophes à sa gloire. Sorti de l’église, je les notais aussitôt ; et mon bon ange aidant je les fixerai, quelque jour, dans un poème…
Mes journées, je les passais soit au Parc Montsouris, soit au Jardin des Plantes, soit dans ce petit square qui fait la proue de navire au bas du Pont-Neuf. Tout en admirant les splendeurs défaillantes de l’automne, tout en regardant mes frères les arbres semer autour d’eux des feuilles d’or, je méditais l’Evangile et l’Imitation de Jésus-Christ. C’étaient mes seules lectures avec celle de mon paroissien. Car on ne saurait se figurer à quel point les choses littéraires m’étaient devenues lointaines.
L’Evangile, c’est la nourriture essentielle du chrétien, celle dont on ne saurait trop se sustenter. Je l’avais si bien compris que depuis lors, je n’ai guère manqué d’en relire quotidiennement deux ou trois chapitres.
L’Imitation, c’est une essence de prières. On pourrait la comparer aussi à un outil indispensable pour sarcler le champ de notre âme lorsque les faux jardiniers qui s’appellent Orgueil et Luxure tentent d’y cultiver de mauvaises herbes où d’y faire prospérer des floraisons vénéneuses. Et puis quel étonnant, quel perspicace psychologue que l’auteur inconnu de ce petit livre qu’on n’a qu’à ouvrir presque au hasard, lorsqu’on ne voit pas très clair en soi, pour y trouver le conseil nécessaire.
— Dans l’Imitation, me disait l’abbé M… on sent passer le souffle du Saint-Esprit…
Pendant que je m’occupais de la sorte, l’idée me vint d’écrire l’histoire de ma conversion. Et bientôt elle s’imposa si despotique que je crus plaire au Bon Dieu en la mettant à exécution. Je consultai l’abbé M… qui approuva fort mon projet. Je lui dis alors combien il me semblait indiqué d’aller rédiger cette œuvre de réparation dans la solitude. Il en tomba d’accord, de sorte que, deux jours plus tard, après avoir communié encore une fois de sa main, je partis pour Arbonne.
Comme on n’en doute pas, la première chose que je fis, en arrivant, ce fut de monter à Cornebiche. Tout heureux de revoir ma chère forêt que novembre habillait de pourpre et d’or, je gravis la colline et j’allai me mettre aux pieds de Notre Dame de Grâce pour la remercier de l’aide qu’elle m’avait départie et pour la supplier de m’être auxiliatrice dans mon travail.
Je récitai, de tout cœur le Salve Regina. A peine avais-je fini qu’une oraison jaillit en moi si nette que je pus la noter tout de suite.
La voici :
SALVE REGINA
HUMBLE PARAPHRASE POUR LES PAUVRES CONVERTIS
Reine des anges de lumière, salut.
Mère, dont la miséricorde infinie répand les eaux vives de la Grâce dans l’âme des pauvres convertis, salut.
Nous étions comme des morts sans sépulcre dont la pourriture infectait les hommes de bonne volonté. Toi, Vie éternelle, Toi, ambroisie céleste, Toi, vaste espérance, voici que tu nous tiras de notre corruption.
Fils du péché originel, insurgés contre la rédemption, nous avons dû enfin crier vers Toi du fond de l’abîme où le prince de l’orgueil nous avait précipités. Et maintenant, humbles et les yeux en pleurs, nous soupirons vers Toi.
Hélas, Interprète des volontés divines, Interprète aussi de nos appels à la Trinité redoutable, viens à notre secours.
O Rose mystique, imprègne de tes parfums ce jardin envahi par les orties : notre âme. Tourne vers nous la splendeur miséricordieuse de tes yeux. Fais que notre orgueil se brise comme un caillou sous le pic qui fait jaillir la lumière du Seigneur. Fais que ton fils nous octroie sa couronne d’épines. Ah ! fais aussi que ce fruit de tes entrailles nous pénètre de sa divine saveur.
O trop Clémente pour les pécheurs que nous sommes, ô trois fois pitoyable, ô infiniment secourable Vierge Marie.
Quoique nous ne le méritions aucunement, prie pour nous, Sainte Mère de Dieu. Prends dans tes mains le cœur contrit de ces enfants derniers-nés de la Grâce : les pauvres convertis. Rends-les dignes de monter, au jour du jugement, à la droite du Juge équitable et terrible.
Seigneur tout-puissant, tu as voulu que ton Verbe incarné prît pour tabernacle le corps immaculé de notre Vierge bien aimée. O Saint-Esprit tu l’as empli de ta flamme. Sainte Trinité, daigne en souvenir de ce mystère, nous garder du Mauvais.
Par l’intercession de ta Mère auguste, notre douce Etoile du Matin, dissipe en nous les ténèbres du Mal. Délivre-nous de la mort éternelle que nous avions encourue par notre très grande faute.
Et qu’après l’épreuve de ce Purgatoire où nous entrerons en chantant tes louanges, ô Père, ô Fils, ô Saint-Esprit, nous soyons admis à contempler, pour l’Eternité, ta face adorable.
Que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous entende.
Agneau de Dieu, toi qui effaces les péchés du monde, toi qui saignes chaque jour sur tous les autels pour la rémission de nos fautes, pardonne aux pauvres convertis.
Agneau de Dieu, toi qui habitas parmi nous pour laver nos taches, exauce les pauvres convertis.
Agneau de Dieu, par les vertus du Miroir de ta Justice, laisse descendre à jamais en nous les rayons de ta Grâce et prends en pitié les pauvres convertis.
M’étant ainsi fortifié par la prière, je descendis la colline, je retournai à Arbonne et je commençai d’écrire ce livre…
XIV
Me voici parvenu au terme de ma tâche. L’œuvre de pénitence et de réparation est accomplie.
J’ai raconté comment, livré à moi-même dès mon enfance, je désertai le service du Bon Dieu. J’ai dit à quel degré d’incertitude et de désespérance j’étais arrivé lorsque l’illusion scientifique et l’utopie socialiste se furent écroulées en moi. J’ai exposé les raisons pour lesquelles je pris en dégoût les malfaiteurs qui détruisent notre France et les banquistes qui, pour flatter l’imbécillité baveuse des parlementaires, se vantent d’avoir éteint les lumières du Ciel. J’ai essayé de montrer comment la Grâce divine me pénétra. J’ai dit mes luttes, mes souffrances, ma victoire sur les forces mauvaises qui m’obsédaient.
J’ai fait de mon mieux. Puisse le Seigneur accepter ces pages où j’espère avoir mis toute ma reconnaissance pour les bienfaits dont il daigna combler le pauvre pécheur repentant.
Si parmi les personnes qui les liront il s’en trouve à qui elles fassent quelque bien, je leur demande de prier pour moi.
Et pour le surplus : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam !
FIN
Saint Amand (Cher). — Imprimerie Bussière.
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Extrait du Catalogue général
PAUL VERLAINE
Œuvres Posthumes. Proses et vers, 1 vol. in-16 (dans le format et dans le papier des « Œuvres complètes » en 5 volumes). 1 vol. in-16 broché 6 fr. »
Poésies religieuses. Préface de J.-K. Huysmans. 1 vol. gros in-12 3 fr. 50
Voyage en France par un Français. (Sous presse).
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AUGUSTIN REGNAULT
La France sous le second Empire, 1852-1870. Etude critique. 1 fort volume in-12 3 fr. 50
LOUIS MICHEL
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Le tome I : Matière ; tome II : Vie ; tome III : Intelligence.
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