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Dictionnaire du patois du pays de Bray

PATOIS DU PAYS DE BRAY

Reading edition

PAR

L'Abbé J.-E. DECORDE,

CURÉ DE BURES,

Membre de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, de la Société des Antiquaires de Normandie, de la Société des Antiquaires de Picardie et de la Société d'Émulation d'Abbeville.

Bientôt les patois auront complètement disparu; beaucoup de mots employés par les pères ne sont déjà plus intelligibles pour les enfants, et l'on doit se hâter de les recueillir, si l'on porte quelque intérêt aux origines de la langue. (M. E. De Meril, Dictionnaire du patois normand, Introduction, page xxxiv.)

Prix: 3 fr.

A PARIS: Chez | DERACHE, libraire, rue du Bouloi, 7. | V. DIDRON, libraire, rue Hautefeuille, 13. A ROUEN: Chez A. LEBRUMENT, libraire, quai Napoléon, 45. A NEUCHATEL: Chez tous les Libraires de la ville.

1852.

INTRODUCTION.

M. Edélestand du Méril termine la remarquable introduction de son savant Dictionnaire du Patois Normand par ces mots: «Nous prions toutes les personnes qui portent quelque intérêt à l'histoire de notre province et aux origines de la langue française de nous fournir les moyens d'élever à la mémoire de nos ancêtres un monument qui, moins encore par son sujet que par la multiplicité des auteurs, appartiendrait à la province entière: nous ne réclamons pour nous que l'honneur de tenir la plume et le plaisir de leur adresser nos remercîments.»

Cet appel nous a été communiqué par un homme auquel nous avons voué la plus grande estime et la plus vive reconnaissance, pour les conseils et les encouragements qu'il nous a donnés en plus d'une circonstance. Pas un de ceux qui connaissent M. Auguste Le Prevost ne nous accusera de flatterie en traçant ces lignes; et, quand nous ajouterons que l'illustre membre de l'Institut de France et de tant de Sociétés savantes nous a conseillé de répondre à l'appel de M. du Méril, en ce qui concerne le pays de Bray, on comprendra notre empressement à nous mettre à l'œuvre. Au reste, enfant du pays et ayant passé la plus grande partie de notre vie au milieu de ses habitants, il nous était plus facile qu'à beaucoup d'autres de faire connaître le langage, les croyances et les habitudes de cette contrée. Si notre travail est défectueux en certains points, il aura au moins le mérite de la vérité; car nous ne rapporterons pas un seul mot que nous n'ayons entendu prononcer, pas un seul usage dont nous n'ayons été témoin.

«Sire pere, qui es ès ciaus, sanctifiez soit li tuens noms, avigne li tuens regnes, soit faite ta volanté, si comme ele est faite el ciel, si soit ele faite en terre; nostre pain de chascun jor nos done hui, et pardone nos meffais, si comme nos pardonos à ços qui meffait nos ont; sire ne soffre pas que nos soions tempté par mauvesse temptation, mais sire delivre nos de mal.»

Le XVe siècle vint opérer la transformation du français du moyen-âge en français moderne; mais le langage ne s'épura qu'au siècle suivant et n'atteignit la perfection que sous le règne de Louis XIV. Le XVIe siècle semble être le moment d'enfantement du français actuel; nous en trouvons la preuve dans les satyres de Vauquelin de la Fresnaye qui écrivait dans la seconde moitié de ce siècle et qui, au milieu des incertitudes et des fluctuations du langage, éprouvait un véritable embarras sur la manière d'écrire correctement;

Car, depuis quarante ans, desja quatre ou cinq fois, La façon a changé de parler en françois.

Ceci nous ramène à notre patois du pays de Bray, dans lequel nous retrouvons, malgré les nombreuses corruptions qui en masquent la forme primitive, un assez grand nombre de mots qui se rattachent aux langues des différentes nations qui ont parcouru ou habité cette contrée. C'est ainsi que Dieppe, ancien nom de la Béthune, est une corruption de l'islandais Diup, profond;—Itou, du latin Ità, aussi;—Raine, du celtique Ran, grenouille;—Freuler, du breton Frel, fléau;—Bisquer, du saxon Beiskiar, rager;—Super, de l'anglais To sup;—Rio, de l'espagnol Rio;—Braies ou Bragues, du grec Brakos; etc.

Quoiqu'on ne puisse pas dire, selon la rigueur de l'expression, qu'il existe un code particulier au patois du pays de Bray, il n'en est pas moins vrai que ce patois est soumis à certaines règles dont il s'écarte peu. Pour plus de clarté, nous allons essayer d'indiquer ces règles touchant les lettres, l'article, le nom, l'adjectif, le pronom et le verbe.

§ Ier.—Des Lettres. Le c doux se change assez fréquemment en ch: Ex. Les capuchins étaient comme cha. Il en est de même de la double lettre ss; on dit nourichon pour nourrisson.

Le ch est souvent remplacé par le c dur, qu ou k: Ex. Un cat, un quien, un kauche-pied, etc.

L'accent circonflexe se remplace en plusieurs circonstances par l'accent aigu sur la lettre e: Ex. Téte, féte, béte, etc.

Le tr se prononce quelquefois ter, comme dans truie, qu'on prononce teruie, et teruite pour truite.

§ II.—De l'Article. Selon quelques auteurs, notre article masculin le serait tout simplement la dernière syllabe du mot latin ille, et notre article féminin la, la dernière de illa. D'autres voient plus particulièrement dans l'article une combinaison du pronom ille et des prépositions de et ad. Quoi qu'il en soit, dans les commencements de la langue française, nous trouvons presque toujours pour articles simples ou composés les mots el, del, al; ces mots forment encore la base de l'article dans le patois brayon.

Le, el, l'. La, el. Les, lés, l's. De, d', d'l'. Du, du. De la, del, d'l'. Des, dés, d's'. Au, au. A la, al. Aux, à, à les.

On trouvera dans le Dictionnaire les différences qui existent entre ces divers articles.

§ III.—Du Nom. Certain nombre de noms en eur et en oir changent leur terminaison en eux: Ex. Menteur, tricheur, conteur, mouchoir, battoir, couloir, etc., se prononcent menteux, tricheux, conteux, moucheux, batteux, couleux.

Quelques noms en é font leur singulier en ai: Ex. Curiosité fait curiositai, été fait étai, etc.

Les noms propres prennent le pluriel; ainsi on dit: les Duvals, les Dumonts, etc., en parlant des membres de ces familles.

On donne aussi le genre féminin aux noms de famille, en les faisant précéder de l'article: Ex. La Durande, la Guerarde, la Boquette, la Cordière, la Vasseuse, la Brianchonne, etc. Mais, quand le nom propre est précédé du prénom, il garde sa terminaison primitive: Ex. Rose Durand, Marie Guerard, etc.

Dans le patois brayon, les noms n'ont pas toujours le même genre que leurs correspondants français; en voici de nombreux exemples:

NOMS QUI CHANGENT DE GENRE DANS LE PATOIS BRAYON.

AGE, Ex.: La jeunesse est une belle âge. AIR. Ex.: Cette chanson est sur une vilaine air. AMADOU. Ex.: Ce marchand ne fournit que de mauvaise amadou. ARGENT. Ex.: Je vous donne de la belle argent. AS. Ex.: Voilà une vieille as qui m'a fait perdre. AUGURE. Ex.: Cela n'est point d'une bonne augure. AUTEL. Ex.: Voilà une riche autel. BOL. Ex.: Mettez cette tisane dans une petite bol. BORNE. Ex.: Quel gros borne! CANTIQUE. Ex.: Je sais une belle cantique. CENTIME. Ex.: Cette centime est toute neuve. CIMETIÈRE. Ex.: Je ne passerais pas la nuit dans la cimetière. CLAIRE-VOIE. Ex.: Je ferai là un beau claire-voie. COUDRIER. Ex.: On fait des cercles avec de la coudre. CRAVATE. Ex.: On m'a fait cadeau d'un beau cravate. EMPLATRE. Ex.: C'est une emplâtre inutile. ESCLANDRE. Ex.: Il y a eu grande esclandre. ÉVANGILE. Ex.: L'Évangile de dimanche est longue. EXEMPLE. Ex.: Il nous a donné une nouvelle exemple de douceur. FROID. Ex.: La froid est bien gênante. GARDE-ROBE. Ex.: Avez-vous un bon garde-robe? HERBAGE. Ex.: Son herbage est excellente. HIVER. Ex.: L'hiver de 1830 n'a pas été douce. IMAGE. Ex.: Vendez-vous de beaux images? MANQUE. Ex.: C'est une manque de réflexion. MARNE. Ex.: Servez-vous de marne sec. MERLE. Ex.: Entendez-vous siffler la mêle? MEUBLES. Ex.: Voilà de belles meubles. ORAGE. Ex.: Nous allons avoir une terrible orage. ORGANE. Ex.: Votre frère a une belle organe. OUVRAGE. Ex.: Son ouvrage n'est jamais faite en temps. PARAFE. Ex.: Notre Instituteur fait de belles parafes. PATÈRE. Ex.: Placez votre chapeau au patère. POISON. Ex.: Vous m'apporterez de la poison pour les rats. RÉGLISSE. Ex.: Apportez-moi du réglisse. RHUME. Ex.: J'ai toujours la rhume. RISQUE. Ex.: A toute risque. SAULE. Ex.: La sau est un mauvais bois. TEMPE. Ex.: Il a reçu un coup de bâton au tempe. VIPÈRE, Ex.: J'ai été mordu d'un vipère.

§ IV.—De l'Adjectif. Plusieurs adjectifs ne forment pas leur féminin comme en français: Ex. Blanc, sec, vieil, fou, malin, frais, font blanque, sèque, vieuille, fôlle, malinne, fraique. Presque tous les adjectifs terminés en i ont le féminin en ite: Ex. Pourri, guéri, font pourrite, guérite.

Les adjectifs possessifs se rendent ainsi:

Mon, man, min, m'n'. Ma, m'. Mes, més, m's'. Ton, tan, t'n', tin, t'n. Ta, t'. Tes, tés, t's'. Son, san, s'n', sin, s'n. Sa, s'. Ses, sés, s's'. Notre, not'. Notre, not'. Nos, nos. Votre, vot'. Votre, vot'. Vos, vos. Leur, leu, leut. Leur, leu, leut'. Leurs, leus.

Les adjectifs démonstratifs sont:

Ce, çu. Cet, c't'. Cette, c't', c'te. Ces, cés, chés.

§ V. Du Pronom. Voici les différentes formes des pronoms personnels:

Je, j', ej'. Moi, mai, mi. Me, m'. Nous. j'.

Tu, tu. Toi, tai. Te, té. Vous, vos, os.

Il, y, il. Elle, al', a. Ils, y, ils. Elles, al', y.

Lui, li. Leur, leu. Eux, eux. Se, s', leus. Soi, sai.

Les pronoms possessifs n'offrent d'autre différence avec le français que la suivante: l' est employé pour le, et l'on supprime l'accent circonflexe sur notre, votre, notres, votres.

Voici maintenant les pronoms démonstratifs:

Celui, le sien. Celle, la sienne, la celle. Ceux, les ceux, les siens. Celles, les celles, les siennes.

Celui-ci, c't'ichite. Celle-ci, c't'ichite. Ceux-ci, cheux-chite, ceux-chite. Celles-ci, cheux-chite, ceux-chite.

Celui-là, ç't'ila. Celle-là, ç't'éla. Ceux-là, cheux-la. Celles-là, cheux-la.

Ce, cha. Ceci, cha. Cela, cha.

Les pronoms relatifs se prononcent de la manière suivante:

Qui, qui. Que, qu', que. Lequel, l'queul. Laquelle, l'queulle, laqueulle. Lesquels, lèqueuls. Lesquelles, léqueulles.

Nous ajouterons les pronoms interrogatifs: qui, que, quoi; lesquels se rendent ordinairement par qué.

En parlant de l'interrogation, nous voulons faire une remarque qui ne trouverait peut-être point place ailleurs. Dans le pays de Bray, et généralement en Normandie, on répond à certaines questions par la négation ou l'affirmation de la proposition opposée. Ainsi, à cette question: Fait-il froid aujourd'hui? on répondra: Il ne fait pas chaud, ou il fait assez chaud, ou il fait très-chaud.

§ VI.—Du Verbe. Afin de donner une idée du système des conjugaisons, nous placerons ici quelques temps des verbes auxiliaires AVOIR et ÊTRE.

AVER ETE

INDICATIF PRÉSENT.

J'ai. T'as. Il a. J'avons. Os avez ou vos avez. Il ont. Ej'sis. T'es. Il est. J'sommes. Os ètes ou vos ètes. Y sont.

IMPARFAIT.

J'avais. T'avais. Il avait. J'avions. Os aviez. Il avaient ou aviont. J'étais ou j'étois. T'étais ou t'étois. Il était ou il étoit. J'étions ou os étions. Os étiez ou vos étiez. Il étaient ou étoient ou étiont.

SUBJONCTIF PRÉSENT.

Que j'aie ou que j'uche. Q't'aies ou que tu uches. Qu'il ait ou qu'il uche. Qu'j'avions ou qu'j'uchions. Qu'os aviez ou qu'os uchiez. Qu'il aient ou qu'il uchent. Que j'sais ou que j'suche. Que tu sais ou que tu suches. Qu'il sait ou qu'il suche. Que j'sayions ou que nous suchions ou qu'os soyomes. Qu'os sayez ou qu'os suchiez. Qu'y saient ou qu'ils suchent.

Le patois du pays de Bray offre beaucoup d'irrégularité dans les conjugaisons; nous en mentionnerons seulement quelques-unes.

Généralement l'u du pronom tu s'ellipse à la seconde personne du singulier, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. T'aimes, t'avertis, t'as, t'entends.

Parmi les verbes de la première conjugaison qui sont irréguliers dans plusieurs temps, nous mentionnerons le verbe aller qui fait au présent du subjonctif: que j'ouaiche, que tu ouaiches, qui ouaiche, que j'ouaichions, qu'os ouaichiez, qui ouaichent.

Les verbes terminés en ier et uer ont ordinairement le présent du subjonctif en che: Ex. Charrier, ruer, etc., font: que je carriche, que je ruche.

Le r terminal de l'infinitif ne se fait point sentir dans les verbes de la seconde conjugaison; ainsi on dit: mouri, parti, r'veni, etc., pour mourir, partir, revenir. Plusieurs de ces verbes forment aussi leur participe passé tout-à-fait irrégulièrement; c'est ainsi que soutenir fait soutint pour soutenu.

Les verbes de la troisième conjugaison changent leur terminaison oir en er; par exemple: Apercevoir, recevoir, émouvoir, etc., font aperchever, r'chever, émouver, et, au participe passé, aperchu, r'chu, émouvé.

Au nombre des verbes de la quatrième conjugaison qui s'éloignent du français, nous mettrons le verbe suivre qui fait sieure, je sieus, j'ai sieus, etc.

Une règle qui se rapporte à toutes les conjugaisons consiste dans l'emploi de la troisième personne au lieu de la première et de la seconde, comme dans les phrases suivantes: C'est moi qui se trompe; c'est toi qui ira; c'est nous qui a joui; c'est vous qui chantait, etc.

Liberté, égalité, fraternité

Jacques.—Ah! Boujou, Mousieu Esprit...

Le citoyen Esprit.—Ne m'appelle donc pas Monsieur; ce titre aristocratique est aboli et remplacé par le mot égalitaire de citoyen.

Jacques.—Ah! chest cha; j'comprends pas, mais chest tout d'même.

Le citoyen Esprit.—Tu es si bête!

Jacques.—Ah! par exemple, cha pourrait ben être vrai; car tout l'monde me l'dit. Mais en attendant, j'voudrais ben saver qué qu'veulent dire chés trois mots Libertai, Égalitai, Fraternitai, quo vait tout partout; o dirait que l'zimprimeux n'peuvent plus rien écrire sans mette chés mots-là.

Le citoyen Esprit.—Tu ne comprends pas cela?

Jacques.—Ma foi, non.

Le citoyen Esprit.—Liberté!!! mot divin qui fait battre tous les cœurs, quand on le prononce...

Jacques.—Ah! bah! l'mien des cœurs n'bat pas du tout.

Le citoyen Esprit.—C'est une manière de parler.

Jacques.—Chest-à-dire qu'cha n'signifie rien.

Le citoyen Esprit.—C'est-à-dire que tu es un imbécille.

Jacques.—Os me l'avez déjà dit, Mousieu citoyen.

Le citoyen Esprit.—Comment pourrais-tu en effet comprendre la liberté, toi qui as été toute ta vie esclave et malheureux.

Jacques.—Ma foi, pas core trop.

Le citoyen Esprit.—Écoute, Jacques, et tâche de comprendre.

Jacques.—J'vo z'écoute des yeux et des oreilles.

Le citoyen Esprit.—Par le mot liberté, on entend que chacun est libre de faire ce qui lui plaît.

Jacques.—Tout c'qui li plaît?

Le citoyen Esprit.—Tout!

Jacques.—Absolument tout?

Le citoyen Esprit.—Oui.

Jacques.—Y a ti longtemps, cha?

Le citoyen Esprit.—Depuis le 24 février, l'an 59 de la liberté.

Jacques.—Et moi qui ne l'savait point core! Faut que j'sais rudement béte!

Le citoyen Esprit.—Je ne dis pas non.

Jacques.—Mais, comment qu'man maîte n'me l'a pas dit?

Le citoyen Esprit.—Nigaud, est-ce qu'il n'est pas intéressé à te laisser dans l'ignorance?

Jacques.—Chest vrai! ben asteu, chest ben fini; quand y m'dira d'batte du blai, j'battrai d'l'aveine; quand y m'dira d'vaner de l'orge, j'ferai des guerbées; quand y m'dira de monter l'grain au grenier, j'irai m'mette à table; puis plutot j'li dirai que j'veux ête maîte chacun note semaine... Asteu, j'voudrais bien saver quoique chest qu'l'égalitai.

Le citoyen Esprit.—Cela signifie qu'il n'y a aucune différence entre les hommes, et qu'ils sont tous égaux.

Jacques.—Mais chest pas vrai, cha.

Le citoyen Esprit.—Comment, ce n'est pas vrai?

Jacques.—Non! Est-ce que j'sis l'égal de man maîte?

Le citoyen Esprit.—Sans doute.

Jacques.—Ah! cha mais!... comment s'y prendre? Man maîte qu'a six pouces plus qu'mai.

Le citoyen Esprit.—On le rognera.

Jacques.—Par queu bout?

Le citoyen Esprit.—Par la tête.

Jacques.—Diable! mais... puis, Nicolas, li qu'est trois pouces plus p'tit qu'mai; est-ce qu'on me rognera itou par la tête?

Le citoyen Esprit.—Mon pauvre Jacques, tu ne comprends donc rien; quand on dit que nous sommes égaux, on veut dire que nous avons tous les mêmes droits et les mêmes avantages.

Jacques.—Chest-à-dire que j'pourrais mette l'zhabits de man maîte, manger san dinner, monter sur san bidet?

Le citoyen Esprit.—Certes, tous les biens sont communs.

Jacques.—Mais les propriétaires?

Le citoyen Esprit.—Il n'y a plus de propriétaires: la propriété, c'est le vol.

Jacques.—Tiens! je l'aurais jamais cru.... Man maîte qui passe pour si honnête homme dans le pays! Mais y va me renvéyer, pétète, quand j'l'y demanderai l'exécution d'l'égalitai.

Le citoyen Esprit.—Ne crains rien.

Jacques.—Pourquoi?

Le citoyen Esprit.—Parce qu'il ne saurait trouver un autre domestique aussi bête que toi.

Jacques.—Chest ben possible... Puis c'té fraternitai, elle, qué qu'chest?

Le citoyen Esprit.—Cela veut dire que nous sommes tous frères.

Jacques.—Ah! cha, du coup, chest une bêtise; car, quand ma mère, qui n'vient plus d'pis qu'al est morte, venait m'ver, a m'embrachait toujou; puis a disait: Boujou, man fieu! Mais a n'embrachait pas man maîte; au contraire, a faisait une révérence, puis disait: Boujou, maîte Pierre! mais a n'y disait jamais: Boujou man fieu, ni boujou man frère! Cha fait ben ver qu'a n'était pas sa sœur et qu'il n'est pas man frère.

Le citoyen Esprit.—Il ne s'agit ici ni de père ni de mère.

Jacques.—Chest vrai, y sont morts tous deux.

Le citoyen Esprit.—Tu ne comprends pas. Il n'y a plus ni père ni mère pour personne; nous sommes tous enfants de la nature.

Jacques.—De la nature? Connais pas! J'avais toujou cru qu'j'étais l'fieu d'ma mère qu'est morte, pauve fame.

Le citoyen Esprit.—Pauvre Jacques! quel dommage qu'on ait paralysé l'action des clubs! je t'aurais fait admettre pour t'initier aux grands principes....

Jacques.—Pardon! excuse! Mousieu citoyen, maîte Pierre m'crie pour manger la soupe.

Le citoyen Esprit.—Mais j'aurais un petit service à te demander.

Jacques.—Jé pas l'temps; cha sera pour une aute fais.

Un Flaneur Brayon.

Nous terminerons cette introduction par quelques proverbes et dictons populaires, auxquels nous joindrons un court exposé des croyances et usages du pays.

PROVERBES ET DICTONS.

Amis comme chiens et chats. Ennemis.

Adroit de sa main comme un cochon de sa queue. Maladroit.

Se laisser manger la laine sur le dos. Trop bon.

La semaine des trois jeudis. Jamais.

Il vaux mieux tuer le diable que le diable vous tue.

Caillou qui roule n'amasse pas mousse.

Mais que les poules pissent. Jamais.

Engendré d'un coq et d'une oie. Sot et malin.

Ouvrir les yeux comme un chat qui c... dans du son. Ouvrir de grands yeux.

Brouillard en mars, gelée en mai.

Laid comme le diable.

Toute la pouquette sent le hareng. Toute la famille a les mêmes vices.

En attendant les souliers d'un mort, on va longtemps nu-pieds.

N'y voir que du brouillard. Ne rien comprendre à une chose.

Un coup de langue est pire qu'un coup de lance.

La première mouche qui le piquera sera un taon. La dernière faute paiera pour les autres.

Ne pas valoir les quatre fers d'un chien. N'avoir aucune valeur.

N'entendre ni à hu, ni à dia. N'avoir aucune intelligence.

Brebis qui bêle perd sa goulée. On ne peut parler et manger en même temps.

Au plus fort la pouque. En parlant de deux personnes qui se disputent un objet.

Qui demande un hiver avant Noël, en demande deux.

Faire la caloge du veau avant qu'il soit venu. Former de vains projets sur un événement éventuel.

Il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron. Pas de paroles inutiles.

Aller ou venir pour des prunes. Pour rien.

Si le soleil luit quand il pleut, on dit que le diable bat sa femme.

Quand on se sent morveux, on se mouche. En parlant d'une personne qui prend pour elle-même un blâme donné sans application particulière.

Gratter quelqu'un par où il a manjure. Lui proposer une chose qui le flatte.

Faute de poisson, on mange des moules. Quand on n'a pas ce qu'on désire, il faut se contenter de ce qu'on a.

On n'est pas louis d'or. Ou ne plaît pas à tout le monde.

Quand on quitte le maréchal, il faut payer les vieux fers. Lorsqu'on change de fournisseur, il faut payer ce qu'on lui doit.

Quitter brûler ce qui ne cuit pas pour soi. Ne s'occuper que de ce qui profite.

Quand il pleut sur l'un, il grêle sur l'autre. En parlant de deux personnes qui ont les mêmes intérêts.

Rebattre le feurre de ses glanes. Perdre le fil de son discours et faire des redites.

Il a mis une cheville à son trou. Réponse ou repartie trouvée à propos.

Malin comme Gribouille qui se jette à l'eau de peur de se mouiller.

Être de la famille de Riquiqui. Être parent de tout le monde.

S'il y a pondu, il n'y a pas couvé. Il n'a pas été longtemps parti.

Vaut mieux faire envie que pitié.

Février emplit les fossés, mars les vide.

Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. Mieux vaut conserver un objet avec ses défauts que de le briser en cherchant à le réparer.

Ils sont comme saint Roch et son chien. Inséparables.

Ton nez branle. Tu mens. Il paraît que ce dicton n'est pas neuf et qu'on disait du temps d'Érasme: Nasus tuus arguit mihi te mentiri, votre nez me dit que vous mentez.

On ne peut guère manier de beurre, sans qu'il en reste dans les doigts. En parlant des régisseurs et autres qui ne rendent pas fidèle compte de leur administration.

Chaque grain a sa paille. Chacun a ses défauts.

Manger son pain chaud, boire son cidre doux, brûler son bois vert, c'est mettre la maison au désert.

Ne point mettre une chose dans l'oreille d'un chat. Donner un avis qui sera suivi.

Chacun son métier, les moutons seront bien gardés.

Faire de la bouillie pour les chats. Faire une chose inutile ou mal exécutée.

Les nourrices auront bon temps, les enfants se jouent. En parlant des grandes personnes qui s'amusent à des jeux d'enfant.

Heureux comme un coq en pâte. Nous pensons qu'il faudrait dire: Comme un coq empâté.

C'est comme à la maison du bon Dieu, l'on n'y boit, n'y mange. Allusion aux personnes qui n'offrent rien à ceux qui font visite; ce qui est rare dans le pays de Bray.

On a tiré à son baptême. Il n'a pas inventé la poudre.

On ne tire pas de farine d'un sac à charbon. On n'espère pas de bonnes actions de la part d'un méchant.

C'est du bois à faire des vielles. Il se ploie de toutes façons. Par allusion à ceux qui disent oui et non sur la même question, pour plaire à l'un et ne pas déplaire à l'autre.

Faire des contes à mourir debout. Impossibilités.

Rien ne dure plus longtemps qu'un pot cassé. En parlant de personnes souffrantes qui vont jusqu'à la vieillesse.

Il n'y a pas moyen de moyenner. Il faut en convenir.

On vous donne des noix à casser, quand on n'a plus de dents. Faire des douceurs, quand on ne peut plus en profiter.

C'est lui, en chair et en os, comme saint Amadou. Lui-même.

Plus malin que lui n'est pas bête.

Sourd comme une boîse. Très-sourd.

Aller son petit bonhomme de chemin. Faire ses affaires, sans s'inquiéter du qu'en dira-t-on.

Ce n'est pas par là que le pot court. Ce n'est pas là que se trouve le mal.

Courir comme un poulain délicoté.

Être du côté que le plat pend. Être bien placé.

Sec comme du bois.

Les paroles sont des femelles; les écrits sont des mâles. Les uns sont plus sûrs que les autres: Verba volant, scripta manent.

Les rouges (à cheveux roux) sont tout bons ou tout mauvais.

Entêté comme une mule.

Babiller comme une pie borgne. A tort et à travers.

Ne pas plus bouger qu'un 0 en chiffre.

Noir comme une taupe.

Partir dans le royaume des taupes. Mourir.

Aller à taupes-jouque. Mourir.

Avoir la compagnie d'un pelé et trois tondus. Société sans considération.

Ne craindre ne Dieu, ne Vierge Marie. N'avoir aucune crainte.

Bête comme un pot. Très-sot.

Un quien regarde bien un évêque. Un inférieur peut regarder son supérieur.

Père aux écus. Homme riche.

Avoir les yeux plus grands que le ventre. Gourmand qui ne peut manger tout ce qu'il a demandé.

Les conseilleux Ne sont pas les payeux. Faites du bien à un vilain, Il vous c... dans la main. A la Saint-Romain, On prend les mouches à la main. A la Saint-Denis, Bécasse en tous pays. A la Saint-Denis, Perdreaux sont perdrix. S'il fait beau, Prends ton manteau; S'il pleut, Prends-le, si tu veux. Pluie du matin N'arrête pas le pélerin. Jamais le mois d'avril Ne s'en va sans épi, Et le mois de mai Sans épi de blai. Aujourd'hui saint Thomas, Cuis ton pain, lave tes draps, Dans trois jours Noël t'auras. A la Saint-Luc, Ne sème plus, ou sème plus dru. A saint Luquet, Sème toujours jusqu'à ce que tu aies fait. Brouillard en decours, De la pluie sous trois jours. Brouillard en croissant, C'est du beau temps. A la sainte Cateline, (25 nov.) Tout bois prend racine. Petits enfants, Petits tourments. Il ne faut qu'un coup Pour tuer un loup. Vaut mieux aller au moulin Qu'au médecin. Pour filer, Faut mouiller. Avril le doux, Quand il s'y met, c'est le pire de tous. Année de hennetons, Année de grenaison. L'hiver n'est pas bâtard, Quand il ne vient pas d'heure, il vient tard. A la Chandeleur (2 fév.), L'hiver finit ou prend vigueur. Un essaim du mois de mai Vaut une vache du pays de Bray.

USAGES ET CROYANCES.

ABEILLES.

Sur le deuil des abeilles, voyez Mouches à miel, dans le Dictionnaire. Les abeilles offrent bien assez d'intérêt à l'observateur, sans leur prêter un instinct dont elles ne jouissent point.

On dit que les abeilles qui essaiment le jour du Saint-Sacrement forment, dans la ruche, un travail en forme d'ostensoir, c'est-à-dire que les rayons aboutissent au centre de la ruche, au lieu d'être transversaux. Nous ne nions pas ce genre de travail; mais, jusqu'à preuve contraire, nous croyons que tous les essaims qui sortent en ce jour ne travaillent pas de la même manière, et qu'on peut observer ce genre de travail dans les ruches d'essaims sortis en d'autres jours.

CARREAU.

Dans la campagne, les bonnes femmes désignent sous ce nom tout embarras gastrique, toute maladie chronique, toute affection maladive dont la guérison se fait attendre. Dans leur pensée, aucun âge n'en est exempt; nous nous rappelons avoir entendu dire d'une personne octogénaire, qu'elle était morte du carriau, parce qu'on ne l'avait pas fait toucher. Voyez, dans le Dictionnaire, le mot Carriau.

CHARDON (Jeu du).

Parfois les moissonneurs laissent un gros chardon debout; ils placent quelques petits rubans dans ses feuilles; et, au moment de faire scier la dernière poignée, ils présentent au maître de maison une faucille dont le manche est orné de lisets, en le priant de commencer le jeu, c'est-à-dire de se placer à une distance convenable et de lancer la faucille sur le chardon pour le couper. Ordinairement le cultivateur place une pièce d'argent au pied du chardon; c'est le prix de la victoire.

CHEVAUX.

Lorsqu'on conduit les chevaux à l'eau, on a l'habitude de siffler pour les engager à boire. Par un contraste assez singulier, il est aussi d'usage de siffler pour les engager à p......

CHOUETTES.

Le cri de la chouette, aux environs d'une habitation, est considéré comme un signe de mortalité.

CIERGES.

Si les cierges placés à l'autel brûlent mal, quand on fait célébrer la messe pour un malade, on est persuadé qu'il ne guérira pas.

DERNIÈRE POIGNÉE (La).

Dans les communes où l'on n'offre pas de glane au commencement de la moisson (voir plus bas), les moissonneurs font scier la dernière poignée. Voyez ce mot dans le Dictionnaire.

EAU BÉNITE.

Le Samedi saint, en certaines communes, l'instituteur se présente à chaque maison de la paroisse, il trempe une branche de buis dans un petit vase plein d'eau bénite, qu'il porte avec lui, et il asperge l'habitation. Ensuite, il offre du pain à chanter qu'il a fait bénir, et reçoit des œufs qu'il vend à son profit. (Voir notre Essai sur le canton de Neufchâtel, page 114.)

Quand il pleut le dimanche avant l'eau bénite, on est persuadé que c'est signe qu'il pleuvra pendant toute la semaine.

On prétend que l'enfant qui étrenne les fonts, c'est-à-dire celui qui est baptisé le premier après la bénédiction des fonts, meurt dans l'année.

FLANS (Les).

C'est ainsi qu'on désigne encore, en certaines communes, le jour de la fête patronale. Ainsi, on dit: Les Flans de Bures, pour indiquer la fête de Saint-Agnan, patron de cette paroisse. Cette habitude vient de l'ancien usage, encore en vigueur, de préparer des flans ou tartes pour ce jour.

GLANE (La).

Le premier jour de la moisson, on forme une glane d'épis choisis, artistement disposés et ornés de fleurs et de rubans de soie. Les moissonneurs se réunissent en corps pour aller offrir cette glane à la maîtresse de maison; celui ou celle qui la présente débite un petit compliment; après quoi on arrose la fête avec quelques pots de gros cidre.

NOEL (Les douze jours de).

On prétend que la température des douze jours de Noël, c'est-à-dire des jours qui se trouvent à partir du 25 décembre jusqu'au 5 janvier, indique le temps de chacun des douze mois de l'année suivante. Ainsi, le temps du 25 décembre indique le temps qu'il fera en janvier; le temps du 26, celui du mois de février, etc.

RAMEAUX.

Bien des gens sont convaincus que les blés dépériront pendant quarante jours, s'il pleut le jour des Rameaux.

ROIS.

La veille des Rois, les enfants parcourent les rues avec des lanternes de papier de diverses couleurs, attachées au bout d'un bâton, et crient de toute leur force:

Boujou les Rois, Jusqu'à douze mois! Boujou la Reine, Jusqu'à six s'maines! Boujou l'crapou, Jusqu'au mois d'août!

Le lendemain, jour des Rois, ils recommencent la même procession et les mêmes chants, en remplaçant le mot boujou par celui d'adieu.

SAINT-JEAN (Feux de).

En certaines communes, on fait un feu de joie la veille de la fête de saint Jean-Baptiste. Chaque habitant apporte un bâton pour l'entretien du feu; des danses ont lieu pendant une partie de la nuit, et l'on n'oublie jamais d'emporter avec soi quelques charbons comme préservatifs de la foudre et de l'incendie (Voir notre Essai sur le canton de Londinières, page 242). Il nous semble voir là clairement un souvenir des feux qui signalaient, chez les anciens Slaves, la fête du dieu Koupalo (24 juin), et autour desquels dansaient hommes, femmes, enfants et vieillards (Encyclopédie du XIXe siècle, vol. XXIV, p. 559). Koupalo était le dieu des productions de la terre. Avant la révolution de 1793, ces sortes de feux avaient lieu même à Paris: «La veille de Saint-Jean, les échevins faisaient élever, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, un immense bûcher auquel le roi mettait solennellement le feu. En 1471, Louis XI, à l'exemple de ses prédécesseurs, communiqua lui-même la flamme à cet amas de matières combustibles dont l'incendie éclairait toute la ville. Les chroniques contemporaines nous ont conservé les détails de cette cérémonie.

«Au milieu de la place de Grève s'élevait un arbre de 90 pieds de hauteur, hérissé de traverses auxquelles on attachait 800 bourrées et 300 cotrets; 15 voies de bois et une immense quantité de bottes de paille en formaient la base. Le tout était surmonté d'un tonneau et d'une roue. Des guirlandes de fleurs décoraient ce colossal appareil, dans lequel il faut voir l'idée première de nos feux d'artifice officiels. Des bouquets volumineux étaient distribués au roi, aux personnes de sa suite, aux magistrats et aux notables. Une compagnie d'archers de la ville, composée de 200 hommes d'armes, maintenaient l'ordre conjointement avec 100 arbalétriers et 100 arquebusiers. Avant de mettre le feu, on plaçait dans le bûcher les célèbres doubles pétards dits de la Saint-Jean, les grosses fusées et tous les produits pyrotechniques connus à cette époque; on suspendait ensuite à l'arbre un grand panier renfermant deux douzaines de chats et un renard.

«Les registres de comptabilité de l'Hôtel-de-Ville contiennent, au sujet de ce dernier article, la mention suivante:

A Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent sous parisis pour avoir fourni, durant trois années, tous les chats qu'il fallait audit feu, comme de coutume; mêmement pour avoir fourni, il y a un an, où le roi assista, un renard, pour donner plaisir à Sa Majesté, et pour avoir fourni un grand sac de toile où étaient lesdits chats.

«Lorsque le feu était apaisé, le roi montait à l'Hôtel-de-Ville, où l'attendait une somptueuse collation. La foule se précipitait sur les débris du bûcher et se disputait les tisons, dont la possession était un gage de bonheur et de réussite en toutes choses pendant une année entière.

«Louis XIV n'assista qu'une seule fois à cette cérémonie, et Louis XV refusa de s'y montrer. Le feu de la Saint-Jean ne fut plus alors considéré que comme une tradition populaire, et les vestiges en furent effacés par l'orage de la Révolution.» (Journal de Rouen, 18 février 1852.)

SAINT-BENOIT.

Quand il pleut le jour de saint Benoit (11 juillet), on est convaincu que la pluie durera quarante jours. Il faut peut-être voir l'explication de cette croyance dans la légende du saint. Un jour, étant allé visiter sa sœur, sainte Scholastique, celle-ci voulut le retenir au moment de partir; mais, comme il se refusait à rester, elle pria Dieu qui suscita une si grande tempeste de tonnerre, d'esclairs et de pluye, que saint Benoit ne put sortir de la maison (Fleurs des vies des Saints, par Ribadeneira, tome I, page 493, édit. in-4º.

SAINT-MARC.

S'il pleut le jour de saint Marc, c'est signe qu'il n'y aura point de merises. Voici ce qui a pu donner lieu à ce dicton: A cette époque, 25 avril, les merisiers sont en fleurs, et la pluie, si elle se prolongeait, pourrait les empêcher de nouer.

SAINTE-MONIQUE.

La pluie, le jour de sainte Monique, 4 mai, présage qu'il n'y aura point de pommes. C'est l'époque de la fleuraison des pommiers.

SAINT-PIERRE (Feu de).

On fait aussi des feux la veille de la fête de saint Pierre. Vers le coucher du soleil, le clergé de la paroisse se rend en procession au lieu où le bois a été disposé, le prêtre y met le feu et prononce une bénédiction; après quoi la procession retourne à l'église. Les habitants se partagent ensuite les tisons qu'ils conservent dans l'espoir d'être préservés des accidents de l'incendie (Voir notre Essai sur le canton de Neufchâtel, page 148). Nous trouvons encore, dans cet usage, une trace des feux nocturnes que les Romains allumaient pour célébrer certains anniversaires, tels que les Palilies, fête fort ancienne à laquelle Romulus rattacha la célébration annuelle de la mémoire de la fondation de Rome. Cette fête, instituée en l'honneur de la déesse Pales, se célébrait le 23 avril (Encyclopédie théologique, tome XXVIe, 3me des Religions, page 1056).

SAINT-SAUVEUR (Pélérinage de).

Les pélerinages de saint Sauveur ont lieu le jour de la Trinité et pendant l'octave, et se font à l'intention des animaux malades, surtout des chevaux. Assez souvent, on touche un morceau de pain à la statue du Sauveur, et l'on réserve ce pain pour le donner aux bestiaux pendant leurs maladies. (Voir notre Essai sur le canton de Blangy, page 164 et suiv.)

TABLIER.

Si, en sortant de chez soi, la première personne qu'on rencontre est une femme sans tablier, on est persuadé qu'on éprouvera quelque désagrément dans la journée. Au reste, les femmes du pays de Bray sortent rarement sans cette partie de leur toilette.

TARTE (La).

Quand les moissonneurs finissant à couper le blé, ils se réunissent et crient à tue-tête: A la tarte! à la tarte! à la tarte! Cet usage vient de ce que, antérieurement, on avait l'habitude de manger des tartes à pareil jour. Aujourd'hui on se contente de vider quelques bouteilles à large panse, et la tarte se mange à la parcie (Voyez ce mot dans le Dictionnaire).

TERRE-SAINTE.

Si l'on remue la terre sainte, c'est-à-dire si l'on creuse une tombe le dimanche, on prétend qu'il mourra une personne pendant la semaine.

TREIZE (Le nombre).

Le nombre 13 est généralement considéré comme néfaste. Par exemple, si treize enfants font leur première communion le même jour, on assure qu'il en mourra un dans la même année. Il est plus d'une personne qui ne voudrait pas être treizième à table. Mais, en tous cas, ce qui est le plus à redouter pour celui qui se trouve le treizième en cette circonstance, c'est, avons lu quelque part, lorsqu'il n'y a à diner que pour douze.

TRIGLYDOTE (Le).

C'est le petit oiseau qu'on appelle improprement roitelet; le peuple le nomme petite poulette au bon Dieu, et ne veut pas qu'on le tue. On prétend que chaque nichée se réunit dans le nid, la veille des Rois, avec les père et mère; aussi se garde-t-on bien de détruire ce petit nid, ordinairement placé au bas des couvertures en paille.

VACHERS (Chanson des).

Les petits vachers ont l'habitude de s'adresser de loin des espèces de dialogues, qu'ils chantent et terminent toujours par ces mots: Lariala! lariala! lariala! lalonlariala! Il nous semble reconnaître dans ces paroles une invitation adressée aux autres gardeurs de vaches: Là! ris il y a là!... Là! allons là! ris il y a là! En effet, ces paroles sont ordinairement le prélude d'une réunion dans laquelle on mange des poires et des pommes; après quoi on fait la partie de bilboquet, au milieu des ris et joyeux discours.

VENDREDI.

On considère généralement le vendredi comme un jour néfaste, et beaucoup de personnes ne voudraient pas entreprendre un travail en ce jour. Serait-ce qu'on regarde ce jour comme malheureux, en mémoire de la mort de Jésus-Christ?

VENT (Fiançailles et mariage du).

On dit que le vent se fiance le jour de saint Denis (9 octobre), et se marie le jour de la Toussaint. On ajoute que, pendant l'hiver suivant, il souffle souvent du point où il se trouvait le jour de ses fiançailles et de son mariage.

Illustration from Dictionnaire du patois du pays de Bray

Notes in this chapter

Note 1 · Note 1: (retour) Anciennes divisions territoriales de la Normandie, page 15.Note 2 · Le mot Bray est ordinairement considéré comme emprunté à la langue celtique, et signifie de la boue. Mais, tout en reconnaissant que la natuNote 3 · Note 2: (retour) Quoique cette commune fasse partie de l'arrondissement de Rouen, elle est désignée, dans un document relatif à la marquise Note 4 · On distingue dans cette contrée, qui s'étend depuis Bures jusqu'à Frocourt et Auteuil, près de Beauvais, le Bray normand et le Bray picard: Note 5 · Note 3: (retour) Dictionnaire du Patois normand, Introduction, page XXXIV.Note 6 · Le langage est aussi ancien que le monde: en créant les premiers membres de la grande famille humaine, Dieu a dû leur donner une manière de Note 7 · Note 4: (retour) Essai sur le langage, par M. A. Charma, page 171.Note 8 · Cependant, il ne faudrait pas croire que la différence qui existe entre le langage du savant le patois du paysan soit uniquement une différeNote 9 · Note 5: (retour) On peut consulter, sur les habitudes et usages des Celtes ou Gaulois, notre Essai sur le canton de Londinières, pag. 100-11Note 10 · Les Gaulois sont les premiers habitants connus de notre contrée: mais, comme ils ne nous ont point transmis de langue écrite, il est impossiNote 11 · Note 6: (retour) Glossaire du Patois picard, page 65.Note 12 · Note 7: (retour) De Institutione oratoriâ, lib. I, cap. 6.Note 13 · Note 8: (retour) Epistola ad Galatas, lib. II, præf.Note 14 · Note 9: (retour) Doctrina christiana, lib. II.Note 15 · L'an 51 avant J.-C, Jules César devint maître souverain des Gaules, après une lutte qui avait duré dix ans. Il préleva de lourdes contributiNote 16 · Note 10: (retour) Frek, frak, frenk, franc, vrang, selon les différents dialectes germaniques, dit Frérel, répond au mot latin ferox, dont iNote 17 · Note 11: (retour) Univers pittoresque, France, tome X, page 41.Note 18 · Bientôt, à ces difficultés vinrent s'ajouter de nouveaux éléments contraires à l'uniformité de langue: l'introduction des Francs 10 dans la Note 19 · Note 12: (retour) Opera, tome II, page 268.Note 20 · Note 13: (retour) Le deuxième concile de Reims, canon 15.—Concile de Tours, canon 17 (Encyclopédie théologique, tome XIV, pages 486 et 1035.Note 21 · Note 14: (retour) Un million de faits, page 1203.Note 22 · Au milieu de ce mélange de langues, on comprend aisément que la pureté du langage ne pouvait dominer: Alcuin nous apprend qu'il existait, auNote 23 · Aussi, à partir de 813, voyons-nous plusieurs conciles prescrire aux évêques de prêcher en langue vulgaire, afin de pouvoir se faire comprenNote 24 · Note 15: (retour) Univers pittoresque, France, tome VI, page 537.Note 25 · Note 16: (retour) Un million de faits, page 1203.Note 26 · Note 17: (retour) Histoire des grandes forêts de la Gaule, page 280.Note 27 · Note 18: (retour) Glossaire du Patois picard, page 68.Note 28 · Note 19: (retour) Spicilegium, tome IX, page 430.Note 29 · En se décomposant, le latin a produit deux idiomes distincts, dit M. Ph. Le Bas, deux gracieux dialectes dont les ressources sont grandes: lNote 30 · Note 20: (retour) Spectacle de la nature, tome VII, page 230.Note 31 · Nos lecteurs ne seront peut-être pas fâchés de lire ici l'oraison dominicale dans le langage de cette époque reculée: nous l'empruntons à ChNote 32 · Note 21: (retour) Dictionnaire du Patois normand. Introduction, page III.Note 33 · Note 22: (retour) Encyclopédie du XIXe siècle, tome XVIII, page 663.Note 34 · Cette irrésolution venait de tous les idiomes avec lesquels la nouvelle langue s'était trouvée en contact; «créée par les rapports et le mélNote 35 · Note 23: (retour) Dictionnaire du Patois normand. Introduction, pages LVII, LVIII et LIX.Note 36 · «Pour remonter aux radicaux primitifs et saisir les lois qui ont dominé les développements de la langue et lui ont donné de l'ensemble et deNote 37 · Note 24: (retour) L'étymologie-monstre à laquelle l'auteur fait ici allusion a donné lieu au quatrain suivant: Affana vient d'equus sans douNote 38 · Note 25: (retour) Ce passage est extrait de la préface d'un ouvrage inédit de M. A. Le Prevost, qui a bien voulu nous donner communication dNote 39 · Maintenant abordons notre travail principal, et tâchons de donner une idée générale du patois brayon, avant d'en venir au glossaire des motsNote 40 · Note 26: (retour) Essai sur le langage, page 302.—Glossaire du patois picard, page 173.Note 41 · Le j' remplace ordinairement le pronom nous, à la première personne du pluriel, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. J'aimons, j'aveNote 42 · Note 27: (retour) Almanach du pays de Bray, pour 1852, page 99 et suiv.Note 43 · Nous pensons que ces courtes remarques suffisent pour indiquer à nos lecteurs les ressemblances et différences du patois du pays de Bray ave
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