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De la démonialité des animaux incubes et succubes

DÉMONIALITÉ ou INCUBES ET SUCCUBES (continued 3)

Isidore Liseux translation

91. Sed hæc expositio aptissima est quidem, et quam amplectitur Ecclesia in officio Sanctissimi Corporis Christi, sed in sensu spirituali est. Ego autem quæro sensum litteralem: neque enim in illo Psalmo David loquitur prophetice de futuris, sicut facit in aliis locis, ut proinde facile non sit sensum litteralem habere; sed loquitur historice de præteritis. Ille enim Psalmus, ut patet legenti, est pura anacephalestis, seu compendium omnium beneficiorum, quæ contulit Deus Populo Hebræo ab egressu ipsius de Aegypto, usque ad tempus Davidis, et in eo versu loquitur de Manna Deserti, ut proinde quæratur quomodo, et quo sensu Manna vocetur Panis Angelorum. 91. Cette interprétation est assurément très-admissible, et elle est adoptée par l'Église dans l'office du Très-Saint Corps de Jésus-Christ, mais c'est là un sens spirituel. Or, ce que je cherche, c'est le sens littéral, car, dans ce psaume, David ne parle pas en prophète de choses futures, comme il le fait dans d'autres endroits où il est difficile de trouver un sens littéral; il parle ici en historien, de choses passées. Ce psaume, en effet, pour quiconque le lit, est une pure anacéphaléose, soit une récapitulation de tous les bienfaits conférés par Dieu au peuple Hébreu depuis sa sortie d'Égypte jusqu'au temps de David, et il y est parlé de la Manne du Désert, qu'il appelle le Pain des Anges: pourquoi et dans quel sens, voilà la question.

92. Scio alios, Lyran., Euthim., Bellarm., Titelman., Genebrard., in Psal. 77. v. 24. et 25., interpretari Panem Angelorum Panem ab Angelis paratum, seu Angelorum ministerio a Cœlo demissum; Hugonem autem Cardinalem Panem Angelorum exponere: quia ille cibus hoc efficiebat in Judæis, quod in Angelis efficit cibus illorum, pro parte: Angeli enim non incurrunt infirmitatem. Voluerunt enim expositores Hebræi, ut etiam asseverat Josephus, quod Judæi in Deserto vescentes manna, nec senescerent, nec ægrotarent, nec lassarentur; proinde illa esset tanquam panis, quo vescuntur Angeli, qui nec senio, nec ægritudine, nec lassitudine unquam laborant. 92. D'autres docteurs, je le sais encore, voient dans le Pain des Anges un pain préparé par les Anges, ou envoyé du Ciel par le ministère des Anges. Le cardinal Hugo explique cette qualification, en disant que cette nourriture produisait en partie sur les Juifs l'effet que la nourriture des Anges produit sur ces derniers. Les Anges, effectivement, ne sont sujets à aucune infirmité; et d'un autre côté, les commentateurs Hébreux, et Josèphe lui-même, affirment que tout le temps que les Juifs sont restés dans le Désert, se nourrissant de la manne, ils n'ont connu ni vieillesse, ni maladie, ni fatigue; cette manne était donc semblable au pain dont se nourrissent les Anges, qui ne vieillissent pas et ne sont sujets à aucune fatigue ni maladie.

93. Istas quidem expositiones recipere æquum est, utpote tantorum Doctorum aucthoritate suffultas. Facessit tamen difficultatem, quod ministerio Angelorum Hebræis non minus parata fuere columna nubis, et ignis, coturnices, et aqua de petra, quam manna; nec tamen ista dicta fuere columna, aqua, aut potus Angelorum. Cur ergo potius vocari deberet manna, quia parata ministerio Angelorum, Panis Angelorum, quam Potus Angelorum aqua eorumdem ministerio saxo educta? Insuper in sacra Scriptura panis dum dicitur panis alicujus, dicitur panis ejus qui illo vescitur, non ejus qui illum parat, aut fabricat, et de hoc infinita habemus exempla in sacra Scriptura: ut Exod. c. 23. v. 25. Benedicam panibus tuis, et aquis; lib. 2. Reg. c. 12. v. 3. De pane illius comedens; Tob. c. 4. v. 17. Panem tuum cum egenis comede; et v. 18. Panem tuum super sepulturam Justi constitue; Ecclesiast. c. 11. v. 1. Mitte panem tuum super transeuntes aquas; Isai. c. 58. v. 7. Frange esurienti panem tuum; Jerem. c. 11. v. 19. Mittamus lignum in panem ejus; Matth. c. 15. v. 26. Non est bonum sumere panem filiorum; Luc. c. 11. v. 3. Panem nostrum quotidianum. Ex quibus locis patenter habetur, quod panis dicitur ejus, qui eo vescitur, non vero, qui ipsum conficit, affert, aut parat. Commode igitur in loco citato Psalmi accipi potest Panis Angelorum, cibus quo vescuntur Angeli non quidem incorporei (isti enim materiali cibo non egent), sed corporei, ista nempe rationalia animalia, de quibus hucusque disseruimus, degentia in ære, et quæ ratione tenuitatis suorum corporum, ac rationalis naturæ, quam maxime ad Angelos immateriales accedunt, ut proinde nuncupentur. 93. Ces interprétations, assurément, méritent d'être accueillies avec le respect dû à l'autorité de si grands Docteurs. Il y a cependant une difficulté: c'est que, indépendamment de la manne, le ministère des Anges a également procuré aux Hébreux la colonne de nuée et de feu, les cailles, l'eau du rocher, et que l'Écriture ne dit pas: la colonne des Anges, l'eau ou la boisson des Anges. Pourquoi donc appeler la manne le Pain des Anges, parce qu'elle était préparée par leur ministère, et ne pas appeler Boisson des Anges cette eau qui était tirée du roc aussi par leur ministère? De plus, dans la Sainte Écriture, quand il est dit d'un pain que c'est le pain de quelqu'un, c'est toujours le pain de celui qui s'en nourrit, non de celui qui le prépare ou le fabrique. Les exemples en sont infinis: ainsi, dans l'Exode, ch. 23, v. 25: «Afin que je bénisse ton pain et ton eau;» au livre 2 des Rois, ch. 12, v. 3: «Mangeant de son pain;» dans Tobie, ch. 4, v. 17: «Mange ton pain avec les pauvres,» et v. 18: «Répands ton pain sur la sépulture du Juste;» dans l'Ecclésiaste ch. 11, v. 1; «Répands ton pain sur les eaux qui passent;» dans Isaïe, ch. 58, v, 7: «Romps ton pain avec celui qui a faim;» dans Jérémie, c. 11, v. 19: «Mettons du bois dans son pain;» dans S. Mathieu, ch. 15, v. 26: «Il n'est pas juste de prendre le pain des enfants;» dans S. Luc, ch. 11, v. 3: «Notre pain quotidien.» Tous ces passages démontrent surabondamment que le pain de quelqu'un, dans le langage des Écritures, c'est le pain de celui qui s'en nourrit, et non de celui qui le fait, l'apporte ou le prépare. Il est donc très-naturel, dans l'endroit du Psaume que nous avons cité, d'entendre par Pain des Anges, la nourriture dont se servent non pas les Anges incorporels (puisque ceux-ci n'ont pas besoin de nourriture matérielle), mais les Anges corporels, c'est-à-dire ces animaux raisonnables dont nous traitons ici, qui vivent dans l'air, et qui, par la subtilité de leurs corps et leur qualité d'êtres raisonnables, approchent de si près des Anges immatériels, que la même dénomination leur est appliquée.

94. Ducor, quia cum animalia sint, et ideo generabilia et corruptibilia, egent cibo, ut restauretur substantia corporea, quæ per effluvia deperditur; vita enim sentientis non consistit nisi in motu partium corporearum quæ fluunt, ac refluunt, acquiruntur, ac deperduntur, ac iterum reparantur; quæ reparatio fit per substantias spirituosas, materiales tamen, attractas a vivente, tum per æris inspirationem, tum per fermentationem cibi, per quam substantia illius spiritualizatur, ut rationatur doctissimus Ettmullerus, Instit. Medic. Physiolog., c. 2. 94. Je déduis: étant des animaux, c'est-à-dire se reproduisant par génération et sujets à corruption, ils ont besoin de nourriture pour restaurer leur substance corporelle, dont la déperdition a lieu par les effluves: la vie de tout être sentant ne consiste, en effet, que dans le va-et-vient des éléments corporels qui affluent et refluent, s'acquièrent, se perdent et se réparent, au moyen de substances spiritueuses, matérielles pourtant, que l'être vivant s'assimile soit par la respiration de l'air, soit par la fermentation de la nourriture, qui spiritualise sa substance, comme l'enseigne le très-docte Ettmuller (Instit. Medic. Physiolog., ch. 2).

95. Quia autem eorum corpus tenue est, tenui pariter, et subtili eget alimento. Hinc est quod sicut odoribus aliisque substantiis vaporosis, ac volatilibus suæ naturæ contrariis læduntur ac fugantur, ut constat ex historiis recitatis supra, no 71. et 72., ita paribus rebus sibi convenientibus delectantur, et aluntur. Porro manna non est aliud, quam halitus aquæ, terræque, solis calore exacte attenuatus et coctus, a frigore secutæ noctis in unum coactus, densatusque, ut scribit Cornelius; manna dico, quam demissam de cœlo comederunt Hebræi, quæ toto cœlo differt a manna nostrate, quæ in medicinis adhibetur; nam hæc, ut scribit Ettmullerus Schroder, Dilucid. Physiolog., c. 1. de Manna, fol. m. 154., nihil aliud est, quam succus quarumdam arborum tenuis, vel earum transsudatio, quæ nocturno tempore permixta cum rore, matutino tempore superventu caloris solis coagulatur, et inspissatur. Manna autem Hebræorum diversis orta principiis calore solis non coagulabatur, sed vice versa liquefiebat, ut patet ex Scriptura, Exod. c. 16. v. 22. Manna ergo Hebræorum utpote constans ex halitibus tenuibus terræ et aquæ, profecto tenuissimæ erat substantiæ, utpote, quæ a sole solvebatur, et disparebat; optime ergo potuit esse talium animalium cibus, ita ut diceretur a David Panis Angelorum. 95. Or, comme leur corps est subtil, la nourriture qui lui convient doit être également délicate et subtile. Aussi, de même que les parfums et autres substances vaporeuses et volatiles, quand elles sont contraires à leur nature, les offusquent et les mettent en fuite, témoin ce que nous avons raconté ci-dessus (nos 71 et 72), de même aussi, lorsque leur nature y est conforme, ils se délectent de ces substances ou autres pareilles et en font leur nourriture. Or, «la manne n'est pas autre chose,» comme l'écrit Cornelius, «qu'une émanation d'eau et de terre raffinée et cuite par la chaleur du soleil, puis coagulée et condensée par la fraîcheur de la nuit»: je parle, bien entendu, de la manne envoyée du ciel pour la nourriture des Hébreux, laquelle diffère du tout au tout de la manne nostrate ou médicinale: celle-ci en effet, suivant Ettmuller (Dilucid. Physiol., ch. 1), «n'est pas autre chose que le suc ou la transsudation de certains arbres qui se mêle la nuit à la rosée et, le matin venu, se coagule et s'épaissit à la chaleur du soleil.» La manne des Hébreux, au contraire, formée de principes différents, loin de se coaguler, se liquéfiait à la chaleur du soleil, comme l'atteste l'Écriture, Exode, ch. 16, v. 22. Cette manne des Hébreux était donc une substance extraordinairement subtile, puisqu'elle était composée d'émanations de terre et d'eau, et que le soleil la faisait dissoudre et disparaître; il se peut donc très-bien qu'elle soit la nourriture des animaux en question, et qu'ainsi David l'ait appelée avec raison le Pain des Anges.

96. Alia auctoritas habetur in Evangelio Joannis, in quo, Joannes, c. 10. v. 16., ita dicitur: Alias oves habeo, quæ non sunt ex hoc ovili, et illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile, et unus Pastor. Si quæramus quænam sint oves, quæ non sunt ex hoc ovili, et qualenam sit ovile de quo loquitur Christus Dominus, respondent communiter Expositores unum ovile Christi esse Ecclesiam, ad quam perducendi erant per prædicationem Evangelii Gentiles, qui erant oves alterius ovilis, ab ovili Hebræorum: opinantur enim Synagogam esse Christi ovile, quia dicebat David, Psal. 94. v. 9: Nos populus ejus et oves pascuæ ejus; et quia Messias promissus fuerat Abraham et David oriturus ex eorum semine, et a populo Hebræo expectatus, et a Prophetis qui Hebræi erant vaticinatus, et ejus adventus, conversatio, passio, mors et resurrectio in sacrificiis, cultu, et ceremoniis Hebræorum legis erant præfigurata. 96. Nous avons de plus, à l'appui de notre thèse, l'Évangile de S. Jean, ch. 10, v. 16, où il est dit: «J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul berger.» Si nous demandons quelles peuvent être ces brebis qui ne sont pas de cette bergerie, et quelle est cette bergerie dont parle le Seigneur Christ, tous les Commentateurs nous répondent que la seule bergerie du Christ, c'est l'Église, à laquelle la prédication de l'Évangile devait amener les Gentils, qui étaient d'une autre bergerie que celle des Hébreux. Pour eux, en effet, la bergerie du Christ, c'était la Synagogue, d'abord parce que David avait dit, Psaume 94, v. 7: «Nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses pâturages»; puis, parce que la promesse avait été faite à Abraham et à David que le Messie sortirait de leur race, parce qu'il était attendu par le peuple Hébreu, annoncé par les Prophètes, qui étaient Hébreux, et que son avénement, ses actes, sa passion, sa mort et sa résurrection étaient comme figurés d'avance dans les sacrifices, le culte et les cérémonies de la loi des Hébreux.

97. Sed salva semper Sanctorum Patrum, ac aliorum Doctorum reverentia, non videtur talis expositio ad plenum satisfacere. Habemus enim quod de fide est a principio mundi Ecclesiam Fidelium extitisse unam, usque ad finem sæculi duraturam. Cujus Ecclesiæ caput est mediator Dei et hominum Christus Jesus, cujus contemplatione creata sunt universa, et omnia per ipsum facta. Fides enim unius Dei Trini (quamvis non ita explicite), et Verbi Incarnatio revelata fuit primo homini, et ab ipso edocti ejus filii, et ab iis descendentes. Hinc est quod quamvis plerique homines ad idolatriam deflexerint, ac veram fidem deseruerint, multi tamen veram fidem a patribus sibi traditam retinuerunt, et legem naturæ servantes in vera Ecclesia Fidelium permanserunt, ut observat Cardinalis Toletus in Job, c. 10. v. 16., et apparet in Job, qui inter Gentiles Idololatras sanctus fuit. Quamvis autem Deus populo Hebræo speciales favores contulerit, peculiaremque legem, ac ceremonias illi præscripserit, ac a Gentilibus segregaverit, non tamen ad eam legem Gentes tenebantur, nec fideles Hebræi aliam Ecclesiam constituebant ab Ecclesia Gentilium, qui fidem unius Dei et Messiæ venturi profitebantur. 97. Mais, sauf le respect dû aux Saints Pères et autres Docteurs, cette explication n'est pas de tout point satisfaisante. Il est de foi en effet que l'Église des Fidèles a été une et a existé depuis le commencement du monde, et qu'elle durera ainsi jusqu'à la fin des siècles. Le chef de cette Église est Jésus-Christ, médiateur de «Dieu et des hommes, créateur et auteur de toutes choses. La foi dans la Trinité divine, (quoique moins explicite) et l'Incarnation du Verbe ont été révélées au premier homme, lequel en a instruit ses fils, et ceux-ci à leur tour leurs descendants. Aussi, bien que la plupart des hommes se fussent laissé égarer dans l'idolâtrie et eussent déserté la vraie foi, beaucoup cependant gardèrent cette foi qui leur venait de leurs pères, et, observant la loi naturelle, restèrent dans la vraie Église des Fidèles. C'est la remarque que fait le Cardinal Tolet, à propos de Job, qui fut un saint au milieu des Gentils Idolâtres. Et quoique Dieu eût conféré des faveurs spéciales au peuple Hébreu, qu'il eût établi pour lui une loi et des cérémonies spéciales, et qu'il l'eût séparé des Gentils, cette loi n'était pas cependant obligatoire pour les Gentils, et les Hébreux fidèles ne constituaient pas une Église différente de l'Église des Gentils qui professaient la foi en un seul Dieu et en la venue du Messie.

98. Hinc est, quod etiam ex Gentilibus fuere, qui Christi adventum, et alia Christianæ fidei dogmata prophetarunt, ut patet de Balaam, Mercurio Trismegisto, Hydaspe, ac Sibyllis de quibus loquitur Lactantius, lib. 1. c. 6., ut scribit Cardinalis Baronius in Apparatu Annal. no 18. Et quod Messias erat a Gentilibus expectatus habet Isaias in pluribus locis, et luculentum testimonium de hoc est prophetia Patriarchæ Jacob de Messia, quæ sic ait, Gen. c. 49. v. 10: Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, et ipse erit expectatio Gentium. Item Prophetia Aggæi, c. 2. v. 8: Movebo omnes Gentes, et veniet desideratus cunctis gentibus, quem locum explicans Cornelius a Lap. in Aggæ. c. 2. v. 8. § Denique gentes, ait: Gentes ante Christum credentes in Deum lege naturæ, æque ac Judæi expectabant ac desiderabant Christum. Pariter Christus ita se prodidit, et manifestavit Gentibus, sicut Judæis: si enim in ipsius nativitate per Angelum ejus notitia data fuit Pastoribus, per stellam miraculosam ad sui adorationem vocavit Magos, qui cum essent Gentiles fuerunt primitiæ Gentium in Christo agnoscendo, et adorando, ut ait S. Fulgentius, Sermon. 6. de Epiph., sicut Pastores fuerunt primitiæ Judæorum. Itidem manifestatio adventus Christi per prædicationem (non quidem Apostolorum) prius facta est Gentilibus, quam Judæis: siquidem ut scribit Ven. Mater Soror Maria de Agreda, in Vita J. C. et B. M. V., p. 1. l. 4. c. 26. n. 664: Quando B. M. Virgo cum S. Joseph portavit Puerum Jesum in Aegyptum, fugiendo Herodis persecutionem, mansit ibi per septennium: quo tempore ipsa Beatissima Virgo prædicavit Aegyptiis veri Dei fidem, et Filii Dei in carne humana adventum. Ulterius in Christi nativitate multa fuere prodigia non solum in Judæa, sed in Aegypto, ubi corruerunt idola, ac oracula conticuere; Romæ ubi fons olei scaturiit; visus globus aurei coloris de cœlo in terram descendere; apparuere tres soles; ac contra naturam circulus variegatus ad modum Iridis solis discum circumscripsit; in Græcia, ubi oraculum Delphicum obmutuit, et interrogatus Apollo ab Augusto ipsi sacrificante in proprio palatio, ubi eidem aram extruxerat, de causa silentii sui, respondit, ut referunt Nicephorus, l. 1. c. 17., Suidas, verbo Augustus, et Cedrenus, Compend. Histor.: 98. On remarquera de plus que, même parmi les Gentils, il y en eut qui prophétisèrent la venue du Christ et les autres dogmes de la foi Chrétienne, témoin Balaam, Mercure Trismégiste, Hydaspe et les Sibylles, dont parle Lactance, livre 1, ch. 6; voir aussi Baronius, Apparat. Annal., no 18. Que le Messie fût attendu par les Gentils, nous en avons la preuve dans plusieurs passages d'Isaïe, et surtout dans la Prophétie du Patriarche Jacob touchant le Messie, ainsi conçue, Genèse, c. 49, v. 10: «Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé; et c'est lui qui sera l'attente des nations.» De même dans la prophétie d'Aggée, c. 2, v. 8: «J'ébranlerai toutes les Nations, et le désiré de toutes les nations viendra», ce que Cornelius a Lapide commente en ces termes: «Les Gentils antérieurs à la venue du Christ, qui croyaient en Dieu et observaient la loi de nature, attendaient et désiraient le Christ aussi bien que les Juifs.» Le Christ lui-même s'est annoncé et manifesté aux Gentils ainsi qu'aux Juifs; car en même temps que l'Ange donnait aux bergers la nouvelle de sa nativité, au moyen de l'étoile miraculeuse il conviait à l'adorer les Mages qui, étant Gentils, furent les premiers d'entre les Nations, comme les bergers le furent parmi les Juifs, à reconnaître et adorer le Christ (voyez S. Fulgence, Sermon sur l'Épiphanie). De même, ce furent les Gentils qui, avant les Juifs, connurent l'avénement du Christ par la prédication (je ne dis pas la prédication des Apôtres). En effet, comme l'écrit la Vénérable Mère Sœur Marie d'Agreda, dans sa Vie de Jésus-Christ et de la Bienheureuse Vierge Marie: «Lorsque la Bienheureuse Vierge Marie, fuyant avec S. Joseph la persécution d'Hérode, emporta en Égypte l'Enfant Jésus, elle y resta sept ans; et pendant ce temps-là la Bienheureuse Vierge prêcha elle-même aux Égyptiens la foi du vrai Dieu et la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine.» En outre, lors de la nativité du Christ, il y eut de nombreux prodiges, non-seulement en Judée, mais en Égypte, où les idoles s'écroulèrent et les oracles se turent; à Rome, où jaillit une fontaine d'huile, où l'on vit un globe de couleur d'or descendre du ciel sur la terre, où trois soleils apparurent, et où un cercle extraordinaire, de nuances variées comme l'arc-en-ciel, entoura le disque du soleil; en Grèce, où l'oracle de Delphes devint muet; au sujet de quoi Apollon, interrogé par l'empereur Auguste qui lui sacrifiait dans son propre palais, où il lui avait élevé un autel, répondit:

Me puer Hebræus, Divos Deus ipse gubernans, Cedere sede jubet, tristemque redire sub orcum; Aris ergo dehinc tacitis abscedito nostris. «Un enfant Hébreu, qui commande aux Dieux et est Dieu lui-même, M'ordonne de quitter mon siége, et de rentrer dans les Enfers; Nos autels sont muets maintenant, il faut t'en éloigner.»

Et multa alia acciderunt prodigia, quibus prænuntiabatur Gentilibus Filii Dei adventus, quæ ex variis Aucthoribus recitat Baronius, Apparat. Annal. Eccles. no 24. et seq., et Cornelius in Aggæ. c. 2. v. 8. Il y eut encore beaucoup d'autres prodiges annonçant aux Gentils l'avénement du Fils de Dieu: on les trouvera relatés dans Baronius, Apparat. Annal. Eccles., et dans Cornelius, Commentaire d'Aggée.

99. Ex istis patet, quod etiam Gentiles pertinebant ad ovile Christi idem, ad quod spectabant Judæi, puta ad Ecclesiam eamdem fidelem; igitur non potest recte dici, quod illa verba Christi: Alias oves habeo, quæ non sunt ex hoc ovili, accipienda sint de Gentilibus, qui communem cum Hebræis habuerunt de Deo fidem, de Messia spem, prophetiam, expectationem, et signa, et prædicationem. 99. De tout ceci il appert que les Gentils eux-mêmes appartenaient, comme les Juifs, à la bergerie du Christ, c'est-à-dire à la même Église des fidèles. Par conséquent, ces paroles du Christ: «J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie», ne sauraient s'entendre des Gentils qui eurent, de commun avec les Hébreux, la foi en Dieu, l'espérance du Messie, les prophéties, l'attente, les prodiges et la prédication de son avénement.

100. Dico igitur quod nomine aliarum ovium commode possunt intelligi Creaturæ istæ rationales, sive animalia de quibus hucusque disseruimus. Cum enim, ut diximus, capaces sint beatitudinis, et damnationis, et Christus Jesus sit mediator Dei, et hominum, immo totius rationalis Creaturæ (creaturæ enim rationales, quæ beatitudinem consequuntur, hanc obtinent intuitu meritorum Christi per ab eo sibi collatam gratiam, sine qua nequit beatitudo obtineri), debuit omnis rationalis creatura de eo venturo spem habere, sicut de uno Deo fidem, et de ipsius in carne nativitate, et de præceptis legis gratiæ manifestationem. Istæ igitur erant oves, quæ non erant ex hoc ovili humano, et quas adducere Christum oportebat, et quæ ejus vocem nempe notitiam de ipsius adventu, et de evangelica doctrina, quantum per se, tum per Apostolos Christus erat manifestaturus audire debebant, et ex iis, ac hominibus in cœlo beatificatis fieri unum ovile, et unus Pastor. 100. Je dis donc que par ces mots: d'autres brebis, on peut fort bien entendre ces créatures ou animaux raisonnables dont nous avons traité jusqu'ici. En effet, nous avons établi qu'elles sont capables de béatitude et de damnation; or Jésus-Christ étant médiateur de Dieu et des hommes, ainsi que de toute créature raisonnable (car c'est par l'application des mérites du Christ que les créatures raisonnables obtiennent la béatitude, au moyen de la grâce qu'il leur confère), il en résulte que toute créature raisonnable a dû avoir, en même temps que la foi en un seul Dieu, l'espérance de l'avénement du Christ, et la révélation de sa naissance dans la chair et des préceptes de la loi de grâce. Voilà donc les brebis qui n'étaient pas de cette bergerie humaine, et qu'il lui fallait amener; les brebis qui devaient entendre sa voix, c'est-à-dire l'annonce de son avénement et de la doctrine évangélique, soit directement de lui-même, soit par l'intermédiaire des Apôtres; les brebis enfin qui, réunies aux hommes dans la béatitude céleste, devaient réaliser cette promesse d'une seule bergerie et d'un seul berger.

101. Huic expositioni quam incongruam non puto, vim addit id quod supra no 77. ex D. Hieronymo retulimus de homunculo illo qui rogavit D. Antonium, ut communem Deum, quem in carne humana esse passum cognoverat, pro se et suis deprecaretur. Innuitur enim ex his, quod illi notitiam habuerunt de adventu, et morte Christi, quem tamquam Deum optabant sibi propitium, ut proinde ad hoc intercessionem D. Antonii expostularent. 101. Cette interprétation, à mon avis très-raisonnable, tire une nouvelle force de ce que nous avons rapporté, d'après S. Jérôme, de ce petit homme qui demanda à S. Antoine de prier pour lui et les siens le Dieu commun, qu'il savait avoir souffert dans la chair humaine. Ceci implique, en effet, qu'ils avaient connaissance de l'avénement et de la mort du Christ, et qu'ils désiraient, en sa qualité de Dieu, se le rendre favorable, puisqu'ils recouraient, dans ce but, à l'intercession de S. Antoine.

102. Facit ad idem id, quod ex Eusebio de Præparat. Evang. l. 5. c. 9., et Plutarcho l. de Defectu Oracul., refert Cardinalis Baronius Appar. Annal. no 129., et recenset inter prodigia, quæ tempore mortis Christi evenere. Recitat igitur ex citatis Aucthoribus quod Tiberii Imperatoris, sub quo passus est Christus, tempore, navigantibus nonnullis a Græcia in Italiam, circa Insulas Echinades, cessatis ventis, noctu navigium appulit prope terram. Audita fuit ab omnibus vox magna quæ vocavit Tramnum. Erat is Nauclerus navigii, quo respondente Adsum, replicavit vox: Quando perveneris prope quandam paludem, annunciabis Magnum Pana mortuum esse: quod cum Tramnus fecisset, auditi sunt repente multorum, imo multitudinis prope infinitæ gemitus, et ululatus. Profecto isti fuerunt Dæmones, seu Angeli corporei, seu animalia rationalia prope paludem degentia, utpote aquea, quæ audita morte Christi, qui nomine magni Pan efferebatur, in lacrymas, et lamenta effusa sunt; prout etiam Hebræi nonnulli visa Christi morte percutientes pectora sua revertebantur (Luc. c. 23. v. 48.). Ex hucusque igitur deductis patet, quod dantur hujusmodi Dæmones, succubi et incubi, constantes sensu, et ipsius passionibus obnoxii, ut probatum est; qui generantur, corrumpuntur, et capaces sunt beatitudinis, et damnationis, et ratione corporis subtilioris, nobiliores homine sunt, et qui si cum hominibus, maribus aut fœminis, carnaliter commiscentur, peccant, et eo peccato, quo peccat homo jungendo se cum bruto, quod est homine ignobilius; proinde non raro hi Dæmones consuetudinem habentes cum homine, equabus aut plurimum post longam habitam communicationem eas interficiunt. Causa porro hujus est, quod si inter tales datur peccatum, cum sint in via, dari etiam debet pœnitentia; sicut ergo homini peccanti consuetudinaliter cum bruto, ad tollendam occasionem recidivandi, Confessarius injungit, ut brutum tollat de medio, ita tali Dæmoni consuetudinario in peccato, et tandem pœnitenti accidit, ut animal cum quo peccavit, sive homo, sive brutum fuerit, occidat; nec enim tali Dæmoni mors data homini peccatum erit, sicut mors data bruto non imputatur tamquam peccatum homini: ratione enim essentialis differentiæ inter Dæmonem hujusmodi, et hominem, idem erit homo Dæmoni, quod est homini brutum. 102. Un autre fait à l'appui de ma conclusion, c'est celui que mentionne le Cardinal Baronius (Appar. Annal., no 129), d'après Eusèbe et Plutarque, comme un des prodiges qui signalèrent la mort du Christ. Au temps de l'Empereur Tibère, sous qui eut lieu la passion du Christ, des navigateurs allant de Grèce en Italie et se trouvant la nuit, par un temps calme, dans le voisinage des îles Échinades, leur navire vint à toucher la terre. Alors une grande voix fut entendue de tous, qui appelait Tramnus. C'était le nocher: «Présent,» répondit-il; et la même voix répliqua: «Lorsque tu seras arrivé auprès de tel marais, tu annonceras que Le Grand Pan est mort.» Tramnus obéit, et tout à coup une immense clameur s'éleva comme d'une multitude infinie, éclatant à la fois en gémissements et en sanglots. Qui étaient-ce donc, sinon des Démons ou Anges corporels, ou des animaux raisonnables habitant près de ces marais, à cause, sans doute, de leur nature aqueuse, et qui, à l'annonce de la mort du Christ désigné par ce nom de Grand Pan, se répandaient en larmes et en lamentations? Ainsi, parmi les Juifs qui avaient assisté à la mort du Christ, il y en eut un grand nombre qui s'en retournèrent en se frappant la poitrine (S. Luc, c. 23, v. 48). De toutes les déductions ci-dessus, il ressort donc qu'il existe des Démons de cette sorte, succubes et incubes, lesquels sont doués de sens, et sujets aux passions des sens, comme il a été prouvé; qui naissent par génération et meurent par corruption; qui sont capables de béatitude et de damnation; qui, à raison de la subtilité de leur corps, sont plus nobles que l'homme, et qui, s'il leur arrive d'avoir un commerce charnel avec l'homme ou la femme, commettent un péché analogue à celui dont l'homme se rend coupable en s'unissant avec la brute, qui lui est inférieure. Aussi n'est-il pas rare que ces démons, après avoir entretenu des rapports prolongés avec des hommes, des femmes ou des juments, finissent par tuer leur complice, et cela s'explique: étant sujets à pécher, ils doivent aussi, puisqu'ils sont dans la voie du salut, in via, pouvoir se repentir; or, de même que l'homme, qui pèche habituellement avec une bête, reçoit de son confesseur l'injonction de détruire cette bête afin de supprimer les occasions de récidive, de même il peut arriver au démon repentant de tuer l'homme ou la bête avec qui il péchait d'habitude; et ce démon, en donnant ainsi la mort à un homme, ne péchera pas, pas plus que ne pèche l'homme en donnant la mort à une bête: car, étant observé la différence essentielle qui sépare de l'homme un démon de cette sorte, l'homme sera au démon ce que la bête est à l'homme.

103. Scio multos, et forte plerosque, qui hæc legerint, dicturos de me, quod Epicurei, et Stoici Philosophi nonnulli dixerunt de Divo Paulo, Actor. c. 17. v. 18.: Novorum Dæmoniorum videtur annunciator, et datam doctrinam exsibillabunt. Sed isti tenebuntur solvere argumenta supra posita, et dicere quinam sint Dæmones isti Incubi vulgo Folletti, qui exorcismos, res sacras, et Christi Crucem non pavent, ac alios effectus istorum, ac phænomena salvare, quæ nos ex data doctrina ostendimus. 103. Je sais que beaucoup de mes lecteurs, la plupart peut-être, diront de moi ce que les Épicuriens et bon nombre de Philosophes Stoïciens disaient de S. Paul (Actes des Apôtres, c. 17, v. 18): «Il semble qu'il annonce des divinités nouvelles», et tourneront ma doctrine en ridicule. Mais ils n'en seront pas moins tenus de détruire les arguments qui précèdent, de nous dire ce que c'est que ces Démons Incubes, vulgairement appelés Follets, qui n'ont peur ni des exorcismes, ni des objets sacrés, ni de la Croix du Christ, et enfin de nous expliquer les divers effets et phénomènes relatés par nous dans l'exposition de cette doctrine.

104. Solvitur ergo ex his, quæ hucusque deducta sunt, quæstio, quam proposuimus supra no 30. et no 34.: resolutive innuimus; quomodo mulier potest ingravidari a Dæmone Incubo. Non enim hoc præstare potest ex semine sumpto ab homine, ut fert communis opinio, quam confutavimus no 31 et 32: sequitur ergo, quod ipsa imprægnatur a semine Incubi, cum enim animal sit, et generet, proprio pollet semine: et hoc modo optime salvatur generatio Gigantum secuta ex commixtione Filiorum Dei cum Filiabus hominum; nati siquidem sunt ex tali concubitu Gigantes, qui licet homini essent similes, corpore tamen erant majores: et quamvis a Dæmonibus geniti, viribus proinde pollerent, non tamen Dæmonum vires et potentiam æquabant, ut sequitur in mulis, hinnis et burdonibus, qui medii quodammodo sunt inter eas species animalium, a quibus promiscue generantur, et superant quidem imperfectiorem, non attingunt autem perfectiorem speciem generantium: mulus enim superat asinum, sed non æquat perfectionem equæ, a quibus generatur. 104. Les arguments déduits ci-dessus nous amènent donc à une solution du problème posé aux nos 30 et 34, à savoir: comment une femme peut être fécondée par un Démon Incube. Ceci, en effet, ne peut provenir de sperme emprunté d'un homme, malgré l'opinion commune que nous avons réfutée, nos 31 et 32; il s'ensuit donc qu'elle est directement imprégnée par le sperme de l'Incube, lequel, étant animal et capable d'engendrer, dispose d'un sperme qui lui est propre. Ainsi se trouve parfaitement expliquée la génération des Géants, résultat du commerce des Fils de Dieu avec les Filles des hommes: car, quoique semblables à l'homme, ces Géants étaient de plus haute stature; et quoique engendrés par des Démons qui leur communiquaient de leur force, ils ne les égalaient pourtant ni en vigueur, ni en pouvoir. C'est exactement le cas des mulets, des bardeaux ou des muletons, qui tiennent en quelque sorte le milieu entre les espèces d'animaux dont ils sont engendrés, surpassant la plus imparfaite, mais n'égalant pas la plus parfaite: exemple le mulet, produit de l'âne et de la jument, qui est supérieur au premier, mais n'atteint pas à la perfection de la seconde.

105. Confirmat autem hanc sententiam consideratio, quod animalia genita ex commixtione diversarum specierum non generant; sed sunt sterilia, ut patet in mulis. Gigantes autem non leguntur Gigantes generasse, sed natos a Filiis Dei, puta Incubis, et filiabus hominum: cum enim concepti fuerint ex semine Dæmoniaco mixto cum humano, non potuerunt, tamquam mediæ speciei inter Dæmonem et hominem, generare. 105. A l'appui de cette conclusion, nous ferons observer que les animaux engendrés de l'union d'espèces différentes n'engendrent pas eux-mêmes, mais sont stériles, comme on le voit dans les mulets. Or nous ne lisons nulle part que les Géants aient été engendrés par d'autres Géants, mais bien qu'ils sont nés des Fils de Dieu, c'est-à-dire des Incubes, et des Filles des hommes: ainsi conçus du sperme démoniaque mêlé au sperme humain, formant une espèce mitoyenne entre le Démon et l'homme, ils n'avaient pas pouvoir d'engendrer.

106. Dicetur fortasse contra hoc, non posse, ex semine Dæmonum, quod pro sui natura oportet esse tenuissimum, fieri mixturam cum semine humano, quod crassum est; unde nec generatio sequi possit. 106. On objectera peut-être que le sperme des Démons qui, de sa nature, doit nécessairement être très-fluide, ne saurait se mélanger avec le sperme humain, qui est épais; et que, par conséquent, il n'en pourrait suivre aucune génération.

107. Respondeo quod, ut dictum fuit supra no 32: virtus generandi consistit in spiritu, qui simul cum materia spumosa et viscida deciditur a generante; sequitur ex hoc, quod semen Dæmonis quantumvis tenuissimum, quia tamen materiale, optime potest commisceri cum spiritu materiali seminis humani, ac fieri generatio. 107. Je réponds, suivant ce qui a été dit plus haut, no 32: la vertu génératrice consiste dans l'esprit qui est répandu par l'opérateur avec la matière spumeuse et visqueuse; donc le sperme du Démon, si fluide qu'il soit, étant cependant matériel, peut très-bien se mêler avec l'esprit matériel du sperme humain, et produire génération.

108. Replicabitur adhuc contra conclusionem, quod si vere fuisset Gigantum generatio ex semine Incuborum et Mulierum, nunc quoque Gigantes nascerentur, non desunt enim mulieres coeuntes cum Incubis, ut patet ex gestis SS. Bernardi et Petri de Alcantara, et aliarum historiarum, quæ passim ab Auctoribus recitantur. 108. On répliquera que si la génération des Géants était réellement sortie du sperme combiné des Incubes et des Femmes, il naîtrait aujourd'hui encore des Géants; car il ne manque pas de femmes ayant commerce avec les Incubes, comme on le voit dans les Gestes de S. Bernard et de Pierre d'Alcantara, et d'autres histoires racontées par divers auteurs.

109. Respondeo, quod prout ex Guaccio dictum fuit supra no 81: alii sunt hujusmodi Dæmones terrei, alii aquei, ærei alii, et alii ignei, qui respective in propriis eorum elementis habitant. Videmus autem animalia eo majora esse, quo majus est elementum in quo degunt, ut patet in piscibus, inter quos licet multi sint minuti, ut etiam sunt plura animalia terrestria minutissima, et tamen quia elementum aquæ majus est elemento terræ (utpote continens majus semper est contento), ideo pisces a tota specie superant in magnitudine molis animalia terrestria, ut patet in balenis, orcynis, pistis seu pistricibus, thynnis, ac aliis piscibus cetaceis, seu viviparis, qui quodvis animal terrestre longe superant. Porro cum Dæmones hujusmodi animalia sint, ut hucusque probatum est, eo erunt majores in magnitudine quo elementum majus pro sui natura inhabitabunt. Et cum ær excedat aquam, et ignis ære major sit, sequitur, quod Dæmones ætherei, ac ignei longe superabunt terrestres et aqueos, tum in mole corporis, tum in virtute. Nec contra hoc facit instantia de avibus, qui licet incolant ærem, qui major est aqua, tamen corpore minores sunt a tota specie piscibus et quadrupedibus, quia aves licet per ærem volatu spatientur, revera tamen pertinent ad elementum terræ, in qua quiescunt; aliter enim pisces nonnulli qui volant, ut hirundo marina, et alii, dici deberent animalia ærea, quod falsum est. 109. Je réponds, suivant ce qui a été dit ci-dessus, no 81, d'après Guaccius: des Démons dont il s'agit, les uns sont terrestres, les autres aqueux, les autres aériens, les autres ignés, et chacun réside dans l'élément qui lui est propre. Or un fait connu, c'est que les animaux sont d'autant plus grands, que plus grand est l'élément où ils demeurent, témoin les poissons: beaucoup sans doute sont très-petits, comme il arrive pour les animaux terrestres, mais de même que l'élément aqueux est plus grand que l'élément terrestre (le contenant étant toujours plus grand que le contenu), de même les poissons dans toute leur espèce dépassent en grandeur la masse des animaux terrestres: ceci est clair à voir les baleines, les thons, les cachalots et autres poissons cétacés ou vivipares, qui l'emportent de beaucoup sur n'importe quel animal terrestre. Conséquemment, les Démons dont il s'agit étant des animaux, comme nous l'avons prouvé, leur grandeur corporelle sera en proportion de la grandeur de l'élément où ils habiteront suivant leur nature. Et comme l'air l'emporte sur l'eau, et le feu sur l'air, il s'ensuit que les Démons éthérés et ignés l'emporteront de beaucoup sur leurs congénères terrestres et aqueux, soit en grandeur corporelle, soit en vigueur. On objectera peut-être que les oiseaux, habitants de l'air, qui est plus grand que l'eau, sont néanmoins, pris en général, plus petits que les poissons et les quadrupèdes; mais ceci ne prouve rien, car les oiseaux, tout en parcourant l'air de leur vol, n'en appartiennent pas moins à la terre, où ils se reposent; autrement il faudrait classer certains poissons volants, comme l'hirondelle de mer, parmi les animaux aériens, ce qui est faux.

110. Advertendum autem, quod post diluvium ær iste terraqueo globo citissimus magis incrassatus est ex humiditate aquarum, quam fuerit ante diluvium, et hinc forte est, quod ex tali humido, quod est principium corruptionis, fiat, quod homines non ætatem ita producant, ut faciebant ante diluvium. Ex ista autem æris crassitie fit, quod Dæmones ætherei, ac ignei, cæteris corpulentiores, nequeunt diutius manere in hoc ære crasso, et si descendunt aliquando hoc fit violenter, et eo modo quo urinatores ad ima maris descendunt. 110. Maintenant, une remarque essentielle, c'est qu'après le déluge, cet air qui enveloppe notre globe terrestre et aqueux est devenu, par suite de l'humidité des eaux, plus épais qu'il n'était avant le déluge; et comme l'humidité est le principe de la corruption, c'est peut-être pour cela que la vie des hommes ne se prolonge plus autant que dans les âges antédiluviens. Cette épaisseur de l'air est aussi cause que les Démons éthérés et ignés, d'une corpulence plus forte que les autres, ne peuvent plus demeurer dans cet air épais, et s'ils y descendent quelquefois, c'est violemment et de la même manière que les plongeurs descendent au fond de la mer.

111. Ante diluvium autem, cum adhuc ær non ita crassus erat, veniebant Dæmones, et cum mulieribus miscebantur, et gigantes procreabant, qui magnitudinem corpoream Dæmonum generantium æmulabantur. Nunc vero ita non est: Dæmones enim Incubi, qui fœminas incessunt, sunt aquei quorum corporis moles magna non est: et proinde in forma homuncionum apparent, et quia aquei etiam salacissimi sunt; luxuria enim in humido est: ut proinde Venerem e mari natam Poetæ finxerint, quod Mythologi explicant de libidine, quæ oritur ab humiditate. Cum ergo Dæmones, qui corpore parvi sunt, his temporibus mulieres imprægnent, non gigantes, sed staturæ ordinariæ filii nascuntur. Sciendum porro quod si miscentur corporaliter cum mulieribus Dæmones in sua ipsorum corpulentia naturali, nulla facta immutatione aut artificio, mulieres illos non vident, nisi tanquam umbram pæne incertam, ac quasi insensibilem, ut patet in muliere illa, de qua diximus supra no 28., quæ osculabatur ab incubo, cujus tactus vix ab ea sentiebatur. Quando vero volunt se visibiles amasiis reddere, atque ipsis delectationem in congressu carnali afferre, sibi indumentum visibile assumunt, et corpus crassum reddunt. Qua vero hoc arte fiat, ipsi norunt. Nobis curta nostra Philosophia hoc non pandit. Unum scire possumus, et est, quod tale indumentum seu corpus ex solo ære concreto constare nequiret, hoc enim esse deberet per condensationem, et proinde per frigus; unde oporteret, quod corpus illud ad tactum esset veluti glacies, et ita in coitu mulieres non delectaret, sed torqueret, cum tamen contrarium eveniat. 111. Or avant le déluge, lorsque l'air n'était pas encore aussi épais, les Démons venaient sur la terre et avaient commerce avec les femmes, procréant de la sorte des Géants d'une stature presque égale à celle des Démons leurs pères. Mais à présent il n'en est plus ainsi: les Démons Incubes qui accolent les femmes sont aqueux et de taille restreinte; aussi les voit-on paraître sous la forme de petits hommes, et, par la raison qu'ils sont aqueux, ils sont excessivement lascifs. Luxure et humidité sont deux termes correspondants: ce n'est pas sans raison que les Poëtes ont fait naître Vénus de la mer, voulant indiquer, comme l'expliquent les Mythologues, que la luxure a sa source dans l'humidité. Donc lorsque les Démons, qui sont de petite stature, engrossent aujourd'hui les femmes, ils leur font des enfants de taille ordinaire et non des géants. Ici se place une observation: lorsque ces Incubes s'unissent charnellement aux femmes dans leur corps propre et naturel, sans métamorphose ni artifice, les femmes ne les voient pas, ou, si elles les voient, c'est comme une ombre presque incertaine et à peine sensible: tel était le cas de cette dame dont nous avons parlé au no 28, qui recevait les baisers d'un incube dont elle sentait à peine le contact. Quand, au contraire, les galants veulent se rendre visibles à leurs maîtresses, atque ipsis delectationem in congressu carnali afferre, alors ils revêtent une enveloppe visible, et leur corps devient palpable. Par quel art, ceci est leur secret. Notre philosophie à courte vue est impuissante à le découvrir. Tout ce que nous savons, c'est que cette enveloppe ou ce corps ne pourrait consister seulement en air concret, car ceci ne s'effectuerait que par la condensation, et conséquemment par le froid; un corps ainsi formé produirait au toucher l'effet de la glace; et ita in coitu mulieres non delectaret, il les ferait plutôt souffrir, lorsque cependant c'est le contraire qui arrive.

112. Visa igitur differentia Dæmonum spiritualium, qui cum sagis coeunt, et Incuborum, qui cum fœminis minime sagis rem habent, perpendenda est gravitas hujus criminis in utroque casu. 112. Etant donc admis la distinction des Démons spirituels, qui ont commerce avec les sorcières, et des Incubes, qui ont affaire à des femmes pas du tout sorcières, il nous reste à peser la gravité du crime dans l'un et l'autre cas.

113. In coitu Sagarum cum Dæmonibus, eo quia non fit nisi cum apostasia a Fide, et Diaboli cultu, et tot aliis impietatibus quas recensuimus supra a no 12. ad 24., est maximum quorumque peccatorum, quæ ab hominibus fieri possunt: et ratione tantæ enormitatis contra Religionem, quæ præsupponitur coitu cum Diabolo, profecto Dæmonialitas maximum est criminum carnalium. Sed spectato delicto carnis ut sic, et ut abstracto a peccatis contra Religionem, Dæmonialitas redigenda est ad simplicem pollutionem. Ratio, et quidem convincentissima, est quia Diabolus, qui rem habet cum sagis, purus spiritus est, et est in termino ac damnatus ut dictum supra fuit; proinde si cum sagis coit, hoc facit in corpore assumpto, aut a se formato, ut sentiunt communiter Theologi. Porro corpus illud quamvis moveatur, non tamen vivens est; sequitur ergo quod coiens cum tali corpore, sive mas sive fœmina fuerit, idem delictum committit, ac si cum corpore inanimato, aut cadavere coiret, quod esset simplex mollities, ut alias demonstravimus. Verum est, quod, ut observavit etiam Cajetanus, talis coitus effective potest habere deformitates aliorum criminum juxta corpus a Diabolo assumptum, et vas: si enim assumeret corpus virginis consanguineæ, aut sacræ, effective esset tale crimen incestus aut sacrilegium, et si in figura bruti coiret, aut in vase præpostero, evaderet bestialitas, aut Sodomia. 113. Le commerce des Sorcières avec les Démons, par les circonstances qui l'accompagnent: apostasie de la Foi, culte du Diable, et tant d'autres impiétés que nous avons énumérées plus haut, nos 12 à 24, est le plus grand de tous les péchés qu'il soit donné à l'homme de commettre; et si l'on considère l'énormité de cet attentat contre la Religion, que présuppose le coït avec le Diable, assurément la Démonialité est le plus grand, de tous les crimes de la chair. Mais à envisager le péché de la chair comme tel, et abstraction faite du péché contre la Religion, la Démonialité n'est plus que pollution simple. La raison, et une raison très-convaincante, c'est que le Diable qui a affaire aux Sorcières, est un pur esprit, arrivé au terme et damné, comme il a été dit plus haut; conséquemment, s'il paillarde avec les Sorcières, c'est au moyen d'un corps emprunté, ou qu'il s'est formé lui-même, suivant l'opinion commune des Théologiens. Or, quoique mis en mouvement, ce corps, toutefois, n'est pas vivant; d'où suit que l'être humain, mâle ou femelle, coiens cum tali corpore, commet le même délit que s'il le faisait avec un corps inanimé, un cadavre: ce qui serait pollution simple ou mollesse, comme nous l'avons démontré ailleurs. Il est vrai, du reste, ainsi que l'a observé Cajetan, qu'un commerce de cette nature peut très-bien revêtir les caractères honteux d'autres crimes, suivant le corps emprunté par le Démon et l'organe employé: car s'il empruntait le corps d'une parente ou d'une religieuse, le crime serait effectivement inceste ou sacrilége; et s'il paillardait sous la forme d'une bête, ou in vase præpostero, ce serait bestialité ou Sodomie.

114. In coitu autem cum Incubo, in quo nulla habetur qualitas, vel minima, criminis contra Religionem, difficile est rationem invenire, per quam tale delictum Bestialitate et Sodomia gravior esset. Siquidem gravitas Bestialitatis præ Sodomia, prout supra diximus, consistit in hoc, quod homo vilificat dignitatem suæ speciei jungendose cum bruto, quod est speciei longe inferioris sua. In coitu autem cum Incubo diversa est ratio: nam Incubus ratione spiritus rationalis, ac immortalis, æqualis est homini; ratione vero corporis nobilioris, nempe subtilioris, est perfectior, et dignior homine; et hoc modo homo jungens se Incubo non vilificat, immo dignificat suam naturam, et ita, juxta hanc considerationem, Dæmonialitas nequit esse gravior Bestialitate. 114. Quant au commerce avec l'Incube, où ne se rencontre aucun élément, si faible soit-il, d'offense contre la Religion, il est difficile de voir pourquoi ce délit serait plus grave que la Bestialité et la Sodomie. En effet, si la Bestialité est plus grave que la Sodomie, comme nous l'avons dit plus haut, c'est que l'homme avilit la dignité de son espèce en s'unissant avec la brute, qui est d'une espèce bien inférieure à la sienne. Mais dans le commerce avec l'Incube, c'est le contraire qui a lieu: car l'Incube, du chef de son esprit raisonnable et immortel, est égal à l'homme; du chef de son corps plus noble et plus subtil, il est plus parfait et plus digne que l'homme. Conséquemment, l'homme qui s'unit à l'Incube n'avilit pas sa nature, il la dignifie plutôt; et à considérer la chose à ce point de vue, la Démonialité ne saurait être plus grave que la Bestialité.

115. Tamen gravior communiter censetur, et ratio, meo videri, potest esse: quia peccatum contra Religionem est, quævis communicatio cum Diabolo, sive ex pacto, sive non; puta habendo cum eo consuetudinem aut familiaritatem, seu ab eo petendo auxilium consilium, favorem, aut ab ipso quærendo revelationem futurorum, relationem præteritorum, absentium, aut alias occultorum. Hujusmodi autem homines, seu mulieres, concumbendo cum Incubis, quos nesciunt animalia esse, sed putant esse diabolos, contra conscientiam erroneam delinquunt; et hoc modo ex conscientia erronea ita peccant cum Incubis se jungendo, ac si cum diabolis coirent: unde et gravitatem ejusdem criminis incurrunt. 115. Cependant l'opinion commune veut qu'elle soit plus grave; et voici, à mon sens, ce qui peut justifier cette manière de voir: c'est qu'il y a péché contre la Religion dans toute communication avec le Diable, soit en vertu d'un pacte, soit sans pacte, comme, par exemple, en ayant avec lui des relations d'habitude ou de familiarité, ou en lui demandant secours, avis, faveur, ou en cherchant à obtenir de lui la révélation des choses futures, la connaissance des choses passées, absentes ou cachées. Hommes et femmes, en s'unissant ainsi avec des Incubes qu'ils ne savent pas être des animaux, mais croient être des diables, pèchent par intention ou erreur de conscience, ex conscientia erronea, et leur péché est le même en ayant affaire à des Incubes que s'ils avaient commerce avec des diables; d'où il suit que la gravité de leur crime est exactement la même.

FINIS FIN.

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