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De la démonialité des animaux incubes et succubes

DÉMONIALITÉ ou INCUBES ET SUCCUBES (continued 2)

Isidore Liseux translation

51. Quarta interrogatio est, qualis esset eorum corporis figuratio, an humanam, an aliam formam, et qualem haberent, et an partes corporis ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cæterorum animalium, an vero accidentalem tantum, ut corpora fluidarum substantiarum, ut olei, aquæ, nubis, fumi, etc.; et num substantiæ suarum partium organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in quibus sunt aliæ partes crassissimæ, ut ossa, aliæ minus crassæ, ut cartilagines, aliæ tenues, ut membranæ. 51. Quatrième question: Quelle serait la forme de leur corps? Serait-ce la forme humaine ou quelque autre? Y aurait-il, entre les diverses parties de leur corps, un ordre essentiel, comme on le voit dans les autres animaux, ou seulement accidentel, comme dans les substances fluides, telles que l'huile, l'eau, les nuées, la fumée, etc.? Ces parties organiques seraient-elles composées de substances différentes, comme les organes du corps humain, où se trouvent des parties très-épaisses, telles que les os; d'autres moins épaisses, telles que les cartilages; et d'autres minces, telles que les membranes?

52. Respondeo, quod quantum ad figuram corpoream nihil certi affirmare debemus, aut possumus, cum talis figura non sit exacte nobis sensibilis, nec quoad visum, nec quoad tactum præ sui corporis tenuitate, ac perspicacitate; qualis proinde vere sit, noverent ipsi, aliique, qui substantias immateriales intuitive cognoscere possunt. Quoad congruentiam et probabilitatem dico, illa referre speciem corporis humani, cum aliquo distinctivo a corpore humano, nisi forte ad hoc sufficiat sua ipsorum tenuitas. Ducor, quia corpus humanum plasmatum a Deo perfectissimum est, inter animalia quæque, et cum cætera bruta in terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut ait poeta Ovid., Metamorphos.: 52. Je réponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne devons ni ne pouvons rien affirmer de certain, puisque cette forme ne tombe pas sous nos sens, étant trop délicate pour notre vue et notre toucher. Laissons donc cette connaissance à eux-mêmes et à ceux qui ont le privilége de discerner intuitivement les substances immatérielles. Mais, en tant que probabilité, je dis que cette forme doit se rapporter à celle du corps humain, avec quelque particularité distinctive, si la délicatesse même de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce qui me confirme dans cette opinion, c'est de considérer que le corps humain, de tous les ouvrages de Dieu, est le plus parfait; que, tandis que tous les autres animaux, dont l'âme est mortelle, sont courbés vers la terre, Dieu, comme dit le poète Ovide, en ses Métamorphoses,

Os homini sublime dedit, cœlumque tueri Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus; A donné à l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le ciel, Et de tenir tes yeux élevés vers les astres,

quia anima hominis immortalis ordinata est ad cœlestem mansionem. Cum igitur animalia, de quibus loquimur, spiritum haberent immaterialem, rationalem, ac immortalem, et proinde capacem beatitudinis, ac damnationis, congruum est, quod corpus, cui talis spiritus copulatur, simile sit omnium animalium nobilissimo, corpori humano. Ex hac positione sequitur, quod ejus corporis partes ordinem inter se essentialem habere deberent; nec enim pes capiti, aut ventri manus conjungi deberet: sed congrua membrorum essentiali dispositione ordinata, ut essent idonea ministeriis propriis perficiendis. Quo autem ad partes componentes ipsarum organa, dico quod necessarium esset, ut nonnullæ ipsarum essent solidiores, aliæ minus solidæ, aliæ tenues, aliæ tenuissimæ pro necessitate operationis organicæ. Nec contra hanc positionem facile potest asseri tenuitas ipsorum corporum: quippe soliditas aut crassities organicarum partium, de qua dicimus, non esset talis simpliciter, sed comparative ad alias partes tenuiores. Et hoc patere potest in omnibus corporibus fluidis naturalibus, ut vino, oleo, lacte, etc.; quantumvis enim omnes partes in ipsis videantur homogeneæ, ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars terrea, pars aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, quæ omnia manipulatione spargirica oculis subjici possunt. Ita esset in casu nostro: posito enim quod talium animalium corpora subtilia, et tenuia, ut corpora naturalia fluida, velut aqua, et ær, essent, non tamen tolleretur, quin in ipsorum partibus diversæ inter se essent qualitates, et aliquæ ipsarum comparative ad alias essent solidæ, et aliæ tenuiores, quamvis totum corpus ex ipsis compositum tenue dici posset. et cela, parce que l'âme de l'homme a été créée immortelle, en vue de la demeure céleste. Or, les animaux dont nous parlons, possédant un esprit immatériel, rationnel et immortel, conséquemment capable de béatitude et de damnation, il est logique d'admettre que le corps, auquel cet esprit est uni, soit semblable au corps le plus noble qui existe dans l'ordre animal, c'est-à-dire au corps humain. D'où il suit que les différentes parties de ce corps doivent avoir entre elles un ordre essentiel; que, par exemple, le pied n'est pas un appendice de la tête, ni la main du ventre, mais que chaque organe est bien à sa place, suivant les fonctions auxquelles il est destiné. Maintenant, pour ce qui est des parties constitutives desdits organes, il est, à mon avis, nécessaire qu'il y en ait de plus ou moins solides, de plus ou moins délicates, afin de répondre aux exigences de l'opération organique. Et si l'on objectait, sur ce point, la délicatesse même de leur corps, je dirais que la solidité, la consistance des parties organiques dont nous parlons, ne serait pas absolue, mais seulement relative aux autres parties plus délicates. C'est, d'ailleurs, ce qu'on peut observer dans tous les corps fluides naturels, comme le vin, l'huile, le lait, etc.: si homogènes, si semblables entre elles que paraissent toutes les parties dont ils se composent, il n'en est cependant pas ainsi; car les unes sont argileuses, les autres aqueuses: il y a du sel fixe, du sel volatil, du soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que d'être soumis à l'analyse chimique. De même dans le cas qui nous occupe; car, en supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et délicats comme les corps naturels fluides: l'eau, l'air, etc., il n'en faudrait pas moins reconnaître des différences dans la qualité de leurs parties constitutives, dont les unes seraient solides en comparaison d'autres plus menues, sans que les corps ainsi composés, pris dans leur ensemble, cessassent de pouvoir être dits délicats.

53. Quod si dicatur, quod hæc repugnant positioni supra firmatæ, circa partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem videmus, quod in corporibus fluidis, ac tenuibus una pars non servat ordinem essentialem ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hæc pars vini, quæ modo alteri parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri parti unitur, et sic omnes partes diversam positionem habent quantumvis semper idem vinum sit, et ex hoc sequeretur, quod talium animalium corpora figurata stabiliter non essent, et consequenter, nec organica. 53. Mais, objectera-t-on, ceci répugne à ce qui a été dit plus haut de l'ordination essentielle des parties entre elles; car il est visible que, dans les corps fluides et subtils, une partie n'est pas coordonnée essentiellement, mais seulement accidentellement avec une autre: ainsi, telle partie de vin qui, tout à l'heure, était contiguë à telle autre partie, se trouve bientôt, soit qu'on renverse le vase ou qu'on agite le vin, en contact avec une troisième; et toutes les parties changent à la fois de position, quoique ce soit toujours le même vin. D'où il suivrait que les corps de ces animaux n'auraient pas de figure stable et, conséquemment, ne seraient pas organiques.

54. Respondeo negando assumptum; etenim in corporibus fluidis, quamvis non appareat, manet tamen essentialis partium ordinatio, qua stante stat in suo esse compositum, et hoc patet manifeste in vino: expressum enim ab uvis videtur liquor totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo enim sunt partes crassæ, quæ tractu temporis subsident in doliis: sunt etiam partes tenues, quæ evaporant: sunt partes fixæ, ut tartarus, sunt partes volatiles, ut sulphur, sive spiritus ardens; sunt partes mediæ inter volatile ac fixum, ut phlegma. Partes istæ ordinem essentialem inter se mutant; nam statim, ac expressum est ab uvis, et mustum dicitur sulphur, sive spiritus volatilis, ita implicatum manet particulis tartari, qui fixus est, ut nullo modo avolare valeat. 54. Ma réponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les corps fluides, l'ordination essentielle des parties n'est pas apparente, elle n'en est pas moins réelle, et c'est par là qu'un corps composé reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin: à peine exprimé de la grappe, on dirait une liqueur tout à fait homogène, et qui ne l'est point pourtant; car il y a des parties épaisses qui, à la longue, déposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui s'évaporent; des parties fixes, comme le tartre; des parties volatiles, comme le soufre ou l'alcool; enfin des parties intermédiaires entre le volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses parties ne gardent pas respectivement un ordre essentiel; car, aussitôt que le moût a été exprimé des grappes, et qu'il prend le nom de soufre ou esprit volatil, il demeure si étroitement lié aux particules du tartre, qui sont fixes, qu'il lui est impossible de s'échapper.

55. Hinc est, quod a musto recenter ab uvis expresso nullo modo potest distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur aqua vitæ: sed post quadraginta dies fermentationis particulæ vini ordinem mutant, ita ut spiritus, qui alligati erant particulis tartareis, et propria volatilitate eas suspensas tenebant, et vicissim ab eis, ne possent avolare detinebantur, ac tartareis particulis separantur, et divulsi, ac confusi remanent cum partibus phlegmaticis, a quibus per actionem ignis faciliter separantur, et avolant; sicque per distillationem fit aqua vitæ, quæ aliud non est quam sulphur vini volatile cum tenuiore parte phlegmatis simul cum dicto sulphure vi ignis elevata. Post quadraginta dies, alia incipit vini fermentatio, quæ longiori, aut minus longo tempore perficitur, pro vini perfectiori, aut imperfectiori maturitate, et alio, atque alio modo terminatur, pro minore aut majore spiritus sulphurei abundantia. Si enim abundat in vino sulphur, acescit fermentatione, et evadit acetum; si autem parum sulphuris continet, lentescit vinum, et Italice dicitur vino molle, aut vino guasto. Quod si vinum maturum sit, ut cæteris paribus est, vinum dulce breviori tempore, aut acescit, aut lentescit, ut quotidiana constat experientia. In dicta autem fermentatione ordo essentialis partium vini mutatur; non enim ipsius quantitas, aut materia imminuitur, aut mutatur: videmus enim lagenam vino plenam tractu temporis evadere plenam aceto, nullatenus mutata circa quantitatem materiæ, quæ prius ibi extabat, sed tantum mutato partium essentiali ordine: nam sulphur, quod, ut diximus, erat phlegmati unitum, ac a tartaro separatum, iterum tartaro implicatur, et cum eo fixatur, et proinde si distilletur acetum, primo prodit phlegma insipidum, et post spiritus aceti, qui est sulphur vini illaqueatum particulis tartari minus fixi. Mutatio autem essentialis partium supradictarum variat substantiam liquoris expressi ab uva, quod manifeste patet ex variis, et contrariis effectibus, quos causant mustum, vinum, et acetum, et vinum lentum, quod vocatur corruptum, ut proinde duo prima apta materia sint ad consecrationem, secus alia duo. Hanc porro vini economiam hausimus ab erudito opere Nicolai Lemerii, Regis Galliarum Aromatarii, Curs. de Chimi., p. 2. c. 9. 55. C'est pour cela que le moût récemment exprimé des grappes, ne se prête en aucune façon à la distillation de l'esprit sulfureux, vulgairement nommé eau-de-vie; mais, après quarante jours de fermentation, les particules du vin se déplacent; les esprits qui, étant liés aux particules tartriques, les tenaient suspendues par leur propre volatilité, tandis que celles-ci les retenaient eux-mêmes, de manière à en empêcher l'évaporation, se séparent de ces particules, et demeurent mêlés confusément aux parties flegmatiques, puis s'en dégagent facilement par l'action du feu, et s'évaporent: ainsi, au moyen de la distillation, se fait l'eau-de-vie, qui n'est pas autre chose que le soufre contenu dans le vin, volatilisé par la chaleur avec la partie la plus délicate du flegme. Au bout de quarante jours, commence une autre fermentation qui se prolonge plus ou moins, suivant que la maturité du vin est plus ou moins parfaite, et se termine d'une façon ou d'une autre, selon que l'esprit sulfureux est plus ou moins abondant. En effet, s'il y a dans le vin abondance de soufre, il s'aigrit par la fermentation et tourne au vinaigre; si, au contraire, il contient peu de soufre, le vin s'amollit, et c'est ce qu'on appelle en Italien: vino molle, ou vino guasto. Si le vin est mûr tout d'abord, comme il arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux à l'aigre, ou s'amollit, comme le démontre l'expérience de chaque jour. Or, dans la fermentation dont il est parlé, l'ordre essentiel des parties du vin subit un changement, mais non sa quantité ou sa matière, qui ne change, ni ne diminue: une bouteille pleine de vin, par exemple, au bout d'un certain temps, se trouve être pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien de changé quant à la quantité de matière; l'ordre essentiel des parties est seul changé: le soufre qui, comme nous l'avons dit, était uni au flegme et séparé du tartre, se mêle de nouveau au tartre et reste fixé avec lui; de sorte que si l'on distille le vinaigre, il en sort d'abord un flegme insipide, puis un esprit de vinaigre, qui est le soufre de vin entremêlé de particules de tartre moins fixe. Or, la mutation essentielle des susdites parties affecte la substance de la liqueur exprimée du raisin, comme le prouvent manifestement les effets contraires et variés du moût, du vin, du vinaigre et du vin mou ou corrompu; ce qui fait que les deux premiers sont matière propre à la consécration, mais non les deux autres.—Nous avons emprunté cette exposition de l'économie du vin au savant ouvrage de Nicolas Lémery, Parfumeur du Roi de France, Cours de chimie, p. 2. c. 9.

56. Datam ergo naturalem doctrinam applicando consequenter dico, quod data dictorum animalium corporeitate subtili, et tenui, sicut corpora liquidorum, et data pariter eorundem organizatione et figuratione, quæ partium essentialem ordinationem exigunt, non sequerentur inconvenientia ex adverso illata: nam sicut (quemadmodum dicebamus) ex confusione partium vini, et diversa ipsarum accidentali positione non variatur ordinatio earumdem essentialis, ita esset in corpore tenui dictorum animalium. 56. Maintenant, si nous appliquons à notre sujet la doctrine naturelle ci-dessus, je dis qu'étant donné la corporéité subtile et délicate des animaux en question, analogue à la substance des liquides; étant donné pareillement leur organisation et leur figure, qui exigent une ordination essentielle des parties, il n'y aurait, à supposer le contraire, aucun argument à élever contre leur existence: car de même, avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la diversité de leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination essentielle de ces parties, de même il en serait à l'égard du corps subtil de nos animaux.

57. Quinta interrogatio est, an talia obnoxia essent ægritudinibus, ac aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut ignorantia, metu, segnitie, sensuum impedimentis, etc.? An laborando lassarentur, et ad virium reparationem egerent somno, cibo, ac potu, et quo? et consequenter an interirent, et subinde, an a cæteris animalibus casu, aut ruina possent occidi? 57. Cinquième question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et autres infirmités dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la peur, la paresse, la paralysie des sens, etc.? Se fatigueraient-ils par le travail, et auraient-ils besoin, pour réparer leurs forces, de dormir, de manger, de boire? Quelles seraient leur nourriture et leur boisson? Seraient-ils destinés à mourir, et pourraient-ils être tués soit par accident, soit par le fait d'autres animaux?

58. Respondeo, quod ex quo corpora ipsorum, quamvis tenuia, essent materiata, essent quidem corruptioni obnoxia; et ex consequenti possent pati ab agentibus contrariis, et ita ægrotare, puta, aut simpliciter, aut nisi ægre, perverse, aut vitiose præstare non posse munera, ad quæ eorum organa essent ordinata; in hoc siquidem consistit animalium quorumdam ægritudo quævis: ut resolutive docet præstantissimus Michael Ettmullerus, Physiol. c. 5., thes. 1. Verum est, quod ex eo, quod tantam materiæ crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum mixtione eorum corpus non constaret, et minus compositum esset, quam humanum, non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot ægritudinibus velut homines essent obnoxia, et longiorem, etiam homine, vitam ducerent: quo enim perfectius est animal, a tota specie, etiam cæteris, diutius vivit, ut patet de specie humana, cujus vita longior cæteris animalibus est. Nec enim admitto sæcularem vitam cornicum, cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo fabulatur Plinius, et ejus somnia sine prævia discussione secuti sunt cæteri: quandoquidem nullus est, qui talium animalium natale et interitum fideliter adnotaverit, ut pari modo de eo scripserit; sed insolitam diu fabulam quisque secutus est; sicut etiam illud, quod de Phœnice dicitur, quod ut quid fabulosum, circa ejus vitæ spatium recenset Tacitus, l. 6. Annal. Inferendum subinde esset quod illorum animalium vita etiam humana deberet esse diuturnior: ut enim infra dicemus, illa essent homine nobiliora, consequenter dicendum esset, quod essent obnoxia cæteris corporeis pathematis, et quiete, et cibo indigerent, quale diximus supra no 50. Quia vero rationalia, et proinde disciplinabilia essent, ex consequenti etiam capacia ignorantiæ, si eorum ingenia non essent exculta studiis, et disciplina, et inter ea pro intellectus eorum majori, et minori acumine essent aliqua magis, aliqua minus in scientiis excellentia: universaliter vero, et a tota specie essent homine doctiora, non ob eorum corpoream subtilitatem, tum forte, ob majorem spirituum activitatem, tum ob diuturniorem vitæ durationem, in qua plura, quam homines discere possent, quas causas assignat D. Augustinus, lib. de Divin. Dæm. c. 3. init. tom. 3., et lib. de Spir. et Anima, c. 37., pro futurorum prænotione in Dæmonibus. Ab agentibus autem naturalibus pati quidem possent, ac difficulter occidi ratione velocitatis, qua possunt se subtrahere a nocentibus; quapropter, nec a brutis, nec ab homine armis naturalibus, seu artificialibus nisi maxima difficultate possent occidi, aut mutilari, et maxima eorumdem velocitate in declinando contrarium impetum. Possent vero in somno, aut in non advertentia occidi, et mutilari a corpore solido, ut ense vibrato ab homine, aut lapide delapso per ruinam, quia eorum corpus licet tenue, tamen et quantum, et divisibile esset, velut ær qui ferro, fuste, aut alio corpore solido dividitur quamvis tenuis sit. Eorum autem spiritus impartibilis esset, et ceu anima hominis totus in toto, et totus in quavis corporis parte. Hinc fieret quod diviso corpore ipsorum, ut præfertur, per aliud corpus, sequi posset mutilatio, et proinde etiam mors: non enim fieri posset ut diviso corpore idem spiritus utramque partem informaret, cum ipse indivisibilis esset. Verum est quod sicut partes æris divisæ, per intermedium corpus, hoc sublato iterum uniuntur, et evadit idem ær, possent pariter partes corporis divisæ, ut supra ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc modo nequirent talia animalia ab agentibus naturalibus, aut artificialibus occidi: sed rationabilior esset prima positio; ex hoc enim, quod communicarent cum cæteris in materia, æquum est, ut a cæteris, etiam usque ad eorum interitum pati possent, ut fit cum cæteris. 58. Je réponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient matériels, ils seraient par cela même sujets à corruption; conséquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par suite, être malades, c'est-à-dire que leurs organes se refuseraient à remplir, ou ne rempliraient qu'avec peine et imparfaitement les fonctions qui leur seraient assignées, car c'est en cela que consiste toute maladie quelconque chez certains animaux, comme l'enseigne doctoralement le très-illustre Michel Ettmuller, Physiologie, c. 5, thèse 1. A la vérité, comme la matière de leur corps serait moins épaisse que celle du corps humain, comme elle serait formée de moins d'éléments mêlés ensemble, partant moins composite, ils ne souffriraient pas aussi aisément de l'action des contraires, ils seraient donc moins sujets que l'homme aux maladies, et leur vie serait aussi plus longue: car, plus l'animal est parfait, pris dans son espèce, plus il vit longtemps, témoin l'espèce humaine, dont l'existence est plus longue que celle des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie séculaire des corneilles, des cerfs, des corbeaux et autres semblables, dont Pline nous conte des fables à sa manière; et, quoique ses rêveries aient été reproduites, sans examen préalable, par divers auteurs, il n'en est pas moins certain que personne, pour écrire ainsi, n'a exactement pris note de la naissance et de la mort de ces créatures: on s'est contenté d'adopter la fable courante, comme on l'a fait à l'égard du Phénix, dont la longévité est traitée de conte par Tacite, Annales, l. 6. Il faudrait donc inférer que les animaux dont nous parlons surpasseraient l'homme lui-même en longévité; car, ainsi que nous le dirons plus bas, ils seraient plus nobles que l'homme; conséquemment aussi, ils seraient sujets aux autres affections corporelles, et auraient besoin de repos et de nourriture comme nous l'avons dit au no 50. Maintenant, en leur qualité d'êtres raisonnables et, par suite, éducables, ils pourraient aussi rester ignorants si leurs esprits n'étaient pas cultivés par l'étude et la discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou moins versés dans les sciences, de plus ou moins habiles, suivant que leur intelligence aurait été plus ou moins exercée. Toutefois, à les prendre en général et dans l'universalité de leur espèce, ils seraient plus instruits que l'homme, non à cause de la subtilité de leur corps, mais peut-être soit parce que leur esprit serait plus actif, soit parce que leur vie serait plus longue et leur permettrait d'apprendre plus de choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignées par Saint Augustin (Divin. Démon., ch. 3, et de l'Esprit et de l'Ame, ch. 37), à la prescience des choses futures chez les Démons. Il pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels, mais difficilement être tués, à cause de la vitesse avec laquelle ils échappent au danger; aussi paraît-il à peine concevable qu'ils puissent être tués ou mutilés par les bêtes ou par l'homme, au moyen d'armes naturelles ou artificielles, tant ils sont prompts à éviter le coup qui les menace. Cependant, ils pourraient être tués ou mutilés pendant leur sommeil, ou dans un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide, tel qu'une épée vibrée par un homme ou une pierre lancée avec force; car, quoique subtil, leur corps serait divisible, comme l'air qui, tout vaporeux qu'il soit, est cependant divisé par une épée, un bâton, ou quelque autre corps solide. Quant à leur esprit, il serait indivisible et, comme l'âme humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du corps. Conséquemment, la division de leur corps effectuée, comme il est dit ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et même la mort, car il ne serait pas possible à l'esprit, qui est lui-même indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divisé. Sans doute, de même que les parties de l'air, divisées par l'intermédiaire d'un corps, se réunissent aussitôt ce corps retiré, pour former le même air qu'auparavant; de même les parties du corps divisé, comme il est dit plus haut, pourraient se réunir et revivre avec le même esprit. Mais, de cette manière, il faudrait conclure que nos animaux ne pourraient être tués par des agents naturels ou artificiels: il serait plus raisonnable de nous en tenir à notre première position; car, du moment qu'ils seraient communs en matière avec les autres créatures, il est naturel qu'ils soient exposés à souffrir du fait de ces créatures, suivant la loi commune, et jusqu'à la mort même.

59. Sexta interrogatio est, an ipsorum corpora possent alia corpora penetrare, ut parietes, ligna, metalla, vitrum, etc., et an multa ipsorum possent in eodem loco materiali consistere, et ad quantum spatium extenderetur, seu restringeretur eorum corpus? 59. Sixième question: Leur corps pourrait-il pénétrer d'autres corps, comme les murs, le bois, les métaux, le verre, etc.? Pourraient-ils résider en grand nombre dans un même lieu matériel, et à quel espace s'étendrait ou se restreindrait leur corps?

60. Respondeo, quod cum in omnibus corporibus quantumvis compactis dentur pori, ut ad sensum patet in metallis, de quibus major esset ratio, quod in ipsis non darentur pori: microscopio perfecte elaborato discernuntur pori metallorum, cum suis diversis figuris, utique possent per poros insinuari quibusvis corporibus, et hoc modo ista penetrare, quantumvis tales pori penetrari non possent ab alio liquore, aut spiritu materiali, aut vini, salis ammoniaci, aut similium, quia longe tenuiora essent istis liquoribus illorum corpora. Quamvis autem plures Angeli possint esse in eodem loco materiali, et etiam restringi ad locum minorem minore non tamen in infinitum, ut probat Scotus in 2. dist. 2. q. 6. § Ad proposi. et quæst. 8., per totum, hoc tamen concedendum non esset de corporibus talium animalium; tum quia corpora ipsa essent quanta, et eorum dimensio non esset reciproce penetrabilis; tum quia si duo corpora gloriosa non possunt esse in eodem loco, quamvis possint simul esse gloriosum, et non gloriosum, ut voluit Gotofredus de Fontibus, quodlibet 6. q. 5., a quo non discordat Scotus in 2. distinct. 2. q. 8. in fine; multo minus possent simul esse istorum corpora, quæ, licet subtilia, non tamen æquarent subtilitatem corporis gloriosi. Quo autem ad extensionem, et restrictionem dicendum esset, quod sicut ex rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab ære, qui etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur, quam sit suæ quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis lusoriis, quæ per fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his siquidem ær violenter immittitur, et constringitur, et ejus major ibi continetur quantitas, quam naturalis pilæ capacitas exigat; ita pariformiter talia corpora ex ipsorum naturali virtute possent ad majus spatium non tamen excedens eorumdem quantitatem, extendi: ut pariter etiam restringi, non tamen circa determinatum locum suæ quantitati debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in hominibus est, essent magna, et nonnulla parva, congruum esset, ut magna possent plus extendi, quam parva et hæc ad minorem locum restringi, quam magna. 60. Je réponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des pores, témoin les métaux qui, plus que tous les autres, sembleraient devoir en être privés; en effet, à l'aide d'un microscope parfaitement organisé, on discerne les pores des métaux, avec leurs différentes figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores dans d'autres corps quelconques et ainsi les pénétrer, encore bien que ces mêmes pores soient impénétrables à des liqueurs ou esprits matériels, de vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce que leurs corps seraient de beaucoup plus subtils que ces liqueurs. Cependant, quoique plusieurs Anges puissent résider dans un même lieu matériel, et même se resserrer dans un espace de plus en plus étroit, non toutefois jusqu'à l'infini, comme le prouve Scott, il serait téméraire d'accorder la même faculté aux corps des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet, sont déterminés en substance, impénétrables l'un à l'autre; et si deux corps glorieux ne peuvent être dans un même lieu, bien qu'un glorieux et un non glorieux puissent s'y trouver ensemble, comme le veulent certains docteurs, bien moins encore le pourraient les corps de ces animaux, subtils sans doute, mais non jusqu'à égaler la subtilité du corps glorieux. En ce qui regarde leur pouvoir d'extension ou de compression, nous prendrions exemple de l'air, qui, raréfié et condensé, occupe un espace plus ou moins grand, et peut même, par des moyens artificiels, être resserré au point de tenir dans un espace plus étroit que son volume naturel ne l'exigerait; c'est en effet ce qu'on voit dans ces ballons qu'on enfle pour s'amuser, au moyen d'un chalumeau ou d'un tube: l'air y est introduit et comprimé violemment, et le ballon en contient une quantité plus grande que sa capacité naturelle ne l'exigerait. Tout pareillement, les corps des animaux dont il s'agit pourraient, par leur vertu naturelle, s'étendre à un espace plus grand, mais qui n'excéderait pas cependant leur propre substance; ils pourraient aussi se comprimer, mais non en deçà de l'espace déterminé exigé par cette même substance. Et comme parmi eux, de même que parmi les hommes, il y en aurait de grands et de petits, il serait naturel que les grands pussent s'étendre plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les grands.

61. Septima interrogatio est, an hujusmodi animalia in peccato originali nascerentur, et a Christo Domino fuissent redempta; an ipsis conferretur gratia, et per quæ sacramenta; sub qua lege viverent, et an Beatitudinis, et Damnationis essent capacia? 61. Septième question: Ces animaux naîtraient-ils dans le péché originel, et auraient-ils été rachetés par le Seigneur Christ? La grâce leur serait-elle conférée, et par quels sacrements? Sous quelle loi vivraient-ils, et seraient-ils capables de Béatitude et de Damnation?

62. Respondeo, quod articulus Fidei est, quod Christus Dominus pro universa creatura rationali gratiam, et gloriam meruit. Pariter articulus Fidei est, quod Creaturæ rationali gloria non confertur nisi præcedat in ea gratia, quæ est dispositio ad gloriam. Similis articulus est quod gloria non confertur nisi per merita. Hæc vero fundantur in observantia perfecta mandatorum Dei adimpleta per gratiam. Ex his satis fit positis interrogationibus. Incertum est an tales Creaturæ originaliter peccavissent, necne. Certum tamen est, quod si ipsarum Prothoparens peccasset, sicut peccavit Adam, ipsius descendentes in peccato originali nascerentur, quemadmodum nascuntur homines. Et quia Deus nunquam reliquit Creaturam rationalem sine remedio, dum ipsa est in via; si hujusmodi creaturæ in peccato originali, aut actuali inficerentur, Deus providisset illis de remedio, sed quale sit, an fecisset, noverit Deus, noverint ipsæ. Hoc certum est si inter ipsas essent eadem, aut alia Sacramenta, ac sunt in Ecclesia humana militanti, ipsa habuissent, et institutionem, et efficaciam a meritis Jesu Christi, qui omnium creaturarum rationalium Redemptor, et Satisfactor universalis est. Convenientissimum pariter, immo necessarium esset quod sub aliqua lege a Deo sibi data viverent, ut per ipsius observantiam possent sibi beatitudinem mereri; quænam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut scripta, Mosaica, aut Evangelica, aut alia ab his omnibus differens, prout Deo placuisset, hoc nobis incognitum. Quoquomodo autem fuisset, nulla resultaret repugnantia possibilitatem talium creaturarum excludens. 62. Je réponds: C'est un article de foi, que le Christ a mérité la grâce et la gloire pour toute créature raisonnable. C'est encore un article de foi, que la gloire n'est conférée à la créature raisonnable qu'autant qu'elle a d'abord été dotée de la grâce, qui est la disposition à la gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est conférée que par les mérites. Or ces mérites ont leur fondement dans l'observance parfaite des commandements de Dieu, accomplie par la grâce. Les questions ci-dessus posées se trouvent ainsi résolues. Maintenant, ces créatures ont-elles péché originellement ou non, je ne saurais l'affirmer. Il est certain, toutefois, que si leur premier Père avait péché, comme a péché Adam, ses descendants naîtraient dans le péché originel, comme y naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remède la créature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les créatures en question étaient entachées du péché, soit originel, soit actuel, Dieu les aurait pourvues d'un remède; mais est-ce le cas et de quelle sorte est ce remède, ceci est leur secret, à Lui et à elles. Assurément, si elles disposaient de Sacrements identiques ou analogues à ceux en usage dans l'Église humaine militante, elles en devraient l'institution et l'efficacité aux mérites de Jésus-Christ, qui est le Rédempteur et Sauveur universel de toutes les créatures raisonnables. Il serait également convenable, nécessaire même, d'admettre qu'elles vivraient sous quelque loi à elles donnée par Dieu, et dont l'observance leur pourrait mériter la béatitude; mais quelle serait cette loi, naturelle seulement ou écrite, Mosaïque ou Évangélique, ou entièrement distincte et spécialement instituée par Dieu, ceci nous est inconnu. Quelle qu'elle fût cependant, il n'en résulterait aucune objection contre l'existence de ces créatures.

63. Unicum porro argumentum, et quidem satis debile post longam meditationem mihi subit contra talium creaturarum possibilitatem: et est quod si tales creaturæ in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua tradita fuisset a Philosophis, Sacra Scriptura, Traditione Ecclesiastica, aut Sanctis Patribus; quod cum non fuerit, tales creaturas minime possibiles esse concludendum est. 63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue méditation me suggère contre la possibilité de ces créatures, c'est que, s'il en existait réellement dans le Monde, nous les trouverions mentionnées quelque part dans les Philosophes, la Sainte Écriture, la Tradition Ecclésiastique ou les Saints Pères: pareille mention n'existant pas, il faudrait conclure à l'impossibilité absolue de ces créatures.

64. Sed hoc argumentum, quod revera magis pulsat existentiam, quam possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis quæ præmissimus supra no 41. et 42. Argumentum enim ab auctoritate negativa non tenet. Præterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum Philosophi, tum Scriptura, tum Patres. Plato siquidem, ut refert Apuleius de Deo Socratis et Plutarchus de Isid. apud Baronem, Scot. Defens., tom. 9. Apparat. p. 1. fol. 2., voluit Dæmones esse animalia genere, animo passiva, mente rationalia, corpore ærea, tempore æterna: creaturasque istas nomine Dæmonum intitulavit; quod tamen nomen non male sonat ex se: importat enim plenum sapientia; unde cum Diabolum (Angelum nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter Dæmonem, sed Cacodæmonem vocant: sicut Eudæmonem, quando bonum Angelum volunt intelligi. Similiter in Scriptura Sacra et Patribus, de dictis creaturis habetur mentio, et de hoc infra dicemus. 64. Mais cet argument qui, en réalité, attaque plutôt leur existence que leur possibilité, se résout facilement par les prémisses que nous avons posées ci-dessus, nos 41 et 42. En effet, un argument ne peut valoir par autorité négative. Ensuite, il est faux que ni les Philosophes, ni l'Écriture, ni les Pères, ne nous disent rien à leur sujet. Platon, comme le rapportent Apulée (Démon de Socrate) et Plutarque (d'Isis et d'Osiris), définit ainsi les Démons: des êtres du genre animal, âmes passives, intelligences raisonnables, corps aériens, éternels quant à la durée; et il donne à ces créatures le nom de Démon, qui en lui-même n'a rien de malsonnant, car il signifie plein de sagesse; aussi lorsque les auteurs veulent désigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne l'appellent pas simplement Démon, mais Cacodémon, et ils disent de même Eudémon lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant à la Sainte Écriture et aux Pères, ils font également mention de ces créatures, comme nous le montrerons ci-après.

65. Stabilita huc usque talium creaturarum possibilitate, ad earumdem existentiam probandam descendamus. Supposita tot historiarum veritate de coitu hujusmodi Incuborum et Succuborum cum hominibus et brutis, ita ut hoc negare impudentia videatur, ut ait D. Augustinus quem dedimus, supra no 10., ita arguo: Ubi reperitur propria passio sensus, ibidem necessario reperitur sensus ipse, cum juxta principia philosophica propria passio fluat a natura, sive ubi reperiuntur actiones, seu operationes sensus, ibidem reperitur sensus ipse, cum operationes et actiones sint a forma. Atqui in hujusmodi Incubis aut Succubis, sunt actiones, operationes, ac propriæ passiones, quæ sunt a sensibus; ergo in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri nequit nisi adsint organa composita, nempe ex potentia animæ et determinata parte corporis: ergo in iisdem reperiuntur corpus et anima; erunt igitur animalia: sed etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes animæ rationalis: ergo eorum anima erit rationalis: et ita de primo ad ultimum tales Incubi sunt animalia rationalia. 65. Maintenant que nous avons établi la possibilité des créatures en question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous admettons d'abord la véracité des récits qui nous sont faits touchant le commerce des Incubes et des Succubes avec les hommes et les bêtes, récits tellement nombreux que ce serait impudence de nier le fait, comme dit S. Augustin, dont le témoignage est cité ci-dessus (no 10). Ceci posé, nous arguons: Là où est la passion propre du sens, là est nécessairement le sens lui-même, car, suivant les principes philosophiques, la passion propre découle de la nature, c'est-à-dire que là où sont les actions ou opérations du sens, là est le sens lui-même, les opérations et actions n'étant que sa forme extérieure. Or, chez les Incubes et les Succubes qui nous occupent, on observe des actions, des opérations, des passions propres qui viennent des sens: donc ils possèdent le sens; mais le sens ne peut exister sans accompagnement d'organes composites, sans une combinaison d'âme et de corps: donc ils ont un corps et une âme, et conséquemment ce seront des animaux; mais leurs actions et opérations sont aussi celles d'une âme raisonnable: donc leur âme sera raisonnable; et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes sont des animaux raisonnables.

66. Minor probatur quoad singulas ejus partes. Passio siquidem appetitiva coitus est passio sensus; mœror, ac tristitia, ac iracundia et furor ex coitu denegato passiones sensus sunt, ut patet in quibusvis animalibus; generatio per coitum est operatio sensus, ut notum est. Hæc porro omnia in Incubis sunt, ut enim probavimus supra a no 25. et seq.; ipsi coitum muliebrem, et quandoque virilem appetunt, tristantur, et furunt, ut amantes, amentes, si ipsis denegetur; coeunt perfecte et quandoque generant. Concludendum ergo quod polleant sensu, et proinde corpore; unde inferendum etiam perfecta animalia esse. Pariter clausis ostiis ac fenestris intrant ubivis locorum: igitur ipsorum corpus tenue est; item futura prænoscunt, annuntiant, componunt, ac dividunt; quæ operationes sunt propriæ animæ rationalis: ergo anima rationali pollent; et ita sunt vera animalia rationalia. 66. Notre mineure se démontre facilement par l'analyse. En effet, la passion appétitive du coït est une passion du sens; le chagrin, la tristesse, la colère, la fureur causés par le refus de coït sont des passions du sens, comme on le voit chez tous les animaux; la génération par le coït est évidemment une opération du sens. Or tout cela s'observe chez les Incubes, ainsi que nous l'avons prouvé plus haut: ils sollicitent les femmes, quelquefois même les hommes; éprouvent-ils un refus, ils s'attristent, se mettent en fureur, comme les amants: amantes, amentes; ils pratiquent parfaitement le coït, et engendrent quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont doués de sens, et conséquemment qu'ils ont un corps; conséquemment aussi, qu'ils sont des animaux parfaits. Il y a plus: portes et fenêtres closes, ils entrent partout à leur fantaisie, donc leur corps est subtil; enfin ils connaissent et annoncent l'avenir, ils composent et ils divisent, toutes opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable, donc ils sont doués d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en réalité, des animaux raisonnables.

Respondent communiter Doctores, quod malus Dæmon est ille qui tales impudicitias operatur, quod passiones, nempe amorem, tristitiamque simulat ex coitu denegato, ut animas ad peccandum alliciat, et eas perdat; et si coit, et generat, hoc est ex semine, et in corpore alieno, ut dictum fuit supra no 24. A cela les Docteurs répondent communément que ces actes impurs sont le fait du Malin Esprit: lui seul simule les passions, l'amour, le chagrin du refus de coït, afin de faire tomber les âmes dans le péché et de les perdre; et si parfois il pratique le coït, s'il engendre, c'est d'une semence et à l'aide d'un corps empruntés, comme il a été dit plus haut (no 24).

67. Sed contra Incubi nonnulli rem habent cum equis, equabus, aliisque etiam brutis, quæ si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut quotidiana constat experientia; sed in istis cessat ratio adducta, nempe quod fingat appetitum coitus, ut animas perdat, cum anima brutorum damnationis æternæ sit incapax. Præterea amoris et iræ passiones in ipso contrarios effectus reales producunt. Si enim aut mulier aut brutum amatum illis morem gerant, optime ab Incubis tractantur; viceversa pessime habentur, si ex denegato coitu irascantur et furant; et hoc firmatur quotidiana experientia; ergo in ipsis sunt veræ passiones sensus. Insuper mali Dæmones, ac incorporei, qui rem habent cum Sagis et Maleficis, ipsas cogunt ad eorum adorationem, ad denegandam Fidem Orthodoxam, ad maleficia et scelera enormia perpetranda tanquam pensum infamis coitus, ut supra no 11. dictum fuit: nihil horum prætendunt Incubi, ergo mali Dæmones non sunt. Ulterius malus Dæmon, ut ex Peltano et Thyreo scribit Guaccius, Compend. Malef. lib. 1. c. 19. fol. 128., ad prolationem nominis Jesu aut Mariæ, ad formationem signi Crucis, ad approximationem sacrarum Reliquiarum, sive rerum benedictarum, et ad exorcismos, adjurationes, aut præcepta sacerdotum, aut fugit aut pavet, concutiturque, et stridet, ut conspicitur quotidie in energumenis, et constat ex tot historiis, quas recitat Guaccius, ex quibus habetur, quod in nocturnis ludis Sagarum facto ab aliquo assistentium signo Crucis, aut pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sagæ omnes disparuerunt. Sed Incubi ad supradicta nec fugiunt, nec pavent, quandoque cachinnis exorcismos excipiunt, et quandoque ipsos Exorcistas cædunt, et sacras vestes discerpunt. Quod si mali Dæmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad ipsius nomen, Crucem, et res sacras pavent: boni autem Angeli eisdem rebus gaudent, non tamen homines ad peccata et Dei offensam sollicitant: Incubi vero sacra non timent, et ad peccata provocant, convincitur ipsos nec malos Dæmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod nec homines sunt, cum tamen ratione utantur. Quid ergo erunt? Si in termino sunt, et simplices spiritus sunt, erunt aut damnati aut beati: non enim in bona Theologia dantur puri spiritus viatores. Si damnati, nomen et Crucem Christi revererentur; si beati, homines ad peccandum non provocarent; ergo aliud erunt a puris spiritibus; et sic erunt corporati, et viatores. 67. Mais répliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent à des chevaux, à des juments ou à d'autres bêtes, et qui, s'ils les trouvent rebelles à leur passion, les maltraitent, comme cela se voit tous les jours: là, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que le Démon simule le désir du coït afin de perdre les âmes, puisque les âmes des brutes ne sont pas sujettes à damnation éternelle. De plus, l'amour et la colère produisent chez eux des effets entièrement opposés. Si, en effet, la femme ou l'animal aimé cèdent à leurs caprices, ces Incubes les traitent parfaitement; au contraire, il n'est pas de sévices qu'ils ne leur fassent subir sous l'impression de la colère, de la fureur causée par le refus de coït: l'expérience de chaque jour le démontre assez. Donc ces Incubes ont réellement les passions du sens. En outre, les Malins Esprits, les Démons incorporels qui ont affaire aux Sorcières et aux Possédées, les contraignent à les adorer, à renier la Foi Orthodoxe, à commettre des maléfices et des crimes énormes, le tout comme condition de l'infâme coït, ainsi qu'il a été dit ci-dessus (no 11): or les Incubes n'exigent rien de pareil, donc ce ne sont pas de Malins Esprits. Enfin, pour mettre en fuite le mauvais Démon, pour le faire trembler et frémir, il suffit, comme l'écrit Guaccius, du nom de Jésus ou de Marie, du signe de la Croix, de l'approche des saintes reliques ou des objets bénits, des exorcismes, adjurations ou injonctions des prêtres; c'est ce qu'on voit tous les jours dans le cas des énergumènes, et Guaccius en rapporte maints exemples tirés des jeux nocturnes des Sorcières, où, au signe de la Croix formé par l'un des assistants, au nom de Jésus simplement prononcé, Diables et Sorcières disparaissent tous ensemble. Les Incubes, au contraire, soumis à ces épreuves, ne prennent nullement la fuite, ne manifestent aucune frayeur; parfois même c'est par des ricanements qu'ils accueillent les exorcismes; il y en a qui battent les Exorcistes eux-mêmes et déchirent les vêtements sacrés. Or, si les mauvais Démons, subjugués par Notre-Seigneur Jésus-Christ, tremblent d'effroi au bruit de son nom, à la vue de la Croix et des objets sacrés; si, d'autre part, les bons Anges se réjouissent des mêmes choses, sans cependant exciter les hommes à pécher et à offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant aucune peur des choses sacrées, provoquent au péché: il est clair que ces Incubes ne sont ni de mauvais Démons, ni de bons Anges; il est clair également que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient doués de raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivés au terme, et de purs esprits, ils seront damnés ou bienheureux, car, en bonne Théologie, il n'y a pas de purs esprits en voie de salut. Damnés, ils auraient en révération le nom et la Croix du Christ; bienheureux, ils ne provoqueraient pas les hommes au péché; donc ils seront autre chose que de purs esprits, et, par conséquent, ils auront un corps, et seront dans la voie du salut.

68. Præterea agens materiale non potest agere nisi in passum similiter materiale; tritum siquidem est axioma philosophorum, quod agens, et patiens debent communicare in subjecto; nec id quod materiatum est, potest agere in rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia, quæ agunt contra hujusmodi Dæmones Incubos; sequitur igitur quod isti materiati, seu corporei sunt. Minor probatur ex iis quæ scribunt Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1. c. 100., Plinius, lib. 15. c. 4., Aristoteles, Probl. 34., et Apuleius, l. De Virtute Herbarum, apud Guaccium, Comp. Malef., l. 3. c. 13. fol. 316., et confirmatur experientia, nempe de pluribus herbis, lapidibus ac animalibus, quæ Dæmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena, scordium, palma Christi, centaureum, adamas, corallium, gagates, jaspis, pellis capitis lupi aut asini, menstruum muliebre, et centum alia; unde habetur 26, q. 7. cap. final.: Dæmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere sine incantatione. Ex quo habetur, petras aut herbas posse sua vi naturali Dæmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut superstitiosum vetaret. Et de hoc luculentum exemplum habemus in Sacra Scriptura, ubi Angelus Raphael dixit Tobiæ, c. 6. v. 8.: cordis ejus (nempe piscis, quem a Tigri attraxerat) particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat omne genus Dæmoniorum. Et ejus virtutem experientia comprobavit: nam incenso jecore piscis, fugatus est Incubus, qui Saram deperiebat. 68. Observons aussi qu'un agent matériel ne peut agir que sur un passif également matériel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien connu, que l'agent et le patient doivent avoir un sujet commun: ce qui est purement matière ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y a des agents naturels qui agissent contre les Démons Incubes en question; il s'ensuit donc que ces Incubes sont matériels, ou corporels. Notre mineure est prouvée par les témoignages de Dioscoride, de Pline, d'Aristote et d'Apulée, cités par Guaccius, Comp. Malef., l. 3, chap. 13, fol. 316; elle est confirmée par la connaissance que nous avons de plusieurs herbes, pierres et substances animales qui ont la vertu de chasser les Démons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la germandrée, le palma-christi, la centaurée, le diamant, le corail, le jais, le jaspe, la peau de la tête du loup ou de l'âne, les menstrues des femmes et cent autres: pour quoi il est écrit: A celui qui soutient l'assaut du Démon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes, mais sans recourir aux enchantements. D'où il résulte que les pierres ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, maîtriser l'effort du Démon: autrement le Canon susvisé n'en permettrait pas l'emploi, et l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple éclatant de ce fait est celui que nous trouvons dans la Sainte Écriture, où l'Ange Raphaël dit à Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait péché dans le Tigre: «Si tu jettes sur des charbons une parcelle de son foie, la fumée fera fuir toute espèce de Démons.» L'expérience démontra la vérité de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus tôt livré au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et disparut pour ne plus revenir.

69. Respondent ad hæc communiter Theologi, quod talia agentia naturalia inchoative tantum fugant Dæmonem, completive autem vis supernaturalis Dei aut Angeli, ita ut virtus supernaturalis sit causa primaria, directa, et principalis, naturalis autem secondaria, indirecta, et minus principalis. Unde ab probationem, quæ supra adducta est de Dæmone fugato a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius, De Sac. Philosoph., c. 28., quod tali fumo indita fuit a Deo vis supernaturalis fugandi Incubum, sicut igni materiali Inferni data est virtus torquendi Dæmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet Lyranus, et Cornelius ad c. 6. Tob. v. 8., Abulentis in 1. Reg. c. 16. q. 46., Pererius in Daniel., pag. 272., apud Cornel. loc. cit., fumum cordis piscis expulisse Dæmonem inchoate vi naturali, sed complete vi angelica et cœlesti: naturali autem impediendo actionem Dæmonis per dispositionem contrariam, quia hic agit per naturales causas et humores, quorum qualitates expugnantur a qualitatibus contrariis rerum naturalium, quæ dicuntur Dæmones fugare; et in eadem sententia sunt omnes loquentes de arte exorcista. 69. A cela les Théologiens répondent d'ordinaire que ces agents naturels chassent bien le Démon, mais seulement inchoativement, et que l'effet complétif est dû à la force surnaturelle de Dieu ou de l'Ange: de telle sorte que la force surnaturelle est la cause première, directe et principale, la force naturelle n'étant que secondaire, indirecte et subordonnée. Ainsi, pour expliquer comment la fumée du foie de ce poisson brûlé par Tobie put mettre le Démon en fuite, Vallesius allègue que cette fumée avait reçu de Dieu le pouvoir surnaturel de chasser l'Incube, de même que le feu matériel de l'Enfer a le pouvoir de torturer les Démons et les âmes des Damnés. D'autres, comme Lyranus et Cornelius, enseignent que la fumée du cœur du poisson a chassé le Démon inchoativement par vertu naturelle, mais complétivement par vertu angélique et céleste: par vertu naturelle, en opposant à l'action du Démon une action contraire, car l'Esprit Malin met en œuvre des causes et des humeurs naturelles, dont les qualités sont combattues par les qualités contraires de choses naturelles que l'on sait capables de chasser les Démons; et cette opinion est partagée par tous les auteurs qui traitent de l'art des exorcismes.

70. Sed hæc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus quadrare potest contra malos Dæmones obsidentes corpora, aut per maleficia inferentes ipsis ægritudines, aut alia incommoda, sed nullo modo facit ad propositum de Incubis: siquidem isti nec corpora obsident, nec ipsis officiunt per ægritudines habituales, sed ad plus ictibus et percussionibus torquent. Quod si equas coitum adversantes macras reddunt, hoc faciunt subducendo illis cibum, et hoc modo macrescere, et tandem interire eas faciunt. Ad hæc autem patranda non eget Incubus alicujus rei naturalis applicatione (qua tamen eget malus Dæmon inferens ægritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi organica naturali. Pariter Dæmon malus plerumque obsidet corpora, et infert ægritudines ad signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico, quæ signa multoties res naturales sunt, præditæ vi nativa nocendi, quibus naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrariæ virtutis. Incubus vero non sic; quia ex se, et nulla concurrente aut Saga aut Malefico, suas vexationes infert. Præterea res naturales fugantes Incubos suam virtutem exercent, ac effectum sortiuntur absque interventu alicujus exorcismi aut sacræ benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga Incubi inchoative sit a virtute naturali, completive autem a vi divina, quia ibi nulla particularis intervenit divini nominis invocatio, sed est purus effectus rei naturalis, ad quem non concurrit Deus, nisi concursu universali, tanquam auctor naturæ, et causa universalis, et prima in ordine efficientium. 70. Mais cette explication, si plausibles que soient les faits sur lesquels elle se fonde, peut tout au plus être admise à l'égard des Esprits Malins qui obsèdent les corps ou, au moyen de maléfices, leur communiquent des maladies ou autres infirmités. En ce qui est des Incubes, elle manque absolument de portée. Ceux-ci, en effet, n'obsèdent pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur méchanceté se borne à des coups, à des mauvais traitements. S'ils font maigrir les juments qui se refusent au coït, c'est en leur enlevant leur nourriture, par suite de quoi elles dépérissent et finissent par mourir. Pour ce faire, l'Incube n'a pas besoin d'employer un agent naturel, comme l'Esprit Malin lorsqu'il veut communiquer une maladie: il lui suffit d'exercer sa force organique naturelle. De même, quand l'Esprit Malin obsède les corps et leur communique des maladies, c'est le plus souvent à l'aide de signes convenus avec lui et disposés par une sorcière ou un sorcier, lesquels signes sont généralement des choses naturelles, ayant en elles-mêmes vertu de nuire, auxquelles on oppose naturellement d'autres choses également naturelles et douées de vertu contraire. L'Incube, lui, procède différemment: c'est de lui-même, et sans le concours d'aucun sorcier ou sorcière, qu'il inflige les mauvais traitements. En outre, les choses naturelles qui mettent les Incubes en fuite, exercent leur vertu et produisent ce résultat sans l'intervention d'aucun exorcisme ou bénédiction; on ne saurait dire par conséquent que l'Incube soit chassé inchoativement par vertu naturelle et complétivement par force divine, puisqu'il n'y a ici aucune invocation du nom divin, mais effet pur et simple d'une chose naturelle, auquel Dieu ne concourt qu'à titre d'agent universel, comme auteur de la nature, cause universelle et première dans l'ordre des efficientes.

71. Duas circa hoc historias do, quarum primam habui a Confessario Monialium, viro gravi, ac fide dignissimo. Alterius vero sum testis oculatus. 71. Voici à ce sujet deux histoires: je tiens la première d'un Confesseur de Nonnes, homme grave et très-digne de foi; quant à la seconde, j'en suis témoin oculaire.

In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo quædam nobilis tentata ab Incubo, qui diu noctuque ipsi apparebat, ipsam ad coitum sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius præ amore dementatus; ipsa tamen semper restitit tentanti gratia Dei, ac sacramentorum frequentia roborata. Incassum abiere plures devotiones, jejunia et vota facta a puella vexata, exorcismi, benedictiones, et præcepta ab exorcistis facta Incubo, ut desisteret a molestia illa; nec quidquam proficiebatur multitudo reliquiarum, aliarumque rerum benedictarum disposita in camera virginis tentatæ, nec benedictæ candelæ noctu ibidem ardentes impediebant, quominus juxta consuetum appareret ad tentandum in forma speciosissimi juvenis. Consultas inter alios viros doctos fuit quidam Theologus magnæ eruditionis: iste advertens virginem tentatam esse temperamenti phlegmatici a toto, conjectavit Incubum esse dæmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, Comp. Malefic. l. 1. c. 19. fol. 129., Dæmones ignei, ærei, phlegmatici, terrei, subterranei, et lucifugi), et consuluit quod in camera virginis tentatæ continue fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam figulinam vitreatam; in hac ponitur calami aromatici, cubebarum seminis, aristolochiæ utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris, gingiberis, piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canellæ caryophyllatæ, macis, nucum myristicarum, styracis calamitæ, benzoini, ligni ac radicis rodiæ, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaquæ vitæ libræ tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti ascendat, et cella clausa tenetur. Facto suffimento advenit denuo Incubus, sed ingredi cellam nunquam ausus est: sed si tentata extra eam ibat, et per viridarium ac claustra spatiabatur, aliis invisibilis sibi visus apparebat Incubus, et puellæ collo injectis brachiis violenter, ac quasi furtive oscula rapiebat: quod molestissimum honestæ virgini erat. Consultus denuo Theologus ille ordinavit puellæ, ut deferret pixidulas unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi, ambræ, zibetti, balsami Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum fecisset, deambulanti per viridarium puellæ apparuit Incubus faci minaci, ac furenti; non tamen ad illam approximavit, sed digitum sibi momordit tanquam meditans vindictam; tandem disparuit, nec amplius ab ea visus fuit. Dans un monastère de saintes Religieuses vivait comme pensionnaire une jeune vierge de noble famille, laquelle était tentée par un Incube qui lui apparaissait jour et nuit, et, avec les plus instantes prières, avec les allures de l'amant le plus passionné, la sollicitait sans cesse au péché: elle cependant, soutenue par la grâce de Dieu et la fréquentation des sacrements, demeurait ferme dans sa résistance. Mais malgré toutes ses dévotions, ses jeûnes, ses vœux; malgré les exorcismes, les bénédictions, les injonctions faites par les exorcistes à l'Incube de renoncer à ses persécutions; en dépit de la multitude de reliques et autres objets sacrés accumulés dans la chambre de la jeune fille, des flambeaux ardents qu'on y entretenait toute la nuit, l'Incube n'en persistait pas moins à lui apparaître comme de coutume sous la forme d'un très-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes personnages consultés à ce propos, se trouva un Théologien d'une grande érudition: lequel, observant que la jeune fille tentée était d'un tempérament tout à fait flegmatique, conjectura que cet Incube devait être un démon aqueux (il y a en effet, comme en témoigne Guaccius, des démons ignés, aériens, flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et ordonna qu'on fît immédiatement dans la chambre de la jeune fille une fumigation de vapeur. On apporte en conséquence une marmite neuve en terre transparente; on y met une once de canne aromatique, de poivre cubèbe, de racines d'aristoloche des deux espèces, de cardamome grand et petit, de gingembre, de poivre long, de caryophylles, de cinnamome, de canelle caryophyllée, de macis, de noix muscades, de storax calamite, de benjoin, de bois d'aloès, et de trisanthes, le tout dans trois livres d'eau-de-vie demi-pure; on place la marmite sur des cendres chaudes, afin de faire monter la vapeur fumigante, et l'on tient la chambre close. La fumigation faite arrive l'Incube, mais qui, cette fois, n'osa jamais pénétrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en sortait pour se promener dans le jardin ou dans le cloître, il lui apparaissait aussitôt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses bras autour du cou, lui dérobait ou plutôt lui arrachait des baisers, ce qui faisait cruellement souffrir cette honnête pucelle. Enfin, après nouvelle consultation, notre Théologien ordonna à la jeune fille de porter sur elle de petites boulettes composées de parfums exquis, tels que musc, ambre, civette, baume du Pérou et autres. Ainsi munie, elle s'en alla se promener dans le jardin où sur-le-champ lui apparut l'Incube, furieux et menaçant; toutefois il n'osa point l'approcher, et après s'être mordillé le doigt, comme s'il méditait une vengeance, il disparut pour ne plus revenir.

72. Alia historia est, quod in Conventu Magnæ Cartusiæ Ticinensis, fuit quidam Diaconus, nomine dictus Augustinus, maximas, ac inauditas, et pene incredibiles sustinens a quodam Dæmone vexationes; quæ tolli nullo remedio spirituali (quamvis plura juxta plures exorcistas, qui liberationem, sed incassum tentarunt, fuissent adhibita) potuerunt. Me consuluit illius Conventus vicarius, qui curam divexati, utpote Clerici ex officio habebat. Ego videns frustranea fuisse consueta exorcismorum remedia, exemplo historiæ suprarecensitæ consului suffimentum simile superiori, utque divexatus pixidulas odoramentorum supradictas deferret; et quia tabacchi usum habebat, et aqua vitæ delectabatur, suasi, ut et tabaccho et aqua vitæ moschata uteretur. Dæmon illi apparebat diu, noctuque ultra alias species, puta scheleti, suis, asini, Angeli, avis, modo in forma unius, modo alterius ex suis Religiosis, et semel in forma sui Prælati, nempe Prioris, qui hortatus est vexatum ad puritatem conscientiæ, ad confidentiam in Deum, et ad frequentiam confessionis; suasit ut sibi sacramentalem confessionem faceret, quod etiam fecit; et expost Psalmos Exsurgat Deus et Qui habitat, et mox Evangelium S. Joannis simul cum vexato recitavit, et ad ea verba Verbum caro factum est genuflexit, et accepta stola, quæ in cella erat, et aspergillo aquæ benedictæ benedixit cellæ, ac lecto vexati, et ac si revera fuisset ipsius Prior præceptum fecit Dæmoni, ne auderet illum suum subditum amplius divexare, et post hæc disparuit, sicque prodidit quisnam esset: aliter vexatus illum suum Prælatum esse reputaverat. Postquam igitur suffimentum, ac odores, ut supra dictum est, consulueram, non destitit Dæmon juxta solitum apparere; imo assumpta figura vexati fuit ad cameram Vicarii, et ab eo petiit aquam vitæ, ac tabaccum moschatum, dicens sibi talia valde placere. Vicarius utrumque illi dedit: quibus acceptis disparuit in momento, quo facto cognovit Vicarius se fuisse illusum a Dæmone tali pacto: quod magis confirmavit assertum vexati, qui cum juramento affirmavit, se illa die nullo modo fuisse in cella Vicarii. Iste mihi totum retulit, et ex tali facto conjeci Dæmonem illum non fuisse aqueum, ut erat Incubus, qui virginem ad coitum sollicitabat, ut dictum supra est, sed igneum, vel ad minus æreum, ex quo gaudebat vaporibus, ac odoribus, tabacco, et aqua vitæ, quæ calida sunt. Et conjecturæ vim addidit temperamentum divexati, quod erat colericum quo ad prædominium cum subdominio, tamen sanguineo. Dæmones enim tales non accedunt nisi ad eos, qui secum in temperamento symbolizant; ex quo validatur opinio mea de illorum corporeitate. Unde suasi Vicario, ut acciperet herbas natura frigidas, ut nymphæam, hepaticam, portulacam, mandragoram, sempervivam, plantaginem, hyoscyamum, et alias similes, et ex iis compositum fasciculum fenestræ, alium ostio cellæ suspenderet; similibusque herbis, tum cameram, tum lectum divexati sterneret. Mirum dictu! comparuit denuo Dæmon, manens tamen extra cameram, nec ingredi voluit, et cum divexatus illum interrogasset, quare de more intrare non auderet, multis verbis injuriosis jactatis contra me, qui talia consulueram, disparuit, nec amplius reversus est. 72. Voici l'autre histoire: dans le Couvent de la Grande Chartreuse de Pavie vivait un Diacre nommé Augustin, lequel était en butte, de la part de certain démon, à des vexations excessives, inouïes et presque incroyables; plusieurs exorcistes avaient tenté en vain de le délivrer: tous les remèdes spirituels étaient restés sans effet. Le Vicaire du couvent, qui avait la charge spirituelle de ce pauvre clerc, vint me consulter. Moi, voyant l'inefficacité des exorcismes ordinaires, et me rappelant l'exemple ci-dessus rapporté, je conseillai une fumigation de parfums semblable à celle dont il a été question, et ordonnai au diacre de porter sur lui des boulettes odoriférantes de même nature; de plus, comme il avait l'usage du tabac et qu'il aimait beaucoup l'eau-de-vie, je lui recommandai le tabac et l'eau-de-vie musquée. Le démon lui apparaissait sous différentes formes: squelette, cochon, âne, Ange, oiseau; ou bien il empruntait les traits de quelques Religieux du couvent; une fois même ce fut son propre Abbé ou Prieur, lequel l'exhorta à purifier sa conscience, à se confier en Dieu, à user fréquemment de la confession; il lui persuada de lui faire sa confession sacramentelle, récita avec lui les psaumes Exsurgat Deus et Qui habitat, et l'Évangile de Saint Jean: aux mots Verbum caro factum est il fléchit le genou, puis saisissant une étole qui était dans la cellule et le goupillon d'eau bénite, il bénit la cellule et le lit, et, comme s'il eût été réellement le Prieur, il enjoignit au démon de ne plus oser à l'avenir tourmenter son subordonné: après quoi il disparut, trahissant ainsi ce qu'il était, car autrement le jeune diacre le prenait pour son véritable Prieur. Or, nonobstant les fumigations et les parfums que j'avais conseillés, ce démon n'en continua pas moins ses obsessions; bien plus, il revêtit les traits de sa victime pour se présenter chez le Vicaire, auquel il demanda de l'eau-de-vie et du tabac musqué, choses qu'il aimait, disait-il, passionnément. Ayant obtenu l'un et l'autre, il disparut en un clin d'œil, montrant ainsi au Vicaire qu'il avait été le jouet du Démon: et ceci fut amplement confirmé par le Diacre, qui affirma avec serment qu'il n'était pas allé ce jour-là dans la cellule du Vicaire. Le tout me fut rapporté, d'où je conclus que loin d'être aqueux, comme l'Incube amoureux de la jeune fille dont il a été parlé plus haut, ce démon était igné ou tout au moins aérien, puisqu'il se délectait de substances chaudes, comme vapeurs, parfums, tabac et eau-de-vie. Le tempérament du jeune diacre, bilieux et sanguin, mais où le bilieux l'emportait, ne fit que fortifier mes conjectures, car ces démons ne s'attaquent jamais qu'à ceux dont le tempérament est conforme au leur: nouvelle preuve de la vérité de mon opinion sur leur corporéité. Je recommandai en conséquence au Vicaire de faire prendre à son pénitent des herbes froides de leur nature, telles que nénuphar, hépatique, euphorbe, mandragore, joubarde, plantain, jusquiame, et autres semblables, pour en composer deux faisceaux dont il suspendrait l'un à la fenêtre, l'autre à la porte de la cellule, ayant soin également d'en joncher sa chambre et son lit. Chose prodigieuse! le Démon apparut encore, mais en restant hors de la cellule, sans vouloir entrer; et comme le diacre lui demandait la cause de cette réserve inusitée, pour toute réponse il se répandit en injures contre moi qui avais conseillé ces moyens de défense, puis il disparut et jamais plus ne revint.

73. Ex his duabus historiis apparet tales odores, et herbas respective sua naturali virtute, nullaque interveniente vi supernaturali Dæmones propulisse; unde convincitur quod Incubi patiuntur a qualitatibus materialibus, ut proinde concludi debeat, quod communicant in materia cum iis rebus naturalibus, a quibus fugantur, et ex consequenti corpore sint præditi, quod est intentum. 73. Ces deux histoires établissent clairement la mise en fuite des Démons par la seule vertu naturelle des herbes ou des parfums, suivant le cas, sans nulle intervention de force surnaturelle; donc les Incubes sont sujets à être affectés par des qualités matérielles; donc ils participent de la matière de ces mêmes choses naturelles qui ont le pouvoir de les mettre en fuite, et conséquemment ils ont un corps, ce que nous voulons démontrer.

74. Et magis conclusio firmatur, si impugnetur sententia Doctorum supracitatorum, dicentium, Incubum abactum a Sara fuisse vi Angeli Raphaelis, non vero jecoris piscis callionymi, qualis fuit piscis a Tobia apprehensus ad ripam Tigris, ut cum Vallesio, Sacr. Philos., c. 42., scribit Cornelius a Lap. in Tob. c. 6., v. 2., § Quarto ergo: salva enim tantorum Doctorum reverentia, talis expositio manifeste adversatur sensui patenti Textus, a quo nullo modo recedendum est dummodo non sequantur absurda. En verba Angeli ad Tobiam: «Cordis ejus particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat omne genus Dæmoniorum, sive a viro, sive a muliere, ita ut ultra non accedant ad eos, et fel valet ad unguendos oculos, in quibus fuerit albugo, et sanabuntur.» (Tob., c. 6. v. 8. et 9.) Notetur, quæso, assertio Angeli absoluta, et universalis de virtute cordis, seu jecoris, et fellis illius piscis: non enim dicit: Si pones particulas cordis ejus super carbones, fugabis omne genus Dæmoniorum, et si felle unges oculos, in quibus fuerit albugo, sanabuntur: si enim ita dixisset congrua esset expositio, quod nempe Raphael supernaturali sua virtute illos effectus patrasset, ad quos perficiendos inepta esset applicatio fumi, et fellis: sed non ita loquitur, sed ait talem esse virtutem fumi, et fellis absolute. 74. Mais, pour mieux asseoir notre conclusion, il convient de signaler l'erreur où sont tombés certains docteurs, comme Vallesius et Cornelius a Lapide, quand ils prétendent que Sara fut délivrée de l'Incube par la vertu de l'Ange Raphaël, et non par celle du foie de ce poisson callionyme que Tobie avait pris sur les bords du Tigre. En effet, sauf le respect dû à de si grands docteurs, une telle interprétation est évidemment contraire au sens précis du Texte, dont il n'est jamais permis de s'écarter tant qu'il ne conduit pas à l'absurde. Or, voici les paroles de l'Ange à Tobie: «Si tu jettes sur des charbons une parcelle de son foie, la fumée fait fuir toute espèce de Démons, et le possédé, homme ou femme, en est débarrassé pour toujours; quant à son fiel, il est souverain pour la guérison des yeux atteints d'albugo.» (Tobie, c. 6., v. 8 et 9.) Notez, je vous prie, que cette assertion de l'Ange touchant la vertu du cœur ou du foie et du fiel de ce poisson, est absolue, universelle; car il ne dit pas: «Si tu jettes sur des charbons des parcelles de son foie, tu feras fuir toute espèce de Démons, et si tu appliques son fiel sur des yeux atteints d'albugo, ils seront guéris.» S'il eût dit cela, j'admettrais avec les commentateurs que Raphaël eût réalisé, par sa propre vertu surnaturelle, les effets que la simple application de la fumée et du fiel était impuissante à produire: mais il ne parle pas ainsi, il dit au contraire, et d'une façon absolue, que telle est la vertu de la fumée et du fiel.

75. Quæro modo, an Angelus veritatem puram dixerit de virtute rerum, an mentiri potuerit; pariter an albugo ab oculis Tobiæ senioris ablata sit vi naturali fellis piscis, aut virtute supernaturali Angeli Raphaelis? Angelum mentiri potuisse blasphemia hæreticalis est; sequitur igitur puram veritatem fuisse ab eo assertam; talis autem non esset, si omne genus Dæmoniorum non extricaretur a fumo jecoris piscis nisi addita vi supernaturali Angeli, maxime, si hæc esset causa principalis talis effectus, quemadmodum scribunt de hoc casu Doctores. Mentiretur absque dubio medicus qui diceret, talis herba curat taliter pleuritidem, sive epilepsiam, ut amplius non revertatur: si herba illa non curaret illas ægritudines nisi inchoate, et perfecta illarum sanatio esset ab alia herba conjuncta priori; sic pari modo mentitus fuisset Raphael asserens fumum jecoris extricare omne genus Dæmoniorum ita ut ultra non accedant, si talis effectus esset a fumo solum inchoate, principaliter vero, et perfecte a virtute Angeli. Præterea talis fuga Dæmonis, vel secutura erat universaliter, et semper posito jecore piscis super carbones a quoquam, vel debebat sequi in illo solummodo casu particulari, jecore incusso a juniore Tobia. Si primum, ergo oportet, quod cuicumque talem fumum per accensionem jecoris paranti, assistat Angelus qui supernaturali virtute Dæmonem miraculose abigat regulariter; et hoc est absurdum; ad positionem enim rei naturalis deberet regulariter sequi miraculum, quod est incongruum, et si absque Angeli operatione fuga Dæmonis non sequeretur, mentitus fuisset Raphael asserens eam esse virtutem jecoris. Si autem effectus ille sequi non debeat, nisi in illo casu particulari, mentitus fuisset Angelus enuncians universaliter virtutem piscis, in fugando omni Dæmoniorum genere, quod non est dicendum. 75. On demandera si l'Ange a dit la vérité pure de la vertu des choses, ou s'il a pu mentir; et pareillement, si l'albugo a été enlevée des yeux du vieux Tobie par l'effet du fiel du poisson, ou par la vertu surnaturelle de l'Ange Raphaël? Dire que l'Ange a pu mentir serait blasphème et hérésie, donc il a exprimé la vérité pure; mais ce ne serait plus cette vérité si toute espèce de démons n'était pas chassée par la fumée du foie du poisson sans l'intervention de la force surnaturelle de l'Ange, et surtout si cette intervention était la cause principale de l'effet produit. Le médecin qui dirait: telle herbe guérit radicalement la pleurésie ou l'épilepsie, mentirait sans aucun doute si cette herbe ne guérissait que d'une façon inchoative et si, pour obtenir la parfaite guérison, il fallait ajouter une autre herbe à la première; de même que Raphaël aurait menti en affirmant que la fumée du foie chassait toute sorte de démons, sans qu'ils pussent revenir, si ce résultat était obtenu par la fumée d'une façon inchoative seulement, et principalement, complétement, par la vertu de l'Ange. En outre, ce phénomène de la mise en fuite du démon devait se produire universellement et par le seul fait du placement par n'importe qui du foie du poisson sur des charbons ardents, ou bien il ne devait se produire que dans ce seul cas particulier, à savoir du placement du foie par le jeune Tobie. En admettant la première hypothèse, il faut supposer que toute personne à qui il plaira de faire cette fumée en brûlant le foie, sera assistée d'un Ange pour chasser le Démon, par sa vertu surnaturelle, miraculeusement et régulièrement tout ensemble: ce qui est absurde, car, ou les mots n'ont plus de sens, ou un fait naturel ne saurait être régulièrement suivi de miracle; et si le Démon n'était pas mis en fuite sans le secours de l'Ange, Raphaël aurait menti en affirmant que le foie avait cette vertu. Si au contraire l'effet en question ne devait se produire que dans ce cas particulier, Raphaël aurait encore menti en attribuant à ce poisson, d'une manière générale et absolue, la propriété de mettre en fuite le Démon: or, que l'Ange ait menti, cela ne se peut dire.

76. Ulterius albugo oculorum detracta est ab oculis Tobiæ senioris, et ipsius cæcitas sanata est a virtute naturali fellis piscis illius, ut Doctores affirmant (Liran. Dyonisius; et Seraci. apud Cornel. in Tobi., c. 6. v. 9). Piscis enim Callionymus, qui vocatur Italice bocca in capo, et quo usus est Tobias, fel habet pro celeberrimo remedio ad detegendas albugines oculorum, ut scribunt concorditer Dioscorides, l. 1. c. 96., Galenus, De Simpl. Medicam., Plinius, l. 32. c. 7., Aclanius, De Ver. Histor., l. 13. c. 14. et Vallesius, De Sacr. Philos., c. 47. Textus Græcus Tobiæ, c. 11. v. 13., habet: «Inspersit fel super oculos patris sui, dicens: Confide, Pater; ut autem erosi sunt, detrivit oculos suos, et disquamatæ sunt ab angulis oculorum albugines.» Cum igitur eodem contextu Angelus aperuerit Tobiæ virtutem jecoris, et fellis piscis, et hoc sua naturali virtute cæcitatem Tobiæ senioris curaverit, concludendum est, quod etiam fumus jecoris sua naturali vi Incubum fugaverit: quod concludenter confirmatur a Textu Græco, qui ad Tobiæ c. 8. v. 2., ubi Vulgata habet: «Partem jecoris posuit super carbones vivos», sic habet: «Accepit cinerem, sive prunam thimiamatum, et imposuit cor piscis, et hepar, fumumque fecit, et quando odoratus est Dæmon odores, fugit.» Et Textus Hebraicus ita cantat: «Percepit Asmodeus odorem, et fugit.» Ex quibus textibus apparet, quod Dæmon fugit ad perceptionem fumi, sibi contrarii, ac nocentis, non autem a virtute Angeli supernaturali. Quod si in tali liberatione Saræ ab impetitione Incubi Asmodei, ultra fumum jecoris intervenit operatio Raphaelis, hoc fuit in alligatione Dæmonis in deserto superioris Ægypti, ut dicitur c. 8. v. 3. Tobiæ; fumus quippe jecoris nequibat in tanta distantia agere in Dæmonem, aut illum alligare. Quod inservire potest pro concordia supracitatorum Doctorum (qui voluerunt Saram perfecte liberatam a Dæmone virtute Raphaelis) cum sententia, quam tuemur: dico enim, quod ipsi senserint, quod perfecta curatio Saræ a Dæmone fuerit in alligatione ejus in deserto, quæ fuit ab Angelo, quod et nos concedimus; sed extricatio, sive fugatio ejusdem a cubiculo Saræ fuerit a vi innativa jecoris piscis, quod nos tuemur. 76. Passons maintenant au vieux Tobie: l'albugo a été enlevée de ses yeux et sa cécité guérie par la vertu naturelle du fiel de ce même poisson, comme l'affirment les Docteurs. En effet le poisson callionyme, appelé en Italien bocca in capo, et dont s'est servi Tobie, possède un fiel très-renommé pour la guérison de l'albugo: là-dessus, tout le monde est d'accord, Dioscoride, Galien, Pline, Aclanius, Vallesius, etc. Le texte Grec de Tobie. c. 11, v. 13, porte ce qui suit: «Il répandit le fiel sur les yeux de son père en disant: Ayez confiance, mon père; et comme il y avait érosion, il lui frotta les yeux et enleva l'albugo par écailles aux angles des paupières.» Or, puisque, d'après le même texte, l'Ange a révélé à Tobie la vertu du foie et du fiel du poisson, et que le fiel, par sa vertu naturelle, a guéri la cécité du vieux Tobie, il faut en conclure que c'est également par sa force naturelle que la fumée du foie a mis en fuite l'Incube. Et ceci est confirmé d'une façon concluante par le texte Grec, qui, dans Tobie, c. 8., v. 2, au lieu de cette leçon de la Vulgate: «Il jeta des charbons ardents,» porte tout au long: «Il prit de la cendre ou de la braise de parfums, y mit le cœur et le foie du poisson, et fit de la fumée: le Démon n'eut pas plutôt senti l'odeur, qu'il s'enfuit.» Quant au texte Hébreu, il dit: «Asmodée sentit l'odeur et s'enfuit.» De tous ces textes, il résulte que le Démon s'est sauvé pour avoir senti une fumée qui lui était contraire et nuisible, et nullement par l'effet de la vertu surnaturelle de l'Ange. Que si, dans cette délivrance de Sara des poursuites de l'Incube Asmodée, l'opération de la fumée du foie fut suivie d'une intervention de Raphaël, ce fut pour enchaîner le Démon dans le désert de la Haute-Égypte, comme il est dit dans Tobie, c. 8, v. 3; car, à une si grande distance, la fumée du foie ne pouvait agir sur le Démon, ni l'enchaîner. Et ici nous avons un moyen de concilier notre opinion avec celle des docteurs cités plus haut, lesquels attribuent la délivrance parfaite de Sara à l'opération de Raphaël: en effet, pour ces docteurs, Sara ne fut parfaitement guérie qu'après que le Démon eut été enchaîné dans le désert, ce qui fut l'œuvre de l'Ange, et nous le concédons; mais la délivrance proprement dite, l'expulsion de la chambre à coucher de Sara, ce fut, nous le maintenons, l'effet direct de la vertu native du foie du poisson.

77. Probatur tertio principaliter nostra conclusio de existentia talium animalium, seu de Incuborum corporeitate, ex auctoritate D. Hieronymi, in vita S. Pauli primi Eremitæ. Refert is D. Antonium iter per desertum arripuisse, ut ad visendum D. Paulum perveniret, et post nonnullas diætas itineris Centaurum reperiisse, a quo cum fuisset percontatus mansionem D. Pauli, et ille barbarum quid infrendens potius, quam proloquens, dextræ protensione manus iter D. Antonio demonstrasset, in sylvam se abdidit cursu concitatissimo. Prosecutus iter S. Abbas in quadam valle invenit haud grandem quemdam homunculum, aduncis manibus, fronte cornibus asperata, cujus extrema pars corporis in caprarum pedes desinebat. Ad ejus aspectum substitit Antonius, et timens Diaboli artes signo Sanctæ Crucis se munivit. Ad tale signum nec fugit, nec metuit homuncio ille, immo ad sanctum senem actu humili appropinquans palmarum fructus ad viaticum quasi pacis obsides illi offerebat. Tum B. Antonius quisnam esset interrogans, hoc ab eo responsum accepit: «Mortalis ego sum, et unus ex accolis Eremi, quos vario errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros, et Incubos vocans colit; legatione fungor gregis mei; precamur, ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute mundi venisse cognovimus, et universam terram exiit sonus ejus.» Ad quæ gaudens D. Antonius de gloria Christi, conversus ad Alexandriam, et baculo terram percutiens, ait: «Veh tibi, Civitas meretrix, quæ pro diis animalia veneraris!» Hæc D. Hieronymus, qui late prosequitur hoc factum, ipsius virtutem longo comprobans sermone. 77. Une troisième preuve principale de notre conclusion touchant l'existence des animaux dont il s'agit, en d'autres termes, touchant la corporéité des Incubes, c'est le témoignage de S. Jérôme dans la Vie de S. Paul, le premier ermite. S. Antoine, raconte ce docteur, se mit un jour en route pour aller voir S. Paul. Après plusieurs journées de voyage, il rencontra un Centaure, auquel il demanda la demeure de l'ermite: sur quoi le Centaure, en balbutiant quelques mots barbares et à peine intelligibles, lui indiqua de la main la route de l'ermitage et courut au galop se cacher dans la forêt. Le saint Abbé continua son chemin: nouvelle rencontre, cette fois d'un petit homme, presque un nain, au mains crochues, au front hérissé de cornes, et dont l'extrémité du corps se terminait en pieds de chèvre. A cette vue, S. Antoine s'arrêta et, craignant les artifices du diable, se munit du signe de la Sainte Croix. Mais, loin de fuir à ce signe, loin même d'en paraître effrayé, le petit homme s'approcha respectueusement du saint vieillard et lui offrit des fruits de palmier, comme pour témoigner de ses intentions pacifiques. Alors le bienheureux Antoine lui ayant demandé qui il était: «Je suis mortel,» répondit-il, «et l'un des habitants du Désert, que la Gentilité, dans son erreur capricieuse, honore sous les noms divers de Faunes, de Satyres et d'Incubes; je suis envoyé en mission par mon troupeau; nous venons te demander de prier pour nous le Dieu commun, que nous savons être descendu pour le salut du monde et dont les louanges retentissent dans toute la terre.» A ces mots, à cette glorification du Christ, S. Antoine, transporté de joie, se tourna vers Alexandrie, et, frappant la terre de son bâton, s'écria: «Malheur à toi, Ville prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!» Tel est le récit de S. Jérôme, qui s'étend au long sur ce fait et en développe toutes les conséquences.

78. De hujus historiæ veritate dubitare temerarium est, cum eam constanter referat SS. Ecclesiæ Doctorum maximus D. Hieronymus, de cujus auctoritate nullus Catholicus dubitabit. Addit fol. 21. 25. Notandæ proinde veniunt illius circumstantiæ, quæ sententiam nostram evidentissime confirmant. 78. Douter de la vérité de cette histoire, quand elle est affirmée par le plus grand des Docteurs de l'Église, par S. Jérôme, dont aucun catholique ne contestera jamais l'autorité, serait assurément chose téméraire. Examinons-en donc les circonstances, et faisons voir à quel point elles confirment notre opinion.

79. Primo notandum est, quod si ullus Sanctorum artibus Dæmonis impetitus fuit; si ullus diversas ejus artes nocendi calluit; si ullus victorias, ac illustria de eodem trophea reportavit, is fuit D. Antonius, ut constat ex ejus vita a D. Athanasio descripta. Dum igitur D. Antonius homunculum illum non tanquam Diabolum agnovit, sed animal intitulavit dicens: Veh tibi, Civitas meretrix, quæ pro Diis animalia veneraris! convincitur, quod ille nullo modo fuit Diabolus, seu purus spiritus de cœlo dejectus, ac damnatus, sed aliquod aliud animal. Et confirmatur, quia D. Antonius erudiens suos monachos, eosque animans ad metuendas Dæmonis violentias, aiebat, prout habetur in lectionibus Breviarii Romani in festo S. Antonii Abb. l. 1., quæ recitantur in festo ipsius: «Mihi credite, Fratres, pertimescit Satanas piorum vigilias, orationes, jejunia, voluntariam paupertatem, misericordiam, et humilitatem; maxime vero ardentem amorem in Christum Dominum, cujus unico Sanctissimæ Crucis signo debilitatus fugit.» Dum igitur homunculus ille, contra quem D. Antonius Crucis signo se munivit, ad ejus aspectum, nec pavit, nec fugit, immo confidenter, humiliterque accessit ad eum dactalos illi offerens, signum est, illum nullo modo Diabolum fuisse. 79. Premièrement, il faut noter que si jamais saint fut en butte aux artifices du Démon, pénétra son art infernal et remporta sur lui victoires et trophées, à coup sûr ce fut S. Antoine, comme le constate sa vie, écrite par S. Athanase. Or S. Antoine ne reconnut pas un diable dans ce petit homme, mais un animal, disant: «Malheur à toi, Ville prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!», d'où il ressort que ce n'était nullement un diable ou pur esprit, chassé du ciel et damné, mais un animal quelconque. Il y a plus: S. Antoine instruisant ses moines et les mettant en garde contre les entreprises du Démon, leur disait, comme le rapporte le Bréviaire Romain (fête de S. Antoine, Abbé): «Croyez-moi, mes frères, ce que Satan redoute dans les hommes pieux, ce sont les veilles, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde, l'humilité: par-dessus tout, l'ardent amour du Christ Notre-Seigneur, puisque, pour le mettre en fuite, il suffit du signe de la Très-Sainte Croix.» Or le petit homme en question, lorsque S. Antoine crut devoir se munir contre lui du signe de la Croix, ne montra aucune frayeur, ne songea nullement à s'enfuir; bien au contraire, il s'approcha du saint d'un air confiant et respectueux, en lui offrant des dattes: preuve certaine que ce n'était pas un diable.

80. Secundo notandum, quod homunculus ille dixit: Mortalis et ego sum; ex quibus verbis docemur, quod ille erat animal morti obnoxium, et proinde, quod per generationem esse accepit: spiritus enim immaterialis immortalis est, quia simplex, et ideo non accipit esse per generationem ex præjacente materia, sed per creationem; unde nec amittit esse per corruptionem, quæ dicitur mors, sed per annihilationem tantum potest desinere esse. Quod si ille se mortalem esse dixit, professus est se esse animal. 80. Secondement, il faut noter que ce petit homme dit: «Je suis mortel, moi aussi», d'où il résulte que c'était un animal sujet à la mort, et qui avait reçu l'être par génération; en effet, un esprit immatériel est immortel parce qu'il est simple, et conséquemment ne reçoit pas l'être par génération d'une manière préexistante, mais par création; conséquemment encore, il ne perd pas l'être par corruption, autrement dite mort; et il ne saurait cesser d'être que par annihilation. Donc, en se disant mortel, il a déclaré être un animal.

81. Tertio notandum, quod ait se cognovisse communem Deum in carne humana fuisse passum. Ex his verbis convincitur illud fuisse animal rationale: siquidem bruta nihil agnoscunt, nisi sensibile et præsens, unde ab ipsis Deus nullo modo cognosci potest. Quod si homunculus ille ait, se cum aliis suis cognovisse Deum in carne humana passum, hoc probat, quod aliquo revelante habuit notitiam de Deo, sicut etiam nos habemus de illo fidem revelatam; pariterque Deum carnem humanam assumpsisse, et in ea passum: quæ duo sunt articuli nostræ Fidei principales, nempe Dei unius, et Trini existentia, et ipsius Incarnatio, Passio, et Resurrectio; ex quibus omnibus habetur, ut dicebam, illud fuisse animal rationale capax divinæ cognitionis, per revelationem, ut nos, et proinde pollens anima rationali, et ex consequenti immortali. 81. Troisième observation: Il sait, dit-il, que le Dieu commun a souffert dans la chair de l'homme. Ces paroles prouvent que c'était un animal raisonnable. En effet, les bêtes ne connaissent rien au delà du sensible et du présent, et ne peuvent conséquemment avoir aucune connaissance de Dieu. Si, comme le dit ce petit homme, lui et ses pareils savent que Dieu a souffert dans la chair humaine, cela prouve que, grâce à quelque révélation, il a eu connaissance de Dieu, de la même manière que nous en avons nous-mêmes la foi révélée; et cette notion, que Dieu a revêtu la chair humaine et y a souffert, constitue les deux principaux articles de notre Foi: d'abord, l'existence de Dieu un et triple, puis son Incarnation, sa Passion et sa Résurrection. Tout cela démontre, comme je l'ai dit, que c'était un animal raisonnable, capable de la connaissance divine par voie de révélation, ainsi que nous-mêmes, doué d'une âme raisonnable, et, par conséquent, immortelle.

82. Quarto notandum, quod oraverit nomine omnium gregis sui, cujus legatione fungi se profitebatur, D. Antonium, ut communem Deum pro illis deprecaretur. Ex his deducitur, quod homunculus ille capax erat beatitudinis, et damnationis, et quod non erat in termino, sed in via: ex hoc enim, quod, ut supra probatum est, se prodidit rationalem, et anima immortali consequenter donatum, consequens est, quod, et beatitudinis, et damnationis capax sit: hæc enim propria passio est Creaturæ rationalis, ut constat ex natura angelica, et humana. Item deducitur, quod ipse erat in via, et proinde capax meriti, et demeriti: si enim fuisset in termino, fuisset vel beatus, vel damnatus; neutrum autem potuit esse, quia orationes D. Antonii, quibus se commendabat, ipsi nullo modo prodesse potuissent, si fuisset finaliter damnatus; et si beatus fuisset illis non eguisset. Quod ipsi se commendavit, signum est eas sibi prodesse potuisse, et proinde in statu viæ, et meriti. 82. Quatrième observation: Au nom de tout son troupeau, dont il se déclare le délégué, il demande à S. Antoine de prier pour eux le Dieu commun. D'où je déduis que ce petit homme était capable de béatitude et de damnation, et qu'il n'était pas in termino, mais in via; en effet, du moment qu'il est un animal raisonnable, et, conséquemment, doué d'une âme immortelle, comme il a été prouvé plus haut, la logique veut également qu'il soit capable de béatitude et de damnation: c'est là, effectivement, le propre de la créature raisonnable, ange ou homme. De même, je déduis qu'il était dans la voie, in via, c'est-à-dire capable de mérite et de démérite; car, s'il eût été au terme, in termino, il eût été ou bienheureux ou damné. Or, il ne pouvait être ni l'un, ni l'autre; car les prières de S. Antoine, auxquelles il se recommandait, ne pouvaient lui être d'aucun secours, s'il était définitivement damné; et, s'il était bienheureux, il n'en avait pas besoin. Puisqu'il se recommandait à ses prières, c'est qu'elles pouvaient lui servir, et qu'il était, par conséquent, dans la voie du salut, in statu viæ et meriti.

83. Quinto notandum, quod homunculus ille professus est, se esse legatum aliorum suæ speciei, dum dixit legatione fungor gregis mei, ex quibus verbis plura deducuntur. Unum est, quod homunculus ille non solus erat, unde potuisset credi monstrum raro contingens, sed quod plures erant ejusdem speciei; tum quia simul congregati gregem faciebant; tum quia nomine omnium veniebat: quod esse non posset si multorum voluntates in illum non convenissent. Aliud est, quod isti profitentur vitam socialem: ex quo nomine multorum unus ex ipsis missus est. Aliud est, quod quamvis dicantur habitare in Eremo, non tamen in eo fixa est eorum permanentia: siquidem cum D. Antonius in illa eremo alias non fuisset (distabat enim illa per multas dietas ab eremo D. Antonii), scire non potuerunt quisnam ille esset cujusve sanctitatis; necessarium igitur fuit, quod alibi eum cognoverint, et ex consequenti extra desertum illum vagaverint. 83. Cinquième observation: Ce petit homme, en disant: «Je suis envoyé en mission par mon troupeau», se déclare le délégué d'autres créatures de son espèce. D'où nous pouvons tirer plusieurs conséquences: d'abord, que ce petit homme n'était pas seul, c'est-à-dire un monstre exceptionnel et rare, mais qu'il en existait plusieurs de même espèce, puisque, réunis ensemble, ils formaient un troupeau, et qu'il se présentait au nom de tous: ce qui n'eût pas été vrai, si un grand nombre de volontés n'eussent concouru à le déléguer. Ensuite, que ces animaux vivent en société, puisqu'ils envoient l'un d'eux pour les représenter tous. Enfin que, tout en habitant le Désert, ils n'y sont cependant pas fixés à l'état permanent: en effet, S. Antoine n'ayant jamais eu jusqu'alors l'occasion de visiter cette solitude, qui était très-éloignée de son ermitage, ils n'auraient pu savoir qui il était, ni à quel degré de sainteté il était parvenu; il était donc nécessaire qu'ils l'eussent connu ailleurs, et, conséquemment, qu'ils eussent voyagé hors de ce désert.

84. Ultimo notandum, quod homunculus ille ait esse ex iis, quos cæco errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros et Incubos appellant; et ex his verbis convincitur nostrum intentum principale, Incubos nempe esse animalia rationalia beatitatis, et damnationis capacia. 84. Dernière observation: Ce petit homme dit être de ceux que les Gentils, abusés par une erreur aveugle, appellent Faunes, Satyres et Incubes: ce qui prouve bien la vérité de notre thèse principale, savoir: que les Incubes sont des animaux raisonnables, capables de béatitude et de damnation.

85. Talium homuncionum frequens est apparitio in metallorum fodinis, ut scribit Gregorius Agricola, lib. De Animal. subterran., prope finem. Isti nempe coram fossoribus minerarum comparent induti habitu, qualem habent fossores ipsi, et jocantur inter se, tripudiantque, ac rident et cachinnantur, parvosque lapides joco mittunt in metallarios, et tunc signum est, ait Auctor prædictus, optimi proventus, ac inventionis alicujus rami, aut trunci principalis arboris mineralis. 85. L'apparition de petits hommes de cette sorte est fréquente dans les mines métalliques, comme l'enseigne Gregorius Agricola, dans son livre De Animal. subterran. Ils se font voir aux mineurs vêtus des mêmes habits qu'eux; ils jouent et badinent ensemble, rient, plaisantent, jettent aux mineurs de petites pierres en manière de jeu; et c'est alors bon signe, dit l'auteur précité: on est sûr de découvrir quelque riche rameau ou même un tronc d'arbre minéral.

86. Tales homunculos subterraneos negat Petrus Thyræus Novesianus, lib. De Terrificatio. Noctur., c. 2., per totum, nixus argumentis sane puerilibus, quæ sunt hæc: si darentur hujusmodi homunciones, ubinam degunt, et quænam, et ubi habent sua domicilia, qua ratione genus suum conservant, si per generationem, aut quomodo? si oriantur, et intereant, quo cibo vitam suam sustentent; si beatitudinis, et damnationis capaces sunt, et quibus mediis propriam salutem consequantur? Hæc sunt argumenta Thyræi, quibus permotus negat talem existentiam. 86. Pierre Thyræus, de Neuss, dans son livre De Terrification. Nocturn., nie l'existence de ces petits hommes, en s'appuyant sur des arguments qu'on trouvera sans aucun doute puérils. Étant donné, dit-il, de petits hommes de cette espèce, où vivent-ils, comment et où logent-ils? de quelle manière se perpétue leur espèce, par génération ou autrement? naissent-ils, meurent-ils, usent-ils de nourriture pour soutenir leur vie? sont-ils capables de béatitude et de damnation? et par quels moyens obtiennent-ils leur salut? Tels sont les arguments qui suffisent à Thyræus pour nier cette existence.

87. Sed viri parum cordati est negare id, quod graves Aucthores, fideque digni scribunt, quodque quotidiana constat experientia. Argumenta Thyræi nec minimum cogunt, ac ea solvimus supra a no 45. et seq. Remanet solum satisfacere quæstioni ubinam locorum habitent hujusmodi homunculi, seu Incubi? Ad quod dico, quod ut supra dedimus no 71. ex Guaccio, istorum alii sunt terrei, alii aquei, alii ærei, alii ignei, quorum nempe corpora, aut constant ex talium elementorum subtiliori parte, sive licet ex pluribus constent elementis, prævalet tamen in iis, aut aqua, aut ær pro ipsorum natura. Mansiones igitur, et domicilia eorum erunt in elemento illo cujus natura in eorum corporibus prævalet: ignei enim nisi violenter, et forte nullomodo in aquis aut locis palustribus morabuntur, cum hæc sint sibi contraria, nec aquei ad superiorem ætheris partem ascendere poterunt ob sibi repugnantem regionis illius subtilitatem, quod etiam videmus accidere hominibus, qui ad quorumdam Alpium summa juga pervenire nequeunt præ summa æris subtilitate, quæ homines crassiori æri assuetos nutrire nequit. 87. Mais, on l'avouera, c'est faire preuve de peu de sens que d'oser nier ce qu'ont écrit des auteurs graves et dignes de foi, ce qu'atteste d'ailleurs une expérience de chaque jour. Les arguments de Thyræus n'ont pas la moindre portée, et nous les avons résolus d'avance, nos 45 et suivants. La seule question à laquelle il reste à satisfaire est celle-ci: où demeurent ces petits hommes, ces Incubes? A cela je réponds: ainsi qu'il a été exposé plus haut (no 71) d'après Guaccius, les uns sont terrestres, d'autres aqueux, d'autres aériens, d'autres ignés, c'est-à-dire que leurs corps sont composés de la partie la plus subtile de l'un des éléments, ou si plusieurs éléments s'y trouvent réunis, il y en a pourtant un qui domine, soit l'eau, soit l'air, suivant leur nature. Leurs demeures, conséquemment, se trouveront dans celui de ces éléments qui entrera comme partie dominante dans la composition de leur corps; les Incubes ignés, par exemple, ne résideront pas volontiers ou même ne résideront jamais dans l'eau ou dans les marécages, qui leur sont contraires, et les Incubes aqueux ne pourront s'élever jusqu'à la partie supérieure de l'éther, cette région étant trop subtile pour leur nature. Ceci même s'observe dans les hommes qui, accoutumés à un air épais, ne peuvent résider sur certains sommets des Alpes où l'air est trop subtil pour eux.

88. Pluribus sanctorum Patrum auctoritatibus, quas congerit Molina in p. p. D. Thom., q. 50., ar. 1. circa med., probare possemus Dæmonum corporeitatem; quæ tamen stante determinatione Concilii Lateranensis de incorporeitate Angelorum, ut dictum fuit supra no 37., exponi debent de Dæmonibus istis Incubis, ac viatoribus adhuc, non autem de Damnatis. Tamen ne nimis longus sim, solius D. Augustini, summi Ecclesiæ Doctoris, aucthoritates damus, quibus evidenter convincitur illum fuisse in sententia, quam nos docemus. 88. Molina, dans son Commentaire de S. Thomas, réunit plusieurs témoignages des Saints Pères, qui pourraient nous servir à prouver la corporéité des Démons; mais, en présence de la décision du Concile de Latran, rapportée plus haut (no 87), touchant l'incorporéité des Anges, nous devons entendre que les Saints Pères ont eu en vue ces Démons Incubes, qui sont encore dans la voie du salut, et non les Anges damnés. Cependant, sans aller plus loin, nous nous bornerons à citer S. Augustin, ce grand Docteur de l'Église, et l'on verra à quel point sa doctrine concorde avec la nôtre.

89. D. Augustinus igitur, lib. 2. super Genesim ad litteram c. 17. de Dæmonibus, sic habet: «Quædam vera nosse, partim quia subtiliore sensus acumine, partim quia subtilioribus corporibus vigent,» et lib. 3. c. 1., «etsi Dæmones ærea sunt animalia, quoniam corporum æreorum natura vigent.» Et Epistola 115. ad Hebridium affirmat, eos esse «animantia ærea, seu ætherea acerrimi sensus.» Et de Civit. Dei lib. 11. c. 23, affirmat «Dæmonem pessimum habere corpus æreum.» Et lib. 21. c. 10. scripsit: «Sunt sua quædam etiam Dæmonibus corpora, sicut doctis hominibus visum est, ex isto ære crasso et humido.» Et lib. 15. c. 23. ait «se non audere definire, an Angeli corpore æreo, ita corporati possint etiam hanc pati libidinem, ut quomodo possint, sentientibus fœminis misceantur.» Et in Enarrat. in Psal. 85. ait «corpora beatorum futura post resurrectionem, qualia sunt corpora Angelorum;» et Enarrat. in Psal. 14. 5. ait «corpus Angelicum inferius esse anima.» Et lib. De Divinit. Dæmonum, passim per totum, maxime c. 23., docet «Dæmones subtilia habere corpora.» 89. S. Augustin donc, dans son Commentaire de la Genèse, liv. 2, ch. 17, s'exprime ainsi au sujet des Démons: «Ils connaissent certaines vérités, soit parce que leurs sens sont plus vifs et plus subtils, soit parce que leurs corps eux-mêmes sont plus subtils,» et au livre 3, ch. 1er: «les Démons sont des animaux aériens, parce qu'ils participent de la nature des corps aériens.» Dans son Épitre 115 à Hebridius, il affirme que ce sont «des animaux aériens, ou éthérés, doués d'un sens très-délicat.» Dans la Cité de Dieu, liv. 11, ch. 23, il dit que «le pire Démon a un corps aérien.» Au livre 21, ch. 10, il écrit: «Certains Démons ont même des corps composés, comme l'ont cru des philosophes, de l'air épais et humide que nous respirons.» Au livre 15, ch. 23: «il n'ose définir si les Anges, doués d'un corps aérien, pourraient ressentir cette passion sensuelle qui les pousserait à s'unir aux femmes.» Dans son commentaire du Psaume 85, il dit que «les corps des bienheureux seront, après la résurrection, pareils aux corps des Anges;» au Psaume 14, il observe que «le corps des Anges est inférieur à l'âme.» Enfin, dans son livre de la Divination des Démons, notamment ch. 23, il enseigne que «les Démons ont des corps subtils».

90. Potest etiam sententia nostra aucthoritatibus Sacræ Scripturæ comprobari, quæ licet ab Expositoribus aliter declarentur, non incongrue tamen ad nostrum intentum possunt aptari. Prima est Psalmi 77., v. 24. et 25., ubi habetur: panem Angelorum manducavit homo, panem cœli dedit eis. Hic loquitur David de Manna, qua cibatus fuit Populus Israel toto tempore, quo peregrinus fuit in deserto. Quærendum ergo venit, quo sensu Manna dici possit panis Angelorum. Scio quidem plerosque Doctores exponere hunc passum in sensu mystico, aientes in Manna figuratam esse Sacram Eucharistiam, quæ vocatur panis Angelorum, quia Angeli fruuntur visione Dei, qui per concomitantiam in Eucharistia reperitur. 90. Notre doctrine peut également s'appuyer sur les témoignages des Saintes Écritures, quelque diverse que soit l'interprétation qu'en donnent les Commentateurs. Nous avons d'abord le Psaume 77, v. 24 et 25, où il est dit: «l'homme a mangé le pain des Anges, il leur a donné le pain du ciel.» David parle ici de la Manne, dont le peuple d'Israël s'est nourri tout le temps qu'il a erré dans le désert. Or, on demandera dans quel sens on peut dire de la Manne que c'est le pain des Anges. La plupart des Docteurs, je ne l'ignore pas, interprètent ce passage dans un sens mystique, disant que la Manne figure la Sainte Eucharistie, appelée aussi le pain des Anges, parce que les Anges jouissent de la vue de Dieu, qui se trouve par concomitance dans l'Eucharistie.

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