CHAPITRE XXVI ET DERNIER. Conclusion.
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Quelques personnes diront peut-être que les derniers chapitres de cet ouvrage n’ont point de rapport avec son titre, mais cette critique seroit mal fondée ; l’activité n’est louable et bonne que lorsqu’elle est constamment dirigée vers le bien ; quand au contraire elle se porte, je ne dis pas au mal, mais seulement à ce qui peut y conduire, elle est mille fois pire que la paresse. Il n’y a rien de plus actif, d’esprit et de corps, que les intrigans, les ambitieux, et même les scélérats : l’activité des passions et du vice doit par sa nature être infiniment plus grande que celle de la vertu ; car la nécessité du mystère et de mille précautions indispensables, les craintes, les inquiétudes, multiplient les démarches, les projets et le travail de tête.
Sans doute, dans toute bonne éducation, on enseigne que la route de la vertu est la plus sûre ainsi que la meilleure, et que toutes nos actions doivent tendre vers la perfection autant que la nature humaine y peut atteindre. Mais un jeune homme, dès ses premiers pas dans la société, trouve dans les entretiens de la meilleure compagnie une infinité de préjugés mondains, délicatement mêlés aux idées justes et morales, et souvent avec tant d’art et de grâce, qu’il s’en aperçoit à peine ; d’ailleurs, il craint d’abord de montrer de la contradiction ou de la pédanterie, ensuite il s’y familiarise tellement que tous ses principes s’altèrent insensiblement et deviennent quelquefois tout-à-fait arbitraires ; à moins d’une grande force d’esprit et de caractère, les jeunes gens et même ceux qui sont bien nés et bien élevés, tombent peu à peu dans cette funeste confusion d’idées. Il nous a paru utile d’offrir à la jeunesse de petites méthodes qui, fondées sur l’expérience, puissent, en abrégeant les études, leur donner les moyens d’acquérir de nouvelles connoissances en conservant celles qu’ils doivent à l’éducation. Mais, nous devions surtout chercher à les préserver de la fatale influence des principes relâchés qui, lorsqu’on les adopte, peuvent si facilement conduire à la dépravation : ainsi, il étoit indispensable de donner avec précision des définitions exactes de la véritable et de la fausse gloire[107], et de réfuter toutes les fausses opinions contre la religion, et qu’on a, dans ces derniers temps, érigées en maximes comme celles-ci, par exemple : Que la religion rétrécit l’esprit et dessèche l’âme ; qu’elle est ennemie des beaux-arts et de l’industrie, et tous les lieux communs débités depuis quatre-vingts ans contre l’inutilité, l’oisiveté et la paresse des prêtres. Nous avons répondu par des faits incontestables qui prouvent que les beaux-arts, la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture, l’industrie, les sciences, l’établissement des manufactures, celui des hôpitaux, et toutes les fondations bienfaisantes, le défrichement des terres, etc., sont uniquement l’ouvrage de la religion et des prêtres.
Les jeunes gens feront toujours un bon emploi du temps, quand ils auront des idées bien affermies et bien stables sur la morale, sur les devoirs qu’elle impose, et sur la gloire désirable qu’elle peut donner. Nous avons tâché de leur rappeler ces vérités éternelles, et dans un livre assez court pour qu’il soit possible de le relire quelquefois sans suspendre ses études et ses occupations journalières. En recommandant tant de fois à la jeunesse, dans le cours de cet ouvrage, la vigilance et l’activité, il ne nous reste plus qu’à la prémunir contre un genre d’activité plus nuisible aux talens et aux progrès des connoissances humaines que ne sauroit l’être l’indolence ; nous voulons parler de l’activité physique, c’est-à-dire du corps, qui exclut presque toujours celle de l’esprit. Il y a dans cette activité un mouvement machinal, une turbulence qui s’accorde bien difficilement avec les goûts sédentaires que demandent l’étude et la méditation ; les mouvemens violens du corps suspendent en nous la faculté de penser, et quand on la suspend long-temps et d’habitude, on finit par la perdre. Aussi, tous les hommes qui se livrent exclusivement aux exercices du corps, ou qui ont un penchant naturel pour tout ce qui les fait agir, sortir de chez eux, et qui, entre autres choses, aiment la chasse avec passion, tous ces hommes sont presque sans exception, d’une grande ignorance, et n’ont aucune aptitude pour l’étude.
Voici la règle à cet égard : l’activité continuelle du corps est pernicieuse quand elle se borne à satisfaire des goûts et à se procurer des amusemens ; mais elle est admirable lorsqu’elle n’est employée qu’à remplir les devoirs fatigans de soldat, d’officier, de général d’armée, etc., ou qu’enfin elle ne s’exerce que pour faire le bien, pour secourir ses semblables, et pour leur rendre quelques services. Le corps doit être subordonné à l’âme ; c’est là ce qui nous distingue éminemment de la brute : par conséquent, les ressorts de notre corps ne doivent point, comme ceux d’une mécanique, agir par une impulsion une fois donnée, et qui devient une constante routine ; l’âme doit les ennoblir en les dirigeant toujours par une volonté raisonnable et bienfaisante.
Maintenant, la jeunesse françoise doit être éclairée par une expérience que même dans le siècle dernier nul vieillard ne pouvoit avoir. Son berceau, placé au milieu des échafauds, fut entouré des ombres de la mort !… Née dans des lieux livrés aux fureurs de la rébellion et de l’impiété, elle est aujourd’hui témoin du triomphe éclatant de la sagesse, des principes monarchiques et de la religion !… Cette jeunesse si valeureuse dans tous les temps connoît avec certitude, par une tradition toute récente et par le témoignage de ses propres yeux, tout ce que l’esprit d’indépendance et l’orgueil, unis à l’athéisme, peuvent produire de folies et de forfaits ; tout ce que la fausse gloire peut avoir d’éblouissant, de fragile ; tout ce que la gloire véritable a de généreux, de sublime et de solide ! elle a vu combien la vertu est respectable et touchante dans le malheur, combien l’ambition, toujours flétrie par les revers, à besoin de prestiges, d’illusion, de succès, pour soutenir une grande renommée[108]… Elle voit enfin les seuls triomphes dignes d’exciter une vive et durable admiration, et la Providence lui offre encore un grand spectacle, celui du crime non-seulement déçu, puni, mais profondément humilié ! Leçon utile autant que mémorable que l’histoire n’a jamais donnée d’une manière aussi frappante qu’à l’époque de la guerre généreuse, brillante et magnanime, qui vient de se terminer avec tant de gloire et de bonheur (12).
FIN.