CINQUANTE-HUITIÈME LEÇON. (continued 3)
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Telles sont les cinq phases principales nécessairement inhérentes à l'essor fondamental de la méthode positive, et dont l'indispensable succession élève peu à peu l'esprit scientifique proprement dit à la dignité finale d'esprit vraiment philosophique, en dissipant à jamais la distinction provisoire qui devait subsister entre eux tant que l'évolution préliminaire du génie moderne n'était pas suffisamment opérée. Si l'on considère avec soin de quel misérable état théorique la raison humaine est inévitablement partie, on cessera d'être surpris qu'il lui ait fallu tout ce long et pénible enfantement pour étendre convenablement à ses spéculations abstraites et générales ce même régime mental que la sagesse vulgaire emploie spontanément dans ses actes partiels et pratiques. Quoique rien ne puisse jamais dispenser notre faible intelligence de reproduire constamment cette succession naturelle, où réside la principale efficacité de notre développement philosophique, il est clair qu'une pareille éducation ultérieure, soit individuelle, soit même collective, pouvant désormais devenir systématique, tandis qu'elle a dû jusqu'ici rester purement instinctive, sera susceptible d'un accomplissement beaucoup plus rapide et plus facile, mais d'ailleurs essentiellement équivalent, que je m'estime heureux d'avoir ainsi préparé à tous mes successeurs, par le laborieux ensemble de mon évolution originale.
Un tel examen de l'institution générale et de la formation graduelle convenables à la méthode positive, complète ici son appréciation finale, déjà accomplie quant à sa nature et à sa destination, après la détermination fondamentale de son unité nécessaire. L'ensemble de ce chapitre peut donc être envisagé comme constituant aujourd'hui une sorte d'équivalent spontané du discours initial de Descartes sur la méthode, sauf les diversités essentielles qui résultent de la nouvelle situation de la raison moderne et des nouveaux besoins correspondans. Tandis que Descartes devait surtout avoir en vue l'évolution préliminaire qui, pendant les deux derniers siècles, était destinée à préparer successivement l'ascendant décisif de la positivité rationnelle, j'ai dû, au contraire, apprécier ici l'entier accomplissement effectif d'un tel préambule, afin de déterminer directement la constitution finale de la saine philosophie, en harmonie nécessaire avec une haute destination sociale, que Descartes avait justement écartée, mais que Bacon avait déjà essentiellement pressentie. Ainsi, ce chapitre concernait naturellement la partie la plus difficile et la plus importante de tout le travail relatif à nos conclusions générales, d'après la prépondérance constante des besoins logiques sur les besoins scientifiques, surtout en un temps où, la doctrine devant être encore fort peu avancée, la principale élaboration philosophique doit consister à instituer complétement la méthode. Toutefois, pour que notre opération extrême puisse atteindre suffisamment son but général, il faut, en outre, consacrer le chapitre suivant à une rapide appréciation scientifique, correspondante à cette appréciation logique, et oser même caractériser enfin, dans un dernier chapitre, l'action totale que doit ultérieurement exercer la philosophie positive, dès lors pleinement constituée.
