AVANT-PROPOS
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Cette collection de contes populaires présente ce caractère particulier que, pour la former, nous avons puisé dans la tradition orale d'un seul village: les cent contes et variantes dont elle se compose viennent tous de cette même source; ils ont été recueillis par mes sœurs et moi à Montiers-sur-Saulx, village de Lorraine,—ou, si l'on veut plus de précision, du Barrois,—situé à quelques centaines de pas de l'ancienne frontière de Champagne[1]. Nous devons la plus grande partie de notre collection au zèle intelligent et à la mémoire prodigieuse d'une jeune fille du pays, morte aujourd'hui, qui s'est chargée de rechercher par tout le village les contes des veillées, et nous les a ensuite transmis avec une rigoureuse fidélité.
De bons juges ont parfois exprimé le regret de trouver dans certaines collections de contes populaires un style apprêté, des développements et des enjolivements qui trahissent le littérateur. Nous espérons qu'on ne nous adressera pas cette critique; nous avons, du moins, tout fait pour ne pas nous y exposer, et, si notre collection a un mérite, c'est, ce nous semble, de reproduire avec simplicité les récits que nous avons entendus.
A la suite de chacun des contes sont indiquées les ressemblances qu'il peut présenter avec tels ou tels récits faisant partie de quelqu'un des recueils de contes populaires édités en France ou à l'étranger, et surtout avec les contes orientaux. Ces rapprochements fourniront toute une série de pièces justificatives, si l'on peut parler ainsi, à l'histoire des migrations des fictions indiennes à travers le monde, histoire que cherche à exposer l'introduction de cet ouvrage.
Dans un Supplément aux remarques, placé à la fin du second volume, nous mettons à profit divers documents, dont plusieurs n'ont été livrés à la publicité que pendant l'impression de notre travail. Un Index bibliographique donne le titre complet des livres qui ont été indiqués en abrégé dans l'intérêt de la brièveté.
Publiées d'abord, de 1876 à 1881, dans la revue la Romania, cette collection et ses remarques ont reçu, de la part de savants de toute nationalité, comme M. Gaston Paris, M. Reinhold Kœhler, M. Ralston, un accueil qui était pour l'auteur un encouragement à faire paraître les Contes lorrains en volumes, avec des remarques considérablement augmentées et souvent tout à fait transformées.
Me permettra-t-on d'exprimer ici mon affectueuse reconnaissance envers les dévouées collaboratrices sans lesquelles ce travail n'aurait jamais été ni entrepris ni achevé? C'est en commun avec elles qu'a été faite la rédaction des contes; pour celle des remarques, j'ai reçu l'aide de leurs conseils, et l'une d'elles ne s'est jamais lassée de me signaler, dans les innombrables collections de contes européens, les plus intéressants rapprochements.
Août 1886.