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Actes et Paroles, Volume 2

II

Reading edition

LA GRECE

A M. ANDRE RIGOPOULOS

L'envoi de votre excellent journal me touche vivement. C'est du fond du coeur que je vous en remercie. Je le lis avec un profond interet.

Continuez l'oeuvre sainte dont vous etes un des vaillants ouvriers; travaillez a l'unite des peuples. L'esprit de l'Europe doit planer aujourd'hui et remplacer dans les ames l'antique esprit des nationalites. C'est aux nations les plus illustres, a la Grece, a l'Italie, a la France, qu'il appartient de donner l'exemple. Mais d'abord et avant tout il faut qu'elles redeviennent elles-memes, il faut qu'elles s'appartiennent; il faut que la Grece acheve de rejeter la Turquie, il faut que l'Italie secoue l'Autriche, il faut que la France dechire l'empire. Quand ces grands peuples seront hors de leurs linceuls, ils crieront: Unite! Europe! Humanite!

C'est la l'avenir. La voix de la Grece sera une des plus ecoutees. Les hommes comme vous sont dignes de la faire entendre. Un des premiers, il y a bien des annees deja, j'ai lutte pour l'affranchissement de la Grece; je vous remercie de vous en souvenir.

La Grece, l'Italie, la France ont porte tour a tour le flambeau. Maintenant, dans le grand dix-neuvieme siecle, elles doivent le passer a l'Europe, tout en en gardant le rayonnement. Devenons, individus et peuples, de moins en moins egoistes, et de plus en plus hommes. Criez: Vive la France! pendant que je crie: Vive la Grece!

Je vous felicite, vous, compatriote d'Eschyle et de Pericles, qui luttez pour les principes de l'humanite. Il est beau d'etre du pays de la lumiere et d'y porter le drapeau de la liberte.

Je vous serre cordialement la main.

VICTOR HUGO.

Guernesey, 25 aout 1856.

1859

L'amnistie ici et la potence la. A cote du crime de l'Europe, le crime de l'Amerique. John Brown.

I

L'AMNISTIE

Les annees s'ecoulaient. Au bout de huit ans, le criminel jugea a propos d'absoudre les innocents; l'assassin offrit leur grace aux assassines, et le bourreau sentit le besoin de pardonner aux victimes. Il decreta la rentree des proscrits en France. A "l'amnistie" Victor Hugo repliqua:

DECLARATION

Personne n'attendra de moi que j'accorde, en ce qui me concerne, un moment d'attention a la chose appelee amnistie.

Dans la situation ou est la France, protestation absolue, inflexible, eternelle, voila pour moi le devoir.

Fidele a l'engagement que j'ai pris vis-a-vis de ma conscience, je partagerai jusqu'au bout l'exil de la liberte. Quand la liberte rentrera, je rentrerai.

VICTOR HUGO.

Hauteville-House, 18 aout 1859.

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