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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04

AVERTISSEMENT

Paulin Paris translation

DE LORD BYRON.

Le Morgante Maggiore, dont je publie le premier chant traduit en anglais, partage, avec l'Orlando innamorato, l'honneur d'avoir formé et inspiré le style et la fable de l'Arioste. Les grands défauts du Boïardo furent sa manière trop sérieuse de traiter les récits de chevalerie, et son âpre style. L'Arioste, en continuant l'histoire de l'Orlando, a évité le premier défaut par un judicieux emploi de l'esprit de saillie du Pulci; et Berni a fait disparaître le second, en retouchant le poème du Boïardo. Pulci peut être considéré comme précurseur et modèle unique de Berni, comme il l'a été en partie à l'égard de l'Arioste, quelque inférieur qu'il soit, néanmoins, à ses deux imitateurs. Il n'en est pas moins le fondateur d'un nouveau genre de poésie récemment éclos en Angleterre: je veux parler de la poésie de l'ingénieux Whistlecraft. Les poèmes sérieux sur Roncevaux en même style, et plus particulièrement celui de M. Mérivale; vrai chef-d'œuvre du genre, doivent être rapportés à la même source. Il n'a pas encore été entièrement décidé si Pulci eut ou n'eut pas l'intention de ridiculiser la religion, qui est un de ses thèmes favoris. Il me semble qu'une telle intention eût été non moins périlleuse pour le poète que pour le prêtre, en égard surtout au siècle et au pays. D'ailleurs, la publication du poème a toujours été permise; il a été admis au nombre des classiques italiens: ce qui prouve qu'il n'a jamais été et qu'il n'est pas non plus maintenant interprété en mauvaise part. Que l'auteur ait eu l'intention de tourner en dérision la vie monastique, et qu'il ait laissé son imagination se jouer de la niaise simplicité de son géant converti, cela paraît assez évident. Mais, certes, il serait aussi injuste de l'accuser d'irréligion là-dessus, que de dénoncer Fielding pour son ministre Adams, Barnabas, Thwackun, Supple, et the Ordinary dans Jonathan Wild,--ou Walter-Scott, pour l'heureux parti qu'il a tiré de ses covenantaires, dans les Tales of my Landlord.

Dans la traduction suivante, j'ai usé de la liberté de l'original envers les noms propres: de même que Pulci dit Gan, Ganellon ou Ganellone; Carlo, Carlomagno ou Carlomano; Rondel ou Rondello, etc., selon que telle ou telle forme se trouve à sa convenance: ainsi en use le traducteur. Sous d'autres rapports, la version est fidèle, ou du moins le traducteur a fait de son mieux pour combiner l'interprétation d'une langue étrangère avec la difficile tâche de la réduire au même mode de versification dans sa langue. Le lecteur est prié de se souvenir que le style vieilli de Pulci, malgré sa pureté, n'est pas d'une intelligence aisée, pour la plupart des Italiens eux-mêmes, en raison de l'emploi fréquent des proverbes toscans; et il en sera peut-être plus indulgent à l'égard de l'essai que je lui offre. Jusqu'à quel point le traducteur a-t-il réussi? Continuera-t-il ou non son ouvrage? Ce sont questions que le public décidera. Ce qui m'a engagé en partie à faire cette expérience, c'est mon amour, mon étude partiale de la langue italienne, dont il est si aisé d'acquérir une légère teinture, et si difficile, pour ne pas dire impossible, à un étranger d'obtenir une connaissance complète et approfondie. La langue italienne est comme une beauté capricieuse, qui accorde ses sourires à tous les cavaliers, ses faveurs à un petit nombre d'élus, et quelquefois récompense le moins ceux qui l'ont courtisée le plus long-tems. Le traducteur désirait aussi présenter sous un vêtement anglais une partie au moins d'un poème qui n'a jamais encore été transporté dans une langue du Nord, d'autant plus que ce poème a été le modèle original des plus célèbres ouvrages produits en deçà des Alpes, ainsi que de ces poétiques essais récemment tentés en Angleterre, desquels j'ai déjà fait mention.

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