TOME SECOND (continued 3)
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On a formé quantité d'Habitations au Sud de Savannah, dont les principales portent le nom de Highgate & de Hamstead; le reste de la Province commence à n'être pas plus désert. L'Isle de Saint-Simon se peuple aussi, & la Ville de Frederica est déja fort augmentée. Dans le voisinage est une belle prairie de trois cent vingt arpens, où l'on nourrit toutes sortes de bestiaux. À quelque distance, M. Oglethorpe a formé un Camp pour le Regiment qui porte son nom. Il a distribué des terres aux Soldats, dont la plûpart sont mariés; & dès la première année ils ont produits 55 enfans. Les Habitans de Frederica ont commencé à faire de la biere & d'autres liqueurs. Les femmes des Soldats filent du cotton du Païs. Il y a dans cette Ville une Cour de Justice, qui préside à la partie méridionale de la Province, & qui a le même nombre d'Officiers que celle de Savannah.
La Georgie étoit une partie de la Caroline, & c'est à ce titre que les Propriétaires de la Caroline ont vendu leur droit à la Couronne. C'est une preuve fort claire, que les Espagnols qui ont reconnu le droit des Anglois sur la Caroline dans tous leurs Traités avec l'Angleterre, seroient mal fondés à former des prétentions sur la Georgie, comme ils l'ont tenté nouvellement.
La latitude de cette nouvelle Colonie, qui est entre 29 & 32 degrés, montre quelle doit être l'excellence du climat & du Terroir pour les Habitans & pour les fruits de la terre. Outre les productions naturelles du Païs, on a déja remarqué qu'il est favorable à toutes les semences & à toutes les plantes de l'Europe.
Il n'y a personne qui ne sente de quel avantage la Georgie est aux Anglois pour la sureté de leur commerce & de toutes les autres Colonies dans le Continent de l'Amérique. C'est une garde continuelle contre les Espagnols; car Savannah, qui en est la Capitale, ne se trouve qu'à 77 milles au Sud-Ouest de Charles Town, Capitale de la Caroline, & à 150 milles au Nord-Est de Saint Augustin Capitale de la Floride Espagnole & le plus grand obstacle au commerce Anglois entre le Golfe du Méxique & leurs Provinces.
On pourroit s'imaginer qu'un Païs aussi désert que les Anglois ont trouvé la Georgie, étoit couvert d'arbres, qui pouvoient rendre l'air mal sain pour les Habitans. Mais on ne s'est apperçu de rien qui ait confirmé cette crainte. À mesure qu'on nettoiera le terrain, ce qu'on a fait jusqu'ici sans relâche, il arrivera que ces arbres dont la quantité seule est incommode, tourneront à l'avantage des Habitans. Les plus communs sont le Chêne, l'Orme, le Cèdre, le Noyer, le Cyprès, le Myrthe, la Vigne & le Murier. C'est du dernier qu'on espere le plus; & la principale attente de tous ceux qui sont allés former la Colonie, est fondée sur les vers à soye. Dès le premier embarquement, deux ou trois Piemontois firent le voïage pour apprendre aux Habitans la methode d'élever les vers. Ils y porterent des œufs d'Italie, & les premières experiences furent si favorables qu'on en vit bien-tôt quelque fruit en Angleterre. Le Chevalier Thomas Lombe à qui l'on envoya pluueurs paquets de soye de la Georgie, & qui passe avec raison pour l'homme du monde le plus entendu dans ces matiéres, en ayant fait l'épreuve à Derby avec sa machine, assura «que cette soye étoit la meilleure qu'il eût jamais vûë, & qu'elle surpassoit celle qu'on appelle la superfine du Piemont.» On est donc sûr de la qualité; & ce qui manque encore est un nombre d'Ouvriers suffisant pour nous en procurer une grande abondance. Les autres productions de la Georgie sont les mêmes que celles de la Caroline. L'avenir nous apprendra s'il s'y trouve des mines; mais quoique rien n'empêche encore de s'en flatter, ce n'est pas cette espérance qui a fait naître la Colonie, & l'on peut se borner aux richesses exterieures du Païs, sans fatiguer la terre jusque dans ses entrailles. Le prix des vivres & des denrées y est déja fort médiocre.[D] Le bœuf y est à deux sols la livre; le porc & le veau au même prix, le mouton à quatre sols, la bierre forte à trois sols la quarte, le cidre à quatre sols, le vin de Madère à douze sols, le thé à un écu la livre, le caffé à dix-huit sols, la fleur de farine à un sol, le ris à cinquante quatre sols le quintal.
