CHAPITRE XII LA CAUSE DE LAPSE (Suite).
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Il en revint d'abord au signe.
—L'ange qui apporta le signe parla-t-il point?
—Oui: il dit à mon roi qu'on me mît en besogne, et que le pays serait bientôt allégé.
—L'ange qui apporta le signe était-il l'ange qui vous apparut en premier, ou en était-ce un autre?
—C'est toujours tout un. Et oncques ne me faillit.
—De ce que vous avez été prise, l'ange ne vous a-t-il pas failli aux biens de la fortune?
—Je crois, puisqu'il plaît à Notre-Seigneur, que c'est le mieux que je sois prise.
—L'ange ne vous a-t-il pas failli aux biens de la grâce?
Maître Jean de la Fontaine fit alors une question narquoise et aussi enjouée qu'il se pouvait en un procès d'Église:
Saint Denys, patron des rois très chrétiens, saint Denys, cri de France, saint Denys, avait laissé prendre par les Anglais son abbaye et cette riche église où les reines venaient recevoir la couronne, où les rois avaient leur sépulture; il s'était tourné Anglais et Bourguignon et il n'y avait guère d'apparence qu'il vînt converser avec la Pucelle des Armagnacs.
À cette demande:
—Parliez-vous à Dieu même, quand vous promîtes de garder votre virginité?
Elle répondit:
Comme d'après une allégation produite dans l'enquête, Jeanne avait fait promesse de mariage à un jeune paysan, l'interrogateur tenta d'établir que ce vœu de virginité fait en une mauvaise forme, il n'avait tenu qu'à elle d'y manquer; mais Jeanne soutint qu'elle n'avait point promis le mariage, et elle ajouta:
—La première fois que j'ouïs ma Voix, je fis vœu de garder ma virginité tant qu'il plairait à Dieu.
L'interrogateur lui posa une question d'une extrême gravité:
—De toutes ces visions que vous dites avoir, n'aviez-vous point parlé à votre curé ou à un autre homme d'Église?
Puis vint cette question singulière:
—Avez-vous eu des lettres de saint Michel ou de vos Voix?
Elle répondit:
Tel était son tour de langage quand elle voulait taire ce qu'elle ne voulait pas nier. La question était donc embarrassante. Aussi bien les interrogatoires procédaient d'informations riches en faits vrais ou faux; et l'on observe le plus souvent, dans les demandes adressées à l'accusée, une certaine prévision de la réponse. Qu'est-ce que c'était que ces lettres de saint Michel et des saintes, dont elle ne niait pas l'existence, mais que les juges ne produisaient pas? Était-ce ceux de son parti qui les envoyaient à Jeanne pour qu'elle agît selon leurs intentions, croyant obéir à Dieu?
L'interrogateur, sans insister davantage, pour cette fois, passa à un autre grief:
—Est-ce que vos Voix ne vous ont point appelée fille de Dieu, fille de l'Église, la fille au grand cœur?
L'interrogatoire suspendu fut repris dans l'après-midi.
Ils l'interrogèrent ensuite sur le duc d'Orléans, pour rendre manifeste, par les réponses mêmes qu'elle ferait, que ses Voix l'avaient trompée en lui promettant la délivrance du prisonnier; ils y réussirent aisément. Alors elle allégua que le temps lui avait manqué:
—Si j'eusse duré trois ans sans empêchement, je l'eusse délivré.
Interrogée de nouveau sur le signe baillé à son roi, elle répondit qu'elle en aurait conseil de sainte Catherine.
—Avez-vous juré et promis à sainte Catherine de ne point dire ce signe?
Il parlait du signe donné au roi. Jeanne répondit:
Et tout aussitôt:
—Le signe ce fut que l'ange certifiait à mon roi, en lui apportant la couronne, et lui disait qu'il aurait tout le royaume de France entièrement à l'aide de Dieu, et moyennant mon labeur, et qu'il me mît en besogne. C'est, à savoir, qu'il me baillât des gens d'armes. Autrement il ne serait mie sitôt couronné et sacré....
—En quelle manière l'ange apporta-t-il la couronne? est-ce qu'il la mit sur la tête de votre roi?
—Elle fut baillée à un archevêque, c'est à savoir celui de Reims, comme il me semble, en la présence du roi. Ledit archevêque la reçut et la bailla au roi; et j'étais moi-même présente; et elle est mise au trésor du roi.
—En quel lieu fut-elle apportée?
—Ce fut en la chambre du roi, au château de Chinon.
—Quel jour et à quelle heure?
—Est-ce qu'à la première journée que vous vîtes le signe, votre roi le vit?
—Oui. Il l'eut lui-même.
—De quelle matière était la couronne?
—C'est bon à savoir qu'elle était de fin or; et elle était si riche que je ne saurais nombrer sa richesse; et la couronne signifiait qu'il tiendrait le royaume de France.
—Y avait-il pierreries?
—Je vous ai dit que je n'en sais rien.
—Est-ce que vous la maniâtes ou la baisâtes?
—Non.
—Est-ce que l'ange qui l'apporta venait de haut? Ou s'il venait par terre?
—Il vint de haut. J'entends qu'il venait par le commandement de Notre-Seigneur. Et entra par l'huis de la chambre.
—Est-ce que l'ange venait par terre et marchait depuis l'huis de la chambre?
—Quand il vint devant le roi, il fit révérence au roi, en s'inclinant devant lui, et prononçant les paroles que j'ai dites du signe. Et avec cela, lui remémorait la belle patience qu'il avait eue au long des grandes tribulations qui lui étaient survenues; et depuis l'huis, il marchait et errait sur la terre, en venant au roi.
—Quel espace y avait-il de l'huis jusques au roi?
Elle se mit à décrire les anges venus avec elle vers le roi:
Et longtemps encore, pressée par l'interrogateur, elle égrenait les candides merveilles.
Puis ces questions, posées déjà bien des fois:
—Quand vous allâtes devant Paris eûtes-vous de vos Voix révélation? Eûtes-vous révélation d'aller devant la ville de La Charité? Eûtes-vous quelque révélation d'aller à Pont-l'Évêque?
Elle niait qu'elle eût alors révélation de ses Voix.
La dernière interrogation fut:
—Ne dîtes-vous point devant Paris: «Rendez la ville de par Jésus»?
Les Parisiens, qui repoussaient l'assaut, l'entendirent qui disait: «Rendez-vous de par Jésus à nous tôt.» Et ces paroles correspondent à tout ce que nous savons des idées de Jeanne en ses commencements. Elle croyait que Messire voulait que les villes du royaume fussent rendues à celle qu'il avait envoyée pour les reprendre. Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer que Jeanne, lors de son procès, était devenue tout à fait étrangère à ses premières illuminations et parlait un tout autre langage.
L'évêque intervint:
—Vous avez dit que nous, évêque, nous nous mettions en grand danger, en vous mettant en cause. Qu'était-ce? Et quel danger, tant de nous que des autres?
—J'ai dit à monseigneur de Beauvais: «Vous dites que vous êtes mon juge, je ne sais si vous l'êtes. Mais avisez-vous bien de ne pas juger mal. Car vous vous mettriez en grand danger; et je vous en avertis, afin que, si Notre-Seigneur vous en châtie, j'aie fait mon devoir de vous le dire.»
—Quel est ce péril ou danger?
Il semble que les Voix annonçaient ainsi à la Pucelle la délivrance tout ensemble au sens littéral et au sens spirituel, contraires l'un à l'autre. Dans cette réponse, empreinte à la fois d'illusion et de crainte, et faite pour inspirer la pitié aux hommes les plus durs, ces prêtres ne virent que le moyen de la prendre insidieusement. Feignant de comprendre qu'elle tirait de ses révélations une confiance hérétique en son salut éternel, l'interrogateur lui fit, sous une forme nouvelle, la question à laquelle elle avait déjà répondu saintement. Il lui demanda si ses Voix lui avaient dit qu'elle irait finalement au royaume de Paradis, si elle se tenait assurée d'être sauvée et de ne point être damnée en enfer.
À quoi elle répondit, dans la grande foi que ses Voix lui inspiraient:
—Je crois fermement ce que mes Voix m'ont dit, que je serai sauvée, aussi fermement que si j'y fusse déjà.
On revint sur l'habit d'homme.
—Lequel aimez-vous le mieux, prendre habit de femme et ouïr la messe, ou demeurer en habit d'homme et ne pas ouïr la messe?
—Certifiez-moi d'ouïr la messe si je suis en habit de femme, et sur ce je vous répondrai.
—Je vous certifie que vous ouïrez la messe, quand vous serez en habit de femme.
—Et que dites-vous, si j'ai juré et promis à notre roi de ne point mettre bas cet habit? Toutefois, si je vous réponds: «Faites-moi faire une robe longue jusques à terre, sans queue, et me la baillez pour aller à la messe; puis au retour je reprendrai l'habit que j'ai...»
—Prenez l'habit de femme simplement et absolument.
Sa résistance à quitter l'habit d'homme ne s'explique pas seulement parce que cet habit la gardait mieux que tout autre contre les entreprises des gens d'armes, ce qui d'ailleurs est sujet à objection. Elle ne voulait pas prendre l'habit de femme pour la raison que ses Voix ne le lui avaient pas permis; et l'on devine bien pourquoi: elle était chef de guerre. Quelle humiliation pour un chef de guerre de porter des jupes comme une bourgeoise! Et dans quel moment la voulait-on enjuponner? Quand les Français devaient, d'un moment à l'autre, la venir délivrer par un prodigieux fait d'armes. Ne fallait-il pas qu'ils trouvassent leur Pucelle en habit d'homme, toute prête à s'armer et à combattre avec eux?
Puis cette question, qui, de l'avis des docteurs, était la plus difficile qu'on pût poser:
—Si le diable se mettait en forme d'ange, comment connaîtriez-vous que c'est bon ange ou mauvais ange?
Elle répondit avec une simplicité qui parut présomptueuse:
Elle avait, jusque-là, montré une grande répugnance à décrire la figure et l'habit de l'ange et des saintes qui l'étaient venus visiter dans son village. Maître Jean de la Fontaine tâcha d'obtenir quelques clartés à cet endroit:
—En quelle forme et apparence, grandeur et habit, vous vient saint Michel?
L'interrogateur posa une fois encore la question dont la réponse était pour Jeanne de vie ou de mort:
—Voulez-vous mettre tous vos dits et faits, soit bons ou mauvais, à la détermination de notre mère, sainte Église?
Mais elle ne put assigner le terme auquel viendrait la grande besogne, et maître Jean de la Fontaine en revint au point d'où dépendait le sort de Jeanne.
—Vous en rapportez-vous à la détermination de l'Église?
—Je m'en rapporte à Notre-Seigneur qui m'a envoyée, à Notre-Dame et à tous les benoîts saints et saintes de paradis. M'est avis que c'est tout un de Notre-Seigneur et de l'Église, et qu'on n'en doit point faire de difficulté. Pourquoi faites-vous difficulté, que ce ne soit tout un?
Il faut rendre cette justice à maître Jean de la Fontaine, qu'il répondit avec clarté:
—Il y a l'Église triomphante, où sont Dieu, les saints, les anges et les âmes sauvées. L'Église militante, c'est notre Saint Père le Pape, vicaire de Dieu sur terre, les cardinaux, les prélats de l'Église et le clergé, et tous les bons chrétiens et catholiques, laquelle Église, bien assemblée, ne peut errer et est gouvernée du Saint-Esprit. Voulez-vous vous en rapporter à l'Église militante?
On lui offrit de nouveau un habit de femme pour entendre la messe; elle le refusa:
—Quant à l'habit de femme, je ne le prendrai pas encore, tant qu'il plaira à Notre-Seigneur. Et si tant est qu'il me faille mener en jugement, qu'il me faille dévêtir en jugement, je requiers messeigneurs de l'Église qu'ils me donnent la grâce d'avoir une chemise de femme et un couvre-chef sur ma tête. J'aime mieux mourir que de révoquer ce que Notre-Seigneur m'a fait faire. Je crois fermement que Notre-Seigneur ne laissera pas advenir que je sois mise si bas, que je n'aie secours bientôt de Dieu, et par miracle.
Voici encore quelques questions qui lui furent faites:
—Est-ce que vous ne croyez pas aujourd'hui que les fées soient de mauvais esprits?
—Je n'en sais rien.
—Savez-vous point si sainte Catherine et sainte Marguerite haïssent les Anglais?
—Elles aiment ce que Notre-Seigneur aime, et haïssent ce que Dieu hait.
—Est-ce que Dieu hait les Anglais?
—De l'amour ou haine que Dieu a pour les Anglais ou de ce qu'il fera à leurs âmes, je ne sais rien. Mais je sais bien qu'ils seront boutés hors de France, excepté ceux qui y mourront, et que Dieu enverra victoire aux Français, et contre les Anglais.
—Est-ce que Dieu était pour les Anglais, quand ils étaient en prospérité en France?
On posa quelques questions à Jeanne touchant la bannière sur laquelle elle avait fait peindre des anges.
Et la séance fut levée.
Puis cette question insidieuse:
—Croyez-vous que, si vous étiez mariée, vos Voix vous viendraient?
Elle répondit:
Autre question bien plus dangereuse pour elle, qui aimait son roi de tout son cœur:
—Pensez-vous et croyez-vous fermement que votre roi fit bien de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgogne?
L'interrogateur lui posa cette question solennelle:
—Vous semble-t-il que vous soyez tenue de répondre pleinement la vérité au pape, vicaire de Dieu, de tout ce qu'on vous demanderait touchant la foi et le fait de votre conscience?
Par cette parole, elle en appelait au pape; et cet appel était de droit. «Aux choses douteuses qui touchent la foi, avait dit saint Thomas, l'on doit toujours recourir au pape ou au concile général.» Si Jeanne ne signifia pas son appel dans les formes juridiques, le pouvait-elle, ignorant ces formes, et sans avocat, sans conseil? Selon son pouvoir, elle en appelait au père commun des fidèles, comme l'y autorisaient la justice et l'usage.
Les docteurs et maîtres se turent. Ainsi se fermait la seule voie de salut qui restât à l'accusée; elle était bien perdue. Mais ce qui surprend, ce n'est pas que des juges du parti de l'Angleterre n'aient point admis l'appel de Jeanne, c'est que les docteurs et maîtres du parti français, les clercs des pays tenus dans l'obéissance du roi Charles n'aient point tous signé cet appel, n'aient pas tous demandé d'une seule voix que la cause de cette Pucelle, estimée bonne par les examinateurs de Poitiers, fût portée devant le pape et le concile.
—Est-ce que vous baisâtes ou accolâtes oncques saintes Catherine et Marguerite?
—Je les accolai toutes deux.
—Fleuraient-elles bon?
—Il est bon à savoir; et sentaient bon.
—En accolant, sentiez-vous point de chaleur ou autre chose?
—Je ne les pouvais point accoler sans les sentir et toucher.
—Par quelle partie les accoliez-vous? Par haut ou par bas?
—Il affiert mieux à les accoler par le bas que par le haut.
—Leur avez-vous point donné de chapeaux de fleurs?
—En l'honneur d'elles, à leurs images ou ressemblances dans les églises j'en ai plusieurs fois donné. Quant à celles qui m'apparaissent, je n'en ai point baillé dont j'aie mémoire.
—Savez-vous rien de ceux qui vont cheminant avec les fées?
Enfin, une question sur son étendard, que les juges pensaient enchanté, amena une de ces réponses, en manière de proverbe, qu'elle aimait.
—Pourquoi votre étendard fut-il plus porté en l'église de Reims, au sacre, que ceux des autres capitaines?
À la suite des enquêtes et des interrogatoires, le procès préparatoire fut déclaré clos et le procès dit ordinaire s'ouvrit le mardi après les Rameaux, 27 mars, dans une chambre voisine de la grande salle du château.
Jeanne n'accepta pas l'offre du juge:
Ces douze articles ne furent pas communiqués à Jeanne. Le jeudi 12 avril, vingt et un docteurs et maîtres se réunirent dans la chapelle de l'évêché, et après avoir examiné les articles, donnèrent une consultation dont le sens était défavorable à l'accusée.
—L'Église, ajouta-t-il, ne ferme point son sein à qui lui revient.
Jeanne répondit qu'elle le remerciait de ce qu'il lui disait pour son salut, et elle ajouta:
—Il me semble, vu la maladie que j'ai, que je suis en grand péril de mort. S'il en est ainsi, Dieu veuille faire de moi à son plaisir. Je vous requiers de me faire avoir confession, et le corps de mon Sauveur aussi, et de me mettre en terre sainte.
Monseigneur de Beauvais lui représenta que si elle voulait recevoir les sacrements, elle devait se soumettre à l'Église.
Elle soutint ensuite énergiquement la vérité des révélations qu'elle avait eues de par Dieu, saint Michel, saintes Catherine et Marguerite.
Et comme on lui demandait une fois encore si elle soumettait soi et ses actes à notre sainte mère l'Église, elle répondit:
—Quelque chose qui m'en doive advenir, je n'en ferai ou dirai autre chose que ce que j'ai déjà dit au procès.
Les docteurs et maîtres l'exhortèrent l'un après l'autre à se soumettre à notre sainte mère l'Église, alléguant de nombreux passages de l'Écriture sainte; ils lui promirent le corps de Notre-Seigneur, si elle voulait obéir; mais elle demeura ferme dans son propos.
On avait recours aux processions dans les grandes nécessités.
—Ne voulez-vous point, lui fut-il demandé, qu'on ordonne une belle et notable procession pour vous mettre en bon état, si vous n'y êtes?
Elle répondit:
Le lendemain jeudi 3 mai, jour de l'Invention de la Sainte Croix, l'archange Gabriel lui apparut; elle n'était pas bien sûre de l'avoir déjà vu; mais cette fois elle ne pouvait douter; ses Voix lui dirent que c'était bien lui; et elle en eut grand réconfort.
Ce même jour, elle demanda à ses Voix si elle devait se soumettre à l'Église, comme tous les clercs l'en pressaient.
Les Voix lui répondirent:
—Si tu veux que Notre-Seigneur t'aide, attends-toi à lui de tous tes faits.
Jeanne voulut savoir d'elles si elle serait brûlée.
Le mercredi 9 mai, Jeanne fut menée à la grosse tour du château et introduite dans la chambre de torture. Là monseigneur de Beauvais, en présence du vice-inquisiteur et de neuf docteurs et maîtres, lui donna lecture des articles auxquels elle avait jusque-là refusé de répondre, et la menaça, si elle ne confessait point toute la vérité, d'être mise à la géhenne.
Les instruments étaient préparés; les deux exécuteurs, Mauger Leparmentier, clerc marié, et son compagnon, se tenaient près d'elle, attendant les ordres du seigneur évêque.
Jeanne, qui six jours auparavant avait reçu de ses Voix grand réconfort, répondit avec fermeté:
Tous, comme frappés d'étonnement et de stupeur, demeuraient sans parler ni agir. Ne serait-ce point parce qu'ils craignaient que cette illustre Université, que de tous les pays chrétiens on venait consulter en matière de foi, ce soleil de l'Église, n'eût éclairé d'un jour trop éclatant la cause de Jeanne, et que cette femme, qu'en France on avait cru sainte, ne fût inspirée par le malin esprit? S'ils le craignaient, s'ils le soupçonnaient, cette opinion théologique, ces doutes sur une matière difficile, en une cause ardue, expliqueraient leur silence; on comprendrait qu'ils se taisaient de honte et de douleur. Mais ce qu'ils avaient cru naguère, s'ils le croyaient encore, s'ils étaient persuadés que la Pucelle était venue de Dieu pour conduire leur roi à son sacre glorieux, que penser de ces prêtres, que penser de ces clercs de France, qui reniaient la fille de Dieu, à la veille de sa passion?