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Rimes familières

SONNETS

Reading edition

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CHARLES GOUNOD

Son art a la douceur, le ton des vieux pastels. Toujours il adora vos voluptés bénies, Cloches saintes, concert des orgues, purs autels: De son œil clair il voit les beautés infinies. Sur la lyre d'ivoire, avec les Polymnies, Il dit l'hymne païen, cher aux Dieux immortels. «Faust» qui met dans sa main le sceptre des génies Égale les Juans, les Raouls et les Tells. De Shakspeare et de Goethe il dore l'auréole; Sa voix a rehaussé l'éclat de leur parole: Leur œuvre de sa flamme a gardé le reflet. Échos du mont Olympe, échos du Paraclet Sont redits par sa Muse aux langueurs de créole: Telle vibre à tous vents une harpe d'Éole.

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À M. HENRI SECOND

Réponse à son sonnet Peines d'amour perdues.

Si nous nions le jour pour la lueur fugace, C'est que depuis l'aurore on égare nos pas, Avec un soin jaloux nous dérobant la trace Du droit chemin, qu'hélas! nous ne connaissons pas. Le poison du mensonge a nourri notre race, Le venin dans la coupe abreuve nos repas: En nos veines il coule et du sang prend la place; Le pain de vérité nous donne le trépas. L'esprit faussé depuis la première jeunesse, Comment goûterions-nous les vrais biens? notre cœur A senti du Serpent la trompeuse caresse; Il prend pour l'Idéal une impossible ivresse, Méprisant la Nature et le simple bonheur: Le Vrai voile sa face et le Faux est vainqueur.

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À M. GEORGES AUDIGIER

Non, loin des yeux n'est pas loin du cœur! le contraire Pour les âmes d'élite est plutôt vérité. Quand d'amis sérieux il s'est fait une paire, L'un ne trahit pas l'autre après l'avoir quitté. L'éloignement détruit l'amitié du Vulgaire Pour qui coule toujours l'eau du fleuve Léthé; C'est un sable mouvant: Bien fol et téméraire Qui se fierait jamais à sa solidité! À nous qui caressons la divine chimère Et dont les hauts pensers se rencontrent aux cieux, Que font en plus, en moins, quelques pas sur la terre? Loin de l'Antiquité, nous adorons ses dieux, Nous chérissons Virgile et vénérons Homère; Désirant nous revoir nous nous aimerons mieux.

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À M. R. DE LA B***

En Espagne, mais loin du Tage Quand je me promène en chantant, Avez-vous retrouvé Carthage Aussi belle qu'en la quittant? Vous êtes fidèle à l'image D'un passé bien vague pourtant. Vous accuser d'être volage Serait un mensonge éclatant. Jeune homme, vous êtes un sage! Vous ne suivez pas le mirage D'un prisme mobile et changeant: Vous marchez droit, avec courage, Guidé par le pas diligent De Minerve au casque d'argent.

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CADIX

Blanche, verte et rosée, Ignorante des maux, Cadix, perle irisée Dans le reflet des eaux, Par la chaleur lassée Préfère aux durs travaux Du corps, de la pensée, Les courses de taureaux. La baie immense creuse Sa coupe radieuse Pleine d'azur subtil; Cadix, joie et délice, De l'énorme calice Est l'éclatant pistil.

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LE FOUJI-YAMA

La solitude sied à l'âme endolorie Lasse de tout plaisir et veuve du bonheur Qui n'a plus rien à craindre et se sent aguerrie Contre l'âpre destin par l'excès du malheur. Vous qui souffrez et qui pleurez, n'ayez pas peur D'être seuls; de vos maux il se peut que l'on rie Si vous vous asseyez près du joyeux viveur, Et la foule banale est aux lieux où l'on prie. Ce mont fut un volcan: le temps l'a dévasté, Il est éteint. Les jours sont passés, où la lave Le long de ses beaux flancs ruisselait comme un gave. Maintenant revêtu d'immortelle beauté, Seul dans le ciel, géant de neige à l'aspect grave, Il n'est plus que silence et qu'immobilité.

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