PETIT SUPPLÉMENT
Reading edition
A Arthur Symons.
Contrat d'irrégulière union.
Ainsi je me suis assuré des jours tissés d'un or et d'une soie vraiment supérieurs. Les seings sont signés, les sceaux sont scellés. Tout est prévu, hormis l'imprévu qui papillon se glisse, dort chrysalide, ver se réveille entre les feuilles des traités. Première partie: l'extérieure et matérielle vie, ce qui se mange, ce qui se vêt, ce qui brille, toutes les mondaines fulgescences, ce qui roule, ce qui hennit, ce qui obéit, etc. Laissons.
Au contraire, sur le chapitre des transcendances, revenons.
—Tu m'aimeras!
—Je te montrerai de l'amour.
—Tu seras fidèle?
—Comme une femme qui connaît le prix de la fidélité.
—Tu seras tendre?
—Une atmosphère de tendresse te circonviendra.
—Complaisante?
—Serve.
—Ah! jolie? Tu t'y engages?
—J'ai, selon les saisons, des crèmes assorties, et, pour les intimités, la Brise-vespérale, la Rosée-lunaire, le Petit-lait-du-regard-matinal, la Pâte-illusion-des-nuits-blanches.
—Auras-tu, chère, des pleurs de jalousie, quand il le faudra?
—Je sais pleurer.
—Et les rires? Par exemple, le rire-il-m'aime!-décidément-j'étais-une-sotte-de-me-tourmenter?
—Mon rire-il-m'aime!-décidément-j'étais-une-sotte-de-me-tourmenter est une perle. Tu verras.
—Et les sourires? Il me faut les sourires.
—Je les ai tous, ami: le sourire-plein-de-promesses, le sourire-adorable-de-mutinerie, le sourire-troublant-du-Sphynx, le sourire-voilé-de-larmes... j'ai le sourire-sarcastique, le sourire-sardonique, le sourire-malicieux, le sourire-vainqueur, j'ai le poétique-sourire et le sourire-nuancé-de-mélancolie... je les ai tous, te dis-je. Sans vanité, mon écrin de sourires est très complet. J'ai même le sourire-après, si rare! le sourire-je-t'aimais-bien-avant-mais-comme-je-t'aime-maintenant-il-n'y-a-pas-de-comparaison! Tu vois...
—Dis-moi, et les amoureuses pâmoisons?
—Oh! je crois bien! A quoi penses-tu? Mais c'est le B, A, BA! BA, BE, BI, BO, BU! Voyons, pour quelle ingénue prenons-nous notre Adorée!
—Nous monterons au ciel, au septième, n'est-ce pas?
—Au septième, j'ai des ailes.
—Redis-moi encore que tu m'aimeras, ma Bien-Aimée!
—Mon amour t'appartient.
—Tu m'aimeras passionnément?
—Ah! pour cela, mon cher, permettez. Avec un petit supplément, oui. Je sais le rôle. Volontiers, mais que cela soit bien entendu, la Passion se paie à part.